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Full text of "Commentaire sur les Epîtres catholiques de S. Jacques, S. Pierre, S. Jean et S. Jude"

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COMMENTAIRE 


SUR   LES 


ÉPITRES  CATHOLIQUES 


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COMMENTAIRE 


SUR   LES 


EP1TRES  CATHOLIQUES 


DE 


S.  JACQUES,  S.  PIERRE,  S.  JEAN  ET  S.  JUDE 


Par  A.-F.  MAUNOURY 


GHAK01KE    L»K    SEEZ 


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PARIS 
BLOUD   ET   BARRAL,  LIBRAIRES-ÉDITEURS 

4,  HUE  MADAME.  ET  RUE  DE  RENNES,  59 


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LETTRE  DE  MGn  I/ÉVËQUE  DE  SÉEZ  A  L'AUTEUR 


Séez,  le  4  avril  1883. 

Cher  Monsieur|Maunoury, 

Votre  beau  Commentaire  des  Epîtres  catholiques  sera,  je 
n'en  doute  pas.  apprécié  par  le  public  aux  mêmes  titres  et  de 
la  même  façon  que  votre  Commentaire  des  Epîtres  de  saint 
Paul.  Je  fais  des  vœux  sincères  pour  son  heureux  succès. 

Je  tiens  à  vous  féliciter,  cher  Monsieur  Maunoury,  des  nou- 
veaux titres  que  vous  acquérez  chaque  jour,  par  vos  remar- 
quables travaux,  à  la  reconnaissance  de  votre  Evêque  et  du 
diocèse  auquel  vous  appartenez.  Il  m'est  particulièrement 
agréable  de  vous  accorder  l'Imprimatur  pour  votre  nouvel 
ouvrage. 

Recevez,  cher  Monsieur  le  Chanoine,  l'assurance  de  mes 
sentiments  dévoués. 

7  François-Marie,  Er.  de  Sée:. 


INTRODUCTION 

AUX    ÉPÎTRE8    CATHOLIQUES 


Il  y  a  parmi  les  livres  du  Nouveau  Testament  sept 
Epîtres  qui  portent  le  nom  de  catholiques  :  une  de 
saint  Jacques,  deux  de  saint  Pierre,  trois  de  saint 
Jean,  et  une  de  saint  Jude. 

Cette  dénomination  est  très  ancienne.  Eusèbe, 
saint  Jérôme  et  saint  Epiphane  la  donnent  comme 
universellement  reçue  de  leur  temps.  On  la  retrouve 
aussi  dans  Clément  d'Alexandrie  et  dans  Origène  (1). 
De  là  on  peut  conclure  que  ces  Epîtres  ont  porté  le 
nom  de  catholiques  dès  le  second  siècle. 

On  est  partagé  sur  le  sens  de  cette  expression. 
Quelques-uns  supposent  que  le  titre  de  catholique 
signifiait  canonique.  Mais  Eusèbe  affirme  que,  de  son 
temps,  toutes  les  Epîtres  nommées  catholiques  n'é- 
taient pas  reçues  comme  canoniques  ;  et  Origène  au 
contraire  appelle  catholique  l'Epître  de  saint  Barnabe, 
qui  est  toujours  restée  hors  du  canon  des  livres  saints. 

D'autres  pensent  qu'on  appelait  ces  Epîtres  catho- 
liques ou  universelles,  parce  qu'elles  n'étaient  point 


(1)  Eus.,  Hist.  E.,  1.  II,  c.  xxiii,  et  1.  VII,  c.  xxv.  —  S.  Hier.,  de  Vir. 
ÎU.,  c  n.  —  S.  Epiph.,  H»r.,  c.  li,  n°  3.  —  Clem.  Al.,  Strom.,  iv,  15. 
—  Urig.  in  Matth.,  t.  III,  p.  7l>7,  éd.  Delarue. 


VI 


adressées  à  des  églises  particulières,  comme  celles 
de  saint  Paul  aux  Corinthiens  ou  aux  Galates,  mais  à 
tous  les  chrétiens,  ou  du  moins  à  tous  les  Juifs  con- 
vertis et  répandus  en  diverses  provinces.  Si  l'on  objecte 
que  les  lettres  à  Electe  et  à  Caïus  ne  rentrent  point 
dans  cette  classe,  ils  répondent  que  les  cinq  premières 
étant  appelées  de  ce  nom,  on  y  avait  compris  aussi 
les  deux  dernières. 

Quoi  qu'il  en  soit,  ce  nom  de  catholiques,  donné  pri- 
mitivement à  ces  Epîtres,  leur  est  resté  même  après 
qu  elles  ont  été  partout  reconnues  comme  sacrées  et 
canoniques,  parce  que  c'était  un  terme  qui  les  distin- 
guait des  quatorze  de  saint  Paul. 

Un  caractère  de  polémique  se  remarque  dans  ces 
Epîtres  ;  les  Apôtres  y  sont  attentifs  à  combattre  les 
hérésies  naissantes.  Ils  réfutent  sans  les  nommer 
Simon  le  magicien,  Nicolas,  Cérinthe,  Ebion,  et  ces 
sectes  pernicieuses  qui  commençaient  dès  lors  à 
paraître  et  se  fondirent  dans  l'impur  gnosticisme. 

Quant  à  l'authenticité  de  ces  Lettres  apostoliques 
et  à  leur  canonicité,  elles  sont  depuis  longtemps  hors 
de  discussion.  Le  Concile  de  Trente  a  frappé  d'ana- 
thème  celui  qui  ne  les  recevrait  pas  comme  sacrées  et 
canoniques  (1). 

Au  reste,  en  portant  ce  décret,  le  saint  Concile  n'a 
fait  que  rédiger  en  loi  l'enseignement  constant  de  la 
tradition.  Nous  le  montrerons  pour  chacune  des 
Epîtres  en  particulier.  Dès  maintenant  nous  prouve- 


(1)  Epistolœ...  Pétri  apostoli  dnœ,  Joannis  apostoli  très,  Jacobi 
apostoli  una,  Judœ  apostoli  una...  Si  qicis  autem...  pro  sacris  et  cano- 
nicis  non  susceperit...  anathema  sit.  Concil.  Trid.  Decretum  de  Canon. 
Script. 


—      VII      — 

rons,  par  des  textes  précis,  que  dans  l'antiquité' ces 
sept  Epîtres  étaient  admises  comme  inspirées  de  Dieu. 

Nous  citerons  d'abord  le  troisième  Concile  de  Car- 
thage  qui  fut  tenu  l'an  397.  11  dressa  un  canon  des 
livres  qui  seuls  devaient  être  lus  en  public  comme  Ecri- 
tures sacrées.  Il  y  nomme  «  deux  Epîtres  de  l'Apôtre 
saint  Pierre,  trois  de  saint  Jean,  une  de  saint  Jude  et 
une  de  saint  Jacques  (1).  » 

Avant  le  Concile  de  Carthage,  saint  Grégoire  de 
Nazianze  avait  mis  en  vers  le  canon  des  divines  Ecri- 
tures. La  listé  des  livres  du  Nouveau  Testament  se 
termine  ainsi  :  «  Il  y  a  sept  Epîtres  catholiques,  savoir 
une  de  Jacques,  deux  de  Pierre,  trois  de  Jean,  celle 
de  Jude  est  la  septième  (2).  » 

Saint  Cyrille  de  Jérusalem  (né  l'an  315),  après  avoir 
énuméré  les  livres  de  l'Ancien  Testament  et  les  quatre 
Evangiles  avec  les  Actes  des  Apôtres,  ajoute  :  «  Re- 
cevez encore  les  sept  Epîtres  catholiques  de  Jacques, 
de  Pierre,  de  Jean  et  de  Jude.  »  Puis  il  y  joint  les 
quatorze  de  saint  Paul  (3). 


(1)  Voici  ce  canon  célèbre  :  Sunt  autem  canonicœ  Scripturœ,  Gene- 
sis,  Exodus,  Eeviticus,  Numeri,Deuteronomium,JesuNave,Judicum, 
Ruth.  Regnm  libri  quatuor,  Paralipomenon  libri  duo.  Job  unus, 
Psalterium  Davidicum,  Salomonis  libri  quinque,  libri  duodeeim  Pro- 
phetarum,  Isaias,  Jeremias,  Ezechiel,  Daniel,  Tobias,  Judith,  Esther, 

I         b   libri   duo,  Machabœorum  libri  duo.  Novi  autem    Testameuti 

viginti  sept  fin  :  Evangeliorum    libri  quatuor,  Actuum  Apostolorum 

liber  unust  Pauli  Epistolœ  tredecim,  ejusdem  ad  Jlebrœos  una.  Pétri 

toit  dt'(r,  Joannis    Apostoli  très,  Judœ  Apostoli  una,  et  Jacobi 

Apucalypsis  Joartnis  liber  unus,  qui  sunt  viginti  septem.  (Caa.  47.) 

(2)  AAt*  oi   U&ukz*   r-zizuc-ç   f'  èm-j-olui- 
'Ettk  âk  xudoïux\,   wv    'Ix/miu  /xtx, 
Cj'ji  ik  Uzrpîj,  rpfiç  o"  'Igkcwou  rriÀiv, 
Imtêm  o'èffrcv  ioiàw  nûaxs  ey.ttç. 

S.  (îreg.  N.  Carmen  xn. 

(3)  Sî/ju  Si  kxV  ràs  ënzx  "ixxo^ou,  x«\  Uérpou,   'Iwkwôu  *9\  'liiiàz  xxtfsyU/a-» 

*EiU9:ol£i.  Catech.,  iv,  22. 


—      VIII      — 


Nous  terminerons  par  ces  paroles  remarquables  de 
saint  Jérôme  :  «  Les  Apôtres  Jacques,  Pierre,  Jean  et 
Jude  ont  publié  sept  lettres,  succinctes  et  cependant 
pleines  d'une  sainte  doctrine,  tout  à  la  fois  brèves  et 
longues,  brèves  en  paroles,  mais  longues  si  on  consi- 
dère les  pensées  :  de  sorte  qu'il  est  rare  de  trouver  un 
lecteur  qui  en  pénètre  toujours  le  sens  (1).  » 

En  effet  les  Epîtres  catholiques  renferment  une 
grande  richesse  de  doctrine.  Les  Apôtres  saint  Pierre, 
saint  Jacques  et  saint  Jude  s'élèvent  souvent  à  la  plus 
haute  éloquence.  Saint  Jean  fait  pressentir  la  sublimité 
de  son  Evangile.  On  peut  ajouter  que  toutes  ces 
Epîtres  offrent  de  précieux  détails  sur  les  progrès  et 
sur  les  luttes  du  Christianisme  aux  premiers  temps  de 
l'Eglise.  Avant  de  quitter  la  terre,  ces  quatre  Apôtres 
ont,  comme  saint  Paul,  élevé  la  voix  par  l'ordre  de 
Dieu  pour  donner  des  leçons  au  monde  et  laisser  par 
écrit  des  avertissements  qui  doivent  être  médités  dans 
tous  les  siècles. 

Nous  avons  cru  qu'il  serait  bon  de  rédiger  en 
langue  française  un  commentaire  qui  permît,  non 
seulement  au  clergé,  mais  encore  aux  fidèles  de  se 
nourrir  des  beaux  enseignements  que  renferment  ces 
écrits  apostoliques.  C'est  pourquoi  nous  nous  sommes 
efforcé  d'exposer  clairement  et  sobrement  la  pensée 
des  auteurs  sacrés,  en  ne  donnant  que  les  développe- 
ments nécessaires  pour  la  bien  faire  comprendre. 

Que  s'il  a  fallu  parfois  rappeler  des  principes  de 


(1)  Jacobus,  Petrus,  Joannes,  Judas,  Apostoli,  septem  Epistolas 
edideruyxt,  tam  mysticas  quant  succinctas,  et  brèves  par iter  et  longas, 
brèves  in  verbis,  longas  in  sentent  Us  :  ut  rarus  sit  qui  non  in  earum 
lectione  cœcutiat.  S.  Hieron.,  Ep.  ad  Paul,  lui,  n.  8. 


—      IX      — 

grammaire  pour  fixer  le  sens  de  quelques  passages 
difficiles  ou  dénaturés  par  les  hérétiques,  nous  avons 
relégué  ces  discussions  dans  des  notes  mises  au  bas 
des  pages,  afin  que  le  commentaire  n'en  fût  pas 
encombré. 

Puissent  les  saints  Apôtres,  dont  nous  avons  essayé 
d'être  les  interprètes,  obtenir  de  Notre-Seigneur 
Jésus-Christ  qu'il  daigne  bénir  le  livre  et  l'auteur  ! 

A.  M. 


Nous  citons  souvent  dans  nos  notes  quelques  ma- 
nuscrits du  Nouveau  Testament.  Les  plus  estimés  sont: 

A.  Codex  Alexandrinus,  du  vc  siècle.  —  B.  Codex 
Vaticanus,  écrit  vers  le  commencement  ou  le  milieu 
du  ive  siècle.  —  N.  Codex  Sinaiticus,  découvert  par 
Tischendorf,  en  1859,  au  Mont-Cassin.  Il  date  du 
ive  siècle,  comme  le  Codex  Vaticanus,  et  peut-être  lui 
serait-il  même  un  peu  antérieur. 


COMMENTAIRE 


SUR 


L'ÉPITRE  DE  SAINT  JACQUES 


PRÉFACE 


1.  Il  y  a,  comme  on  sait,  deux  Apôtres  qui  portent  le  nom 
de  Jacques.  Le  premier,  saint  Jacques  le  Majeur,  fils  de  Zébé- 
dée  et  frère  de  saint  Jean  l'Evangéliste,  après  avoir  prêché 
l'Evangile  en  Espagne,  revint  à  Jérusalem  où  Hérode  Agrippa 
lui  fit  trancher  la  tête,  l'an  42  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ. 
(Act.  Ap.,  xii.) 

Le  second  est  saint  Jacques  le  Mineur,  ainsi  désigné  par 
saint  Marc  (1).  Il  est  appelé  fils  d'Alphée  (2)  et  frère  du  Sei- 
gneur (3).  Sa  mère  se  nommait  Marie  (4).  La  même  Marie  est 
nommée  par  saint  Jean  femme  de  Gléophas,  Maria  Cleo- 
phœ,  soit  qu'Alphée  ait  été  son  premier  mari  et  qu'après 
sa  mort  elle  ait  épousé  Gléophas;  soit  plutôt  qu'Alphée  et 
Gléophas  ne  soient  que  deux  manières  différentes  de  pro- 
noncer le  même  nom  hébreu  ''NsSn  (Ghalphaï),  qui  donne  àXooûo; 
en  supprimant  l'aspiration  initiale,  et  XXw^a;  ou  K}.ci7raî  en  la 
conservant. 

Or  saint  Jean  nous  apprend  que  Marie  femme  de  Gléophas 
était  sœur  de  la  sainte  Vierge,  mère  de  Jésus,  soror  matris 
ejuê  Maria  CleopJur.  (S.  Joann.,  xix,  25.)  Il  en  résulterait  que 
saint  Jacques,  son  fils,  serait  le  cousin  germain  de  Notre- 
Sci^neur  Jésus-Christ.  Toutefois,  comme  beaucoup  pensent 
que  la  sainte  Vierge  était  fille  unique  de  saint  Joachim  et  de 
Bain  te  Anne,  il  est  probable  que  le  mot  sœur,  employé  par 
saint  Jean,  signifie  seulement  cousine  germaine.  Par  consé- 


(î)  S.  Marc,  xv,  40.  —  (2)  S.  Matth.,  x,  3;  S.  Marc,  m,  18;  S.  Luc, 
vi,  15.  —  (.3)  8.  Matth.,  xm,  55;  S.  Marc,  vi,  3;  Gai.,  i,  19.  — 
(4)  8.  Matth.,  xxvii,  5(5;  S.  Marc,  xv,  40;  et  xvi,  1;  S.  Luc,  xxiv,  10. 


—      XIV      — 

quent   saint  Jacques   serait  cousin   du  Seigneur   au   second 
degré. 

Il  en  est  de  même  de  l'Apôtre  saint  Jude  ou  Thadée,  frère 
de  saint  Jacques,  et  de  ses  deux  autres  frères  Joseph  et 
Simon.  (S.  Matth.,  xin,  $5.) 

Avant  la  dispersion  des  Apôtres,  saint  Jacques  le  Mineur 
fut  établi  évêque  de  Jérusalem.  Après  avoir  gouverné  cette 
église  pendant  environ  trente  ans,  Il  fut  précipité  du  haut  du 
Temple  par  l'ordre  d'An  anus,  fils  du  grand  prêtre  Anne,  vers 
l'an  63  de  Jésus-Christ. 

ft  Il  est  l'auteur  de  l'Epître  qui  porte  son  nom  :  TJnam 
scripsit  Epislolam,  quœ  de  septem  catholicis  est,  dit  saint 
Jérôme. 

Dans  les  trois  premiers  siècles,  elle  n'a  pas  été  unanime- 
ment reconnue  comme  authentique  et  inspirée  de  Dieu.  Mais 
au  ivc  siècle  elle  figure  dans  les  divers  catalogues  des  Livres 
saints,  en  particulier  dans  ceux  de  saint  Athanase,  de  saint 
Grégoire  de  Nazianze,  de  saint  Augustin  et  du  pape  saint 
Innocent  I,  ainsi  que  dans  les  canons  du  Concile  de  Laodicée 
(364),  et  dans  ceux  du  Ille  de  Carthage  (397). 

Saint  Clément  Pape,  disciple  de  saint  Pierre  et  de  saint 
Paul,  semble  faire  allusion  à  deux  passages  de  saint  Jacques, 
dans  son  Epître  aux  Corinthiens  (c.  10,  17  et  38). 

Mais  si  l'on  élève  des  doutes  à  ce  sujet,  il  est  impossible  de 
contester  les  autorités  suivantes.  Saint  Athanase,  dans  la  Vie 
de  saint  Antoine,  cite  en  entier  les  versets  15  et  20  du  premier 
chapitre  de  l'Epître  de  saint  Jacques.  «  Il  est  écrit,  dit  saint 
Antoine  à  ses  religieux,  que  «  la  colère  de  l'homme  n'opère 
«  |>as  la  justice  de  Dieu  »,  et  que,  «  lorsque  la  concupiscence 
«  a  conçu,  elle  enfante  le  péché,  et  que  le  péché,  lorsqu'il  est 
«  consommé,  engendre  la  mort.  »  (S.  Athan.,  Vit.  S.  Ant.  21.) 

Saint  Cyrille  de  Jérusalem  cite  le  2«  verset  de  notre  Epître  : 
«  Mes  frères,  lorsqu'il  vous  survient  différentes  afflictions, 
regardez  cela  comme  un  grand  sujet  de  joie.  »  (Catech.  mys- 
tag.,  v,  14.) 

Saint  Grégoire  de  Nazianze  cite  plusieurs  passages  de  cette 
Epître,  notamment  :  «  La  foi  est  morte  sans  les  œuvres.  » 
(i,17).  Et  encore  :  t  Le  Seigneur  résiste  aux  superbes,  mais  il 


—      XV      — 

donne  sa  grâce  aux  humbles.  »  (iv,  0.)  Voyez  S.  Grég.  de  Naz. 
Orat.  xxvi,  5;  et  iv,  32. 

Saint  Jean  Chrysostome  cite  l'Epître  de  saint  Jacques  une 
quinzaine  de  fois.  Dans  son  livre  du  Sacerdoce  (1.  III,  c.  vi),  il 
transcrit  en  entier  les  versets  14  et  15  du  chapitre  v,  relatifs  à 
l'Extrême-Onction  :  «  Quelqu'un  parmi  vous  est-il  malade? 
qu'il  appelle  les  prêtres  de  l'Eglise,  et  qu'ils  prient  sur  lui,  en 
l'oignant  avec  l'huile  au  nom  du  Seigneur.  Et  la  prière  de  la 
foi  sauvera  le  malade,  et  le  Seigneur  le  soulagera;  et  s'il  a  des 
péchés,  ils  lui  seront  remis.  » 

Enfin  saint  Ambroise  {de  Voc.  Gentium,  1.  I,  c.  ix)  écrit  : 
Jacobus  Apostolus  ita  loquitur :  Nolite  errare,  fratres... 
et  il  transcrit  les  versets  16,  17  et  18  du  premier  chapitre. 

Ces  témoignages  suffisent  pour  montrer  que  l'Epître  de  saint 
Jacques  était,  au  ive  siècle,  universellement  reconnue  comme 
écriture  divine. 

Mais  nous  avons  des  autorités  beaucoup  plus  anciennes. 
Elle  est  citée  dans  le  Pasteur  d'Hermas;  Origène  la  mentionne 
(in  Joann.  Tract,  xix,  6),  et  on  la  trouve,  traduite  et  inscrite 
sous  le  nom  de  saint  Jacques,  dans  la  version  syriaque  Pes- 
chito  qui  remonte  aux  premiers  temps  du  christianisme. 

C'est  donc  sans  raison  que  Luther  l'a  retranchée  du  canon 
des  livres  saints. 

3.  Elle  a  dû  être  écrite  après  celle  de  saint  Paul  aux  Ro- 
mains, comme  nous  le  verrons  plus  loin.  (Gh.  i  et  il.)  Or, 
l'Epître  aux  Romains  est  de  l'an  58.  C'est  donc  entre  cette 
époque  et  la  mort  de  saint  Jacques,  arrivée  Tan  63,  qu'il  faut 
placer  la  composition  de  cette  Lettre. 

4.  Saint  Jacques  s'adresse  spécialement  aux  chrétiens  des 
douze  tribus  d'Israël  qui  étaient  dispersés  parmi  les  nations. 
Son  but  est  premièrement  de  les  consoler  et  de  les  encourager 
à  supporter  avec  constance  les  vexations  qu'ils  subissaient  de 
la  part  des  Juifs  et  des  infidèles.  Les  conseils  qu'il  donne  et 
les  vices  qu'il  reprend  font  penser  qu'il  a  surtout  en  vue  les 
églises  de  l'Asie  Mineure,  infestées  par  les  hérétiques. 

Secondement,  il  veut  combattre  une  erreur  opposée  à  celle 
que  saint  Paul  avait  réprouvée  dans  ses  Epîtres  aux  Galates 
et  aux  Romains.  Des  docteurs  juifs,  devenus  chrétiens,  vou» 


—       XVI      — 

laient  forcer  les  Gentils  baptisés  à  pratiquer  la  loi  de  Moïse  : 
saint  Paul  déclarait,  au  contraire,  que  c'est  la  foi  en  Jésus- 
Christ  qui  justifie,  et  non  les  œuvres  de  la  loi  mosaïque.  Mais 
d'autres  docteurs,  adoptant  ce  principe  incontestable,  en  tiraient 
une  fausse  conséquence  ;  ils  prétendaient  que  la  foi  suffisait 
au  salut  sans  les  bonnes  œuvres.  C'était  spécialement  ce  qu'en- 
seignait Simon  le  magicien.  Il  déclarait  que  ceux  qui  espére- 
raient en  lui  et  en  Hélène  sa  femme  (une  impure  courtisane 
qu'il  avait  épousée),  étaient  libres  de  faire  ce  qu'ils  voudraient. 
Car  ils  seraient  sauvés  par  sa  grâce  et  non  par  leurs  œuvres 
de  justice.  (S.  Irén.  Hérés.,  1.  I,  c.  xx.)  Saint  Jacques  à  son 
tour  réfute  cette  erreur  pernicieuse,  qui  fut  adoptée  par  les 
Gnostiques,  et  qui  a  été  renouvelée  au  xvie  siècle  par  Luther. 

Troisièmement,  le  saint  Apôtre  donne  aux  fidèles  des  avis 
très  utiles  pour  leur  conduite.  Il  n'en  faut  pas  toujours  cher- 
cher la  liaison.  Car  il  écrit  comme  font  les  auteurs  de  pro- 
verbes, de  pensées,  ou  de  préceptes  moraux.  Ce  sont  des 
maximes  d'un  tour  varié,  brillant,  encadrées  quelquefois  dans 
de  petits  tableaux  pleins  de  vie.  Le  style  est  énergique,  lucide, 
élégant.  Même  au  point  de  vue  littéraire,  l'Epître  de  saint 
Jacques  est  un  ouvrage  fort  remarquable. 

Vers  la  fin.  on  y  trouve  un  point  de  dogme  très  important  : 
l'institution  du  sacrement  de  FExtrême-Onction. 


ÉPITRE  DE  SAINT  JACQUES 


CHAPITRE  PREMIER 


ANALYSE 

Ce  chapitre  renferme  deux  sujets  principaux.  Le  premier 
concerne  les  tentations.  Or  les  unes  sont  extérieures,  comme 
lea  persécutions  du  monde  :  elles  tournent  à  notre  avantage, 
si  nous  savons  les  supporter  ;  les  autres  sont  intérieures  et 
viennent  de  notre  concupiscence  :  nous  en  triompherons  par 
la  prière  (3-18). 

Le  second  sujet  se  rapporte  aux  bonnes  œuvres  :  il  ne  suffit 
pas  d'écouter  la  parole  de  Dieu,  il  faut  faire  ce  qu'elle  ordonne 
(19-25). 

[/Apôtre  formule  tout  de  suite  deux  préceptes  qui  nous  sont 
Imposés  par  la  religion  :  mettre  un  frein  à  sa  langue,  et  exercer 
la  charité  envers  le  prochain   26  et  27). 


1.  Jacobus  Dei  et  Domini  nos- 
tri  Jesu  Christi  servies,  âuo- 
decim  tribubus  fjuœ  sunt  in 
dispersione,  salutem. 

2.  Omne  gaudium  existimate, 
frai  quum  in  tentations* 
carias  incideritis, 

quodprobatio  fidei 

\tiam  operatur  : 

1.  (Patientia  autem  opusper- 

fect>'//>   habet)  ut  sitis  perfecti 

(i  integri,  in  nullo  déficientes. 


5.  Si  quis  autem  vestrum  in- 
digei  saÀ  .  postulet  a  Deo, 

l.I'ilUi:    DE    S.    JACQUES 


1.  Jacques,  serviteur  de  notre 
Dieu  et  Seigneur  Jésus-Christ,  aux 
douze  tribus  qui  sont  dans  la  dis- 
persion, salut. 

2.  Mes  Frères,  Lorsque  différentes 
afflictions  voua  arrivent,  regardez 
cela  connue  un  grand  sujet  de  joie, 

3.  Sachant  que  l'épreuve  de  votre 
foi  produit  la  patience. 

1.  l 'r,  c'est  la  patience  qui  donne 
à  l'œuvre  sa  perfection.  Réjouissez- 
vous  donc,  afin  d'être  vous-mêmes 
parfaits  et  accomplis,  sans  qu'il 
vous  manque  rien. 

•"">.  Si  quelqu'un  de  vous  manque 
de  sagesse,  qu'il  la  demande  a  Dieu, 


—    2 


qui  donne  à  fous  libéralement,  sans 
reprocher  ses  dons  ;  et  Ja  sagesse 
lui  sera  donnée. 

G.  Mais  qu'il  demande  avec  foi, 
sans  douter  ;  car  celui  qui  doute  est 
semblable  au  ilôt  de  la  mer,  qui  est 
agité  et  emporté  çà  et  là  par  le  vent. 

7.  Que  cet  homme  ne  pense  donc 
pas  qu'il  recevra  quelque  chose  du 
Seig H?  ur. 

8.  L'homme  qui  a  l'esprit  double 
est  inconstant  dans  toutes  ses  voies. 

9.  Que  celui  de  nos  frères  qui  est 
d'une  condition  basse  se  glorifie 
dans  son  élévation  ; 

10.  Et  que  le  riche  s'humilie  dans 
sa  bassesse,  parce  qu'il  passera 
comme  La  fleur  de  l'herbe. 

11.  L'herbe,  au  lever  d'un  soleil 
brûlant,  se  sèche,  la  fleur  tombe, 
et  perd  toute  sa  beauté  :  ainsi  le 
riche  séchera  et  se  flétrira  dans  ses 
voies. 

12.  Heureux  l'homme  qui  supporte 
la  tentation  ;  car  lorsqu'il  aura  été 
éprouvé,  il  recevra  la  couronne  de 
vie  que  Dieu  a  promise  à  ceux  qui 
l'aiment. 

13.  Que  nul  ne  dise,  lorsqu'il  est 
tenté,  que  c'est  Dieu  qui  le  tente  ; 
car  Dieu  ne  tente  pas  pour  le  mal, 
et  il  ne  tente  lai-même  personne. 

14.  Mais  chacun  est  tenté  par  sa 
propre  concupiscence,  qui  l'entraîne 
et  l'attire. 

15.  Ensuite  quand  la  concupis- 
cence a  conçu,  elle  enfante  le  péché  ; 
et  le  péché,  lorsqu'il  est  consommé, 
engendre  la  mort. 

10.  Ne  vous  y  trompez  donc  pas, 
mes  chers  Frères. 

17.  Toute  grâce  excellente  et  tout 
don  parfait  vient  d'en  haut  et  des- 
cend du  Père  des  lumières,  en  qui 
il  n'y  a  point  de  changement  et 
point  d'ombre  de  vicissitude. 

18.  Car  il  nous  a  engendrés  vo- 
lontairement par  la  parole  de  vérité, 
afin  que  nous  fussions  comme  les 
prémices  de  ses  créatures. 


qui  dat   omnibus  a/fluenter,  et 

non  improperat  ;  et  dàbitur  ei. 

G.  Postulet  autem  ïnfidenihil 
hœsitans  :    qui   enim    hœsitat, 

similis  est   fluctui  nu/ris,  qui  a 
vento  movetur  et  circumfertur. 

7.  Non  ergo  œstimet  homo  ille 
quod  accipiat  aliquid  a  Domino. 

8.  Vir  duplex  animo  incons- 
tans  est  in  omnibus  viis  suis. 

9.  Glorietur  autem  f rater  hu- 
milis  exaltatione  sua  ; 

10.  Dites  autem  in  humilitate 
sua,  quoniam  sicut  flos  fœni 
transïbit. 

11.  Exortus  est  enim  sol  cum 
ardore,  et  arefecit  fœnum,  et 
flos  ejus  decidit,  et  décor  vultus 
ejus  deperiit  :  ita  et  dives  in 
itineribus  suis  marcescci . 

12.  Beatics  vir  qui  suffert  ten- 
tât ionem  :  quoniam  quum  pro- 
batus  fuerit,  accipiet  coronam 
vitœ  quant  repromisit  Deus  di- 
ligentibus  se. 

13.  Nemo,  quum  tentatur,  di- 
cat  quoniam  a  Deo  tentatur  ; 
Deus  enim.  intentotor  maloi 

est  ;  ipse  autem  neminem  tentai. 

14.  Unvsquisque  vero  tentatur 
a  concupiscent ia  sua  abstractus 
et  illeclus. 

15.  Deinde  concupiscent  ia 
quum  conceperit ,  parit  pecca- 
/u/u  ;  peccatum  vero  quum  con- 
summatum  fuerit,  générât  mor- 
tem. 

16.  Nolite  itaque  errare,  fra- 
tres  mei  dilectissimi. 

17.  Omne  dation  optimum  et 
omne  donum  perfectum  desur- 
sum  est,  descendens  a  Pâtre  lu- 
minum,  apud  quem  non  est 
transmutatio,  nec  vicissitudinis 
obvmbratio. 

18.  Voluntarie  enim  genuit 
nos  verbo  veritatis,  ut  simus 
initium  aliquod  creaturœ  ejus. 


Jac,  i. 


19.  Scitis,  fratres  mei  dilec- 
tissimi. 

SU  aut  em  ornais  homo  velox  ad 
audiendum  ;  tardas  autem  ad 
loquendum,  et  tardas  ad  iram. 

20.  Iraenim  viri justifiant  Dei 
non  opérât  nr. 

21.  Propter  qaod  abjicientes 
omnem  immimditiam  et  abun- 
dantiam  malitiœ,  in  mansaet ,>- 
dine  suscipite  insitum  verbnm, 
qaod  potest  salvare  animas 
vestras. 

22.  Estote autem  fac tores  verbi, 
et  non  auditores  tantum,  fat- 
lentes  vosmetipsos. 

23.  Quia  si  quis  auditor  est 
verbi  et  non  factor,  hic  cornpa- 
rabitur  vira  consideranti  vul- 
tum  natiritatis  saœ  in  speculo  : 

24.  Consideramt  enim  se,  et 
abiit,  ef  staHm  oblitas  est  qaalis 
fuerit . 

25.  Qui  autem  perspexerit  in 
lege,i>   perfectam    libertatis,   et 

xanserit  in  ea,  non  auditor 
obliviosas  factus ,  sed  factor 
operis,  hic  beatus  in  facto  suo 
erit. 

26.  Si  quis  autem  putat  se 
religiosum  esse,  non  refrenans 
linguam  suant,  sed  seducens  cor 
suum,  hujus  varia  est  religio. 

1.  Religio  munda  et  imma- 
culal'i  apud  Deum  et  Patrem, 
hœc  est  :  Visilare  pupiUos  et 
>■!(!,■..-<  /,/  tribulatione  eorum, 
et  immaculatum  se  custodire 
ab  hoc  sœculo. 


19.  Vous  savez  ces  choses,  mes 
Frères  bien-aiiués. 

En  outre,  que  tout  homme  soit 
prompt  à  écouter,  lent  à  parler,  et 
lent  a  se  mettre  en  colère. 

20.  Car  la  colère  de  l'homme  n'o- 
père point  la  justice  de  Dieu. 

21.  C'est  pourquoi,  rejetant  toute 
impureté  et  toute  abondance  mau- 
vaise, recevez  avec  mansuétude  la 
parole  qui  est  entée  en  vous  et  qui 
peut  sauver  vos  âmes. 

22.  Mais  soyez  des  observateurs 
de  la  parole,  et  non  pas  seulement 
des  auditeurs,  vous  trompant  vous- 
mêmes. 

23.  Car  celui  qui  écoute  la  parole 
et  ne  l'observe  pas  ressemble  a  un 
homme  qui  regarde  son  visage  na- 
turel dans  un  miroir. 

24.  Il  regarde,  il  s'en  va,  et  il 
oublie  à  l'heure  même  quel  il  était. 

25.  Mais  celui  qui  considère  atten- 
tivement la  loi  parfaite  de  la  liberté, 
et  qui  s'y  attache,  celui-là  n'étant 
pas  un  auditeur  oublieux,  mais  fai- 
sant l'œuvre  commandée,  trouvera 
le  bonheur  dans  son  action. 

26.  Si  quelqu'un  se  croit  religieux 
et  ne  retient  pas  sa  langue  comme 
avec  un  frein,  mais  séduit  lui-même 
son  cœur,  sa  religion  est  vaine. 

27.  La  religion  pure  et  sans  tache 
aux  yeux  de  Dieu  notre  Père,  la 
voici  :  Visiter  les  orphelins  et  les 
veuves  dans  leur  affliction,  et  se 
conserver  pur  de  la  souillure  du 
siècle  présent. 


COMMENTAIRE 


1.  Jacobns  Dei  et  Domini  nostri  Jesu  Cliristi  servus. 
Jacques  serviteur  de  Jésus-Christ,  notre  Dieu  et  notre 
Seigneur.  Tel  est,  croyons-nous,  le  sens  du  latin  aussi 


—     4     — 

bien  que  du  grec  :  làxtoêoç  @eoîJ  xa\  Kupiou  TjrjaoïJ  Xpiarou 
BouXoç.  Les  deux  mots  Dieu  et  Seigneur  paraissent  se 
rapporter  à- Jésus- Christ.  Ainsi  l'entend  saint  Cyrille 
d'Alexandrie  :  Ici,  dit-il,  l'Apôtre  nomme  Jésus-Christ 
Dieu  et  Seigneur  (1). 

On  a  donc  raison  de  voir  la  divinité  de  Jésus-Christ 
marquée  dans  ce  texte.  Néanmoins  plusieurs  traduisent  : 
Jacques  serviteur  de  Dieu  et  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ.  Même  avec  ce  sens,  la  divinité  de  Jésus-Christ 
est  insinuée,  puisque  l'Apôtre,  en  se  disant  pareillement 
le  serviteur  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  et  de  Dieu  le 
Père,  laisse  entendre  qu'ils  sont  égaux. 

Domini nostri Je  su  Cliristi  servus.  Jésus-Christ  est  notre 
Seigneur  :  il  a  sur  tout  notre  être  le  droit  absolu  de  pro- 
priété que  possède  un  maître  sur  une  chose  qui  lui  ap- 
partient. Car  il  est  notre  Créateur,  il  nous  a  tirés  du  néant  ; 
nous  sommes  donc  à  lui  par  le  fond  de  notre  substance  ; 
et  en  outre,  comme  Homme-Dieu,  il  nous  a  rachetés  au 
prix  de  son  sang  précieux,  lorsque  nous  étions  les  esclaves 
du  démon.  Gemina  necessitudine  tecum  agit  Dominus 
tuus,  dit  saint  Augustin.  Et  creavit  te,  et  comparavit  te. 
Antequam  esses,  inquit  tibi,  feci  te;  qaum  ex  te  sub 
peccato  venumdatus  esses,  redemi  te.  (Serm.  xxi  in 
Ps.  lxiii,  6.) 

Toutefois  saint  Jacques  ne  se  déclare  pas  simplement 
serviteur  de  Jésus-Christ  comme  le  sont  tous  les  autres 
hommes.  Le  plus  grand  nombre  peut  légitimement  s'ap- 
pliquer aux  affaires  du  monde.  Un  prince  doit  gouverner 
son  peuple  ;  un  père  doit  pourvoir  aux  besoins  de  sa 
famille.  Pour  saint  Jacques,  il  est  uniquement  voué  au 
service  de  Jésus-Christ,  à  la  prédication  de  sa  doctrine, 
à  l'extension  de  son  règne  et  de  sa  gloire.  Tel  est  aussi  le 
prêtre. 


(1)  0»ôv  hQy.'h  /.y\  \\i>f.io\>  ù-o/.vJû  rbv  'Iy^ovj  X/itrriv.  On  remarque 
d'ailleurs  que  ce  texte  a  un  grand  rapport  avec  celui  de  saint  Paul 
aux  Thessaloniciens,  où  l'article  lait  unir  à  Jésus-Christ  les  deux  mêmes 
substantifs  :  Rarà  tiqv  J£«/ï*v  toj  (-z'/j  i^uwv  x«\  Kuplov  'la^û  Xpiv-ol),  se- 
cundion  gratiam  Bel  et  Doyninl  nostri  Jesu  Christi.  (II  Thessal.,  i,  12.) 


—    5    —  Jac,  i. 

Jacobus  Jesu  Chinsti  servus.  Pourquoi  saint  Jacques, 
qui  était  le  frère,  c'est-à-dire  le  cousin  du  Seigneur,  ne 
mentionne- t-il  pas  ce  titre  glorieux,  mais  se  nomme-t-il 
seulement  son  serviteur  ?  Jésus-Christ  lui-même  donne 
la  réponse  dans  l'Evangile,  lorsqu'étendant  la  main  sur 
ses  disciples  il  dit  :  «  Voici  mes  frères.  Quiconque  fait  la 
volonté  de  mon  Père  céleste  est  mon  frère,  ma  sœur,  ma 
mère.  »  Par  là  il  fait  entendre  que  le  titre  le  plus  grand 
à  ses  yeux  est  celui  de  serviteur  fidèle.  Aussi  les  Apôtres 
du  Seigneur  estiment  au-dessus  de  toutes  les  dignités  le 
titre  de  serviteur  du  Christ,  et  c'est  ce  qu'ils  déclarent 
dans  leurs  discours,  leurs  lettres  et  leur  enseignement. 
(Œcumen.) 

Duodecim  tribubus  quœ  suntin  dispersione,  «  aux  douze 
tribus  qui  sont  dans  la  dispersion  »,  lv  tt\  Siounropa.  Cette 
expression  désigne  la  portion  du  peuple  israélite  qui  était 
répandue  hors  de  la  Palestine,  dans  les  diverses  contrées 
du  monde.  Il  y  en  avait  au  delà  de  l'Empire  romain,  chez 
toutes  les  nations  qui  sont  sous  le  soleil.  C'est  ce  qu'on 
voit  dans  saint  Luc  par  l'énumération  qu'il  fait  des  pays 
d'où  les  Juifs  s'étaient  rassemblés  pour  la  fête  de  la  Pen- 
tecôte. Ex  omni  natione  qnœ  sub  cœlo  est,  Parthi,  et  Medi, 
et  Elamitœ,  etc.  (Act.  Ap.,  n.)  Ce  n'est  pas  sans  un  des- 
sein de  la  Providence  qu'un  grand  nombre  de  Juifs 
étaient  disséminés  dans  l'univers.  L'intérêt  les  guidait 
sans  doute;  mais  en  cherchant  leur  fortune,  ils  portaient 
partout  leurs  livres  sacrés,  avec  la  connaissance  du  vrai 
Dieu  et  l'attente  d'un  Messie  qui  devait  renouveler  la  face 
de  La  terre.  C'était  comme  une  préparation  à  l'Evangile. 

Duodecim  tribubus,  «  aux  douze  tribus.  »  Saint  Jacques 
étant  établi  évèque  de  Jérusalem  et  apôtre  des  circoncis 
{(  rai.,  il),  écrit  à  ses  compatriotes  qui  sont  dispersés  dans 
le  monde  pour  les  consoler  et  les  instruire,  comme  il  en- 
courageait  et  instruisait  de  vive  voix  ceux  qui  résidaient 
à  Jérusalem.  C'est  donc  aux  chrétiens  d'origine  israélite 
que  la  Lettre  est  directement  adressée;  niais  nul  doute 
qu  elle  n'ait  aussi  dû  être  communiquée  aux  fidèles  venus 
de  la  gentilité. 


—     6     — 

S'iliifcni,  «  salut.  »  En  grec  ///t'ps-.v,  çjaudetc,  réjouisse/ 
vous.  Le  cardinal  Cajetan  trouvait  cette  salutation  trop 
profane  pour  un  Apôtre,  et  il  partait  de  là  pour  élever 
des  doutes  sur  l'authenticité  de  cette  Epître.  Le  savant 
homme  oubliait  que  l'expression  qui  lui  semblait  pro- 
fane avait  été  insérée  par  les  Apôtres  dans  le  àéeret  du 
Concile  de  Jérusalem  (1),  employée  par  l'Ange  Gabriel  (2), 
et  prononcée  par  Notre-Seigneur  lui-même  après  sa 
Résurrection  (3).  Au  reste,  cette  formule  de  politesse 
avait  un  sens  plus  élevé  dans  la  bouche  des  chrétiens 
que  dans  celle  des  païens  :  ils  se  souhaitaient  la  joie 
véritable,  qui  consiste  dans  la  possession  de  la  grâce 
divine. 

C'est  d'ailleurs  cette  expression  même  qui  inspire  à 
saint  Jacques  le  début  de  son  Epître.  Car  lorsqu'il  dit 
aux  fidèles  :  «  Réjouissez -vous  »,  ils  pouvaient  lui 
demander  :  Comment  nous  réjouir  au  milieu  de  nos  tri- 
bulations ?  Il  leur  répond  aussitôt  qu'il  faut  regarder 
ces  tribulations  comme  un  grand  sujet  de  joie  (4). 

2.  Omne  çjaudium  existimate,  fratres,  c/uwn  in  tenta- 
tiones  varias  incideritis.  Dès  le  commencement-  de  sa 
lettre,  saint  Jacques  frappe  l'esprit  de  ses  lecteurs  par 
un  pieux  paradoxe.  Les  poètes  et  les  philosophes  anciens 
avaient  conseillé  la  résignation  aux  peines  de  la  vie 
comme  un  moyen  de  les  rendre  moins  douloureuses. 
Ditrum,  sed  lëvins  fit  patient ia  quidquid  corrigere  est 
nefas,  avait  dit  Horace.  La  nature  n'allait  pas  plus  loin. 
Mais  combien  le  christianisme  est  élevé  au-dessus  de  la 
sagesse  païenne  !  Mes  frères,  dit  saint  Jacques,  consi- 
dérez comme  le  sujet  d'une  grande  joie  les  diverses 
afflictions  qui  vous  arrivent.  Il  répète  aux  fidèles  la 
leçon  de  l'Evangile  :  «  Vous  serez  heureux  lorsque  les 
hommes  vous  persécuteront  à  cause  de  moi,  disait  Notre- 
Seigneur.  Réjouissez -vous  alors  et  tressaillez  d'allé- 
gresse. »  Et  il  en  donnait  le  motif  :  «  Car  votre  récom- 
pense est  grande  dans  les  deux.  »  (S.  Matth.,  v,  12.) 

(1)  Act.  Ap.,  xv,  23.  —  (2)  S.  Luc,  i,  28.  —  (3)  S.  Matth.,  xxvm,  9. 
(4)  TLuûpetv  ïr«»av  yy-yy^  irtfoxods.  Gaudete  :  Omne  gaudium  existimate . 


—    7     —  Jac.y  i. 

Saint  Paul,  commentant  cette  parole  de  Jésus-Christ, 
disait  à  son  tour  :  La  tribulation  légère  et  momentanée 
que  nous  souffrons  en  cette  vie  opère  en  nous  le  poids 
d'une  gloire  éternelle,  et  les  souffrances  du  temps  présent 
n'ont  point  de  proportion  avec  la  gloire  qui  sera  un  jour 
révélée  en  nous  aux  yeux  de  l'univers.  (II  Cor.,  iv,  7; 
Rom.,  vin,  18.) 

Saint  Pierre  exhortait  de  même  les  fidèles  à  se  réjouir, 
lorsqu'ils  participaient  aux  souffrances  de  Jésus-Christ. 
Et  pourquoi  ?  parce  qu'après  avoir  partagé  ses  souf- 
frances, ils  tressailliront  d'allégresse  au  jour  où  appa- 
raîtra sa  gloire.  Communicantes  Christi  passionibns  qau- 
dete,  ut  in  revelatione  rjloriœ  ejus  gandeatis  exsultantes. 
(I  Petr.,  iy,  1&) 

Omne  gaudiwn.  Aussi  saint  Jacques  veut-il  que  l'on 
regarde  les  tribulations  comme  le  sujet  d'une  joie  par- 
faite. Si  les  hommes,  disait  une  sainte,  connaissaient  le 
prix  des  souffrances  endurées  pour  Dieu,  ils  se  les  dis- 
puteraient comme  ils  se  disputent  les  richesses. 

E.i  ist/mtite.  Certes,  la  joie  que  je  vous  conseille,  dit 
l'Apôtre,  n'est  pas  dans  les  sens  :  votre  chair  ressentira 
les  aiguillons  de  la  douleur.  La  sainte  joie  que  Dieu  vous 
offre  au  milieu  de  vos  tribulations  réside  dans  le  juge- 
ment de  votre  esprit  et  dans  votre  intelligence  éclairée 
par  la  foi.  Car  vous  savez  que  souffrir  pour  Dieu,  c'est 
lui  rendre  gloire  et  c'est  mériter  son  amour.  Or,  cette 
pens<'e  'pie  l'on  est  aimé  de  Dieu,  remplit  le  cœur  d'un 
contentement  qui  surpasse  toutes  les  délices  du  monde. 

(Juum  in  tentationes  incideritis.  Ce  qu'il  appelle  ten- 
tations, ce  sont  les  épreuves  qui  nous  viennent  du  dehors, 
les  adversités,  les  persécutions,  les  injuresetles calomnies 
des  nommes,  l'exil,  la  perte  de  nos  biens,  enfin  les  ma- 
ladies. Ces  afflictions  sont  des  tentations  qui  nous  solli- 
citenl  à  L'impatience  et  montrent  si  notre  vertu  est  solide. 
Notre-Seigneur  emploie  lui-même  ce  mot  de  tentation 
dans  le  sens  de  tribulation.  en  parlant  à  ses  Apôtres. 

\ '-;i-  demeurés  fidèlement  avec  moi  dans   mes 

tentations  ».  c'est-à-dire  dans  les  persécutions  que  j'ai 


—    s    — 

endurées.  Vos  est/s  gui  permansistis  mecitm  in  tentatio- 
nibus  meis.  (S.  Luc,  xxn,  28.) 

In  tenlationes  varias.  Comme  les  flots  succèdent  aux 
flots  qui  battent  le  rivage,  de  même  les  tentations  succè- 
dent aux  tentations  en  venant  assaillir  les  chrétiens. 
Riche  ou  pauvre,  ne  vous  promettez  point  une  longue 
paix  sur  la  terre  :  c'est  un  lieu  de  tentation,  d'affliction 
et  de  combat. 

3  et  4.  Scientes  guod  probatio  fidei  vestrœ  patientiam 
operatur  :  (patientia  autem  opus  perfection  habet)  ut 
sitis  perfecti  et  integri  in  nullo  déficientes  (1).  Réjouissez- 
vous  donc  dans  la  tribulation,  sachant  que  la  tribulation, 
qui  n'est  que  l'épreuve  de  votre  foi,  produit  en  vous  la 
patience  (or  c'est  la  patience  qui  donne  à  l'œuvre  sa  per- 
fection) ;  réjouissez-vous,  dis-je,  afin  que  vous  soyez 
parfaits  et  accomplis  en  toute  manière,  au  point  qu'il  ne 
manque  rien  à  votre  vertu. 

Probatio  fidei  patientiam  operatur.  «  L'épreuve  de  la 
foi  produit  la  patience.  »  C'est  comme  s'il  y  avait  :  Fides 
tentationibus  probata  patientiam  f/ignit.  La  foi  éprouvée 
par  les  persécutions  que  l'on  subit  pour  la  religion,  et 
par  les  souffrances  de  toute  sorte,  engendre  la  vertu  de 
patience,  l'augmente  et  la  porte  jusqu'à  l'héroïsme.  0' 
l'épreuve,  il  n'y  a  plus  de  patience.  Or  la  patience  est  ce 
qu'il  y  a  de  plus  grand  dans  l'Eglise.  Admirerait-on  saint 
Athanase,  s'il  n'avait  pas  été  persécuté  par  les  ariens  ? 
La  phalange  des  saints  la  plus  glorieuse  est  celle  des 
martyrs.  Le  lis  même  de  la  virginité  est  plus  beau  lors- 
qu'il est  rougi  du  sang  versé  pour  la  foi  (2). 

(1)  En  grec,  au  lieu  de  habet,  on  lit  ê^erw,  liabeat.  Avec  cette  leçon, 
patientia  commence  une  phrase  absolue  dont  dépend  tit  sitis  ;  et  l'on 
traduit  :  «  Or  il  faut  que  la  patience  donne  la  perfection  à  votre  œuvre, 
alin  que  vous  soyez  parfaits  et  accomplis,  >ans  qu'il  vous  manque  rien.  »> 
Ce  sens  est  bon  et  simple.  Toutefois  la  version  syriaque,  qui  est  fort 
ancienne,  parait  conforme  à  la  Vulgate  :  Ipsi  autem  patientiœ  erit 
opus  perfectum. 

(2)  Saint  Jacques  dit  que  l'épreuve  opère  la  patience;  et  saint  Paul 
dit  que  la  patience  opère  l'épreuve.  Tribulatio  patientiam  operatur, 
patientia  autem  probationem.  (Rom.,  v,  4.)  Y  aurait-il  contradiction 
entre  les  deux  Apôtres  ?  Nullement.  Selon  saint  Jacques,  les  adversités 


—     9    —  Jac,  i. 

Ut  sitis  perfecti.  Réjouissez-vous  donc  dans  les  tribu- 
lations, afin  que  vous  soyez  parfaits.  C'est  déjà  une 
grande  vertu  de  supporter  les  épreuves  avec  résignation  ; 
mais  la  perfection  consiste  à  s'en  réjouir.  Songez  que  ces 
peines  dont  on  vous  charge  sont  des  gerbes  de  mérites 
que  vous  portez  au  ciel  :  plus  elles  sont  pesantes,  plus 
elles  sont  riches.  Avec  quelle  joie  vous  les  présenterez  à 
Dieu!  Ibant  et  flebant  mitlentes  sembla  sua;  veuientes 
au tem  vcnient  cum  cxsultatione  portantes  manipulos 
suos.  (Ps.  cxxv.) 

Et  integriy  oAdxXTjpot.  Ce  mot  se  dit  d'une  chose  «  entière, 
complète,  qui  a  toutes  ses  parties.  »  La  phrase  suivante 
explique  ce  terme  :  in  nullo  déficientes,  sv  p-nSevl  az<-6<j.z.vo<., 
nu/la  in  parte  deminuti.  Réjouissez-vous  dans  la  tribu- 
lation  :  car  vous  serez  alors  parfaits,  ne  manquant  d'au- 
cune des  vertus  chrétiennes  ;  vous  les  aurez  toutes,  elles 
seront  affermies  dans  votre  àme  par  la  patience,  et  vous 
les  posséderez  dans  le  degré  que  Dieu  vous  demande, 

Patientia  autem  opus  perfection  habet.  C'est  là  une 
maxime  générale.  Dans  les  œuvres  des  hommes  rien 
n'arrive  à  la  perfection  que  par  la  patience.  Il  faut  une 
longue  patience  pour  faire  un  bel  édifice,  un  beau  poëine, 
une  belle  peinture.  Une  longue  patience  est  nécessaire 
pour  devenir  un  bon  orateur,  un  savant  jurisconsulte, 
un  grand  théologien.  De  môme  la  patience  donne  la 
perfection  à  toutes  les  vertus.  Jésus-Christ  lui-même, 
railleur  de  notre  salut,  a  dû,  selon  la  volonté  de  son  Père, 
être  consommé  par  la  patience  avec  laquelle  il  a  enduré 
les  souffrances  de  sa  Passion.  Decebat  enim...  auctorcm 
salutis  eorum  per  passionem  consummare.  (Hebr.,  ir,  10.) 

5.  Si  quis  autem  vestrum  indiget  sapientia  (1),  postulet 

sont  des  épreuves  qui  nous  fournissent  l'occasion  d'exercer  la  vertu  de 
patien  Le  l'augmenter  en  nous.  Car  sans  la  Iribulation,  il   n>   a 

plus  '1'-  pal  ence.  Saint  Paul  a  son  tour  nous  (iit.  que  la  patience  avec 
laquelle  nous  supportons  Les  afflictions  rend  noir."  vertu  éprouvée  el 
•ntrée  aux  yeui  de  Dieu  et  des  hommes  :  eu   sorte  qu'elle  nous 
remplit  de  confiance.  Ce  sont  deux  pensées  différentes  <'t  toutes  deux 

vra: 

(Il    ///     ttUllO    il  f  ;    .y/    ,y /,/.„•     {nâlljct     S<  I  pi  r  ,lt  h  I .     Kl)      LîTt'C,    le    l'Up- 


—    10    - 

a  Deo.  qui  (hit  omnibus  affluenter  et  non  impr  opérât,  et 
daliitur  ei.  L'Apôtre  sent  qu'on  lui  fait  une  objection  : 
Puisque  la  nature  humaine  a  horreur  des  souffrances, 
peut-elle  les  regarder  comme  le  sujet  d'une  grande  joie? 
Il  répond  :  Si  quelqu'un  manque  de  cette  haute  sagesse, 
qui  est  nécessaire  pour  estimer  le  prix  des  souffrances, 
qu'il  la  demande  à  Dieu,  et  la  sagesse  lui  sera  donnée; 
car  Dieu  donne  à  tous  libéralement  et  sans  reprocher 
ses  dons. 

Si  r/uis  indiget  sapientia.  La  sagesse  dont  il  parle  n'est 
pas  celle  qui  contemple  seulement  la  vérité,  mais  celle 
qui,  discernant  le  bien,  excite  à  le  faire.  C'est  la  sagesse 
pratique,  qui  supporte  l'épreuve  et  conduit  au  salut. 

Postulet.  Tous  doivent  la  demander  puisque  tous  en 
ont  besoin.  Postulet  a  Deo.  Il  faut  la  demander  à  Dieu, 
et  non  pas  aux  livres  des  philosophes;  car  c'est  de  Dieu 
que  vient  toute  véritable  sagesse.  Omnis  sapientia  a 
Domino  Deo  est.  (Eccli.,  i,  1.) 

Dat  omnibus.  Tous  sont  invités  à  demander,  tous 
recevront,  môme  les  pécheurs.  Ne  dites  pas  :  Comment 
puis-je  adresser  une  demande  au  Seigneur,  après  l'avoir 
tant  offensé?  Dieu  n'est  pas  vindicatif  comme  les  hommes: 
il  a  toujours  pitié  de  sa  créature  qui  l'implore. 

Affluenter,  abondamment  (fack&ç,  simpliciter).  La  libé- 
ralité de  l'homme  est  souvent  intéressée  :  il  donne  pour 
recevoir,  ou  il  veut  paraître  généreux  tout  en  faisant  des 
réserves.  Dieu  n'agit  pas  ainsi  ;  il  donne  simplement  et 
par  pure  bienveillance,  il  donne  abondamment  et  plus 
qu'on  ne  demande  (1). 

Et  non  improperat.  Dieu  ne  se  plaint  jamais  qu'on  lui 


prochement  des  deux  idées  est  rendu  sensible  par  l'emploi  du  même 
verbe  :  iv  fuqisvi  "keiitô/xsvov  d  àé  rt$  "keiTtercu  oopia;.  On  conserverait  le 
rapport  des  mots  en  traduisant  :  in  nullo  déficientes;  si  cui  déficit 
sapienti" . 

(1)  Le  mot  â-lirr,;,  simplicitas,  esl  aussi  employé  par  saint  Paul  dans 
le  sens  de  liber  alitas  :  Ut  in  omnibus  locupletati  abundetis  in  omnem 
simpl  ici  Latent.  (II  Cor.,  ix,  11.)  De  même  :  qui  tributt,  in  simplicitate, 
h  y.-.'ià-nTi,  ce  que  saint  Chrysostome  explique  par  <j.i-y.  oy.yilhi,  lar- 
giter.  (Rom.,  xn,  8.)  Voyez  encore  II  Cor.,  vin,  2. 


—     11     —  Jac.}  i. 

demande  trop,  il  ne  reproche  point  les  dons  qu'il  a  déjà 
faits,  il  n'accuse  point  l'indignité  de  ceux  qui  l'implorent. 
Pourquoi  donc  hésiter  à  lui  demander  la  sagesse? 

Et  dabitur  ri.  Et  la  sagesse  sera  donnée  à  quiconque 
demandera  la  sagesse.  Quelle  confiance  et  quel  courage 
cette  parole  doit  inspirer  à  un  pauvre  pécheur  qui  gémit 
sous  la  tyrannie  de  ses  passions  !  Qu'il  demande,  et  la 
victoire,  la  liberté,  la  chasteté,  la  sagesse  enfin  lui  sera 
certainement  donnée  :  Et  dabitur  et. 

Ei.  Quoique  Dieu  écoute  favorablement  les  prières  que 
nous  lui  adressons  pour  les  autres,  cependant  l'effet  de 
ces  demandes  n'est  pas  certain.  Mais  il  exauce  toujours 
celles  que  nous  faisons  pour  nous-mêmes,  quand  nous 
lui  demandons  ce  qui  est  utile  à  notre  salut,  et  que  nous 
le  demandons  avec  piété  et  persévérance. 

D'où  vient  donc  que  souvent  nous  ne  recevons  pas  ce 
que  nous  demandons  ?  Saint  Jacques  va  nous  l'apprendre. 

6.  Postulet  autem  ni  fuir.  «  Mais  qu'il  demande  avec 
foi  »,  c'est-à-dire  avec  confiance  en  la  puissance  de  Dieu, 
en  sa  bonté,  en  sa  miséricorde,  en  sa  parole.  Pour  expli- 
quer ce  qu'il  entend  par  ce  mot  in  fide,  l'Apôtre  ajoute  : 
nihil  hœsitans,  sans  hésitation  ni  doute.  Qu'il  croie  fer- 
mement que  Dieu  veut  exaucer  sa  prière,  parce  qu'il  a 
dit  :  «  Demandez  et  vous  recevrez.  »  Petite  et  dabitur 
vobis;  omms  en/m  qui  petit  accipit.  (S.  Matth.,  vu.  7.)  Si 
la  foi  manque,  la  prière  est  vaine,  dit  saint  Augustin.  Si 
fides  déficit,  onsUio  périt.  (Serm.  cxv,  1.)  Aussi  Xotre- 
neur  exigeait-il  de  ceux  qu'il  guérissait  la  foi  en  sa 
puissance,  si  vous  pouvez  croire,  tout  est  possible  à 
celui  qui  croit, disait-il  au  pèrequi  lui  demandait  la  déli- 
vrance de  sou  (ils  possédé  du  démon.  Si  potes  credere, 
omnia  possîbilia  suni  credejdi.  (S.  Marc,  ix,  22.  Voyez 
re  s.  Matth.,  ix.  28  et  29.) 

Eœsitans.  Il  y  a  une  double  hésitation   :  Tune  doute 

delà  puissance  de  Dieu  ou  de  sa  bonté.  Cette  hésitation 

blesse   La    foi.  L'autre  est   opposée    à  l'espérance ,  par 

l'on  crainl  de  ne  pas  obtenir  une  grâce  spiri- 

le,   sous  prétexte  qu'on  n'en  est  pas  digne.  Cette 


—     12    — 

hésitation  se  nomme  pusillanimité.  On  doit  avoir  une 
entière  confiance  dans  la  miséricorde  de  Dieu,  quand  on 
demande  humblement  et  qu'on  désire  sincèrement  une 
grâce  nécessaire  au  salut.  Demandez  la  contrition  de  vos 
péchés,  demandez  la  victoire  sur  vos  passions,  vous  serez 
certainement  exaucé. 

Qui  enim  Itœsitat  similis  est  fluctui  maris  qui  a  vento 
movetur  et  circumfertur  (1).  Car  l'homme  qui  hésite  à 
demander  et  qui  doute  s'il  recevra,  ressemble  aux  flots 
de  la  mer  qui  sont  agités  et  portés  çà  et  là  par  la  tempête. 
Les  vagues  poussées  par  le  vent  s'élancent  sur  le  rivage, 
mais  à  peine  l'ont-elles  touché  qu'elles  se  replient  sur 
elles-mêmes  et  se  retirent,  pour  revenir  et  se  retirer  en- 
core. Telle  est  la  prière  de  plusieurs:  ils -demandent  ; 
mais  à  peine  leur  demande  est-elle  sortie  de  leurs  lèvres, 
qu'ils  cessent  de  prier  et  se  découragent.  Ils  prient  sans 
désir,  sans  espérance,  sans  persévérance. 

7.  A  on  erç/o  œstimet  homo  ille  quod  accipiat  aliquid  a 
Domino.  Qu'un  tel  homme  ne  s'imagine  donc  pas  qu'il 
obtiendra  quelque  chose  du  Seigneur  (2).  Car  une  des 
conditions  de  la  prière  est  la  confiance  en  la  bonté  de 
Dieu,  que  nous  appelons  notre  Père  :  Pater  noster.  Jésus- 
Christ  veut  que  ce  soit  le  premier  mot,  exprimé  ou  sous- 
entendu,  dans  toutes  nos  prières  (3). 

8.  Vir  duplex  anima  inconstans  est  in  omnibus  viis  suis. 
«  L'homme  qui  a  l'esprit  double  est  inconstant  dans 
toutes  ses  voies.  »  Saint  Jacques  nous  montre  la  cause 
de  cette  hésitation  qui  déplaît  à  Dieu.  C'est  que  l'homme 
qui  manque  de  confiance  en  la  prière,  manque  aussi 
d'unité  dans  ses  pensées.  Il  veut  plaire  à  Dieu  et  plaire 

(1)  Qui  enim  hœsitat.  Cet  enim  embarrasse  les  interprètes.  La  phrase 
-est  tout  simplement  coupée  h  la  façon  hébraïque.  C'est  comme  s'il  y 
avait,  :  Postulet  autan  in  fide  nihil  hœsituns,  nec  similis  sit  fluctui 
maris  qui  a  vento  movetur. 

(2)  Non  ergo  œstimet.  En  grec,  fui  yùp  oléadca  h  faQpwroi  èxéivoç.  La 
conjonction  yxp,  composée  de  ye  y.yy.,  est  prise  ici  dans  son  sens  ori- 
ginel :  Non  sane  igitur  œstimet  homo  ille. 

(3)  Les  promesses  de  Dieu  et  sa  bonté  excitent  notre  confiance;  or, 
la  confiance  exclut  le  doute  et  l'inquiétude.  Si  nous  étions  sûrs  d'avoir 
prié  comme  il  faut,  nous  aurions  la  pleine  certitude  d'être  exaucés. 


—    13    —  Jac,  i. 

au  monde,  concilier  les  maximes  du  siècle  avec  celles  de- 
l'Evangile,  les  dogmes  de  l'Eglise  avec  ceux  des  nova- 
teurs, sa  religion  avec  sa  passion.  Vir  duplex  animo,  dit 
le  Vénérable  Bède,  hic  vult  r/audere  cuin  sœculo,  et  illic 
regnare  cum  Deo.  Il  est  double  d'esprit.  Il  invoque  Dieu 
des  lèvres,  tandis  qu'au  fond  du  cœur  il  reste  attaché  au 
vice  dont  il  demande  la  délivrance.  De  là  ces  fluctuations 
de  conduite.  Ce  n'est  point  l'homme  ferme  et  vrai,  qui 
marche  avec  résolution  dans  le  chemin  de  la  vertu.  Il 
prie,  il  agit,  et  Dieu  le  remplit  de  sa  force  (1). 

In  viis  suis.  Les  voies  de  l'homme  sont  ses  démarches, 
ses  desseins,  ses  entreprises,  sa  conduite.  On  lit  au 
psaume  i  :  La  voie  de  l'impie,  le  chemin  dans  lequel  il 
marche,  le  conduit  à  sa  perte,  lier  impiorum  peribit. 

Après  cette  digression  sur  la  prière,  saint  Jacques 
revient  aux  épreuves  et  aux  tentations.  Une  des  plus 
communes  est  la  pauvreté. 

9.  Giorietur  uutem  fratèr  humilis  in  exaltatione  sua. 
Que  celui  d'entre  nos  frères  qui  est  d'une  condition 
basse  se  glorifie  dans  son  élévation.  Le  frère  humble, 
humilis,  est  le  chrétien  pauvre  que  l'on  méprise  sur  la 
terre.  Mais  qu'il  se  glorifie  dans  sa  grandeur.  Car  il  est 
enfant  de  Dieu  et  frère  de  Jésus-Christ  ;  et  depuis  le  jour 
de  son  baptême  il  possède  une  couronne  dans  les  cieux. 
Voilà  une  dignité  qui  l'élève  au-dessus  de  toutes  les 
gloires  de  la  terre. 

10.  Dives  autem  in  humilitate  sua.  On  ne  voit  pas 
comment  le  riche  peut  se  glorifier  dans  son  abaissement. 
Aussi,  plusieurs  interprètes  sous-entendent  :  coufunda- 
tui -,  i  qu'il  s'humilie.  »  C'est  l'opposé  de  giorietur,  comme 
h  h  m  il  date  est  le  contraire  à*  exaltatione.  Ce  mot  suppléé 
rend  la  pensée  juste.  On  peut  même  dire  qu'il  paraît 
appel.'1  naturellement  par  l'antithèse  et  par  la  symétrie 
de  la  phrase  (2).  La  conjecture  est  bonne,  et  la  grammaire 

(1)  :  ision  duplex  ansmo,  dtt'/'uxo;,  est  expliquée  dans  les  Consti- 

tution- iques,  avec   le  sens  «le  dubitans  ou   hoesitans,  Bfij  yivou 

h  -t-sï .-y?,,  it  -.z-y.'.  /,  où.  Noli  este  duplex  in  oratione, 

•    quoà  f  litur.  ((  îonst  A.p.,  vu,  11.) 
(i1)  (  "<\-t  ce  que  reconnaît  (Ecuméniua  :  'AxàXouOov  ,,j  tiiraiv  h  dl  nXovaiw 


—   11   — 

la  justifie.  Car  on  peut  voir  ici  la  figure  appelée  aeugma. 

Par  cette  figure,  la  pensée  décompose  un  verbe  potir  le 
joindre  à  deux  termes  différents,  lorsque  dans  son  entier 
il  ne  convient  qu'à  un  seul.  Ainsi,  le  poëte  a  pu  dire  : 
A  fer  ltalas  per  tir  des  equitavit,  ceu  flamma  per  tœiias 
(Hor.,  iv,  Od.  â),  parce  que  l'esprit  décompose  e(/ ni  tarit 
de  cette  manière  :  A  fer  ltalas  per  urbes  er/uo  cucurrit, 
cru  nirrit  flamma  per  tœdàs.  On  peut  analyser  de  même 
la  phrase  de  saint  Jacques  :  Frater  himiilis  glorians 
agnostat  exalta  tiotum,  sua?//,  dires  autem  agnoscat  humi- 
litatem  sitam.  On  traduira  donc  :  Que  le  frère  qui  est 
d'une  condition  basse  reconnaisse  sa  grandeur  avec  un 
sentiment  de  modeste  fierté,  et  que  le  riche  au  contraire 
reconnaisse  devant  Dieu  sa  bassesse  (1). 

In  humilitate  sua.  La  bassesse  du  riche  et  du  puissant 
consiste  dans  sa  misère  naturelle,  dans  la  mortalité  qui 
l'égale  au  dernier  des  hommes;  parce  qu'il  passera  comme 
la  fleur  de  l'herbe  :  Qnoniam  situ/  flos  fœni  transibit. 

11.  «  Or  le  soleil  s'est  levé  avec  une  ardeur  brûlante, 
il  a  desséché  l'herbe  :  la  fleur  de  l'herbe  est  tombée,  et  la 
beauté  de  sa  figure  a  péri.  Ainsi  le  riche  se  flétrira  dans 
ses  voies.  »  Exortus  est  enim  sol  cum  ardore,  et  arefecit 
fcenum,  et  flos  ejus  decidit,  et  décor  vultus  ejns  deperiit  : 
ita  et  dives  in  itineribus  suis  marcesset.  C'est  en  vain  qu'il 
marche  avec  pompe,  étalant  aux  yeux  du  inonde  l'or,  la 
soie,  la  pourpre  et  tout  le  faste  de  la  richesse  et  de  la 
puissance.  Il  se  flétrira  dans  cette  marche  triomphale  : 
in  itineribus  suis  marcescet  (2). 


ethxuvéaâiu  èv  rfj  Tocneivûesi  oùtov,  consequens  eral  ut  diceret  :  Dives  autem 
pv.de  fiât  in  humilitate  sua. 

(1)  Un  zeugma  semblable  se  montre  dans  saint.  Paul,  lorsqu'il  écrit  : 
Prohihentium  nubere,  abstinere  a  cibis  (I  Tim.,  iv,  3);  phrase  qui 
B-' analyse  ainsi  :  Jubentium  non  nubere,  abstinere  a  cibis.  Mfme  chose 
encore  dans  Horace  :  Qui  fit.  Mœcenas,ut  nemo  Çuami  sibi  sortent  seu 
ratio  dederit,  seu  fors  objecerit,  illa  contentas  vivat,  laudet  diversa 
sequentes  ?  (Satir.,  i.)  Avant  laudet,  il  faut  suppléer  quisque,  c'est-à-dire 
le  coi.  •  nemo  ;  ou  plutôt  L'esprit  décompose  nemo  en  non  homo, 
et  l'on  pense  ainsi  :  homo  non  vivat  contentus,  laudet  autem. 

(2)  C'est  d'isaïe  que  saint  Jacques  tire  cette  noble  comparaison. 
«  Toute  chair  est  de  l'herbe,  dit-il,  et  toute  sa  gloire  est  comme  la 


—     15     —  Jac,  i. 

Après  ce  brillant  tableau,  l'Apôtre  achève  son  exhor- 
tation à  supporter  courageusement  les  épreuves. 

12.  Beatus  vir  qui  suffcrt  tentatwnern  :  quoniam  quum 
proàatus  fuerit  accipiet  coronum  vite  quum  repvommt 
Deus  diligentibus  se.  «  Heureux  l'homme  qui  supporte  la 
tentation!  »  Il  ne  s'agit  pas  seulement  des  tribulations  et 
des  persécutions,  comme  au  second  verset,  mais  encore 
des  tentations  intérieures  et  proprement  dites,  comme 
celles  de  l'orgueil,  de  l'avarice,  de  l'impure  volupté. 
Aussi  l'Apôtre  ne  dit  plus  :  Réjouissez-vous  dans  les 
adversités  ;  mais  il  dit  :  Heureux  l'homme  qui  supporte 
avec  constance  la  tentation  !  Heureux  l'homme  qui  en 
triomphe  !  Parce  qu'après  avoir  été  éprouvé,  reconnu 
vaillant  et  fidèle,  il  recevra  la  couronne  de  vie  que  Dieu 
destine  aux  vainqueurs  et  qu'il  a  promise  à  ceux  qui 
l'aiment. 

Quutn  probatus  fuerit,  oôx-.y.o;  yevo^evoç.  Ce  juste  recevra 
la  couronne,  parce  qu'il  a  été  reconnu  bon  après  l'é- 
preuve, comme  un  métal  qui,  fondu  dans  le  creuset,  est 
trouvé  pur  et  sans  alliage  frauduleux. 

Accipiet  coronum.  Il  fait  allusion  à  la  couronne  que  les 
athlètes  recevaient  dans  les  jeux  solennels  de  la  Grèce. 
Or  cette  couronne  suppose  le  combat  et  la  victoire  qui  l'a 
gagnée. 

Vitae.  Dans  la  sainte  Ecriture,  ce  nom  employé  seul  et 
sans  épithète  signifie  la  vie  éternelle  et  bienheureuse, 
qui  «-si  la  seule  véritable  vie,  en  comparaison  de  laquelle 
la  vie  présente  mérite  plutôt  le  nom  de  mort  (1). 

Quam  repromisii  Deus.  Nous  méritons  la  couronne  de 
vie.  parée  qu'elle  est  due  à  nos  œuvres  surnaturelles ani- 

hamps.  L*herbe  &*e8\  desséchée  el  ta  fleur  est  tombée.  »  Omnis 

car<>  fœnwm,  i  gloria  ejtu  <j><<ixi  /!<>s  agrù  Exsiccatum   est 

•lit  fins.  (la.,  m..  G.)  —  Laaïe  empruntait  lui-même  cette 

li_  rid.  «N'enviez  point  ceux  qui  commettent  l'iniquité;  car  ils 

•  ut  aussi  promptemenl  que  l'herbe.  •>•  Neque  zelaveris  facientes 

vniquitau  iam  tanqttam  fœnwm  oelociter  areseent,et  quen 

ident.  (V>.  \\ \vi.) 
(H  '■'.  nisi  <j""'  ■  '  (S.  A.ug.  in  Joann. 

vu.  3.)  —  Temporali  >itœ  camparata,  mort  est 

quam  cita.  (S.  Greg.  in  Hom.  ixx.) 


—    16    — 

mées  par  la  charité,  ci  parce  que  Dieu  nous  l'a  promise. 
Aussi  saint  Paul  l'appelle-t-il  une  couronne  de  justice, 
qui  est  rendue  par  le  juste  Juge  à  celui  qui  Ta  méritée. 
(Il  Tim.,iv,  8.)  Cette  doctrine  est  définie  par  le  Concile  de 
Trente.  Bene  operantibus  usque  in  finem  et  in  Deosperan- 
tibus  proponenda  est  vita  œtema,  et  tanquam  gratta  filiis 
Dei  per  Christum  Jesum  miser  icorditer  pj*omissa,  et  tan- 
quam merces  ex  ipsius  Dei  promissione  bonis  ipsorum 
operibus  et  meritis  fideliter  reddenda.  (Concil.  Trid., 
Sess.  VI,  c.  xvi.) 

Diligentibus  se.  La  couronne  est  la  récompense  de 
l'amour  :  Dieu  couronnera  ceux  dont  il  est  aimé.  Or 
ceux  que  ni  les  tentations  de  la  concupiscence  ni  les  per- 
sécutions des  hommes  ne  peuvent  séparer  de  Dieus 
aiment  Dieu.  On  l'aime  quand  on  renonce  pour  lui  aux 
plaisirs  et  qu'on  supporte  les  tribulations  pour  sa  gloire. 
Souffrir  pour  Dieu  est  la  marque  la  plus  sûre  qu'on 
l'aime  et  qu'on  sera  sauvé.  Certa  atqne  seciira  est  exspec- 
tatio  promissœ  beatitudinis,  ubi  est  participatio  Dominicœ 
passionis,  dit  S.  Léon.  (Serm . ix de  Quadr.)  V.  I  Petr . , iv,  13. 

13.  Nemo  quum  tentatur,  dicat  quoniam  a  Deo  tentatur  ; 
Deus  enim  intsntator  malorum  est  ;  ipse  antem  neminem 
tentât.  14.)  Unusquisque  vero  tentatur  a  concupiscentia 
sua  aèstracius  et  illectus.  15.)  Deinde  concupiscentia 
quum  conceperit,parit  percatum  ;  peccatum  vero  quum 
consummatum  fuerit,  générât  mortem. 

L'Apôtre  nous  montre  ici  l'origine  de  la  tentation,  ses 
progrès,  ses  effets.  D'abord  son  origine.  Elle  ne  vient 
point  de  Dieu  ;  car  Dieu  étant  la  sainteté  même  ne 
saurait  nous  induire  au  péché.  Saint  Jacques  repousse 
une  fausse  interprétation  de  cette  parole  de  l'Oraison 
dominicale  :  Et  ne  nos  inducas  in  tentationem.  Elle  veut 
dire,  ne  nous  laissez  pas  entrer  en  tentation  ou  succomber 
à  la  tentation.  «  Que  nul  ne  dise  donc,  lorsqu'il  est  tenté, 
que  c'est  Dieu  qui  le  tente;  car  Dieu  ne  tente  pas  pour 
le  mal.  Non,  il  ne  tente  personne  (1).  Il  permet  seulement 

(1)  Deus  enim  intentator  malorum  est,  ipse  autem  neminem  tentât. 
Voici  le  grec  :  b  yàp  &ibç  ù-sipxsrGç  è^rt  xuy.o>\>,  TizipoÇn  oz   cotos  ojCi-jv.. 


—    17     —  Jac,  i. 

que  nous  soyons  tentés.  Mais  alors  il  nous  secourt,  si  nous 
l'invoquons,  et  il  fait  tourner  la  tentation  même  à  notre 
gloire.  Absit  ut  Dominus  tenture  videatur,  quasi  aut  iqnoret 
/idem  eu  jusque,  aut  dejicerc  sit  consentiens,  dit  Tertullien. 
(De  Orat.,  c.  vin.) 

D'où  vient  donc  la  tentation?  L'Apôtre  va  nous  le  dire. 
Unusquisque  vero  tentatur  a  concupiscentia  sua,  abstra- 
ctus  et  illectus.  «  Chacun  est  tenté  par  sa  propre  concu- 
piscence, qui  l'entraîne  et  l'attire.  »  Elle  l'éloigné  du 
bien,  elle  le  sollicite  au  mal,  elle  l'amorce  par  l'appât 
de  la  volupté  et  des  intérêts.  Abstractus  a  reclo  itinere, 
et  illectus  in  malum,  dit  le  vénérable  Bède  (1).  Telle  est 

Beaucoup  d'hellénistes  traduisent  ainsi  :  Dens  enim  tentari  nequit 
malts,  tentai  vero  Me  neminem.  Ce  qu'ils  expliquent  de  cette  manière  : 
De  même  que  Dieu  ne  peut  pas  être  sollicité  au  mal  ni  éprouver  aucun 
mal,  de  même  il  n'y  sollicite  personne.  1°  Ils  citent  à  l'appui  de  ce 
sens  les  versions  syriaque  et  arabe,  avec  Œcumenius  :  et  ils  se  fondent 
sur  la  signification  de  l'adjectif  c/.-.-ipxzTo^.  qui  est  passive,  disent-ils, 
intentatus  ou  qui  tentari  non  potest .  Mais  ce  mot  est  rare,  un  peu 
moderne:  et  sa  signification  n'est  pas  bien  déterminée  par  les  exemples 
qu'on  en  trouve  :  on  dit  plus  souvent  efoei/saro»,  qui  répond  au  latin 
n<n>  tentatus.  —  Nous  savons  d'ailleurs  que  les  adjectifs  eu  579;  peuvent 
avoir  le  sens  actif.  Ainsi  v.-txi-jtoï  signifie  qui  ne  heurte  pas,  ne  bronche 
pas.    S.  Jude,  24.)  De  même  y-y-j-roi  zzzwv,  qui  ne  goûte   pas  les  maux. 

ph.  Ant.  583.)    "Ai-£^7T5,-  a  la  double  signification  active  et  passive 
de   verax,   qui  dit   la  vérité,  et  de   certv.s,  qui  est  certain.  De  même 
encore  àyilwTo;,  qui  ne  rit  pas  ou  dont  on   ne  rit  pas.  —  2°  Les  com- 
ment iteurs  qui  s'éloignent  ici  de  la  Vulgate  ajoutent  qu'avec  y--:pu.GTOi 
pris  dans  le  sens  actif,  il  y  aurait  tautologie:  car  non  tentana  et  neminem 
tentât  sont  la  même  chose.  Mais  la  tautologie  n'est  point  vicieuse  quand 
l;i    seconde  expression    éclaircit  ou    fortifie   la   première,  comme  en  cet 
en  Iroit.  Est-ce  que  la  sainte  Ecriture  et  les  auteurs  classiques  ne  répè- 
tent pas  souvent  la  même  pensée?  Est-ce  que  le  parallélisme,  qui  fait 
le  fond  de  la  poésie  hébraïque,  n'amène  pas  souvent  une  brillante  tau- 
tologie ;  Lisez  donc  le  psaume  Tn  exitu,  el  dites  s'il  n'\  a  pas  tautologie 
dans  plusieurs  versets,  comme  dans  celui-ci  :  Qui  convertit  petram  in 
■  aquarum,  et  rupem  in  fontes  aquarum.  —  3°  Enfin  ils  déclarent 
que  la  coujoDCtioo  ik,  autem,  qui  unil  les  deux  phrases,  indique  que  la 
-■•il'.'  une  idée  différente  de  la  première.  Cette  raison  a  sa 
vale  .i-  :  cependant  l'on  répond  encore  que  souvent  la   particule  ik  est 
•11   près  synonyme  de  xx\  et   peut  marquer  deux  différents  points  de 
•  d--  li  même  idée.  —  Au    fond    nous  ne  rejetons  pas  l'interprétation 
d'y-:  ',77--,,-  pris  dans  le  sens  passif,  qui  non  tentatur  ou  qui  tentari 
si  ancienne,  conforme  à  L'usage  de  la  langue,  et  pré- 

!>'<j  une  id  .  Mais  celle  de  la  Vulgate  u'est  pas  démontrée  fausse  : 

18  la  respectons,  et  même  nous  la  préférons. 

(1)  C'est  le  i  deux  mots  fëfejcà/uvof,  abstractus,  et  foXreÇô/av?*, 

1  1  : 1 1.1     .  ji  Ra  2 


—     18    — 

la  source  et  l'origine  de  nos  tentations.  Il  est  vrai  que 
le  monde  et  le  démon  nous  tentent  aussi;  mais  ils  n'a- 
gissent  sur  nous  qu'en  présentant  un  appât  à  la  concu- 
piscence que  nous  portons  en  notre  cœur. 

Saint  Jacques  décrit  ensuite  la  marche  et  le  progrès 
de  la  tentation.  La  concupiscence  conçoit  d'abord  une 
pensée  qui  lui  est  suggérée  par  les  sens,  par  l'imagi- 
nation ou  par  le  démon:  puis,  cette  pensée,  lorsqu'elle 
persiste,  fait  naître  une  délectation.  Or,  cette  délectation 
mauvaise,  engendrée  dans  le  cœur,  et  non  réprimée  aus- 
sitôt par  la  volonté,  produit  une  faute.  De  in  de  concupis- 
cenlia  quum  conceperit.  parti  peccatwn.  La  faute  i 
que  vénielle,  tant  que  l'advertance  et  le  consentement 
sont  imparfaits.  Mais  si  le  consentement  est  enfin  pleine- 
ment donné,  et  si  l'on  viole  une  défense  grave,  un  péché 
grave  est  commis.  Alors  ce  péché  consommé  dans  le 
cœur,  sans  même  que  l'action  extérieure  soit  accomplie, 
engendre  la  mort  de  l'àme,  en  la  séparant  d'avec  Dieu. 
Peccotum  vero  quum  consummatam  fuerit,  générât  mor- 
tem.  (Corn.  Lap.) 

Mais  si  l'on  rejette  la  pensée  mauvaise  dès  qu'elle  se 
présente  à  l'esprit,  non  seulement  on  ne  pèche  pas,  mais 
on  remporte  une  victoire  qui  est  glorifiée  dans  les  cieux  (1  ). 

Il  faut  donc  distinguer,  avec  saint  Jacques  et  les  théo- 
logiens, trois  degrés  dans  la  tentation.  11  y  a  d'abord  la 
suggestion,  puis  la  délectation,  et  enfin  le  consentement  (2). 
C'est  le  consentement  seul,  imparfait  ou  plein,  qui  fait  le 
péché.  Mais  prenons  garde  :  il  est  facile  de  passer  du 
premier  degré  au  troisième,  de  la  pensée  mauvaise  à 
l'entier  consentement. 

16.  Nolite  itaque  errare,  fralres  met  dilectissimi.  Ne 
vous  y  trompez  donc  pas,  mes  frères  bien-aimés.  Soyez 

inescatus,  illectus,  attiré  par  un  appât  trompeur,  comme  celui  qu'on 
offre  au  poisson  pour  le  prendre. 

(1)  Quod  si,  hoste  suggerente,  delectari  oui  consentira  peccato  uolu- 
mus,  tentatio  ipso  nobis  ad  victoriam  provenit,  qntt  coronam  vitœ 
mereami'i-  accipere,  (V.  Bed.) 

(2)  Sciendum  nobis  est  quia  tribus  modiê  tentatio  agitur  :  sugge- 
stionne, delectatione  tt  consensu.  (S.  Greg.  Hom.  xvi  in  Evang.) 


—    19    —  Jac.}  i. 

attentifs  à  ce  qui  se  passe  en  votre  esprit.  Ne  croyez 
pus  ([lie  toute  pensée  soit  innocente  devant  Dieu,  et  que 
le  péché  réside  seulement  dans  les  actions  extérieures. 
Ji- us-Christ,  nous  a  dit  :  «  Tout  homme  qui  regarde  une 
femme  avec  un  sentiment  de  concupiscence,  a  déjà  com- 
mis l'adultère  dans  son  cœur.  »  Omnis  qui  viderit  mil- 
ite ru  m  ad  concupiscendwn  eam,  jam  mœchatiis  est  eam 
in  corde  suo.  (S.  Matth.,  v,  28.)  Mais  n'imputez  pas  au 
Dieu  très  saint,  votre  Créateur,  les  tentations  de  votre 
concupiscence.  Il  ne  saurait  vous  porter  au  mal,  puis- 
qu'il est  l'auteur  et  la  source  de  tout  bien,  comme  l'Apôtre 
ajoute  aussitôt. 

17.  Omne  dation  optimum  et  omne  doni/m  perfectum 
desursum  est,  descendais  a  Pâtre  huninum,  apud  quem 
non  est  (ransmutatzo,  nec  vicissititdinis  obumbratio.  Dieu 
est  si  loin  de  nous  porter  au  mal  que  «  tout  don  excellent 
et  toute  grâce  parfaite  nous  viennent  d'en  haut  »  ;  toute 
impulsion  vers  le  bien  «  descend  du  Père  des  lumières  », 
en  qui  il  n'y  a  point  de  ténèbres  (1). 

.1  Pâtre  luminum.  Dieu  est  l'auteur  de  cette  lumière 
créée  qui  luit  à  nos  yeux:  mais  surtout,  il  est  le  Père 
de  la  lumière  spirituelle  qui  éclaire,  réjouit  et  fortifie 
notre  âme.  ("est  lui  qui  donne  la  lumière  de  la  foi,  la  lu- 
mière de  la  grâce  sanctifiante  et  la  lumière  de  la  gloire  (2). 
Apud  quem  non  est  transmutatio.  Or,  dans  ce  flam- 
m!  des  intelligences,  il  n'y  a  point  de  changements, 
coiniiH'  dans  le  soleil,  qui  s'éloigne  et  se  rapproche  de 
nous  tour  à  tour;   il  n'y  a   point   d'ombres  de  vicissi- 
te  ■•mine  lorsque  cet  astre,  après  avoir  éclairé  notre 

monde,  nous  dérobe  sa  lumière  et  descend  sous  l'hori- 
zon. Dieu  dit  lui-même  par  son  Prophète  :  «  Je  suis  le 
.leur  et  je  ne1  change  point.  »  Ego  Dominas  et  non 


um  et  donum,ài9ii  r<  >>>'.r,y.u,  sont  la  même  chose  répétée  pour 
inculquer  fortement  la  pei  moins  qu'on  n'entende  par  d  ttutn  les 

-  de  I:»  nature,  »-t  par  donum  ceux  de  la  Lrràoe. 
I  Banctifi  une  lumière  'loin   brille  l'Ame  du  ju 

::•■>!.•  de  saint  Paul  :  Eratis  enim  aliq\  iicnc 

,'     l)(>min<<.    (Eph.,     V.    8.) 


—    20     - 

mutor.  (Malach.,  ni,  6.)  Dieu  est  un  soleil  qui  brille 
toujours  (1). 

18.  Genuil  ?ios.  Dieu,  nous  l'avons  dit,  est  l'auteur  de 
tout  don  excellent.  Ainsi,  il  nous  a  donné  un  titre  ad- 
mirable :  celui  de  ses  fils  adoptifs.  Il  nous  a  engendrés 
pour  que  nous  soyons  appelés  ses  enfants,  et  que  nous  le 
soyons  en  réalité.  Ut  filii  Dei  nominemitr  et  sit?nis>  dit 
saint  Jean.  (I  Ep.,  ni.) 

Vohintarie  enim  genirit  nos  verbo  veritatis.  C'est  par 
nécessité  que  le  soleil  jette  sa  lumière  sur  le  monde  ;  il 
n'en  est  pas  ainsi  de  Dieu;  ses  dons  sont  libres.  Il  nous 
a  engendrés  par  sa  volonté,  par  son  amour,  par  sa  pure 
miséricorde  et  sans  aucun  mérite  de  notre  part,  comme 
l'avait  dit  Osée  :  Diligam  eos  spontanée.  Il  nous  a  en- 
gendrés par  la  parole  de  vérité,  par  la  doctrine  évan- 
gélique  qu'il  a  fait  entendre  à  nos  oreilles  et  luire  à  nos 
intelligences.  Car  celui  qui  croit  la  parole  de  Dieu  com- 
mence à  vivre  de  cette  même  vérité  qui  est  en  Dieu  et 
qui  est  Dieu.  Il  exerce  dans  son  entendement  des  actes 
semblables  à  ceux  de  la  vie  divine.  Enfin,  il  nous  a  engen- 
drés par  le  sacrement  du  baptême  qui  nous  a  donné  une 
vie  nouvelle,  spirituelle,  immortelle,  en  nous  faisant 
enfants  de  Dieu  (2). 

Genirit  nos  verbo  veritatis.  La  foi  en  la  parole  du  Christ 
étant  le  commencement  de  la  justification,  est  aussi  le 
principe  de  la  régénération  divine,  comme  nous  le  fait 
entendre  saint  Jean  :  «  Le  Verbe  a  donné  le  pouvoir  de 
devenir  enfants  de  Dieu  à  ceux  qui  croient  en  son  nom.  » 


(1)  Le  mot  transmutât io,  TTctpoùïy.yï,  semble  désigner  le  mouvement 
annuel  du  soleil  qui,  pendant  six  mois,  va  d'un  tropique  à  l'autre,  et 
marche  ensuite  pendant  six  autres  mois  pour  revenir  au  point  d'où  il 
était  parti.  —  Vicissitudinis  obumbratio,  zpir.?tç  &noaxfasp.x1  c'est  l'om- 
bre, c'est  l'obscurité  dans  laquelle  le  soleil  nous  laisse  en  accomplissant 
ses  révolutions. 

(2)  Saint  Pierre  exprime  très  bien  la  même  pensée.  Nous  avons  reçu 
une  nouvelle  naissance,  dit-il,  lorsque  nous  avons  été  engendrés  de 
nouveau,  non  d'une  semence  corruptible,  mais  d'un  germe  incorruptible, 
par  la  parole  du  Dieu  vivant  :  Iienati  non  ex  semine  comiptibili, 
sed  incorrujptibili  per  verbum  Dei  vivi.  (I  Petr.,  i,  23.) 


—    21     —  Jac,  i. 

Dédit  eis  potestatcm  filios  Dei  fieri,  lus  qui  crcdimt  in 
nomine  ejus. 

Ut  simus  initium  aliquod  créatures  ejus,  en  grec  iicap^* 
•nvx  Ttov  aÙTou  xT'.saàTwv,  Il  nous  a  engendrés  «  afin  que  nous 
fussions  en  quelque  sorte  les  prémices  de  ses  créatures.  » 
Deux  sens  se  présentent.  D'abord,  les  hommes  justifiés 
par  la  foi  et  le  baptême  sont  ce  qu'il  y  a  de  principal,  de 
plus  précieux  et  de  plus  agréable  à  Dieu  dans  toute  la 
création  visible.  Le  monde  même  ne  subsiste  que  pour 
les  saints,  pour  ceux  qui  le  sont  déjà  ou  pour  ceux  qui 
doivent  le  devenir. 

Second  sens.  Les  chrétiens  venus  d'Israël,  auxquels 
écrit  saint  Jacques,  sont  eux-mêmes  les  prémices  de  la 
nouvelle  création  que  le  Saint-Esprit  fait  dans  le  monde, 
lorsqu'il  fonde  l'Eglise  et  forme  un  peuple  saint  qui  adore 
le  Seigneur  en  esprit  et  en  vérité.  Cette  création  est  prédite 
par  David,  qui  chante  au  psaume  cm  :  «  Vous  enverrez 
votre  Esprit,  et  ils  seront  créés,  et  vous  renouvellerez  la 
face  de  la  terre.  »  Emittes  Spiritum  tuum  et  creabimtur, 
et  renovabis  faciem  terras.  Le  peuple  chrétien  est  appelé 
dans  les  saintes  Ecritures  une  création  nouvelle (II  Cor., 
v,  17;  Gai.,  vr,  15);  et  l'Apôtre  saint  Jacques  dit  aux 
Juifs  convertis  :  C'est  de  cette  admirable  création  que  vous 
êtes  les  prémices.  Il  nous  semble  que  ce  second  sens  est 
appuyé  sur  la  signification  propre  du  mot  àncopx4>  primitiœ. 

Des  théologiens  donnent  un  troisième  sens.  Dieu  , 
disent-ils,  nous  a  engendrés  par  la  parole  de  vérité,  afin 
que  nous  soyons  déjà  un  commencement  ou  un  germe 
de  cette  créature  divine  que  nous  serons  au  ciel.  La 
grâce,  en  effet,  que  nous  recevons  au  baptême,  est  la 
semonce  de  la  gloire.  Nous,  chrétiens,  disait  un  éloquent 
évèque,  nous  sommes  ici-bas  des  dieux  en  fleurs. 

19.  Scitis,  fratres  mei  dilectissimi.  Vous  savez  ces 
choses,  mes  frères  bien-aimés.  Ce  que  je  viens  de  vous 
dire  sur  la  grandeur  où  vous  élève  la  religion  du  Christ, 
est  une  vérité  que  vous  connaissez  parfaitement. 

Ce  mot  «  vous  savez  »  est  une  espèce  de  précaution 
aimable  pour  faire  accepter  de  nouveaux  préceptes. 


—     oo     _ 


-^-i/ 


>'//  autem  ornnis  liomo  velox  ad  andiendum,  tordus  au- 
tem  ad  loquendum,  et  tordus  adirarn.  «  Que  tout  homme 
soit  prompt  à  écouter,  lent  à  parler,  et  lent  à  se  mettre 
en  colore.  »  Trois  pensées  que  l'Apôtre  va  développer. 

1  )  abord  l'homme  prudent  écoute  avec  calme,  afin  de 
s'instruire;  il  se  souvient  de  cette  maxime  de  Salomon  : 
«  Le  sage  en  écoutant  devient  plus  sage.  »  Aadiens  sapiens 
sapientior  erit.  (Prov.,  i,  5.)  Un  poète  païen  disait  avec 
esprit  qu'un  homme  qui  ne  sait  pas  se  taire  ne  sait  pas 
parler. 

Tacerc  quisquis  nescit,  hic  neseit  loquî. 

(PUBLÏUS   SYR.) 

L'homme  prudent  ne  parle  qu'après  avoir  réfléchi,  pour 
ne  blesser  ni  la  vérité  ni  la  charité.  Il  songe  que  nous 
rendrons  compte  non  seulement  des  discours  mauvais, 
mais  môme  des  paroles  inutiles.  (S.  Matth.,  xn,  30.) 

Tardas  ad  loquendum.  Saint  Jacques,  en  formulant 
cette  maxime,  avait  spécialement  en  vue  certains  doc- 
teurs venus  du  judaïsme.  Comme  ils  se  croyaient  fort 
habiles  dans  les  Ecritures,  ils  voulaient  enseigner  dans 
les  assemblées  chrétiennes,  et  ils  y  soutenaient  des  opi- 
nions qui  troublaient  l'Eglise  (1). 

Le  ministère  de  la  parole,  lors  même  qu'il  est  imposé 
par  l'autorité  légitime,  n'est  pas  sans  danger.  La  chaire 
sacrée  fut  un  écueil  pour  plusieurs  prédicateurs.  —  Il  est 
moins  périlleux  d'écouter  la  vérité  que  de  la  prêcher.  En 
l'écoutant,  on  demeure  humble  ;  en  la  prêchant  aux  au- 
tres, il  est  facile  de  concevoir  quelque  sentiment  de  vanité, 
dit  le  vénérable  Bède,  et  une  pensée  d'orgueil  peut  devenir 
le  commencement  de  la  perdition.  C'est  pourquoi  saint 
Augustin  disait  qu'il  aimait  mieux  apprendre  qu'ensei- 
gner. Ego  plus  amo  discere  quant  docere.  (Ad  Dulcitium, 
Q.  3.)  Belle  leçon  de  modestie  que  nous  donne  ce  grand 
docteur,  l'un  des  plus  beaux  génies  qui  aient  paru  dans 
le  monde. 

(1)  Voyez  plus  bas,  ch.  ni,  1. 


—    23    —  Jac.,i. 

Ce  mot  tordus  ad  Joquendinn  appelle  un  autre  conseil  : 
tardas  ad  iram.  «  Soyez  lents  à  vous  mettre  en  colère.  » 
Ce  qui  nous  fait  prononcer  des  paroles  répréhensibles, 
c'est  souvent  l'impatience  et  un  faux  zèle  qui  nuit  au  lieu 
d'édifier. 

Or  l'homme  patient  vaut  mieux  que  le  courageux,  dit 
Salomon  ;  et  celui  qui  est  maître  des  mouvements  de  son 
cœur  l'emporte  sur  le  guerrier  qui  force  les  villes.  Melior 
est  patiens  viro  forti,  et  qui  dominatur  animo  suo  expa- 
gnatore  urbhlm.  (Prov.,  xvi,  32.) 

20.  Ira  enim  viri  juslitiam  Dei  non  operatur.  «  Car  la 
colore  de  l'homme  n'opère  point  la  justice  de  Dieu.  »  Si 
donc  vous  voulez  faire  une  œuvre  sainte  devant  Dieu  et 
procurer  sa  gloire,  si  vous  désirez  bien  servir  l'Eglise  et 
sauver  les  âmes,  contenez  votre  humeur  impatiente  et 
apprenez  de  Jésus-Christ  la  douceur  et  l'humilité.  C'est 
par  la  mansuétude  que  vous  ferez  le  bien,  en  plaisant  à 
Dieu  et  aux  hommes. 

Par  la  colère,  saint  Jacques  paraît  ici  entendre  ce 
qu'il  nommera  plus  loin  un  zèle  amer  et  un  esprit  de 
contention.  (Ch.  in,  14.) 

Justitia  Dei  signifie  toute  œuvre  juste  que  Dieu  com- 
mande ou  approuve. 

21.  P V opter  cjuod  abjicientes  omnem  immunditiam  et 
abundantiam  malitise,  in  mansuetudine  suscipite  insitum 

um,  r/uod  potest  salvare  animas  vestras.  C'est  pour- 
quoi, rejetant  toute  souillure  et  toute  abondance  mau- 
vaise, recevez  avec  mansuétude  la  parole  qui  est  entée 
en  vous  et  qui  peut  sauver  vos  âmes. 

Pr opter  quod.  Après  avoir  prohibé  la  colère,  il  revient 
à  la  première  pensée  qu'il  avait  ('mise  :  «  Que  tout  homme 
soit  prompt  à  «'coûter  »,  surtout  à  écouter  la  parole  de 
Dieu.  Il  exhorte  à  la  recevoir  avec  douceur  et  mansué- 
tude, -ans  discussion,  sans  contestation.  Mais  pour  qu'elle 
m.  <lans  un  cour,  il  faut  en  bannir  toute  souillure, 
Rapfav,  non  seulement  la  luxure  et  l'intempérance, 
mais  l'orgueil,  l'en  vie,  l'avarice,  qui  impriment  dans 
l'a  nie  des  taches  aussi  funestes  que  le  vice  honteux  de  la 


—    24    — 

chair.  Omnem  quippe  immunditiam  et  carnis  et  animé 
nuncupat,  dit  le  vénérable  Bède  (1). 

Et  abundantiam  malitiœ,  7ceptOTetav  xaxfoç.  Ce  nom  au 
génitif  équivaut  à  un  adjectif.  C'est  comme  s'il  y  avait 
abundantiam  malam,  ou  qilidquid  maie  abundat.  Saint 
Jacques  avertit  de  retrancher  aussi  toute  abondance  ou 
toute  superfluité  mauvaise  qui,  comme  une  végétation 
stérile  et  comme  une  herbe  nuisible,  envahit  le  champ 
de  nos  âmes  et  empêche  la  bonne  semence  de  s'y  déve- 
lopper. Il  désigne  les  soins  superflus  ou  trop  empressés, 
que  Notre-Seigneur  condamne  par  cette  parole  célèbre  : 
t  Marthe,  Marthe,  vous  vous  inquiétez  et  vous  vous  em- 
barrassez de  beaucoup  de  choses .  Or ,  une  seule  est 
nécessaire.  »  (S.  Luc,  x,  41.)  La  superfluité  mauvaise, 
c'est  la  sollicitude  des  choses  du  siècle,  solliciludo  sœcitli 
istius.  (S.  Matth.,  xm,  22.)  C'est  encore  ce  que  saint  Paul 
nommait  une  foule  de  désirs  inutiles  et  nuisibles  qui 
submergent  les  hommes  dans  la  perdition.  Desideria 
milita  inutilia  et  nociva,  quœ  merqunt  homines  in  inte- 
ritum  et  perditionem.  (I  Tim.,  vi,  9.)  Tout  cela  est  une 
abondance  mauvaise  (2). 

Susc/pite,  recevez  et  conservez  la  parole  sainte  avec 
calme  et  douceur,  cum  mansuetudine  ;  car  Dieu  n'habite 
point  dans  le  trouble  :  non  in  commotione  Dominus. 
(III  Reg.,  xix,  11.)  L'on  remarque  que  le  Saint-Esprit 
descendit  s,ur  les  Apôtres  lorsqu'ils  étaient  paisibles  et 

(1)  Saint  Paul  exhortait  de  même  les  Corinthiens  à  se  purifier  de 
tout  ce  qui  souille  la  chair  et  l'esprit.  Mundemvs  nos  ab  omni  inqui- 
namento  carnis  et  spirittcs.  (II  Cor.,  vu,  1.) 

(2)  Abundantiam  malitiœ.  «  Cette  superfluité  mauvaise  «  pourrait 
bien  désigner  aussi  les  vains  discours  des  docteurs  qui  voulaient  mon- 
trer leur  science  dans  les  assemblées  chrétiennes.  Au  lieu  d'étaler  une 
érudition  superflue,  leur  dirait-il,  et  d'agiter  des  questions  inutiles 
pour  la  piété,  attachez-vous  à  recueillir  et  h  faire  fructifier  dans  vos 
cœurs  la  sainte  parole  qui  vous  a  été  confiée  quand  vous  avez  reçu  le 
baptême.  C'est  celle-là  qui  sauvera  vos  âmes.  Saint  Paul  recommandait 
de  même  à  Timothée  et  à  Tite  de  réprimer  certains  docteurs  qui  trou- 
blaient et  fatiguaient  les  églises  par  des  fables  puériles,  par  des  généa- 
logies sans  fin,  et  par  de  subtiles  questions  sur  la  loi  :  toutes  choses 
vaines  et  dangereuses,  qui  soulevaient  des  disputes  et  n'édifiaient  point 
les  fidèles.  (I  Tim.,  i,  4  ;  et  iv,  7  ;  et  II  Tim.,  u,  23  ;  et  Tite,  m,  9.) 


—     25     —  Jac.,1. 

assis  dans  le  Cénacle  :  erant  sedentes.  C'est  aux  hommes 
doux  et  pacifiques  que  le  Christ  a  été  envoyé  du  ciel 
pour  leur  annoncer  l'Evangile  :  ad  annuntiandum  man- 
snetis  misitme.  (Is.,  lxi,  1.) 

Insitum  verbum,  xov  Ijaçutov  Xcfyov.  Il  compare  la  parole 
de  Dieu  à  un  rameau  fertile,  enté  sur  le  chrétien.  Ce 
rameau  s'enracine  dans  l'àme  par  une  méditation  paisi- 
ble et  produit  des  fruits  célestes. 

Quod  potest  salvare  animas  vesfras.  La  parole  divine 
est  comme  l'arbre  de  vie  qui  était  planté  au  milieu  du 
paradis  terrestre  :  il  devait  entretenir  dans  une  jeunesse 
éternelle  ceux  qui  mangeraient  de  ses  fruits.  De  même 
la  parole  de  Dieu  fortifie  et  sauve  l'âme  qui  croit  en  elle 
et  s'en  nourrit. 

Potest.  Cette  parole  a  donc  la  puissance  de  vous  donner 
L'immortalité,  mais  elle  exige  votre  concours.  Ce  rameau 
produit  le  fruit  du  salut,  mais  il  faut  que  l'arbre  où  il 
est  greffé  soit  vivant  et  lui  fournisse  une  sève  naturelle., 
que  la  grâce  transformera  en  fruits  divins. 

22.  Estote  autem  factures  verbi,  et  non  auditores  tan- 
tum.  «  Mais  soyez  des  observateurs  de  la  parole,  et  non 
pas  seulement  des  auditeurs.  »  Car  pour  que  la  sainte 
parole  vous  sauve,  il  ne  suffit  pas  de  l'écouter  et  de  la 
croire  ;  ce  n'est  même  pas  assez  de  la  prêcher  :  il  faut 
faire  ce  qu'elle  dit.  Notre-Seigneur  nous  donnait  cet  aver- 
tissement :  «  Heureux,  disait-il,  ceux  qui  entendent  la 
parole  de  Dieu  et  qui  la  gardent  !  »  (S.  Luc,  xi,  28.)  Et 
saint  Paul  répétait  aux  fidèles  que  ce  ne  sont  pas  les 
auditeurs  de  la  loi  qui  sont  justes  devant  Dieu  ;  ce  sont 
les  observateurs  de  la  loi  qui  seront  justifiés.  (Rom.,  n,  13.) 
Non  enim  and/tores  lerjis  jitsti  snnt  apud  Deum,  sed  fac- 
ioi^cs  legis  justificaèuntur  (1). 

En  effet,  si  l'on  croit  être  pieux,  sans  faire  les  œuvres 
de  la  piété,  on  se  trompe  soi-même,  et  c'est  une  dange- 
reuse erreur.  Fallentes  vosmetipsos. 

(1)  Saint  Jacques,  voulant  réfuter  une  erreur  qu'on  imputait  a  saint 
Paul,  t'appâta  mit  saint  Paul  lui-même,  et  il  lui  emprunte,  comme  on 
le  voit,  le  même  principe  exprimé  dans  les  mêmes  termes. 


—    26    — 

Cette  expression  f allaites  vosmetipsos ,  wopôtXoyiÇ<Jji.6v«« 
Ioutoùç,  signifie  se  tromper  soi-même  par  des  raisonne- 
ments spécieux,  par  des  subtilités  de  sophistes.  Ainsi 
les  faux  docteurs  qui  voulaient  se  persuader  que  la  foi 
justifie  sans  les  œuvres,  alléguaient  ce  texte  de  l'Evan- 
gile :  «  Celui  qui  croira  et  sera  baptisé  sera  sauvé.  »  Qui 
credideritetbaptizatus  fuerit  ^salmis  erit.  (S.  Marc,  xvi,  16.) 
Cet  homme  possède  en  lui  le  salut  et  s'il  meurt  aussitôt 
après  son  baptême,  étant  justifié  par  la  foi  et  le  sacre- 
ment, il  est  sauvé.  Mais  s'il  vit,  il  doit  faire  les  œuvres 
commandées  par  la  loi  divine  qu'il  a  promis  d'accomplir. 

Un  autre  argument  qu'ils  produisaient  était  cette  parole 
de  la  Genèse  :  «  Abraham  crut  au  Seigneur,  et  sa  foi  lui 
futimputéeàjustice.  »  (Gen.,  xv,6;Rom.,iv,3;Gal.,in,6.) 
Saint  Jacques  discutera  cette  raison  dans  le  chapitre 
suivant. 

23  et  24.  Quia  si  quis  est  auditor  verbi  et  non  factor \  hic 
comparabitur  vivo  consideranti  vultum  nativitatis  suœ  in 
speculo  (1).  Consideravit  enim  se,  et  abiit,  et  statim  oblitus 
est  qualis  fuerit.  «  Celui  qui  écoute  la  parole  et  ne  la  pra- 
tique pas  ressemble  à  un  homme  qui  regarde  son  visage 
dans  un  miroir,  puis  s'en  va  et  oublie  quel  il  était.  »  Ce 
miroir  lui  a  montré  des  taches  qui  déshonoraient  sa  figure  : 
à  quoi  lui  sert  de  les  avoir  vues,  s'il  ne  les  ôte  pas  ?  De 
même  un  pécheur  entendant  la  parole  de  Dieu  voit  les 
souillures  qu'elle  lui  découvre  en  son  âme.  Mais  si,  après 
les  avoir  aperçues,  il  s'en  va  et  les  laisse,  que  lui  sert  de 
les  avoir  reconnues  ?  Il  n'en  est  que  plus  coupable. 

L'Ecriture  sainte,  dit  le  pape  saint  Grégoire  le  Grand, 
est  un  miroir  où  nous  voyons  la  face  intérieure  de 
notre  âme.  Scriptura  mentis  ocnlis  quasi  quoddam  spé- 
culum opponilur,  ut  interna  nostra  faciès  in  ea  videatur. 
(S.  Greg.  M.  Morv  n,  1.)  Lisons,  considérons,  réformons. 

L'Apôtre  va  poursuivre  son  idée. 

25.  Qui  autem  perspexerit  in  legemperfectam  liber tatis, 


(1)   Vultum  nativitatis  suœ  est  la  même   chose    que  vultum  sinon 
nativum  ou  genuinum. 


—    27    —  Jac,  i. 

et  permanserit  in  ea,  non  anditor  obliviosns  factus,  sed 
factor  operis,  hic  beatus  in  facto  sno  erit.  «  Mais  celui  qui 
considère  attentivement  la  loi  parfaite  de  la  liberté,  et 
qui  s'y  attache  pour  l'accomplir,  celui-là  n'étant  pas  un 
auditeur  oublieux,  mais  faisant  l'œuvre  commandée  par 
la  loi,  trouvera  le  bonheur  dans  son  action.  »  Il  sera  heu- 
reux, non  pour  avoir  simplement  connu  le  bien,  mais  parce 
qu'il  l'a  fait  (1). 

In  legem  perfectam.  La  loi  chrétienne  est  une  loi  qui 
nous  montre  la  perfection,  la  commande,  et  nous  donne 
la  force  de  l'atteindre  :  tandis  que  la  loi  de  Moïse  était 
une  loi  imparfaite  :  nihil  enim  ad  perfection  adduxit  lex. 
(Hebr.,  v,  19.)  Ce  n'était  qu'une  préparation  à  l'Evangile. 

In  legem  libertatis.  La  loi  chrétienne  est  une  loi  de 
liberté  :  d'abord  elle  nous  délivre  de  nos  péchés  et  de 
nos  vices,  qui  sont  nos  plus  funestes  ennemis.  En  outre, 
étant  une  loi  d'amour,  elle  nous  donne  la  liberté  des  en- 
fants de  Dieu  :  tandis  que  la  loi  ancienne,  loi  de  terreur, 
ne  faisait  que  des  esclaves.  Enfin  elle  nous  a  délivrés  du 
joug  des  rites  multipliés  de  la  loi  mosaïque.  Or  c'était 
un  joug  très  pesant,  disait  saint  Pierre,  joug  que  nos 
pères  et  nous-mêmes  n'avions  pu  porter.  (Act.Ap.,  xv,  10.) 

Considérons  ces  mots  :  perspexerit,  permanserit,  factor 
operis.  Dans  ces  trois  mots,  saint  Jacques  nous  indique 
les  trois  principaux  caractères  de  la  méditation  des  saintes 
Ecritures.  —  1°  Perspicere.  11  faut  méditer  la  parole  de 
Dieu  attentivement,  à  loisir,  oubliant  toute  autre  occu- 
pation pendant  le  temps  consacré  à  cet  important  exer- 
cice. —  2°  Permanere.  Il  ne  suffit  pas  de  lire  quelquefois 
la  sainte  parole  avec  respect  et  attention  ;  il  faut  l'étudier 
avec  persévérance,  c'est  à-dire  la  méditer  régulièrement 
chaque  jour.  Surmontons  notre  inconstance  ;  la  médita- 
tion et  l'oraison  fidèlement  pratiquées  assureront  notre 

(1)  Qui  i»rspexerit,  b  r.y.yj.yJy^y.:,  qui  intentis  oodis  inspexerit.   Le 

verbe  t:x^/v-te(v  signifie  se  baisser  et  fixer  les  yeux  sur  un  objet  pour 

>ntidérer   attentivement.   Saint   Jacques  oppose   l'homme   qui   lit 

et  médite   sérieusement  l'Ecriture   h  celui    qui   y  jette    seulement    les 

yeux,  sans  se  pénétrer  des  vérités  salutaires  qu'il  y  trouve. 


—    28    — 

salut.  —  3°  Faclor  operis.  Il  faut  méditer  la  parole  de  Dieu 
pour  la  mettre  en  pratique  le  jour  même.  On  prend  le 
matin  une  bonne  résolution,  et  le  soir  on  s'impose  une 
pénitence,  si  l'on  y  a  manqué. 

Celui  qui  fera  ces  trois  choses  ne  sera  point  un  lecteur 
oublieux,  mais  fidèle  ;  il  sera  heureux,  pour  avoir  connu 
et  fait  le  bien  :  Beatas  in  facto  suo  erit. 

26.  Si  qui  s  autem  putat  se  religiosum  esse  non  refré- 
nons linguam  snam,  sed  seducens  coi'  siaim,  hit  jus  vana 
estreliçjio.  «  Si  quelqu'un  se  croit  religieux  et  ne  relient 
pas  sa  langue  comme  avec  un  frein,  mais  séduit  lui-même 
son  cœur,  sa  religion  est  vaine.  » 

L'Apôtre  avait  dit  plus  haut  :  Que  tout  homme  soit 
prompt  à  écouter  la  parole  de  Dieu,  lent  à  parler,  et  lent 
à  se  mettre  en  colère.  Après  avoir  touché  en  passant  la 
colère  ou  le  faux  zèle  et  montré  comment  l'on  doit  écouter 
la  parole  de  Dieu,  il  prescrit  maintenant  de  mettre  un 
frein  à  sa  langue,  et  il  motive  son  conseil  par  une  pensée 
courte  et  forte.  L'homme,  dit-il,  qui  est  inconsidéré  dans 
ses  discours,  l'homme  qui  s'abandonne  à  la  médisance, 
qui  juge  et  censure  avec  témérité  toutes  choses  et  toutes 
personnes,  se  flatte  en  vain  d'être  religieux  ;  s'il  le  croit, 
il  séduit  lui-même  son  cœur,  et  sa  religion  est  vaine. 

Cette  dernière  parole  est  grave  :  elle  fait  entendre  que 
des  hommes  qui  se  croient  religieux  peuvent  tomber  dans 
des  fautes  mortelles  par  l'intempérance  de  leur  langue. 
«  Les  lèvres  de  l'insensé,  dit  Salomon,  sont  la  ruine  de 
son  âme.  »  (Prov.,  xvm,  7.)  C'est  pourquoi  le  prophète 
David  disait  :  Mettez,  Seigneur,  une  garde  à  ma  bouche, 
et  à  mes  lèvres  une  porte  qui  les  ouvre  et  les  ferme  selon 
la  prudence.  (Ps.  cxL.)Le  prêtre  surtout  n'oubliera  point 
cette  parole  du  Sage  :  «  Les  longs  discours  ne  seront 
point  exempts  de  péché  :  in  midtiloquio  non  dcerit  pecca- 
/M;72.»(Prov.,x,17.)La  loquacité  est  un  vice  dont  l'homme 
pieux  se  corrige. 

27.  Relù/io  munda  et  immaculata  apud  Deum  et  Pa- 
trem,  hœc  est  :  Visiteuse  pupillos  et  viduas  in  tribulatione 
eorum^  et  immaculatum  se  custodire  ab  hoc  sœculo.  «  La 


—    29      —  Jac,  i. 

religion  pure  et  sans  tache  aux  yeux  de  Dieu  notre  Père, 
la  voici  :  Visiter  les  orphelins  et  les  veuves  dans  leur 
affliction,  et  se  conserver  pur  de  la  souillure  du  siècle 
présent.  » 

Cette  pensée  soudaine  est  amenée  par  le  mot  religio  qui 
termine  la  phrase  précédente.  C'est  comme  s'il  disait  : 
La  religion  de  l'homme  qui  ne  sait  pas  retenir  sa  langue 
est  une  religion  vaine.  Mais  voulez-vous  connaître  la 
religion  qui  plaît  à  Dieu?  c'est  celle  de  l'homme  qui 
secourt  le  prochain  et  qui  garde  sa  conscience  pure  de  la 
contagion  du  monde.  L'Apôtre  ne  veut  pas  dire  que  ce 
soit  toute  la  religion:  mais  il  déclare  que,  sans  l'amour 
du  prochain  et  la  pureté  de  cœur,  tous  les  hommages 
qu'on  pourra  rendre  à  Dieu  ne  lui  seront  point  agréables. 

En  effet  le  mot  religio,  8p7|«ce^a9  pris  dans  son  sens  pro- 
pre, signifie  le  culte  extérieur  que  l'on  rend  à  Dieu  en 
lui  offrant  de  l'encens,  des  prières,  des  hymnes  de  louan- 
ges, des  sacrifices.  Mais  ces  hommages  ne  suffisent  pas 
pour  plaire  à  Dieu.  Il  faut  encore  observer  sa  loi,  qui  se 
résume  en  deux  points  :  éviter  le  mal  et  faire  le  bien, 
déclina  a  rnalo,  et  fac  bonum.  (Ps.  xxxvi.)  Saint  Jacques 
spécilie  le  bien  qu'il  faut  faire  et  le  mal  qu'il  faut  éviter. 
D'abord  le  bien  qu'il  recommande,  c'est  de  secourir  le 
prochain  dans  ses  nécessités. 

Visitare pupillos  et  viduas.  Il  y  a  dans  tous  les  siècles 
et  dans  tous  les  pays  des  veuves  et  des  orphelins  qui  ont 
besoin  d'être  secourus.  Mais  au  temps  où  écrivait  saint 
•Jacques,  c'était  là  un  devoir  spécial.  Car  un  grand  nom- 
bre de  chrétiens  étaient  persécutés  à  Jérusalem  et  dans 
les  provinces.  Plusieurs  étaient  mis  à  mort,  d'autres 
en  prison,  d'autres  expulsés  de  leurs  biens  et  envoyés 
en  exil.  Il  y  avait  donc  alors,  parmi  les  chrétiens,  beau- 
roiip  de  veuves  à  soulager  et  beaucoup  d'orphelins  à 
nourrir. 

Visitare  pupillos  et  viduas  in  tribulationc  eorum.  Visiter 
soi-même  les  orphelins,  les  veuves,  les  pauvres,  les  ma- 
lade-, et  Leur  porter  des  secours  et  des  consolations,  est 
une  œuvre  beaucoup  plus  excellente  que  de  leur  envoyer 


—    30    — 

simplement  des  aumônes.  En  les  visitant,  on  fait  du  bien 
à  leur  cœur,  on  les  traite  comme  des  frères. 

El  immacidatiim  se  custodire  ab  hoc  sœculo.  Enfin,  la 
religion  qui  honore  vraiment  Dieu  consiste  à  se  préserver 
de  la  corruption  du  siècle  présent.  C'estle  mal  qu'il  faut 
éviter.  Par  le  siècle,  on  entend  la  multitude  qui  se  laisse 
entraîner  dans  l'erreur  et  qui  obéit  à  ses  passions.  Quand 
on  voit  la  foule  des  hommes  emportée  par  l'ambition, 
l'avarice  et  l'amour  des  plaisirs,  il  est  difficile  de  conser- 
ver son  cœur  pur  au  milieu  de  tous  ces  scandales.  Necesse 
est  de  mundano  pulvere  etiam  religiosa  corda  sordescere, 
dit  saint  Léon.  (Serm.  iv  de  Quadr.)Le  prêtre  lui-même, 
obligé  de  toucher  à  toutes  ces  lèpres,  a  de  la  peine  à  se 
préserver  de  la  contagion.  11  le  faut  pourtant  :  le  salut 
est  à  ce  prix.  On  a  d'ailleurs  un  moyen  sûr  de  conserver 
l'intégrité  de  sa  foi  et  la  pureté  de  son  cœur  :  prier  beau- 
coup et  méditer  l'Evangile. 


—    31 


CHAPITRE  DEUXIÈME 


ANALYSE 

Ce  chapitre  peut  se  diviser  en  deux  parties. 

Dans  la  première,  saint  Jacques  défend  de  faire  acception 
de  personnes  entre  les  pauvres  et  les  riches  (1-13). 

Dans  La  seconde,  il  montre  que  la  foi  sans  les  œuvres  ne 
suffit  pas  au  salut  (14-fin). 


1.  Fratres  mei,  nolite  in  per- 

n  acceptione  haibere  fi- 
dem  I)<),,ti,ii  nusi ri  Jesn  Christi 
gloriœ. 

2.  Etenim  siintroievit  in  con- 

vestrum    vir    aureum 
,i   habens  in    veste  can- 
dida,   introierit   autem  et  pait- 
per  iit  soi  dido  habit»'. 

3.  Et    intendatis  in  eum  qui 
indutus   est  veste  prœclara,  et 

:  T"  sede  hic  b<  , 
•péri  autem  dicatis  :  Tu  sta 
illic,   <mi    sede  sab  scabello  pe- 

•1.   A 

t  facti  < 
cogitât  i  ni 

fratres  mei  dilec- 
. 

•  hoc  mundo,  divitt  • 

],ii  quod  ,-   - 

•  Dn     dilîgentibtu 

■  ■ ,.,    exfiono 

Nonn     i    ■   ■■  i  jn  r 


1.  .Mes  Frères,  n'ayez  point  en  ac- 
ception île  personnes  la  foi  de  notre 
glorieux  Seigneur  Jésus-Christ. 

2.  Car  s'il  entre  clans  votre  assem- 
blée un  homme  qui  ait  un  anneau 
d'or  et  un  habit  magnifique,  et  s'il 
entre  aussi  un  pauvre  avec  un  mé- 
chant habit, 

3.  et  qu'arrêtant  vos  regards  sur 
celui  qui  est  magnifiquement  vêtu, 
vus  lui  disiez  en  lui  montrant  une 
place  honorable  :  Asseyez-vous  ici  : 
et  que  vous  disiez  au  pauvre  :  Toi, 
reste  Là  debout,  ou  bien  assieds-toi 
a  nies  pieds  : 

1    N'est-ce  pas  là  juger  dans  votre 
esprit  l'un  et  l'autre  j  et  a'êtes-vous 
des  juges   qui  suivent  des  pen- 
i  i  u  tes  î 

5.  Ecoutez,  mes  très  chers  Frères  : 
est-ce  que  Dieu  n'a  pas  choisi  ceux 
qui  étaient  pauvres  dans  ce  monde 
pour  <'tre  riches  dans  la  foi  et  les 
héritiers  du  royaume  qu'il  a  promis 

ai  qui  L'aiment  I 

6.  Vous  au  contraire,  vous  avez 
déshonoré  Le  pauvre.  Nesont-ce  pas 


—     32    — 


les  riches  qui  vous  oppriment  par 
leur  puissance,  et  qui  vous  traînent 
devant  les  tribunaux  ? 

7.  Xe  sout-ce  pas  eux  qui  blasphè- 
ment le  nom  auguste  dont  vous  avez 
tiré  le  vôtre  ? 

8.  Que  si  vous  accomplissez  la  loi 
royale  en  suivant  ce  précepte  de 
l'Ecriture,  «  Vous  aimerez  votre 
prochain  comme  vous-même  *,  vous 
faites  bien. 

9.  Mais  si  vous  avez  égard  à  la 
condition  des  personnes,  vous  com- 
mettez un  péché,  et  vous  êtes  con- 
damnés par  la  loi,  parce  que  vous 
transgressez  la  loi. 

10.  Or,  quiconque  observe  toute  la 
loi,  et  la  viole  en  un  seul  point,  est 
coupable  envers  toute  la  loi. 

11.  Car  celui  qui  a  dit  :  Tu  ne 
commettras  point  d'adultère,  a  dit 
aussi  :  Tu  ne  tueras  point.  Si  donc 
vous  tuez,  quoique  vous  ne  commet- 
tiez point  d'adultère,  vous  êtes  viola- 
teur de  la  loi. 

12.  Réglez  vos  paroles  et  vos  ac- 
tions comme  devant  être  jugés  par 
la  loi  de  la  liberté. 

13.  Car  celui  qui  n'aura  point  fait 
miséricorde  sera  jugé  sans  miséri- 
corde. Mais  la  miséricorde  s'élève 
au-dessus  de  la  rigueur  du  jugement. 

14.  Mes  Frères,  que  servira  t-il 
à  un  homme  de  dire  qu'il  a  la  foi, 
s'il  n'a  point  les  œuvres  ?  La  foi 
pourra-t-elle  le  sauver  ? 

15.  Si  un  frère  ou  une  sœur  n'ont 
point  de  quoi  se  vêtir,  et  manquent 
de  ce  qui  leur  est  nécessaire  chaque 
jour  pour  vivre  : 

16.  et  si  quelqu'un  d'entre  vous 
leur  dit  :  Allez  en  paix,  réchauffez- 
vous  ,  rassasiez  -  vous  ,  sans  leur 
donner  ce  qui  est  nécessaire  a  leur 
corps,  à  quoi  leur  serviront  ces 
paroles  ? 

17.  De  même  la  foi  qui  n'a  point 
les  œuvres  est  morte  en  soi. 

18.  Quelqu'un  d'ailleurs  pourra 
dire  :  Vous  avez  la  foi  et  moi  j'ai 
les  œuvres.   Montrez-moi   votre   foi 


potentiam    opprimv.nt    vos,    et 
ipsi  trahunt  vus  ad  jitdicia  ? 

7.  Nonne  ipsi  blasphémant 
bonum  nomen  quod  invocation 
est  super  vos  ? 

8.  Si  tamen  ïegem  perficitis 
regalem  secundum  Scripturas  : 
Diliges  pruximum  tuum  sicut 
te  ipsum,  bene  facitis. 

9.  Si  autem personas  accipitis, 
peccatum.  operamini,  redarguti 
a  lege  quasi  transgressores. 


10.  Quicumque  autem  totam 
legem  servaverit,  offendat  au- 
tem in  uno,  factus  est  omnium 
reus. 

11.  Qui  enim  dixit  :  Non 
mœchaberis,  dixit  et  :  Non  oc- 
cides.  Quod  si  non  mœcliaberi.s, 
occides  autem,  factus  es  trans- 
gressor  legis. 

12.  Sic  loquimini  et  sic  facite 
sicut  per  legem  libertatis  inci- 
pientes  judicari. 

13.  Judicium  enim  sine  mise- 
ricordia  illi  qui  non  fecit  mi- 
sericordiam  :  superexaltat  au- 
tem miser  i  cor  dia  judicium. 

14.  Quidproderit,  frairesmei, 
si  fidem  qui  s  dicat  se  habere, 
opéra  autem  non  habeat  ?  Nvm- 
guid poterit  /ides  salvare  eum? 

15.  Si  autem  frater  et  soror 
nudi  sint,  et  indigeant  victv 
quotidiano, 

16.  Dicat  autem  aliquis  ex 
vobis  illis  :  Ite  in  pace,  calefa- 
cimini  et  saturamini  :  non  de- 
deritis  autem  eis  qua?  neces- 
saria  sunt  corpori,  quid  pro- 
derit  ? 

17.  Sic  et  /ides,  si  non  habeat 
opéra,  mortua  est  in  semetipsa. 

18.  Sed  dicet  quis  :  Tu  /idem 
habes,  et  ego  opéra  habeo  :  os- 
tende    mihi    fidem    tuam    sine 


operibvs,   et   ego   ostendam   tibi 
ex  operibus  fidem  meam. 

IV.  T"  credis  quoniam  venus 
estDeus;  bene  facis  :  et  dœmones 

créaient,  et  contremiscunt. 

20.  Vis  antem  scire,  o  Jwmo 
inanis,  quoniam  fides  sine  ope- 
ribus mortua  est  ? 

21.  Abraham  pater  noster 
nonne  ex  operibvs  justificatus 
est,  offerens  Isaac  filin  m  suu/n 
super  oltare  ? 

22.  Vides  qvoniam  fides  coo- 
peràbatur  operibus  illius,  et  ex 
operibus  fides  consummata  est. 

23.  Et  suppleta  est  Scriptvra, 
dicens  :  Credidit  Abraham  Deo; 
et  reputatum   est  illi  ad  justi- 

n,  et  amicus  Dei  appellatus 
est. 

24.  Videtis  qvoniam  ex  ope- 
ribus jvstificatvr  homo,  et  non 
ex  fi  de  tantum. 

25.  Similiter  et  Rahab  mere- 
trix,  nonne  ex  operibus  justifi- 
cata  est,  snscipiens  nuntios,  et 
alia  via,  ejiciens  ? 

26.  Sicnt  enim  corpus  sine 
tpiritu  mortuum  est,  ita  et  fides 
sine  opcribiis  mortua  est. 


13     —  Jac,  it. 

qui  est  sans  les  œuvres,  et  moi  je 
vous  montrerai  ma  foi  par  mes 
œuvres. 

19.  Vous  croyez  qu'il  n'y  a  qu'un 
seul  Dieu,  vous  faites  bien  ;  mais 
les  démons  aussi  le  croient  et  trem- 
blent. 

20.  Voulez-vous  savoir,  ô  homme 
vain,  que  la  foi  sans  les  œuvres  est 
morte  ? 

21.  Notre  père  Abraham  ne  fut-il 
pas  justifié  par  les  œuvres,  lorsqu'il 
offrit  son  fils  Isaac  sur  l'autel  ? 

22.  Ne  voyez-vous  pas  que  sa  foi 
coopérait  h  ses  œuvres,  et  que  sa 
foi   fut  consommée  par  ses  œuvres  ? 

23.  Et  ainsi  fut  complétée  cette 
parole  de  l'Ecriture  :  Abraham  crut 
h  ce  que  Dieu  lui  avait  dit,  et  sa 
foi  lui  fut  imputée  a  justice,  et  il 
fut  appelé  ami  de  Dieu. 

24.  Vous  voyez  donc  que  l'homme 
est  justifié  par  les  œuvres,  et  non 
par  la  foi  seule. 

25.  Et  Rahab,  cette  femme  pu- 
blique, ne  fut-elle  pas  de  même 
justifiée  par  les  œuvres,  en  recevant 
chez  elle  les  messagers  et  les  ren* 
voyant  par  un  autre  chemin  ? 

26.  En  effet,  comme  le  corps  est 
mort  lorsqu'il  est  sans  âme,  ainsi  la 
foi  est  morte  lorsqu'elle  est  sans 
œuvres. 


COMMENTAIRE 


Dans  le  chapitre  précédent,  l'Apôtre  avait  consolé  les 
pauvres  en  rappelant  leur  grandeur,  et  il  avait  humilié 
les  riches  en  représentant  leur  infirmité.  Maintenant  il 
va  plus  loin  :  il  avertit  que  la  religion  défend  de  préférer 
le  riche  au  pauvre. 

1.  Fratres  met,  nolite  in  personarum  acceptione  (1)  ha- 

(!'  tonarum  acceptione.  En   grec,  iv  npoovnolrrpbzn.  Ce   mot 

veut  dire  ac  eptio  vulttu  ou  respectus  ad  vultum.  On  entend  par  accep- 

1  I -1  1  II  14   I>K    S.    JACQIKS  3 


—    34    — 

bere  fidem  Doniini  nostriJesu  Christi  fjloriœ.  «  Mes  frères, 
n'ayez  pas  en  acception  de  personnes  la  foi  de  notre  glo- 
rieux Seigneur  Jésus-Christ  !  »  C'est-à-dire,  ne  croyez 
pas  qu'on  puisse  allier  la  foi  du  Christ  avec  l'acception 
des  personnes.  Si  donc  vous  croyez  en  Notre-Seigneur 
Jésus-Christ,  vous  devez  estimer  les  personnes  selon 
leur  mérite  et  non  selon  leur  fortune.  Ne  traitez  pas 
injurieusement  la  foi  du  Christ  en  mettant  cette  foi  glo- 
rieuse au-dessous  du  rang  que  certaines  personnes  occu- 
pent dans  le  monde.  Or  c'est  ce  qu'on  fait,  lorsqu'on 
élève  un  riche  au-dessus  d'un  chrétien  pauvre  ;  car  alors 
on  préfère  la  fortune  du  riche  à  la  foi  du  chrétien. 

L'Apôtre  dit  aux  fidèles  :  Respectez  tous  ceux  qui  ont 
embrassé  l'Evangile  et  soyez  persuadés  que,  pour  les  chré- 
tiens, il  n'y  a  point  de  titre  qui  soit  préférable  à  leur  foi. 
La  noblesse  du  chrétien  est  son  baptême.  Les  dignités  du 
siècle  et  les  richesses  du  monde  sont,  parmi  nous,  comp- 
tées pour  rien.  Il  faut  donc  honorer  le  pauvre  autant  que 
le  riche  dans  vos  assemblées  ;  la  foi  les  égale  ;  la  gloire 
de  la  foi  éclipse  tout  le  reste. 

Fidem  Domini  nostri  Jesu  Christi  çjloriœ.  Ce  génitif 
gloriae  tient  lieu  de  l'adjectif  çjloriosus.  On  traduira  donc  : 
Prenez  garde  de  traiter  indignement  «  la  foi  glorieuse  de 
Notre-Seigneur  »,  ou  «  la  foi  de  notre  glorieux  Seigneur.  » 
Ce  dernier  sens  se  voit  dans  saint  Paul  lorsqu'il  dit  aux 
Corinthiens-  que  «  les  princes  de  ce  siècle  n'auraient 
jamais  crucifié  le  Seigneur  de  gloire,  s'ils  l'avaient  connu. 
(I  Cor.,  ii,  8.)  Nous  disons  de  même  :  «  Le  Roi  de  gloire 
est  descendu  des  cieux.  »  Saint  Jacques,  en  plaçant  gloriœ 
à  la  fin  de  la  phrase,  entend  rapporter  ce  mot  tout  à  la 
fois  à  fidem  et  à  Domini,  en  sorte  qu'il  ne  veut  pas  que 
Ton  fasse  injure  à  la  glorieuse  foi  de  notre  glorieux 
Seigneur  Jésus-Christ,  en  préférant  les  chrétiens  riches 
à  ceux  qui  sont  pauvres. 

tion  de  personnes  les  égards  et  la  préférence  que  l'on  témoigne,  à  tort, 
à  une  personne  plutôt  qu'il  une  autre,  pour  des  motifs  pris  en  dehors 
de  son  mérite  :  comme  lorsqu'un  juge  donne  gain  de  cause,  non  à  la 
partie  qui  a  raison,  mais  h  la  personne  qui  lui  est  agréable. 


—     85     —  Jac,  ii. 

Après  avoir  posé  ce  principe  il  va  nous  en  montrer 
l'application  dans  un  tableau  saisissant. 

2,  3,  4.  Etenim  si  introierit  in  convenlum  vestrum  vir 
aureum  annulumhabens  in  veste  candida,  introierit  autem 
pauper  in  sordido  habitu,  et  intendatis  in  cum  qui  indutus 
est  veste  prœclara,  et  dixeritis  ei:  Tu  sedehic  bene;pauperi 
autem  dicatis  :  Ta  sta  illic,  aut  sede  sub  scabello  pedum 
meorum  :  nonne  judicatis  apad  vosmet  ipsos,  et  facti  estis 
judices  cogitationum  iniquarum? 

En  effet,  si  un  homme  portant  un  anneau  d'or  et  vêtu 
d'un  habit  magnifique  entre  dans  votre  assemblée,  si  un 
pauvre  entre  aussi  avec  un  méchant  habit,  et  si,  arrêtant 
vos  regards  sur  celui  qui  est  brillamment  vêtu,  vous  lui 
dites,  en  lui  montrant  une  place  honorable  :  «  Asseyez- 
vous  ici  »,  tandis  que  vous  direz  au  pauvre  :  «  Toi,  reste 
là  debout,  ou  bien,  assieds-toi  près  l'escabeau  de  mes 
pieds  »  ;  n'est-ce  pas  là  juger  l'un  et  l'autre?  et  ne  pro- 
noncez-vous pas,  dans  vos  pensées,  un  jugement  injuste? 

Si  introierit  in  conventum  vestrum  vir  (1).  «  Si  un 
homme  entre  dans  votre  assemblée.  »  Il  nJest  point  ici 
question  des  honneurs  civils  que  l'on  rend  aux  person- 
nages constitués  en  dignité.  Saint  Jacques  parle  seule- 
ment de  l'estime  que  les  chrétiens  doivent  se  témoigner 
les  uns  aux  autres  dans  leurs  assemblées  religieuses, 
lorsqu'ils  prient  ensemble,  lorsqu'ils  écoutent  la  parole 
de  Dieu,  lorsqu'ils  participent  aux  saints  mystères. 

Aureum  annulum  liabens,  un  riche  ayant  au  doigt  un 
anneau  d'or.  En  grec,  c'est  un  mot  composé  très  élégant, 
XpuooSctxTuXtoç,  aureum  annulum  digito  gestans.  On  voit, 
dans  la  plus  haute  antiquité,  les  hommes  distingués 
porter  un  anneau  au  doigt.  Juda,  fils  de  Jacob,  donne  à 

(  0)  '  >ttu,n  restrum,  d;  mvwflr/if*  jftb-j.  Le    mot  grec  nnayuri 

signifie  une  réunion  en  général.  Les  Juifs  l'employaient  pour  désigner 
leur  assemblée  et  le  lieu  même  où  ils  se  réunissaient  :  tandis  que  les 
cj'  employaient  dans  ce  sens  le  mot  i/.Ktnsix.  Saint  Jacques,  qui 

ialement  aux  Juifs  devenus  chrétiens,  I   du  terme 

nH  -/■••  M*i»  •"  traducteur  a  dû  éviter  le  mot  latin  sy 

gogo,  parce  qu'il  était  réservé  aux  Juifs,  comme  chei  no  is  le  mot  ■  syna- 
gogue. »  II  a  choisi  convint™,  terme  commun,  qui  désigne  toute  réunion. 


-    36    — 

Thamar  son  anneau  et  son  bracelet  (Gen.,  xxxviii,  18)  ; 
et  dans  saint  Luc,  le  père  de  l'enfant  prodigue,  recevant 
son  fils  repentant,  ordonne  qu'on  lui  mette  un  anneau  au 
doigt  :  Date  annulum  in  manu  ejus.  (S.  Luc,  xv,  22.) 

In  veste  candida,  h  gaÔTJTt  Xapcpa,  cinn  veste  splendida 
et  nitente,  avec  un  vêtement  brillant.  Le  mot  Xay-cô;  dé- 
signe toute  couleur  éclatante. 

Introierit  autem  et  pauper,  si  un  pauvre  entre  aussi. 
Pauper,  r.xor/U,  indique  un  homme  indigent  à  qui  man- 
quent les  choses  nécessaires  à  la  vie,  un  mendiant.  C'est 
pourquoi  ce  pauvre  n'a  qu'un  habit  misérable  pour  re- 
couvrir sa  nudité,  èv  l'j-v.p.  boôtjti.  Sans  doute,  porter  un 
vêtement  déchiré  ou  peu  propre  n'est  pas  une  vertu, 
mais  c'est  souvent  une  nécessité  chez  les  malheureux. 

Tu  sede  hic  bene;  si  vous  dites  au  riche  :  asseyez-vous 
à  cette  place  honorable.  Ce  mot  bene  (xaàâç,  honeste)  est 
une  parenthèse  ajoutée  par  le  narrateur.  C'est  comme  s'il 
y  avait  :  «  Asseyez-vous  ici  »,  et  la  place  qu'on  montre 
au  riche  est  honorable. 

Tu  sede  hic;  tu  sta  illic.  L'opposition  est  sensible  entre 
sede  et  sta,  entre  hic  et  illic.  Vous,  riche,  asseyez-vous 
ici  tout  près;  toi,  va  plus  loin  là-bas,  te  placer  debout. 

Aut  sede  sub  scabello  pedum  meorum,  ou  bien  assieds- 
toi  par  terre  près  de  l'escabeau  où  je  pose  mes  pieds. 
L'auteur  fait  sentir,  par  le  contraste,  combien  est  révol- 
tant ce  mépris  du  pauvre. 

Nonne  judicatis  apud  vosmet  ipsos?  En  agissant  de  la 
sorte,  est-ce  que  vous  ne  portez  pas  dans  votre  esprit 
un  jugement  sur  le  riche  et  sur  le  pauvre?  Et  dans  ce 
jugement,  ne  suivez-vous  pas  les  sentiments  de  la  chair 
et  l'opinion  mondaine?  Est-ce  que  vous  ne  prononcez  pas 
une  sentence  inique  en  décidant  que  la  richesse  mérite 
plus  d'être  honorée  que  la  vertu?  Et  facti  estis  judices 
cogitationum  iniquaram?  N'êtes-vous  pas  des  juges  dont 
les  pensées  sont  fausses  et  les  jugements  injustes  (1)? 

(1)  Nonne  judicatis  ?  où  itexpiOviTt  ;  Quelques-uns  traduisent  :  Nonne 
dijudicati  estis  ?  Ce  qu'ils  expliquent  ainsi  :  Nonne  propria  conscientia 
redarguti   estis  ?  N'êtes-vous  pas   condamnés  par   votre  propre  con- 


—    37     —  Jac,  ii. 

On  blesserait  donc  la  foi  et  la  charité,  si  l'on  honorait 
plus  les  riches  que  les  pauvres  dans  les  assemblées  chré- 
tiennes. Ce  serait  un  péché  encore  bien  plus  grave  d'avoir 
égard  aux  personnes  dans  la  dispensation  des  biens  cé- 
lestes, ou  de  confier  les  dignités  ecclésiastiques  aux  ri- 
ches, en  écartant  des  sujets  pauvres,  mais  plus  ins- 
truits et  plus  vertueux.  Non  sane  levé  putandum  est  esse 
peccatum,  dit  saint  Augustin,  in  personarum  acceptione 
habere  fidem  Domini  nostri  Jesn  Christi,  si  illam  distan- 
tiam  sedendi  ac  standi  ad  honores  ecclesiasticos  refera- 
mus.  Quis  enim  ferat  eligi  divitem  ad  sedem  lionoris  eccle- 
siœ ,  contempto  paupere  instructiore  atque  sanctiore  ? 
(S.  Aug.  Epist.  167,  n.  18.)  Si  les  princes  avaient  toujours 
eu  cette  maxime  sous  les  yeux,  ils  auraient  épargné  bien 
des  maux  à  l'Eglise  et  à  l'Etat. 

Mais  saint  Jacques  ne  se  contente  pas  du  tableau  frap- 
pant qu'il  vient  de  mettre  sous  nos  yeux.  Il  va  mainte- 
nant relever  le  pauvre  et  abaisser  le  riche. 

5.  Audite,  fratres  mei  dilectissimi.  Ecoutez,  mes  frères 
bien-aimés.  L'Apôtre  excite  d'abord  leur  attention,  pour 
qu'ils  comprennent  bien  l'estime  qu'ils  doivent  faire  de  la 
pauvreté;  puis,  il  leur  expose  cette  doctrine  dans  une 
interrogation  pressante. 

Audi  te.  fratres  mei  dilectissimi,  nonne  Deus  elegit  pau- 
peres  in  hoc  mundo,  divites  in  fide,  et  hœredes  regni  qnod 
repromisit  Deus  diligentibus  se  ?  «  Ecoutez,  mes  frères 
bien-aimés  :  Dieu  n'a-t-il  pas  choisi  ceux  qui  étaient 
pauvres  en  ce  monde  pour  les  rendre  riches  selon  la  foi 
et  pour  en  faire  les  héritiers  du  royaume  qu'il  a  promis 
à  ceux  qui  l'aiment?  » 

Elegit.  I  )ieu  voulant  faire  des  princes  et  des  rois,  qu'il 
élèvera  dans  les  cieux,  considère  tous  les  hommes  de 
l'univers.  Parmi  eux,  qui  choisit-il?  Ce  ne  sont  pas  les 

science  .'  Il  n'esl  pas  douteux  que  9it*pi9r,-j  n'ait  le  sens  passif  chez  les 
auteurs  classiques,  liais  le  Bavant  auteur  de  la  Vulgate  ne  lui  a  pas 
é  sana  raison  la  signification  active,  qui  convient  beaucoup  mieux 
endroit,  el  qui,  d'ailleurs,  esl  acceptée  par  CEcuménius.  Tout  le 
monde  sait  que  plusieurs  aoristes  ont  la  forme  passive  et  la  signification 
active,  coma  hpt  volui, àr,6Yp,  existimavi,  Ipifydw,  timui. 


—    38    — 

riches,  mais  les  pauvres  :  Elegit  pauperes.  Il  choisit  des 
pêcheurs  pour  en  faire  des  apôtres,  la  femme  d'un  char- 
pentier pour  être  sa  mère.  Il  sera  pauvre  lui-même  et  il 
ne  voudra  pas  avoir  en  ce  monde  où  reposer  sa  tête. 
Voilà  comme  le  Christ  honore  la  pauvreté. 

Elegit  pauperes.  Cependant  Jésus-Christ,  qui  donne 
son  sang  pour  le  salut  de  tous  les  hommes,  n'abandon- 
nera pas  les  riches  du  siècle;  mais  ils  ne  viendront  qu'a- 
près les  pauvres.  Il  bénira  d'abord  les  bergers,  ensuite 
les  rois.  Car  il  ne  veut  pas  qu'on  puisse  dire  qu'il  a 
eu  besoin  des  puissants  pour  établir  sa  religion.  Infirma 
mundi  elegit  Deus,  ut  confundat  fortia  :  ut  non  glorietur 
omnis  caro  in  conspectu  ejus.  (I  Cor.,  i,  27.) 

Divites  in  fide.  Mais  ces  pauvres  qui  ne  possèdent  rien 
en  ce  monde  sont  riches  des  biens  de  la  foi,  riches  en 
vertus,  riches  en  bonnes  œuvres.  Au  fond,  ce  sont  les 
sages  de  la  terre  ;  car,  au  lieu  de  biens  périssables,  ils 
amassent  des  trésors  éternels. 

Et  hœredes  regni.  On  les  méprise  comme  des  gens  de 
rien  ;  mais  aux  yeux  de  Dieu  et  des  anges,  ce  sont  des 
princes,  héritiers  du  royaume  des  cieux.  Beati  pauperes 
spiritu,  qnoniam  ipsorum  est  regnuni  cœlorum.  (Saint 
Mat  th.,  v,  3.) 

Quod  repromisit  Deus  diligentibus  se.  Voici  un  mot  très 
important.  A  qui  Dieu  donnera-t-il  le  royaume  ?  A  ceux 
dont  il  est  aimé,  diligentibus  se.  Un  trône  éternel  est 
conquis  par  un  acte  d'amour.  C'est  une  récompense  cer- 
taine :  elle  est  due,  parce  que  Dieu  l'a  promise,  quod 
repromisit  Deus  diligentibus  se. 

Elegit.  Mais  rappelons-nous  bien  que  Dieu  a  choisi  ces 
pauvres  dans  sa  bonté.  Une  élection  gratuite  les  a  rendus 
riches  dans  la  foi,  et  c'est  par  miséricorde  qu'ils  sont 
héritiers  du  royaume.  Eligendo  facit  divites  in  fide,  sicut 
hœredes  regni,  dit  saint  Augustin.  (De  Prsedest.  Sanct.) 

6.  Vos  autem  exhonorastis  pauperem.  Le  pauvre  est 
grand  devant  Dieu;  il  est  respecté  de  toute  la  cour  cé- 
leste; et  vous,  vous  l'avez  déshonoré  !  C'est  un  grand  mal 
que  de  mépriser  les  pauvres,  qui  sont  les  amis  de  Dieu. 


—    39    —  Jac,  ii. 

Nonne  divites  per  potentiam  opprimant  vos ,  et  ipsi 
trahunt  vos  ad  judicia?  Vous  honorez  les  riches  à  cause 
de  leur  fortune;  mais  ne  voyez-vous  pas  que  ce  sont  les 
riches  qui  vous  oppriment  par  leur  puissance  ?  D'où 
viennent  toutes  ces  vexations  que  vous  souffrez  dans  vos 
provinces,  comme  nous-mêmes  à  Jérusalem,  sinon  des 
riches?  Ne  sont-ce  pas  eux  qui  vous  traînent  devant  les 
tribunaux  pour  vous  faire  condamner  comme  adorateurs 
du  Christ  ? 

7.  Nonne  ipsi  blasphémant  bonum  nomen  quod  invo- 
catum  est  saper  vos  ?  Et  ces  riches  du  monde  ne  blasphè- 
ment-ils pas  le  nom  auguste  qui  a  été  invoqué  sur  vous 
dans  votre  baptême,  le  nom  du  Christ  dont  vous  êtes 
vous-mêmes  appelés  comme  étant  ses  disciples  ?  Saint 
Jacques  désigne  spécialement  les  principaux  des  Juifs 
incrédules,  qui  partout  se  montraient  acharnés  contre  les 
chrétiens,  et  dépassaient  les  Gentils  en  violence.  C'est  ce 
que  nous  voyons  dans  les  Actes  des  Apôtres,  et  ce  que 
témoigne  aussi  toute  l'histoire  de  l'Eglise.  Le  christia- 
nisme n'a  point  eu  de  pires  ennemis  que  les  Juifs. 

Saint  Jacques  fut  lui-même,  peu  de  temps  après  cette 
lettre,  précipité  du  haut  du  temple  par  l'ordre  du  Grand 
Prêtre  An  anus,  fils  de  cet  Anne,  le  déicide,  qui  était  le 
beau-père  de  Caïphe  (1). 

Bonum  nomen  quod  invocatum  est  super  vos,  ils  blas- 
phèment le  nom  excellent  qui  a  été  appelé  sur  vous.  C'est 
une  phrase  hébraïque,  qui  signifie  :  le  nom  glorieux  que 
l'on  vous  donne,  le  nom  même  du  Christ  dont  vous  êtes 

(1)  Ipsi  blasphémant.  «  Ils  blasphèment.  »  Beaucoup  traduisent  :  Ils 
font  blasphémer.  Ce  qu'ils  expliquent  de  cette  manière  :  Il  y  a  des  chré- 
ii.  aa  riches  auxquels  vous  rendez  des  honneurs  qu'ils  ne  méritent  pas  ; 

chrétien*  inta  qui  vous  oppriment  et  vous  traînent  devant  les 

tribunaux,  BOBt  cause  que  les  Gentils  blasphèment  le  nom  du  Christ  et 
maudissenl  la  religion  chrétienne,  comme  si  elle  autorisait  leurs  injus- 
tices t-t  leurs  violences.  —  Mais  ce  sens  est  absolument  contraire  au 
texte.  Ipsi  blasphémant,  ocjto\  /ftseopiptetiaev,  signifie  qu'ils  blasphèment 
eux-mêmes,  et  non  pas  qu'ils  font  blasphémer  les  autres.  —  Saint  Jacques 

par.'  ici  deux  classes  de  la  société  humaine  prise  en  général  : 
hes  et  celle  des  pauvres  ;  et  il  blâme  les  chrétiens  d'estimer 
la  première  plus  que  la  seconde,  parce  que  ce  sont  les  riches,  soit  Juifs 
soit  Gentils,  qui  les  oppriment  et  les  persécutent. 


—     40    — 

appelés  chrétiens.  On  lit  dans  Jérémie  (xiv,  9)  :  Nomen 
tuum  invocation  est  super  nos:  ne  derelinquas  nos.  «  Nous 
sommes  appelés  de  votre  nom,  le  peuple  du  Seigneur  : 
ne  nous  abandonnez  pas.  » 

Toutefois,  si  l'on  a  tort  de  préférer  les  riches  aux  pau- 
vres, on  ne  doit  pas  les  mépriser  ou  les  haïr,  mais  les 
aimer  comme  son  prochain.  C'est  pourquoi  l'Apôtre  a 
soin  d'ajouter  : 

8.  Si  tamen  legem  perficitis  regalem  secundum  Scrip- 
turas  :  «  Diliges  proximum  Inum  sicut  te  ipsum  »,  bene 
facitis.  Si  cependant  vous  ne  méprisez  pas  les  pauvres, 
et  si  vous  traitez  honorablement  les  riches  pour  accom- 
plir la  loi  royale  et  le  commandement  de  Dieu  qui  nous 
ordonne  d'aimer  notre  prochain  comme  nous-mêmes, 
vous  faites  bien. 

Legem.  Cette  loi  est  inscrite  dans  le  Lévitique  :  Tu 
aimeras  ton  ami  comme  toi-même  :  c'est  moi  le  Seigneur 
qui  l'ordonne.  Diliges  amicum  tuum  sicut  te  ipsum  :  ego 
Dominas.  (Lev.,  xix,  18.)  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  a 
renouvelé  cette  loi  en  l'étendant  à  tous  les  hommes.  Car 
au  lieu  qu'il  avait  été  dit  aux  Israélites  :  Vous  aimerez 
votre  ami  comme  vous-mêmes,  Jésus-Christ  dit  :  Vous 
aimerez  votre  prochain  comme  vous-mêmes.  Et  par  ce 
mot  «  prochain  »,  il  déclare  qu'il  entend  tous  les  hommes, 
même  nos  ennemis. 

Legem  regalem.  L'Apôtre  appelle  cette  loi  une  loi  royale, 
premièrement  par  ce  qu'elle  a  été  proclamée  par  le  Roi 
des  cieux  et  de  la  terre,  parlant  à  Moïse  et  aux  Hébreux  : 
secondement  parce  qu'elle  a  été  de  nouveau  promulguée 
par  Jésus-Christ  notre  Roi,  parlant  aux  foules  en  pré- 
sence des  Apôtres.  On  peut  dire  enfin  que  la  loi  de  la 
charité  est  une  loi  royale,  parce  que  la  charité  est  la 
reine  des  vertus. 

9.  Si  autem  personas  accipitis,  peccalum  operamini, 
redarguti  a  lege  quasi  transgressores.  «  Mais  si  vous  avez 
égard  à  la  condition  des  personnes,  vous  commettez  un 
péché,  et  vous  êtes  condamnés  par  la  loi  comme  l'ayant 
violée.  »  On  lit  en  effet  au  livre  du  Lévitique  :  «  Tu  ne  feras 


—     41     —  Jac,  il. 

rien  contre  l'équité  et  tu  ne  jugeras  pas  injustement. 
Ne  considère  pas  la  personne  du  pauvre  et  n'honore  pas 
la  face  du  puissant.  Juge  ton  prochain  justement.  » 
(Lev.,  xix,  15.)  Le  même  commandement  est  répété  au 
Deutéronome  :  «  Il  n'y  aura  point  de  différence  entre  les 
personnes,  tu  écouteras  le  petit  comme  le  grand;  et  tu 
ne  feras  point  acception  de  personnes;  car  c'est  le  juge- 
ment de  Dieu  que  tu  exerces.  »  (Deuter.,  i,  17.)  Bien  que 
cet  ordre  s'adresse  aux  magistrats  et  aux  juges  du  peuple, 
saint  Jacques  a  raison  de  l'appliquer  à  tous  les  fidèles; 
car  ils  ne  peuvent  faire  eux-mêmes  justement  ce  qui  est 
défendu  aux  juges  comme  une  chose  coupable. 

10.  Quicumque  aatem  totamlegem  servaverit,  offendat 
autem  in  itno,  factus  est  omnium  rens.  «  Or,  quiconque 
observe  toute  la  loi,  mais  la  viole  en  un  seul  point,  se 
rend  coupable  envers  tous  les  autres  préceptes.  »  En 
effet,  lorsqu'il  viole  un  commandement,  il  méprise  la 
même  autorité  qui  a  porté  les  autres.  Celui  donc  qui 
viole  un  précepte  les  ébranle  tous.  C'est  la  raison  que 
saint  Jacques  donne  aussitôt. 

11.  Qui  enim  dixit  :  Non  mœchaberis,  dixit  et  :  Non 
occides.  Quod  si  non  mœchaberis,  occides  autem,  factus 
es  transgressor  legis.  «  Car  celui  qui  a  dit  :  Tu  ne  commet- 
tras point  d'adultère,  a  dit  aussi  :  Tu  ne  tueras  point.  Si 
donc  vous  tuez,  vous  êtes  violateur  de  la  loi  »,  et  quoique 
vous  ne  commettiez  point  d'adultère,  vous  outragez  celui 
qui  l'a  portée.  Saint  Thomas  explique  bien  cette  doctrine  : 
Tous  les  commandements  de  la  loi,  dit-il,  viennent  d'un 
seul  et  môme  Seigneur.  C'est  donc  le  même  Dieu  qui 
est  méprisé  dans  tout  péché;  et  sous  ce  rapport  saint 
Jacques  a  raison  dédire  que  celui  qui  viole  un  précepte 
fait  injure  à  tous  les  autres  préceptes  (1). 

En  outre  la  loi  forme  un  tout;  si  vous  la  violez  en  un 
point,  vous  la  déshonorez  tout  entière.  La  loi  est  un 
manteau  :  vous  l'endommagez  tout  entier,   si  vous  en 

Omnia  legis  mandata  s,>nt  ni,  uno  et  eodem  :  et  ideo  idem  Detts 
mnitur  in  omni peccato ;  ci  ex  hoc  parte  dicit  (Apostolus)  quod 
qui  offendit  in  uno,  factus  est  omnium  reus.  (1«  2»,  q.  lxxiii,  a.  1.) 


-     42     — 

déchirez  une  partie.  La  loi  est  une  chaîne  d'or;  vous  la 
brisez  tout  entière,  si  vous  en  rompez  un  anneau. 

C'est  pourquoi,  selon  saint  Paul  et  selon  Moïse,  celui 
qui  n'accomplit  pas  tout  ce  qui  est  écrit  dans  la  loi,  est 
maudit.  (Deuter.,  xxvn,  26;  et  Gai.,  ni,  10.)  Le  mépris 
d'un  seul  précepte  emporte  la  condamnation,  comme  si 
l'on  avait  transgressé  tous  les  autres,  quoique  la  peine 
ne  soit  pas  la  môme.  Tous  les  damnés  sont  maudits,  et 
ils  le  sont  pour  toujours,  en  souffrant  toutefois  des  sup- 
plices différents,  selon  le  nombre  et  la  gravité  de  leurs 
crimes. 

Au  reste,  par  cette  expression  offendat  in  itno,  saint 
Jacques  n'entend  pas  une  faute  légère,  mais  la  violation 
formelle  d'un  commandement  grave.  Il  parle  d'un  péché 
mortel,  comme  le  prouvent  les  deux  exemples  qu'il  cite. 

12.  Sic  loquimini  et  sic  facile  sicut  per  lecjem  libertatis 
incipientes  judicari (1).  «  Parlez  et  agissez  comme  devant 
être  jugés  par  la  loi  de  liberté.  »  C'est  la  conclusion  de 
ce  qui  précède.  Puisqu'il  est  défendu  par  la  loi  de  faire 
acception  de  personnes,  respectez  le  pauvre  autant  que 
le  riche;  et  dans  tout  ce  que  vous  dites,  comme  dans 
tout  ce  que  vous  faites,  ayez  tonjours  la  loi  sous  les 
yeux,  sachant  qu'elle  vous  jugera  et  que  le  temps  de 
votre  jugement  approche.  Oh  !  si,  pénétrés  de  cette  pensée, 
nous  nous  disions  :  la  parole  que  je  vais  prononcer,  l'ac- 
tion que  je  vais  faire,  sera  jugée,  et  le  Souverain  Juge 
se  prépare  à  porter  la  sentence,  oserions-nous  pécher  ? 

Per  lecjem  libertatis.  Ce  n'est  plus  par  la  loi  de  Moïse 
que  vous  serez  jugés,  mais  par  celle  de  l'Evangile,  qui 
est  une  loi  de  liberté.  Elle  est  ainsi  nommée,  parce  qu'elle 
nous  délivre  de  la  servitude  du  péché  et  qu'elle  nous 
affranchit  des  prescriptions  de  la  loi  ancienne  (2).  Mais 

(1)  Incipientes  judicari,  p&Xovrsj  xpiveoQat,  est  la  même  chose  que 
judicandi,  devant  être  jugés.  ^Iî>>m  avec  l'infinitif  marque  un  futur 
peu  éloigné.  Ex.  q/teXàsv  àito9vTfaxetv,  incipiebat  mori,  il  était  sur  le 
point  de  mourir.  (S.  Toann..  iv.  47.) 

(2)  Il  l'avait  déjà  dit  plus  haut  (i,  25)  :  il  le  répète  ici,  afin  d'inculquer 
doucement  aux  Juifs  que  les  rites  de  la  loi  mosaïque  ne  sont  plus 
obligatoires. 


—    43    —  Jac,  h. 

en  même  temps  c'est  une  loi  parfaite  ;  car  elle  exige  la 
pureté  du  cœur  avec  l'amour  de  Dieu  et  du  prochain. 

13.  Judicium  enim  sine  misericordia  Mi  qui  non  fecit 
misericordiam.  Supercxaltat  aatem  misericordia  judi- 
cium (1).  «  Car  celui  qui  n'aura  pas  fait  miséricorde  sera 
jugé  sans  miséricorde  :  mais  la  miséricorde  l'emporte  sur 
la  rigueur  du  jugement.  »  Saint  Jacques  personnifie  la 
Miséricorde  et  la  Justice.  Il  dit  que  la  première,  luttant 
contre  la  seconde,  remporte  la  victoire.  Autrement,  la 
Miséricorde  (par  exemple,  l'aumône  que  l'homme  pécheur 
a  faite  au  pauvre)  plaide  devant  le  tribunal  de  Dieu  contre 
la  Justice,  qui  veut  punir  le  coupable;  mais  c'est  la  Misé- 
ricorde qui  gagne  sa  cause  et  elle  se  glorifie  contre  la 
Justice.  y.y~v./.y.<j/y-y.>.  eXeoç  xploEuç,  gloriatur  misericordia 
adversns  judicium. 

Au  reste,  en  donnant  la  victoire  à  la  miséricorde,  Dieu 
même  observe  la  justice,  remarque  saint  Augustin. 
«  Voyez  si  Dieu  n'est  pas  juste  quand  il  dit  :  Pardonnez 
et  je  pardonne,  donnez  et  je  donne  ?  Est-ce  qu'il  n'est 
pas  juste  quand  il  dit  :  Vous  serez  mesurés  avec  la  même 
mesure  avec  laquelle  vous  aurez  mesuré  les  autres?  » 
{In  Ps.  cxliii,  n.  8.) 

Cette  belle  pensée  de  l'Apôtre  sur  la  justice  et  la  misé- 
ricorde est  une  heureuse  transition  qui  amène  la  doctrine 
touchant  la  nécessité  des  bonnes  œuvres.  C'est  le  sujet 
principal  de  cette  Epître, 

1  1 .  Qiu'd  proderit,  fratres  ?nei,  si  fidem  quis  dicat  se 
habere,  opéra  au  te  m  non  habeat?  Numquid  poterit  fides 
salvare  etan?  «  Mes  frères,  que  servira-t-il  à  un  homme 
de  dire  qu'il  possède  la  foi,  s'il  n'a  point  les  œuvres?  Est- 
ce  que  La  foi  seule  pourra  le  sauver?  »  Non,  car  il  pêche 
contre  sa  foi  même,  qui  ne  lui  commande  pas  seulement 
de  croire  la  vérité,  mais  encore  de  faire  le  bien.  Il  n'a  été 


il    misericordia    judicium  ;   c'est-à-dire    exaltât  se 
"fliri},,,).  Quelques-uns  proposent  de  lire  :  super- 
êecultoU  nliu   judidum  ;   c'est-à-dire    exultai    misericordia 

■  judicium. 


—    44     — 

justilié  par  le  baptême  qu'après  avoir  promis  d'accomplir 
les  œuvres  que  prescrit  l'Evangile  (1). 

Tout  ce  passage  (14-2C)  réfute  clairement  l'hérésie  de 
Luther,  qui  prétendait  que  la  foi  sauve  sans  les  œuvres. 
Comme  il  se  voyait  condamné  par  cette  lettre  apostolique, 
il  prit  le  parti  de  la  rejeter,  malgré  la  tradition.  Il  donnait 
pour  raison  que  c'était  une  épître  de  paille,  indigne  d'un 
Apôtre.  Le  goût  même  abandonnait  l'hérétique  :  il  ne 
voyait  pas  que  cette  Epître  est  d'un  bon  style,  qu'elle 
réunit  la  solidité  des  pensées  à  la  brièveté,  à  la  lucidité, 
à  la  vivacité  de  l'expression.  Un  esprit  judicieux  recon- 
naîtra que  le  choix  des  mots,  l'art  de  les  placer  et  la 
variété  des  tours,  jointe  à  une  simplicité  élégante,  font  de 
cette  pièce  une  œuvre  littéraire  qui  n'est  pas  à  dédaigner. 

Mais  c'est  en  vain  que  Luther  la  rejette  :  il  y  a  bien 
d'autres  passages  dans  l'Ecriture  où  son  hérésie  est 
condamnée.  Un  seul  mot  de  l'Evangile  suffit  pour  le  con- 
fondre. Lorsque  Jésus-Christ  jugera  les  hommes,  contre 
qui  prononcera-t-il  ces  foudroyantes  paroles  :  Allez, 
maudits,  au  feu  éternel  ?  Est-ce  contre  les  incrédules  ? 
Sans  doute  ceux  qui  ne  croiront  pas  seront  condamnés  ; 
mais  ce  n'est  pas  leur  nom  que  le  Juge  a  inscrit  dans  la 
sentence.  Il  y  nomme  ceux  qui  n'ont  pas  fait  des  œuvres 
de  miséricorde.  «  J'ai  eu  faim,  leur  dira-t-il,  et  vous  ne 
m'avez  pas  donné  à  manger.  Allez  au  feu  éternel.  » 

Le  figuier  qui  n'avait  que  des  feuilles  fut  maudit  du 
Seigneur  :  de  même  la  foi  qui  ne  produit  pas  les  œuvres 
ne  sauvera  pas  de  la  condamnation.  Vous  avez  lu  dans 
l'Evangile  :  «  Celui  qui  croira  sera  sauvé.  »  Cependant, 
ne  dites  pas  :  Je  crois,  donc  je  serai  sauvé.  Car  la  vraie 
foi  est  celle  qui  confirme  sa  parole  par  ses  œuvres.  Ainsi 
parle  saint  Grégoire  le  Grand  (2). 

Au  reste,  Luther  n'avait  point  inventé  sa  fameuse 
doctrine.  Le  salut  obtenu  par  la  foi  seule  sans  les  bonnes 

(1)  Voyez  plus  haut,  en.  i,  v.  22. 

(2)  Fortasse  unnsquisque  apnd  semet  ipsum  dicat  :  Eyo  credidi, 
salvus  ero.  Verum  dicit,  si  fidern  operibus  tenet.  Vera  etenim  fides 
est  quw  in  hocquod  verbis  dicit,  moribits  non  contradicit.  (Brev.  Rom.) 


—     4")     —  Jac,  il. 

œuvres,  et  même  malgré  les  œuvres  mauvaises,  était 
une  erreur  professée  par  les  rabbins  juifs,  au  temps  de 
saint  Justin.  Ils  disaient  que,  lors  même  qu'ils  seraient 
pécheurs,  leur  péché  ne  leur  serait  pas  imputé,  s'ils 
reconnaissaient  le  vrai  Dieu  (1). 

Simon  le  magicien  enseignait  la  même  hérésie.  Aussi 
la  voyons-nous  combattue  par  les  Apôtres  saint  Pierre, 
saint  Jacques,  saint  Jean,  saint  Paul  (2). 

15,  16.  Si  autan  f rater  et  soror  nudi  sint,  et  indigeant 
victu  quolidiano,  dicat  autem  aliquis  ex  vobis  Mis  :  Ite  in 
pace  (3),  calefacimini  et  saturamini ;  non  dederitis  autem 
eis  qiœ  necessaria  sunt  corpori,  quid  proderit  ?  Si  un 
frère  ou  une  sœur  n'ont  point  de  quoi  se  vêtir,  et  man- 
quent de  ce  qui  leur  est  nécessaire  chaque  jour  pour  vivre  ; 
et  si  quelqu'un  d'entre  vous  leur  dit  :  «  Allez  en  paix, 
réchaulfez-vous,  rassasiez-vous,  je  vous  souhaite  de  quoi 
vous  vêtir  et  de  quoi  manger  »,  sans  leur  donner  ce  qui 
est  nécessaire  à  leur  corps,  à  quoi  leur  serviront  ces 
paroles  ? 

Il  y  avait  dans  les  anciennes  Ecritures  de  fort  belles 
maximes  sur  l'aumône.  Tobie  disait  à  son  fils  :  L'aumône 
délivre  de  tout  péché  et  de  la  mort  (iv,  11).  Et  Daniel 
disait  au  roi  Xabuchodonosor  :  «  Rachetez  vos  péchés 
par  des  aumônes,  et  vos  iniquités  par  la  miséricorde 
envers  les  pauvres.  »  (Dan.,  iv,  24.)  Mais  saint  Jacques^ 
au  lieu  de  formuler  un  conseil  ou  de  citer  un  précepte, 
nous  montre  dans  une  vive  peinture  la  nécessité  de  faire 
L'aumône.  Il  met  en  présence  d'un  homme  riche  un  chré- 
tien et  une  chrétienne  qui  implorent  sa  charité.  Ils  ont 
froid,  ils  ont  faim,  ils  n'ont  ni  vêtements  ni  nourriture  ; 
et  l'homme  riche  ferme  son  cœur  à  la  pitié  ;  il  congédie 

(1)   Ai'/îLcîfv    iz\  /y y    ZflXpTOÙoi    o>-t,    Qsb'J    cTî    yjv^î/.îLiîiv,   Oj  ;j./,    \oylTffta.l 

roU  ifiotprixv.  (Dial.  cum  Tryph,,  n.  111.) 

rnntli'm  opéra  ejus.  (Rom.,  ii,  6.)  —  Magie 
opéra   certain  vestram  vocationem  et  electionem 
itiê.  (II  Petr.,  i,  1').)  —  Non  diligamus  verbo,  sed opère  et  veritate. 
(I  Joann.,  m,  v 

.  allez  en  paix,  cola  ?eul  dire  en  style  oriental  :  Je  vous 
souhaite  tout  ce  que  vous  pouvez  désirer. 


—    46    — 

les  deux  infortunés  sans  leur  rien  donner  que  ces  paroles  : 
Allez  en  paix;  réchauffez-vous,  rassasiez-vous.  Peut-on 
rien  concevoir  qui  soit  plus  inhumain  qu'une  telle  avarice? 
Que  Luther  dispute  tant  qu'il  voudra  sur  cette  Epitre. 
Lors  même  qu'elle  ne  serait  pas  canonique,  elle  réfute 
victorieusement  son  hérésie  par  le  tableau  qu'elle  nous 
présente.  Celui  qui  refuse  l'aumône  à  son  frère  dans  l'in- 
digence n'est  pas  un  chrétien  ;  à  peine  est-il  un  homme. 
Le  royaume  des  cieux  n'est  point  pour  cet  avare  sans 
entrailles.  Le  salut  est  donc  impossible  avec  la  foi  stérile 
et  sans  les  bonnes  œuvres.  Aussi  l'Apôtre  ajoute-t-il  : 

17.  Sic  et  fides,  si  non  habeat  opéra,  mortua  est  in  semet 
ipsa.  «  Ainsi  en  est-il  de  la  foi  :  celle  qui  n'a  point  les 
œuvres  est  morte  en  elle-même.  »  Comme  vos  souhaits 
ne  servent  de  rien  aux  malheureux  que  vous  n'assistez 
pas,  de  même  votre  foi  vous  est  inutile,  si  vous  ne  faites 
pas  ce  qu'elle  ordonne. 

Mortua  est.  Un  cadavre  présente  l'apparence  d'un 
homme  ;  il  en  a  tous  les  membres  et  tous  les  traits  exté- 
rieurs, c'est  un  corps,  mais  inanimé  :  ce  n'est  pas  un 
homme  vivant.  De  même  une  foi  qui  n'agit  pas,  étant 
privée  de  la  charité  qui  est  son  âme,  n'est  pas  une  foi 
\i  vante. 

Mortua  est  in  semet  ipsa,  xa.6  '  bowt^v,  secundum  se  ipsam. 
Cette  expression  a  le  sens  restrictif  :  elle  veut  dire  que  la 
foi  est  morte,  considérée  en  elle-même  et  lorsqu'elle  est 
seule.  C'est  comme  s'il  y  avait  :  xce6  '  ïolox^v  pévtp,  secundum 
se  ipsam  solam. 

18.  Sed  dicet  quis  :  Tu  âdem  habes,  et  ego  opéra  habeo  : 
ostende  mihi  fidem  tuarn  sine  operibus;  et  ego  ostendam 
tibi  ex  operibus  fidem  meam.  Mais  en  outre,  un  vrai  chré- 
tien pourra  dire  à  cet  homme  :  Vous  prétendez  avoir  la 
foi;  et  moi  j'ai  les  œuvres.  Montrez-moi  donc  votre  foi 
qui  est  sans  œuvres  et  prouvez-moi  que  vous  l'avez.  Il 
vous  sera  difficile  de  me  convaincre  :  tandis  que  moi  je 
vous  montrerai  ma  foi  par  mes  œuvres,  et  vous  n'en 
pourrez  pas  douter.  Car  les  actions  sont  des  preuves,  et 
les  paroles  ne  sont  que  des  paroles. 


—     47     —  Jac,  ii. 

19.  Tu  credis  quoniam  wius  est  Deus  ;  bene  facis.  El 
dœmones  credunt  et  coiitremiscunt.  Enfin  vous  croyez 
qu'il  n'y  a  qu'un  seul  Dieu,  et  vous  ne  partagez  pas  l'er- 
reur des  nations  qui  en  adorent  une  multitude.  Vous  faites 
bien.  L'existence  de  Dieu  et  l'unité  de  Dieu  sont  deux 
vérités  que  la  foi  et  la  raison  vous  enseignent.  Mais  ce 
n'est  pas  assez  de  croire  ;  les  dénions  croient  aussi  bien 
que  vous,  et  ils  tremblent. 

Pouvait-on  montrer  d'une  manière  plus  frappante  l'inu- 
tilité de  la  foi  sans  les  œuvres  ?  La  foi  qui  n'agit  point  ne 
vous  sauvera  pas  plus  que  celle  des  démons  ne  les  délivre 
du  supplice.  Le  Luthérien  dit  :  Je  crois  que  Jésus-Christ 
est  le  Fils  de  Dieu  ;  cela  suffit  à  mon  salut.  Saint  Augustin 
lui  déclare  qu'il  se  trompe.  Les  démons,  lui  dit-il,  ont 
prononcé  comme  toi  cette  parole,  et  ils  ont  entendu  le 
Christ  leur  répondre  :  Taisez-vous,  obmulescite.  (S.  Aug. 
Serm.  lui,  n.  11  ;  158,  n.  6.) 

Au  reste  la  foi  des  démons  n'est  pas  une  foi  surnatu- 
relle :  c'est  une  croyance  produite  en  eux  par  la  force  de 
l'évidence.  Ils  croient  à  Dieu  qui  les  frappe.  Ils  croient 
aux  feux  de  l'enfer,  où  ils  brûlent.  Ils  croient  à  la  résur- 
rection de  Jésus-Christ,  parce  qu'ils  le  voient  ressuscité. 
(redimusnos  Christian  resurrexisse  a  mortuis.  Numquid 
hoc  dœmones  nescierunt,  aut  ista  non  crediderwit,  quœ  et 
viderunt? (S.  Aug.  Serm.  ccxxxiv,  n.  3.)  Les  démons  sont 
forcés  de  croire,  et  nous  croyons  par  une  volonté  libre. 

Restait  une  objection  à  résoudre.  Il  est  dit  dans  la 
Genèse  (et  saint  Paul  l'a  répété  après  Moïse)  qu'Abraham 
fut  justifié  par  sa  foi.  Saint  Jacques  s'empare  de  ce  texte 
même  et  le  retourne  contre  ses  adversaires. 

20.  21.  Vis  autem  si  ire,  o  homo  inanis,  quoniam  fides 
si/ te  operibus  mortua  est  ?  A  braltam  pater  noster  nonne  ex 
operibus  justificatus  est,  offerens  Isaac  filium  suum  super 
altare?  <<  Voulez-vous  savoir,  ô  homme  vain,  que  la  foi 
sans  les  œuvres  est  morte?  Abraham  notre  père  et  celui 
de  tous  les  croyants,  ne  fut-il  pas  justifié  par  les  œuvres, 
lorsqu'il  oifrit  son  fils  Isaac  sur  l'autel  ?  » 

Saint  Jacques  ne  pouvait  pas  réfuter  ses  adversaires 


—    48    - 

par  un  exemple  plus  concluant  que  celui  qu'ils  invo- 
quaient eux-mêmes.  Car  s'il  y  eut  jamais  une  action  hé- 
roïque, inspirée  et  produite  par  la  foi,  c'est  bien  celle 
d'Abraham  immolant  son  fils  pour  obéir  à  Dieu. 

Homo  inanis,  avOpwire  >cevi.  Homme  dont  la  foi  est  vaine, 
homme  vide  de  bonnes  œuvres,  comme  de  bon  sens  ! 

Abraham  pater  noster.  Abraham  notre  père.  Saint 
Jacques,  constitué  évêque  de  Jérusalem,  est  attentif  à 
montrer  qu'il  s'adresse  spécialement  aux  Juifs  qui,  bien 
que  répandus  dans  les  provinces,  font  pour  ainsi  dire 
partie  de  son  diocèse. 

Ex  operibas  justificatus  est.  Abraham  fut  alors  justifié, 
non  en  passant  du  péché  à  la  grâce,  qu'il  possédait  déjà, 
mais  en  croissant  dans  la  justice,  selon  cette  parole  de 
saint  Jean  :  «  Que  celui  qui  est  juste,  devienne  plus  juste 
encore.  »  Quijustiisest  justificetur  adhuc.  (Apoc,  xxn,ll.) 

Offerens  Isaac  filiiim  suum  super  altare.  Abraham  offrit 
à  Dieu  son  fils  sur  l'autel  ;  il  le  lia  lui-même,  et  le  plaça 
sur  le  bois  qui  devait  le  consumer.  Si  donc  la  victime 
ne  fut  pas  immolée,  l'oblation,  qui  est  la  première  partie 
du  sacrifice,  fut  non  seulement  préparée,  mais  accomplie 
et  parfaite  (1). 

22.  Vides  quoniam  fides  cooperabatar  operibus  illius, 
et  ex  operibus  fides  consummata  est.  Vous  voyez  que  la 
foi  d'Abraham  n'était  pas  oisive,  mais  qu'elle  coopérait 
à  ses  œuvres.  Elle  les  inspirait,  les  dirigeait  et  les  accom- 
plissait. En  retour,  la  foi  du  saint  Patriarche  fut  affermie 
elle-même  par  les  œuvres,  et  elle  reçut  des  œuvres  son 
intégrité  et  sa  perfection  :  Consummata  est. 

23.  Et  suppleta  est  Scriptura  dicens  :  Credidit  Abraham 
Deo  ;  et  reputatum  est  illi  ad  justitiam  ;  et  amicus  Dei 
appellatus  est.  «  Ainsi  fut  accomplie  cette  parole  de  l'Ecri- 
ture :  Abraham  crut  à  ce  que  Dieu  lui  avait  dit  ;  et  sa 
foi  lui  fut  imputée  à  justice  ;  et  il  fut  appelé  ami  de  Dieu.  » 

(1)  Offerens,  en  grec  «vevsyxas,  quum  obtulisset,  ou  oblato  filio.  Le 
participe  offerens  n'est  pas  une  faute  chez  le  traducteur.  Car,  en  latin, 
le  participe  présent  actif  sert  aussi  pour  le  passé,  en  sorte  que  offerens 
peut  signifier  qui  offert,  ou  offerebat,  ou  obtulit. 


—    49    —  Jac,  n. 

Credidit  Abraham  Deo.  Cette  parole  se  lit  dans  la 
Genèse,  au  chapitre  xv,  lorsque  Dieu  promit  à  Abraham 
une  postérité  aussi  nombreuse  que  les  étoiles  du  firma- 
ment (1).  L'histoire  sacrée  ajoute  :  Abraham  crut  à  la 
parole  de  Dieu,  et  sa  foi  lui  fut  imputée  à  justice.  Saint 
Paul  argumentait  d'après  ce  texte  pour  établir  que  c'est 
la  foi  qui  justifie,  et  non  les  œuvres  destituées  de  la  foi  ; 
car,  sans  la  foi,  il  est  impossible  de  plaire  à  Dieu. 
(Rom.,  m,  28;  Hebr.,  xi,  5.)  Saint  Jacques  à  son  tour 
prend  le  même  texte  et  montre  que  la  foi  qui  plaît  à  Dieu 
doit  être  agissante.  Car  celle  d'Abraham  lui  fit  immoler 
son  fils  Isaac  pour  obéir  à  Dieu  ;  et  s'il  n'eût  pas  fait 
l'œuvre  que  Dieu  lui  commandait,  il  n'eût  pas  été  juste. 
L'opposition  entre  les  deux  écrivains  sacrés  n'est  donc 
qu'apparente  ;  ils  s'expliquent  l'un  par  l'autre,  comme  le 
remarque  saint  Augustin  qui  a  discuté  leurs  textes.  Le 
premier,  dit-il,  parle  des  œuvres  qui  précèdent  la  foi  : 
elles  ne  justifient  pas.  Le  second  parle  des  œuvres 
qui  suivent  la  foi  :  elles  lui  donnent  son  complément 
nécessaire  (2). 

D'ailleurs,  selon  la  remarque  du  vénérable  Bède,  les 
deux  Apôtres  savaient  fort  bien  qu'Abraham  était  parfait 
dans  la  foi  et  dans  les  œuvres.  Mais  chacun  d'eux  loue 
dans  le  saint  Patriarche  la  vertu  qu'il  veut  enseigner  à 
ses  auditeurs.  Saint  Jacques  loue  les  œuvres  d'Abraham, 
parce  qu'il  s'adresse  à  des  chrétiens  qui  se  contentaient 
de  croire  et  négligeaient  les  œuvres  de  justice.  Saint  Paul, 
au  contraire,  exalte  la  foi  d'Abraham  devant  des  Juifs 
qui  s'enorgueillissaient  des  œuvres  qu'ils  avaient  faites 
sans  la  foi  en  Jésus-Christ. 

Saint  Jacques  fait  lui-même  clairement  entendre  cette 
doctrine  lorsqu'il  dit  :  Supplcta  est  Scriptura  dice?is  : 

(1)   Abraham    avait    cent  ans,    et   Sara,   jusque-là   stérile,    en   avait 
quatre-vingt-dix,  lorsqu'elle  enfanta  Isaac.  (Gea.,  xvn,  17.) 

Non  gunt  contrariœ  duorutn  Apostolorum  sentent  iœ,  Pauli  et 
./,/  obi,  quum  dicit  untu  just  ificari  liuminem  per  /idem  sine  operibits, 
et  alius  dicit  inanem  esse  fidem  sine  operibus  :  quia  ille  dicit  de  ope- 
ribus  quœ  fidem  prœcedunt,  iste  de  Us  quœ  fidem  sequuntur.  (S.  Au  g., 
de  Divers.  Qusest.  83.) 

ÉPITRB   DE   s.    JACQUM  1 


—    50    — 

Credidit  Abraham  Deo,  et  reputatam  estilli  ad  justitiam. 
Le  sacrifice  d'Abraham  a  complété  et  justifié  cette  parole 
de  l'Ecriture  :  Abraham  crut  à  la  promesse  de  Dieu,  et 
sa  foi  lui  fut  imputée  à  justice.  Car  la  foi  que  possédait 
dans  son  cœur  le  saint  Patriarche  n'était  pas  inerte,  mais 
vivante  et  agissante,  comme  il  le  montra  bien  dans  la 
suite.  C'était  dès  lors  une  foi  capable  de  lui  faire  accom- 
plir généreusement  tout  ce  que  Dieu  lui  commanderait  (1). 

Et  amims  Dei  appellatus  est.  Et  il  mérita  d'être  appelé 
l'ami  de  Dieu.  C'est  un  glorieux  titre  qui  lui  est  donné 
dans  plusieurs  endroits  de  l'Ecriture.  Ainsi  on  lit  dans 
Judith  :  Pater  noster  Abraham...  per  militas  tribulationes 
probatus,  Dei  amicus  effectus  est.  (Judith,  vin,  22.)  Et 
dans  Isaïe  :  Et  tu  Israël,  serve  meus  Jacob,  quem  elegi, 
semen  Abraham  amici  mei.  (Is.,  xli,  8.  Voyez  encore 
II  Parai.,  xx,  7  ;  et  Daniel,  ni,  35.) 

24.  Videtis  quoniam  ex  opérions  justificatur  homo,  et 
non  ex  fide  tantum.  C'est  la  conclusion  doctrinale  qui 
ressort  de  l'exemple  d'Abraham.  «  Vous  voyez  donc  que 
l'homme  est  justifié  par  les  œuvres  et  non  par  la  foi 
seule.  » 

Tantum.  Ce  mot  essentiel  montre  l'accord  entre  les 
deux  Apôtres.  Ajouté  ou  retranché,  ils  se  concilient  ou 
se  contredisent  (2). 

Ex  operibus  justificatur  homo.  La  justice  que  l'homme 
a  reçue  par  la  foi  et  le  baptême,  se  conserve  et  s'accroît 
par  les  œuvres,  comme  l'enseigne  le  Concile  de  Trente 
en  citant  ce  texte  même.  (Conc.  ïrid.  Sess.  VI,  c.  x.) 

Ex  operibus  justificatur  homo .  Nous  le  répétons , 
l'homme  est  justifié  par  les  œuvres  ou  accomplies  ou 

(1)  Suppleta  est  Scriptura,  èit^ptâdri  -h  ■/[-*?*).  Cela  veut  dire  que  cette 
parole  de  l'Ecriture,  Credidit  Abraham,  a  été  montrée  véritable  quand 
la  foi  du  saint  Patriarche  a  été  manifestée  par  son  admirable  sacrifice. 

(2)  Saint  Paul  avait  dit  :  Arbitramur  enim  justificari  homïnem 
per  fidem,  sine  operibus  legis.  (Rom.,  m,  28.)  Luther  mit  dans  sa 
version  :  Nous  croyons  que  l'homme  est  justifié  par  la  foi  seule,  sans 
les  œuvres  de  la  loi.  Comme  cette  addition  sacrilège  soulevait  les  récla- 
mations des  docteurs  catholiques,  le  moine  insolent  répondit  :  «  Les 
papistes  sont  des  Anes  ;  ce  que  j'ai  ajouté  restera.  »  Ainsi  discutent 
les  hérétiques. 


—    51     —  Jac,  il. 

du  moins  voulues  dans  son  cœur.  Car  la  foi  qui  ne  ren- 
ferme pas  la  volonté  de  faire  ce  que  Dieu  commande,  ne 
justifie  pas.  Sine  opérions  vel  reipsa,  velin  animi  prœpa- 
ratione  factis,  homo  non  justiftcatur.  (Estius.) 

Comme  l'exemple  héroïque  d'Abraham  paraît  trop 
élevé  au-dessus  de  la  vertu  ordinaire,  saint  Jacques  en 
propose  un  autre.  Est-ce  que  des  chrétiens  ne  pourraient 
pas  imiter  la  générosité  d'une  femme  infidèle  et  péche- 
resse ? 

2r>.  Similiter  et  Rahab  meretrix,  nonne  ex  operibus 
justificata  est,  snscipiens  nuntios,  et  alia  via  ejiciens? 
«  Et  Rahab,  cette  femme  publique,  ne  fut-elle  pas  de  même 
justifiée  par  les  œuvres,  en  recevant  chez  elle  les  mes- 
sagers du  peuple  de  Dieu,  et  les  renvoyant  par  un  autre 
chemin  ?  » 

On  peut  lire  cette  histoire  intéressante  dans  le  livre  de 
Josué.  (C.  ii.)  Rahab,  une  prostituée  qui  habitait  Jéricho, 
reçut  chez  elle  les  émissaires  envoyés  pour  reconnaître 
la  place  ;  elle  les  cacha  dans  sa  maison  lorsqu'on  les 
cherchait  pour  les  faire  mourir,  et  les  sauva  en  les  des- 
cendant par  sa  fenêtre  hors  des  murailles  de  la  ville. 

Meretrix.  Quelques-uns  ont  voulu  supposer  que  Rahab 
était  seulement  une  cabaretière.  Mais  le  latin  meretrix, 
comme  le  grec  wdpv7|  et  l'hébreu  zânah,  ne  laisse  aucun 
doute  sur  le  sens  de  ce  mot.  Josèphe  dit  que  sa  maison 
était  une  petite  hôtellerie  ;  mais  Corneille  La  Pierre  ajoute 
qu'elle  y  vendait  tain  se  quant  sua.  Rahab,  qui  était  une 
femme  pécheresse,  embrassa  la  religion  du  vrai  Dieu  ; 
elle  devint  l'épouse  de  Saluion.  la  mère  de  Booz.  l'aïeule 
<l'<  >bed,  de  Jessé  et  du  roi  David,  d'où  naquit  le  Messie. 
Saint  Paul  a  fait  aussi  l'éloge  de  Rahab,  la  courtisane, 
qui  mérita  par  sa  foi  de  ne  point  périr  avec  les  incrédules, 
parce  qu'elle  reçut  avec  bonté  et  dévouement  les  envoyés 
d'Israël.  Fide  liahab  meretrix  non  periit  citm  incredulis, 
excipiens  exploralores  cum  pace.  (Hebr.,  xi,  31.)  Qu'elle 
ait  cru  au  vrai  Dieu,  cela  n'est  pas  douteux  puisqu'elle 
dit  aux  messagers  :  «  Le  Seigneur  votre  Dieu  est  le  Dieu 
qui  règne  en  haut  dans  le  ciel,  et  ici-bas  sur  la  terre.  » 


—    62    — 

Mais  la  foi  de  cette  femme  ne  fut  pas  timide  :  elle  exposa 
sa  vie  pour  sauver  celle  des  deux  israélites. 

Justificata  est.  Elle  fut  d'abord  justifiée  par  la  foi, 
croyant  au  vrai  Dieu  et  détestant  ses  péchés.  Ensuite 
cette  première  justice  fut  confirmée  et  augmentée  par 
ses  œuvres. 

26.  Sicut  enim  corpus  sine  spiritn  mortuum  est,  ita  et 
fides  sine  operibns  mortua  est.  La  foi  sans  les  œuvres  est 
morte.  Saint  Jacques  a  prouvé  cette  proposition  par  des 
raisonnements  solides,  et  l'a  confirmée  en  ajoutant  les 
deux  exemples  d'Abraham  et  de  Rahab.  Maintenant  il 
la  reproduit  comme  conclusion  de  son  discours,  en  l'é- 
claircissant  par  une  comparaison.  «  Comme  le  corps  de 
l'homme  est  mort,  sans  l'âme  qui  est  son  principe  de  vie 
et  d'action,  de  même  la  foi  est  morte,  lorsqu'elle  est  sans 
les  œuvres.  » 

En  effet,  l'âme  est  la  forme  substantielle  du  corps, 
disent  les  philosophes.  De  même  la  charité  est  la  forme 
de  la  foi,  disent  les  théologiens.  Si  donc  la  foi  est  séparée 
de  la  charité  qui  produit  les  œuvres  saintes,  elle  ressem- 
ble à  un  corps  sans  âme,  elle  est  morte. 

Qu'il  n'en  soit  pas  ainsi  de  la  nôtre  ! 


—    53    - 


CHAPITRE  TROISIÈME 


Deux  sujets  semblent  traités  dans  ce  chapitre.  Le  premier  est 
une  description  brillante  des  maux  que  cause  la  langue  (1-12). 

Le  second  expose  les  caractères  de  la  vraie  sagesse  (13-18). 

Mais,  au  fond,  il  n'y  a  qu'un  sujet.  Saint  Jacques  s'adresse 
à  des  Juifs  convertis  qui,  se  croyant  très  habiles  dans  les 
Ecritures,  ambitionnaient  l'honneur  de  parler  dans  l'assemblée 
des  fidèles.  Il  les  avertit  qu'ils  s'exposent  à  un  jugement  sévère. 
Car  rien  n'e9t  si  difficile  que  de  ne  pas  pécher  quand  on  parle. 
Il  leur  apprend  ensuite  quelle  est  la  sagesse  que  doivent  pos- 
séder ceux  qui  veulent  instruire  les  autres. 


1 .  yoliteplures  magistrifîeri, 
fratres  mei,  scientes  quoniam 
majuê  jadicium  sumitis. 


'■I.  I ii  midtis  enini  offendinnis 
ornnes.  Si  qnis  in  verbo  non 
ofjfetidit,  hic  perfeetus  est  rie: 
potest  etiam  freno  circionducere 
totum  corpus. 

3.  Si  autem  equis  frena  in 
ora  mittimus  ad  consentiendum 
nohis,  et  omne  corpuë  illoram 
circumferimtu  : 

•l.  i  Ecce  et  naveSf  quum  ma- 
gnes tint,  et  a  ventis  validis 
minentur,    circumferuntur    a 

modieo  (j}ibevnac\tlo  ubi  impetus 
dirigentiê  voluerit) 

.>.  //</  et  lingua  modicum  gfttt- 

d>-n,    nu  mbrum    ett,  <  t   magna 

Utat.    Ecce    ij".il,t),<;     ignis 


1.  Mes  frères,  ne  soyez  pas  comme 
plusieurs  qui  veulent  devenir  maîtres 
de  la  doctrine,  sachant  que  cet  hon- 
neur vous  expose  a  un  jugement 
plus  sévère. 

2.  Car  nous  faisons  tous  beaucoup 
de  fautes.  Si  quelqu'un  ne  pèche 
point  en  parlant,  c'est  un  homme 
parlait,  capable  de  diriger  comme 
par  un  frein  tout  son  corps. 

3.  En  effet,  si  nous  mettons  des 
mors  dans  la  bouche  des  chevaux 
afin  qu'ils  nous  obéissent,  et  si  par 
là  nous  faisons  tourner  tout  leur 
corps  où  nous  voulons  : 

4.  (Et  les  vaisseaux,  tout  grands 
qu'ils  sont,  poussés  même  par  des 
vents  impétueux,  nous  voyons  qu'ils 
Boni  tournés  de  tous  côtés  avec  un  très 
l"iit  gouvernail,  selon  la  volonté  du 
pilote  qui  les  conduit) 

5.  De  même,  la  langue  n'est  qu'un 
petit  membre  du  corps,  et  elle  se 
vante  de   faire  de   grandes   choses. 


—     54 


Voyez  comme  une  étincelle  de  feu 
embrase  une  grande  forêt. 

G.  La  langue  aussi  est  un  feu  qui 
brûle.  C'est  un  monde  d'iniquité. 
Elle  n'est  qu'un  de  nos  membres  et 
elle  infecte  tout  le  corps  ;  elle  en- 
flamme tout  le  cercle  de  notre  vie, 
et  elle  est  elle-même  enflammée  du 
feu  de  l'enfer. 

7.  La  nature  humaine  est  capable 
de  dompter  et  elle  a  dompté  en  effet 
toutes  sortes  d'animaux  féroces,  d'oi- 
seaux, de  serpents  et  d'autres  bêtes  ; 

8.  Mais  nul  homme  ne  peut  domp- 
ter la  langue.  C'est  un  mal  inquiet, 
elle  est  pleine  d'un  venin  mortel. 

9.  Par  elle  nous  bénissons  Dieu 
notre  Père;  et  par  elle  nous  mau- 
dissons les  hommes  qui  sont  créés 
à  l'image  de  Dieu. 

10.  De  la  même  bouche  sort  la 
bénédiction  et  la  malédiction.  Il  ne 
faut  pas,  mes  frères,  qu'il  en  soit 
ainsi. 

11.  Une  fontaine  jette-t-elle  par 
une  même  ouverture  de  l'eau  douce 
et  de  l'eau  amère? 

12.  Mes  frères,  est-ce  qu'un  figuier 
peut  porter  des  raisins,  ou  une  vigne 
des  figues  ?  De  même  une  fontaine 
d'eau  salée  ne  fera  pas  jaillir  de 
l'eau  douce. 

13.  Y  a-t-il  un  homme  sage  et 
instruit  parmi  vous  ?  Qu'il  fasse 
paraître  ses  œuvres  dans  la  suite 
d'une  bonne  vie,  avec  une  sagesse 
pleine  de  douceur. 

14.  Mais  si  vous  avez  un  zèle  amer 
et  si  un  esprit  de  contention  est 
dans  vos  cœurs,  ne  vous  glorifiez 
point  d'être  sages,  et  ne  mentez 
point  contre  la  vérité. 

15.  Cette  sagesse-là  n'est  point 
celle  qui  vient  d'en  haut  ;  c'est  une 
sagesse  terrestre,  animale,  diabo- 
lique. 

16.  Car  où  se  trouve  la  jalousie 
et  l'esprit  de  contention,  il  y  a  aussi 
l'inconstance  et  toute  sorte  d'œuvres 
mauvaises. 


quam   magnam   sylvam    incen- 
dit  ! 

6.  Et  lingua  ignis  est,  uni- 
rersitas  iniquitatis .  Lingua 
constituitur  in  membris  nos- 
tris, quœ  maculât  totum  corpus, 
et  inflammat  rotam  nativifatis 
nostrœ,  inflammat  a  a  gehenna. 

7.  Omnis  enim  natura  bes- 
tiarum  et  volucrum  et  serpen- 
tium,  et  cœterorum,  domantur 
et  domita  sunt  a  natura  hu- 
mana  : 

8.  Linguam  autem  nullus 
hominum  domare  potest  ;  in- 
quietum  malum,  plena  veneno 
mort  i  fer  o. 

9.  In  ipsa  benedicinvus  Deum 
et  Patrem  ;  et  in  ipsa  maledi- 
cimus  homines  qui  ad  simili- 
tudinem  Dei  facti  sunt. 

10.  Ex  ipso  ore  procedit  bene- 
dictio  et  maledictio.  Non  opor- 
tet,  fratres  mei,  hœc  ita  fieri. 

11.  Xumquid  fons  de  eodem 
foramine  émanât  dulcem  et 
amaram  aquam  ? 

12.  Numquid  potest,  fratres 
mei,  ficus  uvas  facere,  aut  vitis 
ficus  ?  Sic  neque  salsa  dulcem 
potest  facere  aquam. 

13.  Quis  sapiens  et  discipli- 
natus  inter  vos  ?  Ostendat'  ex 
bona  conversât ione  operationem 
suam  in  mansveU'dine  sapien- 
tiœ. 

14.  Quod  si  zelum  amarum 
habetis,  et  contentiones  sint  in 
cordibus  vestris,  nolite  gloriari, 
et  mendaces  esse  adversus  veri- 
tatem. 

15.  Non  est  enim  ista  sapien- 
tia  desursum  descendens,  sed 
terrena,  animalis,  diabolica. 

16.  Ubi  enim  zelus  et  conten- 
tio,  ibi  inconstantia  et  omne 
opus  pravum. 


—    55 


Jac,  in. 


17.  Quœ  autrui  desursum  est 
sapientia,  primUm  quidem  pu- 
àica  est,  deinde  pacifica,  tno- 
desta,  sv.adibilis,  bonis  consen- 
tiens,  plena  misericordia  et 
fructibus  bonis,  non  judicans, 
sine  simulations. 

18.  Fructus  antein  justifia' 
in  pace  scminatur  facientibus 
pacem. 


17.  Pour  la  sagesse  qui  vient  d'en 
haut,  elle  est  d'abord  chaste,  ensuite 
amie  de  la  paix,  modérée,  docile, 
approuvant  le  bien,  pleine  de  misé- 
ricorde et  portant  de  bons  fruits  ; 
elle  ne  juge  point,  elle  n'est  point 
dissimulée. 

18.  Or  les  fruits  de  la  justice  sont 
semés  dans  la  paix  par  ceux  qui 
font  des  œuvres  de  paix. 


COMMENTAIRE 

1.  Nolite  plures  magistri  fieri,  fratres  mei  (1),  scientes 
quoniam  ma  jus  judicium  sumitis.  «  Mes  frères,  n'imitez 
pas  l'ambition  de  plusieurs  qui  veulent  devenir  maîtres 
de  la  doctrine,  car  sachez  qu'en  assumant  cette  charge 
on  s'expose  à  un  jugement  plus  sévère.  » 

Au  premier  chapitre,  saint  Jacques  avait  dit  :  Que 
tout  homme  soit  lent  à  parler.  Et  un  peu  plus  loin,  il 
ajoutait  :  Si  quelqu'un  se  croit  religieux  et  ne  contient 
pas  sa  langue,  sa  religion  est  vaine. 

Maintenant,  il  va  développer  les  malheurs  qu'entraîne 
l'intempérance  de  la  langue,  et  il  le  fait  dans  le  but  de 
réprimer  la  présomption  de  plusieurs  qui  voulaient  par- 
ler dans  les  assemblées  chrétiennes  sans  en  avoir  reçu 
la  mission. 

Car,  parmi  les  Juifs  devenus  chrétiens,  il  s'en  trouvait 
qui  avaient  la  prétention  d'enseigner  dans  les  assemblées 
pour  y  montrer  leur  science  des  Ecritures.  Mais  s'ils 


(1)  Nolite  plures  magistri  fieri.  Littéralement  :  Prenez  garde  d'être 
plusieurs  a  prétendre  enseigner  et  a  se  donner  comme  maîtres  de  la 
doctrine.  Qu'on  ne  voie  pas  dans  vos  assemblées  plusieurs  docteurs  se 
disputer  à  qui  prendra  la  parole,  et  soutenir  leurs  opinions  les  uns 
eontN  les  autres.  —  Rien  n'était  plus  ambitionné  parafe!  Les  Juifs  que 
le  titre  de  docteur  de  la  Loi  ou  de  ElabbL  Notre  -  Seigneur  reproche 
aux  Scribes  et  aux  Pharisiens  cet  orgueil  :  Amant  autem  salatationes 
înforoet  vocariab  hominibus  Rabbi.  (S.  Mat  th.,  txm,  7.)  Voyeï  plus 
haut,  i,  19, 


—    56    — 

avaient  beaucoup  étudié  Moïse  et  les  Prophètes,  ils  ne 
connaissaient  pas  assez  l'Evangile.  De  là  naissaient  des 
contestations,  des  troubles  dans  les  églises  et  des  erreurs 
dangereuses,  comme  on  le  vit  à  Antioche,  en  Galatie  et 
ailleurs.  Saint  Paul  avait  été  souvent  obligé  de  lutter 
contre  ces  docteurs  juifs,  trop  zélés  pour  l'ancienne  reli- 
gion, dont  ils  voulaient  imposer  les  rites  aux  Gentils, 
malgré  la  décision  des  Apôtres  au  Concile  de  Jérusalem. 
Saint  Jacques,  avec  une  très  grande  prudence,  attaque 
le  mal  dans  sa  racine. 

Scientes  qaoniam  majus  judicium  sumitis.  Sachez 
qu'en  voulant  parler  dans  rassemblée  au  lieu  d'écouter, 
vous  encourez  un  jugement  plus  sévère.  Il  vous  sera 
demandé  compte  de  ce  que  vous  aurez  enseigné,  du  motif 
qui  vous  dirigeait,  et  de  la  manière  dont  vous  avez  parlé. 
Sumitis.  C'est  un  ministère  redoutable  que  celui  de  la 
parole.  Au  lieu  de  l'ambitionner  et  de  le  prendre  vous- 
mêmes,  attendez  que  l'Eglise  vous  l'impose,  et  craignez 
que  Dieu  ne  vous  dise  :  Pourquoi  racontes-tu  mes  jus- 
tices, et  veux-tu  annoncer  mon  testament  avec  les  pa- 
roles de  ta  bouche  ?  Quare  tu  enarras  justifias  meas,  et 
assumis  testamentum  meum  per  os  tmtm?  (Ps.  xlix.) 
Tu  n'es  pas  de  ceux  à  qui  j'ai  ordonné  d'enseigner.  Ecoute 
au  rang  des  disciples,  au  lieu  de  prétendre  instruire  les 
autres. 

C'est  donc  une  charge  périlleuse,  dit  l'Apôtre,  que  de 
parler  dans  l'assemblée  des  fidèles;  et  la  bénédiction  de 
Dieu  manque,  si  l'on  assume  soi-même  cette  fonction, 
sans  en  avoir  été  chargé  par  les  chefs  de  l'Eglise.  Alors 
on  trouble  et  on  renverse,  au  lieu  d'édifier  :  Turbavernnt 
vos  verbis,  evertentes  animas  vestras,  quibas  non  man- 
davimus.  (Act.  Ap.,  xv.) 

2.  In  mnltis  enim  offendimus  omnes.  Car  il  nous 
échappe  à  tous  beaucoup  de  fautes,  puisqu'il  est  dit  que 
le  juste  tombe  sept  fois.  (Prov.,  xxiv,  17.)  Or,  le  péché 
le  plus  facile  à  commettre  est  celui  de  la  langue.  Pour- 
quoi donc  nous  arroger  une  fonction  redoutable  qui  ne 
nous  a  pas  été  imposée  ? 


—    57     —  Jae.,  in. 

In  multis  offendhnus  omnes,  -xollx  7rrafof«v  owwivTeç,  nous 
péchons  tous  en  beaucoup  de  manières.  Le  verbe  offen- 
dere  (uxaiw)  ne  suppose  pas  une  faute  grave  ;  ce  n'est  pas 
une  chute,  mais  un  simple  achoppement.  Il  signifie 
«  broncher  »  par  inadvertance  ou  imprudence,  heurter 
le  pied  contre  un  obstacle.  Ce  texte  est  un  de  ceux  que 
les  théologiens  invoquent  pour  prouver  que  le  juste  ne 
peut  pas  éviter,  dans  toute  sa  vie,  tous  les  péchés  vé- 
niels, sans  une  grâce  spéciale  de  Dieu.  C'est  un  point 
défini  par  le  Concile  de  Trente.  Si  quis  hominem  semel 
justificatum  dixeritposse  in  tota  vita  peccata  omnia,  etiam 
venialia,  vitare,  ni  si  ex  speciali  Dei  privilégie*,  quemad- 
modum  de  Beata  Virgine  tenet  Ecclesia.  anathema  sit. 
(Sess.  VI,  can.  xxin.) 

Sur  celte  doctrine,  saint  Augustin  raisonne  ainsi  :  Il  y 
a  des  fautes  légères  qu'il  nous  est  impossible  d'éviter  \ 
on  les  appelle  légères,  mais  leur  multitude  peut  nous 
conduire  à  la  perdition.  Les  grains  de  froment  sont  légers; 
cependant  on  en  charge  des  vaisseaux,  et  si  l'on  en  met 
trop,  les  plus  grands  navires  coulent  au  fond  de  la  mer. 
Puisque  chaque  jour  nous  péchons,  faisons  chaque  jour 
pénitence  (1). 

Si  quis  in  verôo  non  ojfendit,  hic  perfectus  est  vir.  Si 
Ton  ne  parlait  que  lorsqu'il  vaut  mieux  parler  que  se 
taire,  on  éviterait  bien  des  péchés.  Celui  qui  parle  sans 
commettre  aucune  faute,  peut  être  considéré  comme  un 
homme  parfait.  Car  il  est  difficile,  quand  on  parle,  de 
n'être  pas  guidé  par  la  vanité  ou  l'intérêt,  et  de  ne  pas 
blesser  la  charité  ou  la  vérité.  Pour  ne  jamais  pécher 
par  la  langue,  il  faut  être  un  homme  prudent  et  maître 
de  toutes  ses  passions. 

Potest  etiam  freno  circumducere  totum  corpus.  Si  l'on 
dirige  bien  sa  langue,  on  peut  aussi  diriger,  comme  avec 

(1)  Sunt  autetn  peccata  levia  et  mini'f<t,  quœ  devitari  omnino  non 

possunt.   Quœ  (ji>i<lem    videntur   minora,  sed    midtitudine  premunt. 

■   acervtu  frumenti  minutissimis  granis  colligitxr,  et   tamen- 

turindenaves  :  et  xi  amplius  onerentnr,demerguntur.(S.  Aug. 

v       ...  CCLXXVIII,   n.   12.) 


-     98    — 

un  frein,  tous  les  autres  organes  de  son  corps,  ses  mains, 
ses  pieds,  ses  oreilles,  et  tout  l'ensemble  de  ses  actions. 
Car  l'homme  qui  est  maître  de  ce  qu'il  dit  est  aussi 
maître  de  ce  qu'il  fait  (1). 

Comme  cette  maxime  pouvait  sembler  exagérée,  il  la 
prouve  par  une  comparaison. 

3.  Si  autem  equis  (2).  Cette  phrase  est  mal  ponctuée 
dans  nos  éditions  latines.  La  période  se  résume  ainsi  : 
Oomme  nous  conduisons  les  chevaux  selon  notre  volonté 
à  l'aide  d'un  frein,  et  comme  nous  dirigeons  de  grands 
vaisseaux  avec  un  gouvernail,  de  même,  au  moyen  de 
notre  langue,  nous  faisons  les  plus  grandes  choses. 

Si autem  equis  frena  in  or  a  mittimus  ad  consenticndum 
?ioùis,  et  omne  corpus  illorum  circumferimus.  «  Si  nous 
mettons  des  mors  dans  la  bouche  des  chevaux  pour  qu'ils 
nous  obéissent,  et  si  nous  faisons  ainsi  tourner  tout  leur 
corps  où  nous  voulons...  » 

Non  seulement  l'homme  qui  contient  sa  langue  peut  se 
conduire  lui-même  avec  sagesse,  mais  avec  sa  langue  il 
peut  conduire  les  autres  :  comme  on  dirige  par  où  l'on 
veut,  à  l'aide  d'un  frein,  les  chevaux  les  plus  ardents. 

A.  Ecce  et  naves,  quum  maqnœ  sint,  et  a  ventis  validis 
minentur,  circumferuntur  a  modico  gubernaculo  ubi  im- 
petus  dirigentis  voluerit.  «  Les  vaisseaux  même,  tout 
grands  qu'ils  sont,  et  quoique  poussés  par  des  vents  im- 
pétueux, se  laissent  tourner  de  tous  côtés  avec  un  très 
petit  gouvernail,  et  ils  obéissent  à  la  volonté  de  celui  qui 
les  conduit.  »  C'est  comme  s'il  disait  :  Non  seulement 
le  cheval,  ce  superbe  animal,  obéit  à  la  main  de  l'homme 

(1)  Au  fond,  comme  la  bouche  parle  de  l'abondance  du  cœur,  il  est 
nécessaire  de  bien  veiller  sur  son  cœur  pour  savoir  gouverner  sa  parole. 
Le  Prophète  disait  :  «  Je  garderai  mes  voies,  afin  de  ne  point  pécher 
par  ma  langue.  »  Dixi  :  Custodiam  vias  meas,  ut  non  délinquant  in 
lingua  mea.  (Ps.  lxxxiii.) 

(2)  Si  autem,  d  oi.  C'est  la  leçon  des  meilleurs  exemplaires  (le  Sinaï- 
tique,  celui  d'Alexandrie,  celui  du  Vatican).  D'autres  portent  lok  ou  t&û, 
ecce.  Cette  dernière  leçon  est  venue  de  ce  que  l'on  croyait  la  phrase 
inachevée  avec  d  oi.  Les  versets  3,  4  et  5  forment  une  seule  période 
commençant  par  si  autem,  et  finissant  par  magna  exaltât.  Le  verset  4 
•est  une  parenthèse. 


—     59     —  Jac,  m. 

qui  le  dirige  avec  le  frein  ;  mais  de  grands  vaisseaux, 
d'un  poids  énorme,  poussés  par  la  tempête,  sont  eux- 
mêmes  dirigés  en  tout  sens  par  la  simple  barre  d'un  gou- 
vernail que  tient  le  pilote  (1). 

5.  Ita  etlinguamodicumquidemmembrum  est,  et  magna 
exaltât.  «  De  même  la  langue  n'est  qu'un  petit  membre 
du  corps,  et  elle  se  vante  de  faire  de  grandes  choses  (2).  » 

La  langue  est  puissante  pour  le  bien  et  pour  le  mal. 
Ce  sont  les  maux  causés  par  la  langue  que  va  montrer 
saint  Jacques,  parce  qu'il  a  pour  but  de  réprimer  la  pré- 
somption de  ces  vains  docteurs  qui  voulaient  faire  parade 
de  leur  science. 

«  Voyez,  dit-il,  comme  une  légère  étincelle  de  feu  est 
capable  d'incendier  une  grande  forêt.  »  Ecce  quantus  ignis 
quam  magnam  sylvam  incendit!  en  grec,  vjàixov  Trup  ^Âfcqv 
uày,v  KvcucTsi.  Le  premier  f|X6toç  signifie  quam  exiguus  ou 
quantulus,  combien  petit;  et  le  second,  quam  magnus, 
combien  grand  (3). 

6.  Et  lingua  ignis  est.  Et  la  langue  aussi  est  un  feu  ; 
elle  allume  des  incendies  qui  consument  les  cités,  qui 
ravagent  les  provinces  et  les  royaumes.  C'est  la  langue 
d'Arius,  de  Nestorius,  de  Photius  qui  embrasa  l'Orient 
et  ensevelit  l'Empire  avec  l'Eglise  sous  des  ruines  qui 
fument  encore.  C'est  la  langue  de  Luther  qui,  à  son  tour, 
incendia  l'Occident  (4). 


(1)  Quutn  minentur,  c'est-à-dire  agantur.  En  grec,  &aûv0/tevee,  quum 
pellantur. 

(2    Magna  exaltât,  en  grec,  paysAavxtc,  vnultum  gloriatur. 

Plusieurs  alitions  donnent  ftfyov,  au  lieu  de  J)Mxov,  et  le  sens  est 
alors  :  Ecce  modicuê  igniê  quam  magnam  sylvam  incendil  !  Mais  les 
trois  meilleur?  manuscrits  portent  rjAfxr;,  quantus  ou  quantulus.  Ce  der- 
nier sens,  quantulus,  combien  petit,  est  justifié  par  un  passage  de  Lucien  : 
*i  rttj.v.;  iitofxivu;;  quantiUai  nos  esse  monstras  ?  (Hermot.  5.)  — 
Quantité  a  de  même  la  signification  de  quantulus  dans  Plante  :  Homun- 
euli  quanti  tunt  eum  recogito.  (Capt.  prol.)  —  Au  lieu  de  quam  ma- 
'.  plusieurs  traduisent  :  Quam  magnam  materiem  ;  voyez 
quel  grand  monceau  de  bois  peut  embraser  une  étincelle  !  En  etlét, 
Caij  a  la  double  signification  de  sylva  et  de  materies,  bois  de  construc- 
ti  >n  ou  bois  a  brûler;  mais  le  bon  goût  conservera  sylvam. 

(4)  Arius   in  AUxandria  una  scintilla  fuit,  dit   saint  Jérôme,  sed 
quia  non  statim  oppressa  est,  totum  orbem  ejus  ftamma  pupulata  est. 


—    60    — 

Universitas  iniqidtatis,  en  grec  b  %6a\to$  ttjç  iSwcfeç,  «  la 
langue,  ce  monde  d'iniquités.  »  Tel  est  le  sens  de  l'article 
qui  accompagne  xocixoç.  Comme  l'univers  renferme  toutes 
les  choses  visibles,  de  même  la  langue  réunit  en  elle  toutes 
les  espèces  d'injustices.  Car,  dit  l'Apôtre,  elle  est  consti- 
tuée parmi  nos  membres  comme  celui  qui  souille  notre 
corps  de  tous  les  péchés;  semblable  à  une  flamme  im- 
pure, elle  le  noircit  de  tous  les  vices.  Lingua  constituitur 
in  membris  nostris  qiiœ  maculai  tolum  corpus. 

En  effet,  il  n'y  a  point  de  péché  que  n'engendre  la  lan- 
gue. Elle  commet  les  uns  par  elle-même,  comme  le  blas- 
phème, l'hérésie,  le  parjure,  le  mensonge,  la  médisance, 
la  calomnie,  l'injure.  Elle  commande,  conseille, provoque, 
approuve  les  autres,  comme  le  vol,  la  trahison,  l'adultère 
et  l'homicide. 

Et  inflammat  rotam  nativitatis  nostrœ,  elle  enflamme 
le  cercle  de  notre  existence,  cpX&ytfJôuffa  tov  Tpo/ov  ttjç  ysvsssojç. 
C'est-à-dire  qu'elle  enflamme  tout  le  cours  de  notre  vie, 
qui  tourne  et  roule  comme  une  roue  depuis  notre  nais- 
sance jusqu'à  la  mort  (1).  Elle  brûle  en  nous  tous  les 
germes  des  vertus,  elle  allume  en  notre  cœur  le  feu  de 
toutes  les  passions. 

Inflammata  a  gehenna,  et  elle  est  enflammée  elle-même 
par  le  feu  de  l'enfer.  L'éloquence  de  ces  hérétiques  fou- 
gueux, les  discours  ardents  de  ces  athées,  ennemis  de 
Jésus-Christ  et  de  l'Eglise,  à  quoi  saint  Jacques  les  com- 
pare-t-il?  A  des  torrents  de  flammes  qui  s'échappent  des 
brasiers  infernaux.  Quand  j'entends  certains  orateurs 
modernes  parler  contre  la  religion  chrétienne,  je  me  fi- 
gure un  démon  sorti  de  l'abîme  et  vomissant  des  tour- 
billons de  fumée  empestée. 

(In  Epist.  ad  Gai.,  v,  8.)  Ce  que  saint  Jacques  dit  de  la  langue,  nous 
le  disons  de  la  presse  qui  n'est  pas  moins  funeste. 

(1)  Le  mot  -/év-aii  a  le  sens  de  /3t«s,  vie,  dans  Judith  :  7:«o«i  t«s  bpépotS 
zrii  yvsivsûs  //.ou,  omnes  dies  vitœ  meœ.  (xn,  18.)  La  vie  humaine  est 
aussi  comparée  à  une  roue  dans  Anacréon  : 
T ' poyès  oipij.XToç  yy.p  oïx 

Currus  enim  velut  rota  vitœ  dies  currunt  voluti.  (Anacr.    Od.    iv.) 


—    61     —  Jac,  m, 

7  et  8.  Omnis  enim  natura  bestiarum  et  volucrum  et  ser- 
pentium,  et  cxterorum  domantur  et  domita  sunt  a  na- 
tura humana  :  Linguam  autem  nullus  hominum  domare 
potest,  inquietum  malum,plena  veneno  mortifero.  «  La 
nature  humaine  peut  dompter,  et  elle  a  dompté,  en  effet, 
toutes  sortes  d'animaux  sauvages,  d'oiseaux,  de  serpents 
et  d'autres  bètes  ;  mais  nul  homme  ne  peut  dompter  la 
langue.  C'est  un  mal  inquiet,  plein  d'un  venin  mortel.  » 

Bestiarum,  (typfow.  Ce  terme  désigne  les  bêtes  féroces, 
comme  les  lions,  les  ours,  les  panthères. 

Câsterorum.  Ce  mot  supposerait  aÀÀ(ov  dans  le  texte 
original.  Le  grec  porte  aujourd'hui  èvaAc'wv,  marùwrwn, 
c'est-à-dire  belluarum  marinarum,  des  monstres  marins, 
comme  sont  les  requins  et  les  baleines  (1). 

Linguam  autem  nullus  hominum  domare  potest.M&'is 
nul  homme  ne  peut  dompter  la  langue  des  méchants.  Nul 
homme  n'empêchera  les  mensonges  et  les  médisances. 
Comment  arrêter  les  paroles  impies  des  libertins  ?  Qui 
retiendra  les  murmures  de  la  jalousie?  Qui  étouffera  ces 
bruits  perfides  qui  circulent  dans  l'ombre,  troublent  les 
villes  et  sèment  les  haines  dans  les  familles  ? 

Mais  loin  de  pouvoir  contenir  la  langue  des  autres, 
l'homme  ne  peut  pas  même  dompter  la  sienne.  Toutefois 
saint  Augustin  remarque  que  l'Apôtre  ne  dit  pas  :  nullus 
domare  potest,  mais  il  dit  :  nullus  hominum,  nous  faisant 
entendre  que  ce  que  l'homme  ne  peut  par  lui-même,  il  le 
peut  avec  la  grâce  de  Dieu. 

C'est  principalement  quand  les  adversités  fondent  sur 
nous,  qu'il  est  difficile  de  ne  pas  laisser  échapper  des 
paroles  d'impatience  et  des  plaintes  injustes.  Aussi  l'Es- 
prit de  Dieu,  voulant  faire  l'éloge  de  Job,  dit  qu'au  milieu 
de  tous  ses  maux,  il  ne  pécha  point  par  ses  lèvres  :  In 
omnibus  hisnon  peccavit  Job  labiis  suis.  (Job,  i.) 
Nous  observerons  donc  nos  voies  à  l'exemple  du  pro- 

(1)  Peut-être   le   traducteur  latin  avait-il    mis   cetorum,  *  des  céta- 
.  et  un  copiste  aura-t-il  écrit  ceterorum.  Au  témoignage  d'Estius 
et  d'Erasme,  il  y  avait,  de  leur  temps,  des  manuscrits  qui  portaient  en 
effet  cetorum.  La  vraie  leçon  demeure  incertaine. 


-    62    — 

phète,  «  afin  de  ne  point  pécher  par  notre  langue  »  ;  et 
nous  prierons  le  Seigneur  «  de  mettre  une  garde  à  notre 
bouche  et  une  porte  à  nos  lèvres.  »  (Ps.  xxxviii  et  cxlvi. 
—  Voir  plus  haut  i,  26.) 

Inquietum  malum,  àxaraffrotTew  xaxov,  la  langue  est  un 
mal  qui  ne  peut  demeurer  en  repos.  Elle  est  toujours  en 
mouvement  et  toujours  nuisible  (1). 

Plena  veneno  mortifero.  Ils  ont  aiguisé  leurs  langues 
comme  des  langues  de  serpents,  dit  le  prophète  David, 
et  le  venin  de  l'aspic  est  sous  leurs  lèvres.  Acuerunt  lin- 
cjaas  suas  sicut  serpentis,  et  venenum  aspidam  sud  labils 
eorum.  (Ps.  cxxxix.)  La  langue  de  ces  hommes  est  pleine 
d'un  venin  qui  donne  la  mort,  venin  de  la  corruption, 
venin  de  la  haine,  venin  de  la  révolte,  venin  de  l'hérésie 
et  de  l'incrédulité.  La  langue  tue  l'âme  de  celui  qui  parle 
et  de  celui  qui  écoute.  La  langue  est  homicide  et  féconde 
en  meurtres.  C'est  par  leurs  langues  que  les  Juifs  ont 
tué  le  Christ  :  exacuerunt  ut  gladium  Unguas  suas. 
(Ps.  lxiii.)  Comment  avez-vous  tué  le  Christ?  leur  de- 
mande saint  Augustin.  C'est  par  le  glaive  de  votre 
langue.  Vous  l'avez  frappé  du  glaive  quand  vous  avez 
crié  à  Pilate  :  Cruciftge  eum!  Crucifiez-le  !  (S.  Aug.  in 

Ps.  LXIII.) 

9  et  10.  In  ipsa  benedicimus  Beum  et  Palrem  ;  et  in 
ipsa  maledicimus  hommes  gui  ad  simili tudinem  Dei  facti 
sunt.  Ex  ipso  ore  procedit  benedictio  et  maledictio.  «  Par 
la  langue,  nous  bénissons  Dieu  notre  Père  ;  et  par  elle 
nous  maudissons  les  hommes  créés  à  l'image  de  Dieu. 
De  la  même  bouche  sort  la  bénédiction  et  la  malédiction.  » 

La  langue  est  donc,  par  l'usage  qu'on  en  fait,  quelque 
chose  de  contradictoire.  Rien  n'est  meilleur,  rien  n'est 
plus  mauvais.  Rien  de  meilleur,  parce  qu'elle  loue  Dieu  ; 
rien  de  plus  mauvais,  parce  qu'elle  blasphème  son  nom, 
maudit  les  hommes  faits  à  l'image  de  Dieu,  les  pervertit 
et  les  précipite  dans  les  feux  éternels. 


(1)  Au    lieu  de  dbexttéoTaTOv  des  éditions   portent   àystrÂff^ero»,  un  mal 
qu'on  ne  peut  réprimer. 


—    63    —  Jac,  ni. 

Non  oportet,  fratres  mei,  hœc  fieri.  «  Il  ne  faut  pas  qu'il 
en  soit  ainsi,  mes  frères.  »  Notre  langue  nous  a  été  donnée 
pour  glorifier  notre  Créateur.  Disons  donc  avec  David  : 
Je  bénirai  le  Seigneur  en  tout  temps,  sa  louange  sera 
toujours  en  ma  bouche.  Benedicam  Dominum  in  omni 
temporc,  semper  laits  ejits  in  ore  meo.  (Ps.  xxxin.) 

11  et  12.  Numqnid  fons  de  eodem  foramine  émanât 
dulcem  et  amaram  aquam? Numqnid potest,  fratres  mei, 
ficus  uvas  facere,ant  vitis  ficus  ?«  Une  fontaine  jette-t-elle 
par  une  même  ouverture  de  l'eau  douce  et  de  l'eau  amère? 
Mes  frères,  un  figuier  peut-il  produire  des  raisins,  et  une 
vigne  des  figues  (1)?  » 

Cette  riche  accumulation  de  comparaisons  gracieuses 
persuade  doucement  aux  fidèles  l'importance  de  veiller 
sur  leur  langue,  afin  qu'après  l'avoir  consacrée  à  la 
louange  de  Dieu,  ils  ne  la  profanent  pas  en  la  faisant 
servir  à  la  médisance  ou  à  l'envie.  Qu'ils  évitent  même 
toute  parole  bouffonne  ou  impertinente  :  aut  stultiloquium, 
aut  scurrilitas,  quœ  ad  rem  non  pertinet.  (Eph.,  v,  4.) 

1  •"».  Quis  sapiens  et  disciplinants  inter  vos?  Ostendat ex 
bona  conversalione  opérât  ionem  suam  in  mansuetitdine 
sapientiœ  ?  «  Y  a-t-il  un  homme  sage  et  instruit  parmi 
vous  ?  Qu'il  fasse  paraître  ses  œuvres  dans  l'ensemble 
d'une  bonne  vie,  en  montrant  une  sagesse  pleine  de  dou- 
.  ceur  et  de  mansuétude.  » 

C'est  la  conclusion  du  discours  qui  précède  ;  et  ce 
verset  se  rattache  au  premier.  Voici  à  peu  près  la  suite 
des  idées.  Plusieurs  désirent  montrer  leur  sagesse  et  leur 
savoir:  ils  veulent  parler  en  docteurs  dans  nos  assem- 
blées. Or  cette  fonction  n'est  pas  sans  danger.  Celui  qui 
parle  sera  jugé  sur  ses  paroles,  et  il  est  difficile  de  ne 
pas  pécher  par  la  langue.  Mais  il  y  a  une  manière  plus 
sûre  de  montrer  qu'on  sait  bien  la  religion,  et  qu'on 
entend  Les  Ecritures  :  c'est  de  mener  soi-même  une  vie 
sainte,  conforme  aux  principes  de  la  vraie  sagesse,  en 


(1)  Au   lieu   de   ficuê   uvas y   on   lit   eu   grec  cj/.ï    ftam»,  ficus  olivas. 
\  importance. 


—    64    — 

■étant  modeste  et  plein  d'une  douceur  indulgente  pour  les 
autres. 

Saint  Jacques  va  ensuite  tracer  les  caractères  de  la 
vraie  et  de  la  fausse  sagesse  pour  qu'on  puisse  les  dis- 
cerner l'une  de  l'autre. 

Mais  d'abord  reprenons  ce  verset. 

Quis  sapiens  ?  tc'ç  cocpôç  ;  le  mot  sapiens,  croçfeç,  désigne  un 
homme  sage  ;  et  discipli?iatus,  ImoTjrçfjuav,  est  un  savant. 
L'homme  sage  est  celui  qui  non  seulement  connaît  les 
hauts  mystères  de  la  religion,  mais  en  contemple  les 
causes,  les  conséquences  et  les  rapports,  par  la  sublimité 
de  son  génie  et  surtout  par  les  lumières  que  Dieu  lui 
communique.  Il  dit  humblement  comme  le  prophète  : 
Seigneur,  ôtez  le  voile  qui  est  sur  mes  yeux,  et  je  consi- 
dérerai les  merveilles  qui  sont  dans  votre  loi  :  Révéla  ocu- 
los  meos,  et  considerabo  mirabilia  de  lege  tua  (Ps.  cxviii); 
et  le  Saint-Esprit  l'illumine.  Tels  étaient  saint  Paul, 
saint  Jean,  saint  Augustin,  saint  Bernard.  Ils  voyaient  la 
vérité  céleste  que  Dieu  faisait  briller  à  leur  intelligence, 
ils  l'admiraient,  ils  l'aimaient. 

L'homme  savant,  instruit,  est  celui  qui,  par  son  travail, 
son  intelligence  et  les  leçons  de  maîtres  habiles,  connaît 
les  choses  qui  concernent  la  religion  :  c'est  l'homme  versé 
dans  la  philosophie,  la  théologie,  les  saintes  Ecritures  ; 
c'est  l'homme  qui  a  beaucoup  lu,  beaucoup  retenu  et  bien 
compris.  L'étude  peut  faire  les  savants  et  les  érudits, 
Dieu  seul  fait  les  sages  (1). 

Ostendat  ex  bona  convier satione  operationem  suam. 
Que  celui  qui  veut  être  estimé  sage  et  regardé  comme 
vraiment  instruit  fasse  connaître  ses  œuvres  par  sa  bonne 
conduite.  Car  la  vraie  sagesse  ne  s'arrête  pas  à  la  connais- 
sance du  bien,  elle  le  met  en  pratique.  Elle  loue  Dieu, 

(1)  Sapientia  est  rerum  ad  religionem  pertinentium  per  causas 
superiores  notitia  ;  scientia  vero  earumdem  rerum  notitia  per  ea 
quœ  sunt  humanœ  scientiœ  vel  experientiœ.  (Estius.)  —  Saint  Paul 
a  aussi  distingué  les  dons  de  la  sagesse  et  de  la  science,  dans  sa 
première  Epître  aux  Corinthiens  :  Alii  quidem  per  Spiritum  datur 
*ermo  sapientiœ  ;  alii  autem  sermo  scientiœ  secundum  eumdem  Spi- 
ritum. (I  Cor.,  xii,  8.) 


—    65     —  Jac,  ni. 

elle  l'aime,  elle  lui  obéit,  elle  s'efforce  de  propager  son 
règne  par  ses  paroles  et  par  ses  exemples. 

In  mansuetudine  sapientiœ.  La  sagesse  mondaine  s'ir- 
rite lorsqu'on  la  contredit.  Mais  celle  qui  vient  de  Dieu 
est  pleine  de  douceur,  elle  ne  s'emporte  point  en  injures 
contre  ses  adversaires,  et  tout  en  maintenant  dans  sa 
pureté  la  doctrine  évangélique,  elle  n'imite  point  la  vio- 
lence de  ceux  qui  l'attaquent. 

Faire  le  bien  que  l'on  peut  en  conservant  la  douceur 
dans  son  âme,  c'est  donner  la  preuve  d'une  grande  sa- 
gesse, dit  le  vénérable  Bède. 

Operationem  suam.  «  Qu'il  montre  ses  œuvres.  »  L'er- 
reur qui  fait  consister  la  justice  dans  la  foi  seule  est  de 
nouveau  réprouvée  par  ce  mot  important. 

I  1.  Quod  si  zelum  amarum  habetis,  et  contentiones  suit 
in  cordibus  vestiis,  nolite  gloriari  et  mendaces  esse  ad- 
versus  ver  i  toi  cm. 

Voici  un  premier  trait  auquel  on  reconnaît  la  fausse 
sagesse  :  «  Si  vous  avez  un  zèle  amer,  dit-il.  et  si  un 
esprit  de  contention  règne  dans  vos  cœurs,  ne  vous  glo- 
rifiez point  d'être  sages;  car  vous  mentiriez  contre  la 
vérité.  »  Rien  n'est  meilleur  que  le  zèle;  mais  le  zèle 
amer  est  inspiré  par  l'orgueil* et  non  par  l'amour  delà 
religion.  C'est  une  chose  louable,  nécessaire  même,  de 
lutter  avec  courage  pour  défendre  la  foi  contre  les  nova- 
teurs et  la  piété  contre  les  scandales,  comme  ont  fait  tous 
les  saints  docteurs.  Mais  l'esprit  de  contention  combat 
avec  une  ardeur  insolente  et  opiniâtre,  pour  faire  triom- 
pher ses  idées  propres  et  non  la  vérité  enseignée  par 
L'Eglise. 

Tel  est  le  premier  sens  du  mot  zelus  amants.  Mais  il  y 
eu  a  un  second  qui  n'est  pas  moins  littéral  :  c'est  «  une 
envie  a  mère.  »  Oh!  qui  bannira  ce  fléau  de  l'Eglise? 
L'envie  se  cache  au  fond  même  des  cœurs  vertueux,  elle 
y  lait  germer  l'ambition,  la  médisance,  le  murmure,  et 
quelquefois  la  haine.  Heureuses  les  sociétés  de  fidèles 
où  tous  s'aiment  comme  des  frères,  et  où  le  bonheur  de 
l'un  fait  la  joie  des  autres  ! 

i  in  lu:   DB  s.   JAGQUBfl  5 


—    66    — 

Nolite  gloriari  et  mendaces  esse  adversas  veritatem. 

«  Ne  vous  glorifiez  point  contre  la  vérité  et  ne  mentez 
point  contre  elle.  »  C'est  l'odieux  caractère  des  hérétiques 
et  des  sophistes.  Ils  s'entêtent  de  leurs  fausses  doctrines, 
ils  les  défendent  avec  acharnement  par  tous  les  moyens. 
Ils  ne  craignent  pas  même  d'avoir  recours  à  la  fraude  et 
au  mensonge  pour  vaincre  leurs  adversaires.  Ce  scandale 
a  souvent  affligé  l'Eglise.  Qui  ne  connaît  les  scélératesses 
des  évêques  ennemis  de  saint  Athanase  et  de  saint  Jean 
Chrysostome  ?  Pour  nous  catholiques,  nous  ne  cherche- 
rons point  à  faire  triompher  nos  propres  opinions,  mais 
la  croyance  de  l'Eglise  ;  et  nous  défendrons  la  vérité  elle- 
même  comme  elle  veut  l'être,  par  des  armes  loyales. 

15.  Non  est  enim  ista  sapientia  desursum  descendais, 
sed  terrena,  animalis,  diabolica.  La  sagesse  dont  vous 
vous  glorifieriez  en  outrageant  ceux  qui  vous  combattent, 
n'est  point  la  sagesse  qui  vient  d'en  haut;  l'Esprit-Saint 
n'en  est  point  l'auteur.  C'est  là  une  sagesse  terrestre  et 
mondaine,  une  sagesse  qui  suit  les  fausses  lueurs  de  la 
raison  et  non  les  enseignements  de  la  foi  ;  enfin  c'est  une 
sagesse  diabolique. 

Terrena,  emftioç.  Cette  sagesse  est  terrestre  :  elle  se 
borne  aux  choses  de  la  vie  présente;  elle  sert  la  triple 
concupiscence  de  l'avarice,  du  plaisir  et  de  la  gloire  mon- 
daine. Elle  dit  :  Mangeons  et  buvons  ;  car  nous  mourrons 
demain.  Comedamus  et  bibamus,  cras  enim  moriemar. 
(Is.,  xxii,  13.) 

Animalis.  Cet  adjectif  vient  de  anima,  comme  tyvy}xi\ 
vient  de  $v/;\,  âme  (1).  Ce  mot  désigne  une  sagesse  pure- 
ment humaine,  empruntée  aux  seules  facultés  naturelles 
de  l'âme.  Elle  ne  prend  pour  guide  que  les  sens  et  la 
raison  de  l'homme.  L'épithète  animalis,  tyuyiyxri,  est  l'op- 
posé de  spi?ilaalis,  t^^j^t^.  La  sagesse  spirituelle  est 
celle  d'une  intelligence  éclairée  parles  lumières  du  Saint- 
Esprit.  Elle  s'appuie  sur  la  révélation  divine,  et  se  laisse 
diriger  par  l'autorité  infaillible  de  l'Eglise. 

(1)  Notandam  autem  qaod  animalis  homo,  s ive  animalis  sapientia, 
non  ab  animali  sed  ab  anima  derivatur.  (Bède.) 


—    67    —  Jac,  ni. 

Il  y  a  dans  le  monde  une  sagesse  sensuelle,  charnelle, 
qui  borne  toutes  ses  connaissances  aux  choses  qu'elle 
perçoit  par  les  sens.  Telle  est  la  philosophie  du  grossier 
matérialiste,  qui  ne  comprend  et  n'admet  que  ce  qu'il 
sent,  ce  qu'il  touche,  ce  qu'il  voit.  Saint  Augustin  dépeint 
cette  sagesse  en  un  mot  :  In  homme  carnali,  dit-il,  tota 
régula  intelligendi  est  consuetudo  ccrnendî.  (Serm.  eu 
de  Tempore.) 

Cette  honteuse  philosophie  n'est  pas  la  seule  que  rejette 
l'Apôtre  ;  il  réprouve  encore  la  sagesse  superbe  qui  s'en 
ferme  dans  la  raison  humaine  en  laissant  de  coté  la  pa- 
role de  Dieu.  Plusieurs  vantent  ceux  de  nos  philosophes 
modernes  qui,  sans  être  chrétiens,  se  déclarent  spiri- 
tualistes.  Ces  spiritualistes,  qui  s'élèvent  au-dessus  de  la 
vile  matière,  reconnaissent  un  Etre  suprême  et  croient 
que  lame  ne  périt  point  avec  le  corps  ;  mais  ils  ne  veu- 
lent pas  admettre  que  Dieu  soit  descendu  des  cieux  et 
qu'il  ait  parlé  aux  hommes  ;  ils  rejettent  la  révélation. 
Ces  philosophes  sont  condamnés  par  saint  Jacques,  et 
leur  sagesse  est  réprouvée  sous  le  nom  de  sopientia  ani- 
m&lis,  sapai  'l/'j/'.xv,. 

Elle  est  aussi  condamnée  par  saint  Paul,  lorsqu'il  dit 
que  «  l'homme  animal  (i/u/'.xoç  svQpfpicoç)  ne  comprend  pas 
les  choses  de  Dieu.  »  (I  Cor.,  n,  14.)  Et  l'apôtre  saint 
.lude,  le  frère  de  saint  Jacques,  la  proscrit  de  même.  On 
voit,  dit-il.  apparaître  des  hommes  qui  marchent  selon 
leurs  désirs,  des  hommes  qui  n'ont  point  l'esprit  de  Dieu, 
111,1  is  suivent  une  raison  obscurcie  et  dominée  par  les  sens. 
11  l.-s  u, .m me  '^y/y/jy^,  animales  oupsychites.  (S.  Jud.,19.) 
Ainsi  la  vaine  philosophie  des  rationalistes  modernes 
a  été  réfutée  d'avance  et  flétrie  par  les  Apôtres. 

En  lin  saint  Jacques  prononce  contre  cette  orgueilleuse 
sagesse  on  mot  énergique.  C'est,  dit-il,  une  sagesse  diabo- 
lique :  Sopientia  diabolica,  rapfa  fatpovtw&riç.  Entendez- 
vous,  Rousseau,  Cousin?  votre  philosophie,  séparée 
du  christianisme,  est  une  philosophie  de  démons.  Vous 
croyez  la  tirer  de  votre  raison  pure  :  elle  vous  est 
inspirée  par  Satan. 


—    68    — 

On  reconnaît  bien  d'ailleurs  l'origine  de  cette  philoso- 
phie aux  blasphèmes  qu'elle  prononce  et  aux  ténèbres 
dont  elle  s'enveloppe. 

Depuis  que  le  Christ  est  descendu  des  cieux  pour  ins- 
truire les  hommes,  tout  homme  qui  ne  veut  pas  écouter 
sa  parole  est  un  révolté  comme  le  diable,  et  mérite  son 
supplice. 

Saint  Jacques  avait  blâmé  l'envie  amère  et  l'esprit 
de  contention  :  il  en  montre  maintenant  les  funestes 
effets, 

16.  Ubi  enim  zeluset  contentio,  ibi  inconstantia  etomne 
opus  pravam.  «  Car  où  se  trouve  la  jalousie  et  la  conten- 
tion, là  se  rencontre  aussi  le  trouble  et  toute  sorte  d'œu- 
vres  mauvaises.  » 

Zelus.  Le  mot  zelus,  sans  épithète,  se  prend  dans  le 
mauvais  sens,  et  marque  cette  irritation  qu'excite,  dans 
un  esprit  jaloux,  la  gloire  ou  la  prospérité  d'aulrui. 

Contentio,  ipteh.,  désigne  bien  les  querelles  et  les  ani- 
mosités  auxquelles  s'abandonnent  entre  eux  les  sophistes 
d'opinions  contraires  (1). 

Ibi  inconstantia,  àxaTar>Tacia(2).  «  Là  se  trouve  le  désordre 
et  l'inconstance.  »  Comme  ces  disputeurs  ne  sont  pas  ap- 
puyés sur  des  principes  certains  et  immuables,  ils  modi- 
fient leur  doctrine  pour  le  besoin  de  la  lutte.  C'est  pourquoi 
le  protestantisme  a  tant  varié  depuis  son  origine,  et  change 
encore  tous  les  jours.  Il  en  était  de  même  au  temps  des 
Ariens  :  leurs  symboles  de  foi,  dit  saint  Hilaire,  chan- 
geaient tous  les  ans  et  tous  les  mois  \  Animas  atque  mens- 


(1)  Ce  tenue  marque  ici  principalement  les  disputes  Apres  des  Judéo- 
Chrétiens  en  faveur  des  observances  mosaïques.  Leur  haine  était  poussée 
si  loin  contre  saint  Paul  que  ces  docteurs  envieux  allaient  jusqu'à  prê- 
cher l'Evangile,  non  par  piété,  mais  par  rivalité;  en  faisant  avec  ardeur 
cette  œuvre  sainte,  ils  se  proposaient  surtout  de  molester  l'Apôtre  charge 
de  chaînes  dans  sa  prison.  Quidam  autem  ex  contentione,  ï\  èpi6sczçr 
Christum  annuntiant,  non  sincère,  existirnantes  pressuram  se  susci- 
tare  vinculis  meis.  (Philipp.,  i,  7.) 

(2)  Inconstantia,  y/.xzxa-ia^ic/..  La  Vulgate  rend  le  mot  â.Kurxaroi.tsiu  par 
seditio  dans  la  deuxième  Epître  aux  Corinthiens  (vi,  5)  :  èv  à./.c/.7<x':zy.ab.ii, 
in  seditionibus.  Ce  mot  peut  réunir  ici  la  double  signification  de 
désordre  et  d'inconstance. 


—    69    —  Jac,  m. 

truas  de  Deo  fides  decernimus.  (S.  Hil.  ad  Constantium, 
lib.  II,  n.  5.) 

L'Apôtre  finit  par  un  dernier  trait  :  et  omne  opas  pra- 
vum.  En  effet,  toutes  les  iniquités  abondent  chez  les  sec- 
taires, la  fraude,  le  vol,  la  trahison,  l'adultère,  le  meurtre  ; 
et  si  un  certain  ordre  règne  encore  parmi  les  populations 
qu'ils  ont  entraînées  dans  l'erreur,  elles  le  doivent  à  ce 
qui  leur  reste  de  christianisme. 

Après  avoir  décrit  la  sagesse  terrestre  et  mondaine, 
saint  Jacques  va  nous  dépeindre  celle  qui  nous  vient  du 
ciel  ;  il  lui  assigne  sept  caractères. 

17;  Quae  desursum  est  sapientia.  Par  la  vraie  sagesse 
qui  vient  d'en  haut,  l'auteur  sacré  entend  ici  la  connais- 
sance pratique  et  l'amour  des  choses  divines  qui  condui- 
sent au  salut.  Elle  comprend  les  mystères  de  la  religion 
et  toute  la  doctrine  évangélique,  la  théologie  dogmatique 
et  morale,  avec  la  science  des  divines  Ecritures  et  de  la 
tradition.  Cette  sagesse  vient  d'en  haut  :  d'abord  parce 
que  Jésus-Christ  est  descendu  des  cieux  pour  nous  l'en- 
seigner :  ensuite,  parce  qu'on  ne  peut  comprendre  cette 
science  et  posséder  cette  sagesse  sans  une  lumière  et  une 
grâce  surnaturelles.  Ceux  que  l'Esprit  de  Dieu  n'instruit 
pas  ont  des  yeux  et  ne  voient  point,  des  oreilles  et  n'en- 
tendent point.  Cependant  cette  sagesse  demande  l'effort 
et  le  travail  de  l'homme.  Chez  les  Apôtres,  elle  était  in- 
fuse :  mais,  dans  leurs  successeurs,  elle  s'acquiert  et 
s'accroit  par  l'étude,  la  méditation,  la  prière.  Ainsi  nos 
éiiiinents  théologiens,  unissant  le  travail  à  la  piété,  con- 

ûplent  les  mystères  et  scrutent  les  paroles  divines,  éta- 
blissent des  principes  qu'ils  prennent  dans  la  révélation 
et  en  déduisent  des  conclusions  certaines.  En  sorte  que 
cette  science  sublime,  tout  entière  contenue  dans  l'ensei- 
gnement des  Apôtres,  s'éclaircit  néanmoins  par  le  génie 
de  l'homme, et  se  développe  d'âge  en  âge  sous  la  direction 
de  L'Esprit-Saint. 

Qux  autrm  desursum  est  sapientia,  primum  quidem 
pudica  est,  âyW,.  c  Mais  la  sagesse  qui  vient  d'en  haut  est 
d'abord  chaste.  » — I.  Voilà  un  premier  trait  qui  ladistingue 


—    70    — 

de  toutes  les  autres.  Les  docteurs  qui  enseignent  leur  pré- 
tendue sagesse,  au  lieu  de  la  doctrine  de  Jésus-Christ,  ne 
conservent  pas  toujours  des  mœurs  irréprochables.  Quand 
on  pénètre  dans  leur  intérieur,  on  y  trouve  souvent  de 
fâcheux  mystères. 

Pudica.  La  chasteté  parfaite  est  un  des  caractères  aux- 
quels on  reconnaît  la  vraie  foi  et  la  vraie  religion.  L'Eglise 
catholique  seule  possède  des  vierges. 

II.  Deinde  pacifica,  ensuite  elle  aime  la  paix,  non  la 
paix  dans  le  péché,  non  la  paix  dans  l'erreur,  mais  la 
paix  dans  la  vérité  et  dans  la  sainteté.  Elle  se  garde  de 
troubler  la  paix  pour  des  motifs  qui  n'intéressent  ni  la 
foi  ni  la  piété.  Elle  tâche  de  prévenir  ou  d'étouffer  les 
discordes. 

Au  contraire,  la  fausse  sagesse  est  disputeuse,  querel- 
leuse ;  elle  pousse  à  la  guerre  ;  elle  raille,  persécute, 
opprime. 

III.  Modesta,  nnsunfc,  elle  est  pleine  de  modération,  de 
douceur  et  d'équité  ;  elle  est  disposée  à  céder  de  ses  droits 
plutôt  que  d'offenser  le  prochain  :  tandis  que  la  fausse 
sagesse  est  arrogante,  orgueilleuse  et  dominatrice. 

IV.  Suadibilis,  ewcs^ç.  La  vraie  sagesse  écoute  volon- 
tiers les  raisons  d' autrui  ;  elle  est  toujours  prête  à  les 
accueillir,  si  elles  sont  fondées  ;  et  aussitôt  que  la  vérité 
lui  apparaît,  elle  l'accepte  avec  joie. 

Mais  la  fausse  sagesse  est  opiniâtre  et  entêtée.  L'évi- 
dence même  ne  la  persuade  pas.  Témoin  les  docteurs 
juifs  :  ils  voyaient  de  leurs  yeux  les  miracles  de  Jésus- 
Christ  ;  ils  les  avouaient  même  :  Hic  honio  multa  signa 
facit,  disaient-ils  (S.  Joann.,  xi)  ;  et  cependant,  loin  de 
croire  à  sa  mission  divine,  ils  le  tuèrent. 

Bonis  consentiens. .  C'est  une  seconde  traduction  de 
l'adjectif  ejz£'.07(ç.  La  sagesse  qui  vient  d'en  haut  approuve 
sans  hésiter  le  bien  qu'on  lui  montre,  étant  fort  différente 
de  cette  sagesse  importune  qui  trouve  toujours  à  cen- 
surer dans  les  meilleures  choses. 

Y.  Plena  misericordiœ ,  ftecr^  Ddo'jç.  Une  sagesse  vraiment 
céleste  est  celle  qui  est  pleine  de  compassion  pour  les 


—    71    —  Jac..t  nr. 

souffrances,  pour  les  faiblesses,  pour  les  fautes  même 
des  hommes,  et  pour  leurs  ignorances.  Elle  console  les 
infortunes,  elle  tend  la  main  à  ceux  qui  tombent,  et 
répare  autant  qu'elle  peut  les  injustices  qu'elle  ne  sau- 
rait empêcher.  Une  telle  sagesse  se  reconnaît  à  ses 
fruits  :  elle  est  pleine  de  bonnes  œuvres  ;  plena  fructibus 
bonis. 

VI.  Non  judicans,  àSixxpt-roç,  non  di judicans,  non  discer- 
nent. Elle  fait  du  bien  à  tous  les  malheureux,  sans 
rechercher  s'ils  ne  sont  point  tombés  dans  la  détresse 
par  leur  faute.  Néanmoins  elle  ne  conseille  pas  une  géné- 
rosité aveugle. 

Non  judicans.  Plusieurs  entendent  par  ce  mot  que  la 
vraie  sagesse  s'abstient  de  juger  le  prochain  et  d'inter- 
préter en  mauvaise  part  ses  paroles,  ses  actions,  ses 
intentions.  Elle  s'interdit  les  jugements  téméraires,  selon 
le  précepte  de  Notre-Seigneur  :  Nolite  judicare,  et  non 
judicabimini.  (S.  Luc,  vi,  37.) 

VII.  Sine  simulatione,  àvuTroxo'-roç.  Ce  dernier  mot  est 
amené  par  le  précédent.  En  effet,  àStaxpixoç  avait  présenté 
comme  naturellement  à  l'esprit  de  l'écrivain  le  composé 
semblable  àvuwàcpiToç.  Il  ne  faut  pas  croire  toutefois  que 
l'Apotre  ait  ajouté,  sans  l'inspiration  de  Dieu,  ce  terme 
que  la  similitude  des  sons  offrait  à  son  esprit.  Dans  un 
livre  sacré,  le  génie  et  la  science  de  l'écrivain  ont  leur 
part  :  mais  toutes  les  idées  qu'il  exprime  lui  viennent  de 
Dieu,  qui  l'inspire  et  le  dirige. 

Sine  simulatione.  La  fraude  et  le  mensonge,  l'hypo- 
crisie et  le  parjure  abondent  chez  les  inventeurs  et  les 
fauteurs  d'hérésie.  Mais  la  vraie  sagesse  est  pleine  de 
simplicité,  de  bonne  foi.  de  sincérité. 

18.  Fructus  autem  justitiae  in  pace  seminatur  facien- 
tibus  pacem.  «  Or,  le  fruit  de  la  justice  se  sème'dansla 
paix  par  ceux  qui  font  des  œuvres  de  paix.TCette  parole 
de  saint  Jacques  s'adresse  spécialement  aux  brouillons 
et  aux  querelleurs,  dont  il  a  repris  le  zèle  amer  et  l'esprit 
de  contention.  Quelque  talent  et  quelque  zèle  qu'ils 
déploient,  ils  font  peu  de  bien  dans  l'Eglise.  La  vie  d'un 


—    72    — 

tel  homme,  fût-elle  environnée  d'éclat,  se  résume  sou- 
vent en  ce  mot  de  David  :  Pertransit  liomo,  sed  et  frustra 
conturbatur.  (Ps.  xxxviii.)  C'est  un  passant  qui  fait  du 
bruit  sur  la  terre  ;  mais  il  est  douteux  qu'il  recueille  une 
abondante  moisson  dans  la  vie  future. 


—    73    - 


CHAPITRE  QUATRIÈME 


ANALYSE 

L'Apôtre  vient  de  dire  que  le  fruit  de  la  justice  se  sème  dans 
La  paix.  Il  va  exposer  maintenant  ce  qui  la  trouble. 

1.  (Test  premièrement  l'amour  des  biens  de  la  terre.  Car  de 
là  naissent  les  divisions  et  les  guerres  entre  les  hommes.  Il 
faut  donc  déprendre  son  cœur  des  biens  du  monde,  dompter 
ses  passions,  purifier  sa  conscience  par  l'humilité,  la  prière, 
la  pénitence. 

2.  En  second  lieu,  il  faut  s'abstenir  de  censurer  et  de  juger 
ses  frères. 

3.  Enfin  il  recommande  aux  chrétiens  de  vivre  et  d'agir  en 
pensant  chaque  jour  à  l'incertitude  de  la  vie. 


1 .  l 'nue  bella  et  Vîtes  in  vobis  ? 
Nonne  hinc  :  ex  concupiscentiis 
vésirisquo?  militant  in  membris 

vestris  ? 

2.  Concupiscitis,  et  non  ha- 
betis  :  occiditiâ  et  selatis,et  non 
potes  tis  adipisci;  litigatis  et 
belligeratistet  non  hibetis, prop- 
ii  /■  quod  non  postulatis. 


3.  Petitis,  et  non  accipitis,  eo 
quod  maie  petatis,  ut  in  conçu- 
piscentiis  vestris  insumatis. 

4.  Adulteri,  nescitis quia  x  ni- 
citia  kujus  mundi  inimica  est 
Dei  f  Quicumque  ergo  voluerit 
"'"  •  sœculi  kujus,  ini- 
micus  Dei  constituitur. 


1.  D'où  viennent  les  guerres  et 
les  procès  entre  vous  ?  N'est-ce  pas 
de  vos  convoitises  qui  combattent 
dans  vos  membres  ? 

2.  Vous  êtes  pleins  de  désirs,  et 
vous  n'avez  pas  ce  que  vous  désirez. 
Vous  tuez,  vous  êtes  jaloux,  et  vous 
ne  pouvez  obtenir  ce  que  vous  voulez. 
Vous  luttez  et  vous  faites  la  guerre 
les  uns  contre  les  autres,  et  vous 
n'avez  pas  ce  que  vous  souhaitez, 
parce  que  vous  ne  le  demandez  pas. 

3.  Vous  demandez,  et  vous  ne  re- 
cevez point,  parce  que  vous  demandez 
mal,  demandant  pour  avoir  de  quoi 
satisfaire  vos  passions. 

4.  Ames  adultères,  ne  save/.-vous 
pas  qui-  l'amitié  de  ce  monde  esl 
une  inimitié  contre  Dieu  (  Par  con- 
séquent qtiiconque  veut  être  ami  de 
ce  monde  se  rend  ennemi  de  Dieu. 


—     74    — 


5.  Pensez-vous  que  L'Ecriture  dise 
«Mi  vain  :  L'Esprit  qui  habite  en  vous 
aime  d'un  amour  de  jalousie? 

6.  Mais  il  donna  une  plus  grande 
grâce. C'est  pourquoi  il  est  dit: Dieu 
résiste  aux  superbes,  et  donne  sa 
grâce  aux  humbles. 

7.  Soyez  donc  soumis  à  Dieu  ;  mais 
résistez  au  démon,  et  il  s'enfuira  de 
vous. 

8.  Approchez-vous  de  Dieu,  et  il 
s'approchera  de  vous.  Lavez  vos 
mains,  pécheurs  ;  et  purifiez  vos 
cœurs,  vous  qui  avez  l'âme  double. 

9.  Affligez-vous  vous-mêmes.  Soyez 
dans  le  deuil  et  dans  les  larmes.  Que 
votre  rire  se  change  en  pleurs,  et 
votre  joie  en  tristesse. 

10.  Humiliez-vous  en  présence  du 
Seigneur,  et  il  vous  élèvera. 

11.  Mes  frères,  ne  parlez  point  mal 
les  uns  des  autres.  Celui  qui  parle 
contre  son  frère,  ou  qui  juge  son 
frère,  parle  contre  la  loi  et  juge  la 
loi.  Que  si  vous  jugez  la  loi,  vous 
n'en  êtes  point  l'observateur,  mais 
vous  vous  en  faites  le  juge. 

12.  Il  n'y  a  qu'un  législateur  et 
qu'un  juge,  qui  peut  sauver  et  per- 
dre. 

13.  Mais  vous,  qui  êtes-vous  pour 
juger  votre  prochain  ? 

Je  m'adresse  maintenant  h  vous 
qui  dites  :  Nous  irons  aujourd'hui 
ou  demain  en  telle  ville  ;  nous  de- 
meurerons là  un  an,  nous  y  trafi- 
querons, nous  y  gagnerons  beaucoup 
d'argent. 

14.  Et  vous  ne  savez  pas  même  ce 
qui  arrivera  demain. 

15.  Car  qu'est-ce  que  votre  vie  ? 
C'est  une  vapeur  qui  paraît  pour 
un  peu  de  temps,  et  qui  disparaît 
ensuite.  Vous  devriez  plutôt  dire  : 
S'il  plaît  au  Seigneur,  et  :  Si  nous 
vivons  ,  nous  ferons  telle  et  telle 
chose. 

16.  Mais,  au  contraire,  vous  vous 
élevez  dans  vos  pensées  présomp- 
tueuses. Toute  présomption  sembla- 
ble est  mauvaise. 


5.  An  putatis  quia  inaniter 
Scriptura  dicat  :  Ad  invidiam 
conoipisc.it  Spiritus  qui  habitat 
in  vobis  ï 

6.  Majorent  autem  dat  gra- 
tiam.  Propter  quod  dicit  :  Deus 
superbis  resistit,  humilibus  au- 
tem dat  gratiam. 

7.  Sitbditi  ergo  estote  Deo  : 
resistite  autem  diabolo,  et  fugiet 
a  vobis. 

8.  Appropinquate  Deo,  et  ap- 
propinquabit  vobis.  Emundate 
manus, peccatores  ;  et  purificate 
corda,  duplices  animo. 

9.  Miseri  estote,  et  luge  te,  et 
plorate  ;  risus  vester  in  luctum 
convertatur,  et  gaudium  in  mœ- 
rorem. 

10.  Humiliamini  in  conspectu 
Domini,  et  exaltabit  vos. 

11.  Nolite  detrahere  alter- 
utrum,  fratres.  Qui  detrahit 
fratri,  aut  qui  judicat  fratrem 
suum,  detrahit  legi,  et  judicat 
legem.  Si  autem  judicas  legem, 
non  es  factor  legis,  sed  judex. 

12.  TJnus  est  legislator  et  ju- 
dex, qui  potest  perdere  et  libe- 
rare. 

13.  Tu  autem  quis  es,  qui 
judicas  proximum  ? 

Ecce  nunc  qui  dicitis  :  Ilodie 
aut  crastino  ibimus  in  illam 
civitatem,  et  faciemus  ibi  qui- 
de  m  annum,  et  mercabimur,  et 
lucrum  faciemus  : 

14.  Qui  ignoratis  quid  erit  in 
crastino. 

15.  Quœ  est  enim  vita  vestraf 
Vapor  est  ad  modicum  parensy 
et  deinceps  exterminabitur  :  pro 
eo  ut  dicatis  :  Si  Dominus  vo- 
luerit,  et  :  Si  vixerimus,  facie- 
mus hoc  aut  illud. 

16.  Nunc  autem  exsultatis  in 
superbiis  vestris.  Omnis  exsul- 
tatio  talis  maligna  est. 


—  75    —                            Jac,  îv. 

17.  Scienti  igitv.r  boninn  fa-  17.  Celui  donc  qui,  sachant  le  bien. 

cere,  et  non  facienti,  peccatnm  qu'il  doit   faire,  ne  le  fait   pas,  est 

est  illi.  coupable  de  péché. 


COMMENTAIRE 

1.  Unde  délia  et  lites  in  vobis  ?  Nonne  hinc  :  ex  con- 
cupiscentiis  vestris,  quse  militant  in  membris  vestris?  Nous 
avons  dit  que  la  sagesse  qui  vient  du  ciel  est  pacifique 
et  pleine  de  modération.  Mais  plusieurs  parmi  vous  sont 
loin  de  posséder  une  telle  sagesse.  «  D'où  viennent  les 
guerres,  les  contestations  et  les  animosités  qui  régnent 
entre  vous?  N'est-ce  pas  de  vos  concupiscences  qui  com- 
battent dans  vos  membres  ?  » 

Bclla  et  lites,  en  grec  t.6),vj.o<.  wxl  pi^ai,  des  guerres  et 
des  combats.  L'Apôtre  accuse- 1- il  les  chrétiens  de  se 
livrer  entre  eux  des  batailles  réelles  ?  ou  parle-t-il  seu- 
lement de  querelles  et  de  luttes  intestines?  Les  mots  de 
guerre  et  de  combats  peuvent  se  prendre  dans  le  sens 
figuré.  Mais  saint  Jacques  dit  formellement  :  Vous  tuez, 
occiditis,  (poveueTE.  Ce  terme  ne  paraît  pas  être  une  méta- 
phore. Si  l'Apôtre  ajoute  :  zelatis.  cela  veut  dire  :  vous 
tuez  étant  excités  par  la  jalousie.  S'il  dit  encore  litigatis 
et  belligeratis,  «  vous  plaidez  devant  les  tribunaux  et 
vous  guerroyez  »,  ces  mots  n'atténuent  pas  la  force  du 
verbe  occiditis,  qui  signifie  :  vous  tuez. 

Quelques  observations  nous  aideront  à  déterminer  le 
sens  de  ce  mot. 

Premièrement.  L'Epître  de  saint  Jacques  est  envoyée 
aux  douze  tribus  d'Israël  qui  sont  dispersées  parmi  les 
Gentils.  Or,  les  Juifs  chrétiens  et  non  chrétiens  ne  fai- 
saient encore  qu'une  seule  nation  aux  yeux  même  des 
Apôtres.  Il  suffisait  donc  que  des  Juifs  eussent  commis 
quelque  meurtre  pour  que  saint  Jacques  pût  dire  : 
Vous  tuez. 

Secondement.    Le   verbe    occiditis   peut    se   prendre 


—    76    — 

dans  le  sens  inchoatif,  c'est-à-dire  qu'il  peut  marquer 
une  action  commencée  et  voulue  dans  le  cœur,  mais  non 
accomplie  en  réalité.  Occiditis  signifierait  donc  :  Vous 
voulez  tuer,  vous  haïssez  votre  prochain  au  point  de  lui 
souhaiter  la  mort;  et  cela  suffit  pour  que  l'homicide  soit 
commis  dans  votre  cœur,  selon  cette  parole  de  saint 
Jean  :  Qui  odit  fratrem  suum  homicida  est  (1). 

Enfin,  l'on  peut  entendre  que  l'Apôtre  ne  s'adresse  ni 
aux  Juifs  ni  aux  chrétiens  en  particulier,  mais  à  tous  les 
hommes  en  général.  C'est  comme  s'il  disait  :  D'où  vien- 
nent les  guerres  et  les  combats  parmi  les  hommes?  Pour- 
quoi se  livrent-ils  des  batailles  sanglantes?  C'est  parce 
qu'entraînés  par  leurs  concupiscences,  ils  se  disputent  les 
biens  de  la  terre.  —  Mais  par  une  figure  vive,  qu'on  nomme 
apostrophe,  saint  Jacques  adresse  la  parole  à  tous  les 
peuples,  comme  s'ils  étaient  présents. 

Bella  ex  concupiscentiis .  Les  guerres  entre  les  hommes 
viennent  de  leurs  concupiscences.  C'est  une  vérité  mani- 
feste et  reconnue  par  les  sages  du  paganisme  (2).  De 
là  il  résulte  que,  même  au  seul  point  de  vue  social,  les 
Ordres  religieux  sont  très  utiles  pour  modérer  dans  le 
cœur  des  hommes  la  passion  des  richesses,  en  leur 
donnant  l'exemple  de  la  pauvreté  volontaire. 

Or,  il  y  a  trois  concupiscences  :  celle  des  richesses, 
celle  des  honneurs  et  celle  des  plaisirs. 

Quœ  militant  in  membris  vestris.  Expression  éner- 
gique :  ces  concupiscences  sont  pour  ainsi  dire  campées 


(1)  I  Joann.,  m,  15.  —  Erasme,  qui  ne  comprenait  pas  le  sens  de  ce 
passage,  a  mis  dans  son  édition  ptfîvîÏT»,  invide tis,  au  lieu  de  paveûjre, 
occiditis.  C'est  une  correction  téméraire,  ou  plutôt  une  dépravation  du 
texte. 

(2)  Bella  et  seditiones  et  pugnas,  disait  Platon,  nihil  aliud  générât 
quant  corpus  et  illius  desideria,  TziVé;j.',v;  x»\  atâoeti  xcei  ys-yy.;  oùâkv  èciXo 
-xfsiyii  r,  ri  ç&yst  x»\  ai  r^ùrov  lm9ufiÎ7t.  (Phœdr.',  xv.)  —  Cicéron  déve- 
loppe la  même  pensée  :  Cupidilates  sunt  insatiabiles,  dit-il,  quœ  non 
modo  singulos  /tontines,  sed  unicersas  f antilias  evertunt,  totam  etianx 
labefactant  sœpe  rempublicam.  Ex  cupiditatibvs  odia,  dissidia,  dis- 
Cordiœ,  seditiones,  bella  nascuntur.  (De  Fin.,  1.  I,  c.  xm.)  Enfin,  Tacite 
exprime  avec  concision  la  même  idée  :  Aurunt  et  opes,prœcipuœ  bel- 
Xoruin  causœ.  (Hist.,  1.  IV,  74.) 


—    77     —  Jac.y  iv. 

et  retranchées  dans  vos  membres  ;  elles  y  font  la  guerre 
contre  votre  raison  et  contre  la  loi  divine. 

Il  faut  lutter  dès  le  principe  contre  la  concupiscence 
naissante,  si  l'on  ne  veut  pas  en  devenir  l'esclave.  «  Car, 
dit  saint  Augustin,  elle  commence  par  le  libre  arbitre  de 
la  volonté,  elle  grandit  par  le  charme  du  plaisir,  et  elle 
s'affermit  par  la  chaîne  de  l'habitude.  Capiditas  mundi 
inithim  habet  ex  arbilrio  voluntatis,  progressum  ex  ju- 
cnnditate  voluptatis,  firmamcntum  ex  vinculo  consuetn- 
dinis.  (S.  Aug.,  de  Patientia,  c.  xvn.) 

2.  Concupiscitis.,  et  non  habetîs  ;  «  vous  désirez  et  vous 
n'avez  pas.  »  Grande  misère  de  l'homme,  toujours  poussé 
par  sa  concupiscence  à  désirer,  et  condamné  à  ne  jamais 
avoir  ! 

Occiditis  et  zelatis,  et  non  potestis  adîpïsci.  Pour  avoir 
ce  que  vous  désirez,  vous  tuez.  Mais  le  sang  que  vous 
répandez  n'éteint  pas  votre  passion  ;  la  jalousie  con- 
tinue de  vous  tourmenter,  et  vous  ne  pouvez  acquérir 
les  biens  que  détiennent  les  autres.  LUigatls  et  bellirje- 
?*att's,  et  non  habetis.  Vous  avez  beau  livrer  des  combats 
et  des  batailles,  vous  n'avez  point  ce  que  vous  convoitez. 
Quelle  peinture  !  Saint  Jacques  se  montre  ici  un  écrivain 
plein  d'éloquence.  Le  mot  qu'il  ajoute  à  la  fin  n'est  pas 
moins  frappant.  Vous  n'avez  pas  ce  que  vous  désirezr 
.dit-il,  et  cependant,  il  est  facile  de  Fobtenir.  Au  lieu  de 
tant  de  guerres,  de  combats,  de  sang  répandu,  il  vous 
suffisait  de  demander.  «  Vous  n'avez  pas,  parce  que 
vous  ne  demandez  pas.  »  Non  habetis,  propter  qnod  non 
postulatis.  Comme  ce  dernier  trait,  jeté  là  tout  à  coup, 
étonne  le  lecteur!  De  telles  beautés  seraient  admirées 
dans  un  auteur  classique. 
Après  cela  viennent  des  raisonnements  pressants. 
.!.  Ceux  qu'il  interpelle  si  vivement  pouvaient  lui  ré- 
pondre pour  s'excuser:  Mais  nous  avons  demandé,  et  nous 
n'avons  rien  obtenu.  11  les  confond  d'un  mot  :  Vous 
demandez  et  vous  ne  recevez  pas,  parce  que  vous  deman- 
de/ mal.  Petitis  et  non  accipitis,  eo  quod  maie  petatis.  Si 
vous  demandiez  humblement  les  choses  nécessaires  à  la 


vie,  Dieu  vous  les  donnerait.  Mais  vous  demandez  des 
richesses  pour  les  employer  à  contenter  vos  criminelles 
concupiscences.  Ut  in  concupiscentiis  vestris  insumatis. 

Demandez  avant  tout  le  royaume  de  Dieu  et  sa  justice; 
et  le  reste  vous  sera  donné  par  surcroit.  Mais  si  vous 
demandez  ce  qui  vous  serait  nuisible,  Dieu,  qui  ne  donne 
que  de  bonnes  choses,  ne  vous  écoutera  pas.  Il  vous  puni- 
rait en  vous  exauçant,  et  il  vous  accorde  une  grâce  lors- 
qu'il vous  refuse. 

4.  Adulteri,  iiescitis  quia  amicitia  hujus  mundi  inimica 
est  Dei?  Quicumque  ercjo  voilier it  amicus  esse  sœculi  hu- 
jus, inimicus  Dei  constituitur.  «  Adultères,  ne  savez-vous 
pas  que  l'amitié  de  ce  monde  est  une  inimitié  contre  Dieu? 
Celui  donc  qui  veut  être  ami  du  monde  se  rend  l'ennemi 
de  Dieu.  » 

Voici  la  pensée.  Chrétiens  qui  vous  êtes  consacrés  à 
Dieu  dans  votre  baptême,  vous  lui  devenez  infidèles  et 
vous  commettez  une  espèce  d'adultère  en  donnant  au 
monde  et  aux  biens  du  monde  un  amour  que  vous  devez 
à  Dieu.  C'est  pourquoi  tout  homme  qui  veut  être  ami  du 
siècle  et  s'attacher  aux  concupiscences  mondaines,  rompt 
l'alliance  avec  Dieu  et  se  constitue  son  ennemi. 

Le  terme  d'adultère  est  souvent  employé  par  les  pro- 
phètes pour  désigner  les  infidélités  du  peuple  d'Israël, 
lorsqu'il  abandonnait  le  culte  de  Dieu  pour  celui  des 
idoles. 

Au  lieu  de  adulteri,  on  lit  en  grec  [j.ov/y.'XiUç,  adultéra?. 
Ce  féminin  s'explique  par  un  hébraïsme.  Rien  n'était 
plus  commun  chez  les  prophètes  que  l'expression  de  filia 
Sion  pour  désigner  le  peuple  d'Israël  ;  et  ils  condamnaient 
la  fille  de  Sion  comme  adultère  lorsque  Jérusalem  était 
infidèle  au  Seigneur.  Jésus-Christ  lui-même  appelle  les 
Juifs  de  son  temps  une  génération  adultère,  generatio 
prava  et  adultéra.  (S.  Matth.,  xn,  39.)  Cette  locution 
;xo'./aÀc'o£ç,  adultéras,  pour  signifier  une  nation  prévarica- 
trice, était  donc  parfaitement  comprise  des  Juifs  aux- 
quels écrivait  saint  Jacques. 

Il  est  maintenant  aisé  de  voir  comment  on  devient  l'en- 


—     79    —  Jac,  iv. 

nemi  de  Dieu  en  voulant  être  l'ami  du  monde.  Car  de 
même  qu'une  épouse  adultère  est  nécessairement  enne- 
mie de  son  époux  qu'elle  outrage  et  déshonore,  de  même 
une  âme  qui  se  laisse  corrompre  par  l'amour  du  siècle 
devient  l'ennemie  de  Dieu.  Quomodo  enim  non  potest  fieri 
adultéra  conjux,  nisi  inimica  sit  viro  suo  :  sic  anima 
adultéra  amore  rerum  sœcularium  non  potest  nisi  inimica 
esse  Deo.  (S.  Aug.,  Serm.  xci,  n.  10.)  C'est  pourquoi  le 
vénérable  Bède  appelle  ennemis  de  Dieu  tous  les  cher- 
cheurs de  bagatelles,  omnes  inquisitores  nugarum,  c'est- 
à-dire,  tous  ceux  qui  négligent  le  ciel  pour  la  terre,  et 
Dieu  pour  la  créature. 

5.  Anputatis  quia  inaniter  Scriptura  dicat:Ad  invidiam 
concupiscit  Spiritns  qui  habitat  in  vobis  ?  «  Pensez-vous 
que  l'Ecriture  dise  en  vain  :  L'Esprit  qui  habite  en  vous 
aime  d'un  amour  de  jalousie?  » 

C'est  l'explication  du  mot  adulteri.  L'Apôtre  justifie  ce 
terme  énergique  en  leur  disant  :  L'Esprit  de  Dieu  habite 
dans  les  âmes  qui  se  sont  données  à  lui,  et  il  veut  être 
aimé  d'elles  comme  il  les  aime  ;  en  sorte  que  si  elles  l'a- 
bandonnent pour  courir  vers  les  voluptés  mondaines,  il 
ressent,  pour  ainsi  dire,  l'indignation  jalouse  qu'éprouve 
un  époux  généreux,  lorsqu'il  voit  une  épouse  infidèle 
le  délaisser  et  s'attacher  â  un  adultère. 

La  parole  citée  par  saint  Jacques  (ad  invidiam  con- 
cupiscit  Spiritus)  ne  se  trouve  pas  dans  les  saintes  Ecri- 
tures avec  les  mêmes  termes;  mais  l'idée  s'y  rencontre 
plusieurs  fois,  notamment  dans  les  passages  où  le  Sei- 
gneur est  appelé  un  Dieu  jaloux.  (Voyez  Exod.,  xx,  5,  et 
xxxiv,  14;  Deut.,  iv,  24,  et  v,  6,  etc.) 

S/iirifus  qui  habitat  in  vobis.  Non  seulement  le  Saint- 
Esprit  répand  ses  grâces  dans  les  âmes  des  justes,  mais 
il  y  demeure  substantiellement.  Il  réside  en  nous  et  s'unit 
à  nous  dans  le  baptême,  pour  nous  rendre  saints,  justes 
et  enfants  de  Dieu.  (Rom.,  vin,  11.) 

6.  Mais  que  fait  le  Seigneur  quand  il  veut  gagner  une 
•nue?  11  lui  donne  des  grâces  plus  grandes.  La  jalou- 
sie dont  il  l'aime  lui  fait  multiplier  ses  libéralités  pour 


—    80    — 

qu'elle  ne  l'abandonne  pas,  mais  s'attache  inviolablement 
à  lui.  Majorera  autem  dat  grattant.  Car  l'Ecriture  dit  que, 
si  Dieu  résiste  aux  superbes,  il  donne  sa  grâce  aux  hum- 
bles. (Prov.,  m,  34.)  Propter  quod  dicit  :  Deus  saperais 
resistit,  humilibus  autem  dat  gratiam  (1).  Il  n'est  pas  dit 
qu'il  donne  seulement  aux  justes,  mais  il  donne  aux 
pécheurs  mômes  qui  s'humilient. 

Majorem  autem  dat  (jraliam.  Cette  phrase  pourrait  en- 
core se  lier  aux  premiers  versets,  de  cette  manière  :  Vous 
sentez  dans  vos  membres  des  concupiscences  impérieuses 
qui  vous  entraînent  vers  les  choses  de  la  terre.  Eh  bien, 
Dieu  vous  offre  une  grâce  plus  puissante  avec  laquelle  vous 
pouvez  réprimer  ces  passions.  Concupiscitis;  majorem 
autem  dat  gratiam.  Mais  il  faut  être  humble;  car  plus 
l'âme  est  humble,  mieux  elle  est  préparée  à  recevoir  la 
grâce  (2). 

7.  Humiliez-vous  donc  devant  Dieu  et  soyez-lui  soumis, 
afin  d'obtenir  la.  grâce  précieuse  qu'il  vous  destine.  Sub- 
diti  ergo  estote  Deo.  Il  est  vrai,  le  diable  fera  de  nouveaux 
efforts  pour  exciter  votre  concupiscence  et  vous  entraîner 
encore  vers  le  monde.  «  Mais  résistez  au  diable,  et  il  s'en- 
fuira loin  de  vous.  »  Resistite  autem  diabolo ,  et  fugiet  a 
vobis.  Non  seulement  il  ne  vous  vaincra  pas,  mais  vous 
lui  deviendrez  redoutables,  étant  défendus  par  l' Esprit- 
Saint.  Humiliez-vous,  dis-je,  et  le  démon  s'enfuira;  car  ce 
que  hait  le  plus  cet  esprit  d'orgueil,  c'est  l'humilité.  Nulla 
re  magis  fugatur  diabolus,  quam  humiîitate.  (Estius.) 

8.  Appropinquate  Deo,  et  appropinquabit  vobis.  Pour 
résister  au  diable  avec  succès,  et  pour  le  mettre  en  fuite, 
«  approchez-vous  de  Dieu,  et  il  s'approchera  de  vous,  s 

(1)  Le  sens  littéral  de  l'hébreu  est  un  peu  différent  :  illiisores  ipse  illu- 
det,  et  humilibus  dabit  gratiam  (traduction  de  la  Vulgate).  M;iis  saint 
Jacques  cite  mot  a  mot  les  Septante  :  Kvptoç  bnspr,?v.vois  ù.j-.i-v.'zzi-ii, 
ra-cfvil,'  Sk  Siâam  xàptv.  —  Propter  quod.  Le  discours  se  lie  ;iinsi  : 
«  Dieu  donne  une  grâce  plus  grande;  c;ir  l'Ecriture  dit  qu'il  donne  sa 
grâce  aux  humbles.  »  La  première  partie  de  la  citation  (superbis 
resistit)  n'est  mise  que  pour  amener  la  seconde. 

(2)  La  liaison  de  cette  pensée  avec  le  discours  a  beaucoup  exercé  les 
commentateurs  :  nous  donnons  les  deux  interprétations  qui  nous  ont 
semblé  les  plus  naturelles. 


—    81     —  Jac.y  iv. 

Or,  c'est  par  la  pureté  qu'on  s'approche  du  Dieu  saint. 
Lavez  donc  vos  mains,  ô  pécheurs  ;  et  purifiez  vos  cœurs, 
vous  qui  avez  l'âme  double.  Emttndate  manus,  pecca- 
tores ;  et  purificate  corda,  duplices  anhno. 

Lavez  vos  mains:  que  rien  ne  soit  répréhensible  dans 
vos  actions  extérieures.  Purifiez  vos  cœurs  :  que  vos  af- 
fections, vos  intentions,  toutes  vos  pensées  soient  pures. 
Et  si  quelque  faute  a  souillé  votre  âme,  hâtez-vous  de 
l'expier  par  la  pénitence. 

L'Apôtre  fait  allusion  à  cette  parole  de  David  :  Quel  est 
celui  qui  montera  sur  la  montagne  du  Seigneur  ?  Ce  sera 
l'homme  dont  le  cœur  est  pur  et  dont  les  mains  sont  in- 
nocentes. Quis  ascendet  in  montent  Domini,aut  quisstabit 
in  loco  sancto  ejus  ?  lnnocens  manibus  et  mundo  corde. 
(Ps.  XXIII.) 

Duplices  animo.  Nous  avons  vu  plus  haut  que  l'homme 
qui  a  le  cœur  double  est  celui  qui  veut  plaire  à  Dieu  et 
au  monde  ;  faire  d'abord  sa  fortune,  puis  son  salut  ;  con- 
cilier la  religion  avec  ses  passions,  et  plier  l'Evangile 
aux  maximes  du  siècle.  (Ch.  i,  v.  8.) 

9.  Mais  saint  Jacques  va  prêcher  une  morale  bien  diffé- 
rente aux  pécheurs  qui  veulent  sauver  leur  âme.  Miseri 
estote,  leur  crie-t-il  ;  et  lur/ete,  et  plorate.  Risus  vester  in 
luctum  convertalur,  et  gaudium  in  mœrorem.  «  Affligez- 
vous  vous-mêmes,  vivez  dans  le  deuil,  versez  des  larmes 
et  poussez  des  cris.  Que  votre  rire  se  change  en  pleurs, 
et  votre  joie  en  tristesse.  »  Il  imite  en  tout  ce  passage  les 
exhortations  et  le  style  des  prophètes  anciens.  Il  répète 
la  grande  Leçon  de  saint  Jean-Baptiste  et  de  Notre-Sei- 
gneur  lui-même:  «  Faites  de  dignes  fruits  de  pénitence.  » 
I  <a  pénitence  chrétienne  a  ses  joies  sprituelles  q ui  surpas- 
eelles  des  sens,  mais  elle  est  inconciliable  avec  les 
plaisirs  du  monde.  Miseri  estote,  en  grec  TaXat7C(i>pT$<rcTe, 
ferle  le  bures  el  aerumnas,  menez  une  vie  austère  et  dure. 
Jeûnez  et  gémissez  sur  vos  péchés,  comme  vous  y  invite 
1  i  prophète  Joël  par  ces  paroles  :  «  Convertissez- vous  à 
moi  de  tout  votre  cœur,  dans  les  jeûnes,  dans  les  larmes, 
e!  dans  les  gémissements.  Déchirez  vos  cœurs  et  non  vos 

G 


—    82    —  Jac,  iv. 

vêtements.  Convert'nnini  ad  me  in  toto  corde  vestro,  in 
jejunio,  etinfletu,  et  in  planctiu  et  scindite  corda  veslra 
et  7io/i  vestimenta  vestra.  (Joël,  n,  12.) 

Miseri  estote.  Souvenons-nous  que  nous  sommes  dans 
une  vallée  de  larmes,  in  valle  lacrymarum.  (Ps.  lxxxiii.) 
Les  chrétiens  souffrent  et  pleurent  sur  la  terre  pour  se 
i\\}ou\rddns\escie\ix.Flebitisvos,mundusautemqaudebit; 
sed  tristitia  vestra  vertetur  in  gaudiit)n.(S.  Joann.,  xvi,  20.) 

10.  Il  termine  cette  exhortation  par  une  pensée  que  la 
sainte  Ecriture  ne  cesse  de  nous  inculquer  :  Humiliamini 
in  conspectu  Domini.  Humiliez-vous  en  présence  du  Sei- 
gneur, reconnaissez  sa  grandeur  et  votre  bassesse,  avouez 
sincèrement  vos  péchés  devant  lui.  Que  votre  confusion 
soit  véritable,  et  que  Dieu  lui-même  voie  au  fond  de  votre 
cœur  la  sincérité  de  votre  repentir. 

Et  exaltabit  vos.  Alors  il  vous  exaltera,  selon  sa  pro- 
messe ;  car  il  a  dit  :  Qui  se  humiliaverit  exaltabitur. 
(S.  Matth.,  xxiii,  12.)  Tous  ceux  qui  s'humilient  devant 
Dieu  seront  exaltés  dans  le  ciel  ;  et  souvent  môme,  après 
leur  mort,  ils  recevront  sur  la  terre  des  honneurs  incom- 
parables. 

Saint  Jacques  passe  maintenant  à  la  médisance  :  c'est 
l'opposé  de  l'humilité  ;  car  elle  vient  de  l'orgueil  ;  et  c'est 
une  seconde  cause  de  division  parmi  les  fidèles.  La  médi- 
sance est  un  vice  très  répandu  :  les  personnes  pieuses 
n'en  sont  pas  exemptes.  Quelquefois  même,  dit  saint 
Jérôme,  ceux  qui  ont  évité  les  autres  défauts  tombent 
dans  celui-là  comme  dans  un  dernier  piège  du  démon. 
Tanta  hujus  inali  libido  mentes  hominum  invasit,  ut  etiam 
qui  procul  ab  aliis  vitiis  recesserunt,  in  istud  tamen  quasi 
in  exlremum  diaboli  laqueum  incidant.  (Epist.  ad  Celan- 
tiam.)  C'est  cependant  un  péché  grave  lorsqu'il  ravit  au 
prochain  sa  réputation,  qui  est  plus  précieuse  que  les 
richesses. 

11.  Nolite  detrahere  alterutrum  fratres.  «  Mes  frères, 
prenez  garde  de  médire  les  uns  des  autres  (1).  »  Vous 

(1)  Nolite  detrahere  aUerutrum,  ;j>,  Kvrctktùîlrs  à>X#.wv.  Par  la  détrac- 
tion  ou  la  médisance,  jcaro/sài»,  saint  Jacques  entend  un  discours  tenu 


—    83    —  Jac,  iv. 

êtes  frères,  il  serait  odieux  de  vous  dénigrer  mutuelle- 
ment. En  outre,  médire  du  prochain,  mal  parler  de  lui, 
censurer  sa  conduite,  c'est  juger  son  frère.  «  Or  celui  qui 
blâme  son  frère  et  juge  son  frère,  blâme  la  loi  et  juge  la 
loi.  »  Qui  detrahit  fratri,  aut  qui  judicat  fratrem  suit?n, 
delrahit  legi  et  judicat  legem.  Comment  cela?  parce  que 
la  loi  bannit  du  milieu  du  peuple  les  accusateurs  et  les 
médisants  secrets  :  Non  eris  criminator  et  snsurro  in 
populo.  (Lev.,  xix,  15.)  Et  Notre-Seigneur  lui-même  con-  • 
damne  le  jugement  téméraire  :  Nolite  judicare  et  non 
judicabimini ;  nolite  condemnare  et  non  condeninabimini. 
(S.  Luc,  vi,  37.) 

Si  donc  vous  blâmez  et  censurez  votre  frère,  si  vous  le 
jugez  et  le  condamnez,  alors  vous  protestez  contre  la  loi 
de  .lésus-Christ,  vous  la  rejetez  par  votre  conduite,  vous 
jugi  /.  qu'elle  n'est  pas  sage  et  qu'elle  n'oblige  pas. 

(,)ue  si  vous  jugez  la  loi,  vous  ne  vous  considérez  pas 
comme  le  simple  observateur  de  la  loi  (ce  qui  est  votre 
rôle  et  votre  devoir),  mais  vous  usurpez  les  fonctions 
mêmes  de  législateur  et  de  juge.  Si  autem  judicas  legem, 
non  es  factor  legis,  sed  judex. 

12.  Or  cette  usurpation  est  criminelle.  Il  n'y  a  qu'un 
seul  législateur  et  qu'un  seul  juge,  qui  ait  la  puissance 
de  condamner  et  d'absoudre,  de  perdre  et  de  sauver, 
aussi  bien  dans  la  vie  présente  que  dans  la  vie  future. 
I  nus  est  législateur  et  judex,  qui  potest  perdere  et  libevare. 

13.  Et  vous,  qui  êtes-vous  pour  vous  arroger  le  droit 
déjuger  votre  prochain,  malgré  la  défense  de  Dieu?  Tu 
autrm  quis  es,  qui  judicas  proxinium?  Saint  Paul  avait 
dit  de  même  :  «  Qui  êtes-vous  pour  juger  le  serviteur 
d'autrui  .'  C'est  devant  son  maître  que  sa  cause  doit  être 
poi  tée,  el  ce  n'est  pas  devant  vous  qu'il  doit  la  perdre  ou 
la  gagner.  ■    Rom.,  xiv,  4.) 

Nul  homme,  en  effet,  n'a  par  lui-même  le  droit  de 

contre  lf   prochain  par  malignité  :  comme  lorsqu'on  publie  les  fau 

•iiain,  lorsqu'on  exagère  ses  torts,  que  l'on  rabaisse  son 
mérite,  que  l'on  envenime  ses  paroles  innocentes,  et  que  Ton  dénigre 

-  «mi  lui  supposant  des  intentions  mauvais 


—     84     — 

juger  un  autre  homme.  Cependant  il  y  a  des  juges  dans 
les  sociétés  ;  mais  c'est  de  Dieu,  et  non  simplement  des 
hommes,  qu'ils  reçoivent  leur  pouvoir. 

Kcce  nunCj  «  voilà  maintenant.  »  C'est  une  formule  qui 
annonce  une  nouveau  sujet. 

Médire  du  prochain  est  l'effet  d'une  méchanceté  orgueil- 
leuse :  un  autre  orgueil,  c'est  de  former  de  grands  projets 
en  comptant  sur  une  longue  vie. 

Ecce  nunc  qui  dicitis  :  Hodie  aut  crastino  ibirnus  in  illam 
civitatem,  et  faciemus  ibi  quidem  annum,  et  mercabimnr, 
et  lucrum  faciemus  :  14)  Qui  ignoratis  quid  erit  in  cras- 
tino. «  Voilà  que  je  m'adresse  maintenant  à  vous,  hommes 
présomptueux,  qui  dites  :  Nous  partirons  aujourd'hui  ou 
demain  pour  nous  rendre  en  telle  ville,  nous  demeurerons 
là  un  an,  nous  y  trafiquerons,  et  nous  ferons  un  gain 
considérable.  Vous  parlez  ainsi,  et  vous  ne  savez  pas 
ce  qui  vous  arrivera  demain.  » 

Saint  Jacques  saisit  au  vif  un  trait  du  caractère  de  sa 
nation.  Dès  cette  époque,  les  Juifs  étaient  répandus  dans 
tous  les  pays  du  monde,  ils  s'établissaient  dans  les 
grandes  villes,  ils  achetaient,  ils  vendaient,  ils  s'enri- 
chissaient. 

L'Apôtre,  les  voyant  absorbés  dans  la  pensée  d'amasser 
des  biens  terrestres  et  tout  occupés  de  leur  fortune,  leur 
adresse  cette  parole  :  Vous  qui  croyez  disposer  de  l'avenir 
et  qui  formez  de  vastes  projets,  vous  ne  savez  pas  ce  qui 
vous  arrivera  prochainement,  vous  n'êtes  pas  même 
assurés  de  vivre  demain.  En  vérité  l'homme  passe  comme 
une  ombre,  comme  un  fantôme  qui  s'évanouit,  et  cepen- 
dant il  s'agite  et  se  trouble  inutilement  pour  une  vie  qui 
dure  si  peu.  V  erumtamen  in  imagine  pertransit  homo, 
sed  et,  frustra  conturbatur.  (Ps.  xxxviii.) 

15.  En  effet,  qu'est-ce  que  notre  vie?  C'est  une  légère 
vapeur  qui  paraît  un  instant  comme  un  nuage  et  se  dis- 
sipe ensuite.  Quœ  est  enim  vita  vestra?  Vapor  est  ad 
modicum  parens,  et  deinceps  exterminabitur  (1).  Cette 

(1)    Parens  et   deinceps  exterminal)iti<r.  En  grec  :   pv.c.o/j.ivr,,   è'nsirx 
ai  jpxviÇifiëvr,,  apparens  et  deinceps  evanescens. 


—    85     —  Jac.y  iv. 

vapeur,  quelque  brillante  qu'elle  semble,  est  sans  consis- 
tance, et  on  ne  peut  la  saisir  ni  la  fixer.  Un  souffle  l'em- 
porte, elle  se  dissipe  d'elle-même,  et  disparaît  pour 
toujours.  Et  c'est  sur  cette  vanité  que  vous  bâtissez  vos 
fortunes  ! 

Ne  devriez-vous  pas  plutôt  dire  :  Si  le  Seigneur  le  veut, 
et  si  nous  vivons,  nous  ferons  telle  et  telle  chose  ?  Pro  eo 
ut  dicatis  :  Si  Dominus  voluerit,  et  :  Si  vixerimus,  facie- 
mus  hoc  aut  illud  (1)  ? 

Est-il  raisonnable,  en  effet,  de  compter  sur  des  richesses 
futures,  et  de  former  de  vastes  desseins  pour  l'avenir, 
comme  si  notre  vie  ne  dépendait  pas  de  Dieu  ? 

Salomon  disait  de  même  :  Ne  vous  glorifiez  point  de 
ce  que  vous  ferez  demain,  ou  de  ce  qui  vous  arrivera 
demain,  car  vous  ignorez  ce  que  vous  apportera  la  jour- 
née prochaine.  Ne  glorieris  in  crastinum,  ignorans  quid 
superventura  pariât  dies.  (Prov.,  xxvn.) 

Le  philosophe  Senèque,  contemporain  de  l'Apôtre, 
écrivait  de  même  à  un  de  ses  amis  :  Quam  stidtum  est 
œtatem  disponere  ne  crastini  quidem  dominum!  0  quanta 
dementia  est  spes  long  as  inchoantium  !  Emam,  œdificabo, 
credam,  exigam,  honores  gcram  ;  tum  deinde  lassam  et 
plénum  senectutem  in  otiumrefcram.  Omnia,  mihi  crede, 
eticun  felicibus  dubia  sunt  ;  nV.dl  sibi  quisquam  de  futur o 
débet  promittere.  (Senec.  Epist.,  1.  XVII,  1.) 

Ainsi  donc  la  sagesse  païenne  elle-même,  considérant 
l'incertitude  de  la  vie,  conseillait  de  ne  jamais  compter 
sur  le  lendemain  ;  elle  répétait  avec  Horace  :  Omnem 
crede  dieni  tibi  diluxisse  supremum.  (Hor.  I  Ep.,  iv,  13.) 

Certes,  l'Apôtre  ne  défend  pas  de  former  de  grands 
desseins  dont  l'exécution  exigera  de  longues  années. 
Mais  en  travaillant  à  de  nobles  et  saintes  entreprises,  le 
bon  serviteur  se  tient  toujours  prêt  à  écouter  l'appel  de 
son  Maître,  qui  saura  bien,  s'il  le  veut,  achever  les 
travaux  commencés  pour  sa  gloire. 

(I)  La  phrase  se  lie  ainsi  ;  ffatc  clicitis,  pro  eo  ut  dicatis  :  Si  DomU 
tiVë  voluerit.  Voilà  ce  que  vous  dites  daus  votre  orgueil,  au  lieu  de 
dire  modestement  :  S'il  plaît  au  Seigneur. 


—    86    — 

Si  Dominus  voluerit.  En  disant  :  «  Si  Dieu  le  veut  », 
nous  reconnaissons  que  la  Providence  gouverne  les  actions 
des  hommes,  et  que  le  succès  de  nos  entreprises  dépend 
de  sa  volonté.  —  Si  vixerimus.  En  ajoutant  :  «  Si  nous 
vivons  »,  nous  confessons  la  fragilité  de  notre  existence, 
qui  peut  à  chaque  moment  s'éteindre.  Aussi  la  sainte 
liturgie  nous  fait  répéter  chaque  soir  cette  parole  :  Sei- 
gneur, je  remets  mon  âme  entre  vos  mains.  In  manus 
tuas,  Domine,  commenclo  spiritum  meum. 

Si  Dominus  voluerit,  «  s'il  plaît  à  Dieu.  »  Cette  parole 
se  retrouve  chez  divers  peuples  ;  en  sorte  qu'on  peut  la 
regarder  comme  un  sentiment  qui  est  dans  la  nature  de 
l'homme.  C'est  pourquoi  saint  Augustin  disait  à  ce  sujet  : 
Mettez  dans  votre  cœur  ce  que  tous  les  hommes  ont  sur 
les  lèvres  :  «  Comme  Dieu  voudra.  »  Car  souvent,  ajou- 
tait-il, le  langage  du  peuple  renferme  une  leçon  salutaire. 
Discite  habere  in  corde  quod  habet  omnis  homo  in  linç/ua  : 
«  Quod  vult  Deus.  »  Jpsa  lingua  popularis  plerumque  est 
doctrina  salutaris.  (In  Ps.  xxxn,  Serm.  i.) 

Nanc  autem  exsullatis  in  superbiis  vestris.  «  Mais  au 
contraire  vous  vous  élevez  dans  vos  pensées  d'orgueil.  » 
Vous  vous  glorifiez  des  magnifiques  espérances  que  vous 
avez  conçues,  des  habiles  mesures  que  vous  avez  concer- 
tées, et  vous  vous  flattez  d'accomplir  vos  desseins  comme 
si  vous  étiez  indépendants  de  Dieu. 

In  superbiis  vestris,  h  totç  iXatÇoveftnç  jy.wv,  in  jactantiis 
vestris  (1).  Les  projets  des  mondains,  dont  le  succès 
paraît  infaillible,  sont  de  vaines  jactances,  s'ils  ne  s'ap- 
puient que  sur  leur  sagesse.  Souvent  la  Providence  se 
plaît  à  les  confondre.  Car  toute  présomption  semblable 
est  mauvaise.  Omnis  exsultatio  talis  maligna  est.  Soyons 
convaincus  intimement  que  nous  et  nos  conseils  nous 
sommes  en  la  main  de  Dieu.  In  manibus  tuis  sortes  meœ. 
(Ps.  xxx.)  Et  reconnaissons  avec  Jérémie  que  la  voie  de 
l'homme  ne  dépend  ni  de  sa  volonté  ni  de  sa  prudence  : 
Scio,  Domine,  quia  non  esthominis  via  ejus.  (Jerem.,  x,  23.) 

(1)  'À^stÇwv,  le  fanfaron  (d'où  vient  B&aÇovrfx,  jactantia)  est  celui  qui 
se  vante  d'un  avantage  ou  d'un  mérite  qu'il  n'a  pas. 


—    87    —  Jac,  iv. 

17.  Toutes  ces  vérités  que  je  viens  de  vous  exposer, 
vous  les  connaissez,  vous  prétendez  môme  les  enseigner 
aux  autres.  Mettez-les  donc  en  pratique  vous-mêmes. 
Car  celui  qui  sait  le  bien  qu'il  doit  faire  et  ne  le  fait  pas, 
est  coupable  de  péché.  Scienti  igitur  bonum  facere  et  non 
facienti,  peccatum  est  illi. 

Saint  Jacques  n'enseigne  pas  que  l'homme  qui  connaît 
son  devoir  et  ne  le  fait  pas,  soit  le  seul  qui  pèche.  Car 
très  souvent  l'ignorance  n'excuse  pas  du  péché.  Celui, 
par  exemple,  qui  ignore  ce  qu'il  peut  et  doit  savoir,  est 
coupable.  Saint  Jacques  fait  seulement  entendre,  comme 
Notre-Seigneur,  que  le  serviteur  qui  ne  connaît  pas  la 
volonté  de  son  maître  sera  puni  moins  sévèrement  que 
celui  qui  la  connaît  et  la  viole.  Servus  qui  cognovit  volun- 
tatem  Domini  sui,  et  non  fecit  sccundwn  voluntatem  ejus, 
vapulabit  imrftis.  Qui  autem  non  cognovit  et  fecit  cligna 
plagis,  vapulabit  paucis.  (S.  Luc,  xn,  37.)  Pour  n'être 
pas  puni,  il  faut  connaître  la  loi  de  Dieu,  et  l'accomplir. 

Scienti  bonum  et  non  facienti.  Cette  maxime  générale 
clôt  les  divers  préceptes  que  vient  de  donner  l'Apôtre.  Il 
l'adresse  spécialement  aux  Juifs  convertis  qui  ambition- 
naient l'honneur  de  parler  dans  les  assemblées.  Parce 
qu'ils  brillaient  autrefois  dans  les  synagogues,  ils  pré- 
tendaient enseigner  aussi  dans  l'Eglise.  Mais  saint  Jacques 
leur  dit  :  Vous  qui  savez  si  bien  la  loi  et  les  prophètes, 
souvenez-vous  que  celui  qui  sait  et  ne  fait  pas  ce  qu'il 
sait,  est  plus  coupable  et  sera  traité  plus  sévèrement 
que  celui  qui  ne  sait  pas.  Appliquez-vous  donc  avant 
tout  à  profiter  de  votre  science  pour  vous  sanctifier  vous- 
mêmes. 


—    88    — 


CHAPITRE  CINQUIÈME 


ANALYSE 

1.  Au  commencement  de  son  Epître,  saint  Jacques  avait 
blâmé  la  distinction  que  l'on  faisait  entre  les  riches  et  les 
pauvres  dans  les  assemblées  chrétiennes.  Maintenant  il  apos- 
trophe les  riches  eux-mêmes,  et  il  les  avertit  que,  par  leur 
avarice,  leur  luxe  et  leurs  injustices,  ils  amassent  contre  eux 
un  trésor  de  colère  (1-6). 

2.  Il  exhorte  les  fidèles  à  supporter  avec  patience  les  tribula- 
tions et  les  persécutions,  à  l'exemple  de  Job  et  des  anciens 
prophètes  (7-11). 

3.  Il  interdit  le  jurement. 

4.  Enfin  il  recommande  l'onction  des  malades,  la  confession 
des  péchés,  et  la  prière  mutuelle,  surtout  la  prière  pour  les 
pécheurs  (18-fin). 


1.  Agite  nunc,  divites,plorate 
ululantes  in  miseriis  vestris, 
quœ  advenient  vobis. 

2.  Divitiœ  vestrœ  putrefactœ 
sunt  ;  et  vestimenta  vestra  a 
tineis  comesta  sunt. 

3.  Aurum  et  argentum  ves- 
trum  œruginavit  ;  et  œrugo 
eorum  in  testimonium  vobis 
erit,  et  manducabit  carnes  ves- 
tras  sicut  ignis.  Thesaurizaslis 
vobis  tram  in  novissimis  diebus. 

4.  Ecce  merces  operariorum. 
qui  messuerunt  regiones  vestvas, 
quœ  fravdata  est  a  vobis,  cla- 
mât ;  et  clamor  eorinn  in  avres 
Domi)ti  sabaoth  introivit. 

5.  Epulati  estis  super  terrain, 


1.  Mais  vous,  riches,  pleurez, 
poussez  des  cris  et  des  hurlements, 
à  la  vue  des  maux  qui  doivent 
fondre  sur  vous. 

2.  Vos  richesses  tombent  en  pour- 
riture, et  vos  vêtements  sont  roii- 
par  les  vers. 

3.  Votre  or,  votre  argent  s'est 
couvert  de  rouille  ;  et  cette  rouille 
portera  témoignage  contre  vous,  elle 
dévorera  vos  chairs  comme  le  feu. 
Vous  vous  êtes  amassé  un  trésor  de 
colère  pour  les  derniers  jours. 

4.  Voilà  que  le  salaire  des  ou- 
vriers qui  ont  moissonné  vos 
champs,  salaire  que  vous  leur  faites- 
perdre,  crie  contre  vous,  et  leurs  cris 
sont  montés  jusqu'aux  oreilles  du 
Dieu  des  armées. 

5.  Vous   avez   vécu   sur    la    terre 


Jac,  v. 


dans  les  délices  et  dans  le  luxe  ; 
vous  avez  engraissé  vos  cœurs  comme 
des  victimes  pour  le  jour  du  sacrifice. 
(3.  Vous  avez  condamné,  vous  avez 
tué  le  juste,  sans  qu'il  vous  ait  fait 
de  résistance. 

7.  Vous  mes  frères,  persévérez 
dans  la  patience  jusqu'à  l'avènement 
du  Seigneur.  Vous  voyez  comme  le 
laboureur  espère  les  fruits  précieux 
de  la  terre,  attendant  patiemment  jus- 
qu'à ce  qu'il  recueille  ceux  de  la  pre- 
mière et  de  l'arriére-saison. 

8.  Soyez  donc  ainsi  patients  vous- 
mêmes,  et  affermissez  vos  cœurs,  car 
l'avènement  du  Seigneur  est  proche. 

9.  Ne  portez  point  de  plaintes  les 
uns  contre  les  autres,  afin  que  vous 
ne  soyez  point  jugés.  Voilà  le  juge 
(pii  est  à  la  porte. 

10.  Mes  frères,  prenez  pour  exem- 
ple la  patience  des  prophètes  qui  ont 
parlé  au  nom  du  Seigneur,  et  voyez 
quelleaétél'issuede  leurs  afflictions. 

11.  Vous  voyez  que  nous  appelons 
bienheureux  ceux  qui  ont  souffert. 
Vous  avez  appris  quelle  fut  la  pa- 
tience de  Job,  et  vous  avez  vu  la  fin 
que  le  Seigneur  a  donnée  à  ses  maux  ; 
car  le  Seigneur  est  plein  de  com- 
passion et  de  miséricorde. 

\2.  Mais  avant  toutes  choses,  mes 
frères,  ne  jurez  ni  par  le  ciel  ni  par 
la  terre,  ni  par  quelqu'autre  chose 
que  ce  soit.  Contentez-vous  de  dire  : 
(.-la  est,  ou  cela  n'est  pas,  afin  de 
n'être  point  condamnés. 

13.  (Quelqu'un  parmi  vous  est-il 
dans  la  tristesse  (  qu'il  prie.  Est-il 
dans  la  joie  !  qu'il  chante  de  saints 
cantiques. 

14.  Quelqu'un  parmi  vous  est-il 
malade  ?  qu'il  appelle  les  prêtres  de 
l'Eglise,  et  qu'ils  prient  sur  lui,  en 
l'oignant  avec  l'huile  au  nom  du 
Seigneur. 

L").  Et  la  prière  de  la  foi  sauvera 
le  malade,  et  le  Seigneur  le  soula- 
gera :  et  s'il  a  îles  péchés,  ils  lui 
seront  remis. 


et  in  luxuriis  enutristis  corda 
vestra  in  die  occisionis. 

G.  Addixistis  et  occidistis  jus- 
tion,  et  non  restitit  vobis. 

7.  Patientes  igitur  estote,  fra- 
trest  usque  ad  adventum  Domini. 
Ecce  agricola  exspectat  pretio- 
sum  fmctiim  terrœ,  patienter 
ferens  donec  accipiat  tempora- 
neum  et  serotinum. 

8.  Patientes  igitnr  estote  et 
vos,  et  confîrmate  corda  vestra, 
quoniam  adventus  Domini  ap- 
propinquavit. 

9.  Xolite  ingemiscere,  fratres, 
in  alterutrum,  ut  non  judice- 
mini.  Ecce  judex  ante  januam 
assistit. 

10.  Exemplum  accipite,  fra- 
tres, exitns  mali  laboris,  et  pa- 
tientiœ,  prophetas  qui  locuti 
sunt  in  nomine  Domini. 

11.  Ecce  beatificamus  eos  qui 
sustinuerunt.  Sufferentiam  Job 
audistis,  et  finem  Domini  vi- 
distis,  quoniam  miser icors  Do- 
minus  est  et  miser ator. 


12.  Ante  omnia  autem,  fratres 
mei,  nolite  jurare,  neque  per 
cœlum,  neque  per  terrain ,  ne- 
que  aliud  quodcumque  juramen- 
tum.  Sit  autem  sermo  vester  r 
Est,  est  ;  Non,  non  :  ut  non 
sub  judicio  decidatis. 

13.  Tristatur  aliquis  vestrum  ? 
orct  ;  œquo  animo  est  ?  ps allât. 


14.  In/îrmatur  qui»  in  vobis? 

inducat  presbyteros  Ecclcsiir, 
et  orent  super  eum,  ungentes 
euu)  oleo  in  nomine  Domini. 

15.  Et  oratio  fidei  salvabit 
infirtnum,  et  alleviabit  non  Do- 
minus  ;  et  si  in  peccatis  sit,  ré- 
mittent >'f  '-i. 


—    90 


16.  Confitemini  crgo  alteru- 
trum  peccata  vestra,  et  oraie 
pro  invicem  ut  salvemini  :  mul- 
tum  enim  ralet  deprecatio  justi 
assidaa. 

17.  Elias  homo  erat  similis 
nobis passibilis  :  et  oratione  ora- 
vitut  non plueret super  terrant, 
et  non  pluit  annos  très  et  menses 
sex. 

18.  Et  rursum  oravit  :  et  cœ- 
lum  dédit  pluviam,  et  terra 
dédit  friictum  suum, 

19.  Fratres  mei,  si  quis  ex 
vobis  erraverit  a  veritate,  et 
converterit  quis  eum, 

20.  Scire  débet  quoniam  qui 
converti  fecerit  peccatorem  ab 
errore  vice  suce  salvabit  animam 
ejus  a  morte,  et  operiet  multi- 
tudinem  peccatorum. 


l(i.  Confessez  donc  vos  fautes  l'un 
fii  L'autre,  et  priez  les  uns  pour  les 
autres,  afin  que  vous  soyez  sauvés. 
Car  la  prière  du  juste,  quand  elle 
est  assidue,  peut  beaucoup. 

17.  Elie  était  un  homme  sujet 
comme  nous  à  toutes  les  misères 
de  la  vie  ;  cependant  il  pria  avec 
in-tance  pour  qu'il  ne  plût  point  sur 
la  terre,  et  la  pluie  ne  tomba  point 
pendant  trois  ans  et  sis  mois. 

18.  Et  de  nouveau  le  prophète 
ayant  prié,  le  ciel  donna  de  la  pluie, 
et  la  terre  produisit  son  fruit. 

19.  Mes  frères,  si  l'un  d'entre 
vous  s'égare  du  chemin  de  la  vérité, 
et   que  quelqu'un  l'y  fasse  rentrer, 

20.  il  doit  savoir  que  celui  qui  con- 
vertira un  pécheur,  et  le  retirera  de 
son  égarement,  sauvera  son  âme  de 
la  mort,  et  couvrira  une  multitude 
de  péchés. 


COMMENTAIRE 


1.  Agite  nwtc,  divites,  plorate  ululantes  in  ?7iiseriis  ves- 
t?fis  quœ  advenient  vobis.  Mais  c'est  à  vous,  riches,  que 
je  m'adresse  maintenant.  «  Poussez  des  cris  et  des  hur- 
lements à  la  vue  des  maux  qui  fondront  sur  vous.  » 
Saint  Jacques  reprend  et  condamne  les  riches  avares  qui 
sont  sans  miséricorde  pour  les  pauvres;  les  riches  qui 
dépensent  leur  fortune  dans  le  luxe  et  les  délices,  au  lieu 
de  secourir  les  malheureux  ;  les  riches  enfin  qui  abusent 
de  leur  puissance  pour  opprimer  les  faibles.  Il  leur  dé- 
nonce les  châtiments  terribles  qui  les  attendent  et  qu'ils 
n'éviteront  point.  Ce  passage  est  un  des  plus  véhéments 
de  toute  la  sainte  Ecriture. 

Divites.  Les  avertissements  sévères  de  l'Apôtre  ne  re- 
gardent pas  seulement  les  riches  qui  se  trouvent  parmi 
les  chrétiens  :  il  apostrophe  tous  ceux  qui  ne  font  pas  un 


—    91     —  Jac.,Y. 

bon  usage  de  leur  fortune.  Un  très  grand  nombre  de  Juifs 
répandus  parmi  les  nations,  méritaient  ce  reproche. 

Plorate  in  miseinis  vestris,  èv  xatXatTWDp&Kç  6(jtwv.  Pleurez 
sur  les  afflictions  et  les  douleurs  qui  vous  attendent.  Il 
ne  leur  annonce  pas  seulement  les  chagrins  qui  sont  inhé- 
rents à  la  possession  des  biens  de  la  terre  :  il  leur  prédit 
surtout  les  châtiments  éternels  que  la  justice  de  Dieu 
leur  réserve. 

Quse  advenient  vobis.  Ces  maux  vous  sont  destinés  : 
vous  ne  les  éviterez  pas,  si  vous  ne  faites  pénitence. 

2.  Divitiœ  vestrœ  putrefactœ  sunt  :  et  vestimenla  vcstra 
a  tineis  comesta  sunt.  «  Vos  richesses  tombent  en  putré- 
faction, et  vos  vêtements  sont  rongés  par  les  vers.  »  Ces 
biens,  ces  fruits  de  la  terre,  ces  grains  amassés,  que  vous 
laissez  pourrir  au  lieu  de  les  distribuer  aux  pauvres  ;  ces 
vêtements  superflus  que  vous  aimez  mieux  voir  rongés 
par  les  vers  que  d'en  couvrir  la  nudité  des  malheureux, 
sont  des  preuves  de  votre  honteuse  avarice.  Saint  Jac- 
ques récite  aux  mauvais  riches  cette  parole  d'Isaïe  :  «  Le 
ver  les  rongera  comme  il  ronge  un  vêtement,  la  teigne 
les  dévorera  comme  elle  dévore  un  manteau  de  laine.  » 
Sicut  enim  vestimentwn,  sic  comedet  eos  vermis  ;  et  siçut 
lanam,  sic  devorabit  eos  tinea.  (Is.,  li,  8.) 

3.  Aurum  et  argentum  vestrum  xruginavit  :  et  œrugo 
eorum  in  testimonium  vobis  erit,  et  manducabit  carnes 
vestras  sicut  igtiis.  «  Votre  or,  votre  argent  se  sont  cou- 
verts de  rouille  ;  et  cette  rouille  portera  témoignage  con- 
tre vous,  et  dévorera  vos  chairs  comme  le  feu.  »  Pour- 
quoi ?  parce  qu'au  lieu  de  soulager  les  infortunés  dans 
leur  misère,  vous  avez  laissé  dans  vos  coffres,  pendant 
de  longues  années,  des  amas  d'or  et  d'argent  qui  vous 
étaient  inutiles.  La  rouille  même  dont  ces  métaux  sont 
couverts  attestera  devant  Dieu  votre  avarice   et  votre 
cruauté  ;  elle  irritera  la  flamme  qui  brûlera  vos  chairs. 
C'est  pourquoi,  en  entassant  l'or  que  Dieu  vous  donnait 
pour  l'employer  en  bonnes  œuvres,  vous  vous  êtes  amassé 
un  trésor  de  colère  et  de  malédiction  pour  les  derniers 
jours  :   Thesaurizastis  vobis  iram  in  novissimis  dirôus. 


—    02    — 

Vous  devez  donc  trembler  au  lieu  de  vous  enorgueillir, 
quand  vous  contemplez  vos  monceaux  d'or  et  d'argent  (1). 

4.  Ecce  merces  operariorum,  qui  messuenmt  regiones 
vestras,  quœ  fraudata  est  a  vobis,  clamât;  et  clamor  eorum 
m  aures  Domini  Sabaoth  introivit.  Non  seulement  vous 
n'avez  pas  fait  l'aumône  aux  indigents,  comme  vous  le 
deviez,  mais  vous  avez  poussé  votre  cupidité  jusqu'à  l'in- 
justice. «  Car  voilà  que  le  salaire  des  ouvriers  qui  ont  fait 
la  récolte  de  vos  champs,  légitime  récompense  dont  vous 
les  avez  privés,  crie  contre  vous  ;  et  les  plaintes  de  ces 
moissonneurs,  qui  demandent  vengeance,  sont  montées 
jusqu'aux  oreilles  du  Seigneur  des  armées.  » 

Clamât.  Il  y  a  quatre  péchés  très  graves  contre  lesquels 
cette  expression  énergique  est  employée  dans  la  sainte 
Ecriture  :  1°  le  fratricide  (Gen.,  x,  4)  ;  2°  les  infamies  de 
Sodome  et  de  Gomorrhe  (Gen.,  xvm,  20)  ;  3°  l'oppression 
des  faibles  (Exod.,  n,  23);  et  4°  le  salaire  injustement 
refusé  à  l'ouvrier. 

Saint  Jacques  en  écrivant  cette  parole  se  souvenait  de 
Job  :  «  Si  ma  terre  crie  contre  moi,  disait  cet  homme  juste, 
et  si  les  sillons  pleurent  avec  elle,  si  j'en  ai  mangé  les 
fruits  sans  payer  les  moissonneurs,  et  si  j'ai  affligé  le 
cœur  de  ceux  qui  ont  cultive  mes  champs,  que  la  terre 
produise  pour  moi  des  épines  au  lieu  d'orge,  et  des  ron- 
ces au  lieu  de  froment.  »  (Job,  xxxi,  38.) 

Merces  operariorum.  Saint  Jacques,  tout  en  faisant  allu- 
sion au  discours  de  Job,  s'appuie  sur  la  loi  de  Moïse  violée 
par  le  riche.  Car  on  lit  dans  le  Lévitique  :  La  récompense 
de  l'ouvrier  qui  te  donne  son  travail  ne  demeurera  point 
chez  toi  jusqu'au  matin  :  Non  morabitur  opns  mercenarii 
tut  apud  te  usque  mane.  (Lev.,  xix,  13.)  Le  même  pré- 
cepte est  renouvelé  dans  le  Deutéronome  :  «  Tu  ne  refu- 

(1)  Thesaurizastis.  On  lit  seulement  en  grec  :  IQrpsUphxti  iv  liyàtatç 
i)p.ip-Atçt  thesaurizastis  in  novissimis  diebus.  «  Cette  rouille  brûlante 
qui  dévorera  vos  chairs,  voilà  le  trésor  que  vous  avez  amassé  pour  les 
derniers  jours  !  »  Les  deux  mots  vobis  iram  ne  se  trouvent  pas  dans 
le  irrec  ;  c'est  une  bonne  glose  empruntée  a  saint  Paul,  qui  criait  de 
même  au  Juif  prévaricateur  :  «  Tu  t'amasses  un  trésor  de  colère  pour 
le  jour  de  la  colère.  »  Thesaurizas  tibi  iram  in  die  irœ.  (Rom.,  n,  5.), 


—    93     —  Jac,  v. 

seras  point  à  l'indigent  et  au  pauvre  le  salaire  que  tu  lui 
dois  ;  mais  tu  lui  rendras,  le  même  jour,  le  prix  de  son 
travail  avant  le  coucher  du  soleil,  de  peur  qu'il  ne  crie 
contre  toi  au  Seigneur,  et  que  ta  négligence  ne  te  soit 
imputée  à  péché.  »  (Deuter.,  xxiv,  15.) 

5.  Epulati  estis.  Il  y  a  des  riches  d'une  avance  sordide., 
qui  amassent  pour  amasser.  Mais  il  y  en  a  d'autres  qui 
amassent  pour  dépenser  dans  le  luxe  et  les  plaisirs.  C'est 
aux  derniers  que  saint  Jacques  adresse  cette  parole  : 
«  Vous  avez  fait  bonne  chère  sur  la  terre,  vous  avez  vécu 
dans  le  luxe,  et  vous  avez  engraissé  vos  cœurs  dans  les 
délices.  »  Epulati  estis  super  terrain,  et  in  luxuriis  enu- 
tristis  corda  vestra. 

Or,  quel  est  le  résultat  de  toutes  ces  richesses  accu- 
mulées et  dépensées  ?  Vous  avez  engraissé  vos  cœurs 
comme  des  victimes  que  l'on  prépare  pour  le  jour  où 
elles  seront  égorgées.  Enutristis  corda  vestra  in  die  occi- 
sionis.  Riches  voluptueux,  vivez  dans  la  splendeur  et  la 
mollesse:  le  glaive  de  Dieu  vous  attend;  au  jour  qu'il 
a  marqué,  vous  serez  immolés  à  sa  justice. 

G.  Addixistis  et  occidistis  justum  (1).  Une  troisième 
classe  de  riches  emploient  l'influence  de  leur  fortune  à 
opprimer  les  innocents  et  à  satisfaire  leur  haine.  Ils  vont 
jusqu'à  répandre  le  sang  des  faibles  qui  leur  déplaisent, 
parce  qu'ils  voient  dans  la  vertu  des  pauvres  la  censure 
de  leurs  propres  iniquités.  «  Vous  avez  condamné  à  mort 
le  juste,  leur  dit-il,  et  vous  l'avez  tué.  »  Encore  s'il  s'était 
défendu  et  que  vous  l'eussiez  frappé  dans  un  combat  ! 
Mais  non,  «  le  juste  ne  vous  résistait  pas,  et  vous  l'avez 
tué  !  »  Occidistis  justum,  et  non  restitit  vobis.  Le  Psal- 
miste  avait  dit  de  môme  :  «  Ils  tendront  des  pièges  à  la 
vie  du  juste,  et  ils  condamneront  le  sang  innocent.  » 

(1)  Addixistis,  eu  grec.  xstts&xÀeocrs,  condemnastis.  Addicere,  en 
tornif  de  droit,  signifie  «  adjuger  la  personne  du  débiteur  au  créancier 
pour  qu*il  en  use  comme  de  son  esclave.  *  De  là,  addicere  supplicia, 
morti,  livrer  quelqu'un  au  Bupplice,  à  la  mort.  Employé  seul,  le  verbe 
addicere  signifie  condamner  quelqu'un  ou  le  livrer  a  ses  ennemis, 
dana  cette  phrase  de  Cicéron  :  Ejus  ipsius  domum  evertisti, 
sanguinem  addixerae.  (In  Pison.,  lxxxiii.) 


—     94    — 

Captabimt  in  animant  justi,  et  sangitinem  innocentent 
condemnabitnt.  (Ps.  xci.) 

C'est  ainsi  que  les  riches  et  les  puissants  de  Jérusalem 
ont  traité  le  Juste  par  excellence,  le  Fils  même  de  Dieu. 
C'est  ainsi  qu'ils  continuent  de  persécuter,  de  lapider, 
et  d'égorger  ses  disciples  (1). 

Ce  passage  plein  d'éloquence  est  le  développement  de 
la  terrible  parole  de  Notre-Seigneur  :  «  Malheur  à  vous, 
riches  !  Vœ  vobis  divitibus  !  (S.  Luc,  vi,  24.) 

Maintenant  saint  Jacques  revient  aux  fidèles  et  il  les 
exhorte  à  persévérer  dans  la  patience  au  milieu  des 
persécutions. 

7.  Patientes  icjitur  estote,  fratres,  itsque  ad  adventum 
Domini.  Il  ne  leur  dit  point  :  Prenez  les  armes,  défendez- 
vous,  vengez-vous  de  vos  injustes  oppresseurs.  Mais  il 
leur  dit  :  Soyez  patients.  C'est  par  la  patience  et  la  dou- 
ceur que  vous  triompherez  de  vos  ennemis,  et  que  vous 
sanctifierez  vos  âmes.  Songez  que  vous  êtes  dans  ce  monde, 
par  la  volonté  de  Dieu,  comme  des  brebis  au  milieu  des 
loups,  sicut  oves  in  medio  luporum.  (S.  Matth.,  x,  16.) 

Toutefois,  l'oppression  ne  durera  qu'un  temps.  «  Soyez 
patients  jusqu'à  l'arrivée  du  Seigneur  »,  qui  viendra  vous 
délivrer  :  usque  ad  adventum  Domini.  Saint  Jacques  parle 
du  dernier  avènement  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ, 
lorsqu'il  viendra  du  ciel  rendre  à  chacun  selon  ses  œuvres. 
Les  Apôtres  avaient  reçu  l'ordre  d'avertir  les  hommes  de 
vivre  dans  l'attente  de  ce  grand  jour.  Notre-Seigneur  lui- 

(1)  Jitstum.  (Ecumenius  et  le  vénérable  Bètle  reconnaissent  que  le 
mot  Justum,  en  grec  tov  àî/.uiov  avec  l'article,  se  rapporte  certainement 
à  Jésus-Christ,  qui  ne  résista  point  à  ceux  qui  le  frappaient,  mais  se 
laissa  conduire  à  la  mort  comme  un  agneau  qu'on  mène  à  la  boucherie. 
(Is.,  mil)  11  en  est  de  même  des  martyrs  :  à  l'exemple  de  leur  divin 
Roi,  ils  ne  résistent  pas,  lors  même  qu'ils  le  pourraient  :  Cœdanticr 
more  bidentium.  C'est  une  maxime  admise  en  théologie  que  le  martyr 
ne  combat  pas  :  Martyr  non  pugnat.  Il  rend  témoignage  à  la  foi  par 
une  mort,  soufferte  en  haine  de  la  religion  et  acceptée  volontairement. 
Les  soldats  qui  meurent  en  combattant  pour  la  foi  sont  récompensés 
comme  des  héros  chrétiens  et  non  comme  des  martyrs.  Ce  n'est  pas  à 
dire  que  leur  gloire  soit  moindre  devant  Dieu.  Il  est  des  temps  où  il 
faut  mourir,  et  d'autres  où  le  devoir  est  de  combattre.  —  Et  non  resiitii t 
in  licatil  mis  pour  le  participe,  non  resistentem. 


—     95     —  Jac.  v. 

même  annonce  son  avènement  à  ses  juges,  lorsqu'il  leur 
dit  :  «  Vous  verrez  bientôt  le  Fils  de  l'homme  assis  à  la 
droite  de  la  puissance  de  Dieu  et  venant  sur  les  nuées 
du  ciel.  »  (S.  Matth.,  xxvi,  G4.)  Par  cette  expression, 
«  vous  verrez  bientôt  »,  amodo  videbitis,  il  fait  entendre 
que  nous  devons  toujours  regarder  comme  prochaine  la 
fin  du  monde  et  le  jugement  universel. 

Sachez  donc  attendre  la  venue  du  Seigneur,  et  prenez 
exemple  sur  le  laboureur.  Ne  voyez-vous  pas  comme  il 
attend  avec  patience  les  fruits  précieux  de  la  terre  qu'il  a 
engraissée,  cultivée,  ensemencée  ?  Ecce  aqricola  exspec- 
tat  pretiosum  fructum  terrée,  patienter  ferens.  Est-ce  qu'il 
se  décourage  pendant  l'apparente  stérilité  de  l'hiver  et 
des  frimas?  Non,  il  attend  avec  patience  et  il  espère 
avec  confiance,  jusqu'à  ce  qu'il  recueille  les  fruits  de  la 
première  et  de  l'arrière-saison  :  patienter  ferens,  donec 
accipiat  temporaneum  et  serotinum. 

Temporaneum,  rptoiy.ov,  malurum,  les  fruits  précoces, 
qui  mûrissent  de  bonne  heure.  Semblable  au  laboureur, 
le  chrétien,  qui  va  semant  ses  bonnes  œuvres  dans  la 
patience,  recueille  dès  cette  vie  les  fruits  de  la  grâce, 
comme  ceux  de  la  première  saison  ;  et  il  moissonnera 
dans  l'autre  vie  ceux  de  la  gloire,  fruits  abondants  et 
assurés  de  la  saison  dernière  :  temporaneum  et  seroti- 
num. Tel  est  le  premier  sens. 

Mais  il  y  en  a  un  second,  qui  paraît  meilleur  encore. 
Avec  temporaneum  et  serotinum,  plusieurs  sous-enten- 
dent  non  pas  fructum,  mais  imbrem,  la  pluie.  De  bonnes 
éditions  grecques  donnent  même  :  ë<oç  Xàê>)  uexcw  -;<.Y<;;.ov 
y.-j.\  Svptfxov,  donec  accipiat  imbrem  temporaneum  et  sero- 
tinum. On  entend  par  la  première  pluie  celle  d'automne 
qui  l'ail  germer  les  semailles;  et  par  la  seconde  pluie 
celle  du  printemps  qui  nourrit  et  fait  croître  les  moissons. 
Toutes  deux  fécondent  la  terre,  et  elles  sont  abondantes 
en  Palestine.  On  les  voit  souvent  mentionnées  dans  l'Ecri- 
ture. Ainsi  au  Deutéronome  :  Dabit pluviam  terrœ  vestrœ 
temporaneam  et  serotinam    1  . 

leuter.,  \i,  1 1.  De  même  dans  Jérémie,  v,  24  :  Joël,  u,  23;  i  >sée,  vi,  •'>. 


—    96    — 

Pretiosum  fructum.  Rien  clans  le  monde  n'est  plus 
précieux  que  les  fruits  de  la  terre  :  ce  sont  les  vraies 
richesses.  Ils  sont  absolument  nécessaires  à  notre  sub- 
sistance, et  nulle  industrie  ne  saurait  les  produire  ou  les 
remplacer.  Toute  la  science  humaine  ne  peut  pas  créer 
un  épi  de  froment  ;  et  si  cet  épi  manque  au  riche,  il 
mourra  sur  ses  monceaux  d'or.  Combien  donc  avons- 
nous  besoin  de  dire  à  Dieu  chaque  jour  :  «  Donnez-nous 
notre  pain  î  » 

8.  Patientes  igitur  estote  et  vos,  et  confirmate  corda  ves- 
tra,  quoniam  adventns  Domini  appropinquavit .  Soyez 
donc  patients  vous-mêmes  dans  les  tribulations,  et  affer- 
missez vos  cœurs  dans  les  persécutions  que  vous  éprouvez 
de  la  part  des  hommes.  Ayez  confiance  :  vous  serez  bientôt 
consolés,  délivrés,  glorifiés,  car  l'avènement  du  Seigneur 
est  proche. 

Saint  Pierre  déclarait  aussi  :  que  «  la  fin  de  toutes  choses 
approchait»,  omnium  finis  appropinquavit. (lPetr.,iv,  7.) 
EtNotre-Seigneur  dit  lui-même  dans  l'Apocalypse:  «  Voilà 
que  je  viens  promptement  ;  oui,  je  viens  promptement.  » 
Ecce  venio  cito  ;  etiam  venio  cito.  (Apoc,  xxii.) 

Ne  croyons  pas  que  les  Apôtres  se  soient  mépris  sur 
l'époque  de  la  fin  du  monde.  Ils  l'annoncent  comme  pro- 
chaine, à  l'exemple  de  Jésus-Christ  et  par  son  ordre  ; 
mais  ils  répètent  en  même  temps  que  l'heure  de  ce  grand 
événement  est  inconnue  :  les  anges  même  du  ciel  ne  la 
connaissent  pas  (S.  Marc,  xm,  82);  et  si  les  générations 
passent  sans  que  le  inonde  finisse,  songeons  que  mille 
ans  devant  Dieu  sont  comme  un  jour.  (II  Petr.,  m,  8.) 

Adventus  Domini  appropinquavit.  En  effet,  ce  grand 
jour  approche  incessamment;  et  lorsqu'il  sera  venu,  nous 
comprendrons  combien  a  été  court  tout  le  temps  qui  l'a 
précédé.  (I  Petr.,  iv,  7.) 

Mais  soit  que  le  soleil  doive  encore  tourner  plusieurs 
siècles  autour  de  la  terre,  ou  que  les  petits  enfants  qui 
reçoivent  maintenant  le  baptême  soient  destinés  à  voir 
Jésus-Christ  descendre  du  ciel,  la  fin  du  monde  pour 
chacun  de  nous  est  le  moment  où  Jésus-Christ  vient  nous 


—    97    —  Jac,  v. 

appeler  à  comparaître  devant  son  tribunal.  Le  jour  du 
Seigneur  est  le  jour  où  chacun  sort  de  ce  monde.  Diem 
Domini,  diem  intellige  judicii ,  dit  saint  Jérôme,  sive 
diem  exitas  aniuscu jusque  de  corpore.  (In  Joël,  n,  23.) 
Au  jour  du  jugement  universel,  l'homme  sera  jugé  sur 
ce  qu'il  était  au  jour  de  sa  mort,  dit  à  son  tour  saint  An- 
Justin.  In  quo  quemque  invenerit  suus  novissimus  dies, 
in  hoc  eum  mundi  comprehendet  novissimus  dies  ;  quo- 
niam  qualis  in  die  isto  quisque  moritnr,  ta  lis  in  die  isto 
judicabitur.  (Epist.  lxxx  ad  Hesych.)  Moi  qui  écris,  vous 
qui  lisez,  disons  tous  deux  :  Pour  moi,  la  fin  du  inonde 
est  proche. 

Patientes  estote,  confirmate  corda  vestra.  Dans  les  pays 
chrétiens,  où  tous  les  hommes  sont  instruits  des  vérités 
du  salut,  il  s'en  trouve  peu  qui  n'aient  quelque  heureux 
moment  où  ils  se  proposent  de  sauver  leur  àme;  mais 
un  grand  nombre  se  relâchent,  leurs  bons  sentiments 
s'évanouissent,  et  ils  se  perdent.  Temporales  sunty  dit 
Notre-Seigneur.  (S.  Marc.,iv,  17.)  La  vertu  qui  sauve  est 
celle  qui  persévère  malgré  les  scandales  et  les  tentations. 
Donc  soyez  patients  et  constants,  patientes  estote  ;  donc 
affermissez  vos  cœurs,  confirmate  corda  vestra.  C'est  ce 
que  nous  répète  saint  Jacques  après  le  prophète  David  : 
Exspecta  Dominnm,  viriliter  âge,  et  confortetur  cor  tuum. 
(^Ps.  xxvi.) 

9.  Nolite  ingemiscere  fratres  in  alterutrum,  ut  nonjudi- 
cemini.  «  Mes  frères,  ne  portez  point  de  plaintes  les  uns 
contre  les  autres,  afin  que  vous  ne  soyez  point  jugés.  » 
Les  chrétiens  n'ont  pas  seulement  à  endurer  les  injures 
des  ennemis  de  la  religion,  ils  ont  encore  à  souffrir  de  la 
part  des  chrétiens  mêmes.  Des  frères  molestent  leurs 
propres  frères,  et  ils  les  persécutent.  Au  lieu  de  murmurer 
contre  ces  violences  imméritées,  gardons  le  silence,  et  abs- 
tenons-nous de  publier  les  torts  de  notre  prochain,  afin 
de  n'être  pas  jugés  nous-mêmes  avec  sévérité. 

I  ta  nVxige  pas  que  nous  fermions  les  yeux  sur  les  scan- 
dales qui  éclatent  parfois  dans  l'Eglise.  Ne  les  imitons 
pas,  ne  les  excusons  pas  ;  prions  Dieu  pour  ceux  qui  tom- 

ÉPITRB   DE   s.   JACQUES  7 


-    98    — 

bent,  et  que  la  chute  des  autres  nous  avertisse  de  notre 
propre  fragilité. 

Et  pourquoi  nous  hâter  de  porter  des  plaintes  contre 
notre  prochain?  Voilà  le  Juge  qui  est  à  la  porte;  il  va 
tout  à  l'heure  prononcer  à  chacun  sa  sentence.  Hélas!  au 
lieu  de  condamner  les  autres,  pensons  que  nous  allons 
être  jugés  nous-mêmes.  Ecce  jadex  ante  januam  assistit. 

Un  second  motif  qui  doit  encourager  les  chrétiens  à  la 
patience,  ce  sont  les  exemples  des  saints  de  l'Ancien 
Testament. 

10.  Exemphtm  accipite,  fratres,  exitus  ?nali  laboris  et 
palienliœ,  prophetas  qui  locuti  sunt  in  nomine  Dornini. 
«  Prenez  pour  exemple,  mes  frères,  la  patience  des 
prophètes  qui  ont  parlé  au  nom  du  Seigneur,  et  consi- 
dérez quelle  a  été  l'issue  des  afflictions  qu'ils  ont  endu- 
rées (1).  » 

Qui  locuti  sioit  in  nomine  Domini.  Les  prophètes  an- 
ciens parlaient  au  nom  du  Seigneur;  ils  avertissaient  que 
leur  parole  n'était  pas  leur  parole,  mais  celle  que  Dieu 
mettait  dans  leur  bouche.  Aussi  répétaient-ils  sans  cesse  : 
Hœc  dicit  Dominus,  «  Voici  ce  que  dit  le  Seigneur.  »  Et 
néanmoins  tous  ces  saints  prophètes,  qui  étaient  les  mes- 
sagers de  Dieu,  ont  été  persécutés.  C'est  ce  que  l'histoire 
nous  raconte  d'Elie,  Amos,  Isaïe,  Jérémie,  et  de  plusieurs 
autres.  «  Quel  est  celui  des  prophètes  que  vos  pères  n'ont 
pas  persécuté?  »  disait  saint  Etienne  aux  princes  des 
Juifs.  Quem  prophetarum  non  persecuti  sunt  patres  vestri? 
(Act.,  vu,  52.) 

(1)  En  grec,  'wnààetjftx  MS*Tefé3s'kfOi1  rfjç  /.«./.o-a.0ti'xç  xat\  r?,ç  /Hox/poluplftf 
toxjç  Tîpo'fr-ctï,  exemplum  accipite,  fratres,  affiietionis  et  patientiœ 
prophetas.  Le  mot  xzKo-ùQziy.  (de  xoxov  -is^w,  tnalum  patior)  signifie 
màLorum  perpessio,  souffrance  de  mauvais  traitements.  Le  traducteur 
rend  /soro-i.tfîta  par  les  deux  mots  malus  labor,  qui  sont  le  synonyme 
à'œrumna.  Comme  cette  phrase  est  obscure,  on  aura  voulu  l'expliquer 
en  ajoutant  exitus.  C'est  donc  comme  s'il  y  avait  :  Videte,  fratres, 
qualis  fuerit  exitus  nxalorum  quœ  perpessi  sunt,  et  patieritiœ  quant 
exhibuerunt  prophetœ.  Le  mot  finem  du  verset  suivant  confirme  cette 
interprétation  ;  car  finis  a  le  même  sens  qyCexitus.  L'édition  Sixtine 
porte  simplement  :  Exemplum  accipite,  fratres,  laboris  et  patientia> 
prophetas. 


—    99    —  Jac,  v. 

11.  Ecce  beatipcamus  eos  qui  susthmeriint.  «  Vous  voyez 
que  nous  appelons  bienheureux  ces  grands  hommes  qui 
ont  souffert  des  tribulations.  »  Ainsi  vous  avez  appris, 
dans  les  saintes  Ecritures,  la  patience  de  Job,  et  vous 
avez  vu  la  fin  que  le  Seigneur  a  donnée  à  ses  maux.  Il  lui 
a  rendu  la  santé,  il  l'a  comblé  de  richesses, il  lui  a  donné 
une  longue  vie  et  une  nombreuse  postérité.  «  Car  le  Sei- 
gneur est  plein  de  compassion  et  de  miséricorde  »  pour 
ceux  qui  le  servent  dans  la  patience.  Sufferentiam  Job 
et  finem  Domini  vidistis,  quoniam  misericors  Dominus  est 
et  miserator. 

Notons  en  passant  que  Job  n'est  point  ici  un  person- 
nage inventé,  mais  un  saint  qui  fut  un  admirable  modèle 
de  patience.  Le  sentiment  des  anabaptistes  et  de  quelques 
anciens  rabbins,  qui  ont  regardé  Job  comme  le  héros 
fabuleux  d'un  poème,  n'est  pas  soutenable.  Nous  voyons 
le  prophète  Ezéchiel  nommer  jusques  à  quatre  fois  Noé, 
Daniel  et  Job  comme  trois  hommes  justes.  (Ezech.,  xiv, 
14.)  L'histoire  de  Job  n'est  donc  pas  moins  réelle  que 
celle  de  Daniel  et  de  Noé. 

L'Apôtre  achève  sa  lettre  par  plusieurs  préceptes  dé- 
tachés. Le  premier  concerne  le  jurement. 

12.  Ànte  omnia  autem,  fralres  met,  nolite  jurare  neque 
per  cçelum,  neque  per  terrain,  neque  aliud  quodcumque 
jUramentum.  SU  autem  sermo  vester  Est,  est;  Non,  non; 
ut  non  sud  judicio  decidatis.  «  Mais  avant  toutes  choses, 
mes  frères,  ne  jurez  ni  par  le  ciel  ni  par  la  terre,  ni  par 
quel  qu'autre  chose  que  ce  soit.  Contentez-vous  de  dire  : 

ou  cela  n'est  pas  »,  afin  de  n'être  point  con- 
damnés. i 

On  voit  ici  résumée  la  belle  instruction  de  Notre-Sei- 
gneur  sur  le  serment,  qu'on  lit  dans  saint  Matthieu  (v,  34). 
Jurer  pour  on  motif  grave  n'est  pas  un  péché;  c'est 
même  un  acte  religieux  par  lequel  on  rend  hommage  à  la 
■  cil.'-  divine.  Aussi  les  divines  Ecritures  nous  oflïent- 
elles  plusieurs  exemples  de  serments  qui  ont  été  dictés 
par  le  Saint-Esprit  (Rom..  i.  9;  Il  Cor.,  i.  23  et  n,  17.) 
Saim  Jacques,  aussi  bien  que  Notre-Seigneur,  défend  de 

tf  \ 


—    100    — 

jurer  pour  un  léger  motif,  car  c'est  alors  une  grande 
irrévérence  envers  Dieu  (1). 

Sit  antem  sermo  vester  Est,  est;  Non,  non.  En  grec,  vjtm 
os  ujaôv  xh  val  val,  xal  xh  ou  ou.  Littéralement  :  «  que  votre  oui 
soit  oui,  et  que  votre  non  soit  non.  »  C'est-à-dire,  lorsque 
vous  voulez  affirmer  quelque  chose,  contentez-vous  de 
dire  :  oui  ;  et  lorsque  vous  niez,  dites  simplement  :  non  (2). 

Ut  non  sub  judicio  decidatis.  Erasme  en  1543  et  Robert 
Estienne  en  1569  impriment  dans  leurs  éditions,  d'après 
certains  manuscrits  :  iva  u.-^  eîg  &7roxptffiv  ttst^te,  ut  ?io?i  in 
liypocrisin  ou  in  simulationem  decidatis.  Nous  voyons  là 
un  curieux  exemple  de  mauvaise  lecture.  Le  texte  por- 
tait :  INAMHYnÔKPISINHESHTE.  Un  copiste  ignorant  lit  : 
67rdxp'.civ  en  un  seul  mot,  au  lieu  de  ÛTtoxpfoiv  en  deux  mots, 
et  il  ajoute  de  lui-même  si;  qu'il  croit  nécessaire.  Voilà 
comment  s'introduit  une  leçon  absurde  f  Elle  est  suivie 
par  Œcuménius,  par  Théophylacte;  et  malgré  la  Vulgate, 
malgré  le  Syriaque,  malgré  les  plus  anciens  manuscrits 
(nAB),  elle  a  persisté  jusqu'en  ces  derniers  temps.  De 
même,  nous  verrons  dans  la  seconde  Epître  de  saint 
Pierre  un  copiste  sans  intelligence  lire  et  écrire  èvxaTotxôv, 
au  lieu  de  ïjv,  xa-roixâW.  (II  Petr.,  n,  8.) 

13.  Tristatur  aliqitis  vestrum  ?  oret.  «  Quelqu'un  parmi 
vous  est-il  dans  la  tristesse  ?  qu'il  prie.  » 

Tristatur?  xaxoTraGsï;  an  aliquid  mali patitnr?  Si  quel- 
qu'un souffre  des  douleurs,  ou  des  chagrins,  ou  des  vexa- 
tions de  la  part  des  hommes,  au  lieu  de  gémir  ou  de 
murmurer,  qu'il  prie,  et  il  recevra  de  Dieu  force  et  con- 
solation. C'est  ainsi  que  Notre-Seigneur,  dans  la  tristesse 
de  son  agonie,  prolongea  sa  prière,  et  un  ange  vint  du 
ciel  le  fortifier. 

(1)  Noèl-Alexandre  commente  fort  bien  la  pensée  de  l'Apôtre  :  Summa 
vigilant ia  attendite  ne  temere,  per  impatientiam ,  ex prara  consuetu- 
dine,  nulla  necessitate  compidsi,  juretis. 

(2)  On  doit  ordonner  ainsi  les  mots  latins  :  Sermo  vester  Est  sit  Est- 
et  sermo  rester  Non  sit  Non.  On  explique  de  la  même  manière  le  texte 
de  saint  Matthieu,  (v,  37.)  Car,  bien  que  le  grec  soit  moins  précis  dans 
l'Evangéliste  ,  on  ne  peut  douter  que  les  Apôtres  n'aient  voulu  rap- 
porter fidèlement  la  pensée  de  Notre-Seigneur. 


—     101     —  Jac,  v. 

De  même  le  saint  roi  David  disait  à  Dieu  :  Sauvez 
votre  serviteur  qui  espère  en  vous,  ô  mon  Dieu.  Rendez 
l'allégresse  à  l'âme  de  votre  serviteur.  Saluam  fac  se?*- 
vum  tuum,  Deus  meus,  sperantem  in  te;  tsetifica  animant 
servi  lui.  Et  bientôt  après  il  remerciait  Dieu  en  disant  : 
Seigneur;  vous  m'avez  secouru  et  vous  m'avez  consolé. 
Tu  Domine,  adjuvistime  et  consolalus  es  me.  (Ps.  lxxxv.) 

JEquo  animo  est?  psallat.  Quelqu'un  est-il  dans  la 
joie?  qu'il  chante  de  saints  cantiques.  TaXÀs™,  qu'il 
chante  des  psaumes  en  louant  Dieu  et  le  remerciant  de 
ses  bienfaits.  Qu'il  chante,  par  exemple,  ce  beau  psaume 
de  David  :  «  Mon  âme,  bénissez  le  Seigneur,  et  que  tout 
ce  qui  est  en  moi  bénisse  son  saint  nom.  »  Benedic  anima 
mea  Domino,  et  omnia  quœ  intra  me  sunt  nomini  sancto 
ejus.  (Ps.  en.)  Ces  chants  divins  fortifieront  sa  joie  et 
son  amour. 

14.  Infirmatur  quisin  vobis?  inducat  presby  ter  os  Eccle- 
s'uv,  et  orent  super  eum.  ungentes  eum  oleo  in  nomine 
Domini.  «  Quelqu'un  parmi  vous  est -il  malade?  qu'i 
appelle  les  prêtres  de  l'Eglise,  et  qu'ils  prient  sur  lui  en 
l'oignant  d'huile  au  nom  du  Seigneur.  *  Ce  texte  est  fort 
important  :  on  y  voit  l'institution,  les  efifets ,  la  ma- 
tière, le  sujet  et  le  ministre  du  Sacrement  de  l'Extrême- 
Onction. 

Il  est  de  foi  :  1°  que  l'Extrême-Onction  est  un  Sacre- 
ment institué  par  Notre-Seigneur;  2°  que  ce  Sacrement 
est  désigné  et  promulgué  par  saint  Jacques.  Ainsi  l'a 
défini  le  Concile  de  Trente  contre  Luther,  Calvin  et  quel- 
ques théologiens  imprudents  qui  ne  voyaient  dans  l'Onc- 
tion des  malades  qu'un  rite  pieux  reçu  de  l'antiquité. 
Si  qui  s  dixerit  Extremam  Unctionem  non  esse  vere  et 
proprie  Sacramenium  a  Christo  Domino  nostro  instilu- 
tum,  et  a  H<'<ito  Jacobo  apostolo  promulgation,  sed  ritum 
tantum  acceptum  a  Patribus,  aut  figmentum  humanum, 
anathema  sit  (1). 

(1)  Lorsque  Jésus  envoya  Les  Apôtres  annoncer  le  royaume  dos  cieux 
et  prêcher  la  pénitence  dans  les  bourgs  de  la  Judée,  on  voit  qu'ils  oi- 
gnaient  Lee  malades  avec  de  L'huile  et  qu'ils  Lee  guérissaient  :  Ungebant 


—    102    — 

In/innatur.  Il  s'agit  d'une  maladie  grave  qui  met  la  vie 
en  péril.  Hoc  sacramentum  nisi  in/irmo  de  cujus  morte 
timetur,  dari  non  débet,  dit  le  Concile  de  Florence. 

Inducat,  RpracoXesKaâ*»,  accersat,  adcocet.  Que  le  malade 
appelle  le  prêtre;  qu'il  n'attende  pas  que  ses  amis  et  ses 
parents,  ayant  perdu  toute  espérance,  lui  proposent  de 
recevoir  le  sacrement  des  infirmes  :  qu'il  le  demande 
lui-même. 

Inducat,  qu'il  appelle  les  prêtres.  Ce  mot  fait  aussi 
entendre  que  le  sacrement  de  l'Extrême-Onction  est  ins- 
titué pour  les  adultes  qui  ont  atteint  l'usage  de  la  raison 
et  pu  commettre  des  péchés. 

Presbyteros  Ecclesiœ.  Pour  administrer  ce  sacrement, 
il  faut  être  ordonné  prêtre  :  oui  episcopi  ant  sacerdotes, 
dit  le  Concile  de  Trente,  et  le  saint  Concile  frappe  d'ana- 
thème  ceux  qui  soutiendraient  le  contraire. 

Presbyteros,  «  les  prêtres.  »  Ce  pluriel  veut  dire  quel- 
qu'un des  prêtres;  car  un  seul  suffit.  Mais  d'après  la 
doctrine  de  l'école.,  confirmée  par  l'ancienne  coutume  de 
plusieurs  églises,  ce  sacrement  admet  la  pluralité  des 
ministres,  chacun  faisant,  par  exemple,  une  des  onctions 
prescrites.  (Theol.  Yirceburg.) 

Et  orent  super  eum.  Que  les  prêtres  non  seulement 
prient  pour  lui,  mais  qu'ils  prononcent  sur  lui  les  prières 
réglées  par  l'Eglise.  Voilà  la  forme  du  sacrement  indi- 
quée :  ce  sont  les  prières  que  récite  le  ministre  en  faisant 
les  onctions. 

Ungentes.  L'action  d'oindre  le  malade  est  la  matière 
prochaine  du  sacrement.  —  Oleo,  sXai'io,  l'huile  d'olive 
bénite  en  est  la  matière  éloignée. 

Enfin  in  nomme  Domini,  t  au  nom  du  Seigneur  »,  cela 
veut  dire  que  l'onction  doit  être  faite  en  invoquant  le 
nom  du  Seigneur,  en  vertu  de  l'institution  du  Seigneur, 
selon  son  ordre  et  par  un  ministre  qui  le  représente. 

15.  Et  oratio  fidei  salvabit  infirmum,  et  alleviabit  eum 

oleo  multos  œgros,  et  sanabant.  (S.  Marc,  vi,  13.)  Mais  cette  onction 
n'était  que  la  figure  du  Sacrement  qui  fut  plus  tard  institué  par  Notre- 
Seigneur. 


—    103    —  Jae.,  v. 

Domimis  ;  et  si  in  peccatis  sit,  remittentur  ei.  «  Et  la  prière 
de  la  foi  sauvera  le  malade,  et  le  Seigneur  le  soulagera, 
et  s'il  a  commis  des  péchés,  ils  lui  seront  remis,  i  Ces 
paroles  expriment  la  grâce  spéciale  qui  est  l'effet  du 
sacrement. 

Oratio  fidei,  la  prière  de  la  foi,  ce  sont  les  paroles  du 
sacrement  que  la  foi  nous  propose  et  que  l'Eglise  fait  pro- 
noncer par  ses  prêtres  :  Per  istam  sanctam  unctionem,  et 
suam  piissimam  miser icordiam,  indulrjeat  tibi  Deusquid- 
quidper  v/'sum  etc.,  deliquisti. 

Salvabit  infinnwn.  Le  sacrement  sauvera  le  malade. 
Le  corps  sera  sauvé  et  l'âme  aussi;  la  santé  sera  rendue, 
et  les  péchés  seront  effacés.  Mais  pour  que  le  sacrement 
rende  la  santé  du  corps,  il  ne  faut  pas  attendre  que  le 
malade  soit  tellement  désespéré  qu'il  ne  puisse  guérir 
sans  miracle.  La  guérison  du  corps  nous  est  présentée 
comme  un  effet  propre  du  sacrement  (1). 

Salvabit.  Ce  mot  est  expliqué  par  les  deux  phrases 
suivantes  :  Et  alleviabit  eum  Dominas,  et  si  in  peccatis 
sit,  remittentur  ei.  «  Et  le  Seigneur  le  soulagera,  et  s'il  a 
commis  des  péchés,  ils  lui  seront  remis.  » 

D'abord,  alleviabit  eum,  èyspst  ocjtov,  eriget  eum.  La 
prière  le  lèvera  de  son  lit,  ou  du  moins  elle  le  soulagera; 
elle  le  guérira,  ou  apaisera  ses  douleurs;  elle  lui  donnera 
le  calme  avec  les  forces  dont  il  aura  besoin  pour  souffrir 
avec  patience  et  pour  se  préparer  à  paraître  devant  Dieu. 
Le  saint  Concile  de  Trente  dit,  en  expliquant  ces  paroles, 
que  le  malade  reçoit  quelquefois,  par  la  vertu  de  ce  sa- 
creiiK'ui.  la  santé  du  corps,  lorsque  cela  est  utile  pour  le 
salut  de  son  àme.  Sanitatem  corporis  interdum,  ubi  saluti 
animm  expédier it,  consequitur.  (Conc.  Trid.  Sess.  XIV.) 
Kn  tiirt.  dans  ce  sacrement  comme  dans  tous  les  autres, 
dut  de  l'Ame  est  l'objet  principal. 

L'onction  des  infirmes  ne  doit  donc  point -effrayer  les 
ehn-tini-.  puisque  c'est  un  remède  salutaire  et  surnaturel. 

nluni  ministretur  œgroto,  dam  integris 
nec  differatur  dum  omnibus  pêne  sensibles  destituées 

'  OU   .  M-  ii.'lan.riM'  iv.) 


—    104    — 

Des  malades  sont  rendus  à  la  santé  par  ce  sacrement  ; 
nous  en  avons  lu  beaucoup  d'exemples,  dit  Corneille  La- 
pierre;  nous  en  avons  vu  beaucoup  nous-même,  ajoute- 
t-il,  et  nous  en  voyons  de  nouveaux  tous  les  jours. 

Cette  grâce  apparaît  souvent  dans  les  pays  où  la  foi  et 
la  piété  se  conservent.  L'onction  sainte  rend  une  force 
nouvelle  à  des  malades  désespérés,  et  des  années  viennent 
s'ajouter  à  une  vie  qui  semblait  s'éteindre. 

Quant  à  l'effet  spirituel  du  sacrement,  il  est  toujours 
produit,  lorsque  le  malade  a  les  dispositions  convenables. 
Les  péchés  véniels,  les  péchés  même  mortels  qu'il  n'aurait 
pu  confesser,  lui  sont  alors  pardonnes,  et  la  peine  qui 
leur  est  due,  est  remise  selon  la  perfection  du  repentir. 
Et  si  in  peccatis  sit,  remittentur  ei.  Ainsi  l'explique  le 
saint  Concile  de  Trente  :  Cujus  unctio  delicta,si  quœ  sint 
adhuc  expianda,  ac  peccati  reliquias  abstergit.  Le  sacre- 
ment de  l'Extrême-Onction  est  donc  le  complément  de 
celui  de  la  Pénitence. 

En  outre,  la  grâce  du  sacrement  excite  dans  le  malade 
une  grande  confiance  en  la  miséricorde  du  Seigneur  et 
lui  donne  la  force  de  résister  aux  tentations  suprêmes 
du  démon.  Allevatur  enim  et  erigitur  œgri  animus  divinœ 
bonitatis  spe;  eaque  conftrmatus  morbi  incommoda  omnia 
fert  levius,  ac  ipsius  dœmonis  calcaneo  insidiantis  arti- 
ficium  et  calliditatem  facilius  e/iidit.  (Concil.  Trid.) 

C'est  donc  une  cruauté  de  tromper  sur  la  gravité  de 
son  état  un  malade  religieux,  et  de  le  laisser  mourir  sans 
le  secours  de  l'Extrême-Onction. 

16.  Confitemini  ergo  alterutrum  peccata  vestra,  et  orate 
pro  invicem,  ut  salvemini.  «  Confessez  donc  vos  péchés 
l'un  à  l'autre,  et  priez  les  uns  pour  les  autres,  afin  que 
vous  soyez  sauvés.  » 

On  cherche  le  rapport  entre  cette  pensée  et  la  précé- 
dente. Il  semble  qu'on  peut  les  lier  ainsi  :  L'onction  avec 
la  prière  sauve  les  malades.  Priez  donc  les  uns  pour  les 
autres,  en  confessant  vos  péchés  les  uns  aux  autres,  afin 
d'être  sauvés  (1). 

(1)  Ergo,  ol>-K  La  conjonction  eùv  manque  dans  plusieurs  exemplaires 


—    105    —  Jac.}  v. 

Ut  salvemini,  en  grec  07rwç  laO/j-rs,  ut  sani  fiatis.  Confes- 
sez les  maladies  de  votre  âme  et  priez  afin  d'en  être  gué- 
ris. Ce  verbe  Laô^xs  fait  mieux  apercevoir  le  rapport  qu'il 
y  a  entre  l'Onction  des  infirmes,  la  confession  et  la  prière. 
Toutes  trois  «  guérissent  »  les  blessures  que  le  péché  fait 
à  l'àme. 

Confitemini  alterutrum.  «  Confessez  vos  péchés  les  uns 
aux  autres.  »  Il  y  a  deux  interprétations.  Premier  sens  : 
non  seulement  vous  confesserez  vos  péchés  tout  bas 
devant  Dieu;  mais  vous  les  confesserez  l'un  à  l'autre; 
homme,  vous  les  confesserez  à  un  homme  qui  a  reçu  de 
Jésus-Christ  le  pouvoir  de  les  pardonner;  laïque  ou  prêtre, 
vous  confesserez  vos  péchés  au  prêtre  ou  à  l'Evêque, 
en  déclarant  l'espèce  et  le  nombre  de  vos  fautes,  peccata 
vestra.Iu  expression  confitemi?ii  alterutrum  ou  invicem  ne 
suppose  pas  nécessairement  la  réciprocité,  de  telle  ma- 
nière qu'on  puisse  se  confesser  indifféremment  les  uns 
aux  autres,  pr.ètres  aux  prêtres,  et  laïques  aux  laïques. 
Quand  saint  Paul  dit  aux  Romains  suscipite  invicem, 
«  secourez-vous  les  uns  les  autres  »,  il  entend  que  les 
forts  secourront  les  faibles-  firmi  infirmas ,  comme  il  venait 
de  l'expliquer  :  Debemus  nos  firmiores  imbecillitates  infir- 
morum  sustinere.  (Rom.,  xv.)  De  même  lorsqu'il  dit  aux 
Ephésiens  :  Soyez  soumis  les  uns  aux  autres  dans  la 
crainte  du  Seigneur,  Subjecti  invicem  in  timoré  Christi 
(Eph.,  v,  21),  il  n'entend  certainement  pas  que  tous  seront 
soumis  à  tous,  mais  les  enfants  à  leurs  parents,  et  les  in- 
férieurs aux  supérieurs.  Le  mot  alterutrum  n'empêche 
donc  point  de  voir  ici,  dans  le  texte  de  saint  Jacques,  la 
confession  sacramentelle  faite  au  prêtre.  Au  contraire,  ce 
mot  nous  fait  entendre  combien  elle  doit  nous  paraître 
facile,  puisque  nous  révélons  notre  âme  à  des  hommes 
semblables  à  nous,  fragiles  comme  nous,  obligés  comme 
nous  de  confesser  aussi  leurs  propres  faiblesses,  afin  d'en 
obtenir  le  pardon.  Nous  sommes  donc  sûrs  de  trouver  dans 
leur  cœur  indulgence,  miséricorde  et  sympathie. 

grecs  :  mais  les  trois  meilleurs  la  donnent  comme  la  Vulgate,  et  il  faut 
la  retenir. 


—     101)     — 

Confttp/nini  altertttrum.  Mais  il  y  a  un  second  sens  : 
Confessez  vos  péchés  mutuellement  et  humiliez- vous 
ensemble  devant  Dieu,  le  priant  les  uns  pour  les  autres 
afin  qu'il  vous  pardonne.  Cette  confession  mutuelle  se  fait 
dans  l'église  au  commencement  de  la  messe,  et  aussi 
dans  chaque  famille  chrétienne,  matin  et  soir,  lorsqu'on 
récite  le  Confiteor  en  faisant  la  prière  commune.  On  s'ac- 
cuse alors  publiquement  d'avoir  péché,  et  l'on  se  frappe 
la  poitrine  devant  Dieu  et  devant  les  hommes,  mais  sans 
désigner  aucune  faute. 

Ces  deux  interprétations  sont  bonnes,  elles  ne  font 
point  violence  au  texte,  et  l'une  n'exclut  pas  l'autre.  Nous 
croyons  que  toutes  deux  sont  ici  indiquées;  mais  la  con- 
fession mutuelle,  liturgique,  celle  du  Coiifiteoi*  récité 
chaque  jour  en  commun,  nous  semble  plus  directement 
exprimée  par  l'Apôtre.  Il  nous  recommande,  lorsque  nous 
voulons  adresser  une  prière  à  Dieu,  de  commencer  par 
nous  abaisser  devant  lui,  en  faisant  l'humble  aveu  de 
nos  fautes  (1). 

Et  orate  pro  invicem,  ut  salvemini.  «  Et  priez  les  uns 
pour  les  autres,  afin  que  vous  soyez  sauvés.  »  Saint 
Jacques  a  noté  en  passant  la  confession  :  les  fidèles 
recourront  à  ce  moyen  de  guérir  leur  âme  blessée  par  le 
péché.  Mais  il  insiste  sur  la  prière,  qui  doit  être  assidue, 
parce  qu'on  a  toujours  besoin  de  prier  pour  soi-même  et 
pour  les  autres. 

Or,  ajoute-t-il,  la  prière  du  juste  est  très  puissante 
auprès  de  Dieu  lorsqu'elle  est  faite  avec  instance.  Mullum 
valet  deprecatio  justi  assidua  (2).  La  prière  même  du 
pécheur  lui  obtient  la  grâce  du  salut,  s'il  prie  avechumi- 


(1)  Peccata  vestra,  rà  -ucy-zo'jfxura..  Le  mot  Tray9â7TTw//.«,  lapsus,  désigne 
surtout  une  faute  de  fragilité,  commise  par  inadvertance,  négligence, 
manque  d'attention  et  de  prudence,  une  de  ces  fautes  qui  échappent 
fréquemment  et  dont  on  se  purifie  sans  recourir  à  la  confession  sacra- 
mentelle. 

(2)  Deprecatio  assidua,  en  grec  6z?,5iç  htspyoupéir%  deprecatio  attenta, 
intenta.  C'est  une  prière  faite  avec  un  grand  désir  d'obtenir  ce  que  l'on 
demande.  Le  latin  assiduus  ne  renferme  pas  seulement  l'idée  de  conti- 
nuité, mais  encore  celle  de  diligence  et  d'insistance. 


—     107     —  Jac,  v. 

litéj  comme  faisait  le  publicain.  Quant  au  juste,  il  est 
toujours  exaucé  lorsqu'il  demande  des  grâces  spirituelles 
pour  lui-même,  dit  saint  Thomas;  et  il  l'est  souvent  lors- 
qu'il en  demande  pour  les  autres.  Car  Dieu  fait  la  volonté 
de  ceux  qui  le  craignent,  et  il  exauce  leur  prière,  dit  le 
prophète  David.  Vohintatem  timenlium  se  faciet,  et  depre- 
cationem  eorum  exaudiet.  (Psalm.  cxliv.)  Au  commen- 
cement de  l'Epître,  saint  Jacques  nous  avait  exhortés  à 
prier  pour  nous-mêmes,  ici  il  nous  engage  à  prier  pour 
le  prochain. 

Un  exemple  va  montrer  combien  une  fervente  prière 
est  puissante  auprès  de  Dieu. 

17.  Elias  homo  erat  similis  nobis  passibilis  ;  et  oralione 
oravit  ut  non  plueret  super  terrain ,  et  non  pluit  annos 
très  et  menses  sex.  Elie  était  un  homme  comme  nous 
sujet  à  toutes  les  misères  de  la  vie.  Cependant  il  pria 
avec  instance  pour  qu'il  ne  plût  pas,  et  sa  prière  fut 
exaucée  :  la  pluie  ne  tomba  point  sur  la  terre  de  Samarie 
pendant  trois  ans  et  six  mois,  afin  de  punir  les  impiétés 
d'Achab  et  des  tribus  d'Israël. 

Similis  nobis  passibilis,  en  grec  b[LQumdti\ç  fytfv,  similiter 
ut  nos  passibilis,  et  iisdem  obnoxius  œrumnis.  Il  était 
exposé  aux  mêmes  inlirmités  que  nous,  à  la  faim,  à  la 
soif,  aux  chagrins,  aux  misères  de  la  vie  mortelle  et  à 
des  tentations  semblables  aux  nôtres,  passibilis  ut  nos,  et 
7neniis  fragilitate  et  camis,  dit  le  vénérable  Bède. 

Elias.  Cette  histoire  est  racontée  au  IIIe  livre  des 
Rois  (ch.  xvn).  Elie  dit  à  Achab,  qu'il  avait  plusieurs 
fois  repris  de  ses  impiétés  :  i  Vive  le  Dieu  d'Israël  devant 
lequel  je  suis  !  Il  ne  tombera,  pendant  les  années  qui  vont 
venir,  ni  rosée  ni  pluie,  que  selon  la  parole  qui  sortira 
de  ma  bouche.  »  Et  les  cieux  furent  fermés. 

Orattané  oravii  ut  non  plueret  super  terrain,  «  il  pria 

•■<•  insîjince  pour  qu'il  oe  plût  point.  »  Tel  est  le  sens 
des  deux  termea  gémifiés:  l'iiébraïsme  orationc  oravit  ou 
bien  orando  oravit.  marque  une  prière  faite  avec  un  désir 
Intense  :  onstiont  intenta  precatus  est. 

Et  non  p/nit  nnnos  très  et  menses  sex.  Elie  demeura 


—     108     — 

caché  pendant  quelque  temps  près  du  torrent  de  Carith, 
où  il  était  nourri  par  des  corbeaux  qui  lui  apportaient 
matin  et  soir  du  pain  et  de  la  viande  ;  et  il  buvait  de 
l'eau  du  torrent.  Quand  le  torrent  fut  desséché,  il  se  rendit 
par  ordre  de  Dieu  à  Sarepta,  et  une  veuve  nourrit  le 
prophète. 

L'auteur  du  livre  des  Rois  dit  que  la  «  troisième  année  », 
aiino  tertio,  Elie  par  l'ordre  du  Seigneur  alla  trouver 
Achab  pour  lui  annoncer  qu'il  allait  faire  tomber  la  pluie 
sur  la  l'ace  de  la  terre.  Il  n'y  a  point  de  contradiction 
entre  l'Àpùtre  et  l'historien.  Car  il  est  possible  que  l'his- 
torien compte  les  années  depuis  le  séjour  d'Elie  dans 
Sarepta.  En  outre,  selon  le  style  de  la  Bible,  on  considère 
comme  troisième  année  tout  le  temps  qui  s'écoule  jusqu'à 
ce  que  la  quatrième  soit  accomplie  (1).  Nous  disons  nous- 
mêmes  qu'un  homme  a  trente  ans,  lorsqu'il  n'en  a  pas 
trente  et  un  complets. 

Pour  l'addition  des  «  six  mois  »,  c'est  un  détail  trans- 
mis par  la  tradition  orale  ou  par  des  livres  historiques 
que  nous  ne  possédons  plus. 

Mais  ce  nombre  de  trois  ans  et  six  mois  que  dura  la 
sécheresse  au  temps  d'Elie  était  si  bien  connu  des  Juifs, 
que  Notre-Seigneur  lui-même  le  cita  dans  la  synagogue 
de  Nazareth  :  Miiltœ  viduœ  cranl  in  die  bus  Eliœ  in  Israël, 
dit-il,  quando  clausum  estcœhim  annis  tribus  et  mensibus 
sex.  (S.  Luc,  iv,  25.) 

18.  Et  rursum  oravit  :  et  cœlum  dédit  pluviam,  et  terra 
dédit  fructum  suum.  «  Et  le  prophète  pria  de  nouveau, 
et  le  ciel  donna  de  la  pluie,  et  la  terre  produisit  son  fruit.  » 
On  lit  en  effet  au  IIIe  livre  des  Rois  qu'après  beaucoup  de 
jours  de  sécheresse,  Elie  étant  monté  sur  le  mont  Carmel, 
s'agenouilla,  se  mit  en  prière,  en  penchant  sa  tête  vers  la 
terre,  et  il  tomba  une  grande  pluie.  (IIIReg.,xvin.) 

Oravit  ut  non  plueret.  Une  prière  d'Elie  ferma  les  cieux, 
une  nouvelle  prière  d'Elie  les  ouvrit.  Quelle  puissance 

(1)  Ainsi  on  lit  au  IIIe  livre  des  Rois  (ch.  il,  v.  11)  que  David  régna 
sept  ans  dans  Hébron  ;  et  le  Ior  livre  des  Paralipomènes  (c.  m,  v.  4) 
nous  apprend  qu'il  y  régna  sept  ans  et  six  mois. 


—     109     —  Jac,  v. 

n'aura  donc  pas  la  prière  assidue,  répétée  et  persévérante 
d'un  grand  nombre  de  justes  unis  ensemble  pour  demander 
à  Dieu  la  même  grâce?  Et  qu'on  ne  dise  pas  qu'Elie  fut 
exaucé  parce  qu'il  était  prophète  :  saint  Jacques  nous 
déclare  qu'il  ouvrit  et  ferma  les  cieux  par  sa  prière, 
quoiqu'il  fût  un  homme  semblable  à  nous  :  Homo  erat 
similis  nobis.  Oh  !  que  la  prière  publique  de  l'Eglise  serait 
puissante,  si  elle  était  faite  avec  dévotion  dans  toutes  les 
paroisses  ! 

Saint  Jacques  vient  d'exhorter  les  fidèles  à  prier  les 
uns  pour  les  autres,  parce  que  la  prière  du  juste  est 
puissante  auprès  de  Dieu.  De  là  il  tire  une  importante 
conclusion,  par  laquelle  il  termine. 

19  et  20.  Fratres  mei,  si  quis  ex  vobis  err averti  a  veritale, 
et  converterit  quis  eum,  scire  débet  quoniam  qui  con- 
verti fecerit  peccatorem  ab  errore  viœ  suœ  salvabit  ani~ 
muni  ejus  a  morte,  et  operiet  multitudinem  peceatorum. 
Priez  donc  avec  ferveur  les  uns  pour  les  autres.  Car, 
mes  frères,  si  l'un  d'entre  vous  s'égare  du  chemin  de  la 
vérité  (1),  et  si  quelqu'un  l'y  fait  rentrer  par  ses  prières 
ou  par  ses  conseils,  qu'il  sache  bien  que  celui  qui  con- 
vertira un  pécheur  et  le  retirera  de  son  égarement,  sau- 
vera de  la  mort  l'âme  de  son  frère  et  couvrira  la  multi- 
tude de  ses  péchés. 

On  voit  ici  l'excellence  de  la  prière  pour  la  conversion 
des  pécheurs.  Cette  prière  est  puissante,  surtout  lors- 
qu'un grand  nombre  d'àmes  justes  s'unissent  ensemble 
pour  implorer  le  Seigneur.  Cette  prière  des  justes,  lors- 
qu'elle est  assidue  et  faite  de  concert,  obtient  aux  pé- 
cheurs des  grâces  de  salut.  Elle  donne  une  force  efficace 
aux  paroles  du  prédicateur;  elle  soutient  le  missionnaire 
dans  ses  travaux,  elle  le  sauve  dans  ses  dangers  et  ne  lui 
est  pas  moins  nécessaire  que  l'aumône. 

Saint  Jacques  montre  ensuite  quelle  œuvre  admirable 
est  la  conversion  d'un  seul  pécheur.  Convertir  un  pécheur, 

(1)  Si  qui*  erraverit  a  veritate.  La  vérité  religieuse  comprend  la  foi 
<-t  la  morale.  Ici  la  vérité  .signifie  spécialement  In  loi  de  Dieu  qui  est 
la  véritable  règle  des  actions  du  chrétien. 


—    110    — 

c'est  sauver  l'âme  d'un  frère,  l'arracher  aux  flammes 
éternelles,  l'introduire  dans  les  cieux  où  il  louera  Dieu 
sans  fin.  C'est  en  outre  donner  son  complément  à  la  pas- 
sion même  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  en  couvrant, 
en  expiant,  en  effaçant  une  multitude  de  péchés,  qui 
étaient  une  injure  à  Dieu. 

Salvabit  animant  ejus.  Le  monde  entier  n'égale  pas  le 
prix  d'une  âme.  Donc,  si  vous  aviez  distribué  aux  pauvres 
d'immenses  trésors,  vous  n'auriez  pas  fait  une  action 
aussi  belle  que  celui  qui  convertit  et  sauve  une  seule 
âme,  dit  saint  Chrysostome  (1). 

Hélas  !  combien  d'âmes,  rachetées  au  prix  du  sang  de 
Jésus-Christ,  se  perdent  par  la  négligence  de  leurs  amis, 
de  leurs  parents,  de  leurs  pasteurs  î  Un  mot  eût  pu  les 
sauver  :  on  ne  Ta  pas  osé  dire.  0  pasteurs,  instruisez, 
exhortez,  parlez  avec  charité  !  Si  l'on  ne  vous  écoute  pas, 
du  moins  vous  aurez  délivré  votre  âme.  Surtout  priez. 

Salvabit  animam  ejus  (2).  Quelques-uns  traduisent  : 
Salvabit  animam  saam.  «  Celui  qui  convertira  un  pé- 
cheur sauvera  lui-même  son  âme.  »  Ce  sens  peut  se  con- 
cilier avec  le  grec  et  même  avec  le  latin.  Ne  le  rejetons 
pas.  C'est  la  leçon  de  quelques  exemplaires  ;  et  d'ailleurs, 
il  est  certain  que  travailler  au  salut  des  pécheurs  est  un 
excellent  moyen  de  se  sauver  soi-même  et  de  mériter 
dans  les  cieux  une  éternelle  récompense.  Et  rêvera  qui 
errantem  corrigif,  dit  le  Vénérable  Bède,  sibimetipsi  per 
hoc  vitœ  cœlestis  gaudia  ampliora  conquirit. 

Et  operiet  multitudinem  peccatorum,  et  il  couvrira  une 
multitude  de  péchés.  Il  couvrira  ceux  du  frère  qu'il  a 


(1)  OÙx  é'ort  \>'J'/J,$  ovfk*  ùvtûÇl'jv,  oifct  h  K'izixoi  «t:îc>.  'iisrr  y.y.\>  fjn>f,ix  oûç 
XCrifistXK  ïtsvtjaiv,  oùâk'J  zotrizov  if,yâ*rlt  oio j  b  fxkt'J  fvxÔ?  iltlvtpéfWJ,  (S.  Chr\s. 
in  I  Cor.  Ilom.  ni,  n.  5.) 

(2)  Les  éditions  grecques  varient  entre  Mfoci  ■l'jyj,-',  et  i^zzi  fu^ps»  ts&roïi, 
mtlvàbii  animam,  et  salvabit  animam  ejus.  «  Il  sauvera  une  âme  «,  ou 
«  il  sauvera  l'âme  de  ce  pécheur.  »  —  Saint  Jacques  s'inspire  de  [a  pa- 
role «le  Notre-Seigneur  :  Allez,  reprenez  votre  frère  en  particulier.  S'il 
vous  écoute,  vous  aurez  gagné  votre  frère.  Vade,  corripe  eum  inter  te  et 
ipsum  solum.  Si  te  audierit,  lucratus  eris  fratrem  tuvm.  (S.  Mat  th., 
xvni,  15.) 


—     111     —  Jac,  v. 

converti  et  les  siens  propres;  il  cachera  ces  péchés,  ils 
seront  effacés,  Dieu  même  ne  les  verra  plus  (1). 

C'est  lini.  Saint  Jacques  ne  termine  son  Epitre  ni  par 
une  salutation,  ni  par  une  doxolcgie,  comme  font  les 
autres  Apôtres.  En  effet,  ce  petit  ouvrage,  remarquable 
môme  au  point  de  vue  de  la  composition  littéraire,  est 
moins  une  Epitre  qu'un  recueil  de  maximes,  de  préceptes, 
de  pensées  salutaires.  Quand  l'Apôtre  a  dit  tout  ce  qu'il 
voulait  écrire  aux  fils  d'Israël  devenus  chrétiens  et  ré- 
pandus parmi  les  Gentils,  il  n'ajoute  plus  rien. 

Lisons,  relisons,  répétons  aux  autres  et  à  nous-mêmes 
chacune  de  ces  bonnes  pensées  dictées  par  l'Esprit-Saint. 

(1)  Que  les  mots  operire,  tegere  peccata  signirient  effacer  les  péchés, 
delere  peccata,  cela  est  prouvé  par  ce  texte  du  Psaume  xxxi  :  Beati  quo- 
rum remisses  sunt  iniquitates,  et  quorum  tecta  sunt  peccata.  La  symé- 
trie de  lajphrase  indique  que  remittere  et  tegere  sont  synonymes. 


COMMENTAIRE 


SUR    LA 


>  / 


PREMIERE  EPITRE  DE  SAINT  PIERRE 


1  PITRS8  CA1  n<  UylES 


PREFACE 


1.  Saint  Pierre  adresse  cette  Epître  aux  Israélites  convertis 
qui  étaient  dispersés  dans  plusieurs  provinces  de  l'Asie  Mi- 
neure. Mais  comme  ils  formaient  une  seule  Eglise  avec  les 
Gentils  «pii  avaient  aussi  embrassé  la  religion  chrétienne,  on 
doit  reconnaître  que  les  paroles  de  saint  Pierre  regardent  tous 
les  fidèles  de  ces  contrées,  ou  plutôt  les  chrétiens  de  tous  les 
siècles. 

Il  les  exhorte  à  pratiquer  la  vertu  à  cause  des  grâces  qu'ils 
ont  reçues  de  Dieu,  et  en  vue  des  biens  admirables  qui  leur 
sont  préparés  dans  le  ciel. 

Il  leur  recommande,  en  particulier,  l'union  des  sentiments, 
la  patience  dans  les  tribulations,  la  vigilance  sur  eux-mêmes 
et  la  soumission  aux  puissances  temporelles. 

Puis,  entrantdans  Le  détail  des  diverses  conditions,  il  ordonne 
aux  esclaves  d'obéir  à  leurs  maîtres,  et  il  prescrit  aux  femmes 
d'être  Boumises  à  leurs  maris.  De  même,  les  maris  doivent  vivre 
emmes  selon  La  sagesse,  et  les  traiter  avec  honneur. 
Ensuite  il  -"adresse  aux  pasteurs,  c'est-à-dire  aux  évêques 
et  aux  prêtres,  et  il  Les  exhorte  à  prendre  soin  du  troupeau 
que  1  Heu  Leur  a  confié. 

Par  ci    résumé,  l'on  voit  que  saint  Pierre  se  propose  moins 
d'en  aux  fidèles  Les  dogmes  de  La  religion,  que  de  les 

soutenir  au  milieu  des  persécutions  qu'ils  souffraient  de  La  part 
des  Juifs  incrédules  <'t  des  Gentils  idolâtres,  il  les  encourage 
à  demeurer  fermes  dans  La  foi,  à  régler  leur  conduite  sur  la 
foi,  e<  il  montre  que  Leur  foi  est  appuyée  sur  un  fondement 
inébranlable. 


—     11G    — 

2.  Cette  Epitre  est  écrite  de  Babylone;  mais  saint  Pierre 
veut  par  là  faire  entendre  la  ville  de  Rome,  qui  est  aussi 
désignée  cinq  ou  six  fois  dans  l'Apocalypse  par  le  nom  de 
Babylone,  comme  le  remarque  Tertullien  :  Sic  et  Babylon 
etiam  apud  Joannem  nostrum  Romance  urbis  figura  est, 
(Contra  Marcion.,  lib.  III,  c.  xni.) 

3.  On  discute  sur  l'époque  où  cette  lettre  a  été  composée.  Les 
uns  pensent  qu'elle  a  pu  être  écrite  dès  l'an  43  ou  44,  pendant 
le  premier  séjour  de  saint  Pierre  à  Rome  :  les  autres  la  reportent 
à  vingt  ans  plus  tard,  quand  Néron  commençait  à  persécuter  les 
chrétiens.  Ils  s'appuient  sur  ce  mot  de  l'Apôtre  :  «  Sachez  que 
vos  frères  qui  sont  dans  le  monde  souffrent  les  mêmes  afflictions 
que  vous  (v,  19).  »  Mais  les  chrétiens  ont,  dès  l'origine,  subi 
en  tous  lieux  des  vexations  de  la  part  des  Juifs  et  des  païens. 

Une  autre  raison  qu'ils  font  valoir,  c'est  qu'on  note  dans 
cette  Epître  des  pensées,  des  maximes  et  même  des  expres- 
sions qui  se  retrouvent  dans  l'Epître  de  saint  Paul  aux  Ro- 
mains (c.  xn  et  xiii),  et  dans  celle  aux  Ephésiens.  De  là,  ils 
concluent  que  saint  Pierre  avait  sous  les  yeux  ces  deux  der- 
nières Epîtres,  lorsqu'il  écrivait  la  sienne.  Elle  serait  donc 
postérieure  à  l'an  62.  Mais  outre  que  le  Saint-Esprit  suggérait 
la  même  doctrine  aux  deux  Apôtres  et  que  l'expression  suit 
facilement  la  pensée,  on  peut  dire  que  les  ressemblances 
remarquées  dans  leurs  écrits  s'expliquent  naturellement  par 
les  relations  que  saint  Pierre  et  saint  Paul  ont  eues  ensemble 
à  Jérusalem  et  à  Antioche.  On  explique  de  même  les  passages 
analogues  des  Epîtres  de  saint  Jacques  et  de  saint  Jean.  Ces 
phrases  similaires,  dont  chacune  conserve  son  trait  propre, 
ne  doivent  pas  surprendre  dans  les  disciples  du  même  maître 
et  chez  les  prédicateurs  de  la  même  doctrine. 

L'avant-dernier  verset  de  cette  Epître  nous  semble  four- 
nir une  indication  meilleure.  On  y  voit  que  saint  Marc  était 
alors  à  Rome  auprès  de  saint  Pierre  :  Salutat  vos  Marcus, 
filius  meus.  Or,  saint  Marc  quitta  saint  Pierre  pour  aller 
fonder  l'Eglise  d'Alexandrie  vers  l'an  45.  Cela  paraît  trancher 
la  question  ;  car  il  n'est  pas  vraisemblable  que  le  Marc  dont 
parle  saint  Pierre  soit  différent  de  l'Evangéliste.  Il  en  faut 
conclure  que  cette  Epître  est  antérieure  à  l'an  45. 


—    117    — 

\.  On  sent  en  la  lisant  une  autorité  digne  du  Prince  des  Apô- 
tres. Le  style  est  noble,  précis,  plein  de  force.  Il  dit  beaucoup 
de  choses  en  peu  de  mots.  Epistolam  profecto  dignam  apo- 
stolorum  principe,  dit  Erasme,  plénum  auctoritatis  ac 
majestatis  apostolicce,  verbis  parcam,  sententiis  differtam. 
En  examinant  et  en  pesant  chaque  terme,  on  retrouve,  pour 
ainsi  dire,  toute  la  substance  de  l'Evangile  condensée  dans  ce 
petit  nombre  de  pages. 

La  période  de  saint  Pierre  se  prolonge  de  temps  en  temps, 
comme  celle  de  saint  Paul.  11  y  insère  des  parenthèses  ;  sur- 
tout, il  aime  à  enchaîner  plusieurs  membres  de  suite  an  moyen 
de  participes  et  de  pronoms  conjonctifs.  Gela  rend  sa  phrase 
parfois  dificile  à  entendre  lorsqu'on  n'y  est  pas  habitué. 

5.  On  n'a  jamais  douté  que  cette  Epître  ne  fût  l'œuvre  de 
saint  Pierre.  On  en  remarque  jusqu'à  huit  passages  insérés 
dans  la  lettre  de  saint  Polycarpe  aux  Philippiens.  Eusèbe 
déclare  qu'elle  a  pour  elle  le  témoignage  unanime  des  anciens 
auteurs  ecclésiastiques,  qui  la  citent  souvent  dans  leurs  écrits. 
Pétri  quidem  una  Epistola  quœ  prior  ejus  dici  solet,  tum- 
quam  germana  ab  omnibus  sine  conlroversia  admittitur. 
Cujus  etiam  testimonio  veleres  religionis  nostrœ  antistites, 
a  (pote  extra  omnem  dubitationem  positœ,  in  script  is  sais 
frequentissime  nsi  sunt,  (Hist.  Eccl.,  lib.  III,  c.  in.) 

Elle  est  citée  par  saint  Irénée  (adv.  Haer.,  lib.  IV,  c.  ix)  : 
Petrus  ail  in  Episfola  saa  :  Quem  non  videntes  diligitis. 
(I  Petr.,  i.  «s.)  Clément  d'Alexandrie  en  insère  dans  ses  Stro- 
mates  la  maxime  suivante  :  Sed  si  quid  patimini  propter 
justitiam,beati,dicit  Petrus.  il  Petr.,  ni,  14.  —  Strom.,1.  IV.) 
Elle  <'>t  enfin  citée  dans  Tertullien,  Origène,  saint  Cyprien  et 
t< "i-  Les  Pères  qui  viennent  après  ceux-là. 

f'.  L'on  convient  aussi  que  le  t.xte  grée  n'est  pas  un,'  traduc- 
tion, mais  l'original  même.  Quant  à  savoir  si  saint  Pierre  en 
seul  L'auteur,  ou  bien  -"il  en  a  fait  corriger  !<•  style  par  saint 
Marc  «-H  par  un  autre  secrétaire,  cela  n'importe  guère,  puisqu'il 
a  tout  dicté  ou  tout  approuvé  >'»us  L'inspiration  du  Saint-Esprit, 
Nous  croyons  cependant  que  saint  Pierre,  qui  avait  reçu  1''  'Ion 
des  langues  au  jourde  la  Pentecôte,  <'t  qui  prêchait  L'Evangile 
•  •il  grec  aux  hommes  Les  plus  illustres  de  L'Empire,  -avait  assez 


—    118    — 

de  grec  pour  rédiger  lui-même  cette  Epître,  telle  que  nous 
l'avons.  Saint  Jacques  et  son  frère  saint  Jude,  qui  n'avaient 
pas  plus  fréquenté  les  écoles  que  saint  Pierre,  ont  écrit  leurs 
Epîtres  dans  un  fort  bon  style. 

On  remarque  que,  parmi  les  écrivains  du  Nouveau  Testament, 
saint  Pierre  est  celui  qui  cite  le  plus  fréquemment  l'Ancien  ; 
et  il  le  fait  avec  une  aisance  qui  surprend  dans  un  pêcheur  de 
Galilée,  quand  on  se  rappelle  combien  il  était  peu  familiarisé 
avec  les  Livres,  saints,  avant  sa  transformation  miraculeuse 
au  jour  de  la  Pentecôte. 

7.  Puissions-nous,  en  lisant  cette  Ecriture  divine,  concevoir 
une  haute  estime  de  notre  vocation  au  christianisme,  et  com- 
prendre combien  sont  précieuses  les  souffrances  qu'on  endure 
avec  patience  et  résignation,  surtout  quand  on  est  innocent, 
et  plus  encore  quand  on  souffre  pour  la  cause  de  Jésus-Christ, 
Saint  Pierre  ne  cesse  d'inculquer  cette  leçon,  et  peut-être  ne 
nous  est- elle  pas  aujourd'hui  moins  nécessaire  qu'elle  l'était 
aux  premiers  chrétiens. 


PREMIÈRE  ÉPITRE  DE  SAINT  PIERRE 


CHAPITRE  PREMIER 


ANALYSE 

1.  Saint  Pierre  écrit  aux  Israélites  qui  ont  accepté  la  religion 
du  Christ  et  qui  se  trouvent  dispersés  dans  les  provinces  de 
l'Asie  Mineure  (1  et  2). 

2.  Il  leur  représente  qu'ils  sont  appelés  à  l'héritage  des  biens 
éternels  que  les  anciens  prophètes  avaient  promis  à  leurs  pères. 
La  résurrection  de  Jésus-Christ  les  leur  assure,  et  ils  seront 
mis  en  possession  de  ces  biens  au  jour  où  le  Christ  apparaîtra 
de  nouveau  sur  la  terre  (3-12). 

3.  Il  les  exhorte  à  s'en  rendre  dignes  par  leur  charité  mu- 
tuelle et  par  la  sainteté  de  leur  vie  (13-fm). 


1.  Petrusapostolus  Jesu  Chris- 
ti,  electis  advenis  dispersionis 
Ponti,  Galatiœ,  Coppadociœ, 
Asiœ  et  Bithyniœ, 

2.  Secundum  prœscientiam 
JDei  Patvis,  in  sanctificationem 
Spiritus,  in  obedientiam  et  ad- 
spsrsionem  sanguinis  Jesu  Chri- 
sti.  Gratii  vobis  et  pax  multi- 
plicetur. 

3.  Bénédictin  Deus  et  Pater 
Do?ni>ri  nostri  Jesu  Christi,  fjui 

tndum  'iiisericordiam  sua»i 
jnatn    regeneravit    nos    in 
spen,  vivant, per  resurrectionem 
Jesu  Christi  ex  mortuie, 


1.  Pierre,  apôtre  de  Jésus-Christ, 
aux  fidèles  qui  sont  étrangers  et  dis- 
persés dans  le  Pont,  la  Galatie,  la 
Cappadoce,  l'Asie  et  la  Bithynie  ; 

2.  Qui  ont  été  élus  selon  la  pré- 
science de  Dieu  le  Père,  pour  rece- 
voir la  sanctification  de  l'Esprit, 
pour  obéir  à  Jésus-Christ  et  pour 
être  arrosés  de  son  sang.  Que  la 
grâce  et  la  paix  se  répandent  sur 
vous  avec  abondance. 

3.  Béni  soit  le  Dieu  et  le  Père  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  qui, 
selon  sa  grande  miséricorde,  nous 
a  régénérés  pour  nous  donner,  par 
la  résurrection  de  Jésus  -  Christ 
d'entre  les  morts,  une  espérance 
vivante  : 


—    120 


4.  L'espérance  d'être  mis  en  pos- 
session de  l'héritage  incorruptible 
et  sans  tache,  qui  ne  peut  se  flétrir, 
et  qui  vous  est  conservé  dans  les 
eteux  : 

5.  A  vous  qui,  sous  la  protection 
de  la  vertu  de  Dieu,  êtes  gardés  par 
la  foi  pour  participer  au  salut  qu'il 
vous  a  préparé  et  qui  sera  manifesté 
à  la  fin  des  temps. 

G.  Et  alors  ce  salut  vous  transpor- 
tera de  joie  après  que  vous  aurez  été, 
s'il  le  faut,  allligés  en  cette  vie  de 
diverses  tentations  durant  un  peu  de 
temps  : 

7.  Afin  que  l'épreuve  de  votre  foi, 
beaucoup  plus  précieuse  que  l'or 
éprouvé  par  le  feu,  soit  trouvée 
digne  de  louanges,  d'honneur  et 
de  gloire,  a  l'avènement  de  Jésus- 
Christ, 

8.  que  vous  aimez,  quoique  vous 
ne  l'ayez  pas  vu  ;  en  qui  vous  croyez 
sans  le  voir  encore  maintenant.  Or 
cette  croyance  vous  fera  tressaillir 
d'une  joie  ineffable  et  glorifiée, 

9.  Lorsque  vous  remporterez  le 
prix  qui  est  la  fin  proposée  a  votre 
foi,  c'est-à-dire  le  salut  de  vos 
âmes. 

10.  C'est  la  connaissance  de  ce 
salut  qu'ont  recherchée  et  scrutée 
les  prophètes  qui  ont  prédit  la  grâce 
qui  vous  était  réservée. 

11.  Ils  cherchaient  quel  était  ce 
temps  et  quelles  étaient  ces  conjonc- 
tures que  leur  désignait  l'Esprit  du 
Christ,  qui  était  en  eux,  lorsqu'il 
leur  annonçait  d'avance  les  souf- 
frances du  Christ  et  la  gloire  qui 
devait  les  suivre. 

12.  Or  il  leur  fut  révélé  que  ce 
n'était  pas  pour  eux-mêmes,  mais 
pour  vous  qu'ils  dispensaient  les 
enseignements  qui  vous  ont  été  main- 
tenant annoncés  par  ceux  qui  vous 
ont  prêché  l'Evangile,  lorsque  l'Es- 
prit a  été  envoyé  des  cieux,  afin  de 
vous  faire  connaître  celui  que  les 
anges  mêmes  désirent   contempler. 

13.  C'est  pourquoi,  ceignant  les 
reins  de  votre  âme   et  vivant  dans 


4.  In  hœreditatem  incorrupti- 
bilem  et  incontaminatam  et  itn- 
marcescibilem,  conservatam  In 

cœlis  in  vobis  : 

5.  Qui  in  virtute  JJei  custodi- 
mini  per  fidem  in  sainte  m  pa- 
ratam  revelari  in  tempore  n<>- 
vissimo  : 

6.  In  quo  exsnltàbitis,  modi- 
cum  mine  si  oportet  contristari 
in  variis  tentât  ionibus  ; 


7.  Ut  protatio  vestrœ  fidei 
multo  pretiosior  aura  (qnod  per 
ignem  probatur)  inveniatur  in 
landem  et  gloriam  et  honorent 
in  revelatione  Jesu  Christi; 

8.  Que  m  qunm  non  vider  itis, 
diligitis  :  in  quenx  nunc  quoque 
non  videntes  creditis  :  credentes. 
antem  exsultabitis  lœtitia  ine- 
narrabili  et  glorificata, 

9.  Reportantes  finem  fidei 
vestrœ,  salvtem  animarum. 


10.  De  qua  sainte  exquisie- 
runt  atque  scrutati  sunt  pro- 
phetœ  qui  de  futur  a  in  vobis 
gratin  prophetaverunt  ; 

11.  Scrutantes  in  quod  vel 
qualc  temples  significaret  in  eis. 
Spiritia  Christi,  prœnuntians 
eas  quœ  in  Christo  sunt  passia- 
nes,  et  posteriores  glorias  : 


12.  (Quitus  révélation  est  quia, 
non  sibimetipsis,  vobis  auteni 
ministrabant  ea  quœ  nunc  nun- 
tiata  sunt  vobis  per  eos  qui 
evangelizaverunt  vobis,  Spîritu 
sancto  misso  de  cœlo,)  in  quem 
desiderant  angeli  prospicere. 


13.    Pr opter     quod    succinct i 
lumbos   mentis    vestrœ,   sobiii. 


121    — 


/  Petr.,  i. 


perfecte  sperate  in  eam  quœ 
offertur  vobis  gratiam,  in  révé- 
lât ioneni  Jesxi  Christi  : 

14.  Quasi  fil ii  obedientiœ ,  non 
COn/îgurati  prioribus  ignoran- 
Xiœ  vestrœ  desideriis, 

15.  Sed  secundion  eum  qui 
oocavit  vos,  Sanction ,  et  ipsi 
in  omni  conversatioJie  sancti 
sitis  : 

16.  Quonia?n  scriptum  est  : 
Sancti  critis,quoniam  ego  sanc- 
tus  su  ni. 

17.  Et  si  Patrem  invocatis 
eum  qui  sine  acceptione  perso- 
narufn  judicat  secnndum  unius- 
cujiisq-ne  opus,  in  timoré  inco- 
latus  vestri  tempore  conversa- 
mini  : 

18.  Scientes  quod  non  corrup- 
fibilibus  au.ro  vel  argento  re- 
dempti  estis  de  vana  vestra  con- 
versât ione  paternœ  traditionis, 

19.  Sed  prêt  ioso  sang)'  ine  quasi 
agni  immaculati  Christi,  et  in- 
contaminati  : 

20.  Prœcogniti  quidem  ante 
mttndi  constitutionem,  mani- 
festati  autem  novissimis  tem- 
poribi'S  propter  vos, 

21.  Qni  per  ipsxtnt  fidèles  estis 
in  Deo,  qui  suscitavit  eum  a 
mortuis,  et  dédit  ei  gloriam,  ut 
fides  vestra  et  spes  esset  in  Deo. 

22.  Animas  vestras  castifi- 
cantes  in  obedientia  caritatis, 
m  fraternitatis  amore  simplici, 

.  invicem  diligite  atten- 
tive : 

Renaît    non    ex    semine 
uptibili,  st  d  incorruptibili, 
um  Dei  rivi  et  perma- 
\is  in  œternum. 

84,  iniscaroutfosnum, 

ria  ejus  tânquam 
ffos  fosni;  exaruit  fœnum,  et 
flos  e  dit. 


la  tempérance,  attendez  avec  une 
espérance  parfaite  la  grâce  qui  vous 
est  offerte  pour  vous  être  donnée  à 
l'avènement  de  Jésus-Christ. 

14.  Etant  des  enfants  d'obéis- 
sance, évitez  de  vous  conformer  aux 
anciens  désirs    de  votre  ignorance. 

15.  Au  contraire,  soyez  saints  vous 
mêmes  dans  toute  votre  conduite,  à 
l'exemple  du  Saint  qui  vous  a  appelés. 

10.  Car  il  est  écrit  :  Vous  serez 
saints,  parce  que  je  suis  saint. 

17. Et  puisque  vous  invoquez  comme 
votre  Père  celui  qui  juge  chacun  se- 
lon ses  œuvres,  sans  faire  acception 
de  personnes,  vivez  dans  la  crainte 
pendant  le  temps  que  vous  demeurez 
étrangers  sur  la  terre  ; 

18.  Sachant  que  ce  n'est  point  avec 
des  choses  corruptibles,  comme  l'or 
et  l'argent,  que  vous  avez  été  rachetés 
de  la  vanité  où  vous  viviez  en  suivant 
la  tradition  de  vos  pères, 

19.  Mais  que  vous  avez  été  rachetés 
par  le  sang  précieux  de  Jésus-Christ, 
comme  par  celui  d'un  agneau  sans 
tache  et  sans  souillure  : 

20.  Agneau  divin  qui  avait  ét« 
prédestiné  avant  la  création  du 
monde,  et  qui  a  été  manifesté  pour 
vous  dans  les  derniers  temps. 

21.  Car  c'est  par  lui  que  vous 
croyez  en  Dieu,  qui  l'a  ressuscité 
d'entre  les  morts  et  l'a  comblé  de 
gloire,  afin  que  votre  foi  et  votre 
espérance   soient   établies  en    Dieu. 

22.  Rendez  vos  âmes  pures  dans 
une  obéissance  d'amour  :  et  chérissez» 
vous  constamment  les  uns  les  autres 
comme  des  frères  avec  une  charité 
sincère  et  du  fond  du  cœur, 

.   .Maintenant  que  vous  avez  été 
9,  non  d'un  germe  corrup- 
tible, mais  'l'une  semence  incorrup- 
tible, par  la   parole  du  Dieu  vivant 
qui  subsiste  éternellement. 

24.  Car  toute  chair  est  comme 
l'herbe,  et  toute  la  gloire  de  la 
chair  est  comme  la  fleur  de  l'herbe. 
L'hei  lie    et    la    fleur    i"inbe. 


—  122    — 

25.    Verbum    autem    Domini  25.  Mais    la    parole   du    Seigneur 

manet    in    œternum   :   hoc    est  demeure  éternellement,  et  c'est  cette 

autem    verbum   quod   evangell-  parole  qui  vous  a  été  annoncée  par 

zatum  est  in  vos.  l'Evangile. 


COMMENTAIRE 

Petrus.  Ce  mot  est  la  traduction  du  syriaque  Képlia, 
qui  signifie  Pierre  ou  Rocher.  Saint  Pierre  s'appelait 
d'abord  Simon.  Lorsque  André,  son  frère,  l'amena  à 
Jésus,  Notre-Seigneur  le  regarda  et  lui  dit  :  Tu  es  Simon, 
fils  de  Jean  ;  tu  t'appelleras  Céphas,  c'est-à-dire,  Pierre. 
(S.  Joann.,  i,  42.)  Plus  tard,  lorsqu'il  choisit  ses  douze 
Apôtres,  il  donna  de  nouveau  à  Simon  le  nom  de  Pierre. 
{S.  Marc,  in,  16.)  Enfin  lorsque  Simon  confessa  haute- 
ment la  divinité  de  Jésus  auprès  de  Césarée,  Notre-Sei- 
gneur lui  confirma  ce  nom  glorieux,  et  il  en  donna  la 
raison,  en  prononçant  cette  grande  parole  sur  laquelle 
rouleront  les  destinées  du  monde  jusqu'à  la  fin  des 
siècles  :  «  Tu  es  Pierre,  et  sur  cette  pierre  je  bâtirai  mon 
Eglise,  et  les  portas  de  l'enfer  ne  prévaudront  point 
contre  elle.  »  (S.  Matth.,  xvi,  18.)  Pierre  garda  cependant 
son  premier  nom,  et  il  commence  lui-même  sa  seconde 
Epître  par  ces  mots  :  Simon  Petrus  (1). 

Apostolas  Jesn  Christi.  Le  titre  d'Apôtre  appartient 
aux  collègues  de  Pierre  qui  ont  été  choisis  par  Jésus- 
Christ  ;  mais  Pierre  est  leur  chef,  et  seul  il  transmet  la 
puissance  apostolique  à  ses  successeurs. 

Electis.  Les  chrétiens  seront  encore,  un  peu  plus  loin, 
appelés  une  race  élue,  vos  genus  electum.  (n,  9.)  Ils  ont 
été  élus  de  Dieu  pour  entendre  l'Evangile,  pour  y  croire, 

(1)  Jésus  nomma  Pierre  ce  disciple  et  il  bâtit  sur  lui  son  Eglise,  dit 
saint  Léon,  afin  que,  par  une  grâce  admirable  de  Dieu,  l'édifice  du  temple 
éternel  reposât  sur  la  solidité  de  Pierre.  (Epist.  89.)  —  En  outre,  comme 
l'Eglise  doit  durer  jusqu'à  la  fin  des  temps,  Pierre  vit  dans  ses  succes- 
seurs et  chacun  d'eux  hérite  de  la  fermeté  de  sa  foi  et  de  son  infaillibi- 
lité doctrinale. 


—     123     —  IPetr.,1. 

pour  recevoir  le  baptême,  et  pour  obtenir  la  vie  éternelle 
en  persévérant  dans  la  justice. 

Advenis.  Le  mot  advena,  -aç—'.or^.o;,  désigne  un  étranger 
qui  habite  un  pays  dont  il  n'est  pas  citoyen.  Tels  étaient 
les  Juifs  qui  avaient  quitté  la  Palestine,  leur  patrie.  Dès 
cette  époque  ils  étaient,  en  grand  nombre,  disséminés  dans 
toutes  les  contrées  de  l'univers. 

Advenœ  dispersionis,  les  étrangers  de  la  dispersion. 
C'est  un  hébraïsme  qui  veut  dire  «  les  étrangers  disper- 
sés. »  Saint  Jacques  emploie  une  expression  semblable  : 
Duodecim  tribubas  quœ  sunt  in  dispersione.  Ce  mot  dis- 
persion ne  comprend  pas  seulement  les  fidèles  que  la 
persécution  avait  chassés  de  Jérusalem  après  la  mort  de 
saint  Etienne,  mais  tous  ceux  qui  étaient  répandus  dans 
les  pays  étrangers. 

Dispersionis  Ponti.  Saint  Pierre  adresse  sa  lettre  aux 
Juifs  qui  sont  dans  le  Pont,  la  Galatie,  la  Cappadoce, 
l'Asie  et  la  Bithynie  :  provinces  qu'il  avait  évangélisées, 
comme  nous  l'affirment  saint  Jérôme  et  saint  Léon  (1). 

Asise.  Par  l'Asie  proprement  dite,  on  entend  le  pays 
dont  Ephèse  était  la  capitale.  Sous  les  Romains,  la  pro- 
vince d'Asie  comprenait  en  outre  la  Phrygie,  la  Mysie,  la 
Carie  et  la  Lydie.  (Cic.  pro  Flacco,  27.)  —  Bilhyniœ.  Les 
principales  villes  de  Bithynie  étaient  Chalcédoine,  Nico- 
médie,  Pruse  et  Nicée,  toutes  célèbres  dans  l'histoire. 

2.  Electis...  secundam  prœscientiam  Dei  Paftis,  in 
sanctificationem  Spiritus,  in  obedientiam  et  aspersionem 
sanguinis  Jesn  Cltristi.  On  voit  ici  les  trois  personnes 
divines  concourir  au  salut  des  hommes.  Le  Père  les  choi- 
sit, selon  sa  bout»'4,  parmi  la  masse  corrompue  du  genre 
humain.  Ceux  qu'il  a  choisisse  Saint-Esprit  les  sanctifie, 

(1)  Simon  Petrta...  post  episcopatum  antiockenwis  ecclesiœ  et  prœ- 

dicationem  dùp&rtionù  eonon  qui  de  circnmcisiune  crediderant  in 

.  Cappadocia,  Aria  et  Bithynia,  secundo  Claudii  anno, 

ad  expugnandum  Simonem  magum  Romam  pergit.  (S.  Ilieron.  Catal. 

pt.  Ecoles.)  —  Jam  Pontum,  GtUatiam,  Cappadociam,  Asiam  atque 

\yniam  legibus  evangehcœ  pra>dicationie  impleveras.  (S.  Léo  M. 

in  Natal.   Apott.  Sermo  i.)  Saint   Epiphaoe    rapporte   aussi   que   saint 

Pierre  ayai!  plusieurs  foia  visité  le  Pont  et  la  Bithynie.  (Haar.,  ixyii,6.) 


—     124     — 

en  les  pressant  intérieurement  d'obéir  à  la  parole  de 
l'Evangile,  et  en  répandant  la  grâce  dans  leurs  âmes. 
Enfin,  ils  sont  purifiés  de  leurs  péchés  par  l'aspersion 
du  sang  de  Jésus-Christ. 

Secwidum  prœscie?itiam.  On  distingue  la  prescience  de 
la  prédestination.  Par  sa  prescience,  Dieu  sait  l'usage 
que  l'homme  fera  de  la  grâce,  s'il  la  lui  donne.  Par  la 
prédestination,  Dieu,  dans  sa  miséricorde,  prépare  à 
l'homme  les  grâces  que  sa  prescience  lui  montre  efficaces. 

Or,  le  Père  ayant  résolu  d'appeler  à  la  foi  les  peuples 
auxquels  écrit  saint  Pierre,  leur  a  envoyé  des  prédicateurs 
pour  leur  annoncer  l'Evangile.  Plusieurs  parmi  ces  peu- 
ples ont  répondu  à  l'appel  de  sa  grâce.  Ceux-là  forment 
les  Eglises  auxquelles  écrit  saint  Pierre,  et  l'Apôtre 
leur  dit  qu'ils  ont  été  élus  selon  la  prescience  de  Dieu  et 
choisis  dans  sa  bonté.  Electis  secwidum  prœscientiam 
Dei. 

C'est  là  une  prédestination  pleine  de  suavité;  car,  sans 
forcer  le  libre  arbitre  de  l'homme,  elle  attire  doucement 
sa  volonté.  C'est  aussi  une  prédestination  certaine;  car 
Dieu,  connaissant  le  motif  qui  doit  incliner  la  volonté  de 
l'homme,  le  lui  suggère,  et  par  là,  détermine  sa  libre 
volonté.  Attinnit  a  fine  usque  adfinem  fortiter,  et  disponit 
omnia  suaviter.  (Sap.,  vm,  1.)  L'on  peut  comparer  cette 
parole  de  saint  Pierre  à  celle  de  saint  Paul  :  «  Ceux  que 
Dieu  a  connus  dans  sa  prescience,  il  les  a  aussi  prédes- 
tinés pour  être  conformes  à  l'image  de  son  fils.  »  Quos 
prœscivit,  et  prœdestinavit  conformes  fieri  imaginis  filii 
sui.  (Rom.,  vin,  29.  —  Voyez  II  Petr.,  i,  10.) 

In  sanctificationem  Spiritus.  Il  nous  a  élus  pour  être 
sanctifiés  par  l'Esprit.  Le  Saint-Esprit  répand  dans  nos 
âmes  la  charité  avec  la  grâce  sanctifiante.  Or  cette  grâce 
est  une  beauté  spirituelle  qui  nous  rend  agréables  à  Dieu, 
nous  fait  ses  enfants  adoptifs  et  nous  mérite  l'héritage  du 
ciel.  In  sanctificationem,  cette  parole  exprime  le  dessein 
que  Dieu  se  propose  en  nous  appelant  au  christianisme  : 
il  veut  que  nous  soyons  saints.  Hœc  est  enim  votuntas 
Dei,  sanctificatio   vestra.  (I  Thessal.,  îv,  3.)  Il  nous  a 


—     125     —  lPetr.,1. 

choisis  dans  le  Christ  et  par  le  Christ  avant  la  création 
du  monde,  afin  que  nous  fussions  saints  et  sans  tache 
en  sa  présence.  Elegit  nos  in  ipso  ante  mundi  constitu- 
tionem,  ut  essemus  sancti  et  immaculati  in  conspectu  ejus. 

(Eph.,  I,  4.) 

Et  comment  deviendrons-nous  saints?  on  nous  l'apprend 

aussitôt  :  in  obedientiam,  «  élus  pour  obéir.  »   Ce  mot 

désigne  la  foi  ou  l'obéissance  à  la  parole  de  Jésus-Christ. 

Il  a  pour  complément  Jesu  Chrisli,  qui  dépend  aussi  de 

aspersionem  sanguinis.  C'est  donc  comme  s'il  y  avait  : 

Electis  in  obedientiam  Jesu  Christi{o\x  Jesu  Christo)  et  in 

aspersionem  sanguinis  Jesu  Christi,  «  à  ceux  qui  ont 

été  élus  pour  obéir  à  Jésus-Christ   »,  c'est-à-dire  à  sa 

parole,  «  et  pour  être  arrosés  de  son  sang.  » 

In  aspersionem  sanguinis  Jesu  Christi.  «  Vous  avez  été 
élus  pour  être  arrosés  du  sang  de  Jésus-Christ.  »  L'Apô- 
tre fait  allusion  au  passage  de  l'Exode  où  il  est  dit  que 
Moïse  arrosa  le  peuple  avec  le  sang  des  victimes,  après 
la  lecture  de  la  loi.  (Exod.,  xxiv,  8  ;  et  Hebr.,  ix,  20.)  De 
même  que,  par  cette  aspersion  sanglante,  l'ancienne  al- 
liance fut  contractée  entre  Dieu  et  le  peuple  israélite,  de 
même  la  nouvelle  alliance  est  sanctionnée  par  l'aspersion 
du  sang  de  Jésus-Christ.  Quiconque  est  arrosé  de  ce  sang- 
divin  fait  partie  du  nouveau  peuple  de  Dieu. 

In  aspersionem.  Cette  aspersion  rappelle  aussi  la  puri- 
fication du  lépreux,  qui  était  sept  fois  arrosé  du  sang  de 
la  victime,  parce  que  la  lèpre  était  la  figure  du  péché,  qui 
ne  se  lave  que  dans  le  sang.  (Lev.,  xiv,  7  ;  Hebr.,  ix,  22.) 

Le  prophète  David  savait  bien  que  cette  lustration  san- 
glante, prescrite  par  Moïse,  n'était  qu'un  symbole;  car  il 
voyait  dans  l'avenir  le  sang  du  Christ  couler  sur  la  croix 
pour  expier  les  péchés  des  hommes,  et  il  disait  à  Dieu  : 
Vous  m'arroserez  avec  l'hysope  trempée  dans  ce  sang 
innocent,  et  je  serai  purifié.  Asperges  me  hyssopo  et  mun- 
dabor.  (Ps.  L.)Mais  il  ne  suffit  pas  que  le  sang  du  Christ 
ait  coulé  sur  la  croix  pour  tous  les  hommes  ;  il  faut  que 
chaque  pécheur  en  reçoive  l'aspersion  dans  le  baptême  : 
car  c'est  du  sang  de  Jésus-Christ  que  l'eau  du  baptême 


—    126    — 

tire  sa  vertu.  C'est  pourquoi  saint  Paul  dit  aux  Hébreux  : 
«  Approchons-nous,  de  Dieu  avec  confiance,  maintenant 
que  l'aspersion  a  purifié  nos  cœurs  des  souillures  de  la 
mauvaise  conscience,  et  qu'une  eau  pure  a  lavé  nos  corps. 
Aspersi  corda  a  conscientia  mala,  et  abluli  corpus  aqua 
munda.  (Hebr.,  x,  22.)  C'est  encore  le  sang  de  Jésus- 
Christ  qui  est  répandu  sur  nous  par  les  paroles  de  l'ab- 
solution. Mais  surtout,  nous  en  sommes  réellement  arrosés 
dans  la  sainte  Eucharistie. 

Gratia  vobis  et  pax  mulliplicetur.  «  Que  la  grâce  et  la 
paix  vous  soient  données  avec  abondance.  »  Les  fidèles, 
à  qui  s'adresse  saint  Pierre,  possèdent  déjà  la  grâce  et  la 
paix  :  il  leur  en  souhaite  l'augmentation.  Il  demande  que 
Dieu  multiplie  en  eux  les  grâces  actuelles  afin  que,  par 
ce  secours,  ils  fassent  beaucoup  de  bonnes  œuvres  et  crois- 
sent dans  la  grâce  sanctifiante,  en  devenant  de  plus  en 
plus  parfaits. 

Pax.  C'est  la  paix  avec  Dieu,  avec  les  hommes,  avec 
soi-même  qu'il  demande  pour  eux  :  c'est  spécialement 
la  paix  et  l'union  entre  tous  les  fidèles  :  enfin,  dans  le 
langage  des  Hébreux  auxquels  parle  saint  Pierre,  la  paix 
est  la  possession  assurée  de  tous  les  biens  qui  peuvent 
contenter  le  cœur  de  l'homme.  (II  Joann.,  3.) 

3.  Benedictus  Deus  et  Pater  Domhii  nostri  Jesu  Christ). 
*  Béni  soit  le  Dieu  et  le  Père  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ  !  »  Dieu  est  le  Dieu  de  Jésus-Christ  considéré 
comme  homme  ;  il  est  le  Père  de  Jésus-Christ  considéré 
comme  le  Verbe  et  la  seconde  Personne  de  la  sainte  Tri- 
nité. Qu'il  soit  béni  à  cause  de  tous  les  bienfaits  dont  il 
nous  a  comblés! 

Une  bénédiction  semblable  commence  la  seconde  Epître 
aux  Corinthiens  et  celle  aux  Ephésiens.  C'est  un  chant 
de  reconnaissance,  un  hymne  céleste;  car  les  anges  et 
les  saints  dans  le  ciel  ne  font  que  louer,  remercier  et 
glorifier  Dieu. 

Saint  Pierre  indique  aussitôt  le  principal  bienfait  pour 
lequel  nous  devons  bénir  Dieu. 

Qui  secundum  misericordiam  suant  macjnam  régénéra- 


—    127    —  lPetr.,i. 

vit  nos  in  spem  vivam.  Lorsque  nous  étions  enfants  de 
colère  comme  héritiers  d'un  père  coupable,  le  Seigneur  a 
eu  pitié  de  nous  :  et,  dans  sa  grande  miséricorde,  sans 
aucun  mérite  de  notre  part,  il  nous  a  donné  une  nouvelle 
naissance  dans  le  baptême,  et  il  nous  a  adoptés  pour  ses 
enfants. 

Regcneravit  nos  in  spem  vivam,  eîç  u-(Zv.  Çôcav,  «  Il  nous 
a  régénérés  pour  une  espérance  vivante.  »  Une  espérance 
vivante  doit  s'entendre  de  l'objet  même  de  l'espérance, 
qui  est  vivant.  Car  c'est  la  vie  éternelle  que  nous  espé- 
rons :  et  c'est  le  Dieu  vivant,  l'auteur  même  de  la  vie,  que 
nous  posséderons. 

Et  comment  Dieu  nous  a-t-il  donné  cette  magnifique  es- 
pérance ?  En  ressuscitant  Jésus-Christ  d'entre  les  morts. 
In  spem  vivam,  per  resurrectionem  J esu  Christiex  mortuis. 
Saint  Pierre  dira,  en  effet,  tout  à  l'heure  que  le  baptême 
nous  sauve  par  la  résurrection  de  Jésus-Christ  :  Vos  sal- 
vos  facit  baptisma  per  resurrectionem  Jesu  Christi.  (ni, 
21.)  Car,  de  même  que  Jésus-Christ  est  sorti  vivant  du 
tombeau  pour  ne  plus  mourir,  de  même  nous  sortons  des 
eaux  du  baptême  en  portant  dans  nos  âmes  le  principe 
d'une  vie  céleste  et  immortelle  ;  et  c'est  le  fruit  de  sa 
résurrection. 

D'ailleurs,  quoique  Jésus- Christ  fût  mort  pour  expier 
nos  péchés  et  qu'il  eût  payé  pour  nous  une  rédemption 
abondante,  sa  mort  ne  suffisait  pas  à  notre  salut;  car, 
pour  être  sauvés,  il  fallait  croire  en  lui.  Or,  c'est  la  résur- 
rection du  Christ  qui  est  le  fondement  de  notre  croyance 
et,  par  conséquent,  de  notre  espérance. 

E  :lin,  la  résurrection  de  Jésus-Christ  est  le  gage  de  la 
notre,  car  Les  membres  ne  sauraient  être  séparés  de  leur 
chef.  Donc,  Le  chef  étant  ressuscité,  les  membres  doivent 
3citer  comme  lui.  Saint  Paul  a  développé  cet  ar- 
gument avec  éloquence  dans  su   première   Epître  aux 
rinthiens,  pour  leur  prouver  la  résurrection  des  morts. 

I  l 

///  hsereditatem  incorruptibilem,et  incontaminatam, 
et  imrnarcessibilem.C'esi  L'explication  de  cesmots  :  Ilnous 


—     128    — 

a  régénérés  pour  une  espérance  vivante,  in  spem  vivant. 
Dieu  nous  a  donné  une  nouvelle  naissance  pour  que, 
devenant  ses  fils  adoptifs,  nous  possédions  un  héritage 
incorruptible,  sans  souillure,  et  qui  ne  se  flétrira  jamais. 
Enfants  d'Adam,  nous  héritions  de  sa  disgrâce;  par  notre 
seconde  naissance,  nous  sommes  enfants  de  Dieu  et  ses 
héritiers.  Car  la  renaissance,  comme  la  naissance,  donne 
le  titre  de  fils,  et  au  fils  est  dû  l'héritage  paternel. 

Jncorruptiôilem.  Or,  l'héritage  que  nous  attendons  est 
incorruptible,  exempt  de  décomposition  et  de  ruine  ;  il 
ne  se  consumera  pas  comme  tous  les  fragiles  biens  de  la 
terre  que  les  parents  laissent  à  leurs  enfants.  Et  inconta- 
minatam.  Cet  héritage  est  honorable  et  aucune  tache  ne 
le  dépare  ;  c'est  une  couronne  composée  de  diamants 
d'un  prix  infini,  dont  rien  ne  saurait  ternir  la  pureté  ni 
l'éclat.  Et  immarcessibilem.  Enfin  cet  héritage  est  une 
palme  de  victoire,  palme  immortelle  et  toujours  ver- 
doyante, puisque  rien  ne  se  flétrit  dans  les  cieux. 

Conservatam  in  cœlis.  Un  tel  héritage  ne  se  trouve 
point  sur  la  terre,  où  toutes  choses  vieillissent,  se  flé- 
trissent, périssent.  Il  est  conservé  dans  les  cieux  à 
l'abri  des  ravisseurs  et  des  révolutions.  C'est  ce  trésor 
que  Jésus-Christ  nous  exhorte  à  amasser  dans  le  ciel  : 
Thesaurizate  vobis  thesanros  in  cœlo,  nbi  neque  œrugo 
ne  que  tinea  deniolitur,  et  ubi  fnres  non  effodiunt  et  fu- 
rantur.  (S.  Matth.,  vi,  20.) 

In  vobis,  etç  ôjxaç,  ad  vos.  Ce  précieux  trésor,  cet  héri- 
tage immortel,  Dieu  le  conserve  dans  les  cieux,  non 
seulement  pour  les  saints  prophètes  de  l'ancienne  loi, 
pour  les  martyrs  de  la  nouvelle,  pour  nous  qui  sommes 
les  Apôtres  et  les  amis  du  Christ,  mais  aussi  pour  vous. 
Il  est  préparé  pour  vous-mêmes,  ô  fidèles  du  Pont  et  de 
la  Galatie.  Il  est  gardé  pour  vous,  chrétiens  de  la  Cap- 
padoce,  de  l'Asie  et  de  la  Bithynie.  Il  est  conservé  dans 
les  cieux,  pour  vous  tous,  hommes  de  foi  qui  lisez  cette 
parole. 

In  vobis.  Mais  ce  n'est  pas  sans  dessein  que  la  Vulgate 
traduit  in  vobis,  en  vous.  L'héritage  que  Dieu  nous  a 


—     129    —  /  Petr.,  i. 

promis  est  conservé  dans  nous-mêmes.  En  effet,  qui- 
conque obéit  au  Christ  possède  un  héritage  dans  les 
deux  ;  mais  son  titre  authentique  et  incontestable  est  le 
caractère  de  son  baptême;  il  le  porte  en  lui-même,  gravé 
dans  son  âme  pour  l'éternité  :  conservatam  in  vobis. 

Que  dis-je?  non  seulement  le  titre,  mais  l'héritage 
même  est  dans  nous.  Car,  dit  Notre  -  Seigneur,  le 
royaume  de  Dieu  est  au  dedans  de  vous,  Regnnm  Dei 
inlravos  est,  ivzoç  G;j.ô5v.  Nous  le  portons  dans  le  sein  de 
notre  àme,  dans  notre  intelligence,  dans  notre  volonté  ! 
Car  on  peut  vraiment  regarder  la  grâce  qui  est  en  nous 
comme  une  semence  divine.  (I  Joann.,  m,  9.)  Nous 
voyons  Dieu  à  travers  les  voiles  de  la  foi,  nous  aimons 
Dieu,  nous  sommes  aimés  de  Dieu.  C'est  déjà  la  vie 
céleste  et  l'héritage  éternel.  Dès  à  présent  le  juste  com- 
mence à  posséder  cette  vie  et  cet  héritage,  qu'il  possé- 
dera parfaitement  dans  le  ciel,  sans  craindre  de  le  perdre 
jamais  ;  conservatam  in  cœlis  in  vobis. 

5.  Qui  in  virtnte  Dei  custodimini  per  fidem.  Nous  sa- 
vons bien,  direz-vous  peut-être,  que  cet  immortel  héri- 
tage nous  est  assuré  selon  la  volonté  divine  ;  mais  nous 
sommes  si  fragiles!  Combien  il  est  à  craindre  que  les 
tentations  de  la  chair,  du  monde  et  de  l'esprit  mauvais 
ne  nous  fassent  déchoir  de  nos  droits,  comme  Adam, 
notre  père  !  —  Cela  est  vrai,  mais  vous  n'êtes  pas  aban- 
donnés à  votre  faiblesse.  La  puissance  de  Dieu  vous  pro- 
tège et  vous  garde,  custodimini. 

Le  mot  grec  (ppoupoujxévouç  fait  entendre  que  les  chrétiens 
sont  gardés  comme  dans  une  citadelle  par  des  défenseurs 
armés.  Car  ce  terme  signifie  prœsidio  custodiri.  Notre 
garde  vigilante  et  invincible,  ce  sont  les  Anges.  Bien 
plus,  le  Seigneur  lui-même  environne  son  peuple  de  sa 
puissance:  Dominus  in  circuituejus.  (Ps.  cxxiv.)  Je  serai, 
dit  le  Seigneur,  un  mur  de  flamme  autour  de  Jérusalem, 
et  ses  ennemis  ne  pourront  en  approcher  :  Ego  ero  ei 
minus  ignis  in  circuitu  ejus.  (Zach.,  it,  5.)  Ayez  donc 
confiance  :  ave-  la  grâce  de  Dieu,  vous  persévérerez  dans 
la  justice,  et  vous  ne  tomberez  pas  au  pouvoir  de  vos 

I  PITRES  CATHOLIQ1  BS  <J 


—    130    — 

ennemis.  Mais  cette  promesse  n'est  faite  qu'à  ceux  qui 
sont  fixés  dans  la  foi. 

Custodiminiper  fidem.  Comme  vous  avez  été  régénérés 
par  la  foi,  c'est  elle  aussi  qui  vous  garde,  et  c'est  en  elle 
que  vous  puise/  la  force  de  la  persévérance;  elle  est  le 
canal  par  où  coulent  la  grâce  et  la  vie.  Car  les  justes 
tirent  continuellement  de  la  foi  la  vie  spirituelle  de  leur 
àme.  Jus  tus  ex  fide  vivit.  C'est  donc  par  la  foi  qu'ils 
résistent  au  démon,  dit  saint  Pierre  :  Cui  resistite  fortes 
in  fide.  C'est  sur  le  bouclier  de  la  foi  qu'ils  éteignent  les 
traits  enflammés  de  l'esprit  immonde,  ajoute  saint  Paul  : 
Scutum  fidei,  in  quo  possitis  omnia  tela  nequissimi  iqnea 
extinguere.  (Eph.,  vi,  16.) 

In  salut  em  par  a  tant  revelari  in  tempore  novissimo. 
«  Vous  êtes  gardés  pour  le  salut  qui  vous  est  préparé  et 
qui  sera  révélé  au  dernier  temps.  »  —  Salutem,  le  salut 
n'est  pas  seulement  l'exemption  des  supplices  de  l'enfer  : 
le  salut,  c'est  la  gloire  des  bienheureux.  Ainsi  vous  êtes 
gardés  pour  entrer  en  possession  de  cette  gloire,  qui  vous 
est  dès  maintenant  préparée  et  qui  vous  attend  dans  les 
cieux,  paratam. 

Revelari.  Nous  avons  entendu  parler  de  cet  héritage, 
et  l'on  nous  en  a  raconté  des  choses  admirables.  Toute- 
fois on  ne  l'aperçoit  maintenant  que  dans  une  espèce 
d'ombre  obscure  ;  en  sorte  qu'une  grande  partie  des 
hommes  n'y  croient  pas.  Mais  il  sera  un  jour  manifesté 
à  l'univers.  A  la  fin  des  temps,  au  jugement  dernier, 
cette  félicité  immortelle  sera  donnée  en  spectacle  à  tous 
les  hommes  assemblés,  quand  ils  verront  les  saints  res- 
suscites dans  la  gloire  :  paratam  revelari  in  tempore 
novissimo. 

6.  In  quo  (tempore)  exsultabitis.  En  ce  temps-là,  au 
jour  où  apparaîtra  votre  salut,  vous  tressaillirez  d'allé- 
gresse. 

Modicum  nunc  si  oportet  contristari  in  variis  tentatio- 
nibus.  Sans  doute,  il  vous  faut  être  maintenant  affligés 
par  diverses  tentations,  par  les  infirmités,  par  la  pau- 
vreté, par  les  persécutions  des  hommes  ;  mais  sachez 


—    131    —  IPetr.,i. 

qu'au  jour  suprême  vous  entrerez  dans  une  joie  qui  ne 
finira  plus  (1). 

Modicum.  Cet  adverbe  présente  deux  sens  qui  sont 
vrais  l'un  et  l'autre.  D'abord,  notre  affliction  est  légère. 
Que  sont  toutes  les  peines  de  la  vie,  et  même  les  souf- 
frances des  martyrs,  en  comparaison  des  biens  futurs  ? 
—  En  second  lieu,  notre  affliction  dure  peu  de  temps. 
Qu'est-ce  en  eifet  que  la  vie  humaine,  si  on  la  compare 
à  l'éternité  ?  Donc  ici-bas  toute  peine  est,  au  fond,  légère 
et  de  courte  durée:  modicum. 

Si  oportet.  Tous  ceux  qui  veulent  vivre  avec  piété  en 
Jésus-Christ  souffriront  persécution.  (II  Tim.,  ni,  12.) 
Car,  c'est  par  beaucoup  de  tribulations  qu'il  nous  faut 
entrer  dans  le  royaume  de  Dieu.  (Act.  A.,  xiv,  21.)  Jésus- 
Christ  l'a  déclaré  à  ses  disciples  :  Vous  gémirez  et  vous 
pleurerez.  Tandis  que  le  monde  se  réjouira,  vous  serez 
dans  la  tristesse  ;  mais  votre  tristesse  sera  changée  en 
joie.  (S.  Joann.,  xvi,  19.) 

Ces  peines,  en  général,  ne  sont  pas  continuelles  :  Dieu, 
pour  ménager  notre  faiblesse,  les  tempère  souvent  par 
de  douces  consolations.  S'il  permet  que  les  adversités 
nous  éprouvent,  c'est  pour  que  nous  tournions  nos  désirs 
vers  les  choses  célestes.  Rendons  grâce  à  la  bonté  divine, 
(jiii  mêle  lcibsinthe  et  le  fiel  dans  la  coupe  des  biens  de 
ce  monde,  afin  qu'elle  ne  nous  enivre  pas  ;  et  supportons 
l'épreuve  avec  courage,  en  pensant  qu'une  légère  tribu- 
lation,  bientôt  passée,  nous  prépare  pour  l'éternité  une 
gloire  immense  dans  les  deux.  (II  Cor.,  iv,  17.) 

î .  Ut  probctfio  vestraa  fidei,  multo  pretiosior  auro  quod 
per  ignem  proèatur,  inveniatur  i//  laudem  et  gloriam  et 
honorent  in  revelatione  Jesu  Chrisii.  Vous  êtes  mainte- 
nant exposés  à  diverses  tentations,  afin  que  l'épreuve 

Lruction  du  grec  est  un  peu  différente,  h  &  àytùùtfads,  èïfyov 

n\)    )>-r/;îvT-,-,   in  <{>'<'  exsultabitis,  modicum   nunc  (si 

istati.  Cette   leçon   parait    trèa  bonne,  et  il  est  probable 

qu<  la  Vu  I  gâte  a\;nt  ainsi  traduit.  Mais  des  copistes  qui  ne 

mprenaienl   pas  la  parenthèse  si  oportet,  auront   changé  contristati 

en  .  confusion   d'autant   plua   facile  que,   dans   les  anciens 

manuscrit*,  le  l  el  IV  ont  une  tri  iblanc. 


—     132    — 

de  votre  foi,  qui  est  beaucoup  plus  précieuse  que  l'or 
éprouvé  par  le  feu,  soit  trouvée  digne  de  louange  et  de 
gloire  et  d'honneur,  au  jour  de  la  manifestation  de  Jésus- 
Christ. 

Les  mots  probatio  fidei  sont  la  même  chose  que  fides 
probata.  La  foi  éprouvée  par  la  tentation,  comme  fut  celle 
d'Abraham  et  celle  des  martyrs,  est  infiniment  plus  pré- 
cieuse que  l'or  le  plus  fin,  dont  la  pureté  est  reconnue 
lorsqu'il  est  fondu  par  le  feu  dans  le  creuset,  où  l'or  en 
fusion  se  sépare  de  toute  scorie  et  de  tout  alliage  (1). 
Tous  les  trésors  de  la  terre  ne  valent  pas  un  simple  acte 
de  foi,  par  lequel  on  croit  une  vérité  révélée  de  Dieu.  A 
plus  forte  raison,  toutes  les  richesses  du  monde  ne  sont 
pas  comparables  à  la  foi  héroïque  dont  les  plus  terribles 
tentations  n'ont  pu  ébranler  la  fermeté  ni  altérer  la  pu- 
reté. Omne  aurum  in  comparât* 'one  illins  arena  est  exigua, 
et  tanquam  latnm  œstimabitur  argenlam.  (Sap.,  vu,  9.) 

Saint  Pierre  nomme  trois  récompenses  de  notre  foi  :  la 
louange,  la  gloire  et  l'honneur.  Ut  inveniatur  in  landem. 
Dieu  louera  publiquement  ses  saints  :  Tune  lans  erit  tini- 
cuique  a  Deo.  (I  Cor.,  iv,  5.)  Chaque  saint  entendra  Jésus- 
Christ  lui  décerner,  à  la  face  de  tout  l'univers,  l'éloge 
d'avoir  été  un  serviteur  bon  et  fidèle.  Enge,  serve  bone  et 
fidelis. 

Et  gloriam.  Le  Seigneur  a  dit  :  Je  glorifierai  ceux  qui 
me  glorifient.  Quicamque  glorificaverit  me,  glorificabo 
eum.  (I  Reg.;  n,  30.)  La  gloire  des  élus,  autant  que  nous 
pouvons  le  comprendre  en  parlant  des  choses  célestes, 
consiste  principalement  à  contempler  l'essence  divine, 
à   pénétrer  dans  cette  lumière  où  l'âme  transfigurée 


(1)  Auro  quod  per  ignem  probatur.  En  grec,  on  lit  :  ypuùoj  -:sj 
àrr^'//v//-'v5j,  âtà.  "upo;  £-:  eToxi/iaÇs/^svou,  auro  quod  périt,  per  ignem 
aulem  probatur.  Le  mot  xpusiov  désigne  une  pièce  d'or,  un  bijou  d'or, 
un  objet  d'art  fait  en  or.  *Ax6ÏÀvftévov  veut  dire  que  cet  objet  perd  sa 
forme,  et  foxi/wiÇo/révou  que  la  pureté  du  métal  est  reconnue.  —  Cette 
comparaison  des  tribulations  qui  éprouvent  le  juste,  avec  le  creuset 
où  se  purifie  l'or,  se  trouve  dans  plusieurs  livres  de  l'Ancien  Testament. 
(Job,  xxiii,  10  ;  Prov.,  xvn,  3  :  Zach.,  xm,  9  ;  Malaeh.,  m,  3  ;  Eccli.,  n,  5: 
et  Sap.,  ni,  6  :  Tanquam  aurum  in  fornace  probavit  illos.) 


—    133    —  IPetr.9ié 

voit  Dieu  face  à  face.  In  lumine  tno  videbimus  lumen. 
(Ps.  xxxv,  10.)  Plus  un  juste  a  été  saint,  plus  il  entrera 
par  son  intelligence  dans  les  profondeurs  de  Dieu.  — 
Et  gloriam.  On  peut  entendre  aussi,  par  la  gloire,  celle 
dont  Dieu  comblera  les  saints  aux  yeux  de  l'univers, 
quand  ils  brilleront  comme  le  soleil  dans  le  royaume  de 
leur  Père.  Tune  justi  fulgebunt  sicut  sol  in  regno  Patris 
eorum.  (S.  Matth.,  xvm,  43.) 

Et  honorera.  Enfin,  l'honneur  est  le  rang  qui  est  assigné 
à  chaque  saint  dans  la  hiérarchie  céleste.  Car  tout  est 
ordonné  dans  rassemblée  des  saints,  comme  dans  les 
chœurs  des  anges.  L'Eglise  du  ciel  est  un  grand  édifice 
dont  chaque  pierre  est  choisie  et  placée  avec  honneur  par 
l'architecte.  L'honneur,  c'est  le  trône  où  Jésus-Christ  fait 
asseoir  chacun  des  saints  :  Qui  vicerit,  dabo  ei  sedere 
meciira  i?i  trono  meo.  (Apoc,  ni,  21.) 

In  revelatione  Jesu  Christi.  Jésus-Christ,  depuis  dix- 
huit  siècles,  est  adoré  du  couchant  à  l'aurore,  et  cepen- 
dant il  est  encore  un  Dieu  caché.  Quoiqu'il  gouverne  son 
Eglise  avec  une  sagesse  admirable  et  qu'il  la  soutienne 
par  d'éclatants  miracles,  beaucoup  ne  reconnaissent  pas 
son  action  voilée  sous  les  événements  humains.  Mais  au 
dernier  jour,  tous  le  verront  lui-même,  quand  il  appa- 
raîtra dans  les  nues  ;  tous  le  contempleront  sans  voile, 
et  tous  entendront  la  sentence  éternelle  qu'il  prononcera 
du  haut  de  son  tribunal. 

8.  Quem  quum  non  videritis,  diligilis  ;  in  quem  nunc 
quoque  non  videntes  creditis  ;  credentes  aidera  exsultabitis 
lœtitia  inenarrabili  et  glorifîcata.  «  Vous  aimez  Jésus- 
(  hrist,  quoique  vous  ne  l'ayez  pas  vu  de  vos  yeux  ;  main- 
tenant encore  vous  croyez  en  lui  sans  le  voir  ;  mais  cette 
croyance  vous  fera  tressaillir  d'une  joie  ineffable  et  glo- 
rifiée. »  C'est  comme  s'il  leur  disait  :  Israélites  habitants 
de  ces  provinces  éloignées  de  la  Palestine,  vous  n'aviez 
pas  vu  de  vos  yeux  Jésus  de  Nazareth,  et  vous  ne  le  con- 
naissiez pas.  Mais  dès  qu'on  vous  l'a  annoncé,  vous  l'avez 
aimé  ;  aujourd'hui  même  encore  vous  croyez  en  lui  sans 
le  voir.  Cette  foi  au  Messie  que  vous  ne  voyez  pas,  mais 


—    134    — 

qui  vous  a  été  prêché  par  ses  disciples,  est  très  agréable 
S  Dieu,  et  c'est  elle  qui  vous  méritera  de  tressaillir  d'une 
joie  ineffable  en  le  contemplant,  lorsqu'il  vous  admettra 
dans  sa  gloire  (1). 

Cette  parole  de  saint  Pierre  se  rapporte  à  celle  que 
Notre-Seigueur  dit  à  saint  Thomas  dans  le  Cénacle  après 
sa  résurrection  :  «  Vous  avez  cru,  Thomas,  parce  que 
vous  avez  vu  :  heureux  ceux  qui  n'ont  pas  vu  et  qui  ont 
cru  !  »  (S.  Joann..  xx,  19.) 

Exsultabitis  lœtitia  inenarrabili.  Il  est  impossible  au 
langage  humain  d'exprimer  la  joie  que  les  élus  goûteront 
dans  le  ciel.  «  Car,  dit  saint  Paul  après  Isaïe,  l'œil  de 
l'homme  n'a  point  vu,  l'oreille  de  l'homme  n'a  point  en- 
tendu, et  le  cœur  de  l'homme  n'a  point  conçu  ni  imaginé 
ce  que  Dieu  a  préparé  à  ceux  qui  l'aiment.  »  CI  Cor.,  ir,  9.) 
Dès  ce  monde,  il  y  a  des  âmes  pures  que  Dieu  remplit 
de  joies  ineffables,  comme  lorsque  saint  François  Xavier 
s'écriait  :  «  C'est  assez,  mon  Dieu,  c'est  assez  !  car  mon 
cœur  est  un  vase  trop  étroit  pour  contenir  une  joie  si 
grande.  »  Mais  si  la  joie  qu'éprouvent  quelques  saints 
sur  la  terre  est  inexprimable,  peut-on  dire  qu'ils  tressail- 
lent maintenant  d'une  joie  «  glorifiée  ?  »  C'est  ce  que  nous 
allons  examiner. 

6  et  1.  In  quo  exsultabitis...  Exsultabitis  lœtitia  inenar- 
rabili et  (jlorificata.  Les  hellénistes  modernes  reprochent 
ici  à  la  Vulgateun  double  contre-sens.  Il  prononcent  qu'il 
faut  deux  fois  le  présent  exsultatis,  au  lieu  du  futur  exsul- 
tabitis. Car,  disent-ils,  on  lit  en  grec  le  présent  àyaXXtaoOe, 
et  non  pas  le  futur  KfaXXtàoEvde.  Saint  Pierre  déclarerait 
donc,  selon  ces  hellénistes,  que  les  chrétiens  auxquels  il 
écrit,  non  seulement  seront  transportés  de  joie  à  l'avène- 

(1)  Dans  les  éditions  grecques,  le  verbe  -i-j-vj-t-,  creditis,  est  sup- 
primé. On  lit  :  'Ov  ni  hSàvTtf  y.yxr.ÙTz,  tU  &*  XfiTl  (ai  icwvtcç,  Ttioxevôvrti 
ol,  àyoùXt&zQe.  Qicem  qunm  non  videritis,  diligitis  ;  in  que  m  nunc  non 
ridentes,  credentes  autern,  exsultabitis.  —  Plusieurs  éditions  grecques 
donnent  :  ôv  oj/  stâjrcc  àyu-v^z,  quenx  quum  non  noveritis,  diligitis. 
Mais  d'excellents  manuscrits  portent  liévret  (videritis), comme  lisait  l'au- 
teur delaVulgate.  Cette  leçon  est  meilleure  :  c«r  jour  aimer  quelqu'un, 
•s'il  n'est  pas  nécessaire  de  l'avoir  vu,  il  faut  du  moins  le  connaître. 


—    185    —  IPetr.,1. 

ment  de  Notre-Seigneur.  mais  que  déjà,  dès  cette  vie,  au 
milieu  de  leurs  afflictions,  ils  tressaillent  d'une  joie  glo- 
rifiée :  exsuitatis  Lvtitia  inenarrabili  et  (jloriftcata. 

Nous  savons  bien  que  saint  Paul  était  rempli  de  con- 
solation et  qu'il  surabondait  de  joie  dans  ses  tribulations  : 
Repletus  sum  consolatione,  superabundo  c/audio  in  omni 
tribulatione  nostra.  (II  Cor.,  vu,  4.)  Mais  d'abord  c'est  là 
une  faveur  extraordinaire,  qui  n'est  point  accordée  au 
commun  des  chrétiens,  et  il  n'est  pas  vraisemblable  que 
saint  Pierre  écrive  indistinctement  à  ceux  d'Asie  :  Vous 
tressaillez  de  joie  maintenant  dans  vos  tribulations.  L'au- 
teur de  la  Vulgate  nous  paraît  saisir  mieux  la  pensée  de 
l'Apôtre  en  disant  :  Si  vous  êtes  maintenant  dans  la  tris- 
tesse, vous  serez  plus  tard  dans  la  joie,  exsultabitis,  et 
non  exsuitatis.  Saint  Pierre  met  en  regard  niinc  et  tempns 
novissimum  ;  il  oppose  le  bonheur  futur  aux  afflictions 
présentes,  comme  faisait  Notre-Seigneur.  quand  il  disait 
sur  la  montagne  :  lieati  qui  mine  fletis,  quia  ridebitis. 
S.  Luc,  vi.) 

Mais  en  outre,  quand  même  tous  les  chrétiens  de  l'Asie 
goûteraient  une  joie  ineffable  au  milieu  des  afflictions  et 
des  persécutions,  comment  nos  hellénistes  expliqueront- 
ils  le  mot  qui  suit  :  «  Vous  tressaillez  maintenant  d'une 
joie  glorifiée?  »  Exsuitatis  Lvtitia  qlorificata.  Soutien- 
dront-ils que  saint  Pierre  dit  aux  Galates,  aux  Bithy- 
niens,  aux  Cappadociens,  qu'ils  jouissent  dès  maintenant, 
sur  la  terre,  pendant  leur  vie  mortelle,  d'une  joie  glo- 
rifiée, et  qu'ils  sont  déjà  en  possession  de  la  félicité  que 
les  s;iints  goûtent  dans  le  ciel  ? 

L'auteur  de  la  Vulgate  a  compris  que  ce  sens  n'était 
pas  possible,  et  il  a  traduit  iya^i*^  par  le  futur  exsul- 
tabitis. 11  a  eu  raison  ;  car  certainement  ces  Judéo-chré- 
tiens, m  fervents  qu'ils  pussent  être,  n'étaient  pas  encore 
admis  à  la  vision  béatilique  et  ils  ne  tressaillaient  point 
de  l'a Urgresse  des  saints  dans  la  gloire. 

Origène  entend  ce  passage  comme  la  Vulgate.  «  Vous 
savez,  dit-il,  que  selon  saint  Pierre  vous  devez  un  jour 
tressaillir  de  joie  (àyaWUowwôs)* après  avoir  été  affligés,  s'il 


—    136    - 

le  faut,  de  diverses  tentations  passagères.  »  (Orig.,  t.  I, 
col.  614.  Migne.) 

Saint  Irénée  cite  les  mêmes  paroles  de  saint  Pierre  pour 
prouver  que  ceux  qui  croient  en  Jésus-Christ  tressailli- 
ront d'une  joie  ineffable  au  jour  de  la  résurrection  :  cre- 
dentes  autem  exsultabitis  gaudio  inenarrabili.  (S.  Iren., 
col.  1141.  Migne.) 

Deux  commentateurs  grecs,  Œcumenius  et  Théophy- 
lacte,  qui  lisaient  comme  nous  iyaXXiaaOe,  expliquent  aussi 
ce  mot  par  àyaXXtàaeaOe,  et  ils  attribuent  à  la  forme  àfaX- 
Xtaoôe  la  double  signification  du  présent  et  du  futur  (1).  La 
version  syriaque  donne  aussi  la  même  interprétation. 

Il  ne  faut  donc  pas  réformer  ici  la  Vulgate.  Mettre 
exsultatis  au  lieu  d' exsultabitis,  comme  veulent  des  gram- 
mairiens modernes,  serait  faire,  non  pas  une  correction, 
mais  un  contre-sens. 

9.  Reportantes  finem  fidei  vestrœ  salutem  animarum. 
En  ce  grand  jour,  vous  atteindrez  la  fin  proposée  à  votre 
foi,  et  vous  remporterez  le  prix  qu'elle  mérite,  à  savoir 
le  salut  de  vos  âmes.  Car  le  Messie  n'est  pas  venu  sur  la 
terre  pour  sauver  Israël  du  joug  des  nations,  comme  le 
croient  vos  docteurs,  ni  même  pour  sauver  des  misères 
de  la  vie  présente  ceux  qui  croiront  en  son  nom  :  il  est 
venu  pour  sauver  les  âmes,  pour  les  purifier  du  péché, 
pour  les  introduire  dans  la  vie  éternelle. 

10  et  11.  De  qua  salute  exquisierunt  atque  scrutati  simê 
prophetœ  qici  de  futura  in  vobis  gratia  prophetaverunt  : 
scrutantes  in  quod  vel  quale  tempus  significaret  in  eis 
Spiritus  Chris ti,  prœnuntians  eas  quœ  in  Christo  sunt 
passiones,  et  posteriores  glorias. 


(1)  Ta  yàp  «  er/x^cstade  »  &m\  ftÙàovTOç  ît')v}7rTaf,  vj  x«tk  to  évsuros.  lllud 
enim  à-/oà\&'jOz  pro  futuro  vel  ut  prœsens  sumitur.  (Œcum.)  —  Ou 
observe  dans  le  Nouveau  Testament  d'autres  exemples  de  ce  double 
sens  de  la  forme  contracte.  Ainsi,  Gradum  bonum  sibi  acquirent ,  itepi- 
iroiov-JTxi  (I  Tim.,  m,  13);  et  novissima  autem  inïmica  destruetur  morsr 
xy.TupyzÏTut.  (I  Cor.,  xv,  26.)  On  lit  aussi  dans  saint  Justin  :  Hœc  pro- 
bare  aggrediar,  xaura  c/.ttooûÇxi  TZ£tpûfj.at,  au  lieu  de  7ist/-Aso/j.at.  —  De  li» 
on  peut  conclure  que,  du  moins  dans  certaines  provinces,  les  formes 
oxjfx.ot.i  et  &pcti  des  verbes  contractes  servaient  pour  le  présent  et  le  futur. 


—     137     —  1  Petr.,i. 

C'est  la  connaissance  de  ce  salut  qu'ont  recherchée 
et  scrutée  les  anciens  prophètes,  dont  les  prédictions 
avaient  pour  objet  la  grâce  qui  vous  était  réservée.  Ils 
scrutaient  et  ils  cherchaient  avec  attention,  dans  les 
paroles  divines,  quels  étaient  les  temps  et  les  circon- 
stances que  leur  indiquait  l'Esprit  du  Christ,  lorsqu'il 
leur  annonçait  les  souffrances  du  Christ  et  les  gloires 
dont  seraient  suivies  ses  douleurs.  —  Saint  Pierre  cite 
aux  Israélites  les  prophètes  anciens,  parce  que  le  Christ 
et  le  salut  qu'il  devait  apporter  au  monde  étaient  l'objet 
principal  de  leurs  prophéties,  et  parce  que  ces  prophéties 
contenaient  les  signes  auxquels  on  devait  reconnaître  le 
Sauveur. 

Ils  soupiraient  après  sa  venue.  Abraham  souhaitait 
ardemment  de  voir  son  jour;  il  le  vit  et  fut  rempli  de 
joie.  Jacob,  bénissant  ses  fils,  interrompait  son  discours 
pour  s'écrier:  «  0  Seigneur,  j'attendrai  votre  Salut!  » 
Moïse  suppliait  Dieu  d'envoyer  Celui  qu'il  devait  envoyer 
pour  sauver  le  inonde  ;  enfin  nous  entendons  la  voix  du 
prophète  Isaïe  qui  commande  aux  cieux  de  répandre  leur 
rosée  pour  faire  descendre  le  Juste,  et  il  ordonne  à  la 
terre  d'ouvrir  son  sein  pour  faire  germer  le  Sauveur  (1). 

Qui  de  futur  a  in  vobis  gratia  prophetaverunt.  Ils  sou- 
piraient donc  après  cette  grâce  admirable  qu'ils  voyaient 
dans  le  lointain  des  âges  se  répandre  sur  la  surface  de  la 
terre.  Ils  la  prédisaient  à  leurs  contemporains,  et  elle 
vous  était  réservée. 

Exquisierunt  atque  scrulati  simt,  tW^ws  xa\  È;r,?su- 
vipav.  Ils  ont  fait  des  recherches  concernant  ce  grand 
événement  qui  domine  toute  l'histoire  du  genre  humain. 
Ils  ont  comparé  entre  elles  toutes  les  paroles  révélées 
par  l'Esprit  de  Dieu  soit  à  eux-mêmes  soit  aux  autres 
prophètes,  et  ils  en  ont  pesé  tous  les  termes.  Ils  ont  sup- 
puté le  nombre  des  années  qui  devaient  s'écouler  avant 

(1)  Salut  are  tuutn  extpectabo,  Domine.  (Gen.,  xi.ix,  18.)  —  Obsecro, 
'it.   Domine,  ,„itte  quem  mùêurus  es.  (Exod.,  iv,  13.)  —  Rorate 
r,  et  nxtbes  pluant  Justum  }  aperiatur  terra,  et  germinet 
\torem,  (la.,  xi.v,  8.) 


—    138    — 

la  naissance  du  Messie,  in  quod  iempns.  Ils  ont  marqué 
les  circonstances  qui  précéderaient,  accompagneraient, 
suivraient  sa  venue,  in  quate  tempus. 

In  quod  tempus.  Saint  Pierre  désigne  surtout  le  pro- 
phète Daniel  qui  désirait  ardemment  la  venue  du  Messie, 
et  qui  pour  cette  raison  fut  appelé  par  l'Ange  Gabriel  un 
homme  de  désir,  vir  deskleriorum.  Il  se  prépara  par  la 
prière  et  le  jeûne,  dans  le  sac  et  la  cendre,  h  la  célèbre 
vision  où  l'Ange  lui  révéla  que  le  Saint  des  saints  vien- 
drait abolir  le  péché  et  apporter  au  monde  la  justice 
éternelle,  quand  soixante-dix  semaines  se  seraient  écou- 
lées après  le  décret  qui  ordonnerait  de  rebâtir  Jérusa- 
lem. (Dan.,  ix.)  D'autres  prophètes  avaient  connu  et 
marqué  d'autres  circonstances  de  temps.  Isaïe  avait 
annoncé  que  la  paix  régnerait  dans  tout  l'univers  à  la 
naissance  du  Messie  ;  et  Jacob  avait  déclaré  que  le 
sceptre  alors  sortirait  de  Juda. 

Saint  Pierre  insiste  principalement  sur  deux  points  : 
l'époque  précise  et  les  circonstances  du  temps,  parce 
qu'elles  prouvaient  aux  Juifs  que  le  Christ  était  certai- 
nement venu.  Il  était  manifeste  que  les  soixante-dix 
semaines  d'années  étaient  accomplies,  et  l'on  voyait  le 
sceptre  d'Israël  passé  de  Juda  aux  mains  des  étrangers. 

In  quod  tempus  signifîcaret  in  eis  Spiritus  Christi,  en 
grec  il  sv  aùrctfç  Uve\ju.7.  Xpisrou,  ille  qui  in  eis  erat  Spiritus 
Christi,  «  l'Esprit  du  Christ  qui  était  en  eux.  »  Donc  le 
Christ  a  précédé  sa  conception  dans  le  sein  de  Marie, 
puisque  c'était  l'Esprit  du  Christ  qui  inspirait  les  anciens 
prophètes  (1).  Cette  parole  de  saint  Pierre  se  rapporte  à 
celle  de  Notre-Seigneur  :  «  Avant  qu'Abraham  fût  fait, 
je  suis.  »  Toutes  deux  font  entendre  que  le  Christ  est 
Dieu.  Car  «  Je  suis  »  désigne  l'Eternel;  et  l'Esprit  du 
Christ  qui  parlait  dans  les  saints  prophètes  n'est  pas 
différent  de  l'Esprit-Saint,  comme  le  dira  saint  Pierre  lui- 


(1)  Saint  Barnabe  dit  de  même  du  Christ  :  oî  -npopôrcu,  un'  <*-jtoÎ> 
è'/ojzs;  tir»  T&pw,  eh  K&Thv  iTzpi'ffczvexv,  prophetœ,  ab  ipso  Christo 
habentes  donum,  in  illum  prophetaverunt .  (Epist.  Barn.,  c.  v.) 


—     189    —  J  Petr.,  i. 

même  dans  sa  seconde  Epître  :  Spiritu  Sancto  inspirati 
locuti  swit  sancti  Dei  homines.  (II  Petr.,  i,  21.) 

Prœnuntians,  jcpofAOfTupdfAevov.  L'Esprit-Saint  annonçait 
d'avance  les  faits  qui  devaient  composer  l'histoire  du 
Christ.  Or  la  vie  de  Jésus  racontée  plusieurs  siècles  avant 
sa  naissance  et  avec  les  détails  les  plus  circonstanciés, 
fournissait  une  preuve  irrécusable  qu'il  était  le  Messie 
et  le  Sauveur  du  monde. 

Passiones  et  posteriores  glorias.  Les  prophètes  ont  spé- 
cialement prédit  deux  choses  :  premièrement,  les  souf- 
frances et  les  humiliations  du  Christ,  sa  passion  et  sa 
mort  ;  secondement,  ses  gloires,  c'est-à-dire  sa  résurrec- 
tion, son  ascension,  et  la  conversion  de  tous  les  peuples 
qui  l'adoreront. 

Remarquons  cet  ordre  :  les  souffrances  d'abord,  puis 
les  gloires.  Le  Sauveur  a  eu  soin  de  nous  apprendre  qu'il 
avait  été  lui-même  soumis  à  cette  loi.  «  Est-ce  qu'il  n'a 
pas  été  nécessaire  que  le  Christ  souffrit  ces  choses,  et 
entrât  ainsi  dans  sa  gloire?  »  disait-il  aux  disciples  d'Em- 
maiis.  (  S.  Luc,  xxiv,  26.) 

Il  en  est  ainsi  de  tout  chrétien  :  il  faut  souffrir  et  être 
humilié  pour  entrer  dans  la  gloire. 

(13.  Quibus  revelatum  est  quia  non  sibimetipsis,  vobis 
autan  ministrabant (1)  ta  quœ  nunc  nuntiata  sunt  vobis 
per  eos  qui  evangelizaverunt  vobis,  Spiritu  Sancto  misso 
de  cœlo.)  Or,  il  fut  révélé  aux  prophètes  que  ce  n'était 
pas  pour  eux,  mais  pour  vous-mêmes  que  ces  admirables 
connaissances  leur  étaient  données;  Dieu  les  instituait 
prophètes  à  cause  de  vous;  Dieu  leur  faisait  les  grandes 
lations  pour  qu'ils  vous  les  transmissent;  ils  vous 
ont  attesté  d'avance,  par  son  ordre,  les  mêmes  mystères 
du  Christ  que  vous  ont  annoncés  dans  ces  derniers  temps 


(1)    VobU  autem.  Quelque*   manuscrits  portent  fytfv,  nobis  ,   mais   la 

suivie  par  la  Vulgate  a  pour  elle  L'autorité  du  manuscrit  du 

Vatican,  de  l'Al-wandrin  et  du  Sinaïlique.  Aussi  est-elle  reconnue    par 

modernea  comme  la  meilleure.  ••  Cela  montre  une  foia  de 

plut  combien  la  Vulga  gué  en  considération  aux   yeux   des   vrais 

savants.  ■  i  Drach.) 


—     140     — 

ceux  qui  vous  ont  prêché  l'Evangile,  après  que  le  Saint- 
Esprit  a  été  envoyé  du  ciel. 

Les  révélations  faites  aux  prophètes  leur  étaient  moins 
nécessaires  qu'à  vous,  qui  deviez  lire  leurs  écrits.  Ce 
n'était  pas  pour  leur  utilité  propre,  mais  pour  la  vôtre 
qu'ils  consignaient,  par  l'ordre  de  Dieu,  ces  grands  évé- 
nements dans  leurs  livres.  Car  ils  vous  indiquaient  d'a- 
vance les  signes  évidents  auxquels  vous  deviez  recon- 
naître le  Messie.  En  effet,  pour  être  certains  que  Jésus 
de  Nazareth  est  le  Christ,  il  vous  suffit  de  comparer  les 
traits  marqués  par  les  anciens  prophètes  avec  le  récit  des 
faits  que  vous  ont  racontés  les  prédicateurs  de  l'Evangile. 
Et  vous  ne  pouvez  récuser  le  témoignage  de  ces  messa- 
gers, d'abord,  parce  qu'ils  sont  remplis  du  Saint-Esprit, 
qui  est  manifestement  descendu  sur  eux;  et  parce  qu'eux- 
mêmes  le  font  descendre  visiblement  sur  ceux  qui  croient 
à  leur  parole  :  Spiritu  Sancto  misso  de  cœlo.  Ainsi  donc 
le  même  Esprit  qui  inspirait  autrefois  les  prophètes, 
parle  aujourd'hui  par  les  Apôtres. 

In  qaem  desiderant  angeli  prospicere  (1).  Plusieurs 
rapportent  in  quem  au  Saint-Esprit,  et  ils  produisent  ce 
texte  comme  une  preuve  de  sa  divinité.  Mais  cette  pensée 
est  en  dehors  du  raisonnement  de  l'Apôtre;  elle  n'a  point 
de  connexion  avec  le  discours.  Saint  Pierre  ne  se  propose 
pas  de  prouver  aux  Juifs  que  le  Saint-Esprit  est  Dieu, 
mais  que  Jésus  est  le  Christ.  En  outre,  le  mot  grec  iwtpa- 
xityai,  inclinato  capite prospicere,  ne  se  dit  point  de  la  con- 
templation d'un  objet  tout  spirituel,  comme  est  l'essence 
divine;  ce  verbe  se  dit  d'un  objet  sensible,  visible,  sur 
lequel  on  baisse  et  on  fixe  les  yeux,  pour  le  regarder 
attentivement. 

Si  donc  on  rapporte  le  pronom  in  quem  au  Christ,  qui 
est  nommé  deux  fois  dans  le  verset  précédent,  le  verbe 


(1)  In  quem  desiderant  prospicere,  c'est-à-dire  desircmdo  prospi- 
ciunt.  Car,  dit  saint  Grégoire  le  Grand,  Deum  angeli  vident  et  videre 
desiderant.  (Moral  ,xvm ,  28.)  Un  hébraïsme  semblable  se  voit  au  Ps.  ex  vin  : 
Concupivi  desiderare  justificationes  tuas,  c'est-à-dire  concupiscendo 
desideravi,  ou  vehementer  desiderari. 


—    141    —  lPetr.,i. 

latin  p?,ospicere  et  le  grec  roxpaxu<J/ai  sont  pris  dans  leur 
sens  propre.  Il  est  vrai  qu'avec  cette  construction,  le  rela- 
tif paraît  éloigné  de  son  antécédent  ;  mais  l'on  peut  regar- 
der comme  une  parenthèse  tout  le  commencement  du 
verset  jusqu'à  ce  pronom  in  quem.  Ceux  qui  sont  habitués 
au  style  de  saint  Paul  ne  s'étonneront  pas  de  trouver 
aussi  dans  saint  Pierre  de  longues  parenthèses.  Or  le 
sens  qu'on  obtient  ainsi  est  très  beau.  Saint  Pierre  nous 
montre  les  anges  qui,  du  haut  des  cieux,  abaissent  leurs 
regards  sur  la  terre  et  considèrent  le  Verbe  incarné  dans 
le  sein  d'une  Vierge,  le  Verbe  posé  dans  une  crèche,  le 
Verbe  attaché  sur  une  croix,  le  Verbe  sortant  du  tombeau, 
le  Verbe  montant  aux  cieux,  le  Verbe  dans  l'Eucharistie. 
Voilà  comme  les  souffrances  et  les  gloires  du  Messie  sont 
un  spectacle  qui  ravit  les  anges  d'admiration  et  d'amour. 
Tel  est,  croyons-nous,  le  sens  de  la  Vulgate  (1).  Ainsi 
l'entend  le  vénérable  Bède,  et  aussi  saint  Bernard.  Jésus, 
dit-il,  in  quem  non  solum populi,  sed  ipsi  quoque  augeli 
sancti  desiderant  prospicere  (Serai,  i  et  iv  in  fest.  Omn. 
Sanct.) 

(1)  Si  les  éditions  grecques  portaient  d;  o-j,  in  quem,  comme  aura  lu 
sans  doute  l'auteur  de  la  Vulgate,  le  sens  que  nous  venons  d'exposer  ne 
serait  pas  douteux,  parce  que  le  masculin  £v  se  rapporterait  nécessaire- 
ment au  Christ,  et  non  au  Saint-Esprit,  nviûfix,  qui  est  du  neutre.  Mais 
le  grec  aujourd'hui  ne  porte  pas  tU  êv,  in  quem  ;  il  donne  si;  «,  in 
quœ.  Avec  cette  leçon,  le  pronom  relatif  ne  se  rapporte  ni  au  Saint- 
Esprit,  ni  ;i  la  personne  du  Christ,  mais  aux  grands  mystères  et  aux 
laits  divins  que  l'Apôtre  vient  d'indiquer  :  eu  quœ  nunc  nuntiata  sunt 
rnhis.  Les  anges  contemplent  ces  choses  admirables  qui  vous  ont  été 
racontées  par  Les  Apôtres.  Ce  sens  est  correct  aux  yeux  des  théologiens. 
et  les  grammairiens  sont  satisfaits  de  voir  le  relatif  ainsi  rapproché  de 
^oii  antécédent.  Cependant  le  mot  grec  n*puxv<pui,  prospicere,  se  dit  beau- 
coup mieux  d'une  personne  visible  qu'on  regarde,  et  c'est  la  personne 
du  Christ  qui  fait  directement  l'admiration  et  reçoit  l'adoration  deS 
ang  rvons  aussi  qu'un  principe  de  critique  littéraire  conseille  de 

choisir,  entre  plusieurs  leçons,  la  moins  facile,  lorsqu'elle  est  la  plus 
belle,  parce  que  la  tendance  des  copistes  est  d'altérer  ce  qu'ils  ne  com- 
prennent  pas.  Nous  croyons  donc  que  la  Leçon  de  la  Vulgate,  in  quem, 
D6  doit  pas  Btre  corrigée  comme  vicieuse.  Il  est  très  possible  que  eli  iv 
ait  été  changé  d'abord  en  si;  8  par  un  copiste  qui  voulait,  joindre  ce 
pronom  relatif  au  ueutre  nvtô/ix,  qui  précède.  Ensuite  uo  critique,  sen- 
tant le  défaut  de  cette  pensée,  aura  corrigé  s?,-  I  en  tU&.  Ces  conjecti, 

ma  fondement,  puisqu'elles  B'appuient  sur  la  traduction 
.  qui  est  fort  ancienne. 


—     142    — 

Ici  se  termine  l'exorde  de  l'Epître.  Il  est  digne  du 
prince  des  Apôtres  par  la  grandeur  des  pensées. 

Saint  Pierre  entre  maintenant  en  matière,  et  la  propo- 
sition par  laquelle  il  débute  résume  pour  ainsi  dire  toute 
l'exhortation  qui  fera  l'objet  de  sa  lettre. 

13.  Propter  quod  succincti  lumbos  mentis  vestr ■#,  sobrii, 
perfecte  sperate  in  eam  quœ  offertur  vobis  grattant,  in  re- 
velationem  Je  su  Cliristi.  «  C'est  pourquoi,  ceignant  les 
reins  de  votre  âme,  et  vivant  dans  la  tempérance,  at- 
tendez avec  une  espérance  parfaite  la  grâce  qui  vous  est 
oilerte  et  qui  vous  sera  donnée  à  l'avènement  de  Jésus- 
Christ.  » 

Propter^  quod.  Cette  conjonction  rattache  le  verset  13e 
aux  5e,  6e  et  7e.  Voici  la  liaison  :  Puisque  la  puissance  de 
Dieu  vous  garde  afin  que  vous  héritiez  du  salut  au  der- 
nier jour,  où  vous  recevrez  la  louange,  l'honneur  et  la 
gloire,  quand  Jésus-Christ  apparaîtra,  attendez  ce  grand 
jour  avec  confiance. 

Succincti  lumbos.  Mais  pour  que  cette  confiance  ne  soit 
pas  trompée,  ceignez  vos  reins.  Il  fait  allusion  à  l'usage 
des  anciens  qui,  étant  vêtus  d'une  longue  robe,  la  rele- 
vaient en  la  serrant  contre  les  reins  avec  une  ceinture, 
afin  d'être  plus  alertes  pour  marcher  ou  travailler  (1). 
Lorsque  Notre-Seigneur  dit  à  ses  disciples  :  Sint  lumbi 
vestri  prœcincti,  «  que  vos  reins  soient  ceints  »,  il  leur 
ordonne  d'être  toujours  prêts,  comme  des  serviteurs,  à 
accomplir  la  volonté  de  leur  maître.  Et  quand  saint  Pierre 
nous  dit  de,  ceindre  nos  reins,  il  nous  exhorte  à  marcher 
d'un  pas  libre  vers  le  lieu  de  nos  immortelles  espérances. 

Succincti  lumbos  mentis.  Ceignez  donc  les  reins  de  votre 
âme  ;  c'est-à-dire,  préparez-la,  dégagez-la  de  tout  ce  qui 
pourrait  embarrasser  sa  marche  vers  le  ciel.  Ceignez  les 
reins  de  votre  âme;  c'est-à-dire  aussi,  fortiliez-la ;  car 
la  ceinture  serrée  donne  au  corps  de  la  solidité  et  de  la 
force.  Ceignez  les  reins  de  votre  âme  ;  c'est-à-dire  enfin, 

(1)  De  là  ces  expressions  latines,  notées  par  saint  Augustin  :  succingi 
ad  iter,  cinyi  ad  optes,  accingi  ad prœliwn, prœcingi  ad  lainisterium. 
(In  Ps.  xcxn.) 


—    143    —  IPetr.,1. 

soyez  chastes  dans  vos  pensées  ;  car  la  ceinture  com- 
prime les  reins,  qui  sont  le  siège  de  la  luxure.  Succingit 
lumbos  mentis,  qui  liane  ab  impura  cogitatione  restringit, 
dit  le  vénérable  Bède. 

Sobrii,  vTj^povreç,  étant  sobres.  C'est  une  explication  de 
la  métaphore  «  ceignez  les  reins  de  votre  âme.  •  Il  ne 
recommande  pas  seulement  la  chasteté  et  la  sobriété  en 
général,  mais  il  exige  la  répression  de  la  cupidité,  de 
l'ambition,  de  tous  les  désirs  désordonnés  qui  retardent 
l'àme  dans  sa  marche  vers  le  ciel. 

En  outre,  le  mot  vT^povrcç  signifie  aussi  la  vigilance  d'un 
esprit  actif,  qui  n'est  point  appesanti  par  l'excès  du  vin. 
Que  votre  àme,  dit-il,  soit  toujours  éveillée,  attentive  à 
faire  le  bien  dont  l'occasion  se  présente,  et  prompte  à 
découvrir  les  embûches  de  l'ennemi. 

Perfecte  sperate  in  eam  qu&  offertur  vobis  gratiam. 
Attendez  avec  une  espérance  parfaite  la  grâce  qui  vous 
est  promise.  Or,  une  espérance  parfaite  est  ferme,  iné- 
branlable, fondée  sur  des  motifs  certains.  Pour  que  la 
votre  soit  telle,  pour  être  assurés  autant  qu'on  peut  l'être 
de  posséder  le  salut  que  les  messagers  de  Dieu  vous  ap- 
portent (çEpojjivTp  6(itv  /7-p'-v),  réprimez  tout  désir  sensuel, 
et  vous  recevrez  la  grâce  et  la  gloire  au  jour  de  la  révé- 
lation de  Jésus-Christ,  in  revelationemJesu  Christi. 

ite  gloire,  saint  Pierre  l'appelle  une  grâce,  gratiam. 

<•  bien  que  la  gloire  éternelle  soit  la  récompense  de  nos 
bonne-  œuvres,  elle  est  cependant  fondée  sur  la  grâce  de 
Dieu.  Gratia  Dei  vita  œ tenta.  (Rom.,  vi,  23.) 

1  1.  Quasi  filii  obedientÙBy  non  conftguratl  prioribus 
ignorantix  vestrx  desideriis.  Espérez  donc  ce  glorieux 
héritage,  «  comme   étant  des  enfants    d'obéissance  et 

ii ai ii  de  vous  conformer  aux  anciens  désirs  de  votre 
ignorance.  » 

Filii  oèedientise,  e'est  un  hébraïsme  qui  veut  dire  des 
hommes  qui  obéissent. 

Obedientim  :  l'obéissance  à  l'Evangile.  La  première 
obéissance  que  l'on  rend  au  Christ  est  de  croire  â  sa 
paru:,  t   la    foi.  Donc,  ayant   accepté   sa  doctrine. 


—     141     — 

vous  la  prendrez  pour  la  règle  de  vos  pensées  et  de  votre 
conduite.  Désormais  vous  ne  vous  conformerez  plus  aux 
maximes  du  monde,  ni  aux  désirs  que  vous  suiviez  au 
temps  de  votre  ancienne  ignorance. 

No?i  configurait  prioribus  ignorantiœ  vestrœ  desideriis. 
Ces  paroles  s'adressent  principalement  aux  fidèles  venus 
de  la  gentilité,  qui  avaient  adoré  les  faux  dieux  et  vécu 
dans  les  désordres  du  paganisme  ;  mais  cela  peut  s'en- 
tendre aussi  des  Israélites,  qui,  malgré  la  connaissance 
du  vrai  Dieu  et  de  la  loi  de  Moïse,  s'abandonnaient  à  des 
désirs  coupables  et  à  des  passions  mauvaises.  —  Igno- 
rantiœ. Au  fond  tout  péché  vient  d'ignorance,  en  un  cer- 
tain sens;  car  si  l'on  savait  combien  le  péché  est  mauvais 
en  soi  et  combien  il  est  funeste,  on  ne  le  commettrait  pas. 
Donc  si  l'on  veut  convertir  les  pécheurs,  la  première  chose 
qu'il  faut  faire,  n'est  pas  d'exhorter,  mais  d'instruire.  Et 
si  l'on  veut  se  corriger  soi-même,  il  faut  éclairer  son 
esprit  par  la  méditation  sérieuse  des  grandes  vérités  de 
la  religion. 

15.  Sed  secundum  eum  qui  vocavit  vos  Sanctum,  et  ipsi 
in  omni  conversatione  sanctisitis.  Mais  soyez  vous-mêmes 
saints  dans  toute  la  conduite  de  votre  vie,  comme  est 
saint  celui  qui  vous  a  appelés  à  la  foi  et  à  la  grâce  du 
salut.  Cette  parole  «  Soyez  saints  »  exige  d'abord  la  fuite 
de  l'impureté  et  commande  la  chasteté  des  mœurs.  Car 
Dieu  ne  nous  a  pas  appelés  à  une  vie  immonde,  dit  saint 
Paul,  mais  à  la  sainteté.  Non  enim  vocavit  nos  Deus  in 
immundiiiam,  sed  in  sanctificationem.  (I  Thess.,  iv,  7.) 

Et  cette  sainteté  irréprochable  doit  s'étendre  à  toutes 
nos  actions,  à  toute  notre  vie. 

In  omni  conversatione,  ev  7cà<nr)  àva^o^yj.  Le  chrétien  se 
conduit  en  chrétien  en  tous  lieux,  en  tous  temps  et  dans 
toutes  ses  fonctions.  Qu'il  traite  ses  affaires,  ou  celles  du 
prochain,  ou  celles  de  l'Etat,  il  consulte  la  loi  et  la  gloire 
de  Dieu  son  maître.  Ni  le  citoyen  ni  le  prince  ne  doivent 
oublier  qu'ils  sont,  avant  tout,  les  serviteurs  de  Jésus- 
Christ,  et  que  leur  règle  est  l'Evangile.  Respecter  l'auto- 
rité de  l'Eglise  dans  sa  vie  privée  et  l'oublier  dans  les 


—     145    —  /  Petr.,  i. 

fonctions  de  sa  vie  publique,  cela  n'est  pas  permis  au 
chrétien.  (Léon  XIII,  Encycl.  Admirabile.) 

10.  Quoniam  scriptum  est  :  Sancti  eritis,  quoniam  ego 
sanctus  sum,  «  Car  il  est  écrit  :  Vous  serez  saints  parce  que 
je  suis  saint  (1).  »  Puisque  Dieu  est  saint  en  lui-même, 
tout  ce  qui  approche  de  sa  majesté  doit  être  saint.  Il  faut 
être  sans  aucune  tache  pour  entrer  dans  sa  maison  du 
ciel.  Non  intrabit  in  cam  allquod  coinquinatum.  (Apoc, 
xxi.)  Il  faut  être  saint  pour  participer  aux  divins  mys- 
tères. Ne  portons  à  la  table  sainte  aucune  faute,  même 
légère,  sans  l'avoir  expiée  par  une  vraie  contrition.  C'est 
pour  cela  qu'avant  de  monter  à  l'autel,  l'Eglise  veut  que 
le  prêtre  se  frappe  la  poitrine  et  récite  le  Confiteor.  Tous 
les  fidèles  font  de  même  avant  de  communier.  Ne  convient- 
il  pas  de  purifier  son  cœur  de  toute  affection  au  péché, 
avant  de  recevoir  le  Saint  des  saints? 

17.  Et.  Saint  Pierre  continue  d'exhorter  les  chrétiens  à 
la  sainteté  par  de  nouveaux  motifs. 

Et  si  Patrem  invocatis  eum  qui  sine  acceptione  persona- 
rum  judicat  secundum  nniuscujusque  opus,  in  timoré,  in~ 
colatus  vestri  tempore,  conversaniini.  «  Et  puisque  vous 
invoquez  comme  votre  Père  celui  qui,  sans  faire  acception 
de  personne,  juge  chacun  selon  ses  œuvres,  vivez  dans 
la  crainte  pendant  le  temps  que  vous  demeurez  étrangers 
sur  la  terre.  » 

Adorez  saintement  votre  Dieu.  Obéissez  saintement  à 
votre  Père.  Servez  saintement  votre  Maître.  Craignez 
saintement  votre  Juge  ;  car,  tout  en  aimant  Dieu,  il  faut 
le  craindre.  Semper  sanctorum  securitas  plena  timoris  Dei 
exstitit,    Imit.  Chr.,  1.  I,  c.  xx.) 

Si  Patrem  iuvocatis.  Il  fait  allusion  à  la  prière  que 
Xutre-Seigncur  a  apprise  à  ses  disciples  :  «  Notre  Père 
qui  êtes  dans  les  cieux.  » 

Eum  qui  judicat.  Souvenez-vous  que  Dieu  n'est  pas 
seulement  notre  Père,  il  est  aussi  notre  Juge.  Or,  il  juge 
sans  considérer  la  noblesse,  ou  la  puissance,  ou  la  for- 

(1)  Scriptum  est.  Ces  paroles  sont  écrites  au  Lévitique,  xi,  44  ;  xix, 
1  :  et  xxi,  8. 

1  IITRKS    CATHOUQrRS  10 


—     140     — 

tune  de  ceux  qui  comparaissent  devant  lui.  Le  riche  et  le 
pauvre,  le  maître  et  l'esclave  sont  égaux  devant  son  tri- 
bunal. Il  examine  leur  mérite,  fondé  sur  leurs  œuvres 
bonnes  ou  mauvaises.  11  voit  tout,  il  juge  tout,  il  punit 
tout  ce  qui  est  contre  sa  loi.  Saint  Clément  rapporte  que 
saint  Pierre  répétait  souvent  cette  parole  :  «  Quel  homme 
pourrait  pécher,  s'il  pensait  au  jugement  de  Dieu  ?  » 

In  timoré.  Vivons  dans  la  crainte  de  ce  jugement  pen- 
dant tout  le  temps  que  nous  marchons  sur  cette  terre,  où 
nous  devons  nous  regarder  comme  des  étrangers. 

lncolatus  vestri  tempore.  Le  mot  incolatus*  7capoixfe,  veut 
dire  le  séjour  que  l'on  fait  dans  un  pays  qui  n'est  pas  le 
sien.  Incola  dicitur  qui  habitat  in  terra  aliéna,  non  in 
civita/e  sua.  (S.  Aug.  in  Ps.  exix,  n.  6.)  La  terre  n'est 
point  la  vraie  patrie  des  chrétiens. 

18.  Scientes  quod  non  corruptibilibus  aura  vel  argento 
redempti  estis  de  vana  vestra  conversatione  paternes  tra- 
ditionis.  «  Vivez  dans  la  crainte  d'offenser  votre  juge, 
sachant  que  ce  n'est  point  par  des  choses  corruptibles, 
comme  l'or  et  l'argent,  que  vous  avez  été  rachetés  de  la 
vanité  où.  vous  viviez  selon  la  tradition  de  vos  pères.  » 
La  première  raison  pour  laquelle  nous  devons  craindre 
notre  Juge,  c'est  qu'il  juge  chacun  selon  ses  œuvres;  la 
seconde,  c'est  que  nous  mériterons  sa  colère  si  nous  som- 
mes ingrats  envers  le  Dieu  qui  nous  a  rachetés.  En  effet, 
dit  le  vénérable  Bède ,  plus  est  grand  le  prix  de  votre 
rédemption,,  plus  vous  devez  craindre  d'offenser  votre 
Rédempteur,  et  de  rendre  inutile  la  rançon  immense  qu'il 
a  payée  pour  vous.  Or,  c'est  ce  que  vous  feriez  en  retour- 
nant à  votre  corruption  primitive.  Car,  ce  n'était  pas  une 
vie  sainte,  mais  vaine,  mais  coupable  que  vous  meniez 
autrefois. 

Redempti  estis  de  vana  conversatione.  Tout  ce  qu'on  ne 
fait  pas  pour  Dieu  et  pour  le  salut  éternel  est  vain.  Amas- 
sez une  grande  fortune,  illustrez  votre  nom  par  des  ou- 
vrages admirés  de  l'univers,  ceignez  votre  front  d'une 
couronne  royale  :  vanité  des  vanités  !  tout  n'est  que  va- 
nité, si  Ton  n'aime  pas  Dieu,  s'écrie  Salomon. 


—    147    —  IPetr.,y. 

De  vana  vestra  conversatione  palernœ  traditionis.  Que 
faut-il  entendre  par  la  tradition  paternelle?  Est-ce  la  loi 
de  Moïse  dans  sa  partie  cérémonielle?  Non,  saint  Pierre 
ne  la  blâmerait  pas,  car  elle  était  encore  permise  aux 
Juifs  ;  il  ne  songeait  pas  à  les  en  détourner.  Il  ensei- 
gnait seulement,  comme  saint  Paul  et  les  autres  Apôtres, 
qu'il  fallait  y  joindre  les  préceptes  de  l'Evangile.  La  tra- 
dition paternelle,  autrement  la  tradition  des  anciens,  dé- 
signe les  prescriptions  ajoutées  à  la  loi  par  les  docteurs 
juifs  ;  préceptes  purement  humains,  usages  inutiles  et 
quelquefois  coupables,  comme  le  déclare  Notre-Seigneur. 
(S.  Matth.,  xv,  et  S.  Marc,  vu.) 

La  tradition  paternelle  s'entend  mieux  encore  de  la 
fausse  religion  des  Gentils,  qui  adressaient  de  vaines 
prières  à  des  idoles.  Ainsi  l'expliquent  plusieurs  saints 
Pères  (1). 

Non  corruptibilibus  auro  vcl  argento  redempti cstis.hes 
choses  les  plus  précieuses  aux  yeux  des  hommes  sont 
l'or  et  l'argent,  métaux  sujets  à  la  corruption.  On  les 
fond,  ils  s'altèrent,  ils  s'usent.  Mais  le  prix  qui  a  été 
donné  pour  racheter  vos  âmes  est  incorruptible,  c'est  le 
sang  d'un  1  >ieu. 

19.  Sedpretîoso  sanquine  quasi agni  immaculati  Chris ti. 
Voilà  1''  prix  auquel  vous  avez  été  rachetés  !  Rien  de  ce 
qui  est  créé  n'est  comparable  au  sang  de  cet  Agneau,  dont 
une  seule  goutte  suffît  pour  effacer  les  péchés  du  monde. 
Car  cet  Agneau  est  Dieu,  et  le  sang  d'un  Dieu  est  d'un 
prix  infini. 

Agni.  Le  Christ  est  comparé  à  un  Agneau  à  cause  de 
la  douceur  de  cet  animal  innocent,  qui  garde  le  silence 
et  ne  s.-  plaint  pas.  lors  munie  qu'on  l'immole. 

tmmaculati,  Kpt&peu.  Le  mot  grec  signifie  «  sans  défaut.  » 

L'agneau  pascal  ne  devait  avoir  aucun  défaut  corporel, 

afin  .1  être  digne  «le  figurer  le  Christ  :  Erit  autan  agnus 

macula.  (Exod.,  xn,  5.)  Il  ne  devait  donc  être  ni 


())  u-ustin,  in  Pi,  cxlvi,  n.  18:  et  saint  Théophile,  ad  Autol., 

1.  II,  34.  i 


—    148    — 

aveugle,  ni  boiteux,  ni  estropié,  mais  posséder  l'intégrité 
parfaite  de  ses  membres. 

Et  incontaminati .  Le  mot  incontamina  tus,  aouiXoç, 
désigne  l'absence  de  toute  tache  ;  ce  qui  n'était  pas  exigé 
de  l'agneau  pascal.  Mais  pour  le  Christ  qui  devait  effacer 
les  péchés  du  monde,  il  fallait  qu'il  fût  une  victime  sans 
défaut  et  sans  tache  :  a^wjAoç  xaï  àa7uXoç.  Le  Christ  a  fait 
beaucoup  d'immaculés,  en  effaçant  les  péchés  des  hom- 
mes ;  lui  seul  possède,  par  sa  nature,  une  pureté  sans 
tache.  Fecit  multos  immaculatos  donando  peccata;  ipse 
immaculatus  non  habendo  peccata,  dit  saint  Augustin. 

20.  Prœcoqniti  quidem  ante  mundi  constitutionem, 
manifestati  autem  novissimis  temporibits  propter  vos. 
«  Agneau  connu  par  la  prescience  de  Dieu  avant  la 
création  du  monde,  et  manifesté  à  la  fin  des  temps  pour 
l'amour  de  vous.  » 

Prœcoqniti.  Dieu,  qui  voit  de  son  immuable  éternité 
ce  qu'il  fait  dans  la  suite  des  siècles,  a  toujours  eu  présent 
par  sa  prescience,  cet  Agneau  qu'il  destinait,  dans  sa 
miséricorde,  à  l'expiation  du  péché  des  hommes.  —  Prœ- 
cogniti. La  prescience  de  Dieu  est  ici,  comme  en  d'autres 
endroits  de  l'Ecriture,  une  connaissance  efficace,  qui  veut 
et  prépare  ce  qu'elle  voit.  C'est  ainsi  que  l'apôtre  saint 
Paul  a  pu  dire,  dans  l'Epître  aux  Romains  :  Dieu  n'a 
point  rejeté  son  peuple  qu'il  a  connu  dans  sa  prescience. 
Non  repulit  Deus  plebem  suam,  quam  prœscivit.  (Rom., 
xi.  2.  —  Voyez  plus  haut,  v.  2.) 

Ante  mundi  constitutionem,  itph  xaTaêoXvjç  xocixou,  ante 
jacta  mundi  fundamenta.  L'éternité  seule  précède  la 
création  ;  tout  ce  que  Dieu  voit,  tout  ce  que  Dieu  décide, 
il  le  voit,  il  le  veut  de  toute  éternité  ;  il  a  prévu  que 
l'homme  créé  pécherait,  et  en  prévoyant  son  péché,  il  en 
a  préparé  l'expiation  dans  l'incarnation  du  Verbe  et  dans 
l'immolation  du  Christ.  Saint  Jean  dit  de  même,  dans 
l'Apocalypse,  que  le  Christ  est  l'Agneau  égorgé  dès  le 
commencement  du  monde,  dans  le  décret  divin.  Qui  oc- 
cisus  est  ab  origine  mundi.  (Apoc,  xm,  8.) 

Manifestati  autem  novissimis  temporibus  propter  vos, 


—    149    —  /  Petr.,  i. 

Cet  Agneau  très  saint,  dont  nos  pères  n'avaient  vu  que 
la  figure,  a  été  manifesté  à  la  fin  des  temps,  pour  vous, 
pour  votre  salut,  ô  peuples  de  l'Asie,  afin  que,  participant 
à  son  sacrifice,  vous  soyez  purifiés  dans  son  sang.  L'A- 
gneau divin  a  été  sans  doute  immolé  sur  l'autel  de  la 
croix  pour  tous  les  hommes  et  pour  tous  les  siècles  ; 
mais  les  fruits  de  son  sacrifice  ont  été  répandus  sur  le 
genre  humain  avec  plus  d'abondance  après  qu'il  a  été 
prêché  dans  le  monde  par  les  Apôtres.  Car  pour  être 
sauvé  par  le  Christ,  il  faut  croire  en  lui  ;  pour  croire  en 
lui,  il  faut  le  connaître,  et  on  le  connaît  par  la  prédication 
de  l'Evangile. 

Novissimis  temporibns,  stt'  ir/ixtov  twv  /povwv.  Par  cette 
expression,  l'Ecriture  entend  le  dernier  âge  du  monde, 
qui  est  compris  entre  le  premier  et  le  second  avènement 
du  Christ.  C'est  comme  s'il  leur  disait  :  Vous  êtes  heu- 
reux d'être  nés  à  cette  époque  et  dans  ces  pays,  où  la 
trompette  évangélique  a  retenti  avec  tant  d'éclat,  où  l'om- 
bre est  remplacée  par  la  lumière,  et  la  loi  par  la  grâce. 

Proptcr  vos,  pour  vous!  Ce  mot,  placé  a  la  fin  de  la 
phrase,  doit  exciter  l'amour  et  la  reconnaissance  des 
chrétiens  auxquels  il  s'adresse.  Ils  ont  eu,  préférable- 
ment  à  tant  de  millions  d'hommes,  le  bonheur  d'entendre 
la  voix  des  Apôtres  et  de  recevoir  la  grâce  de  l'Evangile. 

21.  Propter  vos,  qui  fidèles  esiis  in  Deo.  La  victime 
cxpiatrice  du  péché  a  donc  été  manifestée  au  monde  à 
cause  de  vous  qui  croyez  en  Dieu,  qui  obéissez  à  Dieu  et 
qui  portez  le  nom  glorieux  de  ses  fidèles.  C'est  pour  vous 
et  pour  votre  salut  que  l'Evangile  a  retenti  dans  le 
monde  (1). 

Per  ipsum  fidèles  esiis.  Vous  êtes  par  lui  fidèles.  Ce 
mot  est  retenu  par  les  théologiens.  Il  nous  fait  entendre 
que  la  foi,  par  laquelle  nous  croyons  en  Dieu  comme 

(1)    l)es   éditions  grecques  donnent    :  roôj  sY  v.'jzoj  -tïrrJîvra,-   di  8ffév. 

qui  per  ipnttn  creditis  in  Deum.  Mais  d'autres  éditions,  appuyées  sur 

lanuscrits  A  B,  maintiennent  la  leçon  conforme  à  la  Vulgate,  toù? 

•V  ij-o'j  nmwi  il;  <->;-..,  qui  per  ipsum  fidèles  estis  in   Deo.  Vous   ne 

creyei  |  ;<^  Reniement  en  lui,  vous  <'-ies  sea  fidèles. 


—    150    — 

auteur  de  notre  salut,  surpasse  la  puissance  de  notre 
nature.  Pour  faire  un  acte  de  foi  salutaire  et  pour  persé- 
vérer dans  la  foi,  il  nous  faut  la  grâce  méritée  par  le 
Christ,  per  ipsum  fidèles  estis. 

Qui  suscilavit  eum  a  mortais.  Le  principal  motif  qui 
nous  fait  admettre  l'Evangile  avec  une  certitude  entière, 
c'est  que  Dieu  a  ressuscité  Jésus-Christ  d'entre  les  morts. 
Car  il  avait  prédit  lui-même  sa  résurrection  et  il  l'avait 
donnée  comme  preuve  de  sa  doctrine. 

Et  dédit  illi  ç/loriam.  Notre  foi,  appuyée  sur  la  résur- 
rection comme  sur  un  fondement  solide,  est  confirmée 
par  les  autres  gloires  que  Dieu  a  données  au  Christ, 
gloires  qui  surpassent  infiniment  toutes  celles  qui  ont  été 
accordées  aux  créatures.  C'est  la  gloire  de  l'ascension, 
lorsqu'il  est  monté  au  ciel  en  présence  de  ses  disciples  et 
de  ceux  qui  croyaient  en  lui.  C'est  la  gloire  de  la  descente 
manifeste  du  Saint-Esprit,  dont  il  a  rempli  ses  Apôtres 
et  qu'il  continue  de  communiquer  à  ceux  qui  croient  à 
sa  parole.  C'est  la  gloire  de  la  prédication  de  son  Evan- 
gile annoncé  et  accepté  dans  tout  l'univers.  C'est  la 
gloire  enfin  qui  lui  est  rendue  par  tous  les  peuples  de  la 
terre,  où  il  a  des  fidèles  qui  l'adorent,  qui  l'aiment,  qui 
observent  ses  commandements,  qui  vivent  selon  sa  loi 
et  qui  meurent  pour  lui.  Jésus  parle  lui-même  de  cette 
gloire  dans  saint  Jean,  lorsqu'il  dit  que  «  tous  honoreront 
le  Fils  comme  ils  honorent  le  Père.  »  Et  dans  un  autre 
endroit  :  «  L'heure  est  venue,  dit-il,  où  le  Fils  de  l'homme 
sera  glorifié.  »  (S.  Joann.,  v  et  xn.) 

Ut  fides  vestra  et  spes  esset  in  Deo.  «  Dieu  a  donc  res- 
suscité le  Christ  et  il  lui  a  donné  la  gloire,  afin  que  votre 
foi  et  votre  espérance  fussent  en  Dieu.  »  Car  en  voyant 
le  Christ  ressuscité  et  glorifié  au  ciel  et  sur  la  terre, 
vous  avez  un  motif  certain  de  croire  à  ses  paroles  et 
d'espérer  en  ses  promesses. 

22.  Animas  vestras  castificantes  in  obedientia  chari- 
tatisil).  Mais  pour  croire  en  Jésus-Christ  d'une  foi  qui 

(1)  Dans  le  grec,  on  lit  in  obedientia  veritatis,  h  vTzx*y7j  7*js-  ùlrfisia.ç 


—    151    —  /  Petr.3 1. 

justifie,  et  pour  espérer  avec  confiance  les  biens  qu'il 
promet,  il  faut  purifier  vos  consciences  dans  l'obéissance 
de  la  charité,  in  obedientia  charitat  is.  Cela  veut  dire, 
en  obéissant  à  la  parole  divine  par  l'adhésion  de  votra 
esprit,  et  en  aimant  de  tout  votre  cœur  Celui  en  qui  vous 
croyez. 

Ce  membre  de  phrase,  qui  sert  de  transition,  peut  se 
joindre  à  ce  qui  précède,  et  commencer  aussi  la  phrase 
suivante,  dont  le  verbe  est  diligite,  aimez. 

Animas  vestras  castificantes  in  obedientia  charitatis, 
in  fraternitatis  amure  simplici,  ex  corde,  invicem  diligite 
attentius.  «  Ayant  purifié  vos  âmes  par  la  foi  dans  une 
obéissance  de  charité,  aimez-vous  constamment  les  uns 
les  antres,  en  sorte  que  votre  charité  fraternelle  soit 
sincère  et  au  fond  du  cœur.  » 

///  fraternitatis  nmore  simplici  (1).  Votre  amour  pour 
vos  frères  doit  être  simple  et  non  double,  véritable  et 
non  simulé.  Mais  cet  amour  sincère  qui  part  du  cœur, 
ex  corde,  n'est  pas  une  aifection  seulement  naturelle, 

si  une  charité  spirituelle  dont  la  grâce  est  le  principe. 

Invicem  diligite  attentius  ou  inteniius,  sxtevûç,  aimez- 
vous  les  uns  les  autres  d'un  amour  diligent,  courageux, 
intense.  Aimez  les  frères,  malgré  leurs  défauts  et  malgré 
les  torts  qu'ils  auraient  envers  vous. 

.  RenaH  non  ex  semine  corruptibili,  sed  incorrupti- 
bili.  Il  montre  comment  nous  sommes  frères.  Sans  doute, 
les  lmmines  sont  tous  frères  selon  la  nature,  en  Adam, 
par  leur  première  naissance.  Mais  les  chrétiens  ont  une 
fraternité  plus  heureuse  :  ils  sont  frères  en  Jésus-Christ 
selon  l;i  grâce, par  une  seconde  naissance.  Aimez-vous 
connu»'  des  frères,  leur  dit-il,  parce  qu'une  nouvelle  nais- 
s;i:  18  a  tous  rendus  enfants  d'un   même  Père  qui 

ilai,-  l,i  vérité.  C*es(   une  leçon  très  estimable,  appuyée 

•nr  les  meilleurs  manuscrits.  —  Castificantes.  En  grec,  il  j  a  le  passé, 

aiti/icavistis.  Voua  avez  déjà  purifié  vos  âmes  dans 

1<-  kij't' me  :  cooservei  cette  pureté. 

(1)    /"  simplici,  tU   ptlacd&pferJ   AvvitàtpiTêv.  On 

par  le  grec  que  le  iii'>i  simplici  doit  se  construire  avec  et 

DOQ 


--    152    — 

est  Dieu,  frères  de  Jésus-Christ  et  héritiers  de  la  vie 
éternelle.  Cette  nouvelle  naissance  ne  vient  pas  d'un 
germe  corruptible,  mais  d'une  semence  spirituelle  et 
incorruptible. 

Saint  Pierre  explique  comment  s'est  faite  leur  régéné- 
ration :  Per  Verbum  Dei  vivi  et  permanentis  in  œternum. 
Vous  avez  été  régénérés,  dit-il,  par  la  parole  du  Dieu 
vivant,  qui  demeure  éternellement.  L'Apôtre  nous  ensei- 
gne donc  que  le  germe  d'où  s'est  formée  notre  seconde 
génération  est  la  parole  de  Dieu.  C'est  en  effet  cette  parole 
qui,  donnant  la  fécondité  aux  eaux  du  baptême,  nous  a 
fait  renaître  enfants  de  Dieu.  Car  ni  le  sang,  ni  la  chair,  ni 
la  volonté  de  l'homme  ne  sont  pour  rien  dans  cette  nou- 
velle naissance,  dit  saint  Jean  ;  c'est  Dieu  qui  l'opère  tout 
entière,  en  donnant  la  justice  à  nos  âmes  :  Qui  non  ex 
sanquinibus,  neque  ex  voluntate  camis,  neque  ex  volun- 
tate  viri,  sed  ex  Deo  nati  sant.  (S.  Joann.,  i.)  L'Esprit- 
Saint  a  formé  le  chrétien  dans  le  baptême,  comme  il  a 
formé  le  Christ  dans  le  sein  de  la  Vierge,  dit  saint  Chry- 
sostome.  (Hom.  ad  Col.,  vi.) 

Saint  Léon  le  Grand  développe  la  même  pensée.  Le 
Seigneur  Jésus,  dit-il,  s'est  fait  homme  en  prenant  notre 
nature,  afin  que  nous  puissions  nous-mêmes  participer 
à  la  nature  divine.  La  génération  qu'il  a  prise  dans  le 
sein  de  la  Vierge,  il  l'a  mise  dans  la  fontaine  baptismale. 
Il  a  donné  à  l'eau  ce  qu'il  avait  donné  à  sa  Mère.  Car  la 
vertu  du  Très-Haut  et  l'ombre  du  Saint-Esprit,  qui  a 
rendu  Marie  capable  d'engendrer  le  Sauveur,  donne  aussi 
aux  eaux  la  puissance  de  régénérer  ceux  qui  croient  (1). 
Per  Verbum  Dei  vivi  et  permanentis  in  œternum  (2). 

(1)  Factus  est  homo  nostri  generis,  ut  nos  cîivinœ  naturœ  possemus 
esse  consortes.  Originem  quant  sumpsit  in  utero  Virginis,  posuit  in 
fonte  baptismatis.  Dédit  aquœ  quod  dédit  Malri  :  virtus  enim  Altis- 
s'uni  et  obumbratio  Spiritus  Sancti,  quœ  fecit  ut  Maria  pareret  Sal- 
vatorem,  eadera  facit  ut  regeneret  unda  credentem.  (S.  Léo,  Serm.  v, 
de  Nativ.) 

(2)  Per  Verbum  Dei  vivi,  &v.  ïôyov  Çwvtoj  &-otj.  Quelques-uns  tradui- 
sent :  par  le  Christ,  qui  est  le  Verbe  du  Dieu  vivant.  Mais  tout  de  suite, 
au  verset  25,  l'auteur  sacré  explique  lui-même  làyoe  par  prjjtx,  qui  ne 
désigne  pas  la  personne  du  Verbe,  mais  la  parole  de  Dieu. 


—    153    —  lPetr.,1. 

Le  chrétien  étant  engendré  par  la  parole  d'un  Dieu  vi- 
vant qui  demeure  éternellement,  cette  parole  lui  com- 
munique une  vie  immortelle  comme  Dieu  son  auteur, 
au  lieu  que  la  chair  soumise  à  la  corruption  ne  donne 
qu'une  vie  corruptible.  C'est  ce  que  l'Apôtre  explique 
aussitôt,  en  citant  le  prophète  Isaïe. 

24  et  25.  Quia  omnis  caro  fœnum,  et  om?iis  qloria  ejus 
tanquam  flos  fœni :  cxaruit  fœnum,  et  flos  ejus  dccidit. 
Verbum  autem  Domini  manet  in  aeternum.  «  Car  toute 
chair  est  comme  l'herbe,  dit  Isaïe,  et  toute  la  gloire  de 
la  chair  est  comme  la  fleur  de  l'herbe.  L'herbe  sèche  et 
la  fleur  tombe.  Mais  la  parole  de  Dieu  demeure  éternel- 
lement. »  Que  veut  dire  le  prophète  par  ce  brillant  lan- 
gage ?  Le  voici  :  L'homme  qui  est  engendré  de  la  chair 
fleurit  dans  son  enfance,  dans  son  adolescence,  dans  sa 
jeunesse  ;  mais  il  est  corruptible  comme  la  chair  dont  il 
tire  son  origine.  La  gloire  de  sa  jeunesse  s'efface  bientôt. 
Il  se  flétrit,  tombe  et  se  dissout  en  poussière.  Or,  si 
l'homme  est  corruptible,  tout  ce  qui  nait  de  l'homme 
est  aussi  corruptible  et  destiné  à  la  mort.  C'est  la  consé- 
quence qui  sort  des  paroles  sacrées. 

Verbum  autem  Domini  manet  in  œternum.  Mais,  ajoute 
le  prophète,  «  la  parole  de  Dieu  demeure  éternellement.  » 
Ainsi,  le  principe  d'où  le  chrétien  tire  sa  seconde  vie  est 
éternel.  Ce  principe  doit  donc,  conformément  à  sa  nature, 
faire  germer  une  vie  incorruptible  ;  et  puisque  Dieu  de- 
meure éternellement,  il  doit  donner  une  force  éternelle 

a  parole. 

Mais  quelle  est  cette  parole  ?  C'est  celle  qui  vous  a  été 
trtée  par  la  prédication  de  l'Evangile.  Hoc  est  autem 
verbum  quod  evangelizatum  est  in  vos. 

Oui,  si  nous  acceptons  l'Evangile,  la  fin  de  la  vie  pré- 
sente ne  sera  que  la  lin  de  notre  mortalité,  à  laquelle 
succédera  une  vie  éternelle. 


—     154 


CHAPITRE  DEUXIÈME 


ANALYSE 

Dans  ce  chapitre,  saint  Pierre  montre  aux  chrétiens  les 
glorieux  titres  que  leur  confère  la  régénération  baptismale,  et 
les  obligations  qui  en  découlent 

Premièrement.  Puisqu'ils  ont  reçu  une  nouvelle  naissance, 
ils  doivent,  comme  des  enfants  nouveau-nés,  se  fortifier  et 
croître  en  se  nourrissant  du  lait  de  la  pure  doctrine. 

Deuxièmement.  Etant  devenus  frères  par  leur  nouvelle 
génération,  ils  doivent  déposer  tout  vice  contraire  à  la  charité 
fraternelle  (1-3). 

Troisièmement.  Tous  les  chrétiens  forment  un  temple  spi- 
rituel où  Dieu  habite.  Jésus-Christ  en  est  la  pierre  angulaire, 
et  ils  sont  eux-mêmes  des  pierres  choisies  posées  sur  cette 
pi  rro  fondamentale. 

Quatrièmement.  Non  seulement  ils  entrent  comme  des  pierres 
vivantes  dans  la  structure  du  temple,  mais  ils  en  sont  les 
prêtres  pour  offrir  à  Dieu  des  hosties  spirituelles. 

Ils  sont  même  rois,  parce  qu'un  trône  leur  est  préparé  dans 
les  cieux  (4-10). 

Cinquièmement.  L'Apôtre  conclut  de  là  que  les  chrétiens 
doivent  se  regarder  comme  étrangers  sur  la  terre,  et  mener 
une  vie  irréprochable  au  milieu  des  Gentils,  afin  de  confondre 
leurs  calomniateurs. 

Sixièmement.  En  conséquence,  ils  se  montreront  soumis  au 
prince  et  aux  magistrats;  et  ceux  qui  sont  esclaves  obéiront 
à  leurs  maîtres  en  souffrant  avec  patience  les  mauvais  traite- 
ments (11-20). 

11  les  y  encourage  par  l'exemple  de  Notre-Seigneur  Jésus 
Christ  (21-fin). 


—    155    — 


/  Pe(r.%  h. 


1.  Déponentes  igitur  omnetn 
malitiam,  et  omnem  cbolum,  et 
simulationes,  et  invidias,  et  om- 
nés  detractiones, 

2.  Sicut  modo  geniti  infantes, 
rationabile,  sine  dolo  lac  conçu- 
piscite ,  ut  in  eo  crescatis  in 
salutem  : 

3.  Si  tamen  gustatis  quoniam 
dulcis  est  Dominus. 

4.  Ad  quem  accedentes  lapi- 
dent vivum,  àb  hominibus  qui- 
dem  reprobatum,  a  Deo  autem 
electt'ni  et  honori/icatum, 

5.  Et  ijisi  tanquam  lapides 
vivi  edificamini,  domus 
spiritualis,  sacerdotium  sanc- 
tum\  offenre  spirituales  hostias, 
aeceptabiles  Deo  per  Jesum 
Christum. 

6.  Propter      quod 

mo    in   Sion 

lapident   summum    angularem, 

'"m.  [i,  :  et  qui  cre- 

diderit    in    ■  um,    non    confun- 

ur. 

7.  Vobis  igitur  honor  creden- 
ti>>"<  ;  credentibus  autem, 
hijiis  qu*  m   reprobaverunt  œdi- 

.   hic  faCtUS  est    i>i    ru  put 

s  Et  pis  offensionis,  et  pe- 
tra  scandali  his  qui  offendunt 
verbo,   <  dunt    in   quo   et 

positi  suht. 

!'.  tem  genus  electum, 

ile  xacerdotium,  gens sancta, 

quisitionis,  vt 

ntietis   ejus   qui  de 

■  in  admira- 

li».  Q  )opu- 

pulus   !)>/: 
>j"i  ecuti    m  i 

\\ .(  'karissimi,  61  secro  vos  tan- 
egrinoê  abs- 
ûibus   d 


1.  Vous  étant  donc  dépouillés  de 
toute  espèce  de  malice,  de  trompe- 
rie, de  dissimulation,  d'envie  et  de 
médisance, 

2.  Semblables  à  des  enfants  nou- 
vellement nés,  désirez  ardemment  le 
lait  spirituel  et  très  pur  qui  vous 
fera  croître  pour  le  salut  : 

3.  Si  toutefois  vous  avez  goûté 
combien  le  Seigneur  est  doux. 

-1.  Et  vous  approchant  de  lui  comme 
de  la  pierre  vivante,  que  les  hommes 
avaient  rejetée,  mais  que  Dieu  a 
choisie  et  mise  en  honneur, 

5.  Entrez  vous-mêmes  dans  la 
structure  de  l'édifice,  comme  étant 
des  pierres  vivantes,  pour  composer 
une  maison  spirituelle  et  un  sacer- 
doce saint,  afin  d'offrir  à  Dieu  des 
sacrifices  spirituels  qui  lui  soient 
agréables  par  Jésus-Christ. 

G.  C'est  pourquoi  il  est  dit  dans 
l'Ecriture  :  Je  vais  poser  en  Sion  la 
principale  pierre  de  l'angle,  la  pierre 
choisie,  précieuse,  et  quiconque  met- 
tra en  elle  sa  foi  ue  sera  [joint  con- 
fondu. 

7.  Honneur  donc  h  vous  qui  croyez! 
Mais  pour  les  incrédules,  la  pierre 
que  les  architectes  ont  rejetée  est 
devenue  la  tête  de  l'angle, 

8.  Une  pierre  contre  laquelle  ils 
se  heurtent,  une  pierre  qui  les  fait 
tomber,  eux  qui  se  heurtent  contre 
la  parole,  par  une  incrédulité  h  la- 
quelle ils  ont  été  abandonnés. 

9.  M  ai  8  quant  à  vous,  vous  êtes  la 
race  choisie,  le  sacerdoce  royal,  la 
nation  Bai  d  te,  le  peuple  conquis, 
destiné  à  publier  les  vertus  de  celui 
qui  vous  a  appelés  <\r<,  ténèbres  b 
son  adniirab'(»  lumière  ; 

10.  Vous  qui  autrefois  n'étiez  point 
peuple,  mais  qui  êtes  mainte- 
nant le  peuple  de  Dieu  :  vous  qui 
n\-i\  iez  pas  obtenu  miséricorde,  mais 
qui  maintenant  avez  obtenu  miséri- 
corde. 

11.  M<'s  bien  ai  h  !»'•>.  je  nous  conjure 
de  voib  abstenir,  comme  étrangers 
et    voyageurs    que    voua    êtes,  des 


—    156    — 


désirs  charnels  qui  combattent  con- 
tre l'âme. 

12.  Conduisez-vous  parmi  les  Gen- 
tils d'une  manière  sainte,  afin  qu'au 
lieu  de  médire  de  vous  comme  si 
vous  étiez  des  méchants,  les  bonnes 
œuvres  qu'ils  vous  verront  faire  les 
portent  à  rendre  gloire  à  Dieu  au 
jour  de  sa  visite. 

13.  Soyez  donc  soumis,  pour  l'a- 
mour de  Dieu,  à  toute  sorte  de  per- 
sonnes :  soit  au  roi,  comme  au  sou- 
verain ; 

14.  Soit  aux  gouverneurs,  comme 
à  des  hommes  envoyés  de  sa  part 
pour  punir  ceux  qui  font  mal  et 
pour  louer  ceux  qui  font  bien. 

15.  Car  c'est  la  volonté  de  Dieu 
que,  par  votre  bonne  vie,  vous  fer- 
miez la  bouche  aux  hommes  igno- 
rants et  sans  sagesse. 

16.  Soyez  libres,  non  pour  user 
de  votre  liberté  comme  d'un  voile 
qui  couvrirait  vos  mauvaises  actions, 
mais  pour  agir  en  serviteurs  de  Dieu. 

17.  Hendez  à  tous  l'honneur  qui 
leur  est  dû  ;  aimez  vos  frères  ;  crai- 
gnez Dieu  ;  honorez  le  roi. 

18.  Serviteurs,  soyez  soumis  a  vos 
maîtres  avec  toute  sorte  de  respect, 
non  seulement  à  ceux  qui  sont  bons 
et  doux,  mais  même  a  ceux  qui  sont 
rudes  et  fâcheux. 

19.  Car  c'est  une  grâce  de  Dieu  si, 
pensant  qu'il  nous  voit,  nous  endu- 
rons les  maux  et  les  peines  qu'on 
nous  fait  souffrir  avec  injustice. 

20.  En  effet,  quel  sujet  de  gloire 
aurez-vous,  si  c'est  pour  vos  fautes 
que  vous  endurez  de  mauvais  trai- 
tements? Mais  si  vous  souffrez  avec 
patience  en  faisant  le  bien,  c'est  là 
ce  qui  est  agréable  à  Dieu. 

21.  Car  c'est  à  quoi  vous  avez  été 
appelés,  puisque  Jésus-Christ  même 
a  souffert  pour  nous,  vous  laissant 
un  exemple,  afin  que  vous  marchiez 
sur  ses  pas  ; 

22.  Lui  qui  n'a  commis  aucun 
péché,  et  dans  la  bouche  duquel  ne 
s'est  trouvée  aucune  parole  de  trom- 
perie. 


deriis   quœ    militant    adversits 
animam  : 

12.  Conversationem  vestram 
inter  gentes  habentes  bonam,  ut 
in  eo  qnod  detrectant  de  vobis 
tanqiiam  de  malefactoribus,  ex 
bonis  operibus  vos  considéran- 
tes, glorificent  Deum  in  die  vi- 
sitationis. 

13.  Subjecti  igitur  eslote  om  - 
ni  humanœ  créatures  propter 
Deum  ;  sive  régi,  quasi  prœcel- 
lenti  ;       ^  om  -   n 

14.  Sive  ducibusi  tanquam  ab 
eo  missis  ad  vindictam  male- 
factorum,  laudem  vero  bono- 
rum  : 

15.  Quia  sic  est  voluntas  Dei, 
ut  benefacientes  obmutescere  fa- 
ciatis  imprudentium  hominum 
ignorantiam  ; 

1G.  Quasi  liberi,  et  non  quasi 
velamen  habentes  malitiœ  liber- 
tatem,  sed  sicut  servi  Dei. 

17.  Omnes  honorate  ;  frater- 
nitatem  diligite;  Deum  timete; 
regem  honorificate. 

18.  Servi,  subditi  estote  in 
omni  timoré  dominis,  non  tan- 
tum  bonis  et  modestis,  sed  etiam 
dyscolis. 

19.  Hœc  est  enim  gratia,  si 
propter  Dei  conscientiam  susti- 
net  quis  tristitias,  patiens  in- 
juste. 

20.  Quœ  enim  est  gloria,  si 
peccanles  et  colaphizati  suffer- 
tis?  Sed  si  bene  facientes,  pa- 
tienter sustinetis,  hœc  est  gratia 
apud  Deum. 

21.  In  hoc  enim  vocati  estis  : 
quia  et  Christus  passus  est  pro 
nobis,  vobis  relinquens  exem- 
plum  ut  sequamini  vestigia 
ejus. 

22.  Qui  peccatum  non  fecit, 
nec  inventus  est  dolus  in  ore 
ejus. 


—  157     —                        lPetr.yu. 

23.  Qui  quum  malediceretur,  23.  Quand   on    le  chargeait  d'in 
non    nailedicebat  ;   quum  pâte-  jures,  il  ne  répondait  point  par  des 
retur,  non  comminabatur ;  Ira-  injures;  quand  on  le  maltraitait,  il 
débat   autem  judicanti    se    in-  ne  faisait  point  de  menaces  ;  mais  il 
juste.  se  livrait  entre  les  mains  de  celui 

qui  le  jugeait  injustement. 

24.  Qui  peccata  nostra  ipse  24.  Il  a  porté  lui-même  nos  péchés 
pertulit  in  corpore  suo  super  dans  son  corps  sur  la  croix,  afin 
lignum  ,  ut  peccutis  mortui,  qu'étant  morts  au  péché  nous  vivions 
justifia'  vivamus  ;  eu  jus  livore  pour  la  justice;  et  c'est  par  ses  meur- 
sanati  estis.  trissures  que  vous  avez  été   guéris. 

25.  Eratis  enim  sicut  oves  25.  Car  vous  étiez  comme  des  bre- 
errantes,  sed  conversi  estis  nnne  bis  égarées;  mais  maintenant  vous 
ad  pastorem  et  episcopv.m  ani-  êtes  retournés  au  Pasteur  et  à  l'E- 
marum  vestrarum.  vêque  de  vos  âmes. 


COMMENTAIRE 

1.  Déponentes  iqitur  omnem  malitiam,  «  déposant  donc 
toute  malice.  »  Ce  verset  se  lie  au  23e  du  précédent  cha- 
pitre :  Renati  ex  semine  incorruptibili  per  Verbum  Dei. 
Vous  avez  reçu  une  vie  nouvelle  dans  les  eaux  du  bap- 
tême fécondées  par  la  parole  de  Dieu  ;  vous  y  avez  été 
engendrés  d'un  principe  incorruptible  ;  et  par  cette  nou- 
velle génération  vous  êtes  devenus  frères.  Déposez  donc 
toute  malice,  toute  tromperie,  toute  dissimulation,  toute 
envie  et  toute  médisance.  Car  ce  sont  là  des  choses  con- 
traires à  la  charité  fraternelle. 

«  Toute  malice  »  {omnem  malitiam,  Trïsav  xaxt'av)  est  un 
terme  général  qui  désigne  la  volonté  de  nuire  au  prochain  : 
nocendi  amor,  (Aug.  Hom.  xx  inter  50.)  Les  mots  suivants 
indiquent  les  différentes  espèces  de  malice  auxquelles  il 
faut  renoncer.  L'Apôtre  énumère  des  vices  qui  ne  sont 
pas  rares  parmi  les  chrétiens  et  que  certaines  personnes 
pieuses  se  pardonnent  trop  facilement. 

Et  omnem  dolum.  Renoncez  à  toute  sorte  de  tromperie. 
Un  frère  ne  doit  pas  tromper  un  frère  ;  qu'il  n'y  ait  point 
de  fraudes  parmi  vous. 

Et  simulationes,  &icoxpfoetç.  Ce  terme  désigne  l'art  de 


—     158     — 

feindre,  soit  dans  ses  discours,  soit  par  ses  manières,  des 
senti  monts  de  bienveillance  que  l'on  n'a  pas  dans  le  fond 
du  cœur.  Une  équité  simulée,  dit  saint  Augustin,  est  une 
double  iniquité.  Simulata  œquitas  non  est  œquitas,  sed 
duplex  iniquitas.  (S.  Aug.  in  Ps.  lxiii.)  L'Esprit-Saint 
nous  apprend  que  les  hommes  doubles  attirent  sur  eux 
la  colère  de  Dieu.  Simulator  es  et  callidi  provocant  iram 
Dei.  (Job,  xxxvi,  13.) 

Et  invidias.  Que  l'envie  est  donc  funeste  t  C'est  par  l'en- 
vie du  diable  que  la  mort  est  entrée  dans  le  monde.  Invi- 
diadiabolimors  introivit  in  orbem  terrarum.  (Sap.,  n,  25.) 
C'est  l'envie  qui  vendit  Joseph.  C'est  l'envie  qui  dirigea 
la  lance  de  Saùl  contre  le  jeune  David.  C'est  l'envie  des 
prêtres  d'Israël  qui  livra  le  Christ  à  la  mort.  Sciebat 
enim  Pilatus  quod  per  invidiam  tradidissent  eum . 
(S.  Matth.,  xxvn,  18.) 

L'envie  est  une  passion  extrêmement  subtile  :  peu 
d'âmes  en  sont  exemptes  et  peu  s'en  accusent. 

Comme  l'envie  distille  souvent  un  poison  qui  noircit  la 
réputation  du  prochain,  l'Apôtre  ajoute  aussitôt  :  inter- 
disez-vous toute  médisance,  omnes  detractiones. 

2.  Sicut  modo  geniti  infantes.  «  Semblables  à  des 
enfants  nouvellement  nés.  »  Il  y  a  une  enfance  spirituelle 
comme  une  enfance  corporelle.  Chez  l'enfant  qui  vient 
au  monde,  les  organes  se  perfectionnent  peu  à  peu  et  la 
raison  se  développe  par  degrés.  Il  en  est  de  même  du 
néophyte;  à  moins  d'une  grâce  spéciale,  la  vertu  ne 
s'affermit  pas  subitement  dans  le  nouveau  chrétien.  Il 
faut  des  instructions,  des  prières,  des  communions  et  du 
temps,  pour  qu'il  passe  de  l'enfance  à  l'état  d'homme 
parfait  en  Jésus-Christ. 

Lac  concupiscite,  désirez  du  lait.  La  nature  a  mis  dans 
l'enfant  un  désir  qui  lui  fait  rechercher  le  sein  nourricier 
de  sa  mère.  De  même  le  jeune  chrétien  rempli  du  Saint- 
Esprit  sent  en  son  âme  une  faim  qui  lui  fait  chercher 
avidement  une  nourriture  spirituelle.  L'amour  de  la  pa- 
role de  Dieu  est  un  signe  de  justice.  Celui  en  qui  règne  la 
grâce  aime  à  entendre  l'Evangile.  Désirez  donc  la  divine 


—    159      -  lPetr.,u. 

parole,  dit  saint  Chrysostome,  avec  le  même  empresse- 
ment que  l'enfant  se  précipite  aux  mamelles  de  sa  mère. 

Rationabile  lac.  C'est  d'un  lait  spirituel  que  parle 
l'Apôtre,  Xoy.xov,  un  lait  qui  nourrit  la  raison,  la  foi  et 
l'âme  du  chrétien. 

Sine  dolo,  àôoAov,  sinceram,  un  lait  qui  n'est  pas  mélangé 
de  substances  étrangères  et  fraudé. 

Ce  lait  vivifiant  que  recommande  saint  Pierre  est  la 
pure  doctrine  apostolique,  et  non  une  doctrine  altérée 
par  des  maximes  judaïques,  hérétiques  ou  mondaines. 
Dès  l'origine,  il  s'est  trouvé  des  chrétiens  qui  n'ont  pas 
voulu  recevoir  la  parole  de  Dieu  toute  pure,  ils  la  corri- 
geaient et  la  faussaient. 

Ut  in  illo  crescatis  in  salutem.  Voulez-vous  grandir  en 
vertu  et  vous  affermir  dans  la  sainteté  ?  voulez-vous 
n'être  plus  de  fragiles  enfants  que  le  moindre  choc  ren- 
verse, mais  devenir  des  hommes  fermes,  dont  le  salut 
soit  assuré  ?  nourrissez-vous  de  la  doctrine  de  l'Evangile. 
Imitez  la  bienheureuse  Vierge,  qui  gardait  les  saintes 
paroles  et  les  méditait  dans  son  cœur.  Maria  autem  con- 
servabat  omnia  verba  hœc ,  conferens  in  corde  suo. 
(S.  Luc,  ii,  19.) 

3.  Si  tamen  gustastis  quoniam  dulcis  est  Dominas.  Je 
vous  exhorte  à  désirer  avec  ardeur  cette  parole  salutaire, 
si  toutefois  vous  avez  goûté  combien  le  Seigneur  est 
doux.  Saint  Pierre  cite  le  Psaume  xxxin,  où  le  prophète 
dit  :  t  Goûtez  et  voyez  combien  le  Seigneur  est  doux.  » 
Gustate  et  vidcte  quoniam  snavis  est  Dominas.  Vous, 
fidèles  baptisés,  qui  croyez  fermement  à  l'Evangile,  n'avez- 
vous  pas  quelquefois  senti  au  fond  de  vos  cœurs  la  pré- 
sence de  Dieu  ?  Il  vous  remplissait  alors  d'une  joie  secrète 
et  ineffable.  Eh  bien,  nourrissez -vous  de  la  parole  sainte, 
et  le  bonheur  que  vous  avez  ressenti,  vous  l'éprouverez 
encore.  Mais  souvenez- vous  que  Dieu  n'accorde  ces  pré- 
cieuses faveurs  qu'aux  Ames  pures  et  courageuses. 

Outre  le  sens  littéral  que  nous  venons  d'exposer,  plu- 
sieurs pensent  que,  sous  ces  paroles  voilées,  saint  Pierre 
désigne  aussi  la  sainte  Eucharistie,  où  la  douceur  de  la 


—    160     - 

grâce  divine  est  goûtée  dans  sa  source.  Ce  sens  paraît 
d'autant  plus  naturel  qu'aux  premiers  temps  de  l'Eglise 
on  donnait  la  sainte  communion  aux  néophytes  aussitôt 
après  leur  baptême  ;  et  dans  les  peintures  des  catacombes, 
on  voit  l'Eucharistie  symbolisée  par  un  vase  de  lait  (1). 

Dulcis  est  Dominus.  Un  pieux  auteur,  qui  savait  par 
expérience  combien  le  Seigneur  est  doux,  a  écrit  ces 
belles  paroles  :  «  Quand  Jésus  est  avec  nous,  tout  est 
bon  et  rien  ne  semble  difficile.  Mais  quand  Jésus  est 
absent,  tout  est  dur.  Quand  Jésus  ne  parle  point  à  notre 
cœur,  toute  consolation  est  faible;  mais  si  Jésus  dit  seu- 
lement une  parole,  on  sent  une  grande  consolation.  Etre 
sans  Jésus  est  un  cruel  enfer,  et  être  avec  Jésus  est  un 
doux  paradis.  Si  Jésus  est  avec  vous,  nul  ennemi  ne 
pourra  vous  nuire.  Celui  qui  a  trouvé  Jésus  a  trouvé  un 
bon  trésor,  ou  plutôt  il  possède  le  bien  suprême  ;  et  celui 
qui  perd  Jésus,  perd  plus  que  le  monde  entier.  »  (Imit. 
Christ.,  1.  II,  c.  vin.) 

4.  Ad  quem  accedentes,  lapident  vivum,  ab  hominibus 
quidem  reprobatum,  a  Deo  autem  electum  et  honorifi- 
catum.  Approchez-vous  du  Seigneur  qui  est  la  pierre 
vivante,  que  les  hommes  avaient  rejetée,  mais  que  Dieu 
a  choisie  et  mise  en  honneur. 

Accedentes.  On  s'approche  du  Seigneur  par  la  foi,  on 
s'attache  à  lui  par  l'espérance,  on  demeure  en  lui  par  la 
charité. 

Lapidem»  Le  Christ  est  nommé  la  pierre  angulaire  de 
son  Eglise,  pour  montrer  l'union  qu'il  y  maintient  et  la 
solidité  qu'il  lui  donne. —  Lapidem  vivum;  mais  c'est 
une  pierre  vivante,  qui  communique  la  vie  à  toutes  celles 
qui  composent  l'Eglise  où  Dieu  habite. 

Ab  hominibus  quidem  reprobatum,  a  Deo  autem  electum. 
Cette  parole  mérite  une  grande  attention. 

(1)  Dulcis  est  Dominus.  Le  Seigneur  dont  il  parle  est  Jésus-Christ, 
comme  le  prouve  le  verset  suivant  :  Ad  quem  accedentes  lapidem.  Or, 
dans  le  Psaume  que  saint  Pierre  applique  à  Jésus-Christ,  le  mot  hébreu 
rendu  par  Dominus  est  Jéhova,  le  nom  incommunicable.  11  y  a  donc 
ici  une  preuve  de  la  divinité  de  Jésus-Christ,  puisque  l'Apôtre  le  nomme 
Jéhova,  le  Seigneur  suprême. 


—    161     —  lPetr.,iï, 

David  avait  dit  au  Psaume  cxvn  :  «  La  pierre  que 
les  architectes  ont  rejetée  est  devenue  la  tête  de  l'angle.  » 
Lapidera  quem  reprobaverunt  œdificantes ,  hic  fadas  est 
in  caput  anguli.  Notre-Seigneur,  rappelant  aux  Juifs 
cette  parole  de  David,  s'en  faisait  l'application.  N'avez- 
vous  jamais  lu  ces  mots  dans  l'Ecriture?  leur  disait-il  : 
«  La  pierre  rejetée  par  ceux  qui  bâtissaient  a  été  posée 
à  la  tête  de  l'angle.  »  Et  il  ajoutait  cette  menace  terrible  : 
*  C'est  pourquoi  le  royaume  de  Dieu  vous  sera  ôté,  et  il 
sera  donné  à  une  nation  qui  en  fera  les  fruits.  »  Il  disait 
encore  :  «  Celui  qui  tombera  sur  cette  pierre  sera  brisé,  et 
celui  sur  qui  elle  tombera  sera  broyé.  »  (S.  Matth.,  xxi,  42.) 
Saint  Pierre  amené  devant  le  grand  Conseil  des  Juifs, 
pour  avoir  guéri  au  nom  de  Jésus  le  boiteux  qui  se  tenait 
à  la  porte  du  Temple,  ne  craignit  pas  de  citer  la  même 
parole  aux  Pontifes  Anne  et  Caïphe  et  à  tous  ses  juges  : 
«  C'est  Jésus  de  Nazareth,  crucifié  par  vous,  leur  dit-il, 
qui  a  guéri  l'homme  que  vous  voyez  debout  en  votre  pré- 
sence. Or,  ce  Jésus  est  la  pierre  que  vous,  architectes, 
avez  rejetée,  et  qui  a  été  laite  la  principale  pierre  de 
l'angle.  » 

Maintenant,   saint   Pierre,   écrivant  cette  Epître,   se 

souvient  toujours  de  la  même  parole,  et  il  la  rappelle 

aux  Juifs  chrétiens  de  l'Asie,  i  Approchez-vous  de  cette 

pierre  »,  dit-il,  et  venez  à  elle.  Vos  prêtres  l'ont  réprouvée, 

et  ils  la  rejettent  encore  :  Ab  hominibus  quidem  reproba- 

tum.  Mais  aux  yeux  de  Dieu,  c'est  une  pierre  d'élite,  une 

pierre  d'un  prix  inestimable.  Aussi  Dieu  l'a  choisie  et 

tellement  glorifiée  qu'elle  est  aujourd'hui  célèbre  et  adorée 

dans  tout  l'univers  \A  Deo  autem  élection  et  lionorificalum. 

5.  Puis  il  ajoute,  comme  nous  l'avons  déjà  dit  :  Vous 

tes  aussi  des  pierres  vivantes  et  libres.  Venez  donc  vous 

placer  sur  la  pierre  fondamentale;  laissez-vous  poser  et 

cimenter  par  la  main  du  divin  architecte,  afin  d'entrer 

dans  la  structure  de  cet  édiiice  spirituel  :  et  ipsi  tanquam 

lapides  vivi  superœdificamini,  du))ius  spiritualis  (1). 

1  lificamini,  Inatxoiifitïrit.  En  grec  et  en  latin,  on  peut  tra- 

RBfl  CATHOl  KJ1  11 


—     162    — 

Mais  une  pierre  n'est  pas  jetée  brute  dans  la  masse  de 
la  muraille  :  elle  est  préparée,  taillée,  polie  par  les  coups 
du  marteau,  fabri  polita  maileo,  puis  adaptée  à  la  place 
que  lui  assigne  l'architecte.  Et  toutes  ces  pierres  choisies, 
ciselées  avec  amour  par  la  main  de  Dieu,  ne  font  qu'un 
seul  temple  mystique,  qui  est  l'Eglise. 

Nous  observerons  qu'en  hébreu,  en  grec  et  en  latin, 
comme  en  français,  le  mot  qui  signifie  «  maison  »  ne  dé- 
signe pas  seulement  l'édifice,  mais  encore  ceux  qui  l'ha- 
bitent. C'est  pourquoi  saint  Paul  disait  aux  chrétiens 
d'Ephèse  :  «  Vous  êtes  les  concitoyens  des  saints,  les  fa- 
miliers de  la  maison  de  Dieu;  vous  êtes  édifiés  sur  les 
fondements  des  Apôtres  et  des  prophètes,  placés  sur  la 
pierre  même  de  l'angle  qui  est  Jésus-Christ,  sur  lequel 
tout  l'édifice  est  posé,  s'élève  et  s'accroît  pour  être  un 
saint  temple  consacré  au  Seigneur.  Et  vous-mêmes  vous 
entrez  aussi  dans  la  structure  de  cet  édifice  pour  devenir 
la  maison  de  Dieu  qui  est  construite  et  soutenue  par  le 
Saint-Esprit.  »  (Eph.,  n,  19.) 

Or  saint  Pierre,  réunissant  comme  saint  Paul  le  sens 
physique  et  le  sens  moral,  ajoute  cette  parole  magnifique  : 
sacerdotium  sanction.  Que  dis-je?  vous  n'êtes  pas  seu- 
lement le  peuple  pieux,  qui  se  tient  dans  le  temple  au- 
tour de  l'autel,  pendant  que  le  prêtre  immole  la  victime  : 
vous  formez  vous-mêmes  un  sacerdoce  saint;  vous  êtes 
prêtres,  vous  êtes  sacrés  pour  offrir  des  hosties  spiri- 
tuelles, qu;  sont  agréables  à  Dieu,  parce  qu'elles  lui  sont 
présentées  par  Jésus-Christ,  notre  Médiateur. 

Sacerdotium,  fepàtTetrçxa,  cœtus  et  chorus  sacerdotum  ;  c'est 
une  assemblée,  un  ordre  de  prêtres.  Saint  Pierre  n'entend 
pas  que  les  laïques  soient  prêtres  dans  le  sens  propre  du 
mot,  ni  qu'ils  aient  la  puissance  d'offrir  sur  l'autel  la 
grande  Victime  qui  fut  immolée  sur  la  croix.  Ils  offriront 
seulement  ce  sacrifice  auguste  par  les  mains  du  prêtre. 
Mais  ils  présenteront  eux-mêmes  à  Dieu  des  «  hosties 

<!uire  par  l'indicatif  ou  par  l'impératif  :  «  Vous  êtes  posés  »  ou  «  soyez 
posés  »  sur  la  pierre  fondamentale,  pour  entrer  dans  la  structure  du 
palais  divin. 


—     163    —  IPetr.,u. 

spirituelles  »,  l'encens  de  la  prière  et  le  sacrifice  de  la 
louange  :  Sacrificium  laudis  honorificabit  me.  (Ps.  xlix.) 
Ils  offriront  des  sacrifices  de  justice  et  de  bonnes  œuvres  : 
Sacrificate  sacrificium  justitiœ.  (Ps.  iv.)  Leurs  propres 
corps  seront  des  hosties  vivantes,  saintes  et  agréables 
à  Dieu,  lorsque,  dans  leurs  actions,  ils  travailleront  pour 
sa  gloire  :  Obsecro  vos.  ut  cxhibeatis  corpora  vestra  hos- 
tiam  viventem,  sunctam,  Deo  placentem.  (Rom.,  xii,  1.) 
Enfin  des  milliers  de  simples  fidèles  offriront  à  Dieu  un 
sacrifice  réel,  quand  ils  livreront  leurs  membres  aux  ty- 
rans pour  confesser  la  divinité  de  Jésus- Christ.  C'est 
pourquoi  tout  chrétien,  dit  saint  Ambroise,  reçoit  l'onc- 
tion de  l'huile  sacrée  pour  devenir  prêtre  et  roi  dans  un 
sens  spirituel.  Unusquisque  ungitur  in  sacerdotium,  un- 
gitur et  in  rennum;  sed  spiritale  regnum  est,  et  sacerdo- 
tium spiritale,  (S.  Ambr.  de  Sacram.,1.  IV,  c.  i.) 

Offerte  spirituelles  hostias.  Mais  que  sommes-nous,  dira- 
t-on  peut-être,  pour  que  Dieu  regarde  nos  offrandes?  Nous 
ne  devons  pas  craindre  que  le  Tout-Puissant  dédaigne 
nos  hommages.  Les  louanges,  les  actions  de  grâces  et  les 
hosties  spirituelles  que  nous  offrirons  au  Seigneur  lui 
seront  agréables  ;  car  elles  seront  présentées  à  sa  majesté 
par  Jésus- Christ  notre  Médiateur  :  acceptabiles  Deo  per 
Jesum  Christ  mu. 

(i.  Propter  r/uod  continet  Scriplura  :  Ecce  pono  in 
Si Oîi  lapident  summum  angularem,  electum,  pretiosum, 
et  qui  crediderit  in  eum  non  confundetur  (1). 

Comment  ces  paroles  se  lient-elles  à  ce  qui  précède? 
Voici  la  suite  des  idées.  1°  Saint  Pierre  avait  dit  :  Appro- 
chez-vous de  la  pierre  fondamentale,  pour  être  édifiés 
bu  •  elle,  $dificamini.2°  II  explique  ce  verbe  sedificamini, 
en  disant  qu'ils  sont  une  maison  spirituelle,  domus  spi- 
ritualis.  3°  Puis  il  interprète  ce  mot  domus  spiritualis  par 


(1)  '  I  Scriptura.  Une   variante   donne  --.^liyzi  rt  ypaph,  leçon 

Mais  Les  trois  meilleurs   manuscrits  portent 

■  il  cette  dernière   leçon,  !<■  verbe  nsptéxet  est  pris 

d  neutre  et  l'on  traduit  littéralement  :  »  il  .se  trouve  contenu 


—     164    — 

sacerdothim  sanctum,  une  assemblée  de  prêtres.  4°  Enfin 
après  cette  explication,  il  revient  à  la  pierre  vivante  que 
les  hommes  ont  réprouvée,  et  il  montre  que  cette  pierre 
est  annoncée  dans  les  écrits  des  prophètes,  notamment 
dans  Isaïe  qui  s'exprime  ainsi  :  «  Voilà,  dit  le  Seigneur, 
que  je  vais  mettre  en  Sion  une  pierre  qui  formera  le  som- 
met de  l'angle,  une  pierre  choisie,  précieuse.  Et  celui  qui 
croira  en  elle  ne  sera  point  confondu.  »  Hœc  dicil  Domi- 
nus  :  Ecce  ego  mittam  in  fnndamentis  Sion  lapident  ^ 
lapidemprob aluni,  angularem,  pretiosum,  in  fundamento 
fundatum.  Qui  crediderit  in  eum  non  confundetur.  (Is., 
xxviii,  16.) 

Lapidem  summum  angularem,  àxpoywvicaov,  in  summo 
ponendum  angnlo  ;  une  pierre  qui  formera  l'extrémité 
de  l'angle  pour  joindre  deux  murs.  C'est  le  Christ.  Il  est 
la  pierre  principale  du  fondement,  placée  à  l'angle  du 
temple  de  la  nouvelle  Sion,  où  elle  réunit  les  deux  murs 
du  Judaïsme  et  de  la  Gentilité  ;  afin  que  ces  deux  murs, 
autrefois  opposés,  ne  forment  plus  désormais  qu'un  seul 
édifice,  qui  sera  l'Eglise  du  Christ.  Saint  Paul  exprimait 
fort  bien  la  même  idée,  lorsqu'il  disait  que  le  Christ  avait 
réuni  les  deux  peuples  en  un  seul,  fecit  iitraqne  iinum. 
(Eph.,  ii,  14.) 

Elcctum.  C'est  une  pierre  choisie  entre  toutes,  parce 
qu'aucune  ne  lui  est  comparable.  L'épouse  disait  de  même  : 
«  Mon  bien-aimé  est  choisi  entre  mille.  »  Dilectus  meus 
electus  ex  millibus.  (Cant.,  v,  10.) 

Pretiosum.  Le  prix  de  cette  pierre  est  inestimable  :  l'hu- 
manité seule  du  Christ,  même  considérée  sans  la  divinité, 
surpasse  toute  créature  en  grandeur  et  en  perfection. 

Et  qui  crediderit  in  eum  non  confundetur.  Tous  ceux 
qui  croiront  aux  paroles  du  Christ  et  qui  espéreront  un 
royaume  dans  les  cieux  selon  ses  promesses,  ne  seront 
point  confondus,  mais  ils  obtiendront  la  gloire  qu'ils  at- 
tendent, s'ils  font  ce  qu'il  ordonne. 

7.  Des  paroles  d'Isaïe,  l'Apôtre  va  tirer  une  conclusion 
glorieuse  pour  les  fidèles.  «  Honneur  à  vous  qui  croyez.  » 
Vobis  igitur  honor  credentibus.  Mais  à  ceux  qui  ne  croient 


—    165    —  /Petr.,u. 

pas,  il  applique  cette  parole  de  David  :  «  La  pierre  rejetée 
par  ceux  qui  bâtissaient,  est  devenue  la  tête  de  l'angle  !  » 
Non  credenlibns  antem  :  Lapis  quem  reprobaveriint  œdi- 
ficantes,  hic  factus  est  in  caput  anquli  (1). 

8.  Et  lapis  offcnsionis,  et  petra  scandali  his  qui  offen- 
dunt verbo,  nec  credunt,  in  quo  et  positi  sunt.  «  Et  elle 
est  une  pierre  contre  laquelle  ils  se  heurtent;  une  pierre 
de  scandale  qui  les  fait  tomber.  Car  ils  viennent  se  heur- 
ter contre  la  parole  divine  qu'ils  ont  entendue,  et  ils  ne 
croient  pas;  ce  à  quoi  ils  ont  été  réservés.  » 

Qui  offendunt.  En  grec,  oï  irpoaxdTrroufft  xw  Xoyto  aTrstOouvTsç 
iU  o  y.y).  ÎTÉOTjffav,  qui  offendunt  verbo  non  credentes  in  quod 
et  positi  sunt.  Il  y  a  deux  interprétations  grammaticales, 
selon  que  l'on  joint  in  quod  à  non  credentes,  ou  qu'on  l'en 
sépare  (2). 

Premier  sens,  irpoGX&rroutfi  t<o  Xoyco,  àrietGouvTeç  Etç  touto  etc.  o 
xal  ÈTcOr^av,  offendunt  verbo,  non  credentes  in  illud  in  quo 
etiam  positi  sunt.  Ils  se  heurtent  contre  la  parole  divine, 
en  ne  croyant  pas  à  ce  sur  quoi  ils  étaient  cependant 
posés  ;  c'est-à-dire  qu'ils  tombent  en  ne  croyant  pas  à 
leurs  prophètes  et  à  leur  religion  même,  qui  les  condui- 
saient au  Christ;  car  toutes  les  prophéties  étaient  pleines 
du  Christ,  et  toute  la  religion  judaïque  reposait  sur  le 
Christ. 

Second  sens,  icpooxo'irFOUfft  t<o  Àoyco  a7r£'.QouvTEç,  eiç  o  xal  stsQt^xv, 
offendunt  verbo  non  credentes,  in  quod  (vei  in  quo)  etiam 
positi  sunt.  «  Ils  se  heurtent  contre  la  parole  évangélique 
en  n'y  croyant  pas  :  chose  à  laquelle  ils  ont  été  précisé- 
ment réservés.  »  De  cette  manière  on  ne  supplée  rien; 
l'antécédent  du  pronom  relatif  in  quo  est  le  participe  non 
credentes  (àraiOoBvreç).  Ne  pas  croire  est  le  malheur  même 
et  le  châtiment  auquel  ils  ont  été  réservés  par  un  juste 
jugement  de  Dieu. 


(1)  Saint  Pierre  joint  la  citation  du  psaume  immédiatement  à  son  dis- 
cours, sans  l'annoncer.  On  sous-entend  dicimus  ou  un  mot  semblable, 
après  fi'oi  crêdentibus. 

(2)  In  quod  ne  peut  Be  rapporter  à  verbo  qui  précède;  car  le  neutre 
îli  b  ne  peut  pas  s'accorder  avec  le  masculin  liyii. 


—     166    — 

Saint  Pierre  ne  veut  pas  dire  qu'ils  ont  été  prédestinés 
à  l'incrédulité  par  un  décret  antécédent  à  leur  malice.  Ce 
serait  le  blasphème  de  Calvin,  qui  fait  de  Dieu  un  tyran 
et  l'auteur  du  péché.  Mais  ils  ont  été  destinés,  à  cause  de 
leur  méchanceté  prévue,  à  faire  éclater  la  justice  de  Dieu 
envers  eux,  et  les  merveilles  de  sa  providence  envers  les 
saints. 

Les  impies  ont  été  destinés  à  l'incrédulité,  parce  qu'ils 
l'ont  librement  choisie  :  comme  Pharaon  fut  destiné  à 
faire  éclater  la  puissance  de  Dieu  ;  comme  Judas  fut 
destiné  à  préparer  la  rédemption  du  monde  en  trahis- 
sant le  Christ;  comme  Néron  fut  destiné  à  persécuter 
l'Eglise,  afin  d'en  prouver  la  divinité.  Ces  hommes  ont 
fait  le  mal  dans  leur  pleine  liberté  ;  et  de  ce  mal  que  Dieu 
leur  permettait  d'accomplir,  sa  sagesse  tirait  sa  gloire 
et  le  salut  du  monde.  (Voyez  Exod.,  ix,  16  ;  Rom.,  n,  5; 
et  ix,  18.) 

Les  deux  sens  sont  bons,  justifiés  par  la  grammaire  et 
conformes  à  la  saine  doctrine.  Cependant,  le  second  nous 
paraît  le  meilleur  ;  il  s'applique  non  seulement  aux  Juifs, 
mais  encore  aux  incrédules  de  la  Gentilité  (1). 

9.  Vos  aulein  genus  élection,  regale  sacerdotium,  gens 
sancta,  populus  acquisitionis.  Saint  Pierre  avait  dit  tout 
à  l'heure  que  les  chrétiens  étaient  «  une  maison  spiri- 
tuelle et  un  sacerdoce  saint.  »  Il  revient  à  cette  idée  et  la 
développe  en  termes  sublimes  (2). 

Moïse  disait  à  Israël  :  Le  Seigneur  vous  a  choisi  au- 
jourd'hui pour  que  vous  soyez  son  peuple  spécial  et  chéri 
entre  toutes  les  nations  de  la  terre.  Dominus  elegit  te 
hodie  ut  sis  ei  populus  peculiaris.  (Deuter.,  xxvi,  18.)  De 

(1)  Corneille  Lapierre  explique  in  quo  par  ad  credendum.  Ils  ne 
croient  pas,  ilit-il,  quoiqu'ils  aient  été  destinés  à  croire.  C'est  un 
contre-sens  complet.  Car  en  grec  il  n'y  a  pas  où  neiêovreç  en  deux  mots, 
mais  AneiBoûvre*,  increduli,  en  un  seul  mot.  D'où  il  suit  que  in  quo 
représente  nécessairement  non-credunt  ou  increduli  sunt,  et  non  pas 
simplement  credunt. 

(2)  Il  ne  faut  pas  chercher  en  ce  pêcheur  de  Galilée  l'ordre  et  la 
méthode  qu'enseignaient  les  rhéteurs  de  la  Grèce.  Il  écrit  avec  abandon 
les  grandes  choses  qu'il  pense  :  il  quitte  une  idée  et  la  reprend  pour 
l'éclairer,  la  prouver,  la  compléter,  comme  on  fait  dans  la  conversation. 


—     167     —  /  Pelr.,  il. 

même  saint  Pierre  dit  aux  nouveaux  chrétiens:  Vous 
êtes  une  race  choisie,  élue  de  Dieu  pour  former  une 
grande  famille  qui  couvrira  toute  la  terre  et  dont  l'ori- 
gine est  la  fontaine  baptismale,  genus  electum, 

lier/ aie  sacerdotium.  Vous  êtes  des  prêtres  rois,  comme 
Melchisédech.  Prêtres,  nous  l'avons  dit,  vous  offrez  à  Dieu 
des  oblations  saintes  et  des  sacrifices  d'agréable  odeur. 
Rois,  vous  possédez  un  trône  comme  Jésus-Christ  ;  il  vous 
le  déclare.  Je  vous  prépare  un  royaume,  dit-il,  comme  mon 
Père  me  l'a  préparé  à  moi-même.  Ego  dispono  vobis,  sicut 
disposait  mihi  Pâte)'  meus,  regnum.  (S.  Luc,  xxn,  29.) 
Votre  royauté,  il  est  vrai,  n'est  pas  sur  la  terre  ;  mais 
est-ce  qu'un  roi  qui  voyage  dans  un  pays  étranger  a  perdu 
son  sceptre  et  sa  couronne?  Voyageurs  sur  la  terre,  vous 
êtes  princes  dans  les  cieux,  fils  du  Roi  des  cieux,  et  rois 
vous-mêmes  (1).  D'ailleurs,  vous  régnez  dès  maintenant 
sur  vos  passions  et  sur  vos  volontés  soumises  cà  la  raison 
et  à  la  loi  divine.  C'est  là  le  comble  de  la  grandeur,  aux 
yeux  mêmes  des  sages  du  monde. 

Regale  sacerdotium.  Cette  parole  est  tirée  de  l'Exode, 
où  le  Seigneur  dit  aux  Hébreux  :  Et  vos  eritis  mihi  regnum 
sacerdotale,  et  gens  sancta.  (Exod.,  xix,  6.)  On  remarque 
que  Moïse  appelle  sa  nation  «  un  royaume  sacerdotal  », 
au  lieu  que  saint  Pierre  retournant  la  phrase,  nomme  les 
chrétiens  «  un  sacerdoce  royal.  »  C'est  au  fond  la  même 
pensée,  juste  sous  les  deux  aspects.  Néanmoins,  l'expres- 
sion de  saint  Pierre  nous  fait  entendre  qu'avant  tout 
nous  sommes  prêtres,  et  que  c'est  de  notre  sacerdoce  que 
■sort  notre  dignité  royale.  Saint  Jean  dit  aussi  dansl'Apo- 
calypse  :  Fecit  nos  regnum  et  sacerdotes  Deo.  (Apoc,  I,  (i.) 

Gens  sa  art  a,  ïOvo;  fcytov.  L'Eglise  est  une  nation  sainte, 
même  sur  la  terre.  (V  titre  lui  est  donné  dans  le  symbole: 
Sancta  m  Ecclesiam. 

Les  Hébreux  étaient  une  nation  sainte  d'une  sainteté 
extérieure,  parce  qu'ils  adoraient  le  vrai  Dieu,  obser- 


•  en  ligne  de  cette  royaut  •  qu'autrefois,  dans  la  cérémonie  dta 
baptême,  on  imposait  un--  couronne  sur  la  tête  <lu  nouveau  chrétien. 


—    168    — 

vaient  sa  loi,  et  ne  rendaient  pas,  comme  les  Gentils, 
un  culte  impur  aux  idoles.  C'était  une  pureté  légale.  — 
Mais  l'Eglise  catholique  est  sainte  d'une  sainteté  inté- 
rieure :  Eleqit  nos  in  ipso  (Christo),  ut  essemus  sancti  et 
immaculati  in  conspectu  ejus.  (Eph.,  i,  4.)  Elle  est  sainte, 
aux  yeux  de  Dieu,  dans  sa  doctrine  et  dans  sa  morale. 
Elle  possède  les  sacrements,  sources  de  la  sainteté.  En 
outre,  elle  renferme  toujours  un  très  grand  nombre  de 
saints.  Que  si  des  pécheurs  se  trouvent  chez  elle  mêlés 
aux  justes,  elle  les  conserve  patiemment  dans  l'espoir 
qu'ils  se  convertiront  ;  et,  en  réalité,  un  très  grand  nom- 
bre de  pécheurs  finissent  par  céder  à  la  grâce,  se  repentent 
et  ne  quittent  point  la  vie  sans  avoir  reçu  le  pardon  su- 
prême, qui  les  rétablit  et  les  fixe  pour  toujours  dans  la 
sainteté. 

Populus  acquisitionis,  Xabç  eîç  wepwtoftrjfftv.  C'est  la  même 
chose  que  populus  acquisiius,  Xabç  wepwceîrorrçj/ivoç.  Vous 
êtes  un  peuple  conquis  par  la  croix  de  Jésus- Christ. 
Vous  êtes  l'Eglise  qu'il  a  conquise  par  son  sang,  Eccle- 
siam  quant  acquisivil  sanguine  suo.  (Act.  Ap.,  xx,  28.) 

Ut  virtutes  annuntietis  ejus  qui  de  tenebris  vos  vocavit 
in  admirabile  lumen  suum.  Mais  pourquoi  Jésus-Christ 
a-t-il  fait  cette  conquête  ?  Pourquoi  vous  a-t-il  réunis  à 
son  empire,  ô  peuples  de  l'Asie?  C'est  afin  que  vous 
annonciez  partout  les  vertus  de  Celui  qui  vous  a  appelés 
des  ténèbres  à  l'admirable  lumière  de  son  Evangile.  Le 
but  que  Jésus-Christ  s'est  proposé  en  fondant  son  Eglise, 
c'est  sa  gloire.  Il  veut  créer  un  peuple  qui  publie  ses 
louanges,  qui  annonce  sa  sagesse,  sa  justice,  sa  puis- 
sance, sa  miséricorde  envers  les  hommes  (1). 

Vocavit,  il  vous  a  appelés  par  la  parole  des  prédica- 
teurs et  par  la  douce  influence  de  sa  grâce. 

De  tenebris.  Les  Gentils  étaient  plongés  dans  les  pro- 


(1)  Virtutes,  r<z$  ùpe-cài,  ne  désigne  pas  seulement  la  puissance, 
comme  iîtvce/ui,  mais  toutes  les  perfections  divines.  Le  mot  virtus  a 
quatre  fois  cette  signification  dans  le  Nouveau  Testament  :  ici,  et 
II  Petr.,  i,  3  et  5  ;  et  Philipp.,  iv,  8.  Dans  ces  quatre  endroits  virtu* 
est  la  traduction  (VàpsTî. 


—     169    —  IPetr.yn. 

fondes  ténèbres  de  l'idolâtrie.  Ils  ne  connaissaient  pas  le 
vrai  Dieu,  Créateur  de  l'univers.  Ils  ignoraient  pourquoi 
ils  étaient  au  monde,  et  ce  que  l'homme  devenait  au  sortir 
de  la  vie. 

Les  Juifs  eux-mêmes  étaient  en  grand  nombre  assis 
à  l'ombre  de  la  mort.  C'est  d'eux  que  saint  Jean  disait  : 
«  La  lumière  luit  dans  les  ténèbres  et  les  ténèbres  ne 
l'ont  pas  comprise.  La  lumière  est  venue  dans  le  monde, 
et  les  hommes  ont  mieux  aimé  les  ténèbres  que  la  lu- 
mière. »  Ils  voyaient  de  leurs  yeux  les  miracles  de  Jésus- 
Christ,  et  ils  ne  croyaient  pas  à  sa  mission  divine. 

In  admirabile  lumen  suuni.  Mais  le  Christ  a  paru 
comme  un  soleil  dont  l'admirable  lumière  a  éclairé  le 
monde,  et  dissipé  les  ténèbres  où  étaient  plongés  tous 
les  peuples.  Aujourd'hui  si  Socrate,  si  Platon,  si  Aristote 
revenaient  sur  la  terre,  et  entendaient  un  enfant  réciter 
notre  symbole,  ils  seraient  ravis  d'admiration. 

In  admirabile  lumen  snum.  Saint  Pierre  fait  allusion 
à  cette  parole  d'Isaïe  :  Populus  qui  ambulabal  in  tenebris 
vidit  lucem  magnam  :  habitanlibus  in  reqione  umbrœ 
mortis,  lux  orta  est  eis.  (Is.,  ix,  2.)  Vous  êtes,  leur  dit-il, 
ce  peuple  qui  marchait  autrefois  dans  les  ténèbres,  peuple 
qui  habitait  dans  les  ombres  de  la  mort,  et  qui  mainte- 
nant voit  une  grande  lumière.  Ce  peuple,  c'est  vous, 
chrétiens  éclairés  de  la  lumière  évangélique. 

10.  Qui  aliquando  non  populus,  nunc  autem  populus 
Dei  ;  qui  non  consecuti  misericordiam,  nunc  autem  mise- 
ricordiam  consecuti.  Il  vous  a  appelés  à  son  admirable 
lumière,  vous  qui  autrefois  n'étiez  pas  son  peuple, 
mais  qui  êtes  maintenant  le  peuple  de  Dieu  ;  vous  qui 
n'asiex  point  obtenu  miséricorde,  mais  qui  maintenant 
avez  obtenu  miséricorde. 

Suint  Pierre  fait  allusion  à  ce  passage  d'Osée  où  le 
prophète  reçoit  du  Seigneur  l'ordre  d'appeler  sa  fille 
Lô-Ruchama  (Non-misericordia),  et  de  nommer  son  fils 
Lô-Hammî  y<)n-populus-meus),\>'àxç,Q  que  Dieu  ne  fera 
plus  miséricorde  à  Israël  et  qu'Israël,  ayant  rejeté  le 
Christ,  ne  sera  plus  son  peuple.  C'est  un  nouveau  peuple 


—    170    — 

qui  obtiendra  miséricorde  et  qui  sera  son  peuple,  connue 
il  le  déclare  ensuite:  Miserebor  ejus  quae  fuit  Absque 
miser icordia;  et  dicam  Non  populo  meo  :  Populus  meus 
es  tu.  (Os.,  i,  6  ;  n,  23.) 

Saint  Paul,  dans  son  Epître  aux  Romains  (ix,  24),  cite 
les  mêmes  paroles  du  prophète  Osée,  pour  montrer  que 
non  seulement  les  Juifs,  mais  encore  les  Gentils  seront 
appelés  à  l'or  mer  le  nouveau  peuple  de  Dieu  ;  et  qu'ils  y 
seront  appelés  par  grâce,  par  miséricorde,  sans  aucun 
mérite  de  leur  part  :  misericordîam  consccuti. 

11.  Cliarissimi,  obsecro  vos  tanquam  advenus  et  père- 
(jrinos,  abstinere  vos  a  carnalibus  desideriis,  quœ  militant 
advenus  animant.  «  Je  vous  exhorte,  mes  bien-aimés, 
à  vous  abstenir,  comme  étant  étrangers  et  voyageurs 
en  ce  monde,  des  désirs  de  la  chair  qui  combattent  contre 
l'âme.  »  Il  revient  à  l'exhortation  qu'il  avait  interrompue. 

Tanquam  advenus  et  pereqrinos^  &>ç  wocpofaouç  wà  nopeTci- 
8-^fxouç.  Ces  deux  termes,  à  peu  près  synonymes,  signifient 
des  hommes  qui  habitent  dans  un  pays  qui  n'est  pas  le 
leur.  Les  Juifs  auxquels  écrit  saint  Pierre  étaient  des 
étrangers  dispersés  en  différentes  provinces,  loin  de  Jéru- 
salem leur  patrie.  Voilà  ce  que  sont  tous  les  chrétiens  en 
ce  monde.  Nous  n'avons  point  ici-bas  de  cité  permanente. 
Notre  patrie  est  le  ciel.  Nous  demeurons  peu  de  temps 
sur  la  terre,  vallée  de  larmes,  où  nous  passons  comme 
des  voyageurs. 

Nul  n'a  commenté  ces  paroles  avec  plus  d'éloquence 
que  le  glorieux  martyr  saint  Cyprien.  «  Nous  chrétiens, 
dit-il,  nous  regardons  le  ciel  comme  notre  patrie.  Là  nous 
attendent  une  foule  de  personnes  qui  nous  sont  chères, 
des  parents,  des  frères,  des  enfants,  troupe  nombreuse 
maintenant  sûre  de  son  bonheur,  mais  encore  pleine  de 
sollicitude  pour  notre  salut.  Allons  dans  notre  patrie 
saluer  nos  parents.  Courons  où  ils  sont.  Désirons  d'être 
bientôt  avec  eux  et  bientôt  avec  le  Christ  (1).  » 

(1)  Patriam  nostram  paradisum  computamus  :  magnus  nos  illic 
charorum  numerus  exspectat,  parentum,  fratrum,  ftliorum  copiosa 
tarba  desiderat,  jam  de  sua  incolumitate  secura,  et  adhuc  de  nostra 


—    171     —  IPelr.,u. 

«  Etrangers  et  voyageurs.  »  C'est  le  signe  qui  distingue 
ici-bas  les  élus  des  réprouvés,  dit  à  son  tour  le  vénérable 
Bède.  Les  élus  regardent  cette  terre  comme  un  lieu  d'exil,  la 
vie  comme  un  voyage,  et  le  ciel  comme  la  patrie.  Pour  les 
réprouvés  au  contraire,  leurs  pensées,  leurs  désirs,  leurs 
espérances  se  bornent  à  la  vie  présente  et  aux  biens  dont 
ils  pourront  jouir  en  ce  monde. 

Obsecro  vos...  abstinere  vos  a carnalibus desïderiis,  (juœ 
militant  advevsus  animan.  Je  vous  conjure  de  vous  abste- 
nir des  désirs  de  la  chair,  qui  combattent  contre  l'âme. 
Ces  désirs  dépravés,  qui  naissent  de  notre  chair  corrom- 
pue, et  qu'irritent  les  biens  du  monde,  forment  en  nous 
comme  une  cohorte  armée  qui  fait  la  guerre  à  notre  âme 
pour  la  précipiter  dans  la  mort.  Militant,  (rrpovreuovTûw. 
L'homme  sur  la  terre  est  un  soldat  toujours  en  face  de 
l'ennemi.  Militiaest  vita  hotninis  super  terram.  (Job,  vu.) 

12.  Conversationem  vestram  inter  génies  habentes  bo- 
nam  :  ut  in  eo  quod  detrectant  de  vobis  ianquam  de  male- 
factoribus,  ex  bonis  operibus  vos  considérantes,  glorificent 
Deum  in  die  visitationis.  «  Conduisez-vous  parmi  les 
Gentils  d'une  manière  honorable  et  sainte,  afin  qu'au  lieu 
de  médire  de  vous  comme  si  vous  paraissiez  des  hommes 
méchants,  ils  soient  engagés  par  les  bonnes  œuvres  qu'iK 
vous  verront  faire,  à  rendre  gloire  à  Dieu  au  jour  de  su 
visite.  » 

Saint  Pierre  exhorte  les  iidèles  à  mener  une  vie  irré- 
prochable au  milieu  des  païens.  Les  bonnes  œuvres  que 
vous  accomplirez  sous  leurs  yeux,  dit-il,  produiront  un 
double  effet.  D'abord  elles  feront  cesser  les  calomnies 
dont  on  charge  les  chrétiens.  Ensuite  elles  prépareront 
les  infidèles  à  embrasser  eux-mêmes  une  religion  qui 
inspire  de  si  beaux  sentiments.  Ils  glorifieront  Dieu  au 
jour  où  il  les  visitera  par  sa  grâce  et  les  appellera,  comme 
vous,  à  la  lumière  de  l'Evangile. 

'"{<■  sollicita.   Quid  igitur  non  properamus   ut  pairiam  nottram 
videre,  et  parentes  talutare  poeeimue  t  Ad  hos  properetnus }  ut  cum- 
hiseito  esse,  ut  cito  ad  Çhristum  centre  contingat  optemtcs.  (S.  Cypr 
de  Mortel.  —  Voyei  plus  haut,  c.  i,  v.  1  et  17.) 


—    172    — 

«  Que  votre  lumière  brille  devant  les  hommes,  avait 
dit  Notre-Seigneur,  afin  qu'ils  voient  vos  bonnes  œu- 
vres et  glorifient  votre  Père  qui  est  dans  les  cieux.  » 
(S.  Matth.,  v,  16.) 

Ut  in  eo  quod  detrectant  de  vobis,  tanquam  de  male- 
factoribus.  Les  plus  graves  imputations  étaient  portées 
contre  les  chrétiens  et  acceptées  parmi  les  Gentils.  Les 
chrétiens,  dit  Suétone,  sont  des  sectateurs  d'une  super- 
stition nouvelle  et  malfaisante.  Christianigenus  hominum 
snperstitionis  novse  et  maleflcœ.  (In  Néron.  16.  Voyez  II 
Petr.,  ii,  2.)  On  les  accusait  de  révolte  contre  les  autorités 
romaines,  car  les  Apôtres  étaient  Galiléens  d'origine,  et 
on  les  rangeait,  sous  ce  nom,  avec  les  partisans  de  Judas 
de  Galilée,  qui  avait  excité  des  troubles  en  enseignant 
que  le  peuple  de  Dieu  ne  devait  pas  payer  l'impôt  à  des 
infidèles,  ni  leur  obéir.  On  racontait  aussi  que,  dans  leurs 
repas  communs,  les  chrétiens  immolaient  un  enfant  et  en 
mangeaient  la  chair.  Le  mystère  de  la  sainte  Eucharistie, 
qui  transpirait  parmi  le  peuple,  donnait  occasion  à  cette 
fable.  On  prétendait  enfin  que,  dans  leurs  réunions  noc- 
turnes, les  hommes  et  les  femmes  se  livraient  aux  impu- 
retés les  plus  abominables.  Cela  était  vrai  des  Simoniens, 
des  Nicolaïtes  et  des  autres  hérétiques  qui  furent  plus 
tard  connus  sous  le  nom  de  Gnostiques.  Ils  désolaient 
déjà  l'Eglise,  et  on  les  confondait  avec  les  véritables  chré- 
tiens, comme  on  le  voit  dans  Tacite.  (Ann.,  xv,  44.) 

C'est  pour  réfuter  ces  calomnies  que  saint  Justin,  Ter- 
tullien,  Arnobe  et  d'autres  écrivains  publièrent  d'élo- 
quentes apologies.  Mais  la  probité  des  fidèles,  leur  cha- 
rité connue,  l'innocence  de  leurs  mœurs  et  leur  constance 
héroïque  au  milieu  des  supplices  devaient  réfuter  ces 
mensonges,  mieux  que  tous  les  discours. 

Ut  ex  bonis  operibusvos  considérantes,  glorificent  Dewn. 
La  première  gloire  que  les  infidèles  rendront  à  Dieu  sera 
de  croire  à  sa  parole. 

In  die  visitationis.  Il  n'y  a  pas  d'homme  que  Dieu 
ne  visite  par  sa  grâce.  Heureux  celui  qui  ouvre  les 
yeux  au  premier  rayon  de  la  lumière  et  qui  suit  l'im- 


—    173    —  /  Petr.,  il. 

pulsion  que  Dieu  imprime  à  son  cœur  !  Mais  il  est  dan- 
gereux de  résister  à  la  grâce  :  celui  qui  la  méprise  ne 
reverra  peut-être  pas  le  jour  d'une  nouvelle  visite.  «  Si 
donc  vous  entendez  aujourd'hui  la  voix  del'Esprit-Saint, 
n'endurcissez  pas  vos  cœurs.  »  (Ps.  xciv.) 

13.  Subjecti  igitur  estote  omni  humanœ  creaturœ,  profi- 
ter Deam.  «  Soyez  donc  soumis  à  toute  créature  humaine, 
à  cause  de  Qieu.  » 

Pour  que  votre  conduite  soit  irrépréhensible  aux  yeux 
des  Gentils,  il  faut  d'abord  que  vous  montriez  une  sou- 
mission parfaite  aux  magistrats. 

Mais  pourquoi  le  chrétien,  qui  possède  un  trône  dans 
les  cieux,  obéira-t-il  à  toute  créature  humaine,  même  à 
des  idolâtres,  à  des  hommes  pleins  de  vices? L'Apôtre  en 
donne  aussitôt  la  raison  :  obéissez  à  cause  de  Dieu, 
pr opter  Dewn. 

Ici  se  présente  une  observation  d'une  haute  importance. 
Tous  les  hommes  étant  égaux  par  leur  nature,  aucun 
homme  n'a  de  lui-même  le  droit  de  commander  à  un 
autre  homme.  Ni  la  naissance,  ni  la  science,  ni  la  force, 
ni  le  nombre  ne  peuvent  donner  ce  droit.  Je  puis  mépriser 
tout  ordre  qu'on  prétend  m'imposer  au  nom  de  César  ou 
d'une  loi  simplement  humaine.  Qui  donc  est  César,  ou 
que  me  fait  votre  loi  ?  Pourquoi  une  loi  rédigée  à  Paris 
m'obligerait-elle  plutôt  qu'une  ordonnance  faite  au  bout 
du  monde  ?  Vous  pouvez  m'enchaîner,  me  frapper,  je 
céderai  à  la  force,  en  niant  votre  droit  sur  ma  personne. 
Mais  si  vous  me  dites  :  Obéissez  au  nom  de  Dieu,  si  vous 
me  montrez  un  précepte  divin,  j'obéis  aussitôt,  parce  que 
Dieu,  et  Dieu  seul  a  le  droit  de  me  commander  :  Non  est 
potestas  nisi  a  Deo,  disait  saint  Paul  aux  Romains. 

Combien  donc  sont  insensés  les  législateurs  qui  pré- 
tendent imposer,  sans  Dieu,  des  lois  aux  peuples!  Sans 
Dieu,  leurs  lois  sont  nulles;  et  les  anarchistes  qui  ins- 
crivent sur  leur  drapeau  :  «  Ni  Dieu,  ni  maître!  »  sont 
conséquents  avec  eux-mêmes  ;  car  s'il  n'y  a  pas  de  Dieu, 
il  n'y  a  pas  de  maitre. 

Subjecti...  sive  régi,  quasi  prœcellenti  ;  U)sive  ducibus, 


—    174    — 

tanquam  ab  eo  missïs  advindictam  malefactorum,  laudcm 
vero  bonorum.  Obéissez  soit  au  roi  comme  au  souverain 
qui  possède  l'autorité  suprême,  soit  aux  gouverneurs  et 
aux  magistrats  comme  à  des  chefs  envoyés  de  la  part  du 
roi  pour  châtier  ceux  qui  font  le  mal,  et  pour  louer  ceux 
qui  font  le  bien  (1). 

Saint  Pierre  explique  ces  mots  :  «  Soyez  soumis  à  toute 
créature.  »  Il  entend  le  prince  et  les  chefs  quj  dépendent 
de  lui  :  sive  régi,  sive  ducibus  (en  grec,  vpfouuévoi;)  :  deux 
mots  qui  comprennent  tous  ceux  qui  participent  à  l'au- 
torité sociale.  Dieu  l'a  constituée  pour  la  répression  des 
méchants,  pour  la  protection  des  bons,  et  pour  faire 
régner  l'ordre  dans  la  nation.  Sans  doute  les  hommes  qui 
commandent  peuvent  user  mal  de  leur  autorité;  mais  en 
elle-même  cette  autorité  doit  être  respectée,  parce  qu'elle 
prend  sa  source  en  Dieu.  Voilà  ce  qu'enseigne  la  religion 
catholique  ;  et  cette  doctrine  est  la  colonne  de  la  société. 

Ad  vindictam  malefactorum.  Le  prince  et  les  ministres 
du  prince  doivent  punir  ceux  qui  font  le  mal,  et  c'est  en 
frappant  les  méchants  qu'ils  protègent  les  bons.  Il  n'y  a 
point  de  sécurité  dans  un  pays  où  les  scélérats  comptent 
sur  l'indulgence  ou  l'impuissance  des  juges.  Un  des  pre- 
miers devoirs  de  ceux  qui  tiennent  le  glaive  de  l'autorité 
publique  est  la  répression  des  crimes. 

Laudem  vero  bonorum.  Ils  doivent  aussi  louer  les  bons. 
Ce  mot  renferme  l'obligation  de  conférer  les  dignités  de 
l'Etat  aux  citoyens  les  plus  probes  et  les  plus  capables. 

15.  Ce  n'est  point  en  vertu  de  son  autorité  apostolique 
que  saint  Pierre  ordonne  d'obéir  aux  puissances  tempo- 
relles :  il  ne  fait  que  proclamer  une  loi  divine  :  Quia  sic 
est  voluntas  Dei.  Telle  est,  dit-il,  la  volonté  de  Dieu.  Cette 
phrase  explique  les  mots  qui  précèdent,  propter  Deum, 
et  rend  raison  de  ce  qui  suit  : 

Ut  bene  facientes  obmutescere  faciatis  imprudentium 
hominum  iqnorantiam.  Dieu  veut  que  par  votre  bonne 

(1)  Sainl  l'aul  avait  dit  de  même  :  «  Que  toute  âme  soit  soumise  aux 
puissances  supérieures.  »  Omnis  anima  iiotestatibus  sablimioribus  sub- 
dite  sit,  (Rom.,  xiu.) 


—    175    —  IPetr.,  n. 

conduite  et  en  faisant  le  bien,  vous  fermiez  la  bouche  aux 
hommes  ignorants  et  insensés.  On  rencontre  dans  les 
bas  fonds  de  la  société  des  misérables  qui  insultent  ceux 
qui  font  le  bien.  Mais  il  y  a  dans  la  nature  humaine  une 
force  de  raison  et  d'honnêteté  qui  proteste  contre  de  tels 
outrages.  Si  donc  on  aperçoit  en  vous,  dit  saint  Pierre, 
une  conduite  pleine  de  droiture  et  de  loyauté,  les  pervers 
seront  réduits  au  silence;  ou,  s'ils  osent  répandre  sur 
vous  leur  venin,  ils  seront  confondus  et  méprisés  (1). 

Lmprudentium  hominum  ignorantiam,  tyjv  tôv  àcppdvcov 
àvOpoj-cov  i-p/Wav.  Voilà  tous  les  ennemis  de  l'Eglise  carac- 
térisés en  deux  mots.  D'abord  ce  sont  des  ignorants.  La 
doctrine  qu'ils  repoussent  et  qu'ils  censurent,  ils  ne  la 
connaissent  pas,  ou  du  moins  ils  n'en  ont  pas  examiné 
les  preuves.  En  second  lieu,  ce  sont  des  hommes  dérai- 
sonnables, insensés,  imprudentes,  stulti.  C'est  bien  le  sens 
du  grec  fcppoveç.  N'exceptons  pas  ceux  d'entre  eux  qu'on 
regarde  comme  les  plus  spirituels.  Voltaire  connaissait 
la  religion  :  dans  la  corruption  de  son  esprit  et  de  son 
cœur,  il  travailla  pendant  quatre-vingts  ans  à  l'abolir. 
Mais  à  l'approche  de  la  mort,  il  reconnut  avec  stupeur 
sa  folie,  poussa  des  hurlements,  épouvanta  tous  ceux  qui 
l'entouraient  et  expira  dans  la  rage  du  désespoir.  Tous 
les  ennemis  de  l'Eglise  s'écrieront  un  jour  :  «  Nous  avons 
été  des  insensés!  »  Nos  iiisensafi!  N'est-ce  pas  en  effet 
une  vraie  démence  que  de  mépriser  un  bonheur  infini  et 
de  se  précipiter  dans  un  malheur  éternel,  quand  l'un  et 
l'autre  sont  attestés  par  des  preuves  certaines  dont  la 
solidité  n'a  jamais  été  ébranlée? 

16.  Le  verset  15e  est  une  parenthèse.  Il  faut  lier  ainsi 

le  discours  :  Subjectt  igitur  estote  omui '  hamame  creaturœ, 

isi  liber  i,  et  non  quasi  velamen  habentes  malitiœ  tiber- 


(1)  (j'uinitrscere  faciatis,  eu  <n*ec  jm/juuv,  verbe  qui  signifie  os  capïsti *o 

.  mettre  un  frein  à  la  bouche,  brider,  bâillonner,  museler; 

d'où  réduire  au  s.ltmce.  —  Saint  Paul  disait  «le  même  :  «  Que  vos   pa- 

•ii  irrépréhensibles,  afin  que  qos  adversaires  nous  respectent, 

:it  point  de  mal  à  dire  de  nous.  »  Ut  is  <j"/  ex  adverso  est  verea- 

tuv,  nihil  habens  maîutn  dicere  de  m>l>i<.  (Ta.,  n,  8.J 


—    176    — 

tatera,  sed  sicat  servi  Dei.  Obéissez  volontairement  et  de 
bon  cœur  aux  autorités  sociales,  comme  obéissent  des 
hommes  libres,  mais  d'une  vraie  et  noble  liberté;  et  n'al- 
léguez pas  cette  liberté  sainte  pour  couvrir  comme  d'un 
voile  la  méchanceté  de  vos  actions.  N'allez  pas  excuser 
des  révoltes  coupables  sous  prétexte  que  votre  baptême 
vous  a  rendus  libres.  Songez  au  contraire  qu'affranchie 
de  l'esclavage  du  démon,  vous  demeurez  les  serviteurs  de 
Dieu,  soumis  à  toutes  les  lois  qu'il  a  faites.  Or  une  de  ces 
lois  vous  commande  d'obéir  aux  ministres  qu'il  a  établis 
pour  gouverner  soit  son  Eglise,  soit  la  société  civile  (1). 
17.  Omnes  honorate.  «   Rendez  à  tous  l'honneur  qui 
leur  est  dû.  »  Saint  Paul  avait  dit  de  même  :  Cui  hono- 
rera honorem.  (Rom.,  xm.)  Or  non  seulement  les  magis- 
trats et  nos  supérieurs,  mais  les  esclaves  même,  ont  droit 
à  nos  respects.  Souvenons-nous  que  Jésus-Christ  a  donné 
son  sang  pour  tous  les  hommes.  C'est  pourquoi  saint 
Pierre  dit  sans  restriction  :  Omnes  honorate,  «  honorez 
tous  les  hommes.  »  Nous  garderons  cette  pensée  au  fond 
de  notre  cœur,  lors  même  que  nous  combattrons  les 
ennemis  de  la  religion  ;  nous  souhaiterons  qu'ils  se  con- 
vertissent, afin  que  nous  puissions  les  respecter  comme 
les  amis  de  Dieu. 

Fraternitatem  diligite.  «  Aimez  les  frères.  »  Fraternitas. 
àSeXcpdTTfjç,  est  la  même  chose  que  cœtus  fratrum  ;  c'est 
l'assemblée  des  frères;  les  chrétiens  ne  forment  tous 
qu'une  seule  famille. 

Dettm  timete.  «  Craignez  Dieu.  »  Grande  leçon  que  le 
pasteur  répétera  souvent  aux  fidèles.  Car  la  crainte  de 
Dieu  est  le  commencement  de  la  sagesse  ;  la  crainte  de 
Dieu  est  le  seul  frein  qui  puisse  dompter  les  passions 
de  l'homme  ;  les  crimes  se  multiplient  là  où  la  crainte  de 
Dieu  s'efface.  «  Servez  Dieu  dans  la  crainte,  dit  le  pro- 
phète David,  et  que  vos  plus  saintes  allégresses  soient 

(1)  Plus  tard,  saint  Pierre  flétrira  de  nouveau  en  ces  termes  les  héré- 
tiques de  son  temps  :  «  Ils  promettent  la  liberté  à  ceux  qu'ils  séduisent, 
tandis  qu'ils  sont  eux-mêmes  les  esclaves  de  la  corruption.  »  Liberta- 
tem  illis promittentes ,  quum  ipsi  servi  sint  corruptionis. (Il  Petr..  n,  19.) 


—    177    —  /  Petr.,ii. 

accompagnées  de  tremblement.  »  Servite  Domino  in  timoré 
et  exsultate  ei  cwn  tremore.  (Ps.  n.) 

Deum  timete,  craignez  Dieu.  Toute  société  repose  sur 
ces  deux  mots. 

Regem  honorate.  Honorez  le  roi.  Par  regem  on  entend 
celui  qui  possède  l'autorité  publique,  le  chef  de  l'Etat. 
Quand  saint  Pierre  écrivait  cette  parole,  le  prince  qu'il 
commandait  d'honorer,  c'était  Claude,  qui  n'a  point  laissé 
un  nom  glorieux  dans  l'histoire. 

18.  Servi,  subditi  estote  in  omni  timoré  dominis,  non 
tantum  bonis  et  modestis,  sed  etiam  dyscolis.  «  Et  vous 
serviteurs,  soyez  soumis  à  vos  maîtres  avec  toute  sorte 
de  respect,  non  seulement  à  ceux  qui  sont  bons  et  doux, 
mais  encore  à  ceux  qui  sont  rudes  et  fâcheux  (1).  » 

Servi,  oi  otxÉTat,  famuli.  Saint  Pierre  ne  conseille  pas.  il 
ordonne  à  l'esclave  d'obéir  à  son  maître.  Quoique  la  fra- 
ternité évangélique  dût  amener  avec  le  temps  la  liberté 
de  tous  les  hommes,  les  Apôtres  se  gardèrent  bien  de 
prêcher  l'abolition  de  l'esclavage  ;  c'eût  été  bouleverser 
tout  l'Empire.  La  transformation  devait  s'opérer  graduel- 
lement et  librement,  avec  la  conversion  du  monde. 

Sed  etiam  dyscolis,  en  grec  sxoXio?ç,  tortuosis,  pravis, 
asperis.  Les  maîtres  dyscoles  sont  des  hommes  d'un 
esprit  faux,  d'un  caractère  âpre  et  morose,  d'une  humeur 
difficile  à  contenter.  Que  le  sort  d'un  pauvre  esclave  était 
triste  avec  de  tels  maîtres  !  Cependant  le  christianisme 
avait  des  consolations  pour  leurs  infortunes.  Ecoutons 
saint  Pierre  : 

19.  Hœc  enim  est  gratia,  si  propter  Dei  conscientiam 
sustinet  gais  tristitias,patiens  injuste.  Car  c'est  une  grâce 
du  ciel,  si  quelqu'un,  pensant  que  Dieu  le  sait,  supporte 
avec  patience  les  peines  qu'on  lui  fait  souffrir  injustement. 

Il  est  facile  de  dire  à  un  infortuné  :  Soyez  patient  ! 
Malgré  ce  conseil,  l'esclave  maltraité  fuira  son  maître  ou 

jsaiera  de  se  venger.  Mais  saint  Pierre  donne  à  l'esclave 


(1)  La  mémo  leçon  est  inculquée  par  saint  Paul  aux  esclaves  chrétiens, 
•  lui-  plu8ieuri  de  ses  Epitres.  (Eph.,  vi  ;  Col.,  m;  I  Tim.,  vi;Tite,  II.) 

ftpiTRRfl  CATHOLIQUES  12 


—    178    — 

chrétien  une  parole  admirable,  qui  lui  rend  précieuse  la 
souilïance  même  :  fJœc  est  enim  gratia!  C'est  une  grâce 
que  Dieu  nous  fait,  de  souffrir  de  grandes  peines,  de  les 
souffrir  sans  les  avoir  méritées,  de  les  souffrir  en  pensant 
que  Dieu  voit  et  connaît  ce  que  nous  endurons  pour  son 
amour,  et  soumis  à  sa  volonté  (1). 

20.  Quœ  enim  est  cjloria,  si  peccantes  et  coiaphizati 
suffertis  ?  Sed  si  ùc/te  facientes  patiente)*  snstinetis,  hœc 
est  gratia  apad  Deum.  «  En  effet,  quel  sujet  de  gloire 
aurez-vous,  si  c'est  pour  vos  fautes  que  vous  recevez  des 
soufflets  et  de  mauvais  traitements  ?  Mais  si  vous  souffrez 
l'injure  avec  patience,  en  faisant  le  bien,  c'est  là  ce  qui 
est  agréable  à  Dieu  (2).  » 

Ce  raisonnement  sufiirait  déjà  pour  consoler  de  toutes 
les  peines,  mais  saint  Pierre  ajoute  l'exemple  de  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ. 

21.  In  hoc  enim  vocati  estis.  «  Car,  c'est  à  la  patience 
que  vous  avez  été  appelés  !  »  Quoi  !  vous  ne  voudriez  pas 
souffrir?  Mais  souffrir  est  la  vocation  même  du  chrétien. 
On  ne  peut  pas  entrer  dans  le  royaume  de  Dieu  sans 
passer  par  les  tribulations .  Per  multas  tribulationes 
oportet  nos  intrare  in  regnum  Dei.  (Act.  Ap.,  xiv,  21.) 
Pourquoi  d'ailleurs  êtes- vous  devenus  disciples  de  Jésus- 
Christ,  sinon  pour  l'imiter? 

Quia  et  Christns  passas  est  pro  nobis,  vobis  relinquens 
exemplum  itt  sequamini  vestigia  ejus.  Est-ce  que  vous 
pourriez  vous  plaindre  de  souffrir  injustement,  quand 
Jésus-Christ  lui-même  a  souffert  pour  nous,  vous  laissant 
un  exemple,  afin  que  vous  marchiez  sur  ses  pas  (3)  ? 

Le  changement  de  personne  dans  cette  phrase  n'est 

(1)  Saint  Paul  écrivait  de  même  aux  Philippiens  :  Il  vous  a  été  donné, 
par  une  faveur  céleste,  non  seulement  de  croire  en  Jésus-Christ,  mais 
encore  de  souffrir  pour  lui.  (Philipp.,  i,  29.)  —  Propter  Dei  conscien- 
tiam  est  la  même  chose  que  Deo  conscio,  Deo  sciente,  ou  propterea,  quod 
ipsi  scimus  Deum  nasse  quidquid  propter  eum  patimur. 

(2)  En    greC,   TXO'lOJ    -fV.p    /J.ëoç,  zl    à//2/STC<VOV7£Ç    XxJ   XO/3Cp(Ç<3/*£VS£    U7TO//£V££r£  ; 

à/À'  £t  y.-/xQor.oiol-j-£i  xod  —y.oyOsTn  J^o//^v£'tTs•  tçjto  Yj P  X^p1»  Itstpà  0-ô>. 
Quœ  enim  gloria,  si  peccantes  et  colaphizati  suffertis  ?  Sed  si  bene 
facientes  et  patientes  suffertis.  Hœc  est  enim  gratia  apud  Deum. 

(3)  Les  manuscrits  varient  entre  nobis  vobis,  nobis  nobis,  et  vobis  vobis. 


—     179    —  IPetr.,u. 

peut-être  pas  sans  dessein.  Jésus-Christ,  dit  saint  Pierre, 
a  souffert  pour  nous  tous,  cela  est  vrai  ;  mais  chacun  de 
vous  doit  se  dire  :  il  a  souffert  pour  moi  qui  ne  suis  qu'un 
pauvre  esclave,  et  il  m'a  laissé  un  exemple  que  je  dois 
suivre. 

Vobis  relinquens  exemplum.  Le  Christ  est  venu  sur  la 
terre  pour  trois  raisons  principales.  Premièrement,  pour 
nous  racheter  par  sa  mort  ;  secondement,  pour  nous  ins 
truire  par  sa  prédication  ;  et  troisièmement,  pour  nous 
donner  dans  ses  actions  l'exemple  parfait  d'une  vie  sainte 
que  nous  devons  imiter. 

Ut  sequamini  vestigia  ejus.  N'a-t-il  pas  dit  lui-même 
expressément  :  Ego  sum  via  ?  Je  suis  la  voie  par  laquelle 
doit  marcher  quiconque  veut  parvenir  à  la  vie.  Or,  c'est 
la  voie  des  souffrances  et  non  des  plaisirs  qu'il  a  choisie  ; 
il  faut  donc  y  marcher  à  sa  suite,  si  l'on  veut  partager  sa 
gloire.  Si  tanien  compalimur,  ut  et  congloriftcemur. 
(Rom.,  vin,  17.) 

22.  Il  a  souffert,  lui  qui  n'avait  commis  aucun  péché, 
et  dans  la  bouche  duquel  ne  s'est  jamais  trouvée  une 
parole  trompeuse.  Qui  peccatum  non  fecit,  nec  inventus 
est  dolus  in  orc  ejus.  Saint  Pierre  cite  le  prophète  Isaïe. 
(mi,  9.)  Vous  vous  plaignez  de  souffrir  des  traitements 
injustes  :  êtes-vous  donc  plus  innocents  que  le  Christ,  lui 
qui  était  irrépréhensible  dans  toutes  ses  actions  et  toutes 
ses  paroles?  lui  qui  défiait  les  Juifs,  ses  ennemis,  de  le 
convaincre  de  péché  ?  Quis  ex  vobis  arguet  me  de  peccato  ? 
(S.  Joann.,  vin,  46.)  Le  Christ  était  impeccable,  puisqu'en 
lui  la  nature  humaine  était  personnellement  unie  à  la 
divinité.  Et  cependant  il  a  voulu  souffrir  ! 

Qui  q u um  malediceretur,  non  maledicebat  ;  quant 
pateretur,  non  comminabatur  :  tradebat  autem  judicnnti 
se  injuste.  «  Quand  on  le  chargeait  d'injures,  il  ne  répon- 
dait point  par  des  injures;  quand  on  le  maltraitait,  il  ne 
taisait  point  de  menaces  ;  mais  il  se  livrait  entre  les  mains 
de  celui  qui  Le  jugeait  injustement  (1).  » 

(  1 |  Tradebat  amtêm  jvdicanti  »e  injuste,  On  lit  dans  le  grec  :  ttxps&iàov 


—    180    — 

Voilà  l'exemple  que  vous  a  laissé  un  Dieu  tout-puissant. 
On  l'insulte,  et  il  garde  le  silence  f  On  le  frappe,  et  au 
lieu  de  précipiter  ses  ennemis  dans  l'enfer,  il  ne  prononce 
pas  môme  une  menace  !  Pilate,  qui  reconnaît  son  inno 
cence,  le  condamne  à  mort,  et  le  Dieu  suprême,  le  Créa 
teur  de  l'univers,  subit  la  sentence  d'un  tel  juge  I  Vos 
maîtres  sont-ils  plus  violents  que  les  bourreaux  de  Jésus, 
et  plus  injustes  que  Pilate  ? 

Quum  malediceretur .  On  l'a  appelé  un  buveur  de  vin. 
un  Samaritain,  un  possédé  du  démon,  un  séditieux  qui 
bouleversait  et  pervertissait  la  nation. 

Non  maledicebat,  en  grec  oùx  àvxsXoiSdpei,  non  vicissim 
maledicebat,  il  ne  rendait  point  injure  pour  injure.  Il  a 
prononcé  quelquefois  des  blâmes  véhéments  et  des  me- 
naces terribles,  il  a  dit  vœ  !  malheur  !  sur  ceux  qui  reje- 
taient sa  parole  ;  mais  c'était  une  prédiction  adressée  à 
des  coupables  qu'il  voulait  convertir  ;  ce  n'était  pas  une 
récrimination  contre  des  injures  ! 

24.  Qui  peccata  nostra  pertulil  in  corpore  suo  super  li- 
g?ium.  «  Jésus  a  porté  nos  péchés  dans  son  corps  sur  le 
bois  de  la  croix.  »  Lui,  le  Saint  des  saints,  il  s'est  chargé 
du  poids  des  péchés  du  inonde;  il  a  voulu  que  les  crimes 
de  tous  les  hommes  lui  fussent  imputés  par  son  Père7 
comme  s'il  était  le  seul  coupable,  le  seul  impur  de  tout 
le  genre  humain  ;  et  il  a  supporté  dans  son  corps,  sur 
la  croix,  la  peine  due  à  ces  innombrables  iniquités. 

Cette  parole  de  saint  Pierre  reproduit  celle  d'Isaïe  ; 

Vere  languores  nostros  ipse  tidit,  et  dolores  nostros  ipse 

portavit.  (Is.,  lut,  4.)  «  Il  a  vraiment  pris  nos  péchés,  et  il 

oï  tm  xpiyovri  oi/.u.îo)ç,  tradebat  autem  judicanti  juste,  «  il  remettait  sa 
cause  a  celui  qui  juge  avec  justice  »  ;  il  se  confiait  h  son  Père,  selon 
cette  parole  du  Psaume  xlii  :  Judica  me,  Deics,  et  discerne  causant 
raeam.  Ce  sens  est  très  bon.  Saint  Augustin  et  saint  Fulgence  lisaient 
ainsi  dans  leurs  exemplaires.  (S.  Aug.  Tract,  in  Joann.  xxi  ;  Fulg.  ad 
Trasim.,  c.  xi.)  Notre-Seigneur  dit  lui-même  dans  saint  Jean  :  Ego  autem 
non  quœro  gloriam  meam  :  est  qui  quœrat  et  judicet.  (Joan.,  vm,  50.) 
On  peut  supposer  qu'un  copisie  qui  pensait  au  jugement  de  Pilate  et 
ne  comprenait  pas  le  sens  de  juste,  aura  écrit  injuste.  La  leçon  de  la 
Yulgate  est  cependant  fort  ancienne,  puisqu'elle  se  lit  deux  fois  dans 
saint  Cyprien  (de  Bono  patientise,  c.  iv  ;  Testim.,  1.  III,  xxxix). 


—     181     —  /  Pelr.,  n. 

s'est  chargé  lui-même  de  nos  douleurs  (1).  »  Elle  rappelle 
aussi  l'expression  énergique  de  saint  Paul  :  «  Dieu,  pour 
nous  justifier,  a  traité  son  Fils  comme  s'il  eût  été  le 
péché  même.  »  Eum  qui  non  noverat  peccatum,  pro  nobis 
peccatum  fecit.  (II  Cor.,  v,  21.) 

Enfin,  Jésus  est  mort  pour  nos  péchés,  afin  que  mou- 
rant  nous-mêmes  au  péché,  nous  vivions  désormais  pour 
la  justice  :  utpeccatismortuijustitiœvivamus.  Car  le  Christ, 
qui  est  notre  Chef,  est  mort  pour  nous,  dit  saint  Ambroise, 
afin  qu'après  être  morts  avec  lui,  nous  vivions  aussi  avec 
lui,  comme  étant  membres  de  son  corps  ressuscité.  Pro 
nobis  enim  mortnus  est  Chris  tus,  ut  nos  in  illius  corpore 
redicivo  viveremus.  (Apud  Corn.  Lap.) 

Cujus  livore  sanati  estis.  «  C'est  par  ses  meurtrissures 
que  vous  avez  été  guéris.  »  Ou  tw  uwAto7rt  HO-^ts,  cujus  m- 
bicibus  sanati  estis.  Saint  Pierre  fait  allusion  aux  coups 
et  aux  meurtrissures  que  des  maîtres  barbares  infligeaient 
aux  esclaves.  Si  donc,  leur  dit-il,  vous  êtes  souffletés  ou 
battus  de  verges,  pensez  que  votre  âme  a  été  guérie  des 
blessures  du  péché  par  les  coups  et  les  plaies  qui  ont 
déchiré  le  corps  de  votre  Rédempteur. 

25,  Eratis  enim  sicut  oves  errantes,  sed  conversi  estis 
nunc  ad  pastorcm  et  episcopum  animarum  vestrarum, 
«  Car  vous  étiez  autrefois  errants  comme  des  brebis  éga- 
rées ;  mais  vous  êtes  maintenant  retournés  au  Pasteur  et 
à  l'Evèque  de  vos  âmes  (2).  » 

Errantes.  Vous  étiez  autrefois  égarés  loin  de  la  voie  du 
salut  et  vous  marchiez  dans  les  sentiers  de  la  perdition, 
vous  Gentils,  et  vous  aussi  fils  d'Israël.  Mais,  éclairés  par 
l'Evangile  et  touchés  de  la  grâce,  vous  êtes  venus  au  bon 

(1)  Saint  Pierre  cite  Isaïe  d'après  les  Septante,  où  on  lit  :  tkj  ù-jup-ziaç 

fert  peccatu  nostra,  au  lieu  de  languores  nostros.  —  On 
remarque  que  saint  Pierre  ne  corrige  point  les  Septante  sur  l'hébreu  : 
il  les  cite  comme  exprimant  la  pensée  du  prophète. 

(2)  Saint  Pierre  fait  allusion  h  ce  texte  d'Isaïe  :  Omnes  nos  quasi  oves 
erravùnuë ;  untuquisque  in  viam  suam  declinavit  (Is.,  lui,  6)  ;  et  au 
verset  final  du  Psaume  cxvm  :  Erravi  sicut  ovis  quœ  periit  :  quœre 
servi/,/'  tuum,  Domine.  Enfin,  il  rappelle  la  parabole  de  la  brebis 
perdue,  cherchée,  retrouvée,  et  rapportée  au  bercail  par  le  bon  Pasteur. 
(S.  Luc,  xv.) 


—    182    — 

Pasteur  qui  conduit  ses  brebis  dans  des  pâturages  salu- 
taires, qui  veille  sur  elles,  les  défend  contre  les  loups,  et 
les  rapporte  au  bercail  lorsqu'elles  se  sont  égarées. 

Pastorem.  Jésus-Christ  prend  lui-même  ce  titre  :  Je  suis 
le  bon  Pasteur,  dit-il,  Ego  sum  Pastor  ôo?ias.  (S.  Joann., 
x,  11.)  Isaïe  avait  prédit  que  le  Christ  paîtrait  ses  brebis 
comme  un  pasteur  gouverne  son  troupeau.  Sicut  pastor 
gregem  smim  pascet.  (xl.)  Ezéchiel  avait  aussi  annoncé 
que  Dieu  susciterait  un  Pasteur,  plus  grand  que  tous  les 
autres  pasteurs,  lequel  paîtrait  les  brebis  d'Israël.  Et  sus- 
citabo  super  eas  Pastorem  imum,  qui  pascat  eas;  ipse 
pascet  eas.  (c.  xxxiv.) 

C'est  le  Christ  qui  paît  ses  brebis  par  sa  doctrine,  les 
nourrit  de  sa  chair,  et  les  abreuve  de  son  sang  dans 
l'Eucharistie. 

Et  episcopum,  lm'<îxo7rov,  spéculai or em,  inspectorem.  Ce 
terme  est  ajouté  au  mot  pastor,  pour  en  préciser  la  signi- 
fication. Le  pasteur  est  le  guide,  le  gardien  et  le  défenseur 
du  troupeau  ;  mais  dans  une  maison  opulente,  au-dessus 
des  simples  bergers  qui  conduisent  les  troupeaux,  il  y  a 
un  intendant,  un  inspecteur  en  chef,  brfoxoiroç",  qui  veille  sur 
tous  les  troupeaux  et  sur  les  pasteurs  eux-mêmes.  Tel  est 
^Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  le  divin  Chef  des  pasteurs. 

Le  mot  episcopus  est  encore  emprunté  par  saint  Pierre 
au  prophète  Ezéchiel,  qui  dit  au  même  endroit  :  Je 
rechercherai  moi-même  mes  brebis  et  je  les  visiterai, 
et  visitabo  >  eas.  (xxxiv,  11.)  Or,  on  lit  ainsi  dans  les 
Septante  :  cSoù  iyù>  ixC)r^riaou.y.i  tx  irpôêarà  aou,  xai  imoxétyotJM 
aura.  Du  verbe  imsxéfcrepa,  saint  Pierre  a  formé  le  nom 
s7u'<7xo7îoç,  qui  a  passé  dans  la  langue  de  l'Eglise. 

Sans  doute,  lorsque  saint  Pierre,  simple  pêcheur,  con- 
duisait sa  barque  et  maniait  ses  filets,  il  lisait  peu  les 
prophètes  ;  mais,  devenu  chef  de  l'Eglise  universelle,  on 
voit  qu'il  étudiait  les  Ecritures  ;  et  il  était  parvenu  à  les 
posséder  si  bien,  qu'il  les  citait  continuellement  dans  ses 
discours,  donnant  ainsi  l'exemple  aux  pasteurs  de  tous 
les  siècles. 


183    — 


CHAPITRE  TROISIÈME 


ANALYSE 

1.  Après  avoir  exposé  les  devoirs  des  chrétiens  envers  les 
magistrats  et  ceux  des  esclaves  à  l'égard  de  leurs  maîtres, 
saint  Pierre  s'adresse  aux  femmes  :  elles  seront  soumises  à 
leurs  maris,  et  modestes  dans  leurs  vêtements. 

Puis  il  recommande  aux  maris  de  traiter  leurs  femmes  avec 
honneur  et  avec  bonté  (1-7). 

!.  Il  exhorte  ensuite  tous  les  fidèles  en  général  à  pratiquer 
ki  charité  fraternelle  les  uns  envers  les  autres. 

Il  veut  qu'ils  se  tiennent  toujours  prêts  à  rendre  raison  de 
leur  foi  à  ceux  qui  les  interrogent  sur  la  religion. 

Ils  doivent  s'estimer  heureux,  s'ils  souffrent,  à  l'exemple  de 
Jésus-Christ,  en  faisant  le  bien  (8-18). 

:;.  Il  ajoute,  trois  pensées.  L'âme  du  Christ  est  descendue 
aux  enfers  pour  visiter  les  esprits  qui  étaient  retenus  en 
prison  depuis  le  déluge.  —  Les  eaux  du  déluge  étaient  la 
ligure  du  baptême.  —  Enfin  Jésus-Christ  est  au  ciel,  assis  à 
la  droite  de  Dieu,  où  il  règne  sur  les  anges  (19-fin).  Comment 
ces  trois  pensées  se  lient-elles  au  sujet,  c'est  ce  que  nous 
verrons  en  son  lieu. 


1.  Similiter  et  muliereê  ntb~ 

rlit<r  tint   riris  suis,  ut  et  si  qui 
non    <  ■■■  I"  Ut  mnlir- 

rum  itionei n  tine  verbo 

l>"ri/iunt, 

tuiderante*  in  timoré  ca- 
■  m    veetram, 

>    sir    etctrin- 
eeeui  capillatura,  oui  cimmn* 


1.  Que  les  femmes  soient  pareil- 
lement soumises  a  leurs  maris,  afin 
que  s'il  y  a  * i»*s  maris  qui  ne  croient 
pas  ;i  la  parole,  ils  soient  gagnés 
par  la  bonne  vie  de  leurs  femmes, 
sans  le  secours  de  la  parole, 

2.  Lorsqu'il  considéreront  la  con 
duite  pure  qui  vous  est  inspirée  par 
l.i  craiate  de  Dieu. 

3.  Ne  vous  parez  point  au  dehors 
par   de^    cheveux    tresse-,    [>ar    des 


184 


ornements   d'or,   et    par   la    beauté 
des  habits  ; 

4.  Mais  songez  à  parer  l'homme 
invisible  et  caché  dans  le  cœur,  par 
la  pureté  incorruptible  d'un  esprit 
paisible  et  modeste;  ce  qui  est  un 
riche  ornement  aux  yeux  de  Dieu. 

5.  Car  c'est  ainsi  qu'autrefois  les 
saintes  femmes  qui  espéraient  en 
Dieu  se  paraient,  en  demeurant 
soumises  à  leurs  époux  : 

6.  Comme  faisait  Sara,  qui  obéis- 
sait à  Abraham,  l'appelant  son  sei- 
gneur ;  Sara  dont  vous  vous  mon- 
trez les  filles  en  imitant  sa  bonne 
vie,  et  en  ne  vous  laissant  troubler 
par  aucune  crainte. 

7.  Et  vous,  maris,  vivez  de  même 
selon  la  science  avec  vos  femmes, 
les  traitant  avec  honneur  comme  le 
sexe  le  plus  faible,  et  considérant 
qu'elles  sont  aussi  bien  que  vous 
les  héritières  de  la  grâce  qui  donne 
la  vie  :  conduisez-vous  de  telle  sorte 
qu'il  ne  se  trouve  aucun  empêche- 
ment à  vos  prières. 

8.  Enfin,  qu'il  y  ait  entre  vous 
tous  une  parfaite  union  de  senti- 
ments, une  bonté  compatissante, 
une  amitié  de  frères.  Soyez  miséri- 
cordieux, modestes  et  humbles. 

9.  Ne  rendez  point  le  mal  pour  le 
mal,  ni  l'outrage  pour  l'outrage  ; 
mais  répondez  plutôt  par  des  béné- 
dictions, sachant  que  c'est  à  cela 
que  vous  avez  été  appelés,  afin  de 
recevoir  l'héritage  de  la  bénédiction. 

10.  Car  si  quelqu'un  aime  la  vie 
et  désire  voir  des  jours  heureux, 
qu'il  empêche  sa  langue  de  médire, 
et  ses  lèvres  de  prononcer  des  pa- 
roles trompeuses. 

11.  Qu'il  se  détourne  du  mal  et 
fasse  le  bien  ;  qu'il  recherche  la  paix 
et  s'efforce  de  l'acquérir. 

12.  Car  le  Seigneur  a  les  yeux 
ouverts  sur  les  justes,  et  les  oreilles 
attentives  à  leurs  prières  ;  mais  il 
regarde  les  méchants  avec  colère. 

13.  Et  qui  sera  capable  de  vous 
nuire,  si  vous  êtes  zélés  pour  faire 
le  bien? 


datio  auri,  aut  indumenti  vesti- 
mentorum  cultus  : 

4.  Sed  qui  absconditus  est 
cordis  homo,  in  incorruptibili- 
tate  quieti  et  modesti  spiritus, 
qui  est  in  conspectu  Dei  lo- 
cuples. 

5.  Sic  enim  aliquando  et 
sanctœ  mulieres,  sperantes  in 
Deo,  ornabant  se,  subjectœ  pro- 
priis  viris  : 

6.  Sicut  Sara  obediebat  Abra- 
hœ,  dominum  eum  vocans  ;  cu- 
jus  estis  filiœ  benefacientes,  et 
non  pertinentes  ullam  pertur-- 
bationem. 

7.  Viri  similiter  cohabitantes 
secundum  scientiam,  quasi  in- 
firmiori  vasculo  muliebri  im- 
partientes  honorem,  tan  quant 
et  cohœredibus  gratiœ  vitœ  ;  ut 
non  impediantur  orationes  ves- 
trœ. 


8.  In  fine  autem,  omnes  una- 
nimes, compatientes,  fraterni- 
tatis  amatores,  miséricordes, 
modesti,  humiles  ; 

9.  Non  reddentes  malum  pro 
malo,  nec  malédiction  pro  ma- 
ledicto,  sed  e  contrario  benedi- 
centes  :  quia  in  hoc  vocati  estis, 
ut  benedictionem  hœreditate 
possideatis. 

10.  Qui  enim  vult  vitam  dili- 
gere,  et  dies  videre  bonos,  coer- 
ceat  linguam  suant  a  malo,  et 
labia  ejus  ne  loquantur  dolum  ; 

11.  Declinet  a  malo,  et  faciat 
bonum  ;  inquirat  pacem,  et  se- 
quatur  eam  : 

12.  Quia  oculi  Domini  super 
justos,  et  aures  ejus  in  preces 
eorum  :  vultus  autem  Domini 
super  facientes  mala. 

13.  Et  quis  est  qui  vobis  no- 
ceat,  si  boni  œmulatores  fue- 
ritis  ? 


—    185 


/  Pclr.t  m. 


14.  Sed  et  si  quid  patimini 
jpropter  justitiam,  beati.  Timo- 
rem  autem  eorum  ne  timiieritis, 
et  non  conturbemini. 

15.  Dominum  autem  Christum 
sanctificate  in  cordibus  vestris, 
parât i  semper  ad  satisfactionem 
omni  poscenti  vos  rationem  de 
ea  quœ  in  robis  est  spe  : 

16.  Sed  cunx  modestia  et  ti- 
moré,  conscientiam  habentes 
bonam;  ut  in  eo  quod  detrahunt 
vobis,  confundantur  qui  calum- 
nianticr  vestram  bonam  in 
Christo  conversationem. 

17.  Melius  est  enim  benefa- 
cientes  (si  voluntas  Dei  velit) 
pati,  qT.am  malefacientes  : 

18.  Qu'ui  et  Chrisfi's  semel 
pro  peccatis  nostris  mortuus 
est,  jus  tics  pro  injustis,  ut  nos 
offerret  Deo,  mortificatus  qui- 
dem  carne,  vivificatus  autem 
spiritu. 

19.  In  quo  et  his  qui  in  car- 
cere  erant  spiritibus  veniens 
prœdicavit  ; 

20.  Qui  increduli  fuerant  ali- 
quando,  quando  exspectabant 
Dei  patientiam  in  diebus  Noe, 
qui',,}  fabricaretur  arca;  in 
qua  pauci,  id  est,  <>cto  anima? 
salvœ  fact<r  sunt  per  aquam. 

21.  Quod  et  vos  nunc  similis 
formas  salvos  facit  baptisma 
(non  carnis  drpositio  SOrdium, 
sed  conscientiœ  bonœ  interro- 
gatio  in  Deum)  per  resurrec- 
tionem  Je  su  Christ  i. 


22.  Qui  est  i>i  dextera  I),i, 
deglutiem  mortem  ut  vitœ 
œternœ  hœrede*  efficeremur  ; 
profectus  in  cœlum,  tubjectis 
sibi  angelis  et  potestatibus  et 
virtudbus. 


14.  Si  néanmoins  vous  souffrez 
pour  la  justice,  vous  serez  heureux. 
Ne  craignez  point  ceux  qui  veulent 
vous  intimider  et  ne  vous  troublez 
point  de  leurs  menaces. 

15.  Mais  rendez  gloire  dans  vos 
cœurs  au  Seigneur  Jésus-Christ;  et 
soyez  toujours  prêts  h  satisfaire  tous 
ceux  qui  vous  demanderont  raison 
de  l'espérance  que  vous  avez. 

16.  Faites-le  toutefois  avec  dou- 
ceur et  avec  retenue,  conservant  en 
tout  une  couscience  pure,  afin  que 
ceux  qui  décrient  la  vie  sainte  que 
vous  menez  en  Jésus-Christ,  rougis- 
sent de  vous  diffamer  comme  ils  font. 

17.  Car  il  vaut  mieux  être  mal- 
traités, si  Dieu  le  veut,  en  faisant  le 
bien,  qu'en  faisant  le  mal  ; 

18.  Parce  que  Jésus-Christ  même 
a  souffert  une  fois  la  mort  pour  nos 
péchés,  et  le  Juste  pour  les  injustes, 
afin  de  nous  offrir  à  Dieu,  étant 
mort  en  sa  chair,  mais  rendu  à  la 
vie  par  l'esprit. 

19.  Et  c'est  avec  son  esprit  qu'il 
est  allé  prêcher  aux  esprits  qui 
étaient  retenus  en  prison  ; 

20.  A  ceux  qui  avaient  été  jadis 
incrédules  ,  lorsqu'ils  comptaient 
sur  la  patience  de  Dieu,  au  temps 
de  Noé,  pendant  qu'on  bâtissait  l'Ar- 
che, en  laquelle  peu  de  personnes, 
savoir  huit  seulement,  furent  sauvées 
au  milieu  des  eaux. 

21.  C'était  une  figure  a  laquelle 
répond  maintenant  le  baptême,  non 
pas  celui  qui  consiste  à  purifier  la 
chair  de  ses  souillures,  mais  le  bap- 
tême qui,  selon  l'engagement  d'une 
conscience  sincère  pris  en  préseace 
de  Dieu,  nous  sauve  par  la  résur- 
rection de  Jésus-Christ  ; 

22.  Qui  est  assis  à  la  droite  de 
Dieu,  après  avoir  détruit  la  mort, 
afin  que  nous  devenions  les  héritiers 
de  la  vie  éternelle,  et  qui  est  monté 
au  ciel  où  les  Anges,  les  Puissances 
et  les  Vertues   lui   sont   assujetties. 


186    — 


COMMENTAIRE 

1.  Similiter  et  malieres  subditœ  sint  viris  suis.  Les 
chrétiens  doivent  obéir  aux  princes,  et  les  esclaves  à 
leurs  maîtres,  comme  nous  venons  de  le  voir.  De  même, 
les  femmes  doivent  être  soumises  à  leurs  époux  (1).  La 
loi  naturelle,  la  loi  divine  et  la  loi  humaine  ordonnent  à 
la  femme  d'obéir  à  son  mari.  Elle  sera  la  reine  de  la 
maison,  mais  l'époux  sera  son  roi.  Une  femme  qui, 
forçant  la  nature,  usurpe  l'autorité  ou  les  fonctions  de 
l'homme,  ne  s'élève  pas,  elle  se  rend  ridicule. 

Ut  si  qui  non  credunt  verbo,  per  mulierum  conversa- 
tionem  sine  verbo  lucrifiant.  Elles  se  montreront  sou- 
mises, «  afin  que  s'il  se  trouve  des  maris  qui  ne  croient 
pas  à  la  parole  du  Christ,  ils  soient  gagnés  à  Dieu,  même 
sans  le  secours  de  la  parole,  par  la  bonne  conduite  de 
leurs  épouses.  »  Car  la  femme  exerce  une  influence  con- 
tinue et  profonde  sur  son  mari,  par  sa  douceur,  sa 
modestie,  son  dévouement,  sa  patience.  Quelle  gloire 
pour  une  femme  de  présenter  à  Jésus-Christ  son  époux 
qu'elle  a  conquis  à  la  religion  ! 

On  remarque  qu'à  cette  époque  les  mariages  entre 
juifs  et  infidèles  n'étaient  pas  rares.  Saint  Timothée 
était  fils  d'un  père  gentil  et  d'une  mère  juive  devenue 
chrétienne. 

Sine  verbo.  11  n'est  point  d'éloquence  qui  l'emporte  sur 
la  vertu  silencieuse  d'une  femme.  Sans  doute,  elle  parlera 
de  l'Evangile  à  son  époux  ;  mais,  auparavant,  elle  gagnera 
son  affection  et  son  estime  par  la  douceur  et  la  pureté 
de  ses  mœurs.  Hoc  valet  mulieris  gravitas  et  pmiicitia, 
et  ejus  bona  conversatio,  ut  virum  suit  m  vocet  ad  fidem 
et  ad  devotionem.  (S.  Ambros.  De  Sacram.,  1.  VI,  c.  v.) 
C'est  par  l'exemple  persuasif  de  ses  vertus  que  sainte 


(1)  Saint  Paul  donne  un  commandement  semblable  dans  son  Epître 
aux  Ephésiens  :  Mulieres  viris  suis  subditœ  sint,  sicut  Domino,  (v,  22.) 


—     187     —  IPetr.,m. 

Monique  gagna  son  époux  à  Jésus-Christ.  Sategit  eum 
lucrari  loquens  te  illi  moribus  sais.  (S.  Aug.  Conf.,  1.  IX, 
c.  ix.)  C'est  aussi  la  piété  de  Clotilde  qui  conquit  à  la 
religion  chrétienne  Clovis  et,  avec  lui,  toute  la  nation 
des  Francs. 

2.  Considérantes  in  timoré  castam  conversationem  ves- 
tram  (1).  Vos  maris  se  convertiront,  parce  qu'ils  verront 
avec  admiration,  ô  femmes  chrétiennes,  votre  conduite 
pleine  de  respect  et  de  chasteté.  —  In  timoré.  Ce  mot  ne 
dépend  pas  de  considérantes,  mais  de  conversationem.  Ti- 
mor, synonyme  de  reverentia,  exprime  tout  à  la  fois 
la  crainte  de  la  femme  envers  Dieu  qu'elle  ne  veut  pas 
offenser,  et  son  respect  pour  son  mari  qu'elle  regarde 


comme  son  seigneur. 


3.  Qiianim  non  sit  extrinsecus  capillatura,  ant  cir- 
cumdatio  a?iri,  aut  indumenti  vestimentorum  cuit  us  (2). 
Ne  mettez  point  votre  gloire  à  vous  parer  à  l'extérieur 
par  des  tresses  de  cheveux,  à  vous  charger  de  bijoux 
d'or,  ni  à  vous  revêtir  d'habits  précieux. 

Saint  Paul  donnait  aux  femmes  le  même  conseil. 
Qu'elles  s'ornent,  disait -il,  avec  modestie  et  non  pas 
avec  des  cheveux  frisés,  ni  avec  des  bijoux  d'or,  ou  des 
perles,  ou  des  habits  somptueux.  (I  Tim.,  n.) 

Capillatura.  Alors  comme  de  nos  jours,  il  y  avait  des 
femmes  qui  chargeaient  leur  tête  de  cheveux  empruntés. 
Capillis  alienis  verticem  struunt,  disait  saint  Jérôme.  (Ad 
Marcell.  Ep.  xxxviii,  3.)  —  Capillatura,  i^-nloy.^  désigne 
des  cheveux  tressés  avec  art. 

Circumdatio  auri,  rapfôeaiç  gpucfaw.  Quarum  cultus  ?wn 
sit  in  circumpositione  ornamentorum  aureorum.  Xp-Wa., 
ce  sont  des  réseaux  d'or,  des  chaînes  d'or,  des  franges 
d'or,  des  anneaux,  des  colliers,  des  bracelets  d'or,  en  un 

(1)  Imi  gQBC,  inoirït\>9*vrii  njv  h  peêu  âyvïty  à,aorcop/-,v  Jw.wv,  quùrri  ijysi 
consideraverint  veetram  in  tin><>r<-  conversationem.  Ces  mots  sont 
l'eiplicttioo  il.-  ju'f  mulierutn  eonoevsationem* 

S  OÏC1   le    grec    :   Stj   ;stw  o^x  i  i%ot8tv   iy.-'tOA?^  rçr/w  xxl   Ttsptdéazûf, 
îy.y.7(ùjy  nôeftoç,  Quarum  ornatus  non  sit  exlcrnns  ille 
u   qui  situe  eet  in  capillorum  plicatttra,  et  in  circumpositione 
auri,  hut  i><  amictu  vestium. 


—   188    — 

mot,  des  bijoux  d'or.  Le  véritable  ornement  de  la  femme 
n'est  point  tout  cet  or  qu'elle  met  autour  d'elle. 

Aut  indumenti  vestimentorum  cultus,  y\  èvSussok  iuoitûov 
xdffjxoç,  c'est-à-dire,  guarum  cultus  non  sit  in  amictu  ves- 
timentonim.  Ne  faites  point  consister  votre  beauté  à  vous 
envelopper  de  riches  vêtements.  Le  luxe  des  femmes  était 
alors  porté  à  son  comble  dans  l'empire  romain. 

4.  Sed  gui  absconditus  est  cor  dis  homo,  in  incorrupti- 
bilitate  quieti  et  modesti  spiritus  (1).  Tous  ces  ornements 
étrangers,  si  précieux  qu'ils  soient,  s'usent  et  se  fanent. 
Que  votre  parure  véritable  ne  soit  pas  dans  l'extérieur 
de  votre  personne,  mais  dans  l'homme  invisible  qui  est 
caché  au  fond  du  cœur.  Mettez  votre  beauté  dans  la  pu- 
reté incorruptible  d'un  esprit  paisible  et  modeste.  Voilà 
une  richesse  qui  plaît  aux  yeux  de  Dieu,  qui  est  in 
conspectu  Dei  locuples. 

Saint  Pierre  montre  à  la  femme  deux  espèces  d'orne- 
ments :  l'un,  extérieur  et  corruptible,  qui  pare  le  corps 
destiné  à  la  corruption  ;  l'autre,  intérieur  et  incorruptible, 
qui  embellit  l'âme  et  la  rend  aimable  au  Seigneur.  Que 
les  femmes  chrétiennes  recherchent  donc  l'ornement  spi- 
rituel, la  beauté  immortelle  qui  consiste  dans  la  foi,  la 
pureté,  la  douceur,  et  qu'elles  rejettent  un  luxe  et  des 
atours  condamnés  par  le  Saint-Esprit. 

Toutefois,  l'austère  saint  Jérôme  remarque  lui-même 
avec  sagesse  que  l'Apôtre,  en  formulant  ces  préceptes, 
n'ordonne  point  aux  femmes  de  se  couvrir  de  vêtements 
sordides,  il  n'interdit  que  le  luxe  et  la  vanité.  Hœc  prœ- 
cipiens  Petrus  non  mulieres  jubet  sgualere  sordibns,  et 
horrentibus  pannorum  assumentis  tegi,  sed  immoderato 
cultu  et  nimis  exguisito  interdicit  ornatu.  (Ep.  cxlviii,  ad 
Celant.) 

5.  Sic  enim  aliguando  et  sanctœ  mulieres,  sperantes  in 
Deo,  ornabant  se,  subjectœ  propriis  viris.  Car  c'est  ainsi 
que  se  paraient  autrefois  les  saintes  femmes  qui  espé- 

(1)  En  grec,  in  incorruptibilitate  spiritus  niitis  ac  modesti  (Tzpv.eoî), 
et  quieti  sive  placidi  (^j/Joo).  —  Absconditus  cordis  homo,  suppléez  : 
sit  cultus  vester. 


—    189    --  /  Pëtr.,  m. 

raient  en  Dieu.  Elles  s'efforçaient  d'orner  leur  âme  de 
vertus  et  de  bonnes  œuvres  que  Dieu  voyait  et  récom- 
pensait. Elles  croyaient  que  c'était  aussi  le  moyen  de 
s'attacher  leurs  époux,  en  se  montrant  soumises,  leur 
obéissant  avec  douceur  et  ne  cherchant  point  à  plaire  à 
des  yeux  étrangers. 

6.  Sicat  Sara  obediebat  Abrahœ,  dominum  enm  vocans; 
cujus  estis  filiœ  benefacient.es,  et  non  pertimentes  ullam 
perturbationem.  Ainsi  faisait  Sara,  la  mère  de  votre  race. 
Considérez  cette  femme  vénérable  :  elle  obéissait  à  Abra- 
ham, le  suivait  dans  ses  pénibles  voyages  et  l'appelait 
son  seigneur,  comme  le  rapporte  Moïse  :  Consenui, 
disait-elle,  et  dominus  meus  vetidus  est.  (Gen.,  xvm,  12.) 
(  )r  vous  vous  montrerez  vraiment  les  filles  de  Sara  votre 
aïeule,  si  vous  faites  le  bien,  si  vous  imitez  sa  sagesse  et 
son  respect  pour  son  époux,  sans  vous  laisser  effrayer 
par  aucun  trouble  (1). 

Perturbationem  (en  grec,  7rTÔ^atv,  metum,  terrorem). 
Le  sort  de  la  femme  est  lié  à  celui  de  son  mari  ;  elle  par- 
tage ses  revers  de  fortune,  comme  ses  prospérités.  Une 
des  grâces  du  sacrement  de  mariage,  lorsqu'il  est  sain- 
tement reçu  par  les  deux  époux,  est  de  prévenir  les  tri- 
bulations amères.  Si  la  bénédiction  nuptiale  ne  préserve 
pas  toujours  des  grandes  peines,  elle  les  adoucit  du  moins, 
et  les  sanctifie. 

7.  Viri  similiter  cohabitantes  secundum  scientiam,  quasi 
infirmiori  vasculo  muliebri  impartientes  honorem,  tan 
quant  et  cohœredibus  gratiae  vitœ  :  ut  non  impediantur 
orationes  vestrœ.  «  Et  vous  maris,  vivez  et  habitez  de 
même  avec  vos  femmes  selon  la  science  ;  traitez-les  avec 
honneur  et  indulgence  comme  le  sexe  le  plus  faible  ; 
considérez  qu'elles  sont,  aussi  bien  que  vous,  les  héri- 
t  ières  de  la  grâce  qui  donne  la  vie  éternelle  ;  et  conduisez- 

(1)  Saint  Pieriv  t'ait  entendre  que  la  femme  doit  obéir  a  son  époux, 
sans  redouter  les  disgrâces  que  pourraient  lui  attirer  ses  entreprises. 
Qu'elle  s'abandonne  à  son  autorité.  Elle  lui  donnera  toutefois  de  bons 
conseils  et  l'aidera  à  gouverner  sa  maison  avec  sagesse.  Quant  au  reste, 
elle  doit  se  confier  en  Dieu,  connue  faisait  Sara  dans  les  circonstances 
les  plu-  délicates  et  les  plus  périlleuses. 


—    190    — 

vous  avec  elles  de  telle  sorte  qu'il  ne  se  trouve  aucun 
empêchement  à  vos  prières.  » 

Cohabitantes,  habitant  ensemble  :  mot  qui  fait  entendre 
que  les  époux  doivent  ordinairement  partager  le  même 
toit  et  le  même  lit. 

Secundum  scientiam,  xatà  yvûcnv.  Le  mari  traitera  sa 
femme  selon  la  science,  c'est  à-dire,  selon  la  prudence  ; 
car  la  raison  étant  plus  ferme  en  l'homme,  l'autorité  lui 
a  été  donnée  sur  la  femme.  Il  la  traitera  aussi  selon  la 
science  qu'il  a  apprise  des  saints  Evangiles.  Or  ils  lui 
enseignent  que,  si  la  femme  doit  obéir  à  son  époux,  elle 
est  cependant  sa  compagne  et  non  sa  servante.  Non  es 
dominus,  sed  maritus;  non  ancillam  sorlitus  es,  sed  nxo- 
rent,  dit  saint  Ambroise.  (Hexaem.,  1.  V,  c.  vu.)  Il  doit  la 
traiter  avec  honneur  et  avec  une  telle  chasteté  que  l'un 
et  l'autre  puissent  toujours,  sans  empêchement,  élever 
leur  cœur  à  Dieu  dans  la  prière. 

Vasciilum  est  mis  pour  corpiisculnm.  Le  mot  vas  (en 
grec  ctxsuoç)  a  le  sens  de  corpus  dans  l'Ecriture  (I  Reg. ,  xxi  ; 
II  Cor.,  iv  ;  I  Thess.,  iv),  non  parce  que  le  corps  humain 
serait  un  vase  qui  contiendrait  l'âme,  mais  parce  qu'il  en 
est  «  l'instrument  »,  signification  de  tnceOoç  et  de  vas. 

Muliebre  vasculum.  Le  corps  de  la  femme  est  moins 
robuste  que  celui  de  l'homme,  et  il  est  sujet  à  de  nom- 
breuses infirmités.  L'époux  ménagera  donc  avec  bonté 
sa  faiblesse. 

lmpartientes  honorent.  C'est  le  christianisme  qui  a 
rendu  à  la  femme  sa  dignité,  et  c'est  dans  la  religion 
catholique  que  la  femme  atteint  le  plus  haut  degré  de 
respect.  On  voit  l'estime,  la  liberté,  l'honneur  de  la 
femme  baisser  à  mesure  qu'on  s'éloigne  de  l'Evangile. 

Honorem.  Sous  cette  expression  chaste,  on  entend 
aussi  l'œuvre  conjugale.  (S.  Hieron.,  1.  I  contra  Jovin., 
n.  7.)  L'épouse  chrétienne  aura  la  gloire  d'être  mère, 
sans  que  le  mari  exerce  sur  elle  une  domination  brutale. 
SU  castus  cum  conjuge  torus,  dit  saint  Augustin  ;  et  si  est 
cura  propagandi  liber  os,  non  sit  effrenata  luxuries  libidi- 
num.  (S.  Aug.  in  Psalm.  cxlvi,  n.  2.) 


—    191    —  /  Petr.,  m. 

Tanquam  cohœredibus  gratiœ  vitœ.  Honorez  donc  et 
respectez  vos  femmes,  sachant  qu'elles  sont  comme  vous 
les  héritières  des  biens  divins.  Car  le  baptême  les  a 
rendues  pures  et  saintes;  elles  sont  aimées,  adoptées  de 
Dieu  comme  ses  filles;  il  les  orne  et  les  fortifie  de  sa 
grârce;  il  les  destine,  aussi  bien  que  vous,  à  la  gloire 
céleste  et  à  la  vie  éternelle. 

Lit  non  impediantur  orationes  vestrœ.  L'époux  et  l'é- 
pouse, s'élevant  au-dessus  des  affections  grossières  et  des 
pensées  de  la  chair,  s'agenouilleront  ensemble  devant  le 
crucifix  matin  et  soir  et  offriront  à  Dieu  l'hommage  d'un 
cœur  pur.  Saint  Paul  leur  conseille  même  de  se  séparer 
quelquefois  d'un  consentement  mutuel,  afin  de  vaquer 
plus  librement  à  l'oraison:  Utvacetis  orationî.  (I  Cor.,  vu, 5.) 

L'Apôtre  va  maintenant  adresser  des  préceptes  à  tous 
les  fidèles. 

8.  In  fine  autem  omnes  unanimes.  Enfin  n'ayez  tous 
qu'un  même  esprit  (1). 

Unanimes,  ôao'vpovsç,  se  dit  de  plusieurs  personnes  qui 
ont  les  mêmes  pensées.  On  n'arrive  à  l'unité  de  senti- 
ments que  par  l'union  dans  la  foi.  La  concorde  n'est 
possible  que  dans  la  parfaite  soumission  à  l'Eglise. 
Adhérer  fermement  aux  doctrines  qu'elle  enseigne  ;  con- 
damner tout  ce  qu'elle  réprouve  ;  écouter  avec  docilité  la 
voix  du  Souverain-Pontife  au  lieu  de  chicaner  sur  des 
syllabes,  comme  faisaient  les  ariens  et  les  jansénistes  ; 
enfin  obéir  avec  respect  aux  supérieurs  légitimes  :  voilà 
le  moyen  de  bannir  la  discorde  et  de  conserver  la  paix 
dans  une  société,  dans  une  maison,  dans  un  diocèse. 

Oh  !  qui  nous  rendra  l'union  qui  régnait  à  l'origine 
parmi  les  fidèles,  quand  tous  ceux  qui  croyaient  en  Jésus- 
Christ  n'avaient  qu'un  cœur  et  qu'une  âme,  sous  la  direc- 
tion des  Apôtres  !  Multitudinis  autem  credenlium  eral 
cor  a?ia?/t  et  anima,  una.  Mais  cette  bienheureuse  union 

(1)  In  fine  autem,  rh  £1  tûoç,  est  la  même  chose  que  denique,  enfin. 
Omneê  unanimes,  on  sous-entend  eatote.  —  Unanimes.  Saint  Paul 
:\ent  donné  le  méms  précepte.  Rom.,  ni,  1,  et  xv,  5;  II  Cor.,  xm,  11  ; 
Philipp.  ii,  2,  et  iv,  2. 


--    192    — 

ne  dura  pas  longtemps.  Satan  souffla  la  discorde,  les 
Grecs  murmurèrent  ;  et  ils  ont  tant  murmuré  qu'ils  ont 
fini  par  sortir  de  l'Eglise. 

Compatientes,  crupwtôéiç.  Regardez  les  joies  et  les  peines 
du  prochain  comme  les  vôtres,  partagez  l'allégresse  de 
ceux  qui  se  réjouissent  et  pleurez  avec  ceux  qui  pleurent, 
disait  saint  Paul.  Gandere  cum  gaudentibus,  flere  cum 
ftentibus.  (Rom.,  xn,  15.)  Ainsi  dans  le  corps  humain, 
qui  est  l'image  de  la  société  chrétienne,  lorsqu'un  membre 
souffre,  tous  les  autres  membres  souffrent  avec  lui  :  et  si 
un  membre  est  honoré,  tous  les  autres  s'en  réjouissent. 
Si  quid  patitur  unnm  membrum,  compatiuntur  omnia 
membra  ;  sive  gloriatur  unam  membrum,  congaudent 
omnia  membra.  (I  Cor.,  xn,  26.) 

Fraternitatis  amatores,  <piXà$eA<pot,  aimez-vous  les  uns 
les  autres  comme  des  frères,  puisque  vous  n'avez  tous 
qu'un  même  Père,  qui  est  aux  cieux.  (Rom.,  xn,  10.) 

Miséricordes,  euOTrXay^vot.  Vous  devez  avoir  des  entrailles 
pleines  de  miséricorde  et  de  tendresse  pour  les  malheu- 
reux. Que  la  pitié  et  la  charité  émeuvent  facilement  votre 
cœur. 

Modesti,  humiles.  Ces  deux  adjectifs  rendent  le  mot 
grec  TOHteivocppoveç,  ayant  d'humbles  et  modestes  sentiments 
de  vous-mêmes  (1).  C'est  la  première  leçon  que  Notre- 
Seigneur  veut  que  nous  apprenions  de  lui.  Discite  a  me 
quia  mitis  sum  et  humilis  corde.  (S.  Matth.,  xi,  29.) 

9.  Non  reddentes  malum  pro  malo,  neque  maledictum 
pro  maledicto,  sed  e  contrario  benedicentes.  Ne  rendez 
point  le  mal  pour  le  mal,  ni  l'injure  pour  l'injure;  mais, 
au  contraire,  dites  du  bien  de  ceux  qui  vous  insultent,  et 
bénissez  ceux  qui  vous  maudissent.  On  n'éteint  pas  le 
feu  avec  le  feu,  mais  avec  l'eau,  non  extinguitur  ignis 
igné,  sed  aqua,  dit  saint  Chrysostome.  (Hom.  xvni,  1,  in 
Matth.)  De  même  on  triomphe  de  l'injure,  non  par  l'in- 
jure, mais  par  la  douceur  et  par  l'humilité.  Faire  du  bien 

(1)  Au  lieu  de  zsinu'Jéppovgi,  qui  est  la  leçon  des  meilleurs  manuscrits 
(celui  du  Vatican,  de  l'Alexandrin  et  du  Sinaïtique),  d'autres  exemplaires 
donnent  fiMfpoveç,  bienveillants  et  affables. 


—    193    —  l  Petr.,uu 

à  nos  ennemis,  c'est  le  moyen  de  les  vaincre  et  de  gagner 
leur  affection. 

On  peut  remarquer  ici  trois  degrés  de  vertu.  Le  pre- 
mier est  de  ne  pas  rendre  le  mal  pour  le  mal,  quand  on 
le  pourrait  facilement  :  comme  lorsqu'un  vaillant  homme 
ne  se  venge  pas  d'un  soufflet  reçu. 

Deuxième  degré  :  si  l'on  est  outragé,  fermer  ses  lèvres 
et  ne  pas  répondre,  quand  on  pourrait  d'un  seul  mot 
confondre  l'insulteur. 

Enfin,  dire  du  bien  de  celui  qui  nous  a  calomniés,  et 
faire  du  bien  à  celui  qui  nous  a  fait  du  mal. 

C'est  là  sans  doute  une  vertu  supérieure  à  la  nature. 
Mais  pourquoi  sommes-nous  chrétiens,  sinon  pour  nous 
efforcer  de  devenir  semblables  à  Dieu? 

Quia  in  hoc  vocati  estis,  ut  benedictionem  hxreditate 

possideatis.  Car,  ajoute  saint  Pierre,  c'est  à  bénir  que 

vous  avez  été  appelés,  alin  qu'en  bénissant  ceux  qui  vous 

offensent,  vous  receviez  vous-mêmes  la  bénédiction  en 

héritage,  selon  cette  parole  de  Notre-Seigneur  :  Venez 

les  bénis  de  mon  Père,  possédez  le  royaume,  Venite  bene- 

dkti  Palris  mei,  possidete  reqnum.  (S.  Matth.,  xxv,  34.) 

En  effet,  souhaiter  du  bien  et  faire  du  bien,  même  à 

nos  ennemis,  est  le  précepte  formel  de  Notre-Seigneur  : 

Bene facile  lus  qui  oderunt  vos,  et  orate  pro  persequentibus 

et  calumniantibus  vos.  En  faisant  du  bien  à  ceux  qui  vous 

haïssent,  en  priant  pour  ceux  qui  vous  persécutent  et 

vous  noircissent  de  leurs  calomnies,  vous  montrerez  que 

vous  êtes  les  fils  de  votre  Père  céleste,  qui  fait  lever  son 

soleil  sur  les  bons  et  sur  les  méchants,  et  qui  répand  sa 

pluie  féconde  sur  les  justes  et  sur  les  injustes.  (S.  Matth., 

v.  14.) 

Ut  benedictionem  hœreditate  possideatis.  C'est  à  ce 
prix  que  vous  hériterez  vous-mêmes  de  la  bénédiction. 
«  Vous  hériterez  »,  ce  mot  est  juste,  puisque  c'est  comme 
enfants  de  Dieu  que  vous  obtiendrez  l'héritage  de  la 
gloire  céleste. 

//  wedictionem.  Le  royaume  des  cieux  est  appelé  une 
bénédiction,  car  il  nous  est  donné  par  la  bénédiction  de 

BP1TRBS  CATHOLIQUES  13 


—     194    — 

Dieu,  en  qui  bénir  est  faire  du  bien  ;  et  toutes  les  grâces 
que  Dieu  nous  accorde  ont  pour  fin  le  royaume  des  deux, 
qui  est  la  bénédiction  suprême. 

Après  avoir  exhorté  à  ne  pas  rendre  injure  pour  injure, 
saint  Pierre  montre  aux  Juifs  que  ce  beau  précepte  n'était 
pas  inconnu  à  leurs  pères.  Car  on  le  trouve  exprimé  dans 
le  Psaume  xxxm. 

10.  Qui  enim  vult  vitam  diligere  et  dies  videre  bonos, 
coerceat  linguam  suam  a  malo.  «  Que  celui  qui  aime  la 
vie  et  désire  voir  des  jours  heureux,  contienne  sa  langue 
et  l'empêche  de  prononcer  des  paroles  méchantes.  » 

La  vie  et  les  jours  heureux  que  promettait  David  aux 
Israélites,  s'entendaient,  à  la  lettre,  d'une  vie  longue 
et  d'une  félicité  temporelle  sur  la  terre.  Mais  le  sens 
principal,  qui  était  dans  la  pensée  du  prophète  inspiré 
de  Dieu,  c'était  la  vie  éternelle  et  le  royaume  céleste. 

Coerceat  linguam  suam,  a  malo,  et  labia  ejus  ne  loquan 
lur  dolum.  «  Qu'il  empêche  sa  langue  de  dire  du  mal,  et 
ses  lèvres  de  prononcer  des  paroles  trompeuses.  »  Il 
prohibe  ainsi  l'injure  prononcée  en  face,  avec  la  médi- 
sance ouverte  ou  cachée,  celle  qui  éclate  en  discours 
violents  et  celle  qui  distille  son  poison  sous  des  paroles 
douces  et  polies. 

11.  Declinet  a  malo  et  faciat  bonum.  «  Qu'il  évite  le 
mal  et  fasse  le  bien.  »  Des  paroles,  le  prophète  passe  aux 
actions.  S'abstenir  de  faire  le  mal,  ce  n'est  pas  assez 
pour  être  juste  aux  yeux  de  Dieu  :  il  faut  encore  faire  le 
bien.  Car  tout  arbre,  dit  Notre-Seigneur,  qui  ne  porte 
pas  de  bons  fruits  sera  coupé  et  jeté  au  feu.  Omnis  enim 
arbor  quee  non  facil  fructum  bonum  excidetur,  et  in  ignem 
mittetur.  (S.  Matth.,  m,  10,  et  vu,  19.) 

lnquirat  pacem  et  sequatuream.  «  Qu'il  cherche  la  paix 
et  qu'il  fasse  tous  ses  elforls  pour  l'atteindre.  »  Scciuatur, 
%va\imù,persequatur.  Semblable  à  un  chasseur  qui  ne  se 
contente  pas  d'avoir  aperçu  une  proie  magnifique,  mais 
s'élance  après  elle  pour  s'en  emparer,  il  faut  que  le  chré- 
tien poursuive  la  paix  jusqu'à  ce  qu'il  en  ait  fait  la 
conquête.  Non  enim  sufficit  pacem  quœrere,  nisi  inventam 


—     195     —  /  Petr.,  m. 

fuqientemque  omni  studio  prosequatnr,  dit  saint  Jérôme. 
(Epist.  ad  Rust.)  Saint  Paul  disait  de  même  :  Autant 
qu'il  est  possible  et  selon  qu'il  dépend  de  vous,  ayez  la 
paix  avec  tout  le  monde.  Si  fieri  potest,  quod  ex  vobis  est, 
eum  omnibus  pacem  habentes.  (Rom.,  xn,  18.) 

12.  Quia  oculi  Domini  super  justos,  et  aures  ejus  in 
preces  eorum.  «  Car  le  Seigneur  a  les  yeux  ouverts  sur  les 
justes,  et  ses  oreilles  sont  attentives  à  leurs  prières.  » 

Ce  verset  confirme  la  pensée  précédente.  C'est  comme 
s'il  y  avait  :  Celui  qui  fera  ce  que  je  viens  de  dire,  celui 
qui  évitera  le  mal  et  fera  le  bien,  verra  des  jours  heureux 
et  possédera  la  vie;  car  il  sera  juste;  or  Dieu  regarde 
les  justes  avec  amour,  il  les  protège  et  il  exauce  leurs 
prières  ! 

YuJtus  auiem  Domini  super  facientes  mala.  Mais  le 
Seigneur  fixe  ses  regards  sur  ceux  qui  font  le  mal. 
L'Apôtre  en  reste  là  :  c'est  une  espèce  de  réticence  mena- 
çante, qui  fait  entendre  que  la  colère  divine  éclatera  sur 
les  pécheurs.  Pour  le  prophète  David,  il  achève  sa  pensée  : 
Utperdatde  terra  memoriom  eorum.  «  Dieu  regarde  les 
méchants  avec  indignation,  pour  faire  disparaître  leur 
mémoire.  »  Leur  nom  sera  aboli  sur  la  terre,  ou  bien  les 
hommes  ne  s'en  souviendront  que  pour  le  détester.  Car 
la  gloire  de  l'impie  n'est  qu'un  monceau  de  fumier,  gloria 
ejus  s  ter  eus.  (1  Mach.,  n.  62.) 

I  .  El  quis  est  qui  vobis  noceat,  si  boni  demulatores  fue- 
ritis?  «  Et  d'ailleurs  qui  i  j ni  pourra  vous  nuire,  si 

vous  i  és  pour  faire  le  bien  (1)?  »  Sens  littéral  :  Celui 

qui  veilla  sur  sa  langue  pour  n'offenser  personne,  celui 
qui  aime  la  paix  et  s'applique  à  faire  le  bien,  ordinaire- 
ment passe  une  vie  tranquille  sur  la  terre.  Sens  spirituel 
principal  :  Qui  pourra  vous  nuire  quand  Dieu  sera 
tre  protecteur,  puisqu'il  fait  tourner  toute  chose  au 
bien  d  ceux  qui  l'aiment?  Diligèntibus  Deum  omnia  coo- 
perantur  m  bonum.  (Rom.,  vin.  -28.)  Cette  parole  donne 
au  chrétien  une  constance  invincible.  Il  dit  à  Dieu  comme 

(1)  Boni  (ou  bonitatiê)  est  BU  génitif  :  t»C  àyxôov  Zyv:v.i. 


—     196    — 

David  :  «  Quand  je  marcherais  au  milieu  des  ombres  de 
la  mort,  je  ne  craindrais  aucun  mal,  parce  que  vous  êtes 
avec  moi.  »  (Ps.  xxn.)  C'est  ce  que  l'Eglise  nous  répète 
dans  une  de  ses  belles  oraisons  :  Nulla  nocebit  adversitas, 
sinulla  dominetiir  iniquitas.  «  Aucune  adversité  ne  pourra 
nous  nuire,  si  nous  sommes  exempts  de  toute  iniquité.  » 
C'est  aussi  ce  que  disait  aux  empereurs  le  philosophe- 
martyr  saint  Justin  :  «  Vous  pouvez  nous  tuer,  mais  non 
pas  nous  nuire  »,  uu.£"tç  ôbcoxTEivai  ;j.sv  Buvaaôî,  pXà'^ai  8' ou. 
(ApoL,  i,  2.) 

C'est  enfin  la  grande  maxime  que  saint  Jean  Chry- 
sostome  a  développée  avec  éloquence  dans  un  beau  traité, 
où  il  montre  que  personne  ne  peut  nous  nuire,  si  ce  n'est 
nous-mêmes.  Nemo  lœditur,  nisi  a  semetipso.  (S.  Chrys., 
t.  III,  p.  530,  éd.  Gaume.) 

14.  Sed  et  si  quid  patimini  propter  justitiam  beati.  Saint 
Pierre  répète  la  parole  même  de  Notre-Seigneur  Jésus- 
Christ  :  Heureux  ceux  qui  souffrent  persécution  pour  la 
justice  !  Beati  qui  persecutionem  patiuntur  pr opter  jus- 
titiam. (S.  Matth.,  v,  10.)  Le  chrétien  seul  prononce  cette 
admirable  parole.  Car  lui  seul  espère  une  récompense 
certaine  au  delà  de  cette  vie.  Pour  celui  qui  n'attend  rien 
après  la  mort,  la  sagesse  consiste  à  vivre  en  ce  monde  le 
plus  doucement  et  le  plus  longtemps  possible.  C'est  la 
philosophie  de  l'athée  et  du  grossier  matérialiste  ;  philo- 
sophie animale,  qui  éteint  tout  dévouement  et  toute  vertu, 
comme  toute  consolation. 

Timorem  autem  eorum  ne  timueritis.  Ne  craignez  donc 
point  les  maux  dont  ils  veulent  vous  effrayer  (1). 

Notre-Seigneur  a  donné  le  même  précepte  :  Ne  craignez 
pas  ceux  qui  tuent  le  corps,  nous  dit-il,  mais  ne  sauraient 
perdre  l'âme.  Nolite  timere  eos  qui  occidunt  co?tpusy  ani- 
mant autem  non  possunt perdere.  (S.  Matth.,  x,  28.) 

Et  non  conturbemini.  «  Que  rien  ne  vous  trouble.  » 
Quand  saint  Pierre  écrivait  cette  parole,  le  sang  des 

(1)  Timere  timorem,  pâëov  poëeïsSxi,  est  un  hellénisme  bien  connu  : 
il  consiste  à  donner  au  verbe  actif  ou  neutre  le  nom  de  même  origine, 
comme  à[,v.$  Apôtodeu,  prononcer  des  malédictions.  (Synt.  112.) 


—     197     —  /  Petr.,  ht. 

chrétiens  et  des  Apôtres  avait  déjà  coulé  ;  lui-même  après 
avoir  été  saisi  par  Hérode,  enchaîné  dans  la  prison  de 
Jérusalem  et  condamné  à  mort,  n'avait  été  sauvé  que  par 
un  Ange;  des  menaces  éclataient  partout  contre  les  chré- 
tiens ;  et  cependant  il  dit  :  Non  conturbemini,  ne  vous 
troublez  pas. 

Il  ne  fait  que  répéter  encore  aux  fidèles  la  parole  qu'il 
avait  entendue  de  Notre-Seigneur  :  Non  turbetur  cor  ves- 
trum,  neque  formidet  (S.  Joann.,  xiv,  17.)  Les  peines  que 
les  hommes  peuvent  nous  faire  souffrir  sont  au  fond  peu 
de  chose  :  elles  passent  vite  et  elles  nous  méritent  une 
gloire  éternelle.  Rien  ne  trouble  un  chrétien  dont  la  con- 
science est  en  paix  avec  Dieu. 

15.  Dominum  autern  Christian  sanctificate  in  cor di bus 
vestris.  Mais  au  lieu  de  vous  effrayer  des  menaces  des 
hommes,  ne  pensez  qu'à  «  sanctifier  le  Seigneur  Jésus 
dans  vos  cœurs.  *  Lorsque  nous  disons  dans  l'Oraison 
dominicale,  «  Que  votre  nom  soit  sanctifié  »,  cela  veut 
dire  qu'il  soit  loué,  béni,  prononcé  avec  respect  et  amour 
comme  un  nom  sacré.  Ici  de  même,  «  sanctiliez  le  Christ 
dans  vos  cœurs  »  signifie  :  honorez-le  comme  le  Saint  des 
saints,  par  vos  louanges,  par  la  fermeté  de  votre  foi,  par 
la  pureté  de  vos  pensées,  par  la  ferveur  de  votre  amour. 
Saint  Pierre  fait  allusion  à  ce  texte  d'Isa ïe  :  «  Ne  crai- 
gnez point  leurs  menaces  et  qu'elles  ne  vous  épouvantent 
point  ;  mais  rendez  gloire  à  la  sainteté  du  Seigneur 
des  armées  ;  qu'il  soit  lui-même  votre  crainte  et  votre 
terreur.  »  Plus  on  craint  Dieu,  moins  on  craint  les 
hommes  (1). 

Parati  semper  ad  satisfactionem  omni  poscenti  vos  ra- 
tionnn  de  ea  quae  in  vobis  est  spe.  En  adorant  saintement 
le  Christ  au  fond  de  vos  cœurs,  «  soyez  toujours  prêts  à 
donner  »  les  raisons  de  votre  foi  et  «  les  motifs  de  votre 
espérance  à  tous  ceux  qui  vous  interrogent.  » 

Ad  satisfactionem,  icpoçàicoXo^ocv.  Soyez  prêts  à  la  défense 

(1)  Timorem  ejus  (pcpuli)  ne  timeatis  neque  paveatis:  Dominum 
exercituum  ipsum  sancHflcate;  ipse  pavor  rester  et  ipse  terror  rester. 
(Is.,  vin,  12.) 


—     198    — 

et  à  l'apologie  ;  c'est-à-dire,  ayez  toujours  une  réponse 
prête  aux  questions  et  aux  objections  que  l'on  pourra 
vous  faire  touchant  notre  sainte  religion. 

Saint  Pierre  veut  donc  que  tous  les  chrétiens  con- 
naissent les  vérités  de  la  foi  et  les  preuves  de  la  religion. 
Il  souhaite  que  chacun  soit  capable  de  répondre  claire- 
ment, solidement  à  ceux  qui  lui  demanderont  sur  quoi 
il  fonde  sa  croyance  et  ses  espérances.  De  là  il  résultera 
deux  avantages.  D'abord  les  fidèles,  étant  bien  pénétrés 
des  preuves  delà  religion,  s'affermiront  eux-mêmes  dans 
la  foi.  Ensuite,  lorsque  les  païens  attaqueront  et  raille- 
ront leur  croyance,  ils  la  justifieront. 

En  effet  les  Gentils  demandaient  aux  chrétiens  pour- 
quoi ils  adoraient  un  Juif  crucifié,  au  lieu  de  Jupiter? 
pourquoi  ils  négligeaient  les  richesses,  les  plaisirs  et  les 
biens  que  tous  les  hommes  recherchent  ?  sur  quoi  ils  se 
fondaient  pour  espérer  une  autre  vie  dans  les  cieux 
après  leur  mort?  Les  sages  réponses  que  les  chrétiens 
faisaient  à  ces  questions  ébranlaient  souvent  les  païens 
et  en  convertissaient  un  grand  nombre. 

Ils  prouvaient  de  même  aux  Juifs  que  Jésus  était  le 
Christ  promis  à  leurs  pères  et  annoncé  par  les  prophètes. 

Ce  que  saint  Pierre  demandait  aux  fidèles  de  son  temps 
ne  leur  était  pas  très  difficile.  Car  ils  avaient  tous  été  con- 
vertis du  judaïsme  ou  de  l'idolâtrie  au  christianisme;  il 
leur  suffisait  donc  de  se  rappeler  à  eux-mêmes  et  d'expli- 
quer aux  autres  les  raisons  pour  lesquelles  ils  avaient 
embrassé  la  foi  chrétienne. 

Aujourd'hui  que  la  religion  est  attaquée  partout,  il  faut 
aussi  que  la  défense  soit  universelle.  Fortifions  ceux  qui 
croient  et  fermons  la  bouche  aux  incrédules.  Que  le  père, 
que  la  mère  aient  soin  de  préparer  leurs  enfants  à  la 
lutte.  Il  faut  que  la  religion  soit  prouvée  partout,  dans  la 
famille,  dans  l'école,  dans  la  chaire. 

Semper  paroti.  Sans  doute  les  prêtres  connaissent  fort 
bien  les  preuves  de  la  religion  :  ils  les  ont  étudiées 
dans  la  théologie;  mais  cela  ne  suffit  pas.  Il  faut  qu'ils 
soient  toujours  préparés  à  les  exposer  d'une  manière 


—     199      -  l  Petr.,m. 

lucide.  Car  ce  que  saint  Pierre  recommande  aux  fidèles, 
il  l'exige  à  plus  forte  raison  des  pasteurs. 

16.  Sed  cum  modes  lia  et  timoré.  Mais  en  donnant 
ces  preuves  de  la  religion  chrétienne,  ne  les  présentez 
pas  d'un  ton  superbe  et  comme  en  injuriant  ceux  qui 
vous  résistent  :  exposez  vos  raisons  avec  douceur  et 
modestie. 

Ce  batelier  qui  n'avait  pas  étudié  la  rhétorique  donne 
aux  prédicateurs  une  excellente  leçon  d'éloquence.  Toutes 
les  fois  qu'on  enseigne,  il  faut  sans  doute  s'exprimer 
nettement  pour  faire  bien  comprendre  la  vérité  :  mais  on 
doit  aussi  parler  doucement  pour  attirer  la  sympathie  de 
l'auditeur,  et  modestement  pour  ne  pas  l'exciter  à  la  ré- 
sistance. Vous  ne  gagnerez  point  un  adversaire  auquel 
vous  jetez  un  défi. 

Cum  timoré,  \xttk  çdêou.  Cela  ne  veut  pas  dire  que  vous 
enseignerez  timidement  et  comme  paraissant  douter  de 
ce  que  vous  affirmez.  Non,  vous  direz  comme  saint  Paul  : 
«  Je  sais,  je  suis  certain  y>,scioetcertus  sitm.  (Il  Tim.,  i,  12.) 
Mais  après  avoir  exposé  avec  clarté  les  vérités  de  la 
religion  et  les  faits  qui  sont  le  fondement  de  la  foi.  vous 
laisserez  vos  auditeurs  dans  la  main  de  leur  conseil,  et 
Dieu  fera  le  reste.  Responsio  mollis  frangit  iram,  dit  le 

je,  sermo  du  rus  suscitât  furorem.  (Prov.,  xv,  1.) 

Conscientiam  habentes  bonam.  Gardant  aussi  une  con- 
science bonne  (c'est-à-dire,  une  conscience  pure  selon  les 
mœurs  et  ferme  selon  la  foi),  vous  ferez,  par  votre  con- 
duite irrépréhensible,  une  heureuse  impression  sur  vos 
adversaires.  Alors  ceux  qui  diffament  la  vie  sainte  que 
vous  meut/  selon  .Jésus-Christ  seront  confondus,  et  vous 
les  forcerez  à  rougir  de  leurs  calomnies  :  ut  in  eo  quod 
detrahnnt  voôis.  confundaniur  qui  calumniantur  vestram 
bonam  in  Christo  conversationern, 

s.iim   Pierre  ne  dit  pas  que  les  calomniateurs  seront 
convertis,  mais  confondus.  Insulter  la  religion,  travestir 
m.  ut.  noircir  la  réputation  des  prêtres,  des 
religieux,  des  évê  [ues,  des  Papes,  est  un  crime  qui  con- 
duit presque  toujours  à  la  perdition.  Ces  loups  ne  devieu- 


—    200     - 

dront  point  des  brebis.  Il  les  faut  combattre  pour  les  em- 
pêcher de  dévorer  le  troupeau. 

17.  Mêlais  est  enim  benefacientes  (si  vohintas  Deivelit) 
pati,  quam  malefacientes.  Car  il  vaut  mieux  souffrir  (si 
Dieu  le  veut)  en  faisant  le  bien,  qu'en  faisant  le  mal. 
Souffrir  en  faisant  le  mal,  c'est  la  juste  punition  des  mé- 
chants ;  souffrir  en  faisant  le  bien,  est  la  condition  même 
de  l'héroïsme. 

Si  voluntas  Dei  velit.  Les  méchants  ne  peuvent  rien 
contre  les  bons,  sans  la  permission  de  Dieu.  Lors  donc 
que  les  justes  souffrent,  Dieu  le  permet  pour  leur  salut 
et  pour  leur  perfection.  On  peut  même  dire  qu'il  le  veut 
en  un  certain  sens  :  comme  il  a  voulu  que  le  Christ  souf- 
frît et  entrât  ainsi  dans  sa  gloire.  Nonne  hœc  oportnit 
pati  Christnm,  et  ita  intrare  in  gloriam  suam  ?  (S.  Luc, 
xxiv,  26.) 

C'est  ce  que  saint  Pierre  ajoute. 

18.  Quia  et  Christus  semel  pro  peccatis  nostris  mortuus 
est.  Car  le  Christ  est  mort  lui-même  une  fois  pour  nos 
péchés.  Saint  Pierre  exhorte  les  justes  à  souffrir  les  ca- 
lomnies et  les  persécutions,  en  leur  présentant  l'exemple 
de  Jésus-Christ,  comme  il  avait  tout  à  l'heure  exhorté 
les  esclaves  à  la  patience  par  le  même  motif  (1). 

Semel  pro  peccatis.  Il  est  mort  une  seule  fois  pour  les 
péchés,  parce  qu'étant  Dieu  et  homme,  une  seule  oblation 
de  sa  vie  a  suffi  pour  effacer  tous  les  péchés  du  monde. 
Una  oblatione  consummavit  in  sempiternum  sanctificatos. 
(Hebr.,  x,  4.) 

Pro  peccatis  nostris.  Non  seulement  il  est  mort  pour 
tous  les  hommes  en  général  ;  mais  chacun  de  nous  doit 
se  dire  :  il  est  mort  spécialement  pour  moi  ;  il  a  vu  mes 
péchés  et  il  les  a  expiés  sur  la  croix.  Dilexit  me,  et  tra- 
didit  semet  ipsum  pro  me.  (Gai.,  n,  20.) 

(1)  Le  chrétien  innocent  qui  souffre  avec  patience  les  injures  des 
hommes  ressemble  au  Christ  outragé  sur  la  croix.  Le  pécheur  qui 
accepte  les  souffrances  comme  le  châtiment  de  ses  fautes  imite  le 
larron  pénitent,  qui  passa  de  la  croix  au  paradis.  Mais  l'impie  que  le 
supplice  ne  convertit  pas,  c'est  le  larron  blasphémateur,  qui  continue 
de  pécher  sur  la  croix  et  tombe  de  la  croix  dans  l'enfer.  (Vén.   Bède.) 


—    201     —  /  Peir.,  m. 

Justus  pro  injustis.  Parfaitement  juste,  et  la  justice 
même,  il  est  mort  pour  les  injustes.  Qinim  adhuc  pecca- 
tores  essemus,  pro  nobis  mortuiis  est.  (Rom.,  vin,  5.)  Et 
moi  qui  suis  coupable,  je  ne  consentirais  pas  à  souf- 
frir les  injures  des  hommes  pour  expier  mes  propres 
iniquités  (1)  ! 

Ut  nos  offerret  Deo.  Il  est  mort  pour  nous  offrir  à  Dieu 
son  Père  comme  une  nation  pure,  qu'il  avait  sanctifiée 
par  son  sacrifice  et  lavée  dans  son  sang. 

Mortificatus  quide?n  carne,  vivificatus  autem  spiritu. 
Et  si  le  Christ  a  été  mis  à  mort,  sa  chair,  il  est  vrai,  a 
été  séparée  de  son  âme  ;  mais  son  âme  a  repris  son  corps 
le  troisième  jour,  elle  l'a  ranimé,  et  en  le  ressuscitant, 
lui  a  communiqué  une  vie  glorieuse  et  immortelle. 

C'est  la  pensée  de  saint  Paul  lorsqu'il  dit  :  Adam  le 
premier  homme  devint  une  âme  vivante,  c'est-à-dire  un 
corps  animé  par  une  âme  ;  et  le  second  Adam,  Jésus- 
Christ,  fut  au  jour  de  sa  résurrection  un  esprit  puissant 
qui  vivifia  son  corps,  le  rendit  spirituel,  immortel,  im- 
passible, et  devint  le  principe  d'une  vie  semblable  pour 
tous  les  élus  qui  sont  ses  membres.  Factns  est  primns 
homo  Adam  in  animam  viventem,  novissimns  Adam  in 
spiritum  vivificantem.  (I  Cor.,  xv,  45.) 

19,  20.  In  quo  et  his  qui  in  carcere  erant  spiritibus 
veniens  prœdicavit,  qui  incredidi  f itérant  aliquando, 
quando  exspectabant  Dei  patientiam  in  diebus  Noe,  quum 
fabricaretur  arca,  in  qua  pauci,  id  est  octo  animée  salvœ 
factœ  swit  per  aquam.  C'est  dans  son  esprit  que  le 
Christ  alla  prêcher  aux  esprits  qui  étaient  retenus  en 
prison,  lesquels  avaient  été  autrefois  incrédules,  lors- 
qu'ils comptaient  sur  la  patience  de  Dieu,  aux  jours  de 
Noé,  pendant  que  l'arche  se  construisait  sous  leurs  yeux  ; 
arche  dans  laquelle  un  petit  nombre  de  personnes,  savoir 
huit  seulement,  furent  sauvées  au  milieu  des  eaux. 


(1)  Mortuu»  est.  Les  exemplaires  grecs  varient  entre  erraflîv,  passits 
ett,  "t  abrtâacvcv,  mortuus  est.  Peu  importe  la  leçon;  car  semel  jxissvs 
<>u  mortUU»  indiquent  la  Passion  et  la  mort  de  Jésus-Christ. 


—    202    — 

Saint  Pierre  nous  apprend  ici  un  fait  important  :  c'est 
qu'au  temps  de  Noé,  plusieurs  des  pécheurs  qui  n'avaient 
pas  cru  aux  menaces  du  ciel  que  leur  annonçait  le  saint 
Patriarche,  se  repentirent  quand  ils  virent  le  déluge  inon- 
der la  terre  ;  ils  demandèrent  pardon  à  Dieu,  et  furent 
sauvés  selon  leur  âme,  en  périssant  selon  le  corps.  Ils 
obtinrent  donc  la  rémission  de  leurs  péchés  ;  toutefois,  il 
leur  resta  une  peine  à  subir  pour  satisfaire  à  la  justice 
divine,  et  leurs  âmes  furent  détenues  en  une  prison. 

In  carcere  erant.  Elles  y  étaient  encore  au  jour  où  l'âme 
de  Jésus-Christ  descendit  aux  enfers  et  les  visita.  Cette 
prison  était-elle  un  purgatoire  ?  Nous  le  pensons,  car  une 
prison  n'est  point  un  lieu  de  joie,  mais  de  tristesse  et 
de  peine  (1). 

Prœdicavit,  sxTjpul-ev.  Qu'est-ce  que  l'âme  de  Jésus  vint 
annoncer  à  ces  captifs  ?  Elle  leur  apprit  qu'il  était  le  Ré- 
dempteur, qu'il  avait  expié  les  péchés  du  monde,  et  qu'il 
venait  les  délivrer  de  leur  prison  pour  les  conduire  avec 
lui  dans  les  cieux.  On  peut  croire  qu'il  délivra  toutes  les 
âmes  du  purgatoire  ou  la  plupart  d'entre  elles,  exerçant 
lui-même  le  pouvoir  qu'il  a  laissé  à  son  Eglise,  d'accorder 
des  indulgences.  Car  plusieurs  appliquent  aux  âmes  rete- 
nues dans  le  purgatoire  cette  parole  d'Isaïe  :  «  L'Esprit  du 
Seigneur  m'a  envoyé  annoncer  l'indulgence  aux  captifs, 
et  l'ouverture  de  la  prison  à  ceux  qui  étaient  enfermés.  » 


(1)  Ilis  qui  in  carcere  erant  spiritibus.  Lorsque  Jésus-Christ  des- 
cendit aux  enfers,  il  visita  les  limbes  et  le  purgatoire.  Dans  les  limbes 
ou  le  sein  d'Abraham,  étaieut  les  âmes  des  justes,  morts  avant  la  venue 
du  Messie.  Elles  y  attendaient  en  paix,  sans  ressentir  aucune  douleur, 
la  béatitude  parfaite  que  devait  leur  apporter  le  Rédempteur  en  leur 
ouvrant  le  ciel.  Ibi  sine  ullo  doloris  sensu,  beatœ  redemptionis  spe 
sustentati,  quieta  habitatione  fruebantur.  (Catech.  Cono.  Trid.)  Notre- 
Seigneur  dit  lui-même  en  parlant  de  Lazare  qui  était  dans  le  sein 
d'Abraham  :  Hic  consolatur.  —  C'est  dans  ce  séjour,  et  non  dans  un  lieu 
d'expiation,  que  plusieurs  commentateurs  placent  les  âmes  dont  parle 
saint  Pierre.  Nous  avons  préféré  l'autre  interprétation  :  car  l'Apôtre, 
en  désignant,  parmi  les  âmes  que  Jésus  visita,  celles  des  incrédules  qui 
avaient  refusé  de  faire  pénitence  à  la  prédication  de  Noé,  semble  indi- 
quer la  cause  pour  laquelle  ces  âmes  n'étaient  pas  dans  un  lieu  de 
consolation  et  de  paix  (comme  Abraham,  Moïse,  David,  saint  Joseph) 
mais  enfermées  dans  une  prison,  in  carcere. 


—    203    —  1  Pelr.,m. 

Spiritus  Domini super me ;mi$itme  utpnedicarem  captlvis 
indulgentiam,  et  clausis  apertionem.  (Is.,  lxi,  1.) 

Quando  exspectabant  Dei  paticntiam.  Nous  voyons  ici 
une  des  principales  causes  de  la  perdition  des  hommes: 
ils  comptent  sur  la  patience  de  Dieu  ;  ils  se  flattent  que 
Dieu  ne  se  lassera  jamais  de  leurs  iniquités  et  de  leur 
indifférence  ;  ils  espèrent  qu'ils  partageront  dans  le  ciel 
la  récompense  des  saints,  après  avoir  toujours  vécu 
dans  le  péché  sur  la  terre.  Funeste  illusion,  qui  perd 
une  foule  de  chrétiens  (1)  ! 

Qui  nicredidi  f uer ont.  Les  hommes  qui  vivaient  au 
temps  de  Noé  le  voyaient  bâtir  son  arche.  Il  leur  prédi- 
sait qu'un  immense  déluge  d'eaux  viendrait  submerger 
la  terre  et  les  ferait  tous  périr,  s'ils  ne  faisaient  pénitence. 
Ces  prédictions  répétées  pendant  cent  ans  ne  touchèrent 
point  leur  cœur;  ils  n'y  crurent  point.  Ils  mangeaient 
et  buvaient,  se  mariaient  et  mariaient  leurs  filles,  ache 
taient  et  vendaient,  plantaient,  bâtissaient,  péchaient, 
jusqu'au  jour  où  Noé  entra  dans  l'arche.  Alors  vint  le 
déluge,  et  ils  furent  tous  engloutis  dans  les  eaux.  Venii 
diluvium  et  tulit  omnes.  (S.  Matth.,  xxiv,  37;  S.  Luc, 
xvn.  28.) 

Jncreduli,  ils  étaient  incrédules.  Cela  ne  veut  pas  dire 
qu'ils  ne  croyaient  pas  en  Dieu,  mais  qu'ils  rejetaient  la 
prophétie  de  Noé.  Car.  à  cette  époque,  la  connais>ance 
du  vrai  Dieu  était  encore  universelle.  Le  polythéisme  et 
L'idolâtrie  ne  parurent  qu'après  le  déluge.  La  cause  de 
la  submersion  de  la  terre  fut  la  corruption  du  genre 
humain  livré  aux  passions  de  la  chair:  comme  plus  tard 

bant  Dei  patientiam,  en  grec,  Sx*  Aite&xexo  r,  -ri 

•   Dei  patient ia,  «  pendant   que  la 

patience  tteodait   ;'•  résipiscence.  "  C'était    peut-Atre  la 

primitive   «l<-    la    Vulgate  :  on    la    retrouve  dans    saint    Augustin 

tiv)  et  dans  saint  Jérôme  (m  cap.  liv,  Isaïe).  Un 

copiste,  qui  M"  la  comprenait   pas,  aura  pu  croire  qu'il   manquait   un 

trait  sur  l'a  Boa]  d  tabat,  et  «le  patientia,  et  il  aura  écril  exspec- 

.;>>ii  du  grec  présente  un  sens  très  beau.  Dieu  était 

humain,  parce  que  toute  chair  avait   corrompu 

at,  il  attendit   avec  patience,   pendant  cent   an-,  que 

les  pécheurs  tissent  pénitence. 


—    204    — 

les  mêmes  impuretés  ensevelirent  Sodome  et  Gomorrhe 
sous  une  pluie  de  feu  et  de  soufre. 

Mais  pourquoi  saint  Pierre,  en  parlant  de  la  descente 
de  Notre-Seigneur  aux  enfers,  mentionne-t-il  spéciale- 
ment les  âmes  de  ceux  qui  s'étaient  convertis  à  la  vue 
du  déluge?  Il  nous  semble  qu'il  y  a  là  une  leçon  très 
sérieuse.  L'Esprit-Saint  nous  montre  des  âmes  retenues 
en  prison  pendant  plus  de  deux  mille  ans.  Craignons 
cette  prison  nous-mêmes,  et  prions  pour  les  âmes  de  nos 
frères,  de  nos  parents,  de  nos  amis  qui  peut-être  y  sont 
encore.  Nous  pouvons  les  délivrer  par  nos  prières  et 
nos  bonnes  œuvres.  Sancta  et  salubris  est  cogitatio  pro 
defwictis  exorare,  ut  a  peccatis  solvantur.  (II  Mach., 
xii,  42.) 

Quum  fabricaretur  arca,  in  qua  pauci,  id  est  octo  ani> 
mœ  salvœ  factœ  surit per  aquam.  Huit  personnes  seule- 
ment furent  sauvées  du  déluge,  savoir  Noé,  sa  femme, 
ses  trois  fils  Sem,  Cham  et  Japhet,  et  leurs  femmes  :  tout 
le  reste  du  genre  humain  périt. 

Per  aquam,  Si'  uSaxoç.  Ces  huit  personnes  furent  sauvées 
du  milieu  des  eaux.  Quelques-uns  traduisent  :  elles 
furent  sauvées  par  les  eaux  mêmes  qui,  en  soulevant 
l'arche,  les  empêchèrent  de  périr.  C'est  une  ressemblance 
avec  les  eaux  du  baptême,  qui  sauvent  ceux  qui  y  sont 
plongés. 

Pauci,  octo  animœ.  Ces  huit  personnes  qui,  seules, 
furent  sauyées  dans  l'arche  au  temps  de  Noé,  sont  la 
figure  du  petit  nombre  des  justes  qui  parviennent  au 
salut,  quand  les  infidèles,  les  juifs,  les  hérétiques,  les 
schismatiques,  les  hypocrites  et  les  pécheurs  obstinés, 
sont  engloutis  dans  l'abîme.  Multo  brevior  est  numerus 
electorum,  dit  le  vénérable  Bède. 

Que  tous  les  hommes  aient  péri  dans  le  déluge  à  l'excep- 
tion de  Noé  et  de  sa  famille,  c'est  ce  que  déclare  le  récit 
de  la  Genèse  pris  dans  son  sens  naturel.  Il  y  est  dit  que 
Dieu  fera  venir  le  déluge  des  eaux  sur  la  terre  pour 
détruire  toute  chair  qui  a  en  elle  le  souffle  de  vie  sous 
les  cieux.  Tout  ce  qui  vit  sur  la  terre  habitée  par  l'homme 


—     205    —  /  Petr.  .m. 

expirera.  Les  termes  sont  absolus,  plusieurs  fois  répétés. 
Aucune  exception  n'est  faite,  sinon  pour  Noé.  L'auteur 
sacré  déclare  que  la  corruption  du  genre  humain  était 
universelle  et  que  le  châtiment  le  fut  de  même.  Ainsi  l'a 
compris  toute  l'antiquité  (1). 

21.  Quod  et  vos  mine  similis  formas  salvos  facit  bap- 
tisma.  Cette  vaste  inondation  était  la  figure  du  baptême 
qui  vous  sauve  maintenant.  Comme  la  famille  de  Noé  fut 
sauvée  dans  l'arche,  en  étant  soulevée  par  les  eaux  qui 
couvraient  la  terre  et  en  voguant  sur  les  flots,  de  même 
vous  êtes  sauvés  en  passant  par  les  eaux  du  baptême  (2). 

Similis  formas  baptisma.  Nous  l'avons  dit,  les  eaux  du 
déluge  représentent  celles  du  baptême  ;  l'Arche  est 
l'Eglise  ;  la  famille  de  Noé  contenue  et  sauvée  dans 
l'Arche,  figure  ceux  que  l'Eglise  renferme  et  sauve;  les 
hommes  qui  sont  hors  de  l'Arche  et  périssent  repré- 
sentent tous  ceux  qui  ne  sont  pas  réfugiés  dans  l'Eglise, 
hors  de  laquelle  il  n'y  a  point  de  salut.  Quiconque  ne 
sera  pas  dans  l'Arche  de  Noé  périra  dans  le  déluge, 
disait  saint  Jérôme,  en  comparant  l'Eglise  à  l'Arche. 
Saint  Cyprien  disait  de  même  :  Si  quelqu'un  a  pu  échap- 
per à  la  mort,  en  étant  hors  de  l'Arche  de  Noé,  celui 
qui  sera  hors  de  l'Eglise  évitera  la  condamnation  (3). 

Non  ca?mis  depositio  sordium.  Les  baptêmes  ou  ablu- 

(1)  Quelques-uns  ont  voulu,  dans  ces  dernières  années,  sauver  du 
déluge  la  race  de  Caïn  et  restreindre  l'inondation  au  pays  habité  par 
les  descendants  de  Seth.  Les  raisons  qu'ils  allèguent  sont  loin  d'être 
convaincantes.  Nous  continuons  de  croire,  avec  la  tradition  et  les 
Saints  Pères,  que  toute  la  race  humaine  a  péri  dans  le  déluge,  saut' 
les  huit  personnes  réfugiées  dans  l'arche. 

En  grec,  9  //-.  up&i  àvxlrunov  vuv  gïjÇu  fi'y.TZTfj>j.x}  c'est  comme  s'il  y 
avait  S  (tenrtefix,  Avrlrunov  &v,  vïn  sïjZsi  y.v\  upy.s.  Quod  baptisma,  similcm 
ïibens  formant,  etiam  r<js  nunc  salvos  facit.  «  Et  c'est  ce  baptême 
qui,  devenu  celui  du  Christ  dont  il  était  la  figure,  vous  sauve  auss 
vous-mêmes  aujourd'hui.  »  Pour  comprendre  cette  phrase,  il  faut  dis- 
tinguer  Le  type  de  l'antitype.  Un  cachet  de  métal    est    un  type,  et   la 

jure  de  ce  cachet  empreinte  dans  la  cire  en  est  l'antitype.  De  même 
lei  m  «lu  déluge  fiaient  le  type  qui  figurait  le  baptême,  et  le  baptême 
du  Christ  est  l'antitype  ou  la  chose  que  figurait  le  déluge. 

(3-)  Si  quis  i<i  Arca  Noe  non  fuerit,  peribit  régnante  diluvio.  (Hieron. 
Contra  Jovin.)  —  Si  potucrit  evadere  quisquam  qui  extra  arcam  Noe 
fuerit,  et  qui  extra  Kcclesiam  fuerit,  evadet.  (Cypr.  De  Unit.  Eccl.) 


—    206    — 

tions  judaïques  ne  lavent  que  le  corps,  mais  le  baptême 
du  Christ  purifie  les  souillures  de  l'âme. 

Sed  conscientiœ  bonae  wterrogatio  in  Deum.  «  Le  bap- 
tême qui  nous  sauve  est  celui  qui  est  conféré  selon 
l'interrogation  faite  à  une  bonne  conscience  en  présence 
de  Dieu.  » 

lnterrogatio,  BTCËpcoTT^a,  désigne  l'examen  que,  dès  l'o- 
rigine du  christianisme,  on  faisait  subir  au  catéchumène 
avant  de  lui  accorder  le  baptême.  On  lui  demandait, 
comme  aujourd'hui,  s'il  croyait  en  Jésus-Christ  et  s'il 
renonçait  à  Satan.  Le  mot  interrogation  comprend  donc 
et  les  questions  posées  par  le  ministre  du  sacrement  et 
les  réponses  du  catéchumène.  Ces  réponses  étant  faites 
avec  une  bonne  conscience,  c'est-à-dire  avec  sincérité,  en 
présence  de  Dieu  et  de  l'Eglise,  le  baptême  était  conféré, 
tous  les  péchés  effacés  et  le  ciel  mérité.  C'est  le  sens 
qu'on  trouve  dans  Tertullien  :  «  L'âme  est  rendue  sainte 
non  par  la  seule  ablution,  mais  par  la  réponse  du  bap- 
tisé. »  Anima  non  lavatione,  sed  responsione  sancitur. 
(De  Resurrectione,  48.) 

Per  resurrectionem  Jesn  Christi  ex  mortuis.  L'on  doit 
rattacher  ces  mots  à  salvos  facit.  «  Le  baptême  nous 
sauve  par  la  résurrection  de  Jésus-Christ  d'entre  les 
morts.  »  La  phrase  qui  précède  (non  carnis  depositio 
sordium)  est  une  parenthèse.  Les  heureux  effets  du  bap- 
tême sont  dus  à  la  résurrection  du  Christ.  Car  c'est  en 
vertu  de  sa  résurrection  que  l'âme  reçoit  dans  le  baptême 
une  vie  nouvelle,  semblable  en  quelque  manière  à  celle 
de  Jésus  sortant  du  tombeau  (1). 

En  effet,  dit  saint  Paul,  Jésus-Christ  a  été  livré  à  la 
mort  pour  expier  nos  péchés,  et  il  est  ressuscité  pour 
notre  justification.  Traditus  est  propter  delicta  nostra,  et 
resurrexit  propter  jnstificationem  nostram.  (Rom.,  rv,25.) 
La  vie  incorruptible  que  le  Christ  a  reçue  dans  sa  résur- 
rection est  le  modèle  de  la  vie  spirituelle  que  le  chrétien 


(1)  Voyez  plus  haut,  ch.  1,  v.  3  :  Regeneravit   nos  in  spem  vivam 
per  resurrectionem  Jesu  Christi  ex  mortuis. 


—    207    —  lPetr.tm. 

doit  mener  après  son  baptême.  Ut  quomodo  Christus  sur- 
rexit  a  mortuis  per  gloriam  Patris,  ita  et  nos  in  novitate 
vitœ  ambulemiis.  (Rom.,  vi,  4.) 

22.  Qui  est  in  dextera  Dei.  Le  Christ  est  assis  à  la 
droite  de  Dieu,  comme  l'avait  annoncé  le  prophète  au 
Psaume  eix  :  «  Le  Seigneur  a  dit  à  mon  Seig.neur  :  As- 
seyez-vous à  ma  droite.  »  Jésus  l'avait  déclaré  lui-même 
devant  le  grand  prêtre  et  le  Conseil  des  Juifs  :  Vous 
verrez,  leur  disait-il,  le  Fils  de  l'homme  assis  à  la  droite 
de  la  Majesté  de  Dieu.  Videbitis  Filium  hominis  sedentem 
a  dextris  virtutis  Dei.  (S.  Marc,  xiv,  62.)  Et  saint  Paul 
nous  dit  que  «  Jésus  est  assis  pour  toujours  à  la  droite 
de  Dieu.  In  sempiternum  sedel  in  dextera  Dei.  (Hebr..  x, 
12.)  Cette  expression,  consacrée  dans  le  Symbole  des 
Apôtres,  signifie  que  le  Christ,  égal  à  son  Père  en  tant 
que  Dieu,  est  assis  comme  homme  dans  le  trône  de  Dieu 
et  règne  avec  lui  sur  toute  créature. 

Deglutiens  mortem,  ut  vitœ  œternœ  hœredes  efficere- 
mur  (1).  Le  Christ  est  allé  s'asseoir  à  la  droite  de  Dieu, 
«  après  avoir  absorbé  la  mort,  afin  que  nous  devinssions 
les  héritiers  de  Dieu.  »  Par  sa  mort,  en  effet,  le  Christ  a 
aboli  la  mort,  et  par  sa  résurrection  il  nous  a  rendus  les 
héritiers  de  la  vie  éternelle,  comme  le  prophète  Osée 
l'avait  prédit  :  Ero  mors  tua,  o  mors;  morsus  tuus  ero, 
infcrnr.  (Os.,  xiii,  14.)  C'est  aussi  ce  que  chante  l'Eglise  : 
Qui  moi  lent  nostram  moriendo  destruxit,  etvitam  resur- 
gendo  reparavit. 

Profeclus  in  cœlum.  Il  est  parti  pour  le  ciel!  Jésus- 
Chrisl  n't  -t  donc  pas  mort,  mais  plein  de  vie.  Il  a  quitté 
la  terre  pour  aller  habiter  les  cieux.  Ainsi  en  est-il  de 
toutes  Les  âmes  chrétiennes  qui  ont  conservé  la  pureté 
de  leur  baptême  <>n  qui  l'ont  recouvrée.  On  peut  écrire 


(1)  C  .  donnée    par  saint  Augustin  (Ep.  <  lxiv)  et  d'autres 

manque  dans  le  grec.  Elle  rentre  parfaitement  dans  la 
I  l'Apôtre.  La  supprimer  Berail  une  hardiesse  défendue  par  le 

1  e  et  désavouée  par  la  saine  critique.  De  ce  qu'on  ne  la 

voit   plus  aujourd'hui   dans   le  grec,  il  ne  s'ensuit  pas  qu'elle  n'y   ait 
jamais  • 


—    208    — 

sur  le  tombeau  du  juste  :  Profectus  in  cœlum,  «  Parti 
pour  le  ciel!  » 

Subjectis  sibi  Angelis,  et  Potestatibus  et  Virtutibus. 
Tous  les  Anges,  avec  les  Puissances  et  les  Vertus,  lui 
sont  assujettis  et  soumis  par  son  Père.  Ces  paroles  de 
l'apôtre  saint  Pierre  condamnent  une  superstition  ré- 
pandue alors  en  Phrygie.  Certains  hérétiques  préten- 
daient que  la  Majesté  divine  ne  s'était  pas  incarnée;  et 
ils  enseignaient  que  les  Anges,  et  non  le  Christ,  étaient 
nos  médiateurs  auprès  de  Dieu.  (Voy.  Coloss.,  xi,  18.) 
Saint  Pierre,  au  contraire,  nous  montre  les  plus  sublimes 
esprits  soumis  au  Christ  qui  règne  au  haut  des  deux. 


—    209 


CHAPITRE  QUATRIEME 


ANALYSE 

1.  Saint  Pierre  exhorte  les  chrétiens  à  souffrir  courageuse- 
ment, à  l'exemple  de  Jésus-Christ.  Car  la  souffrance  préserve 
du  péché  en  donnant  la  victoire  sur  la  concupiscence.  —  Il 
ne  faut  pas  imiter  les  Gentils  qui  s'abandonnent  à  leurs 
passions.  Ils  rendront  compte  de  leurs  iniquités  à  Celui  qui 
viendra  juger  les  vivants  et  les  morts  (1-6). 

2.  Comme  ce  jugement  n'est  pas  éloigné  et  que  la  lin  de 
toute  chose  approche,  l'Apôtre  avertit  les  chrétiens  de  veiller 
dans  la  prière  et  de  persévérer  dans  la  charité  (7-9). 

3.  Parmi  les  devoirs  que  la  charité  impose,  il  distingue  spé- 
cialement l'hospitalité.  Puis  il  recommande  à  ceux  qui  ont  des 
charges  dans  l'Eglise,  de  les  exercer  comme  agissant  au  nom 
de  Dieu  (10  et  11). 

I.  Il  montre  ensuite  la  glorieuse  récompense  qui  est  réservée 
h  ceux  qui  confesseront  Jésus-Christ  dans  les  persécutions. 

Enfin,  pour  assurer  leur  salut,  ils  devront  joindre  les  bonnes 
oeuvres  ;'i  la  patience  dans  les  souffrances. 


1.    i /i)-is(<,    igitur    passo    in 
■  l  vos  eadcni  cogitations 
quia  'i»i  })assus  est 
.  desiit  a  peccati»  : 

t.  Ut  jam  non  desideriis  ho- 

.  teâ  voluntati  Dci,  quod 

reliquwn    eit    in    carne    vivat 

if. 

*   it  enim  prosteritum 

ni  voiuntatem  gentium 

,'tlini.  hU  qui  ambu- 

:  RR8   C  U  tlOLIQUKS 


1.  Puis  donc  que  le  Christ  a  souf- 
fert dans  la  chair,  armez-vous  aussi 
de  la  même  pensée  ;  car  celui  qui  a 
souffert  dans  la  chair  a  cessé  de 
pécher  : 

2.  En  sorte  qu'il  ne  vivra  plus 
désormais  selon  les  désirs  des  hom- 
mes,  mais  selon  la  volonté  de  Dieu 
pendant  le  temps  qu'il  lui  reste  a 
vivre  dans  la  chair. 

3.  Vous  avez  en  effet  assez  marché 
selon  la  volonté  des  nations  dans  le 
temps  passé,  du  moins  ceux  d'entre 

11 


210 


vous  qui  vivaient  dans"'les  impudi- 
cités,  les  mauvais  désirs,  les  festins 
d'ivresse  et  de  débauche,  les  excès 
du  vin  et  le  culte  criminel  des  idoles. 

4.  Ces  infidèles  trouvent  mainte- 
nant étrange  que  vous  ne  couriez 
plus  avec  eux  aux  mêmes  déborde- 
ments de  l'intempérance  et  de  la 
luxure,  et  ils  vous  maudissent. 

5.  Mais  ils  rendront  compte  à  celui 
qui  est  tout  prêt  à  juger  les  vivants 
et  les  morts. 

6.  Car  c'est  pour  cela  même  que 
la  bonne  nouvelle  a  été  aussi  portée 
aux  morts  ;  c'est  afin  que  l'on  sache 
que,  s'ils  sont  jugés  selon  les  hom- 
mes dans  la  chair,  ils  vivent  selon 
Dieu  dans  l'esprit. 

7.  Au  reste,  la  tin  de  toute  chose 
approche.  Conduisez-vous  donc  avec 
prudence,  et  veillez  dans   la  prière. 

8.  Surtout  ayez  une  charité  per- 
sévérante les  uns  pour  les  autres  ; 
car  la  charité  couvre  beaucoup  de 
péchés. 

9.  Exercez  entre  vous  l'hospitalité, 
sans  murmure. 

10.  Que  chacun  de  vous  emploie 
au  service  du  prochain  le  don  qu'il 
a  reçu,  comme  étant  de  fidèles  dis- 
pensateurs des  différentes  grâces  de 
Dieu. 

11.  Si  quelqu'un  parle,  que  ce  soit 
comme  les  paroles  de  Dieu.  Si  quel- 
qu'un exerce  un  ministère,  qu'il 
agisse  comme  par  la  vertu  que  Dieu 
lui  donne  :  afin  qu'en  toutes  choses, 
Dieu  soit  honoré  par  Jésus- Christ, 
auquel  appartient  la  gloire  et  l'em- 
pire dans  les  siècles  des  siècles. 
Amen. 

12.  Mes  chers  frères,  ne  soyez 
point  surpris  lorsque  le  feu  des 
tribulations  vous  éprouve,  comme 
s'il  vous  arrivait  une  chose  nou- 
velle. 

13.  Mais  réjouissez-vous  plutôt  de 
ce  que  vous  participez  aux  souffrances 
de  Jésus-Christ,  afin  d'être  aussi 
comblés  de  joie  quand  viendra  la 
.manifestation  de  sa  gloire. 


laverunt  in  luxuriis,  desideriis, 
vinolentiis,  comessationib>ts,  po- 
tationibus,  et  illicitis  idolorum 
cultibus. 

4.  In  qiw  admirantuv  non 
concurrentibus  vobis  in  camdem 
Inxuriœ  confusionem,  blasphé- 
mantes. 

5.  Qui  reddent  rationem  ci 
qui  paratus  est  judicare  vivos 
et  mortuos. 

G.  Propter  hoc  enim  et  mor- 
tuis  evangelizatum  est  :  ut  ju- 
dicentur  quidem  secundum  ho- 
mmes in  carne,  vivant  autem 
secundum  Deum  in  spiritu. 

7.  Omnium  autem  finis  ap- 
propinquavit.  Estote  itaque pru- 
dentes, et  vigilate  in  orationibus. 

8.  Ante  omnia  autem,  mu- 
tuant  in  vobismetipsis  charita- 
tem  continuant  habentes  :  quia 
charitas  operit  multitudinem 
peccatorum. 

9.  Hospitales  invicem  sine 
murmurât  ione . 

10.  Unusquisque,  sicut  acce- 
pit  gratiam,  in  alterutrum  illam 
administrantes,  sicut  boni  dis- 
pensatores  multiformis  gratiœ 
Dei. 

11.  Si  quis  loquitur ,  quasi 
sermones  Dei;  si  quis  ministrat, 
tanquam  ex  virtute  quam  admi- 
nistrât Deus  :  ut  in  omnibus 
honorificetur  Deus  per  Jesum 
Christum,  cui  est  gloria  et  im- 
perium  in  sœcula  sœculorum. 
Amen. 

12.  Charissimi,  nolite peregri- 
nari  in  fervore  qui  ad  tenta- 
tionem  vobis  fit,  quasi  novi  ali- 
quid  vobis  contingat. 

13.  Sed  communicantes  Christi 
passionibus  gaudete,  ut  et  in 
revelatione  gloriœ  ejus  gau~ 
deatis  exsultantes. 


211     — 


/  Petr.,  iv. 


IL  Si  exprobramini  in  no- 
mine  Chrisli,  beati  eritis  :  quo- 
niam  quod  est  honoris,  glorice, 
et  virtutis  Dei,  et  qui  est  ejus 
Spiritus,   super   vos  requiescit. 

15.  Nemo  autem  vestrum  pa- 
tiatur  -nt  homicida,  aut  fur, 
aut  maledicus,  aut  alienorum 
appétit  or. 

16.  Si  autem  ut  Christianus, 
non  erubescat  ;  glorificet  autem 
Deum  in  isto  no  mine. 

17.  Quoniam  tempus  est  -ut 
incipiat  judicium  a  domo  Dei. 
Si  autem  primum  a  nobis,  quis 
finis  eorum,  qui  non  credunt 
Dei  evangelio  ? 

18.  Et  si  justus  vix  salvabitur, 
impius et peccato r  ubiparebuat  ? 

19.  Ttaque  et  hi  qui  patiuntur 

secundumvoluntatem  Dei,  fideli 
Creatori  comtnendeni  animas 
suas  in  benefactis. 


14.  Si  vous  souffrez  des  opprobres 
pour  le  nom  de  Jésus-Christ,  vous 
serez  heureux  ;  car  l'honneur,  la 
gloire,  la  vertu  de  Dieu  et  son  Esprit 
reposent  sur  vous. 

15.  Que  nul  d'entre  vous  ne  souffre 
comme  homicide,  ou  comme  voleur, 
ou  comme  médisant,  ou  [tour  avoir 
convoité  le  bien  d'autrui. 

16.  Mais  si  quelqu'un  souffre  comme 
chrétien,  qu'iln'enait  point  dehonte; 
au  contraire,  qu'il  en  glorifie  Dieu. 

17.  Car  voici  le  temps  où  le  juge- 
ment va  commencer  par  la  maison 
de  Dieu.  Que  s'il  commence  par 
nous,  quelle  sera  la  lin  de  ceux  qui 
ne  croient  pas  à  l'Evangile  de  Dieu  ? 

18.  Et  si  le  juste  même  se  sauve 
avec  peine,  que  deviendront  les  im- 
pies et  les  pécheurs  ? 

19.  Que  ceux  donc  qui  souffrent 
selon  la  volonté  de  Dieu  remettent 
leurs  âmes  entre  les  mains  de  leur 
fidèle  Créateur,  en  faisant  de  bonnes 
œuvres. 


COMMENTAIRE 


1.  Christo  igitur  passo  in  carne,  et  vos  eaclem  cogita- 
tione  armamini.  Ici  l'Apôtre  reprend  la  suite  de  la  pensée 
qu'il  avait  exprimée  plus  haut  (m,  18).  Ainsi  donc, 
puisque  le  Christ  a  souffert  pour  vous  dans  sa  chair 
mortelle,  armez-vous  aussi  de  la  même  pensée  ;  et,  imi- 
tant son  exemple,  soyez  résolus  à  souffrir  dans  votre 
chair. 

Eadem  cogitatione  armamini,  x^\  wMp  iwotow  b-ulî^Ji. 
«  Revètez-vous  de  cette  pensée  comme  d'une  armure.  » 
Cette  belle  expression  nous  fait  entendre  que  la  médita- 
tion habituelle  de  la  passion  de  Jésus-Christ  est  une 
fiiiiiisse  et  un  bouclier  qui  peut  nous  rendre  invulné- 
rables aux  traits  de  Satan. 

Qttia  qui  passas  est  in  carne  desiit  a  peccatis.  «  Car 


—    212    — 

celui  qui  a  souffert  dans  sa  chair  a  cessé  de  pécher  », 
s'il  a  souffert  pour  le  Christ,  en  confessant  le  Christ,  à 
l'imitation  du  Christ.  D'abord,  il  a  renoncé  au  péché  par 
une  volonté  sincère,  puisqu'il  a  mieux  aimé  souffrir  que 
de  pécher.  En  outre,  la  participation  aux  douleurs  de 
Jésus-Christ  lui  a  donné  la  force  de  vaincre  la  concu- 
piscence et  les  tentations  du  démon.  Enfin,  celui  qui 
s'inflige  lui-même  des  mortifications  et  crucifie  sa 
chair,  dompte  ses  passions  et  ne  se  laisse  pas  entraîner 
au  péché. 

Desiit  a  peccatis.  Des  fautes  légères  pourront  encore 
échapper  à  son  irréflexion  et  à  sa  fragilité  ;  mais  sa  vo- 
lonté est  fixée  dans  l'amour  du  bien  et  dans  la  haine  du 
mal,  parce  que  Dieu  protège  et  remplit  de  force  celui 
qui  souffre  pour  sa  gloire  (1). 

2.  Ut  jam  non  desideriis  hominum,  sed  volunlati  Dei, 
qnod  reliqaum  est  in  carne  vivat  temporis  ;  c'est-à-dire  : 
ut  per  omne  quod  superest  in  carne  tempus  exigendum, 
vivat  non  desideriis  hominum,  sed  voluntati  Dei  subditus. 
Il  sera  tellement  purifié  et  fortifié  par  la  croix,  qu'il  ne 
vivra  plus  désormais  selon  les  désirs  et  les  passions 
des  hommes  mondains,  mais  selon  la  volonté  de  Dieu, 
pendant  tout  le  temps  qu'il  lui  reste  à  vivre  dans  la  chair. 
Sans  doute,  la  concupiscence  n'est  pas  éteinte  en  lui  ; 
mais  il  la  domine  et  il  en  est  le  maître.  L'énergie  de  sa 
volonté  et  la  grâce  que  Dieu  lui  donne  avec  abondance 
le  préservent  du  péché. 

3.  Sufficit  enim  prœteriturn  tempus  ad  voluntatem  gen- 
tium  consummandam,  his  qui  ambulaverunt  in  luxuriis, 
desideriis,  vinolentiis,  comessationibus,  potationibus,  et 
illicitis  idolorum  cultibus.  «  Aimez  donc  la  pénitence.  Car 
vous  avez   assez  marché  selon  la  volonté  des  nations 


(1)  Saint  Paul  disait  de  même  aux  Galates:  «  Ceux  qui  appartiennent 
au  Christ  ont  crucifié  leur  chair  avec  ses  vices  et  ses  concupiscences.  » 
Qui  aatem  sunt  Christi,  carnem  suam  crucifixerunt  curr>  vitiis  et 
concupiscentiis.  (Gai.,  v,  24.)  —  Qui  passus  est,  desiit.  Ces  temps 
passés,  mis  pour  le  présent,  indiquent  ce  qui  arrive  d'ordinaire. 
(Synt.  gr.  137.) 


—    213    —  I  Petr.,  iv. 

païennes  durant  le  temps  de  votre  vie  précédente  :  je 
parle  de  ceux  d'entre  vous  qui  vivaient  alors  dans  les 
impudicités,  les  désirs  mauvais,  les  festins  d'ivresse  et 
de  dissolution,  les  excès  du  vin  et  le  culte  criminel  des 
idoles.  » 

bte  phrase  regarde  spécialement  les  Gentils  convertis 
au  christianisme.  Le  dernier  trait,  idolorwn  cultibus.  ne 
s'applique  pas  aux  Juifs  ;  car,  bien  que  mêlés  aux  Gentils, 
ils  avaient  en  ce  temps-là  horreur  des  idoles. 

Saffkit,  «  c'est  assez  »,  expression  figurée  qui  signifie  : 
Vous  n'avez  que  trop  longtemps  marché  dans  les  voies 
de  l'iniquité.  Ezéchiel  disait  de  même  :  «  Tous  les  crimes 
que  vous  avez  commis  jusqu'à  présent  doivent  vous  suf- 
fire, ù  maison  d'Israël.  »  N'en  ajoutez  pas  de  nouveaux. 
Sufficiant  vobis  omnia  scelera  vestra.,  domus  Israël, 
(Ez.,  xliv,  6.) 

In  htxurîis,  desideriïs,  kozkyefaiç,  Imôu^aiç.  Le  premier 
terme  signifie  toute  action  déshonnête,  contraire  à  la 
pudeur  ;  et  le  second  marque  la  volonté  arrêtée  de  com- 
mettre de  telles  actions.  Lors  même  que  le  libertin  ne 
fait  pas  des  choses  impures,  il  le  désire  ;  sa  passion  est 
comme  un  feu  intérieur  qui  brûle  toujours  :  en  sorte  que, 
dans  son  cœur,  le  péché  est  continuel,  incessabile  deli- 
climt.  (H  Petr.,  n,  14.)  Or,  l'homme  sera  condamné  non 
seulement  pour  les  fautes  extérieures  qu'il  a  commises, 
mais  encore  pour  les  pensées  mauvaises  dans  lesquelles 
il  s"est  complu  et  pour  le  mal  qu'il  a  voulu  faire. 

Vinolentiïs,  olvo^Xuy^aiç.  Ce  mot  désigne  la  passion  d'ab- 
sorber beaucoup  de  vin,  la  grossière  ivrognerie. 

Comessationibus,  -/.<■>•,/,-.  Ce  sont  les  débauches  de  table, 
les  orgies, 

Potationibus,  -oto-.;,  les  parties  de  buveurs,  où  l'on  se 
provoquait  à  boire,  où  le  roi  du  festin  réglait  les  coupes 
que  chacun  devait  vider.  Ces  excès  honteux  étaient  fré- 
quents cho/  les  nations  païennes  ;  les  hommes  les  plus 
illustres  n'en  rougissaient  pas,  comme  le  témoignent  les 
les  d  Horace.  Quem  venus  arbitrant  Dicet  bibendt? 
Non  ego  sanius  Bacchabor  Edonis.  (Il  Od.,  v.) 


—    214    — 

Idolorum  cultibus.  Saint  Paul  écrivait  aussi  aux  Corin- 
thiens :  Vous  savez  que  lorsque  vous  étiez  infidèles,  vous 
alliez  aux  idoles  muettes  et  sans  raison,  comme  Ton  vous 
y  menait.  Scitis  quoniam,  quum  Gentes  essetis,  ad  simu- 
lacra  'imita,  prout  ducebamini,  euntes.  (I  Cor.,  xn,  2.) 
Hélas  !  il  en  est  encore  de  même  :  le  monde  est  toujours 
plein  d'idoles  et  des  chrétiens  les  adorent. 

lllicitis  idolorum  cultibus,  sdcp/Toiç  eî8û>AoX<XTpe6xtç.  Tout 
culte  rendu  aux  idoles  est  coupable.  Pourquoi  donc  saint 
Pierre  ajoute-t-il  ce  mot  illicitis?  Pour  faire  entendre 
que  plusieurs  de  ceux  à  qui  il  parle  avaient  autrefois 
honoré  les  idoles  par  des  actions  qui  étaient  elles-mêmes 
de  grands  péchés.  On  sait  de  quelles  infamies  étaient 
souillés  les  mystères  de  la  Bonne-Déesse,  et  le  culte  de 
plusieurs  autres  dieux,  dont  les  noms  mêmes  sont  obs- 
cènes. (Corn.  Lap.) 

4.  In  quo  admirantur  non  concurrentibus  vobis  in  eam- 
dem  luxuriœ  confusionem.  Et  maintenant  ils  s'étonnent 
de  ce  que  vous  ne  courez  plus  avec  eux  aux  mêmes  débor- 
dements d'intempérance  et  de  luxure  (1). 

Luxuride  confusionem,  àsom'aç  kv&yymv.  Le  mot  grec 
àvà/uc.ç  veut  dire  effusio.  refusio,  œstus,  débordement  tu- 
multueux. Ce  terme  fait  entendre  que  la  passion  de  la 
luxure,  excitée  par  le  culte  impur  des  idoles,  se  déborde 
comme  une  mer  soulevée  par  les  vents,  et  se  répand  en 
toute  sorte  de  débauches.  Libido  instar  maris  exœstuat 
in  omnes  obscenitates.  (Corn.  Lap.) 

Blasphémantes.  Et  comme  votre  vie  sage  et  austère 
condamne  leur  licence,  ils  se  vengent  de  vous  par  des 
injures  et  des  calomnies.  Nous  voyons  de  même  aujour- 
d'hui des  libertins,  dont  la  vie  est  pleine  de  hontes,  ré- 

(1)  In  quo  admirantur,  h  w  fevi'Çsvrat.  C'est-à-dire  :  et  in  ea  re 
insolens  aliquid  ac  stupendum  esse  existimant,  scilicet  videntes  quod 
non  amplius  curritis  cum  ipsis  ad  impur  as  libidines.  Us  voient  dans 
votre  conduite  actuelle  une  chose  étrange,  quand  vous  refusez  de  par- 
tager désormais  leurs  dissolutions.  —  Saint  Jean  nous  présente  une 
phrase  semblable.  In  hoc  mirabile  est,  quia  vos  nescitis  unde  sit,  et 
aperuit  meos  oculos.  (S.  Joann.,  ix,  30.)  C'est  comme  s'il  y  avait  :  In 
hac  re  est  aliquid  mirabile,  scilicet  quia  vos  nescitis,  ou  simplement, 
illud  mirabile  est  quod  vos  nescitis  unde  sit. 


—    215     —  IPetr.,  iy. 

pandre  d'abominables  accusations  contre  les  plus  saints 
personnages  et  s'efforcer  de  ternir  les  vertus  les  plus 
pures.  La  vue  des  hommes  justes  est  odieuse  aux  mé- 
chants, dit  le  Sage,  parce  qu'elle  leur  reproche  leurs  ini- 
quités. Gravis  est  ?ioôis  etiam  ad  videndam,  quoniam 
dissimilis  est  aliis  vita  ejus.  (Sap.,  n,  15.)  C'est  pourquoi 
ils  imputent  leurs  propres  ignominies  aux  hommes  les 
plus  vénérables. 

5.  Qui  reddent  rationem  ei  qui  parafais  est  judicare 
vivos  et  morluos.  Ces  calomniateurs  rendront  compte  à. 
celui  qui  est  tout  prêt  à  juger  les  vivants  et  les  morts. 

Para  tus  est.  Le  souverain  Juge  voit  tout,  action,  parole, 
pensée.  Il  cite  maintenant  devant  lui,  en  particulier,  tous 
les  hommes  l'un  après  l'autre,  et  fixe  le  sort  éternel  de 
chacun.  Mais  en  outre,  à  la  fin  des  siècles,  il  descendra 
des  cieux  avec  majesté  pour  juger  tous  les  hommes 
assemblés  devant  son  tribunal. 

Vivos,  il  jugera  ceux  qu'il  trouvera  vivants  lorsqu'il 
descendra  sur  la  terre  ;  —  et  mortuos,  et  ceux  qui  seront 
morts  depuis  le  commencement  du  monde  ;  car  toutes  les 
générations  sortiront  des  tombeaux  et  comparaîtront  de- 
vant lui  pour  entendre  leur  sentence. 

Quand  viendra-t-il?  Le  jour  et  l'heure  sont  inconnus; 
mais  nous  savons  que  le  Juge  est  prêt  :  parafas  est. 

6.  Propter  hoc  enim  et  mortitis  evangelizatum  est,  ut 
judicentur  quittent  secundum  homines  in  carne,  vivant 
autem  secuudum  Dewn  in  spiritu. 

Ce  passage  est  difficile  à  entendre.  Sans  relater  les 
diverses  explications  que  l'on  a  essayées,  nous  donne- 
rons colle  qui  nous  paraît  la  meilleure. 

Propter  hoc.  Saint  Pierre  vient  de  dire  que  le  Christ 
jugera  les  morts.  C'est  pour  cela,  ajoute-t-il,  que  l'Evan- 
gile a  été  annoncé  non  seulement  aux  vivants,  mais  aux 
morts  eux  mêmes.  La  bonne  nouvelle  de  la  rédemption 
du  genre  humain  a  été  portée  par  l'âme  du  Christ  aux 
morts  (pii  achevaient  d'expier  leurs  fautes  dans  le  pur- 
gatoire, et  aux  esprits  des  justes  qui  attendaient  sa  venue 
dans  les  limbes.  Ceci  est  clair. 


—    216    — 

Pour  entendre  le  reste,  nous  ferons  deux  observations. 
D'abord,  la  première  proposition  est  une  parenthèse;  la 
conjonction  ut,  qui  semble  la  régir,  ne  retombe  que  sur 
la  seconde.  Ainsi,  ut  judicentur  quidem,  vivant  autem, 
équivaut  à  cette  phrase  :  ut,  dum  judicantur,  vivant  (1). 

En  second  lieu,  on  remarque  que  les  deux  phrases  sont 
symétriques.  Chacune  est,  en  effet,  composée  de  trois 
termes  corrélatifs,  savoir  :  1°  judicentur  et  vivant  ;  2°  se- 
cundum  homines  et  secundum  Deum  ;  3°  in  carne  et  in 
spiritu.  Comme  il  y  a  ici  trois  antithèses,  la  corrélation 
des  termes  aide  à  éclaicir  le  sens  de  la  phrase. 

Nous  traduirons  donc  :  «  C'est  pourquoi  la  bonne  nou- 
velle de  la  rédemption  a  été  aussi  portée  aux  morts,  afin 
que  l'on  sache  que,  s'ils  sont  jugés  dans  la  chair  selon  les 
hommes,  ils  vivent  selon  Dieu  dans  l'esprit.  » 

Judicentur  secundum  homines  in  carne.  Cette  phrase 
devient  plus  claire  lorsqu'on  la  rapproche  d'une  parole 
que  nous  venons  de  lire.  «  Les  adorateurs  des  faux  dieux 
s'étonnent  de  ce  que  vous  ne  courez  plus  avec  eux  aux 
voluptés  de  la  chair,  et  ils  vous  accablent  d'injures.  »  En 
effet  les  justes  auxquels  l'âme  de  Jésus  est  allée  annoncer 
la  délivrance,  sont  jugés  et  condamnés  par  les  mondains  : 
ces  homines  jugent  que  les  saints  ont  mené  sur  la  terre, 
dans  les  jours  de  leur  chair,  une  vie  insensée.  Car  la  sa- 
gesse du  monde  conseille  de  rechercher  les  honneurs,  les 
plaisirs  et  les  richesses  que  les  chrétiens  méprisent. 

Ut  vivant.  C'est-à-dire  ut  sciantur  vivere,  ut  constet  eos 
vivere.  Le  Christ  est  donc  descendu  aux  enfers  pour 
visiter  les  âmes  des  justes ,  afin  qu'il  soit  prouvé  au 
monde  que  les  justes  ne  sont  pas  morts,  mais  qu'ils  sont 
vivants  selon  Dieu  et  devant  Dieu.  Ils  vivent,  non  pas 
dans  leur  chair,  qui  ne  ressuscitera  qu'à  la  fin  des  siècles, 


(1)  On  trouve  une  structure  semblable  dans  saint  Paul  :  Grattas 
autem  Deo  quod  fuistis  servi  peccati,  obedistis  autem  ex  corde  in  eara 
formam  doctrinœ.  C'est-à-dire,  Gratias  Deo,  quod,  quum  fuissetis 
servi  peccati,  obedistis.  (Rom.,  vi,  17.)  Ce  tour  est  familier  aux  Hébreux, 
il  se  voit  aussi  chez  les  Grecs,  les  Latins,  et  même  chez  de  bons  auteurs 
français. 


—    211     —  I  Petr.,  îv. 

mais  dans  leur  esprit,  dans  leur  Ame.  Notre-Seigneur 
disait  de  môme  aux  Juifs  :  N'avez-vous  pas  lu  ces 
paroles  de  l'Ecriture  :  «  Je  suis  le  Dieu  d'Abraham,  le 
Dieu  d'Isaac  et  le  Dieu  de  Jacob?  Or,  il  n'est  pas  le 
Dieu  des  morts,  mais  des  vivants.  »  Non  est  Deus  mor- 
tuorum,  sed  viventium.  (S.  Matth.,  xxn,  32.) 

Voilà,  ce  nous  semble,  une  explication  naturelle  d'un 
verset  qui  a  désespéré  tant  de  commentateurs. 

Saint  Pierre  insiste  sur  la  descente  de  Jésus-Christ 
aux  enfers,  et  les  Apôtres  l'ont  inscrite  dans  le  Symbole 
comme  un  fait  très  important.  C'était  afin  de  renverser 
l'erreur  des  Sadducéens  chez  les  Juifs,  et  celle  des  Epi- 
curiens chez  les  Gentils  :  erreur  très  répandue  alors. 
qui  niait  l'immortalité  de  l'âme  et  prétendait  que  dans 
l'homme  tout  périssait  à  la  mort.  Socrate  et  Platon 
avaient  combattu  cette  opinion,  mais  par  des  arguments 
j>eu  solides. 

7.  Omnium  autem  finis  appropinquavil.  «  Au  reste,  la 
fin  de  toutes  choses  est  proche.  »  Instruits  par  Notre- 
Seigneur,  les  Apôtres  veulent  que  nous  vivions  en  re- 
gardant la  lin  du  monde  comme  prochaine;  ils  nous 
exhortent  à  nous  tenir  préparés,  comme  si  la  génération 
présente  devait  voir  Jésus-Christ  descendre  du  ciel  pour 
juger  les  vivants  et  les  morts.  L'époque  de  sa  venue  est 
eachée,  afin  qu'elle  soit  toujours  attendue.  Les  vieillards 
qui  sont  arrivés  près  de  la  tombe  ne  savent  pas  si  la 
génération  qu'ils  laissent  sur  la  terre  ne  verra  pas  les 
signes  effrayants  de  la  fin  du  monde  (1). 

Estote  itaque  prudentes,  et  vigilate  in  orotionibus. 
Ainsi  donc,  pour  n'être  pas  surpris  par  l'arrivée  du 
Juge  redoutable,  il  faut  que  vous  soyez  prudents.  Or,  la 
prudence  ordonne  de  ne  point  s'exposer  à  un  malheur 


(1)  x  S'  ■'•"'•-  V",!  el  s.  —  Au  reste,  chaque  homme  doit  se  dire  : 

Pour  m- h,  la  tin  de  toutes  cho  prochaine.  Après  un  petit  nombre 

de  jours  qui  sont  comptés,  l'univers  sera  pour  moi  comme  s'il  n'était 

-i  riche  el  aussi  puisant  que  Salomon,  bientôt  viendra 

Fheurs   où    il    il-   me   restera  que   Je   sépulcre.  Solum   mihi  superest 

■'ni.    (Job,    XVII.) 


—    218    — 

éternel.  Ne  péchons  pas,  ne  gardons  jamais  une  faute 
grave  sur  notre  conscience;  et  pour  nous  conserver  purs, 
veillons  dans  les  prières,  cela  veut  dire,  prions  souvent 
et  avec  ferveur,  afin  que  la  venue  du  souverain  Juge 
nous  trouve  préparés. 

Vigilate  in  orationibus.  En  donnant  cet  avertissement, 
saint  Pierre  se  souvenait  de  sa  chute.  Jésus  lui  avait  dit 
au  Jardin  des  Oliviers  :  Veillez  et  priez,  afin  de  ne  pas 
entrer  en  tentation.  Pierre  s'était  laissé  vaincre  par  le 
sommeil  et  n'avait  pas  prié.  La  tentation  vint  et  il  renia 
le  Christ.  Instruit  par  son  malheur,  il  avertit  les  autres 
d'éviter  l'écueil  qui  lui  a  été  funeste.  Prions  le  jour  et 
prions  la  nuit,  malgré  la  fatigue  et  le  sommeil.  Tout 
péché  vient  de  ce  que  l'on  n'a  pas  prié.  Le  salut  dépend 
de  la  prière. 

In  orationibus,  «  dans  les  prières.  »  Ce  pluriel  fait  en- 
tendre qu'on  ne  doit  négliger  aucune  des  espèces  d'orai- 
son. Ne  nous  contentons  pas  de  la  demande  :  joignons-y 
la  louange  de  la  grandeur  et  de  la  bonté  divine,  l'action 
de  grâce  pour  les  bienfaits  reçus,  et  l'humble  suppli- 
cation pour  le  pardon  de  nos  péchés. 

8.  Ante  omnia  antem  mutiiam  in  vobismetipsis  chari- 
tatem  conlinaam  habenlas.  «  Mais  avant  toute  chose , 
ayez  les  uns  pour  les  autres  une  charité  persévérante.  » 

A  nte  omnia,  avant  tout.  Car,  sans  la  charité,  les  œuvres 
les  meilleures  ne  plaisent  point  à  Dieu.  Il  faut  vous  récon- 
cilier avec  votre  frère,  avant  d'apporter  vos  dons  à  l'autel. 

Charitatem.  La  vraie  charité  est  dans  le  cœur,  elle 
aime.  Elle  est  aussi  dans  la  bouche,  elle  parle.  Elle  est 
dans  la  main,  elle  donne  et  elle  secourt. 

Charitatem  continuant,  acxevTj.  Enfin,  la  vraie  charité 
ne  se  lasse  pas  d'aimer  le  prochain  malgré  ses  défauts, 
ni  de  le  soulager  malgré  son  peu  de  reconnaissance. 

Continuant.  Ce  mot  est  l'épreuve  de  la  charité  sincère. 
On  peut  aimer  quelque  temps  par  une  sympathie  natu- 
relle; mais  un  moment  vient  où,  pour  continuer  d'aimer, 
il  faut  que  l'amour  ait  son  principe  en  Dieu.  Saint  Paul 
disait  de  même  aux  Hébreux  :  «  Que  la  charité  frater- 


—    '219    —  f  Petr.,  iy. 

nelle  demeure  et  persiste  parmi  vous  »,  maneat  in  voèis. 
(Hebr.,  xm,  1.) 

Quia  charitas  operit  multitudinem  peccatoram.  Dieu 
regarde  comme  fait  à  lui-môme  le  bien  que  nous  faisons 
à  nos  frères.  C'est  pourquoi  il  récompense  généreuse- 
ment l'aumône;  une  seule  aumône  faite  pour  l'amour  de 
Dieu  couvre  une  multitude  de  péchés.  Elle  les  couvre, 
c'est-à-dire  qu'elle  les  efface,  et  Dieu  ne  les  voit  plus. 

Saint  Pierre  cite  librement  cette  belle  maxime  des 
Proverbes  :  Odium  suscitât  rixas ,  et  universa  delicta 
operit  charitas.  <  La  haine  excite  les  querelles,  et  la 
charité  couvre  toutes  les  fautes.  »  Le  sens  littéral  parait 
un  peu  différent  chez  l'Apôtre  et  dans  les  Proverbes. 
Selon  saint  Pierre,  on  couvre  et  on  efface  ses  propres 
péchés  en  exerçant  la  charité  envers  ses  frères,  et  Salo- 
mon  dit  que  la  charité  couvre,  dissimule,  excuse  les 
fautes  du  prochain.  (Trov.,  x,  12.)  Mais  ce  n'est  pas  sans 
raison  que  les  deux  écrivains  ont  choisi  le  verbe  operit, 
xoXikrei,  parce  que  la  double  interprétation  était  voulue 
par  le  Saint-Esprit. 

Charitas  operit  multitudinem  peccatoram.  Toutes  les 
bonnes  œuvres  que  nous  faisons  servent  à  couvrir  nos 
fautes,  mais  c'est  ce  qui  arrive  spécialement  quand  nous 
remettons  au  prochain  ses  dettes  envers  nous.  Car  Dieu, 
qui  est  la  justice  même,  s'est  engagé  à  nous  traiter 
comme  nous  traitons  les  autres,  et  à  nous  pardonner 
comme  nous  pardonnons  à  nos  frères.  (Bède.) 

9.  Hospitales  invicem  sine  murmuratione.  «  Exercez 
entre  vous  l'hospitalité,  sans  murmure.  »  L'hospitalité, 
chez  les  premiers  fidèles,  était  le  lien  des  églises.  Ils 
recevaient  les  Apôtres  dans  leurs  voyages,  les  prédica- 
teurs de  l'Evangile,  les  évoques,  leurs  messagers  et  les 
fidèles  que  l'intérêt  de  la  religion  appelait  en  diverses 
provinces.  Les  recevoir  et  pourvoir  à  leurs  besoins  était 
une  œuvre  nécessaire  à  la  fondation  et  à  l'administration 
des  églises;  mais  elle  ne  laissait  pas  d'être  onéreuse. 
si  pourquoi  saint  Pierre  ajoute  :  Sine  murmuratione. 
Ne  gâtez  pas  une  œuvre  si  belle  par  des  murmures. 


—    220    — 

Cette  recommandation  regardait  spécialement  les  habi- 
tants du  Pont.,  auxquels  écrit  saint  Pierre.  Ils  s'étaient 
fait  une  réputation  séculaire  de  dureté  envers  les  étran- 
gers, et  cette  nation  passait  pour  inhospitalière,  comme 
la  mer  dont  elle  habitait  les  rivages.  (Tertull.  contra 
Marcion,  1.  I,  c.  i.) 

10.  Unusquisque,  sicut  accepit  gratiam,  Main  admi- 
nistrantes, sicnt  boni  dispensatores  midtiformis  gratiœ 
Dei.  «  Que  chacun  de  vous  emploie  au  service  des  autres 
le  don  qu'il  a  reçu,  comme  étant  de  fidèles  dispensateurs 
des  différentes  grâces  de  Dieu.  » 

Gratiam,  /àpi^aa.  C'est  la  grâce  que  les  théologiens 
appellent  gratiam  gratis  datant,  une  grâce  gratuite  ou 
spécialement  donnée  pour  le  bien  du  prochain.  Tel  est  le 
don  de  guérir  les  maladies,  de  chasser  les  démons,  d'ad- 
ministrer avec  intelligence  les  biens  de  l'Eglise,  le  don 
de  l'éloquence  ou  celui  de  la  science  des  Ecritures,  le 
don  même  des  richesses.  Tous  ces  dons  variés  (midti- 
formis gratia),  Dieu  les  distribue  comme  il  veut  dans  son 
Eglise,  afin  que  chacun  ait  besoin  des  autres,  et  que 
tous  s'entr'aident  avec  amour,  comme  les  membres  d'un 
même  corps. 

Ainsi,  le  savant  n'est  pas  savant  pour  lui  seul,  et  le 
riche  n'est  pas  riche  pour  jouir  de  son  opulence  dans  le 
faste  et  la  mollesse.  Ils  doivent  employer  fidèlement  au 
bien  du  prochain  et  de  l'Eglise  les  dons  que  Dieu  leur  a 
confiés  pour  qu'ils  en  soient  les  dispensateurs  :  ut  boni 
dispensatores. 

11.  Si  guis  loquitur,  quasi  sermones  Dei.  Saint  Pierre, 
entrant  dans  le  détail,  indique  comment  on  doit  user  des 
grâces  gratuites  et,  spécialement,  remplir  deux  des  plus 
importantes  fonctions  de  la  charité.  Il  commence  par  le 
prédicateur  qui  est  chargé  d'enseigner  la  doctrine  et 
d'exhorter  à  la  piété.  «  Que  celui  qui  parle,  dit-il,  parle 
comme  si  ses  discours  étaient  ceux  de  Dieu.  »  Saint 
Paul  disait  de  même  :  Nous  sommes  les  ambassadeurs  du 
Christ  auprès  des  hommes.  Quand  nous  prêchons  l'Evan- 
gile, c'est  comme  si  Dieu   même  exhortait  par  notre 


—    221    —  /  Petr.,  iv. 

bouche,  tanquam  Deo  exhortante  per  nos.  (II  Cor.,  v,  20.) 
Oh  !  si  le  prédicateur  était  bien  pénétré  de  cette  pensée, 
il  serait  toujours  éloquent.  Avant  d'ouvrir  la  bouche,  il 
faut  que  l'orateur  sacré,  dit  saint  Augustin,  élève  vers  le 
ciel  son  âme  altérée,  afin  de  répandre  sur  ceux  qui  l'écou 
tent  la  lumière  et  la  grâce  que  Dieu  aura  versées  dans 
son  cœur.  Ut  cructet  quod  biberit,  vel  c/uod  impleverit 
fandat.  (De  Doctrina  Christ.,  1.  IV,  c.  xv.) 

Si  guis  ministrat,  tanquam  exvirtute  quam  administrât 
Deus.  Voici  maintenant  la  fonction  du  diacre  et  des 
mitres  ministres.  Le  diacre  avait  dans  les  premiers 
siècles  une  grande  autorité  dans  l'Eglise,  et  sa  charge 
était  très  importante.  Que  celui  qui  exerce  un  minis- 
tère, le  remplisse  avec  courage  et  avec  humilité,  comme 
agissant  par  la  vertu,  la  puissance,  la  force  que  Dieu  lui 
donne.  Surtout  qu'il  se  souvienne  que  la  passion  de 
l'homme  ne  fait  point  l'œuvre  de  Dieu. 

Ut  in  omnibus  honorificetur  Deus.  La  fin  que  nous 
devons  nous  proposer  dans  toutes  nos  actions  est  la 
gloire  de  Dieu  ;  car  c'est  pour  le  glorifier  qu'il  nous  a 
créés  et  mis  au  inonde.  Tout  ce  que  nous  avons  et  tout 
ce  que  nous  sommes,  nous  le  tenons  de  Dieu  :  il  est  donc 
juste  que  nous  rapportions  tout  à  sa  gloire.  Ad  majorent 
Dei  gloriam.  Voilà  le  fondement  de  la  vraie  philosophie 
et  de  la  piété  chrétienne. 

Per  Jesum  Chris tum.  Mais  pour  que  nos  hommages 
soient  agréables  à  Dieu,  il  faut  qu'ils  lui  soient  présentés 
par  Jésus-Christ,  notre  Médiateur.  C'est  pourquoi  cette 
formule,  per  Jeswn  Chris  tum,  termine  toutes  les  oraisons 
de  l'Eglise. 

Cui  est  (jh>ria  et  imperium  in  sœcula  sxculorum.  Amen. 
L8-Christ  possède  la  gloire  et  l'empire  dans  les  siècles 
des  siècles,  non  seulement  comme  Dieu,  mais  même 
comme  homme  ;  car,  au  nom  de  Jésus,  tout  genou  fléchit 
au  ciel,  sur  la  terre  et  dans  les  enfers.  S'il  laisse  pendant 
quelque  temps  la  puissance  aux  mains  des  impies,  il  fait 
concourir  leur  haine  même  à  l'accomplissement  de  ses 
desseins. 


—    222    — 

12.  Charissimi,  nolite  peregrinari  in  fervore  qui  ad  ten~ 
tationem  vobis  fit,  quasi  novi  aliquid  vobis  continuât. 
Saint  Pierre  passe  de  la  charité  à  la  patience.  «  Mes 
chers  frères,  dit-il,  ne  soyez  point  surpris  lorsque  vous 
êtes  éprouvés  par  le  feu  de  la  tentation,  comme  si  quelque 
chose  d'extraordinaire  vous  arrivait.  »  C'est  pour  la  troi- 
sième fois  que  l'Apôtre  revient  sur  les  tribulations. 
(Voyez  i,  6,  et  n,  19.) 

Noiite  peregrinari.  C'est  un  hellénisme  :  y.\  jjev^eofle, 
nolite  niirari  ut  rem  novam  et  peregrinam.  Le  verbe 
'hv;Zo[j.%i  (de  j-évoç,  hospes  ou  peregrinus)  veut  dire  ressem- 
bler à  un  voyageur  qui  s'étonne  des  choses  nouvelles 
pour  lui,  qu'il  voit  dans  un  pays  étranger.  Ce  même  verbe 
avait  été  rendu  plus  haut  par  admirari  :  h  w  ÇeW^ovrai, 
in  quo  admirantur.  (y.  4). 

In  fervore.  C'est  encore  un  hellénisme,  h  Tiupwcet.  Le  mot 
^upcociç  (de  TTupow,  igné  exploro)  signifie  «  épreuve  par  le 
feu.  »  Ce  mot  rappelle  celui  de  David  :  «  Seigneur,  vous 
m'avez  éprouvé  par  le  feu  de  la  tribulation  »,  igné  me  exa- 
minas ti.  (Ps.  XVI.) 

Des  chrétiens  demandaient  :  puisque  Jésus-Christ  est 
un  Dieu  tout-puissant,  d'où  vient  donc  qu'il  laisse  per- 
sécuter ses  adorateurs  ?  et  pourquoi  ne  les  délivre-t-il 
pas  de  leurs  ennemis  ? 

Saint  Pierre  répond  :  Si  vous  êtes  persécutés,  n'en  soyez 
pas  surpris  ;  c'est  la  condition  du  chrétien  en  ce  monde; 
il  faut  qu'il  soit  éprouvé  dans  la  patience.  Saint  Paul 
dit  la  même  chose  à  son  disciple  :  Tous  ceux  qui  veulent 
vivre  avec  piété  en  observant  la  loi  de  Jésus-Christ, 
souffriront  persécution.  Omnes  qui  volunt  pie  vivere  in 
Christo  Jesu  persecutionem  patientur.  (II  Tim.,  m,  12.)  Il 
en  était  de  même  dans  l'ancienne  loi  :  l'ange  déclarait  à 
Tobie  qu'il  avait  dû  être  soumis  à  l'épreuve  de  la  tribula- 
tion, parce  qu'il  était  agréable  à  Dieu.  Et  quia  acceptus 
erasDeo,  necesse  fuit  ut  tentatio  probaret  te.  (ïob.,  xn,  13.) 
Au  contraire,  si  tout  nous  souriait  en  ce  monde,  c'est 
alors  que  nous  devrions  craindre  de  ne  pas  appartenir 
à  Jésus-Christ. 


—     223    —  /  Petr.,  îv. 

Nous  répéterons  donc,  comme  saint  Pierre,  aux  chré- 
tiens de  nos  jours  :  Nolite  percgrinari  quasi  novi  aliquid 
vobis  contingat.  Ne  vous  étonnez  pas  quand  vous  voyez 
les  hommes  religieux  opprimés.  Depuis  Abel  tué  par 
Caïn,  jusqu'au  dernier  juste  qui  paraîtra  sur  la  terre  à 
la  lin  des  siècles,  les  méchants  persécuteront  les  servi- 
teurs de  Dieu.  (Bède.) 

13.  Sed  communicantes  Christi  passionibus,  gaudete, 
ut  et  in  recelatione  gloriœ  ejus  gaudeatis  exsullantes. 
«  Mais  réjouissez-vous  plutôt  de  ce  que  vous  participez 
aux  souffrances  de  Jésus-Christ,  afin  d'être  aussi  com- 
blés d'allégresse  au  jour  où  sera  révélée  sa  gloire.  »  Telle 
est  la  loi  :  celui  qui  partage  les  souffrances  de  Jésus-Christ 
partagera  son  bonheur.  Souffrir  pour  le  Christ  est  une 
marque  de  prédestination.  (S.  Jac,  i,  12.)  Ainsi  la  per- 
sécution que  vous  endurez  ne  doit  point  vous  abattre.  Au 
contraire,  dites  avec  le  grand  saint  Ignace  :  c'est  main- 
tenant que  je  commence  à  être  le  disciple  du  Christ.  Nunc 
incipio  Cliristi  esse  discipulus.  (Brev.  R.) 

Ut  et  in  revelatione  gloriœ  ejus  gaudeatis  exsultantes. 
La  manifestation  de  la  gloire  du  Christ  aura  lieu  en  pré- 
sence de  l'univers  assemblé  au  jour  du  jugement,  jour  de 
terreur  et  de  confusion  pour  les  réprouvés,  jour  d'allé- 
gresse et  de  triomphe  pour  les  justes. 

14.  Si  exprobramini  in  nomme  Cliristi,  beati  eritis.  «  Si 
vous  êtes  insultés  pour  le  nom  de  Jésus-Christ,  vous  serez 
heureux.  » 

I /Apôtre  en  ajoute  aussitôt  la  raison  :  Qnoniam  cjuod 
est  honoris,  gloriœ  et  virtutis  Dei  (1),  et  qui  est  ejus  Spi- 
ritus  super  vos  requiescit.  «  Car  tout  ce  qu'il  y  a  d'hon- 
neur, de  gloire,  de  vertu  de  Dieu,  et  son  Esprit  lui-même 
repose  sur  vous.  »  Les  hommes  vous  méprisent  :  Dieu 


(1)  '  '  fjl<>ri(f\  :•/  rtjj  '.'c-,.-.  esl  un  hellénisme  bien  connu  ;  c'est 

la  même  **$«,  la  gloire.  —  Honoris  et  gloriœ,  deux  mots 

latins  qui  rendent  le  seul  mo4  v  .  —Plusieurs  éditions  grecques 

suppriment   *  ttt*.    D'autres   les  conservent  ;  ils  se 

lisent  'exemplaire  alexandrin, dans  saint  Athanase,  saint  Cyprien 

et  plusieurs 


—    224     — 

vous  décerne  la  gloire.  Les  hommes  vous  persécutent  :  la 
vertu  de  Dieu  vous  couvre,  sa  puissance  vous  défend  et 
vous  communique  une  force  surnaturelle;  l'Esprit-Saint 
lui-même  repose  sur  vous  avec  amour.  Or  celui  que  Dieu 
honore  et  protège,  celui  en  qui  l'Esprit-Saint  demeure, 
est  déjà  heureux;  ou,  s'il  ne  Test  pas  encore,  il  le  sera 
certainement  un  jour.  Beati  eritis. 

Saint  Pierre  en  parlant  ainsi  ne  fait  que  répéter  la 
parole  de  son  divin  Maître  :  «  Vous  serez  heureux,  disait 
Jésus,  quand  les  hommes  vous  maudiront,  vous  persé- 
cuteront, et  diront  faussement  toute  espèce  de  mal  contre 
vous,  à  cause  de  moi.  Réjouissez-vous  alors  et  tressaillez 
d'allégresse  ;  car  votre  récompense  est  grande  dans  les 
cieux.  »  (S.  Matth.,  v,  10.) 

15.  Nemo  autem  vestrum  patiatur  ut  homicida,  aut  fur., 
aut  maledicus,  aut  alienorum  appetito?\  «  Mais  que  nul 
d'entre  vous  ne  souffre  comme  homicide,  ou  comme  vo- 
leur, ou  comme  médisant,  ou  comme  ayant  convoité  le 
bien  d'autrui.  * 

Fur,  xXÉTTTYiç,  est  un  filou  qui  dérobe  frauduleusement. 

Maledicus.  Ce  mot  désigne  un  homme  qui  se  livre  à  la 
médisance,  à  la  calomnie,  à  l'injure  (1). 

Alienorum  appetitor,  àÀAoTpis7rfoxo7roç,  alienorum  spécu- 
lator.  Ainsi  traduit  Tertullien.  Ce  mot  désigne  l'envie  du 
bien  d'autrui  manifestée  par  des  actions  coupables;  car 
les  sentiments  qui  ne  sortent  pas  du  cœur  ne  tombent  pas 
sous  la  répression  des  lois  humaines,  et  le  mot  patiatur 
suppose  une  faute  punie  par  les  tribunaux.  Longtemps 
ces  crimes  contre  lesquels  s'élève  saint  Pierre  furent 
inconnus  ou  rares  dans  l'Eglise.  Vers  la  fin  du  second 
siècle,  sous  Marc-Aurèle,  lorsqu'on  torturait,  à  Lyon, 
sainte  Blandine  pour  lui  faire  avouer  les  crimes  dont  on 
chargeait  les  chrétiens,  elle  répondait  :  «  Je  suis  chré- 
tienne, il  ne  se  fait  point  de  mal  parmi  nous.  »  Chris- 

(1)  En  grec,  on  lit  x2/o7rsti>,  maie  ficus,  malfaiteur,  leçon  qu'on  trouve 
dans  saint  Cyprien  et  Tertullien.  Un  copiste  a  pu  facilement  changer 
maleficus  en  maledicus.  Toutefois  l'exemplaire  de  Théophylacte  portait  : 
vj  À5t<?5y5oç,  r)  x>îtttvj;,  ri  X.ZXO 7T o Co i ,  aut  maledicus,  aut  fur,  aut  maleficus. 


—    225    —  /  Petr.,  iv. 

tiana  sum,  nil  mali  apud  nos  geritur.  (Corn.  Lap.,  in 
IPetr.,  ii,  12.) 

15.  Si  autem  ut  Christianus.  Les  juifs  et  les  idolâtres 
faisaient  aux  chrétiens  un  crime  d'être  chrétiens  :  Obji- 
ciebatur  crimen  christianis  hoc  ipsum  quod  christiani 
essent.  (S.  Aug.  in  Ps.  lxviii.)  Le  décret  de  Néron,  qui 
ne  fut  aboli  que  par  Constantin,  portait  qu'il  n'était  pas 
permis  d'être  chrétien,  et  ordonnait  que  celui  qui  s'avouait 
chrétien  fût,  pour  cela  seul,  puni  de  mort. 

Si  autem  ut  christianus,  non  erubescat.  «  Mais  si  quel- 
qu'un est  outragé  comme  chrétien,  qu'il  n'en  ait  point  de 
honte.  Car  Jésus-Christ  a  dit  :  «  Celui  qui  rougira  de 
moi  devant  les  hommes,  je  rougirai  de  lui  devant  mon 
Père.  »  (S.  Luc,  ix,  26.) 

Glorificet  autem  Deum  in  isto  nomine.  «  Mais  qu'il 
rende  plutôt  gloire  à  Dieu  de  ce  qu'il  a  le  bonheur  de 
porter  ce  nom.  »  Car  celui  qui  glorifiera  Jésus -Christ 
devant  les  hommes,  Jésus-Christ  le  glorifiera  devant  son 
Père  qui  est  dans  les  cieux.  (S.  Matth.,  x,  32.) 

Rougir  de  son  père  est  une  infamie,  mais  rougir  de  son 
Dieu  est  infiniment  plus  lâche.  Et  ce  crime  n'est  point  rare. 

Quoniam  tempus  est  ut  incipiat  judicium  a  domo  Dei. 
«  Car  le  temps  est  venu  où  Dieu  va  commencer  son  juge- 
ment par  sa  propre  maison.  »  La  maison  de  Dieu  est  son 
Eglise.  (I  ïim.,  ni,  15.)  Saint  Pierre  fait  donc  entendre 
que  le  temps  approche  où  les  chrétiens  courageux  seront 
discernés  des  timides  et  des  mondains  par  le  jugement 
de  Dieu.  La  persécution  sera  le  van  qui  séparera  la  paille 
du  bon  grain.  Saint  Pierre  fait  allusion  à  cet  endroit 
d'Ezéchiel  où  Dieu  dit  à  ses  anges  :  «  Passez  au  milieu 
de  Jérusalem,  frappe/  sans  pitié  et  commencez  par  mon 
actuaire.  »  Et  a  sanctuario  meo  incipite.  (Ezech.,  ix,  0.) 
Dieu   purge   ainsi  de  temps  en  temps  Faire   de  son 
Eglise.  Mais  il  ne  sévit  pas  seulement  contre  les  grands 
pécheurs  qui  la  déshonorent  et  les  hérétiques  qui  la  rava- 

nt  :  il  atteint  aussi  les  justes  et  il  les  châtie  pour  qu'ils 
c x p i •  m . r  leurs  négligences.  Qucm  diligit  Deus   castigat. 

Hebr.,  mi.  I 

i  I ■  1 1 1 . 1. s   CATHOUQ1  i  s  1.-) 


—    2-26     — 

Dieu  n'épargne  ni  le  juste  ni  le  pécheur,  dit  saint  Au- 
gustin; mais  tandis  qu'il  corrige  l'un  comme  son  enfant, 
il  punit  et  frappe  l'autre  comme  un  impie.  (S.  Aug.  contra 
Faust.,  1.  XXIII,  c.  xx.) 

Si aidera  primum  a  nobis,  r/uis  finis  eorum  qui  non  cre- 
dunt  Evangeliu  ?  Or  si  Dieu  commence  par  nous,  et  si 
son  jugement  est  si  rigoureux  contre  les  chrétiens  qui 
tombent  en  des  fautes  légères,  quelle  sera  la  fin  des  incré- 
dules qui  repoussent  l'Evangile?  Saint  Pierre  ne  parle 
pas  de  l'infidélité  simplement  négative,  qui  consiste  à 
ignorer  les  vérités  de  la  foi.  Il  parle  des  orgueilleux  à  qui 
Jésus-Christ  est  annoncé  et  qui  refusent  de  l'adorer.  C'est 
un  grand  péché.  Mais  il  y  en  a  un  plus  grand  encore  : 
celui  d'avoir  été  baptisé,  élevé  chrétiennement,  participé 
aux  saints  mystères,  puis  d'avoir  renié  la  foi  que  l'on 
avait  professée,  comme  font  aujourd'hui  un  grand  nombre 
de  traîtres  élevés  sur  les  genoux  de  l'Eglise. 

18.  Et  si  justus  vix  salvabilur,  impius  et  peccator  ubi 
parebunt?  «  Et  si  le  juste  même  se  sauve  avec  peine,  que 
deviendront  les  impies  et  les  pécheurs?  »  Le  juste  est 
celui  qui  obéit  à  l'Evangile,  dont  il  accepte  la  doctrine  et 
observe  les  lois.  Or  si  un  tel  chrétien  a  tant  de  peine  à 
se  sauver,  s'il  lui  échappe  encore  des  fautes  que  Dieu 
punit  sévèrement,  que  deviendra  l'impie  qui  ne  veut  ni 
adorer  Dieu,  ni  croire  en  Dieu?  Et  le  chrétien  même  qui, 
tout  en  gardant  la  foi,  passe  sa  vie  dans  le  péché,  com- 
ment osera'-t-il  paraître  devant  le  Juge  terrible,  et  où  se 
cachera-t-il  à  ses  yeux?  Impius  et  peccator  ubi  parebunt? 

Saint  Pierre  cite  d'après  les  Septante  ce  verset  des 
Proverbes  :  Si  le  juste  est  puni  sur  la  terre,  combien  plus 
l'impie  et  le  pécheur!  Si  justus  in  terra  recipit,  quanto 
macjis  impius  et  peccator!  (Prov.,  xi,  31.) 

Ce  texte  vix  justus  salvabitar,  peut  s'entendre  aussi  du 
jugement  particulier,  où  toutes  les  œuvres  sont  discutées. 
Là  le  juste  même  est  difficilement  sauvé,  parce  qu'il  est 
difficilement  justifié.  11  lui  est  échappé  bien  des  fautes 
durant  sa  vie,  et  ses  bonnes  œuvres  elles-mêmes  ont  été 
fréquemment  défectueuses.  Il  faut  cependant  que  tout  ce 


—    227    —  /  Pelr.y/iv. 

qui  n'est  pas  pur  soit  lavé  par  les  larmes  de  la  pénitence, 
ou  passe  par  le  feu  du  purgatoire. 

C'est  pourquoi  saint  Augustin  priant  pour  sa  vertueuse 
mère  sainte  Monique,  disait  qu'on  devrait  trembler  poul- 
ies chrétiens  même  dignes  de  louanges,  si  Dieu  les  jugeait 
sans  miséricorde  :  Vœ  etiam  laudàbili  vitœ  hominum,  si 
remota  misericordia  discutias  eaml  (S.  Aug.  Conf.,  1.  IX, 
c.  xiii.)  Le  saint  Docteur  ne  fait  que  traduire  la  pensée 
du  prophète  lorsqu'il  disait  :  «  Si  vous  observez  nos  ini- 
quités, Seigneur,  ah  !  Seigneur,  qui  subsistera  devant 
vous?  (Ps.  cxxix.) 

19.  1  toque  et  ht  qui pathmtitr  sccunditm  voluntatem  Dei, 
fideli  Creatori  commendent  animas  suas  in  benefactis. 
C'est  la  conclusion  du  discours  :  puisqu'on  ne  fait  son 
salut  qu'avec  peine,  «  ceux  mêmes  qui  souffrent  selon  la 
volonté  de  Dieu  doivent  recommander  humblement  leur 
â  me  à  leur  fidèle  Créateur,  en  faisant  de  bonnes  œuvres.  » 

Creatori.  Cette  parole  de  l'Apôtre  nous  suggère  deux 
motifs  de  confiance.  D'abord,  en  créant  notre  âme,  Dieu 
ne  l'a  pas  destinée  au  malheur  :  nous  devons  donc  espé- 
rer en  sa  bonté. 

Fideli.  Ensuite  il  est  fidèle  à  écouter  nos  prières  et  à 
pardonner  au  repentir.  C'est  un  second  motif  de  lui 
remettre  nos  âmes  avec  confiance,  en  lui  disant  comme 
David  :  In  manus  tuas,  Domine,  commendo  spiritum 
meum. 

Enfin  nous  souffrons  pour  lui,  et  selon  sa  volonté  : 
troisième  raison  qui  diminue  nos  craintes. 

Toutefois,  lors  même  que  nous  souffrons  pour  Dieu  de 
la  part  des  hommes,  assurons  mieux  encore  notre  salut 
en  multipliant  nos  bonnes  œuvres  :  in  benefactis.  Servons 
Dieu,  et  travaillons  pour  sa  gloire  jusqu'à  notre  dernier 
soupir. 


—    228    — 


CHAPITRE  CINQUIÈME 


ANALYSE 

1.  Saint  Pierre  exhorte  les  pasteurs  à  veiller  avec  zèle,  dou- 
ceur et  désintéressement  sur  le  troupeau  qui  leur  est  confié. 
Ils  doivent  se  rendre  eux-mêmes  les  modèles  de  ceux  qu'ils 
gouvernent,  afin  de  recevoir  du  Prince  des  pasteurs  une 
couronne  qui  ne  se  flétrira  pas  (1-4). 

2.  Il  recommande  aux  jeunes  gens  le  respect  envers  les 
vieillards,  puis  à  tous  les  chrétiens  la  confiance  en  la  divine 
Providence  (5-7). 

3.  Il  les  avertit  de  se  tenir  en  garde  contre  les  embûches  du 
démon  et  de  lui  résister  avec  courage,  en  se  fortifiant  dans  la 
foi  (8-9). 

Enfin,  il  les  salue  et  leur  souhaite  la  grâce  de  Dieu  (10-fin). 


1.  Je  conjure  donc  les  prêtres  qui 
sont  au  milieu  de  vous,  étant  prêtre 
moi-même  comme  eux,  et  de  plus 
témoin  des  souffrances  de  Jésus- 
Christ,  et  chargé  de  communiquer  la 
gloire  quidoit  être  un  jour  manifestée, 

2.  Et  je  leur  adresse  cette  prière  : 
Paissez  le  troupeau  qui  vous  est 
confié  et  veillez  sur  lui,  non  par 
contrainte,  mais  spontanément  et 
selon  Dieu;  non  pour  un  gain  hon- 
teux, mais  de  bon  cœur  ; 

3.  Non  en  voulant  dominer  sur 
l'héritage  du  Seigneur,  mais  en 
vous  rendant  les  modèles  du  trou- 
peau par  un  zèle  sincère. 

4.  Et  lorsque  le  Prince  des  pas- 
teurs apparaîtra,  vous  recevrez  une 
couronne  de  gloire  qui  ne  se  flétrira 
jamais. 


1.  Seniores  ergo  qui  in  vobis 
sunt  obsecro  consenior,  et  testis 
Christi  passionum,  qui  et  ejits 
quœ  in  futuro  revelanda  est 
gloriœ  Communicator  : 

2.  Pascite  qui  in  vobis  est 
gregcm  Dei,  providentes  non 
coacte,  sed  spontanée  secundum 
Deum  ;  neque  turpis  lucri  gra- 
tta, sed  voluntarie  ; 

3.  Neque  ut  dominantes  in 
devis,  sed  forma  facti  gregis 
ex  animo. 

4.  Et  quum  apparuerit  prin- 
ceps  pastorum,  percipietis  im- 
marcescibilem  gloriœ  coronam. 


/  Petr.,  v. 


5.  Siniiliter,  adolescentes,  sub- 
diti  estote  senior ibus.  Omnes 
mitera  invicem  humilitatem  in- 
sinv.ate  :  quia  Deus  superbis 
résistif,  humilibus  autem  dat 
gratiam. 

G.  Humiliamini  igitur  sub 
potenti  manu  Dei,  ut  vos  exàlr 
tet  in  tempore  visitationis. 

7.  Omnem  sollicitudinem  ves- 
<  projicientes  in  eum,  quo- 

niam  ipsi  cura  est  de  vobis. 

8.  Sobrii  estote.  et  vigilate  ; 
quia  adversarius  vester  diabolus 
tanquam  leo  rugiens  circuit, 
quœrens  quem  devoret  : 

9.  Cui  resistite  fortes  in  fide. 
scientes  eamdem  passionem  ei 
i[i>cr  in   mundo  est  vestree  fra- 

nitati  f,ri. 

10.  Deus  autem  omnis  gratiœ, 
ij)'i  vocavit  nos  in  œternam 
suam  gloriam  in  Christo  Jesu, 
niodicum  j)<w565  ipse  perficiet, 
confirmabit,  solidàbitque. 

11.  Ipsi  gloria  et  imperium 
in  tœcula  sœcidonim.  Amen. 

12.  Per  Silvanutn  fidelem 
fratrem  vobis,  ut  arbitror,  bre- 

r  scripsi,  obsecrans  et  con- 
testons hanc  esse  veram  gratiam 
in  qi'n  statis. 


13.  Salutat  vos  Ecclesia  quœ 

in    Babylone     coelecta,    et 

"b£avcus  filius  meus. 

1 1.  Salutate  invicem  in  oscxdo 

a  ri  n'a    rubis    omnibus 

ij">'  estis  in  ChrUto  Jesu. Amen. 


5.  Vous  aussi,  jeunes  gens,  soyez 
soumis  aux  vieillards.  Revêtez-vous 
tous  de  l'humilité  les  uns  à  l'égard 
des  autres:  parce  que  Dieu  résiste 
aux  superbes  et  donne  sa  grâce  aux 
humbles. 

G.  Humiliez-vous  donc  sous  la 
main  puissante  de  Dieu,  afin  qu'il 
vous  élève  dans  le  temps  de  sa  visite. 

7.  Jetez  dans  son  sein  toutes  vos 
inquiétudes,  parce  qu'il  a  lui-même 
soin  de  vous. 

8.  Soyez  sobres  et  veillez  :  cru-  le 
démon  votre  ennemi  tourne  autour 
de  vous  comme  un  lion  rugissant, 
et  cherche  qui  il  pourra  dévorer. 

9.  Résistez-lui  en  demeurant  fer- 
mes dans  la  foi,  sachant  que  vos 
frères  qui  sont  répandus  dans  le 
monde  souffrent  les  mêmes  afflictions 
que  vous. 

10.  Mais  le  Dieu  de  toute  grâce, 
qui  nous  a  appelés  en  Jésus-Christ 
à  son  éternelle  gloire,  nous  perfec- 
tionnera lui-même  quand  nous  aurons 
souffert  un  peu  de  temps,  il  nous 
affermira  et  nous  fortifiera. 

11.  A  lui  soit  la  gloire  et  l'empire 
dans  les  siècles  des  siècles  !  Amen. 

12.  Je  vous  ai  écrit  une  lettre 
assez  courte,  ce  me  semble,  et  je 
vous  l'envoie  par  Silvain,  notre 
frère  fidèle,  en  vous  conjurant  de 
croire  et  vous  attestant  que  la  vraie 
grâce  de  Dieu  est  celle  dans  laquelle 
vous  demeurez. 

13.  L'Eglise  qui  est  dans  Baby- 
lone et  qui  est  élue  comme  vous, 
ainsi  que  mon  fils  Marc,  vous  salue. 

14.  Saluez-vous  les  uns  les  autres 
par  un  saint  baiser.  Que  la  grâce  soit 
en  vous  tous  qui  êtes  en  Jésus-Christ  ! 
Amen. 


COMMENTAIRE 


1    Ergo,  «  donc.  »  Ce  dernier  chapitre  est  la  conclusion 
■t  s  enseignements  qui  précèdent.  Puisque  le  jugement 


—    280    — 

approche,  où  les  justes  eux-mêmes  ne  seront  pas  sans 
frayeur,  il  faut  que  tous  s'y  préparent. 

Senior  es  obsecro,  «  je  conjure  les  prêtres  »,  -pscÊuTepouç. 
Le  mot  TtpssoÛTepoç  a  la  double  signification  de  prêtre  et  de 
vieillard  (1).  Ici  le  sens  de  prêtre  est  certain,  puisque 
saint  Pierre  exhorte  ceux  qu'il  nomme  ainsi,  à  paître  le 
troupeau  de  Dieu  :  Pascite  gregem  Dei. 

Or  7rps<j6uT£poç,  dans  le  sens  de  prêtre,  désigne  tous  ceux 
qui  ont  reçu  le  sacerdoce,  soit  complet,  comme  Févêque, 
soit  incomplet,  comme  le  simple  prêtre.  En  cet  endroit 
l'Apôtre  s'adresse  spécialement  aux  évoques  ;  car  eux 
seuls  ont  la  pleine  puissance  de  paître  un  troupeau  ou  de 
gouverner  une  église. 

Néanmoins  l'exhortation  de  saint  Pierre  regarde  aussi 
les  prêtres,  qui  sont  les  coopérateurs  des  évêques  dans 
l'administration  des  églises  de  l'Asie.  Senior  es  qui  in 
vobis  snnt. 

Obsecro,  TiapaxotXû,  je  les  exhorte  tous  et  je  les  supplie. 

Consenior,  moi  prêtre,  évêque  et  vieillard  comme  eux, 
moi  qui  dois  bientôt  rendre  compte  de  mon  ministère 
apostolique  et  de  ma  vie  entière  au  souverain  Pasteur  et 
au  Juge  suprême,  qu'ils  écoutent  l'exhortation  que  je 
leur  adresse  avant  de  quitter  ce  monde. 

Consenior,  Saint  Pierre  avait  le  droit  de  se  nommer 
Prince  des  Apôtres,  Evêque  des  évêques,  Chef  de  l'Eglise 
universelle,  Vicaire  de  Jésus-Christ.  Il  possédait  ces 
titres  qui  rélevaient  au-dessus  de  tous  les  hommes  de 
l'univers.  Mais  par  humilité,  il  se  nomme  simplement 
consenior,  au^irpscêuTepoç.  Il  se  confond  avec  tous  les  prêtres 
de  Jésus-Christ. 

Et  testis  Chinsti  passionum.  Je  suis  témoin  des  souf- 
frances par  lesquelles  le  Christ  a  racheté  le  monde.  Je 
les  ai  vues  de  mes  yeux,  je  les  raconte,  je  les  atteste  à 
mes  frères  d'Israël  et  aux  peuples  de  la  gentilité,  afin 
que  tous  sachent  que  leurs  péchés  sont  effacés  par  le 
sang  du  Christ.  Je  vous  rappelle  sa  passion,  spéciale- 

(1)  Voyez  Act.  Ap.,  xx,  17  et  28  ;  et  I  Tim.,  v,  19. 


—    331    —  /  Petr.,  v. 

ment  à  vous  évoques  et  piètres,  afin  de  vous  animer  à 
souffrir  comme  lui  pour  le  salut  des  hommes. 

Et  ejus  qux  in  futuro  revelcuida  est  cjlorix  Communi- 
cator. Faites  attention  à  mes  paroles,  car  j'ai  reçu  la 
puissance  et  la  charge  de  communiquer  aux  hommes  la 
gloire  qui  doit  être  un  jour  révélée  et  manifestée  aux 
yeux  de  tout  l'univers.  La  gloire  réservée  aux  justes 
est  aujourd'hui  cachée  et  couverte  comme  d'un  voile.  On 
les  méprise  comme  les  derniers  des  hommes;  mais  au 
jour  de  la  résurrection  et  du  jugement,  le  voile  sera  ôté 
et  ils  brilleront  comme  le  soleil  dans  le  royaume  de  Dieu, 
leur  père. 

Glorix  Communicator,  Le  terme  grec  xotvwvbç  signifie 
particeps.  C'est  pourquoi  la  plupart  des  interprètes  sup- 
posent que  saint  Pierre  dit  ici  qu'il  est  appelé  à  participer 
un  jour  à  la  gloire  céleste.  Mais  l'auteur  de  la  Vulgate, 
en  rendant  xocvuv&c  par  Communicator,  donne  un  sens  qui 
nous  paraît  plus  beau.  La  gloire  immense  et  éternelle  du 
royaume  des  cieux,  saint  Pierre  affirme  qu'il  a  le  pouvoir 
de  la  communiquer,  et  il  l'offre  à  tous  les  hommes.  Glorix 
Communicator  !  Cette  admirable  puissance,  saint  Pierre 
et  ses  successeurs  la  possèdent  :  ils  la  tiennent  de  Jésus- 
Christ.  De  là  elle  passe  à  tous  les  évêques,  et  les  évoques 
la  transmettent  aux  prêtres.  Tout  prêtre  qui  baptise,  qui 
sacrifie,  qui  prêche  ou  absout,  offre  et  donne  réellement 
aux  hommes  un  trône  de  gloire  dans  les  cieux. 

En  effet,  le  mot  xoivuv&ç  ne  signifie  pas  seulement  celui 
qui  reçoit  une  part  de  quelque  chose,  comme  plus  bas, 
Os-.'a;  mot*  :;<.>;,  divinx  participes  naturx{\\  Petr.,  i,  4)  ; 

mais  xotwûv&c  se  prend  aussi  dans  le  sens  actif  et  désigne 
un  agent  qui  participe  à  une  action.  Ainsi  Sophocle  a  dit 
MKwmAc  xflucoO,  auctor  mali  Trach.  730),  celui  qui  participe 
à  une  chose  mauvaise  en  y  coopérant,  «  der  die  Uebel 
mit  veruraacht  liât»,  comme  traduit  Passow.  L'auteur 
de  la  Vulgate  a  donc  pu  rendre  ici  xora>v&<  par  Communi- 
cator. Ce  sens  d'ailleurs  complète  l'idée  de  consenior, 
;,  votre  collègue  dans  le  sacerdoce.  Pourquoi 
saint  Pierre  est-il  prêtre?  Est-ce  seulement  pour  jouir 


—    232    — 

lui-même  de  la  gloire  ?  Non,  c'est  afin  de  la  communiquer 
aux  autres  hommes  (1). 

2.  Pascite  qui  in  vobis  est  gregem  Dei.  Quel  est  l'objet 
de  l'exhortation  pressante  qu'adresse  saint  Pierre  aux 
évêques  et  aux  prêtres  ?  Il  leur  recommande  de  paître  le 
troupeau  de  Dieu  qui  leur  est  confié.  Ce  mot  pascite 
retentit  sans  cesse  aux  oreilles  des  pasteurs  qui  ont 
charge  d'àmes.  Leur  office  est  de  les  nourrir  de  la  parole 
sainte,  de  les  fortifier  par  les  sacrements,  de  les  défendre 
contre  les  mauvaises  doctrines  et  les  scandales,  de  les 
édifier  par  une  vie  sainte  et  de  prier  pour  eux.  Pascas 
vcrbo,  pascas  exemplo,  pascas  sanctarum  fructu  oratio- 
numy  leur  crie  saint  Bernard. 

Si  la  foi  diminue,  si  l'indifférence  et  la  corruption  s'éten- 
dent, il  faut  que  le  pasteur  puisse  se  rendre  devant  Dieu 
le  témoignage  que  sa  négligence  n'en  est  point  la  cause. 
Oh  !  si  l'on  eût  prêché  assidûment,  simplement,  solide- 
ment, est-il  bien  sûr  que  l'ignorance  des  vérités  de  la 
religion  serait  si  commune  et  si  déplorable  ?  Il  y  a  des 
diocèses  où  le  peuple  fréquente  l'église  en  foule  :  pour- 
quoi la  chaire  est-elle  souvent  muette  ?  ou  pourquoi  des 
improvisations  vagues  s'y  font-elles  entendre,  au  lieu 
d'une  explication  nette  et  brève  des  dogmes  et  des  pré 
ceptes  de  la  religion  ?  C'est  la  parole  sainte  qui  a  converti 
le  monde  :  c'est  elle  qui  peut  le  sauver  encore. 

Gregem  Dei.  Paissez  le  troupeau  de  Dieu,  vous  souve- 
nant qu'il  n'est  pas  le  vôtre,  mais  qu'il  appartient  au 
Seigneur.  Ceux  qui  veulent  paître  les  brebis  du  Christ, 
comme  si  elles  leur  appartenaient,  n'aiment  pas  le  Christ. 

(1)  Ceux  qui  veulent  ici  corriger  la  Vulgate  et  donner  le  sens  de 
particeps  à  xotv&ivàj,  expliquent  ce  ternie  en  disant  que  saint  Pierre  par- 
ticipa à  la  gloire  de  Jésus  transfiguré  sur  le  Thabor,  gloire  qui  était 
semblable  à  celle  dont  les  élus  jouiront  dans  les  cieux.  Mais  cette  inter- 
prétation manque  de  justesse.  L'Apôtre  fut  témoin  de  la  gloire  du 
Thabor,  comme  il  fut  témoin  de  la  Passion  du  Christ  ;  mais  il  n'eut 
part  ni  à  Tune  ni  à  l'autre.  Aussi  le  mot  «  témoin  «  qu'il  vient  d'em- 
ployer pour  la  Passion,  ne  lui  suffit  plus  pour  la  gloire  future,  parce 
qu'il  veut  dire  qu'il  ne  l'a  pas  seulement  vue,  mais  qu'il  la  donne.  C'est 
pourquoi  il  ajoute  à  test  in  le  mot  Communicator,  sens  qu'attribue  à 
xoivfijvàs  l'habile  helléniste  qui  est  l'auteur  de  la  Vulgate. 


—     233     —  /  Petr.,v. 

mais  s'aiment  eux-mêmes.  Qui  hoc  animo  pascunt  oves 
Christi,  ut  suas  velint  esse,  non  Christi,  se  convincuntur 
amare,  non  Christian.  (S.  Aug.  Tract.  123  in  Joann.) 

Gregem  qui  in  vobis  est,  c'est-à-dire,  qui  in  potestate  et 
sub  auctoritate  vestra  est.  Le  troupeau  qui  vous  est  confié 
sera  l'objet  spécial  de  vos  soins. 

Saint  Pierre  va  maintenant  dire  comment  les  pasteurs 
doivent  s'acquitter  de  leur  charge. 

Provident  es.  Ce  mot  condamne  le  pasteur  sans  zèle, 
qui  attend  chez  lui  qu'on  vienne  recourir  à  son  ministère. 
Il  doit  veiller  sur  tous  les  chrétiens  soumis  à  sa  juridiction 
et  pourvoir  à  leurs  besoins  spirituels.  Hommes,  femmes, 
enfants,  vieillards,  justes  et  pécheurs,  il  se  doit  à  tous. 
Que  pas  un  ne  se  perde  par  sa  faute  :  il  en  rendra  compte 
au  souverain  Juge.  —  Providentes,  en  grec,  èicwxoTrouvTeç, 
invigilantes.  Ce  mot  signifie  proprement,  dans  le  style 
apostolique,  «  remplir  la  charge  d'évêque.  »  L'évêque 
(!m'(rxo7TO; ,  inspector)  était  alors  le  chef  d'une  église, 
formée  de  la  chrétienté  d'une  ville  et  de  son  territoire. 
Un  diacre  et  quelques  prêtres  l'aidaient  à  l'administrer. 
(Act.  Ap.,  xx,  28.)  Aujourd'hui  les  diocèses,  souvent 
très  étendus,  sont  divisés  en  paroisses  que  l'évoque 
pourvoit  de  pasteurs;  et  sur  ces  pasteurs  de  second 
ordre  retombe  la  charge  de  veiller  au  salut  des  âmes. 

Non  coacte,  sed  spontanée.  Que  les  pasteurs  ne  s'ac- 
quittent point  de  leurs  fonctions  par  contrainte  (àvarpiaMoç, 
ex  necessitate);  qu'ils  ne  se  considèrent  point  comme  des 
esclaves  à  qui  l'on  impose  une  tâche;  mais  qu'ils  rem- 
plissent leur  devoir  de  bon  cœur,  beouefoç,  libenter.  Le 
prêtre  doit  se  montrer  toujours  prêt  à  confesser,  à  prê- 
cher la  parole  de  Dieu,  à  visiter  les  malades.  Quelque 
pénibles  que  soient  ses  fonctions,  la  charité  lui  en  fait 
surmonter  les  fatigues. 

Secundum  Deum.  Les  pasteurs  paîtront  leurs  brebis 
selon  Dieu,  en  faisant  ce  qu'il  veut  et  en  cherchant  uni- 
quement sa  gloire,  ("est  la  règle  du  zèle,  c'en  est  le  sou- 
tien et  la  force.  Une  ardeur  naturelle,  qui  n'a  pas  la  loi 
de  Dieu  pour  guide  et  sa  gloire  pour  principe,  s'agite 


—    234    — 

inutilement.  Le  bien  qui  n'est  pas  fait  en  vue  de  Dieu  et 
selon  Dieu  ne  sera  pas  récompensé  de  Dieu  (1). 

Neque  turpis  lucri  gratia,  sed  vohintarie.  Il  est  juste  que 
le  prêtre  qui  sert  à  l'autel  vive  de  l'autel;  mais  il  ne 
remplit  point  ses  fonctions  sacrées  en  vue  du  gain,  comme 
un  ouvrier  mercenaire.  L'honoraire  fixé  par  l'Eglise  lui 
est  dû  et  ne  peut  lui  être  refusé  sans  injustice;  mais  lors- 
qu'il répand  la  grâce  dans  les  âmes,  il  ne  travaille  point 
pour  un  salaire  :  c'est  la  gloire  de  Dieu  et  le  salut  des 
hommes  qu'il  se  propose.  Rien  ne  lui  acquiert  plus  d'au- 
torité que  son  désintéressement.  Les  Apôtres,  dit  un  pieux 
auteur,  ont  moins  frappé  les  hommes  d'admiration  par 
leurs  prodiges,  que  par  leur  mépris  des  biens  de  la  terre. 

Sed  vohintarie.  Que  les  pasteurs  remplissent  donc 
leurs  devoirs  en  s'y  portant  avec  affection  et  zèle  (2). 

3.  Neque  ut  dominantes  in  cleris.  Vous  ne  gouvernerez 
point  le  peuple  chrétien  avec  fierté,  comme  font  des  maî- 
tres impérieux.  En  grec,  <I>ç  xaxaxupisuovreç,  ut  superbe  do- 
minantes. 

Saint  Pierre  répète  la  leçon  qu'il  a  apprise  de  son 
divin  Maître.  Les  rois  des  nations,  disait  Notre-Seigneur, 
exercent  leur  empire  sur  leurs  sujets  :  parmi  vous,  il 
n'en  sera  pas  ainsi.  Que  celui  d'entre  vous  qui  veut  être 
le  premier,  soit  le  serviteur  des  autres.  Qui  voluerit  inter 
vos  primus  esse,  erit  vester  servus.  (S.  Matth.,  xx,  27.) 
C'est  l'exemple  que  nous  donne  le  Souverain-Pontife,  le 
Vicaire  même  de  Jésus-Christ,  lorsqu'il  se  nomme  «  le 
serviteur  des  serviteurs  de  Dieu.  » 

In  cleris.  Ne  serait-il  pas  odieux  de  vouloir  dominer 
avec  arrogance  sur  le  peuple  chrétien,  comme  s'il  était 
votre  domaine,  au  lieu  qu'il  est  l'héritage  du  Seigneur? 
Non  dominentur  clero,  id  est  populo,  qui  sors  Domini  est, 
dit  saint  Cyrille.  (lu  Isaiam,  1.  I,  Or.  3.) 

(1)  Les  mots  secundum  Deum  manquent  dans  plusieurs  éditions 
grecques;  mais  on  doit  les  maintenir;  car  ils  se  lisent  dans  le  manuscrit 
d'Alexandrie,  dans  le  sinaïtique,  dans  Théophylacte ,  dans  la  version 
syriaque,  et  ailleurs  encore. 

(2)  C'est  le  sens  du  grec  npoO-j/j-Ui,  terme  qui  dit  plus  que  h-^-i^i,  li- 
benter  :  il  marque  l'empressement  et  l'ardeur,  prompto  et  alacri  animo. 


—    235    —  !Petr.,Y. 

In  devis.  Le  mot  xXf,po'.,  sortes,  signifie  les  portions  d'un 
héritage  qui  sont  échues  aux  héritiers.  Ici  xA^poe,  en 
style  apostolique,  désigne  les  églises  particulières,  les 
portions  de  l'Eglise  universelle  qui  sont  confiées  à  cha- 
que évoque.  Ce  sens  est  déterminé  par  le  mot  gregis, 
troupeau,  qui  suit  immédiatement. 

In  devis.  Néanmoins  par  le  mot  clerus  on  entend  aussi 
très  bien  «  le  clergé  »,  parce  qu'il  est  l'héritage  spécial  et 
sacré  du  Seigneur.  Les  évêques  n'exerceront  donc  pas 
une  domination  hautaine  sur  le  clergé  qui  leur  est  sou- 
mis. On  met  le  pluriel  devis,  les  clergés,  parce  qu'il  y 
en  a  plusieurs  gouvernés  chacun  par  son  évêque. 

Sed  forma  facti  gregis,  «  soyez  les  modèles  de  votre 
troupeau.  »  Que  vos  actions  s'accordent  avec  vos  paroles. 
Faites  avant  d'enseigner.  C'est  une  parole  vivante  et 
efficace  que  l'exemple  donné  par  les  oeuvres,  dit  saint 
Bernard.  Opeva  verdis  conciliant,  ut  cuves  pvius  facere 
quam  docere.  Sermo  vivus  et  efficax  exemplum  est  operis. 
(S.  Bern.  Ep.  cci.)  Il  faut  que  le  prêtre  puisse  répéter  au 
peuple  ce  que  Notre-Seigneur  disait  à  ses  Apôtres  :  «  Je 
vous  ai  donné  l'exemple,  afin  que  vous  fassiez  comme  j'ai 
fait.  »  (S.  Joan.,  xm,  15.)  Les  fidèles  en  voyant  l'humilité, 
la  piété,  la  charité  de  leur  pasteur,  se  diront  à  eux-mêmes  : 
Nous  n'avons  qu'à  l'imiter  pour  ressembler  à  Jésus- 
Christ.  Faisons  ce  qu'il  fait  et  nous  serons  sauvés.  Saint 
Paul  donnait  le  même  précepte  à  ses  deux  disciples  saint 
Tite  et  saint  Tnnothée.  Montrez-vous  vous-même  en 
toute  chose  un  modèle  de  bonnes  œuvres,  disait- il  au 
premier.  In  omnibus  te  ipsum  prœbe  exemplum  bonorum 
operum.  (Tit.,  n,  7.)  Et  au  second  :  «  Soyez  l'exemple  des 
fidèles  dans  vos  paroles,  dans  votre  conduite,  dans  la 
charité,  dans  la  foi,  dans  la  chasteté.  Exemplum  esto  fide- 
Uum  in  verbo,  in  conversatione,  in  charitate,  in  fuie,  in 
castitate.  *  (ITim.,  îv,  12.) 

Ex  animo(l).  L'imitation  de  Jésus-Christ  ne  sera  pas 
seulement  extérieure  chez  le  prêtre  et  l'évèque,  maissin- 

(1)  Si  ces  m  mima  qui  ne  se  trouvent  pas  aujourd'hui  dan-  1<> 

grec,  sont  un.'  glose,  <-\>>t  sse  glose  excellente. 


—    236    — 

cère,  dans  le  cœur.  Le  pasteur,  sentant  le  devoir  de  don- 
ner le  bon  exemple,  purifiera  toutes  ses  affections;  il  se 
sanctifiera  pour  se  sauver  lui-môme,  et  avec  lui  son  trou- 
peau. Il  dira  comme  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  :  Pro 
eis  ego  sanctifico  me  ipsum,  ut  sint  et  ipsi  sanctifîcati  in 
veritate.  (S.  Joann..  xvn,  19.) 

4.  Et  quum  appartient  princeps  pastorum,  percipietis 
immarcessibilem  gloriœ  coronam.  Le  ministère  pastoral 
entraîne  bien  des  sollicitudes.  La  prédication  seule  est 
un  fardeau  très  pesant,  dit  saint  Chrysostome,  le  plus 
éloquent  des  saints  Pères  ;  mais  si  le  travail  est  pénible, 
la  récompense  est  magnifique.  Si  tabor  terret,  merces  in- 
vitet.  Lorsque  le  Prince  des  pasteurs  apparaîtra  pour 
rendre  à  chacun  selon  ses  œuvres,  vous  qui  aurez  veillé 
constamment  sur  le  troupeau,  et  soutenu  les  fatigues  du 
ministère  pastoral,  vous  recevrez  une  couronne  de  gloire 
qui  ne  se  flétrira  jamais. 

Un  bon  pasteur  mérite  d'être  comparé  aux  martyrs, 
selon  le  même  saint  Chrysostome.  En  effet,  dit-il,  le  mar- 
tyr donne  une  fois  sa  vie  pour  le  Christ,  et  le  bon  pasteur 
offre  chaque  jour  la  sienne  pour  son  troupeau.  (S.  Chrys., 
Hom.  xxx  in  Rom.  sub  fin.) 

Ne  soyons  pas  surpris  que  saint  Pierre  insiste  avec 
tant  de  force  sur  un  sujet  si  important;  il  sait  que  de  la 
sainteté  de  l'évêque  et  du  zèle  du  prêtre  dépend  le  salut 
du  monde. 

Gloria?  coronam.  La  couronne  de  gloire  est  commune 
à  tous  les  bienheureux  ;  mais  les  théologiens  assignent, 
en  outre,  une  magnifique  auréole  à  trois  ordres  de  saints  : 
aux  martyrs,  aux  vierges  et  aux  docteurs.  Il  est  dit  en 
particulier  des  docteurs  qu'ils  brilleront  comme  la  splen- 
deur du  firmament.  Qui  autem  docti  fuerint,  fulgebunt 
guasi  splendor  firmament i ;  et  qui  ad  justitiam  erudiunt 
multos,  quasi  stell&  in  perpétuas  œternitates.  (Dan.,  xn,  8.) 

5.  Simili  ter  adolescentes,  subditi  estote  senioribus.  Après 
avoir  donné  des  conseils  aux  pasteurs,  saint  Pierre  s'a- 
dresse aux  jeunes  gens  :  «  Soyez  soumis  aux  vieillards  », 

eur  dit-il.  En  grec,  veorrepot  b-zoxi^r^t  icpearêoTÉpoiç.  Ici,  -kç,s<j&6- 


—    237    —  /  Petr.,  v. 

Tspo;  indique  la  dignité  de  l'âge  ;  car  nulle  part  vswTepoç,  qui 
est  le  mot  corrélatif,  ne  signifie  un  laïque.  Saint  Pierre 
veut  donc  que,  dans  les  assemblées  chrétiennes,  les  plus 
jeunes  soient  pleins  de  respect  et  de  déférence,  non  seu- 
lement pour  les  prêtres,  mais  encore  pour  les  hommes 
âgés  :  ils  leur  obéiront  même,  les  considérant  comme 
leurs  chefs. 

C'est  un  précepte  fort  utile  de  nos  jours  ;  car,  dans  la 
société  moderne,  souvent  le  jeune  homme  méprise  le  vieil- 
lard, comme  le  vieillard  avait  méprisé  dans  sa  jeunesse 
ceux  qui  étaient  plus  âgés  que  lui.  Nous  sommes  infatués 
de  ce  que  nous  appelons  nos  progrès;  nous  croyons  avoir 
plus  d'esprit  que  nos  pères.  Il  y  a  longtemps  que  cette 
vanité  règne  en  France.  Au  xvne  siècle,  les  hommes  let- 
trés considéraient  le  moyen  âge  comme  une  époque  de 
barbarie.  A  leurs  yeux,  les  grands  génies  de  la  scolas- 
tique,  comme  saint  Thomas,  pâlissaient  devant  les  sim- 
ples lecteurs  de  Descartes.  Le  siècle  suivant  se  proclama 
lui-même  le  siècle  des  lumières,  et  prétendit  que  le  genre 
humain  avait  été  jusque-là  dans  les  ténèbres.  Et  mainte- 
nant la  jeunesse,  rendue  par  nous  insolente,  nous  traite 
comme  nous  avons  traité  nos  aïeux.  L'Eglise  seule  con- 
serve le  culte  de  l'antiquité  et  le  respect  du  vieillard. 
Adolescentes,  subditi  estote  senioribus,  dit-elle  par  la 
bouche  de  saint  Pierre  ;  et  elle  rappelle  à  tous  ce  pré- 
cepte de  Moïse  :  Honora  personam  senis.  (Lev.,  xix,  22.) 

Maintenant,  l'Apùtre  va  parler  à  tous  les  chrétiens. 

Omnes  autrui  invicem  humilitatem  insinuate,  ou  induite. 
En  grec  :  icavrec  os  kXX^Xoiç  t^v  Ta-s'.vo^po-rjvYjV  ÈYxoy.GotTa'jOs  : 
ce  qu'on  pourrait  rendre  ainsi  littéralement  :  Dans  vos 
rapports  mutuels,  revêtez-vous  tous  du  manteau  de  l'hu- 
milité les  uns  à  l'égard  des  autres  (1). 


(1)  Le  verbe  tyMfi&Ofuu  est  un  terme  assez  rare.  11  vient  <le  x4/t6o;, 
nœud  :  d'où  se  forme  fyxé/urêu/ia,  étoile  grossière  qu'on  jetait  sur  ses 
épaules  et  qu'on  retenait  par  un  nœud,  «ervi/ûamtctu*.  De  là,  iyxop€4ofuat 
'l'un  manteau  de  peu  de  valeur.  Saint  Pierre  veut  donc 
dire  :  Tenez-vous  les  lins  devant  les  autres  dans  l'attitude  humble  et 
modeste  d'un  serviteur  devant  son  maître. 


—    238    — 

Quia  Deus  supe?*bis  resistit,  humilibus  autem  dat  gra- 
tiam.  C'est  une  citation  littérale  des  Proverbes,  selon  les 
Septante  :  Ktîptoç  &7rep7)<pavoïç  avTtTOHraeTai,  TCttteivoïç  os  Sfôoxn  yâptv. 
(Prov.,  m,  34.)  Le  principe  de  tout  péché  est  l'orgueil, 
dit  ailleurs  le  Sage,  initium  omnis  peccati  superbia.  L'or- 
gueil, dit-il  encore,  est  une  rébellion  contre  Dieu,  c'est 
une  apostasie.  Initium  superbiœ  hominis  apostatare  a  Deo. 
(Eccli.,  x,  14  et  15.)  Aussi,  «  Dieu  résiste  à  l'orgueilleux, 
tandis  qu'il  donne  sa  grâce  aux  humbles  »  et  pardonne 
aux  pécheurs  qui  s'humilient. 

6.  Eumiliamini  iqitur  sub  potenti  manu  Dei.  S'il  vous 
en  coûte  de  vous  abaisser  devant  les  hommes,  qui  sont 
de  faibles  créatures  comme  vous,  au  moins  humiliez- 
vous  sous  la  main  puissante  de  Dieu.  Est-ce  qu'il  doit 
vous  être  pénible  de  reconnaître  que  le  Créateur  des  cieux 
et  de  la  terre  est  votre  maître?  Courbez  votre  front  de- 
vant ce  Dieu  éternel  et  infini,  qui  vous  a  tirés  du  néant. 

D'ailleurs  si,  rentrant  en  vous-mêmes,  vous  considérez 
votre  conscience,  combien  n'y  découvrez- vous  pas  de 
misères,  de  souillures,  de  hontes!  La  vérité  nous  oblige 
à  nous  humilier,  selon  la  très  juste  définition  que  saint 
Bernard  nous  donne  de  l'humilité  :  L'humilité,  c'est  une 
vertu,  dit-il,  qui  fait  que  l'homme,  en  se  connaissant 
véritablement  lui-même,  devient  vil  à  ses  propres  yeux. 
Eumilitas  est  virtus  qua  quis  ex  verissima  sui  coqnitione 
sibi  ipsi  vilescit. 

Ut  vos  exaltet  in  tempore  visitationis.  S'humilier  est  le 
moyen  d'arriver  à  la  gloire.  Si  vous  vous  humiliez  devant 
Dieu,  «  il  vous  élèvera  au  jour  de  sa  visite  (1).  »  C'est  ce 
que  chantait  la  plus  humble  des  vierges.  Le  Seigneur, 
disait-elle,  a  confondu  les  pensées  des  orgueilleux,  il  a 
renversé  les  puissants  de  leurs  trônes,  et  il  a  exalté  les 

(1)  In  tempore  visitationis,  en  grec  h  xaupû,  in  tempore  opportune. 
Le  mot  visitationis,  àntoxoTtfj;,  qui  manque  dans  le  grec,  et  qui  semble 
a  plusieurs  une  glose  empruntée  au  chap.  n,  12,  n'est  pas  à  rejeter.  On 
trouve  ce  mot  dans  le  manuscrit  d'Alexandrie,  dans  le  syriaque  et  dans 
saint  Ephrem.  Au  reste,  le  temps  opportun  et  le  temps  de  la  visite  sont 
la  même  chose;  car  l'une  et  l'autre  expression  indique  le  jour  que  Dieu 
choisira  pour  consoler  et  glorifier  ses  serviteurs. 


—    239     —  lPetr.,\. 

humbles,  exaltavit  Inimités.  Elle  avait  lu  chez  son  aïeul, 
le  prophète  David,  que  le  Seigneur  sauvera  le  peuple  des 
humbles  et  humiliera  les  yeux  des  superbes.  (Ps.  xvn, 
28.)  Enfin,  Notre-Seigneur  a  prononcé  que  tout  homme 
qui  s'élève  sera  humilié,  et  que  celui  qui  s'humilie  sera 
exalté.  (S.  Luc,  xiv?  11.) 

7.  Omnem  sollkitiidinem  vestram  projicientes  in  eum, 
quoniam  ipsi  ciwa  est  de  vobis.  Humiliez-vous  donc  sous 
la  puissante  main  de  Dieu,  «  et  jetez  dans  son  sein  toutes 
vos  inquiétudes.  »  Par  là,  vous  confesserez  humblement 
que  vous  êtes  incapables  de  pourvoir  à  vos  nécessités, 
et  vous  reconnaîtrez  en  même  temps  que  Dieu,  dans  sa 
bonté,  «  prend  soin  de  vous  »  comme  un  père.  C'est  Dieu 
qui  revêt  la  nudité  du  roi  et  du  berger;  c'est  Dieu  qui 
donne  à  l'un  et  à  l'autre  le  pain  de  chaque  jour,  panem 
nostrum  guotidianwn. 

Projicicntcsin  eum.  Saint  Pierre  fait  allusion  au  Psaume 
de  David  :  «  Abandonnez  au  Seigneur  le  soin  de  tout  ce 
qui  vous  regarde,  dit  le  Prophète,  et  lui-même  vous 
nourrira.  »  (Ps.  liv,  23.)  Jacta  super  Dominum  caram 
tuam,  et  ipse  te  enutriet  (1).  Saint  Paul  recommandait 
de  même  aux  Philippiens  de  bannir  de  leur  esprit  toute 
inquiétude.  Nihil  solliciti  sitis.  (Philipp.,  iv,  6.) 

Mais  c'est  Notre-Seigneur  surtout  qui  a  développé  cette 
belle  leçon  dans  l'Evangile  avec  une  éloquence  divine. 
«  Ne  vous  inquiétez  point  de  ce  que  vous  mangerez  ni  des 
vêtements  qui  vous  sont  nécessaires.  Est-ce  que  l'âme 
n'est  pas  plus  que  la  nourriture,  et  le  corps  plus  que  le 
vêtement  .'  Regardez  les  oiseaux  du  ciel  :  ils  ne  sèment 
point,  ne  moissonnent  point,  n'amassent  point  de  provi- 
sions dans  des  greniers,  et  votre  Père  céleste  les  nourrit. 
-ce  que  vous  n'êtes  pas  devant  lui  plus  que  des  pas- 
sereaux ?  Et  quant  au  vêtement,  voyez  les  lis  :  ils  ne  tra- 
vaillent, point,  ils  ne  filent  point,  et  cependant  Salomon 
dans  toute  sa  gloire  n'a  jamais  été  vêtu  comme  l'un  d'eux. 

(1)  Saint    Piene  :  itSixv   ~(.  ■■■>    ùytfiv   imèptyzvrti    ï-^xlrh-,  -.-.- 

emblânce  est  manifeste. 


—     240     — 

Si  Dieu  prend  soin  de  vêtir  ainsi  une  herbe  des  champs, 
combien  plus  aura-t-il  soin  de  vous,  hommes  de  peu  de 
foi  ?  Bannissez  donc  l'inquiétude,  et  ne  dites  pas  :  Que 
mangerons-nous?  Que  boirons  nous  ?  De  quoi  nous  vêti- 
rons-nous? Car  votre  Père  sait  bien  que  vous  avez  besoin 
de  ces  choses.  »  (S.  Matth.,  vi.) 

Omnem  sollicitudinem.  Le  mot  sollicitudo,  uépiuva,  dé- 
signe  un  trouble  et  une  anxiété  de  l'esprit.  Ni  David,  ni 
les  Apôtres,  ni  Jésus-Christ  ne  nous  défendent  de  prendre 
un  soin  prudent  et  modéré  des  choses  de  la  vie.  Ce  qu'ils 
condamnent,  c'est  une  inquiétude  qui  nous  distrait  de  la 
pensée  du  salut.  Ce  que  la  religion  blâme,  c'est  de  nous 
tourmenter  comme  si  nous  n'avions  pas  un  Père  dans  les 
cieux.  Nous  prierons  et  nous  travaillerons  en  paix:  Dieu 
exaucera  nos  prières  en  subvenant  à  nos  besoins  par  les 
moyens  naturels,  au  nombre  desquels  il  faut  d'abord 
compter  notre  diligence. 

8.  Sobrii  estote.  Saint  Pierre  nous  recommande  la  tem- 
pérance ;  car  celui  qui  nourrit  délicatement  sa  chair  la 
sentira  bientôt  rebelle  à  l'esprit.  L'excès  du  vin  allume 
la  concupiscence. 

Sobrii  estote  et  vigilate.  «  Soyez  sobres  et  veillez.  » 
L'Apôtre  unit  ces  deux  préceptes  ;  car  la  sobriété  est  la 
mère  de  la  vigilance  et  de  la  sagesse. 

Vigilate.  Il  avait  déjà  dit  au  chapitre  précédent  :  Veil- 
lez dans  les  prières,  vigilate  in  orationibus.  Maintenant, 
il  revient  sur  ce  précepte,  afin  de  le  développer  et  d'en 
persuader  la  nécessité. 

Sobrii  estote  et  vigilate  ;  quia  adversarius  vester  diabo- 
lus,  tanquam  leo  rngiens  circuit,  quœrens  quem  devoret. 
«  Soyez  donc  sobres  et  veillez;  car  le  démon  votre  ennemi, 
semblable  à  un  lion  rugissant,  tourne  autour  de  vous,  et 
cherche  qui  il  pourra  dévorer.  »  Ces  paroles  sont  si  im- 
portantes, que  l'Eglise,  dans  sa  liturgie,  les  fait  entendre 
chaque  soir  aux  prêtres,  aux  religieux  et  aux  fidèles  qui 
assistent  à  l'office  divin.  C'est  le  cri  de  la  sentinelle  avan- 
cée qui,  de  son  poste,  jette  l'alarme  en  annonçant  l'ap- 
proche de  l'ennemi. 


—    241     —  l  Petr.ty. 

Et  vigilate.  Ayez  toujours  l'esprit  éveillé,  soyez  atten- 
tifs à  remplir  exactement  tous  vos  devoirs,  et  tenez-vous 
bien  sur  vos  gardes,  de  peur  que  l'ennemi  ne  vous  sur- 
prenne à  l'improviste.  C'est  ce  que  Notre-Seigneur  re- 
commandait à  ses  Apôtres  au  jardin  des  Oliviers.  Mais 
parce  qu'ils  dormirent,  au  lieu  de  veiller  et  de  prier, 
selon  son  ordre,  ils  manquèrent  de  courage  et  de  force 
quand  vint  la  tentation. 

Quia  adversarins  veste?'  diabolus.  «  Car  le  diable,  votre 
adversaire.  »  Le  mot  grec  àvxtèixoç  est  un  terme  de  justice  ; 
il  désigne  l'adversaire  qui  plaide  contre  nous  dans  un 
procès,  et  qui  s'efforce  de  nous  faire  condamner  par  le 
juge.  Le  démon,  condamné  à  l'enfer,  travaille  sans  relâche 
à  faire  prononcer  contre  nous  la  même  sentence.  Au  reste, 
le  mot  Kvrôucoç  se  prend  aussi  dans  le  sens  général  d'ad- 
versaire et  d'ennemi.  C'est  pourquoi  saint  Pierre  com- 
pare ici  le  démon  à  un  lion  terrible,  furieux,  rugissant, 
qui  menace  de  nous  dévorer. 

Léo  rugiens.  Quand  une  pensée  d'orgueil,  de  jalousie, 
d'impureté  s'élève  dans  votre  esprit  et  sollicite  votre 
cœur,  c'est  le  lion  qui  rugit.  Priez,  armez-vous  de  la  croix, 
et  ne  tremblez  pas.  Le  lion  peut  rugir,  mais  il  ne  saurait 
vous  blesser  malgré  vous.  Rugirepotest,  ferire  nonpotest, 
dit  saint  Bernard. 

Circuit.  Pourquoi  donc  tourne-t-il,  et  ne  s'élance-t-il 
pas  d'un  bond  sur  vous?  Parce  qu'il  vous  voit  protégés 
par  la  grâce  de  Dieu  ;  vous  repousseriez  sa  violence,  et  il 
serait  vaincu.  Cette  bête,  aussi  rusée  que  cruelle,  tourne 
donc  autour  de  vous  :  comme  un  général  ennemi,  faisant 
le  tour  d'une  place  qu'il  assiège,  cherche  l'endroit  le  plus 
facile  par  où  il  pourra  livrer  l'assaut.  Prenez  garde,  il  y 
a  dans  votre  âme  un  côté  faible  ;  Satan  l'explore  depuis 
votre  enfance,  et  peut-être  a-t-il  déjà  plus  d'une  fois  pé- 
nétré par  là  dans  la  place.  Fortifiez  donc  ce  point  mal 
sur,  et  ne  vous  endormez  pas.  Lorsque  le  démon  semble 
vous  laisser  en  paix,  croyez  bien  qu'il  tourne  et  prépare 
une  attaque.  Circuit  ille  nos  shigulos,  et  tanquam  hostis 
clausos  obsidenSy  muros  e.rplorat,  et  tentât  an  sit  pars  ali- 

ÉPITIUH  CATBOl  \Q\  M  10 


—     24>     — 

qua  minus  stabilis  et  minus  fula,  eu  jus aditu  ad  interiora 
penetretur.  (S.  Cyprian.  De  zelo  et  livore,  c.  i.) 

Circuit  quœrens  quefn  deeoret.  Le  démon  tourne  autour 
d'un  monastère  de  religieux,  autour  du  clergé  d'un  dio- 
cèse, autour  d'une  famille  chrétienne,  cherchant  qui  il 
pourra  saisir  et  dévorer.  A  Sébaste  en  Arménie,  quarante 
soldats  chrétiens  confessaient  généreusement  la  foi  ;  ils 
étaient  exposés  nus  sur  un  étang  glacé,  près  de  cueillir  la 
palme  du  martyre.  Mais  le  démon  tournait  autour  d'eux  : 
il  en  saisit  un,  l'effraya  par  la  crainte  de  la  mort,  et  en  fit 
un  apostat.  Le  démon  tournait  autour  du  collège  des  Apô- 
tres :  il  en  saisit  un,  et  en  fit  un  avare  et  un  traitre.  Le 
démon  rôdait  autour  des  sept  premiers  diacres  ;  il  saisit 
un  des  compagnons  de  saint  Etienne,  et  il  en  fit  un  impu- 
dique et  un  hérétique.  Que  de  tristes  exemples  n'avons- 
nous  pas  vus  nous-mêmes!  Qu'ils  nous  corrigent  de  notre 
imprudence,  de  notre  négligence  et  de  notre  présomption. 

9.  Cui  resistite  fortes  inp.de.  «  Résistez  au  démon,  étant 
forts  dans  la  foi.  »  L'Apôtre  saint  Paul  donnait  le  même 
précepte  aux  Ephésiens  :  «  Prenez  dans  toutes  vos  tenta- 
tions, disait-il,  le  bouclier  de  la  foi,  sur  lequel  viendront 
s'éteindre  tous  les  traits  enflammés  de  l'ennemi.  »  (Ephes., 
vi,  15.) 

Fortes  in  fide,  <rrepeol  ttj  icfora,  solides  dans  la  foi  et  ren- 
dus fermes  par  la  foi.  Or  la  foi,  qui  est  une  vertu  surna- 
turelle produite  en  nous  par  la  grâce,  s'enracine  profon- 
dément, croit,  se  fortifie  par  la  méditation  des  grandes 
vérités  de  la  religion.  Pensez  souvent  au  jugement  de 
Dieu,  aux  récompenses  des  justes,  aux  châtiments  que 
subiront  les  pécheurs.  Votre  foi,  nourrie  de  ces  grandes 
vérités,  s'affermira  et  vous  rendra  inébranlables  ;  vous 
prierez,  vous  combattrez,  vous  vaincrez. 

Scientes  eamdem  passionem  eiqaœ  in  mundo  est  vestrx 
fraternitati  fieri.  Que  si  le  démon  vous  suscite  des  tenta- 
tions et  des  persécutions,  n'en  soyez  pas  surpris  :  sachez 
que,  partout,  vos  frères  qui  sont  répandus  dans  le  monde 
sont  obligés  de  lutter  comme  vous,  et  qu'ils  éprouvent 
des  afflictions  semblables  aux  vôtres. 


—    243    —  lPetr.,v. 

Vestra:  fratcmitati  <juœ  in  mundo  est.  Saint  Pierre  dé- 
signe l'Eglise,  qui  forme  une  société  de  frères.  A  cette 
époque,  elle  était  déjà  répandue  dans  le  monde  entier, 
et  partout  elle  avait  des  ennemis,  quoique  la  sanglante 
persécution  de  Néron  n'eût  pas  encore  éclaté.  L'Apôtre 
exhorte  les  chrétiens  d'Asie  à  soutenir  la  lutte  avec  cou- 
rage, à  l'exemple  des  fidèles  de  Rome,  de  Jérusalem,  et 
de  tout  l'univers.  Est-ce  que  les  chrétiens  du  Pont,  de 
l'Asie  et  de  la  Bithynie  auraient  moins  de  constance? 

Eamdem  passionem.  Il  en  est  encore  ainsi  de  nos  jours. 
Où  irions-nous  pour  trouver  la  paix?  La  guerre  est  par- 
tout. Le  démon  soulève  en  tous  lieux  la  haine  contre  les 
disciples  du  Christ  Résistons  vaillamment,  chacun  au 
poste  où  la  Providence  nous  a  placés. 

10.  Deus  aulem  omnis  qratiœ,  qui  vocavit  nos  in  œter- 
nam  suant  qloriam  in  Christo  Jesu,  modicum  passos  ipse 
perficiet,  confirmabit,  solidabilque.  Ne  vous  découragez 
point,  comme  si  ces  combats  étaient  au-dessus  de  vos 
forces.  Sans  doute  vous  êtes  faibles  devant  un  tel  ennemi, 
et  vous  ne  pourriez  pas  résister  seuls  à  sa  fureur.  Mais 
le  Dieu  de  toute  grâce,  qui  vous  a  appelés  en  Jésus-Christ 
à  posséder  son  éternelle  gloire,  vous  rendra  lui-même 
parfaits  quand  vous  aurez  souffert  un  peu  de  temps,  il 
us  affermira,  il  vous  fortifiera,  et  vous  fera  remporter 
la  victoire. 

Deus  omnis  qratiœ.  Le  Dieu  de  toute  grâce  donne 
abondamment  la  grâce  à  quiconque  la  demande;  en 
sorte  que  chaque  chrétien  peut  dire  avec  saint  Paul  : 
Je  puis  tout  en  celui  qui  me  fortifie;  et  comme  David  : 
Le  Seigneur  est  avec  moi,  je  ne  craindrai  aucun  mal. 

Qm  pocavii  nos  in  œtmiam  suam  qloriam.  Puisqu'il 
nous  a  lui-même  appelés  à  M  gloire,  il  est  donc  certain 
qu'il  veut  nous  donner  le  moyen  d'\  parvenir. 

In  Christo  Jesu.  Il  nous  a  appelés  par  Jésus-Christ, 
qui  nous  a  fait  entendre  ses  promesses  et  nous  ;i  enrichis 
de  ses  mérites:  il  nous  a  appelés  en  Jésus-Christ  dont 
notlf   devons  partager  la  gloire,  puisque  nous  somn 
devenus  ses  frères  et  ses  membres. 


—    244    — 

Modicum  passos.  Dieu  permet,  il  veut  même  que  nous 
souffrions  un  peu,  afin  d'expier  nos  fautes,  afin  de  prouver 
notre  constance,  afin  d'imiter  notre  modèle  et  afin  de 
gagner  des  mérites.  Mais  ces  souffrances  sont  légères  et 
de  peu  de  durée,  en  comparaison  de  la  récompense  qui 
nous  est  promise. 

Modicum.  Cette  expression  nous  rappelle  celle  de 
saint  Paul,  qui  écrivait  aux  Corinthiens  :  La  tribula- 
tion  légère  et  momentanée  que  nous  souffrons  en  cette 
vie  opère  en  nous  un  poids  immense  de  gloire  éternelle. 
(II  Cor.,  îv,  17.) 

Jpse  perficiet,  aù-ro;  xaTaprfeet.  Si  bien  des  vertus  nous 
manquent,  il  nous  perfectionnera  lui-même.  Nous  nous 
sentons  faibles  et  près  de  perdre  la  patience,  la  douceur, 
la  pureté  :  il  nous  soutiendra  et  nous  aidera  à  corriger 
nos  vices,  afin  que  nous  soyons  des  chrétiens  complets, 
achevés  et  parfaits  comme  notre  divin  modèle. 

Confirmabit,  trouée,  il  nous  affermira  dans  la  foi,  dans 
l'espérance  et  dans  la  charité,  comme  sur  un  fondement 
solide,  en  sorte  que  nulle  tempête  ne  nous  renversera,  et 
que  rien  ne  pourra  nous  arracher  à  son  amour.  Quis  nos 
separabit  a  charitate  Christi? 

Solidabitque,  v-ctvûiv..  Dieu  nous  donnera  de  telles  forces 
que  nous  ne  tremblerons  point  devant  ce  lion  rugissant. 
Semblables  à  Samson  et  à  David  qui,  fortifiés  par  l'esprit 
du  Seigneur,  saisissaient  et  étouffaient  des  lions,  nous 
terrasserons  nous-mêmes  le  lion  infernal. 

11.  Jpsi gloria  et  imperium  in  sœcula  sœculorum.  Amen. 
C'est  un  souhait  d'amour,  comme  dans  l'Oraison  domi- 
nicale. Que  le  nom  du  Seigneur  soit  glorifié,  béni,  sanc- 
tifié par  toute  la  terre  !  que  toute  créature  soit  soumise  à 
son  empire  !  et  que  sa  volonté  soit  faite  dans  les  siècles 
des  siècles  !  Ainsi  soit-il  ! 

12.  Per  Silvanwn  fidelem  fratrem  vobis,  ut  arhitror, 
br éviter  scripsi.  «  Je  vous  ai  écrit  une  lettre  que  vous 
trouverez  courte,  je  pense,  et  je  vous  l'envoie  par  Silvain, 
notre  frère  fidèle  (1).  » 

(1)  C'est  le  sens  que  donne  le  syriaque  :  Hœc  pauca,  vl   arhitror, 


—    245     —  lPetr.,v. 

Fidelem.  Ce  mot  a  son  importance.  Ceux  que  les  Apô- 
tres chargeaient  de  leurs  lettres  non  seulement  les  por- 
taient, mais  souvent  ils  en  donnaient  l'explication. 

Brevitcr  scripsi.  La  lettre  de  saint  Pierre  est  courte  en 
effet,  si  l'on  considère  l'abondance  des  instructions  que 
l'on  y  voit  renfermées.  Saint  Paul  disait  de  même  à  la 
fin  de  son  Epître  aux  Hébreux,  qui  est  beaucoup  plus 
longue  :  Perpancis  scripsi  vobis.  (Hebr.,  xm,  22.) 

Per  Silvanum.  Silvain  est  le  même  que  Silas,  le  com- 
pagnon de  saint  Paul,  dont  il  est  souvent  parlé  dans  les 
Actes  des  Apôtres.  (Ch.  xv,  xvi,  xvn  et  xvin.)  Il  est 
aussi  appelé  Silvanus  par  saint  Paul.  (II  Cor.,  i,  19; 
I  Thess.,  i,  1  ;  II  Thess.,  i,  1.)  Silas  était  considéré  par 
les  Apôtres  mêmes  non  seulement  comme  un  des  chré- 
tiens les  plus  illustres,  mais  comme  leur  auxiliaire  dans 
la  prédication  de  l'Evangile.  (Act.  A..,  xv,  22.)  Son  nom 
est  inscrit  dans  le  Martyrologe  au  13  juillet. 

Scripsi  obsecrans  et  contestans  hanc  esse  veram  gratiam 
Dei,  in  qua  statis.  La  phrase  régulière  et  complète  serait  : 
obsecrans  ut  credatis  liane  esse  veram  gratiam  Dei,  in 
qua  statis,  et  illud  vobis  contestans.  C'est-à-dire  :  en  vous 
écrivant  cette  lettre,  je  vous  conjure  (itapaxaXS)  de  croire 
fermement  que  la  grâce  dans  laquelle  vous  êtes  établis, 
est  la  vraie  grâce  de  Dieu;  et  je  vous  atteste  qu'il  en  est 

ainsi  (È7rtaapTupôo). 

Par  la  vraie  grâce  de  Dieu,,  il  entend  la  vraie  religion 
qu'ils  ont  embrassée.  Il  la  nomme  ainsi,  car  la  religion 
chrétienne,  avec  ses  dogmes,  ses  sacrements  et  ses  lois, 
est  la  grâce  la  plus  admirable  que  Dieu  ait  faite  aux 
hommes,  puisqu'elle  est  la  source  de  toutes  les  autres 
grâces  et  du  salut  éternel.  Qu'ils  observent  donc  fidèle- 
ment cette  religion,  étant  assurés  que  Jésus  de  Nazareth 
est  vraiment  le  Sauveur  promis  dès  le  commencement 
du  monde  et  le  Messie  annoncé  par  les  prophètes. 

scripsi  vobii  per  8ilvanum  fratrem  fidelem.  D'autres  font  rapporter 
Ml  arbitrai-  a  fidelem,  et  le  sens  serait  :  Je  vous  ai  écrit  par  Silvain  qui 
je  pense,  un  frère  Adèle.  Ce   serait  une  litote  ironique,  figure  qui 
n'est  point  dans  le  ton  de  la  lettre,  et  que  rien  n'appelle  en  ce  lieu. 


—    246    — 

Ces  deux  mots  obsecrans  et  conlestans  résument  toute 
la  lettre  de  saint  Pierre  et  montrent  le  but  qu'il  s'est  pro- 
posé. Je  vous  ai  écrit,  leur  dit-il,  pour  vous  exhorter  à 
demeurer  fermes  dans  la  foi  que  vous  avez  embrassée,  et 
pour  vous  attester  que  la  religion  de  Jésus  est  la  vraie 
religion  qui  sauvera  vos  âmes. 

Salutat  vos  ecclesia  quœ  est  in  Babylone,  «  l'Eglise  qui 
est  dans  Babylone  vous  salue.  »  C'est  Rome  qu'il  désigne 
sous  le  nom  de  Babylone,  comme  fait  saint  Jean  dans 
l'Apocalypse,  où  il  nous  montre  cette  Babylone  assise 
sur  sept  collines.  (Apoc,  xvn  et  xvin.)  Papias,  disciple 
de  saint  Jean,  Clément  d'Alexandrie  et  saint  Jérôme 
nous  déclarent  que  par  Babylone  il  faut  entendre  Rome. 
Théophylacte,  Œcumenius  et  tous  les  interprètes  anciens 
en  conviennent.  Au  xvie  siècle,  Erasme  éleva  des  doutes 
contre  cette  persuasion  traditionnelle.  Théodore  de  Bèze 
et  d'autres  protestants  la  combattirent  à  leur  tour.  Leur 
but  était  de  se  débarrasser  d'un  texte  qui  prouve  que 
saint  Pierre  a  résidé  à  Rome,  tandis  qu'ils  voudraient 
établir  qu'il  n'y  est  jamais  venu  et  que  le  Pape  n'est  pas 
son  successeur.  Mais  cette  opinion  a  été  si  bien  réfutée 
qu'aucun  homme  sérieux  n'ose  plus  la  reproduire. 

Or  saint  Pierre  nomme  ainsi  la  ville  de  Rome,  parce 
qu'elle  était  pleine  de  corruption,  comme  l'ancienne  Ba- 
bylone, et  parce  qu'elle  méritait  ce  nom  à  cause  de  toutes 
les  erreurs  qui  s'y  trouvaient  rassemblées.  Omnium  nen- 
tium  serviebat  erroribus,  dit  saint  Léon. 

Cette  appellation  était  en  usage  parmi  les  premiers 
chrétiens.  Ils  évitaient  par  là  de  faire  connaître  aux  Juifs 
et  aux  païens  le  lieu  où  résidait  le  Chef  de  l'Eglise.  C'est 
pour  cette  raison  peut-être  que  saint  Luc,  après  avoir 
raconté  comment  saint  Pierre  fut  sauvé  de  la  prison  et 
de  la  mort  à  Jérusalem,  ajoute  que,  «  sortant  de  cette 
ville,  il  s'en  alla  dans  un  autre  lieu  »,  ne  voulant  pas  dire 
qu'il  se  rendit  à  Rome. 

Ecclesia  coelecta.  Peuple  d'Israël,  enfants  d'Abraham, 
vous  fûtes  les  premiers  élus  du  Seigneur.  Vous  avez  reçu 
la  vérité  de  sa  bouche  divine  et  des  lèvres  de  ses  pre- 


—     247     —  IPetr.,y, 

miers  disciples.  Aujourd'hui,  au  sein  de  la  nouvelle  Ba- 
bylone,  il  y  a  une  Eglise  composée  de  chrétiens  qui  sont 
élus  comme  vous  et  avec  vous,  pour  recevoir  la  foi,  la 
grâce  du  Christ  et  la  gloire  éternelle.  Or  cette  Eglise,  qui 
est  élue  aussi  bien  que  les  enfants  d'Abraham,  vous  salue 
comme  des  frères. 

El  Marcus  filins  meus.  «  Et  Marc,  mon  fils.  »  C'est  saint 
Marc,  l'évangéliste  :  nous  n'avons  aucune  raison  d'en  dou- 
ter, et  saint  Jérôme  l'atteste  formellement  :  Meminit  hujus 
Marci  et  Peints  in  Epistola  prima.  (De  Vir.  ill.,  c.  vm,  8.) 

Filins  meus.  Il  l'appelle  son  fils  parce  que,  dans  la  pré- 
dication évangélique  et  dans  la  fondation  de  l'Eglise  de 
Rome,  saint  Marc  avait  rendu  à  saint  Pierre  les  mêmes 
services  qu'un  fils  rend  à  son  père.  Saint  Paul  donne  le 
même  titre  pour  la  même  raison  à  Timothée. 

Saint  Marc,  après  avoir  été  à  Rome  le  secrétaire  de 
saint  Pierre  et  avoir  composé  sous  ses  yeux  l'Evangile 
qui  porte  son  nom,  alla  fonder  l'Eglise  d'Alexandrie,  vers 
l'an  45  ;  et  il  y  souffrit  le  martyre,  la  huitième  année  du 
règne  de  Néron,  l'an  62  ou  63  de  Jésus-Christ. 

Salutat  vos  Marcus.  Puisque  saint  Marc  était  encore 
auprès  de  saint  Pierre,  quand  cette  lettre  fut  écrite,  on 
en  conclut  avec  raison  qu'elle  n'est  pas  postérieure  à 
l'an  45.  Unde  patet,  dit  le  vénérable  Bède,  quod  prius- 
quam  Marcum  Alexandriam  de  Roma  Petrus  ad  evanqe- 
lizandum  mitteret,  Epistolam  hanc  scripsit.  Il  suit  de  là 
que  cette  Epître  est  la  plus  ancienne  de  toutes  les  Epitres 
apostoliques. 

14.  Salutate  invicem  in  osculo  sancto.  «  Saluez-vous  les 
uns  les  autres  par  un  saint  baiser.  »  Cette  même  phrase 
se  trouve  quatre  fois  répétée  dans  les  Epitres  de  saint 
Paul.  Rom.,  xvi  ;  ICor.,  xvi;  II Cor.,  xm;  IThessaL,  v.) 
On  voit  que  l'usage  était  dès  lors  établi  de  se  donner  mu- 
tuellement le  baiser  de  paix  dans  les  saintes  assemblées, 
rite  qui  s'est  conservé  dans  la  liturgie.  Nous  le  trouvons 
mentionné  dans  saint  Augustin  :  «  Post  orationem  domi- 
nicam  dicitur:  Pax  vobiscum,  et  osculantur  sese  invicem 
christiani  in  osculo  sancto.  (Serm.  lxxxiii.) 


—    248     — 

Gratia  vobis  omnibus  qui  estis  in  Christo  Jesu.  Amen, 
«  Que  la  grâce  de  Dieu  soit  à  vous  tous  qui  êtes  en  Jésus- 
Christ.  Amen.  »  Etre  en  Jésus-Christ,  c'est  lui  être  uni 
par  la  foi  et  le  baptême,  c'est  être  membre  de  son  Eglise, 
qui  est  son  corps  mystique.  Saint  Pierre  veut  donc  que 
tous  les  fidèles  conservent  en  eux  la  grâce  sanctifiante  ou 
qu'ils  la  recouvrent,  s'ils  l'avaient  perdue  ;  et  il  leur  sou- 
haite en  même  temps  toutes  les  grâces  actuelles  dont  ils 
ont  besoin  pour  mener  une  vie  sainte. 

Gratia  vobis.  Saint  Pierre  a  commencé  sa  lettre  par  la 
grâce,  il  la  termine  par  la  grâce,  après  en  avoir  pour 
ainsi  dire  parfumé  toutes  les  pages,  afin  de  nous  appren- 
dre que  l'Eglise  de  Dieu  ne  peut  être  sauvée  que  par  la 
grâce.  A  gratia  cœpit  Epistolam,  in  gratia  consummavit, 
mediam  gratia  respersit  (i,  13,  et  iv,  10),  ut  Ecclesiam 
Christi  non  nisiper  gratiam  ejus  salvari  posse  doceret. 
(Bède.) 

Gratia  vobis  omnibus  qui  estis  in  Christo  Jesu.  Cette 
Epître  n'est  adressée  directement,  selon  son  inscription, 
qu'à  un  petit  nombre  d'Eglises  :  à  celles  du  Pont,  de  la 
Galatie,  de  la  Cappadoce,  de  l'Asie  et  de  la  Bithynie.  Mais 
cette  dernière  formule,  «  à  tous  ceux  qui  sont  en  Jésus- 
Christ  »,  nous  fait  entendre  que  saint  Pierre,  en  l'écri- 
vant, se  propose  d'avertir  les  fidèles  répandus  dans  tout 
l'univers,  et  d'instruire  en  même  temps  ceux  des  siècles 
futurs. 

Gratia  vobis  omnibus.  Nous  souhaitons  de  même  la 
grâce  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  à  tous  ceux  qui 
liront  ces  pages  ;  et  nous  les  prions  d'implorer  sa  miséri 
corde  pour  celui  qui  les  a  écrites. 


COMMENTAIRE 


SUR   LA 


DEUXIÈME  ÉP1TRE  DE  SAINT  PIERRE 


PREFACE 


1.  La  seconde  Epître  de  saint  Pierre  n'a  pas  été  d'abord 
reconnue  comme  authentique  par  toutes  les  églises.  Mais  au 
ive  siècle,  elle  figure  dans  le  catalogue  des  saintes  Ecritures 
dressé  par  le  concile  de  .!.:•.  odicée  en  364,  et  dans  le  me  concile 
de  Carthage  tenu  l'an  3l>~ .  Enfin  le  pape  saint  Innocent  I  dans 
sa  lettre  à  Exupère,  et  le  pape  saint  Gélase  dans  son  décret 
célèbre  de  l'an  414,  ont  attesté  et  fixé  la  tradition  de  l'Eglise 
romaine  touchant  cette  Epître.  D'ailleurs  elle  est  citée  par  un 
grand  nombre  de  Pères  d'Orient  et  d'Occident.  On  peut  nom- 
mer saint  Cyrille  de  Jérusalem,  saint  Athanase,  saint  Jean 
Ghrysostome,  saint  Basile,  saint  Grégoire  de  Nazianze,  saint 
Augustin,  saint  Jérôme,  saint  Hilaire,  saint  Ephrem,  saint  Jean 
Damascène.  Aussi  fut-elle  comprise  dans  le  catalogue  des  saintes 
Ecritures  que  les  Grecs  et  les  Latins  rédigèrent  à  Florence  d'un 
commun  accord,  en  1437.  Enfin,  après  le  concile  de  Trente  et 
celui  du  Vatican,  les  catholiques  ne  peuvent  plus  disputer  sur 
l'auteur  de  cette  Epître  :  il  est  de  foi  qu'elle  est  de  saint  Pierre 
et  qu'elle  fait  partie  des  Ecritures  canoniques. 

La  principale  raison  qui  avait  autrefois  suggéré  des  doutes 
à  plusieurs,  c'est  La  différence  de  stylo  qu'on  remarque  entre 
k ''U\  Kpîtres.  Mais  suint  Jérôme  fournit  lui-même  la  solu- 
tion de  cette  difficulté.  Suint  Pierre,  dit-il.  aura  fait  écrire  l'une 
et  l'autre  par  des  secrétaires  différents.  Dnœ  epistolœ  quœ 
feruntur  Pétri  stylo  interse  et  charactere  discrepant,  stmtc- 
erberum  .■  eœ  qua  intejligimus  pre  nécessitais 
wi  diversiseum  uêum  interpretibus.  (AdHedib. Ep.  120j 


—    252    — 

quœst.  11.)  En  clïet  saint  Marc,  son  premier  secrétaire,  l'avait 
depuis  longtemps  quitté,  et  Clément  d'Alexandrie  nous  apprend 
qu'il  en  eut  un  autre  du  nom  de  Glaucias. 

Mais  il  n'est  pas  même  besoin  de  recourir  à  la  supposition 
de  saint  Jérôme.  Entre  la  première  et  la  seconde  Epître,  il  s'était 
écoulé  une  vingtaine  d'années.  Le  style  d'un  écrivain  peut  se 
modifier  dans  un  si  long  intervalle.  D'ailleurs,  est-ce  qu'un 
écrivain  n'a  qu'un  style  ?  Dans  sa  première  Epître,  saint  Pierre 
donne  des  préceptes  avec  calme.  Dans  la  seconde,  sachant  qu'il 
va  mourir,  et  voyant  les  églises  d'Asie  menacées  par  des  héré- 
sies déplorables,  est-il  étonnant  que  son  discours  s'anime,  qu'il 
exhorte  avec  des  paroles  émues  les  chrétiens  à  demeurer  fermes 
dans  la  foi,  et  qu'il  trouve  des  termes  énergiques  pour  stigma- 
tiser ceux  qui  veulent  les  corrompre  ?  Le  péril  de  tant  d'âmes 
et  la  charité  qui  remplit  son  cœur  suffisent  pour  rendre  son 
éloquence  plus  vive  et  plus  entraînante. 

Nous  ajouterons  que  des  hommes  instruits  pensent  qu'on 
a  beaucoup  exagéré  la  différence  de  style  entre  les  deux  écrits 
de  saint  Pierre. 

2.  Cette  Epître  contient  trois  chapitres.  Dans  le  premier, 
saint  Pierre  recommande  aux  chrétiens  de  s'attacher  fortement 
à  la  doctrine  qu'ils  ont  reçue,  et  à  la  pratique  des  vertus  qu'elle 
exige.  Il  donne  pour  premier  fondement  à  leur  foi,  la  parole 
céleste  qu'il  a  entendue  lui-môme  sur  la  montagne  et  qui  disait  : 
«  Celui-ci  est  mon  Fils  bien-aimé  ;  écoutez-le.  »  Il  s'appuie  en 
second  lieu  sur  le  témoignage  des  anciens  prophètes,  qui  démon- 
tre que  Jésus  est  le  Christ. 

Dans  le  second  chapitre,  il  les  exhorte  à  fuir  les  hérétiques, 
dont  il  décrit  les  vices  en  termes  pleins  de  force,  et  il  prédit 
qu'ils  seront  punis  avec  les  démons,  avec  les  coupables  qui 
furent  engloutis  par  le  déluge,  et  avec  les  habitants  impurs 
de  Sodome. 

Dans  le  troisième  chapitre,  il  fait  souvenir  les  chrétiens  que 
la  destruction  du  monde  et  le  jugement  général  approche.  Ils 
doivent  donc  vivre  dans  la  sainteté,  afin  d'être  toujours  prêts 
à  paraître  devant  Dieu. 

3.  Saint  Pierre  a  écrit  cette  Epître  à  Rome,  l'an  &j  ou  67  de 
Notre-Seigneur,  quelque  temps  avant  sa  mort.  Peut-être  n'était- 


—    253    — 

il  pas  encore  enfermé  dans  la  prison  Mamertine,  où  il  passa 
les  neuf  derniers  mois  qui  précédèrent  son  glorieux  martyre. 

Saint  Jude,  qui  écrivait  après  saint  Pierre,  a  reproduit 
plusieurs  pensées  de  cette  Epitre,  et  presque  dans  les  mêmes 
termes.  Il  semble  qu'il  avait  pour  but  de  rendre  témoignage 
aux  prédictions  de  l'Apôtre.  Saint  Pierre  dit,  par  exemple  : 
«  Il  \iendra  des  hommes  menteurs  qui  introduiront  des 
sectes  de  perdition  »  :  et  peu  d'années  après,  saint  Jude 
déclare  «  qu'ils  sont  venus.  » 

Cette  seconde  Epître  de  saint  Pierre  est  un  des  morceaux 
les  plus  éloquents  du  Nouveau  Testament. 


DEUXIÈME  ÉPITRE  DE  SAINT  PIERRE 


CHAPITRE  PREMIER 


ANALYSE 

1.  Saint  Pierre,  bâchant  que  la  fin  de  sa  vie  est  proche, 
exhorte  les  fidèles  d'Asie  à  la  pratique  des  vertus  chrétiennes, 
afin  qu'ils  assurent  le  salut  de  leurs  âmes  (1-15). 

2.  Il  prouve  la  certitude  de  la  religion  chrétienne  d'abord  par 
la  voix  du  Père  qu'il  a  entendue  sur  la  montagne,  ensuite  par 
le  témoignage  des  prophètes  (IG-lin). 


1.  Simon  Petrus,  servus  et 
apostolus  Jesn  Christ i,  Us  qui 
coœqualem  nobiscum  sortiti 
s\>.nt  fidem  in  justifia  Dei  nostri 
et  Salvatoris  Jesu  Christi. 

2.  Gratia  vobis  et  pax  adim- 
pleatur  in  cognitione  Dei,  et 
Christi  Jesu  Domitti  nostri. 

3.  Quomodo  omnia  nobit  di- 
vinœ  virtutis  suœ,  quœ  ad  vi- 
t  \m  et  pietateiii,  donata  sunt, 
per  cognitionem  ejusqui  vocenrit 
nos  propria  gloria  et  rirtute  ; 

\.   Per  g  na  et  pre- 

promiata  donavit  : 

ut  per  hœr  êfftciafmni  <iiri,,,r> 
consortes  natures*,  fugientes  ejus 
quœ  i>i  mundo  est  concupiscen- 
ruptione 

"nxnem 


1.  Simon  Pierre,  serviteur  et  apô- 
tre de  Jésus-Christ,  à  ceux  qui  ont 
reçu  la  même  foi  que  nous,  avec  la 
justice  de  notre  Dieu  et  Sauveur 
Jésus-Christ. 

2.  Que  la  grâce  et  la  paix  augmen- 
tent en  vous  de  plus  en  plus  par  la 
connaissance  de  Dieu  et  de  Jésus- 
Christ  Notre-Seigneur. 

3.  Vous  savez  comment  la  puis- 
sance de  Dieu  nous  a  donné  tous  les 
biens  qui  concernent  l;i  vie  et  la 
piété,  en  nous  faisant  connaître  celui 
qui  nous  a  appelés  par  sa  gloire 
et  sa  vertu  : 

4.  Celui  par  qui  il  nous  a  donné 
les  grandes  et  précieuses  grâces  qu'il 
avait  promises;  afin  que  par  ce* 
mêmes  grâces  vous  deveniez  partici- 
pants de  la  nature  divine,  en  fuyant 
la  corruption  de  la  concupiscence 
qui  régne  dans  le  monde. 

5.  Apportez  de  votre  part  tous  vos 


—    256 


sitbinfer entes,  ministrate  in  fide 
vcstra  virtutem,  in  virtute  au- 
tem  sci'entiam, 

6.  In  scientia  autem  abstinen- 
titttn,  in  abstinent  ici  autem  pa- 
tientiam,  in  patientia  autem 
pictatem, 

7.  In  pietate  autem  amorem 
fraternitatis,  in  amore  autem 
fraternitatis  charitatem . 

8.  II œc  enim  si  vobiscum  ad- 
vint et  superent ,  non  vacuos 
nec  sine  fructu  vos  constituent 
in  Domini  nostri  Jesu  Christi 
cognitione. 

9.  Oui  enim  non  prœsto  8unt 
hœc,  cœcus  est  et  manu  tentans, 
oblivionem  accipiens  purgatio- 
nis  veterum  suorum  delictorum. 

10.  Quapropter,  fratres,  magis 
satagiteutper  bona  opéra  certain 
vestram  vocationem  et  electio- 
nem  faciatis  :  hœc  enim  facien- 
tes,  non  peccabitis  aliquando. 

11.  Sic  enim  abundanter  mi- 
nistrabitur  vobis  introitus  in 
œternum  regnum  Domini  nos- 
tri  et  Salvatoris  Jesu  Christi. 

12.  Propter  quod  incipiam  vos 
semper  commonere  de  his,  et 
qv.idem  scientes  et  confirmatos 
vos  in  prœsenti  veritate. 

13.  Justum  autem  arbitror 
quamdiu  sum  in  hoc  taberna- 
culo,  suscitare  vos  in  commoni- 
tione  : 

14.  Certus  quod  velox  est  de- 
positio  tabernaculi  mei,  secun- 
dum  quod  et  Dominus  noster 
Jésus  Christus  significavit  mihi. 

15.  Dabo  autem  operam  et 
fréquenter  habere  vos  post  obi- 
tum  meum,  ut  horum  memo- 
riani  faciatis. 

16.  Non  enim  doctas  fabulas 
secuti  notant  fecimus  vobis  Do- 
mini nostri  Jesu  Christi  virtu- 
tem et  prœsentiam,  sed  specu- 
latores  facti  illius  magnitudinis. 


soius  pour  unir  à  votre  foi  la  vertu  ; 
ii  la  vertu,  la  science; 

0.  A  la  science,  la  tempérance;  a 
la  tempérance,  la  patience  ;  à  la 
patience,  la  piété  ; 

7.  A  la  piété,  l'amour  de  vos  frères  ; 
à  l'amour  de  vos  frères,  la  charit*', 

8.  Car  si  ces  vertus  sont  en  vous 
et.  si  elles  y  abondent,  elles  feront 
que  la  connaissance  de  Notre-Sei- 
gneur  Jésus-Christ  ne  sera  point  en 
vous  stérile  et  infructueuse. 

9.  Mais  celui  qui  n'a  point  ce* 
vertus  est  un  aveugle,  il  marche  à 
tâtons  et  il  oublie  qu'il  a  été  purifié 
de  ses  anciens  péchés. 

10.  Efforcez-vous  donc  de  plus  en 
plus,  mes  frères,  d'affermir  votre 
vocation  et  votre  élection  par  de 
bonnes  œuvres;  car  en  agissant  ainsi 
vous  ne  pécherez  jamais  ; 

11.  Et  cette  conduite  vous  donnera 
une  entrée  favorable  au  royaume 
éternel  de  notre  Seigneur  et  Sauveur 
Jésus-Christ. 

12.  C'est  pourquoi  je  ne  cesserai 
point  de  vous  faire  ressouvenir  de 
ces  choses,  quoique  vous  les  con- 
naissiez et  que  vous  soyez  confirmés 
dans  la  vérité  dont  je  vous  parle. 

13.  Car  je  pense  que  c'est  un  de- 
voir pour  moi,  pendant  que  je  suis 
dans  cette  tente,  de  vous  réveiller  en 
vous  rappelant  ces  vérités. 

14.  Or,  je  sais  que  dans  peu  de 
temps  je  dois  quitter  cette  tente, 
comme  Notre-Seigneur  Jésus-Christ 
me   l'a  fait  connaître. 

15.  Mais  j'aurai  soin  que,  même 
après  ma  mort,  vous  puissiez  tou- 
jours vous  remettre  ces  choses  en 
mémoire. 

16.  Au  reste,  ce  n'est  point  en 
suivant  des  fables  ingénieuses  que 
nous  vous  avons  fait  connaître  la 
puissance  et  l'avènement  de  Notre- 
Seigneur  Jésus-Christ  ;  mais  c'est 
après  avoir  été  nous-mêmes  les 
spectateurs  de  sa  majesté. 


—    257    — 


II  Petr.,  1. 


17.  Accipiens  entra  a  Deo 
Pâtre  honorent  et  gloriam,  voce 
delapsa  ml  eum  hujnscemodi  a 
magnifica  gloria  :  Hic  est  filins 
métis  dileetns,  in  qno  mihi  com- 
placui  :  ipston  audite. 

18.  Et  hanc  vocan  nos  audi- 
ius  (!>■   coslo   allatam,  quum 

essetnns    cum     ipso     in    monte 
sancto. 

li>.  Et  habetnus  firmiorem 
propheticum  sermonem  ;  cui  be- 
nefacitis  attendentes,  quasi  lu- 
cerna'  lucenti  in  caliginoso  loco, 
donec  (lies  elncescat,  et  lucifer 
oriatur  in  cordions  vestris  : 


20.  Hoc  priraum  intelligen- 
tes qv.od  o>nnis prophetia  Scrip- 
turœ  propria  interprétât ione 
non  fit. 

21.  Non  enim   voluntate  hu- 
na  allât  a  est  aliquando  pro- 
phetia ;  sed  Spirittt,  sancto   in- 
spirât i,  locuti  sunt  sancti  Dei 
hotnines. 


17.  Car  il  a  reçu  de  Dieu  le  Père 
l'honneur  et  la  gloire,  lorsque  du 
sein  de  la  nuée  glorieuse  et  magni- 
fique a  retenti  cette  voix  :  «  Celui-ei 
est  mon  fils  bien-aimé  en  qui  j'ai 
mis  mes  complaisances  ;  écoutez-le.  » 

18.  Or  nous  avons  entendu  nous- 
mêmes  cette  voix  qui  venait  du  ciel, 
lorsque  nous  étions  avec  lui  sur  la 
sainte  montagne. 

19.  Mais  nous  avons  aussi  les  paro- 
les des  prophètes,  dont  la  certitude 
est  plus  ferme  encore  ;  et  vous  faites 
bien  de  fixer  sur  elles  votre  attention, 
comme  sur  une  lampe  qui  luit  dans 
un  lieu  obscur,  jusqu'à  ce  que  le 
jour  commence  à  paraître  et  que 
l'étoile  du  matin  se  lève  dans  vos 
cœurs. 

20.  Mais  comprenez  avant  toutes 
choses  que  nulle  prophétie  de  l'Ecri- 
ture ne  s'explique  par  une  interpré- 
tation particulière. 

21.  Car  ce  n'est  point  par  la  vo- 
lonté des  hommes  que  les  prophéties 
nous  ont  été  anciennement  apportées  ; 
mais  c'est  par  l'inspiration  du  Saint- 
Esprit  que  les  saints  hommes  de 
Dieu  ont  parlé. 


COMMENTAIRE 

1.  Simon  Petrus  (1),  servus  et  apostolus  Jesu  Christi. 
•■  Simon  Pierre,  serviteur  et  Apôtre  de  Jésus-Christ,  d  Ce 
titre  nous  assure  que  cette  lettre  est  de  saint  Pierre.  Elle 
Mirait  être  l'œuvre  d'un  faussaire;  car,  en  l'étudiant, 
on  y  reconnaît  une  autorité  si  élevée  et  une  sainteté  si 
vraie  et  si  noble,  qu'il  n'est  pas  possible  de  l'attribuer  à 
un  imposteur. 

lis  gui  coaequaLem  nobiscum  sorti  ti  s  mit  fidem.  «  A  ceux 

I       exemplaires  grecs   varient  entre  It/iùv  etSv/ueùv,  qui 
esl    la  forme   la   plus  rapprochée  de  L'hébreu  sobimbhon,  'indiens  ou 
lufititv,  Act.  A.,  xv,  1 1. 


i  rn  m  v  cm  lU'Uyr-RS 


17 


—    258    — 

qui  ont  reçu  la  même  foi  que  nous.  »  D'après  ces  termes, 
saini  Pierre  adresse  sa  lettre  à  tous  ceux  qui  possèdent 
le  don  précieux  de  la  foi.  Cependant,  on  voit  plus  loin 
(en.  ni)  qu'il  écrit  spécialement  à  ceux  qui  ont  déjà  reçu 
de  lui  une  première  lettre,  c'est-à-dire  aux  Eglises  d'Asie, 
de  Bithynie,  de  Galatie,  du  Pont,  de  Cappadoce,  et  plus 
particulièrement  encore  aux  Juifs  de  ces  provinces  qui 
ont  embrassé  l'Evangile. 

Cocequalcm  /Idem.  Ils  ont  tous  été  instruits  des  mêmes 
dogmes  et  des  mômes  mystères;  ils  ont  connu  les  grandes 
vérités  de  la  foi,  qui  est  la  même  en  tous  quant  à  son  objet, 
una  //des.  (Eph.,  îv.  5.)  Mais  saint  Pierre  ne  veut  pas  dire 
que  tous  possèdent  la  vertu  de  la  foi  dans  le  même  degré. 

Cocequalcm  fidem,  lcréw{*w  7cfcmv,  œque  pretiosam  fidem. 
La  foi  est  d'un  prix  inestimable,  premièrement  parce  que 
ce  don  est  le  prix  du  sang  de  Jésus-Christ;  secondement 
parce  que  cette  foi  nous  ouvre  le  royaume  des  deux. 

Sortili  sunt,  Va/yj.  ils  n'ont  point  mérité  la  foi  par 
leurs  œuvres,  mais  ils  l'ont  reçue  comme  une  grâce  de  la 
bonté  divine. 

InjustitiaDcinostrictSalvatorisJesu  Christi.  «  A  tous 
ceux  qui,  avec  la  foi,  ont  participé  à  la  justice  de  notre 
Dieu  et  Sauveur  Jésus-Christ.  »  C'est-à-dire,  nous 
écrivons  à  tous  ceux  qui,  en  croyant  à  l'Evangile,  sont 
devenus  justes  non  de  la  justice  légale  et  judaïque,  mais 
justes  devant  Dieu,  justes  de  la  justice  que  Jésus-Christ 
nous  a  enseignée,  méritée  et  conférée.  Car  le  baptême  a 
lavé  nos  âmes  de  la  souillure  du  péché,  et  nous  a  com- 
muniqué la  grâce  sanctifiante  à  cause  des  mérites  de 
Jésus-Christ  (1). 

2.  Gratin  uoùis  et  pax  adimpleatur ;  c'est-à-dire  assidue 
crescens  ad  pleniludinem  pertingat.  Que  la  grâce  et  la  paix 
augmentent  en  vous  jusqu'à  ce  qu'elles  atteignent  leur 


(1)  En  <;Tir,  |v  $t.»v.v>QÙvA  ~r/j  (ôztj  q/uSm  v.y\  ï.otr%po$  'l/,3^û  Xpiaroû.  L'on 
traduit  ainsi  :  »  A  tous  ceux  qui,  avec  la  foi,  ont  reçu  la  justice  de 
Jésus-Clfcifisi,  qui  est  notre  Dieu  et  notre  Sauveur.  «  En  e.Tet,  l'article 
roli  n'éiaut  mis  qu'une  fois  avec  &-oj  et  £s*r%s«s,  unit  ces  deux  mots  et 
en  fait  deux  épithètes  de   \rpoù  fy&wrwiv. 


—    259    —  U  Petr.,u 

perfection.  Selon  la  belle  doctrine  de  saint  Thomas,  notre 
vie  spirituelle  suit  des  lois  conformes  à  celles  de  la  vie 
naturelle.  Nous  sortons  du  sein  de  nos  mères  avec  la  vie 
du  corps  ;  ensuite  les  aliments,  le  temps,  l'exercice  nous 
perfectionnent  et  affermissent  nos  membres.  De  même, 
après  que  nous  sommes  engendrés  à  la  Tk  spirituelle  par 
le  baptême,  nous  avons  besoin  des  mitres  sacrcments.de 
la  prière  et  des  bonnes  œuvres,  pour  croître  et  nous  for- 
tifier dans  la  grâce.  C'est  alors  seulement  que  nous  som- 
mes établis  dans  cette  bienheureuse  paix  qui  règne  sui- 
tes affections  de  l'àme,  et  qui  maintient  avec  joie  toutes 
ses  puissances  sous  l'empire  de  Dieu.  (Voyez  I  Petr.. 

ii.  a.) 

Les  Apôtres  commencent  et  Unissent  ordinairement 
leurs  Epitres  en  souhaitant  la  grâce,  parce  que  c'est  de 
la  grâce  que  dépend  la  sainteté  de  la  vie  présente  et  le 
bonheur  de  la  vie  future. 

In  CDfj/tifione  Dei  et  Chrisli  Jesn  Doinini  //os/ri.  Que  la 
grâce  et  la  paix  croissent  donc  en  vos  âmes  avec  la  con- 
naissance de  Dieu  et  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ. 
Nous  avons  dans  cette  parole  le  secret  de  la  perfection 
chrétienne.  La  racine  du  salut  est  dans  la  connaissance 
de  Dieu,  comme  nous  le  dit  Notre-Seigneur  :  Uœc  est  vita 
astema,  ut  cognoscant  te  sohnn  lïeuni  wentm,êt  r/t/em  mi- 
sis/i  Jes/u/f  Ckrntium.  (S.  Joann.,  xvn.  •">. 
'    ("est  par  finl^lligence  que  commence  et  croit  en  nous 
la  vie  éternelle.  L'Esprit-Saint  fait  d'abord  luire  à  notre 
esprit  sa  lumière,  puis  il  échauffe  notre  cœur.  Il  faut  donc 
nous  appliquer  à  connaître  Dieu,  sa  bonté,  sa  justice.  Si 
nous  connaissons  aa  Justin-,  nous  le  craindrons,  et  le 
craignant,  nous  ne  ['©Penserons  pas.  Si  nous  connaissons 
sa  bonté,  nous  l'aimerons:  l'aimant,  nous  serons  aimés 
de  lui.  et  il  nous  donnera  la  vie  éternelle. 

Mais  comment  connaître  Dieu?Sai»l  Pierre  nous  le 
dit  :  in  cognitione  Jesu  Christi.  Persoanc  n'a  vu  Dieu; 
mais  le  l-'ils.  qui  §«j  dans  le  sein  du  Père,  nous  l'a  lui- 
îii'  •    bviim  iiemo   vidit   unquam  :  uniqenitus 

Filins,  ifiii  rst  m  simi  Patris,  ipse  enarravit.  Ecoutons  les 


—    260    — 

paroles  de  Jésus-Christ,  méditons  ce  qu'il  a  dit  et  ce 
qu'il  a  fait,  et  nous  connaîtrons  Dieu  comme  on  peut  le 
connaître  en  cette  vie. 

In  cognitione  Dei,  en  grec,  èv  iw.^n^v.  tou  h£ou,  in  agni- 
tione  Dei.  Ce  terme,  in  agnitione,  fait  entendre  que  plus 
on  pense  à  Dieu,  mieux  on  le  connaît.  Car,  en  méditant 
ses  perfections  et  ses  bienfaits,  nous  recevons  de  nouvelles 
lumières  qui  éclairent  notre  esprit  ;  et  nous  «  reconnais- 
sons »  en  Dieu  des  merveilles  de  sa  bonté,  que  nous 
n'avions  entrevues  que  d'une  manière  confuse. 

Et  Christi  Jesn  Dornini  nostri.  Jésus-Christ  est  notre 
Roi,  notre  Seigneur  et  notre  Maître  :  voilà  le  titre  qui  lui 
est  aujourd'hui  disputé  par  la  philosophie  du  siècle  et  par 
l'hérésie  libérale.  Ces  sectes  veulent  abolir  le  règne  de 
Jésus-Christ  sur  la  société.  Mais  nous  chrétiens,  nous 
protestons  contre  cette  impiété,  nous  reconnaissons  Jésus- 
Christ  comme  notre  Dieu,  comme  notre  Seigneur,  et 
comme  le  Roi  de  toutes  les  nations  :  à  lui  l'empire  sur 
tous  les  hommes  et  sur  tous  les  peuples,  qu'il  a  rachetés 
de  son  sang. 

3.  Quomodo  omnia  nobis  divinœ  virtutis  suœ,  quœ  ad 
vitam  et  pietatem,  donata  sunt.  «  Vous  savez  comment  la 
puissance  de  Dieu  nous  a  donné  toutes  les  grâces  qui 
concernent  la  vie  et  la  piété.  » 

Quomodo.  Cette  conjonction  se  lie  au  mot  cognitione, 
et  l'on  peut  ainsi  exposer  la  phrase  :  Gratia  vobis  et 
pax  adimpleatur  in  cognitione  Dei  et  Christi.  Nostis 
enim  quomodo  omnia  bénéficia  potentiœ  Dei,  quœ  ad 
vitam  œternam  et  ad  pietatem  'pertinent,  nobis  donata 
sunt.  Scilicet  collata  sunt  nobis  per  cognitionem  Jesu 
Christi,  qui  vocavit  nos  gloriosa  sua  bonitate  ;  quo- 
niam  per  hune  Jesum  Chris tum  Deus  maxima  et  pretiosa 
bona  quœ  pollicitus  erat  olim  patribus  nostris,  nobis  do- 
navit  :  ita  ut  vos  ipsi  per  hœc  do?ia  efficiamini  divine 
consortes  naturœ. 

Chacune  de  ces  pensées  mérite  notre  attention. 

Omnia  divinœ  virtutis  suœ.  La  puissance  de  Dieu  a 
multiplié  les  prodiges  pour  nous  donner  la  vie  spirituelle  : 


—     261     —  Il  Petr.,i. 

prodiges  de  l'incarnation,  prodiges  de  la  rédemption, pro- 
diges de  la  prédication  évangélique,  prodiges  des  sacre- 
ments, prodiges  de  l'institution  et  de  la  conservation  de 
l'Eglise. 

Omnia  quœ  ad  vitam  et  pietatem.  Aucun  secours  ne 
nous  manque  pour  acquérir  la  vie  de  la  grâce,  et  pour 
l'entretenir  en  nous  par  la  piété,  c'est-à-dire  par  le  culte 
que  l'on  rend  à  Dieu.  Car  lorsque  nous  l'adorons  en 
esprit  et  en  vérité,  sa  puissance  nous  donne  la  force  de 
soumettre  nos  passions,  d'extirper  nos  vices,  de  pratiquer 
toutes  les  vertus  et  de  triompher  des  persécutions. 
Chaque  chrétien  fidèle  peut  dire  de  lui-même  :  Le  Tout- 
Puissant  a  fait  en  moi  de  grandes  choses.  Fecit  mihi 
magna  qui  potens  est. 

Donata  sunt.  Ce  texte  prouve,  contre  les  Pélagiens,  que 
l'homme  ne  peut  par  ses  forces  naturelles  faire  aucune 
œuvre  utile  au  salut,  mais  que  tout  ce  qui  produit,  con- 
serve et  augmente  en  nous  la  vie  spirituelle,  est  un  don 
de  la  grâce  :  Omnia  nobis,  quœ  ad  vitam  et  pietatem, 
donata  sunt, 

Per  cognitionem  ejus  qui  vocavit  ?ios  propria  gloria  et 
virtute.  Or,  tous  ces  biens  admirables  nous  sont  venus 
par  la  connaissance  de  Jésus-Christ  :  c'est  elle  qui  en  est 
le  principe.  Jésus-Christ  par  sa  glorieuse  bonté  nous  a 
appelés  à  la  foi,  et  en  nous  donnant  la  foi,  il  nous  a 
rendus  capables  de  participer  à  toutes  les  autres  grâces 
avec  lesquelles  nous  mériterons  la  vie  éternelle. 

Vocavit  nos  propria  gloria.  La  plus  grande  gloire  de 
Dieu,  ce  n'est  pas  de  créer  des  mondes,  c'est  de  faire  des 
saints  et  de  justifier  des  pécheurs;  c'est  de  prendre  un 
persécuteur  de  son  Eglise,  comme  Saul,  et  d'en  faire  un 
Apôtre  ;  c'est  de  rendre  chaste  un  libertin,  humble  un 
orgueilleux,  généreux  un  avare,  et  fervente  une  âme 
tiède  (1). 

(1)  Propria  gloria  et  virtute,  làiq  £é£»  xai  àptrfy.  Les  commentateurs 

remarquent  ce  mot  àc*rr;,  qui  est  assez  rare  dans  le  Nouveau  Testament. 

Nous  l'avons  déjà  vu  dans  la  première  Epitre  de  saint  Pierre  :   Ut  vir- 

tài  àptràç)  annuntietiê  ejus  (I  Petr.,  n,  9),  afin  que  vous  annon- 


—    382    — 

1.  Per  quem  (1)  maxinia  et  pretiosa  nobis  promissa 
donavit  :  ut  per  liœc  efficiamini  divinee  consorles  naturœ, 
fugientes  ejus  qxix  in  mundo  est  concapiscentiœ  corrup- 
tionem.  «  C'est  par  Jésus-Christ  que  Dieu  nous  a  donné 
les  grandes  et  précieuses  grâces  qu'il  avait  promises  ; 
afin  que  par  ces  mêmes  grâces  vous  deveniez  participants 
de  la  nature  divine,  en  fuyant  la  concupiscence  et  la  cor- 
ruption qui  régnent  dans  le  monde.  » 

Max? ma  et  pretiosa  promissa.  Le  Père  nous  a  donné 
par  Jésus-Christ  les  grandes  et  précieuses  promesses 
qui  avaient  été  faites  dès  le  commencement  du  monde  h 
Adam,  à  Abraham,  à  nos  pères  :  savoir,  la  promesse 
d'un  Sauveur  qui  effacerait  les  péchés  des  hommes  et 
leur  ouvrirait  les  cieux.  Jésus-Christ  nous  a  apporté  ces 
dons  magnifiques,  et  il  vous  les  offre  à  vous,  mes  frères, 
qui  êtes  répandus  parmi  les  nations.  Si  vous  les  acceptez, 
vous  deviendrez  participants  de  la  nature  divine,  mais 
à  condition  que  vous  fuirez  la  corruption  de  la  concupis- 
cence qui  règne  dans  le  monde.  Vous  serez  immortels 
comme  Dieu,  heureux  comme  Dieu  ;  vous  le  verrez  face 
à  face  :  vous  l'aimerez  et  il  vous  aimera  sans  fin  pendant 
l'éternité.  Car,  ne  faisant  qu'un  avec  Dieu,  vous  partici- 
perez à  la  nature  de  Dieu,  qui  vous  a  déjà  adoptés  pour 
«es  enfants. 

Ut  per  hsec  efficiamini  divinœ  consortes  naturœ,  Ozh.; 
xoivcovo-  cpuaauç.  Expliquons  cette  parole. 

D'abord,  la  nature  humaine  ne  sera  pas  changée  en  la 
nature  divine,  que  possèdent  seuls  le  Père,  le  Fils  et  le 
Saint-Esprit.  En  second  lieu,  la  nature  humaine  ne  sera 
pas  unie  personnellement  à  la  nature  divine,  comme  elle 
l'est  dans  Jésus-Christ  seul. 


ciez  les  miséricordes  du  Seigneur.  C'est  encore  ici  le  même  sens.  Jésus- 
Christ  vous  a  appelés  à  la  foi  par  sa  bonté  et  sa  miséricorde,  virtute. 
(1)  Per  quem,  oV  ôv.  Presque  tous  les  exemplaires  grecs  portent  cV  wv, 
per  quœ,  pluriel  neutre  qui  se  rapporte  à  gloria  et  virtute.  Cette  leçon 
est  moins  satisfaisante  que  celle  de  la  Vulgate.  En  effet,  c'est  par 
Jésus-Christ  et  à  cause  de  Jé-ni—Hinst  (ot'  ôv)  que  Dieu  nous  a  donné 
les  promesses.  Estius  préfère  per  quem  et  déclare  ce  sens  tout  à  fait 
digne  de  l'P>angile. 


—    208    —  //  Petr.,  i. 

Mais  l'homme  juste  participe  dès  maintenant  à  la 
nature  divine  par  l'infusion  de  la  grâce  sanctifiante.  Car 
cette  grâce  est  un  don  admirable,  qui  élève  l'homme  au- 
dessus  même  de  la  nature  angélique  :  en  sorte  que,  d'après 
les  théologiens,  il  n'y  a  pas  de  créature  dont  on  puisse 
dire  que  la  grâce  lui  soit  naturelle.  C'est  un  don  sublime, 
ineffable,  qui  approche  de  Dieu  la  créature.  Selon  saint 
Thomas,  la  grâce  n'est  rien  moins  qu'une  participation 
réelle,  quoique  créée,  de  la  nature  divine.  La  grâce  nous 
élève  à  l'être  même  de  Dieu,  et,  par  les  vertus  qui  lui 
sont  inhérentes,  elle  dispose  l'âme  aux  opérations  de  la 
vie  surnaturelle  et  divine.  Aussi  est-elle  la  semence  de 
la  gloire  :  comme  le  fruit  naît  de  l'arbre,  la  gloire  naît 
de  la  grâce. 

En  outre,  lorsque  le  juste  est  orné  de  la  grâce  sancti- 
fiante, le  Saint-Esprit  descend  en  lui  ;  non  seulement  il 
lui  communique  ses  dons  les  plus  précieux,  mais  il  réside 
en  lui  personnellement  comme  dans  son  temple.  C'est 
l'enseignement  de  plusieurs  théologiens,  appuyés  sur  les 
saints  Pères. 

Et  nous  l'avons  dit,  cette  participation  à  la  nature 
divine,  qui  atteindra  sa  plénitude  dans  le  ciel,  commence 
dans  le  baptême.  Faut-il  s'étonner  d'entendre  saint  Léon 
s'écrier  :  Reconnais  ta  dignité,  ô  chrétien,  et  devenu 
participant  de  la  nature  divine,  prends  garde  qu'une 
conduite  indigne  de  ta  grandeur  ne  te  fasse  retomber 
dans  ton  ancienne  bassesse  (1)  ? 

Saint  Denys  est  plus  expressif  encore.  On  ne  peut  être 
sauvé,  dit-il,  qu'en  devenant  des  dieux.  Or,  l'on  devient 
des  dieux,  autant  que  cela  est  possible,  pat  l'imitation  de 
;  et  par  f  union  avec  Dieu  (2). 

o  chrUtiane,  dignitatem  luam,  et  divinas  consors  factus 
>io(i    in    oeterem   Hlitatem   (L-çjenevi   conversatione   /••dire. 

(S,    1 in    \'<ttr.    1),, 

-■/:(',-  l-7i t  r,  npài  h:ov,  '.,,-  iporrfrv,  àfep&lttiU  i*  «mA  Iv*Ws.  (S.  Dion. 
Ar#op.  H  Mr.,  «-.  i,  c.  >.  S+ltu  <>.,,<  aliter  taister*  pote*tt  *»#•  ii  gui 
talutt  tquuntwr  dit  fkmt,  ùêi/icatiû  autmn  est  ipsius  l)>-i.  q\ 

ejv.s  firri  potest,  imitatio  et  unio. 


—     264    — 

Fugientes  concupisceyitiœ  corruptionem.  Mais  vous  ne 
deviendrez  semblables  à  Dieu,  qu'en  fuyant  la  corruption 
de  la  concupiscence  qui  règne  dans  le  monde.  Car  cette 
concupiscence  impure,  qui  satisfait  les  désirs  de  la  chair, 
souille  l'âme  et  lui  ôte  toute  sa  beauté. 

5,  6,  7.  Vos  autem  curam  omnem  subinf  er  entes  >  minis- 
trate in  fide  vestra  virtiitem,  in  virtute  autem  scientiam,  in 
scientia  autem  abstinentiam,  in  abstinentia  autem  patien- 
tiam,  in  p atientia  autem  pietatem,  in  pietate autem  amorem 
fraternitatis,  in  amore  autem  fraternitatis  charitatem  (1). 

Jésus-Christ  vous  offre  les  grâces  abondantes  qu'il 
vous  a  méritées  par  son  sang,  mais  il  faut  y  correspon- 
dre. Apportez  donc  de  votre  part  tout  votre  soin  pour 
orner  votre  foi  de  la  vertu  active  qui  fait  le  bien.  A  la 
vertu  qui  opère,  joignez  la  science  qui  dirigera  vos  actions 
selon  la  prudence  et  la  sagesse.  A  la  science,  ajoutez  la 
tempérance.  A  la  tempérance,  unissez  la  patience  :  elle 
vous  fera  supporter  avec  courage  toutes  les  peines  qui 
nous  viennent  soit  de  la  nature  soit  des  hommes.  Avec 
la  patience,  cultivez  la  piété  qui  soutient  et  console.  A  la 
piété,  ajoutez  l'amour  des  frères  ;  car  ce  n'est  point  une 
vraie  religion  que  celle  qui  néglige  le  prochain.  Enfin, 
à  l'amour  des  frères,  unissez  la  charité  qui  remplit  nos 
cœurs  de  l'amour  de  Dieu  ;  sans  la  charité,  vous  le  savez, 
toutes  les  autres  vertus  ne  serviraient  de  rien  pour  le 
ciel  :  Si  charitatem  autem  non  habuero,  nihil  mihi prodest. 
(I  Cor.,  xin,  3.) 

Vos  autem  curam  omnem  subinfer entes.  En  grec,  -acc.;- 
evéyxavTsç,  simul  cum  gratia  Dei  et  vos  omnem  curam 
afférentes.  Il  n'y  a  point  de  vertu  chrétienne  sans  la  grâce 
de  Dieu  et  sans  la  coopération  de  l'homme.  Donc  en  de- 
mandant à  Dieu  son  secours  pour  éviter  le  mal  et  pour 
accomplir  le  bien,  il  faut  de  notre  côté  employer  cons- 

(1)  Vos  autem.  La  pensée  contenue  dans  cette  nouvelle  phrase  est 
la  conséquence  de  celle  qui  précède.  On  pourrait  les  ordonner  ainsi  : 
Quomodo  Deits  in  vos  maxima  contulit  bénéficia,  ita  et  vos  studete 
vt  hœc  dnna  in*  vobis  permaneant  et  crescant.  Puisque  Dieu  vous  a 
comblés  de  bienfaits,  conservez  ces  dons  admirables  et  croissez  en 
vertus. 


—    265    —  //  Petr.,  i. 

tamment  tous  nos  soins  et  tous  nos  efforts,  "irasav  «tou&qV, 
omnem  curam,  oinne  studium. 

Snbinferentes.  Saint  Augustin  explique  ce  mot  et  cette 
doctrine  avec  beaucoup  de  précision.  Nous  devons  prier, 
dit-il,  afin  que  Dieu  nous  aide  à  ne  pas  pécher.  Mais  la 
prière  ne  suffît  pas  :  il  faut  y  joindre  de  notre  part  une 
volonté  efficace.  «  Dieu  est  notre  aide  »  ;  mais  on  n'aide 
que  celui  qui  fait  lui-môme  des  efforts  (1). 

Reprenons  cette  belle  gradation,  qui  est  comme  une 
échelle  des  vertus  chrétiennes.  Cette  échelle  a  huit  degrés, 
dont  le  premier  est  la  foi,  et  le  plus  éminent  la  charité. 

Ministrate  in  fide.  L'Apôtre  nomme  d'abord  la  foi,  parce 
qu'elle  est  le  fondement  de  toutes  les  vertus  chrétiennes. 

Ministrate  in  fide  vestra  virlutem.  Vous  avez  une  foi 
pure  et  intègre,  vous  croyez  sincèrement  toutes  les  vérités 
qui  vous  ont  été  enseignées.  Mais  ce  n'est  pas  assez  d'avoir 
une  croyance  orthodoxe  :  il  faut  manifester  sa  foi  par 
des  actions.  C'est  ce  que  signifie  le  mot  grec  âp£T7j,  qui 
exprime  l'énergie  d'une  bonne  volonté. 

In  virtute  scientiam.  Or,  l'activité  et  le  zèle  sans  la 
science  et  la  prudence,  n'édifient  point  l'Eglise,  mais  la 
troublent.  La  science  que  recommande  saint  Pierre  est 
celle  qui  fait  le  bien  avec  discernement,  selon  les  prin- 
cipes de  la  sagesse.  Faire  le  bien  est  une  science  qu'il 
faut  apprendre,  nous  dit  Isaïe  :  Discite  bene  facere. 
(Isaï.,  i,  17.)  Sans  cette  science,  sans  cette  prudence, 
sans  cette  intelligence,  saint  Bernard  nous  déclare  que 
la  vertu  même  devient  un  vice.  Toile  hanc,  et  virtus 
vitiwn  erit.  (In  Cant.  Serai,  xlix.)  Ce  fut  le  malheur  des 
Juifs  :  ils  avaient  le  zèle  ;  mais  parce  qu'ils  n'avaient  pas 


(1)  Repellamus  ab  attribut  et  mentibus  nostvis  eos  qui  dicunt,  accepta 
semel  libéra  roluntatis  arbitrio,  nec  orare  nos  debeve  ut  Deus  nos 
adjuvet  ne  peccemus...  Nec  ideo  tamen  solis  hac  de  re  votis  agendion 
est,  ut  non  subinferatur  adnitendo  etiam  nostrœ  vohintatis  efficacia. 
»  Adjutor  enim  noeter  Dette  ■  dicitur,  nec  adjuvari  potest,  nisi  qui 
etiam  aliquid  sponte  conaixir  :  qvia  non  sicut  in  lapidibi's  insensatis, 
ni>t  sirvt  in  ris  i)i  quorum  n<it>>rn  rationem  vohintate»iqne  non  con- 
didit,  salutem  nostram  Dens  operatur  in  nohis.  (S.  Aug.,  1.  II  de 
Peccat.  merit.,  c.  vi.) 


—   m\   - 

la  science,  ils  crucifièrent  Celui  qu'ils  devaient  adorer. 
/Emulationem  Dei  habent,  se  cl  non  secundum  scicnliam. 
(Rom.,  x,  2.) 

6.  In  scientia  autem  abstiiwntiam,  in  abstincntia  au- 
tem patientiam.  L'abstinence  ou  la  tempérance  (en  grec, 
lyxpTEia)  est  une  force  d'âme  qui  réprime  tout  désir  de 
ce  qui  est  contraire  à  l'honnêteté,  à  la  raison,  à  la  reli- 
gion ;  et  lorsque  cette  force  s'élève  à  son  plus  haut  degré, 
elle  renonce  même  aux  plaisirs  permis  pour  mieux  con- 
damner ceux  qui  ne  le  sont  pas  :  elle  se  prive  des  choses 
qui  ne  sont  pas  nécessaires  pour  s'affranchir  de  la 
tyrannie  des  sens. 

Patientiam.  La  patience,  bi^cN^,  est  aussi  une  force 
d'âme  qui  nous  fait  supporter  avec  courage,  pour  notre 
salut  et  pour  la  gloire  de  Dieu,  toutes  les  peines  qui 
nous  viennent  de  la  nature  ou  des  hommes.  La  patience 
des  saints  était  si  admirable  qu'ils  acceptaient  avec  joie 
la  tribulation  et  même  la  mort.  Superabundo  gandio  in 
omni  tribulatione  nostra,  disait  saint  Paul  (II  Cor., 
vu,  4)  ;  et  saint  Jacques  exhortait  les  chrétiens  à  se 
réjouir  dans  les  tribulations  :  Omne  gaudium  existi- 
?7iate,  fratres,  quum  in  tentationcs  varias  incideritis. 
(S.  Jac,  i,  2.)  Si  la  joie  dans  les  peines  exige  une  vertu 
trop  sublime  pour  notre  faiblesse,  au  moins  souffrons 
avec  résignation. 

Un  philosophe  ancien,  Epictète,  résumait  les  préceptes 
de  la  sagesse  en  deux  mots  :  supporter  et  s'abstenir, 
àvspu,  oLTtiyou,  sustine,  abstine.  Celui,  disait-il,  qui  gra- 
vera ces  deux  mots  clans  son  cœur,  et  y  conformera  sa 
conduite,  commettra  peu  de  fautes  :  is  erit  pleraque  im 
peccabilis.  (Aulu-Gell.,  xvn,  19.)  Mais  cette  belle  maxime 
de  la  sagesse  païenne  demeurait  stérile  ;  car  ceux  mêmes 
qui  la  proclamaient,  trouvaient  plus  commode  de  suivre 
la  nature  que  de  la  vaincre. 

Aussi,  saint  Pierre  ajoute-t-il  :  in  patientia  autem 
pietatem.  C'est  dans  la  piété,  dans  le  culte  de  Dieu,  c'est 
dans  la  prière,  dans  la  religion,  que  se  trouve  le  motif 
et  la  force  de  pratiquer  la  tempérance  et  la  patience. 


—    267     —  HPetr.,1. 

7.  In  pietate  autem  amorem  fraternitatis.  Par  ce  terme 
amor  fraternitatis,  en  grec  iptfcoBeXf&i,  l'on  entend  l'amour 
qui  unit  entre  eux  tous  les  chrétiens,  non  seulement  d'une 
même  ville,  mais  de  tout  l'univers.  L'Eglise  ne  fait  qu'une 
famille  de  frères  :  quand  les  catholiques  d'un  pays  loin- 
tain sont  persécutés,  nous  leur  envoyons  des  secours  et 
des  consolations.  C'est  ainsi  qu'au  temps  des  Apôtres, 
les  chrétiens  d'Antioche,  de  Macédoine  et  d'Achaïe  re- 
cueillaient d'abondantes  aumônes  qu'ils  portaient  aux 
fidèles  de  Jérusalem. 

In  amore  autem  fraternitatis  charitatem.  Mais  il  n'y  a 
point  de  véritable  amour  des  hommes,  sans  l'amour  de 
Dieu.  On  le  voit  bien  dans  les  épidémies.  Les  philan- 
thropes prennent  la  fuite,  tandis  que  les  prêtres,  les  reli- 
gieux, les  religieuses,  qui  portent  le  crucifix  sur  leur 
cœur,  affrontent  tous  les  périls  pour  secourir  ceux  qu'at- 
teint le  fléau  de  la  contagion. 

8.  Hœc  enimsi  voois  adsint  et  sapèrent,  non  vacuos  nec 
sine  fructu  vos  constituent  in  Domini  nostri  Jesu  Christi 
cognitione  (1).  Si  vous  possédez  ces  vertus,  si  elles  abon- 
dent dans  vos  cœurs  et  se  manifestent  par  vos  actions, 
la  connaissance  de  Jésus-Christ  Notre-Seigneur  ne  vous 
laissera  pas  stériles  et  sans  fruits,  mais  elle  vous  fera 
paraître  devant  Dieu  les  mains  pleines  de  bonnes  œuvres. 

La  connaissance  de  Jésus-Christ  est  le  commencement 
du  salut,  mais  elle  ne  suffit  pas  :  il  y  faut  joindre  les 
œuvres. 

9.  Oui  enini  non  prirsto  simt  haec,  cœcus  est  et  manu 
tentans,  oblivionem  accipiens  purgatio?iis  veteriun  suorum 
(h'iictorum.  i  Mais  celui  qui  n'a  point  ces  vertus  est  un 
aveugle,  qui  marche  à  tâtons  et  qui  oublie  comment  il 
a  été  purifié  de  ses  anciennes  fautes.  » 

Cœcus  est,  il  est  aveugle,  il  ne  voit  pas  le  ciel  qui  de- 

(1)   VAX    grec,    :z>:z    yàp    J/IÏV    jzycy/,,zy.  KCt\    -'/  lOvâÇovra  o'j/.  àpy9\iÇ    oùSl 

t  îL  r^vTàC  Ktipfev^pOv  \tpov  Iptavov  iietymst*.  Le  pré- 
sent mUttmprw  oblige  b  rendre  ainsi  :  «  Lorsque  vous  possédez  ces  vertus, 
et  qu'elles  sont  es  rena  lui  un  degré  éminent,  elles  ne  raw  lai- 
poinf  stériles  et  san  fruit-  &*ec  te  connmtssxBee  de  Wena-Chrisl  Notrt- 
Seigneur.  « 


—    268    — 

vrait  être  le  but  de  ses  pensées  et  de  ses  actions  ;  il  ne  voit 
pas  l'enfer  où  le  conduisent  son  relâchement  et  ses  péchés. 

Et  manu  tentans.  Quoique  privé  de  lumière,  il  marche 
cependant,  mais  comme  un  homme  qui  erre  dans  les  ténè- 
bres et  ne  sait  pas  où  il  va. 

Cette  parole  rappelle  la  malédiction  prononcée  dans  le 
Deutéronome  contre  celui  qui  viole  la  loi.  «  Le  Seigneur 
te  frappera  d'aveuglement,  et  tu  marcheras  à  tâtons  en 
plein  midi,  comme  fait  l'aveugle  dans  les  ténèbres.  »  Per- 
cutiat  te  Dominns  cœcitate,  et  palpes  in  meridie  sicut  pal- 
pare  solet  cœcus  in  tenebris.  (Deuter.,  xxviii,  28.) 

Manu  tentans,  en  grec  fxutDTràÇcov  (de  auw  cty,  fermer  ou 
cligner  les  yeux).  Ce  verbe  signifie  proprement  avoir  la 
vue  courte,  de  manière  à  ne  distinguer  que  les  objets  qui 
sont  très  proches.  Tels  sont  les  mondains  :  ils  ne  voient 
que  les  choses  de  la  terre.  Par  extension,  ce  verbe  signi- 
fie aussi  avoir  la  vue  tellement  faible  qu'on  s'aide  de  la 
main  pour  discerner  les  objets  en  les  palpaut.  C'est  bien 
l'état  des  pécheurs  dominés  par  leurs  passions.  Chez  eux 
la  foi  est  couverte  comme  d'un  nuage,  et  ils  ne  voient  les 
grandes  vérités  de  la  religion  que  dans  une  obscurité  con- 
fuse. Ambulabunt  ut  cœci,  quia  Domino  peccaverunt.  (So- 
phon.,  i,  17.) 

Oblivionem  accipiens  purgationis  suorum  delictorum* 
Celui  qui  ne  cherche  pas  à  acquérir  ces  vertus  oublie 
avec  quelle  bonté  Jésus-Christ  lui  a  pardonné  ses  anciens 
péchés;  il  a  perdu  la  mémoire  des  promesses  solennelles 
qu'il  avait  faites  avant  d'être  admis  au  baptême  :  en  sorte 
qu'il  devient  parjure  et  ingrat. 

10.  Quapropter,  fratres,  magis  satagite  ut  per  bona 
opéra  cerlam  veslram  vocationem  et  electionem  faciatis. 
«  C'est  pourquoi,  mes  frères,  efforcez-vous  de  plus  en 
plus  à  rendre  certaine  votre  vocation  et  votre  élection, 
en  faisant  de  bonnes  œuvres  (1).  » 

(1)  Per  bona  ojiera,  m'  «yaflwv  {p/wv,  Ces  mots  importants  manquent 
dans  beaucoup  d'exemplaires  grecs  ;  mais  ils  se  lisent  dans  le  sinaïtique 
et  dans  l'alexandrin.  D'ailleurs  ils  ressortent  de  tout  le  contexte  ;  le  rai- 
sonnement de  l'Apôtre  les  suppose  ;  Calvin  n'ose  pas  le  nier,  et  le  Con- 
cile de  Trente  les  cite  :  il  faut  les  conserver. 


—    269    —  //  Petr.,  i. 

Quapropter.  C'est  la  conclusion  de  ce  qui  'précède. 
L'homme  qui  ne  possède  pas  les  vertus  qu'on  vient  d'é- 
numérer,  est  un  aveugle  qui  marche  vers  l'abîme.  Il  faut 
donc  qu'il  tâche  de  les  acquérir.  Saint  Pierre  ne  dit  pas 
qu'elles  manquent  aux  chrétiens  d'Asie  ;  il  reconnaît 
même  leur  ferveur  ;  mais  ils  doivent  faire  de  nouveaux 
efforts  pour  croître  en  ces  vertus,  et  pour  les  mettre  en- 
core mieux  en  pratique  :  magis  satagite.  Car  c'est  par 
leurs  bonnes  œuvres  qu'ils  rendront  ferme  et  certaine 
leur  vocation  et  leur  élection. 

Ce  texte  prouve  clairement  contre  lesl  protestants  que 
la  foi  ne  suffit  pas  au  salut.  Vous  avez  été  appelés  à  la 
foi,  dit  saint  Pierre,  et  vous  avez  été  élus  pour  la  gloire 
du  ciel.  Mais  cette  vocation  et  cette  élection  ne  seront 
rendues  fermes,  efficaces,  certaines,  que  par  vos  bonnes 
œuvres,  puisqu'il  est  écrit  que  Dieu  rendra  à  chacun,  non 
selon  sa  croyance,  mais  selon  ses  œuvres  :  Quia  tu  reddes 
unicuiqite  juxta  opcra  sua.  (Ps.  lxi.) 

Satagite  utper  bona  opéra  certam  vestram  vocationem 
et  electionem  faciatis.  Les  théologiens  qui  pensent  que 
l'élection  à  la  gloire  n'est  pas  antécédente  aux  mérites, 
produisent  ce  texte  en  leur  faveur.  L'élection  à  la  gloire 
et  au  salut  est  du  moins  conditionnelle,  disent-ils,  puis- 
qu'elle a  besoin  d'être  confirmée  et  rendue  certaine  par 
les  bonnes  œuvres,  qui  dépendent  du  libre  arbitre. 

Ainsi  l'exprime  clairement  ïhéophylacte.  «  Les  appelés 
sont  nombreux,  dit-il,  puisque  Dieu  appelle  tous  les 
hommes.  Mais  il  y  a  peu  d'élus  ;  car  c'est  le  petit  nombre 
qui  travaille  à  se  sauver  et  qui  se  rend  digne  d'être  élu 
de  Dieu  :  en  sorte  que  l'appel  vient  de  Dieu,  et  que  l'élec- 
tion ou  la  non  élection  dépend  de  nous.  »  Dei  est  vocare, 
electos  autem  fieri  aut  non  fieri,  nostrum.  (Theophyl. 
in  Matth.,  xxn,  14.)  Saint  Ambroise  enseigne  la  même 
doctrine,  lorsqu'après  avoir  cité  cette  parole  :  Quos  prœ- 
Suivit,  et  prœdestinavit,  il  ajoute  :  Dieu  n'a  pas  Iprédes- 
tiné  avant  de  prévoir;  mais  il  a  prédestiné  à  la  récom- 
i'«  use  ceux  dont  il  a  prévu  les  mérites.  Non  enim  anle 
destinavit  quam  prœsciret;  sed  quorum  mérita  prœ- 


—    270    — 

scivit.  eomnn  prœmia  praedestinavit.  (S.  Ambr.  de  Fide, 
1.  V.  r.  vi.) 

Suint  François  de  Sales,  dans  une  lettre  à  Lessius,  féli- 
cite ce  religieux  d'avoir  embrassé  l'opinion  de  la  prédes- 
tination à  la  gloire  en  prévision  des  mérites,  post  prœvisa 
mérita.  Le  saint  docteur  déclare  cette  opinion  très  illus- 
tre par  son  ancienneté,  sa  suavité,  et  l'autorité  des  Ecri- 
tures prises  dans  leur  sens  naturel  ;  pour  lui  il  l'a  tou- 
jours regardée  comme  la  plus  conforme  à  la  miséricorde 
et  à  la  grâce  de  Dieu,  comme  la  plus  vraie  et  comme  la 
plus  aimable.  Sententiam  illani  antù/uitulc,  suavitate, 
ac  Scriplurarum  nativa  auctoritate  nobilissimain...  Eam 
semper  rit  Dei  miser  i  cor  diœ  ac  çjraticV  mar/is  consenta- 
neam,  veriorem  ac  amabiliorem  existimavi.  (Voyez  Feller, 
art.  Lessius.) 

Néanmoins  l'autre  opinion  est  libre,  et  l'on  cite  même 
en  sa  faveur  les  grandes  autorités  de  saint  Augustin  et  de 
saint  Thomas. 

Saint  Augustin,  en  admettant  la  prédestination  anté- 
cédente aux  mérites,  corrigeait  par  les  paroles  suivantes 
ce  qu'elle  semble  avoir  d'effrayant  :  Vous  devez  espérer, 
disait-il,  que  Dieu  vous  donnera  la  persévérance  dans 
l'observation  de  sa  loi,  et  il  faut  demander  tous  les  jours 
cette  grâce  dans  vos  prières.  Si  vous  le  faites,  ayez  con- 
fiance, croyez  que  vous  n'êtes  pas  exclu  du  peuple  des 
prédestinés.  Car  c'est  Dieu  même  qui  vous  donne  la  grâce 
d'espérer  et  de  prier.  Que  si  vous  êtes  obligés  de  mettre 
en  Dieu  votre  espérance,  ce  n'est  pas  certes  une  raison 
de  désespérer  de  votre  salut  :  c'est  tout  le  contraire,  puis- 
que le  prophète  déclare  maudit  quiconque  metfson  espé- 
rance dans  un  homme.  Maledictus  homo  qui  confiait  in 
homine,  et  ponit  carnem  brachium  suu?n. 

Mais  sans  entrer  dans  ces  profondeurs,  une  vérité  in- 
contestable suffit  :  Tout  homme  qui  veut  être  sauvé,  se 
sauve,  et  nul  n'est  perdu  que  par  sa  faute  (1  . 


(I)  Jerem.,  xvn,  5.   —   S.  Auy.   de  Dono  perse  ver.,   xxn.   —   Vovez 
notre  Commentaire  >ur  S.  Paul.  II  ïim.,  n,  VJ. 


—    271    —  /lPelr.,1. 

IJœc  enim  facientcs  non  peccabitis  aliquando.  «  Car  si 
vous  êtes  zélés  pour  les  œuvres  saintes,  vous  ne  pécherez 
jamais.  »  Voici  le  raisonnement  de  saint  Pierre  :  Celui 
qui  se  conserve  exempt  de  péché  rend  sa  vocation  et  son 
élection  certaines  et  efficaces.  Or  celui  qui  s'applique  aux 
œuvres  pieuses  évite  le  péché.  Donc  il  rend  certaines  sa 
vocation  à  la  grâce  et  son  élection  à  la  gloire. 

Non  peccabitis  aliquando,  «  vous  ne  pécherez  jamais  », 
ou  du  moins  il  ne  vous  échappera  que  des  fautes  légères. 
C'est  le  sens  du  grec  :  ou  ^  ~-y.<rr-z  -o-i.  vous  ne  bron- 
cherez jamais  de  manière  à  faire  une  chute  grave.  S'ef- 
forcer de  faire  le  bien  est  le  moyen  sûr  d'éviter  le  péché 
et  la  perdition. 

11.  Car,  ajoute  saint  Pierre,  ces  bonnes  œuvres  vous 
mériteront  le  salut.  Sic  enim  abundanter  ministrabitur 
vobis  introitus  in  &  ter  nom  regnum  Domini  ?wstri  et  Sal- 
vataris  Jesu  (  hristi.  A  chaque  effort  que  vous  ferez  pour 
accomplir  une  bonne  action,  des  grâces  abondantes  et 
riches  vous  seront  données,  avec  un  titre  de  plus  pour 
entrer  dans  l'éternel  royaume  de  Jésus- Christ  notre  Sei- 
gneur et  notre  Sauveur  (1). 

1"2.  Propter  quod  incipiani  vos  semper  monere  de  lus. 
1  pourquoi  je  ne  cesserai  de  vous  faire  ressouvenir 
de  ces  importantes  vérités  dont  je  vous  parle  aujour- 
d'hui (2). 

Et  qxddem  scientes  et  conftrmatos  vos  in  preesenti  veri- 
tatê.  (Quoique  vous  connaissiez  les  vérités  dont  je  parle, 
que  vous  n'en  doutiez  pas  et  que  vous  y  soyez  affermis, 

(1)  (  irre   répète   ici  à  dessein  1<-  même  verbe 
Istrceri,    qu'il  a  employé  plus  haut  (v.  5};   il  marque   ainsi  ia  rela- 
tion entre  le   mérite  »-t  la  récompense.  (Test  comme  ^'il  disait  :  S 

tes  œuvres,  et  vous  recevrez  u:  _    aéieuse  : 

'strate,  ministrabitur  vobis. 

(2)  Tncipiai  .  Le  grec,  peïlijaai  bpâç  î/^saty.v^szîjv 
veut  dire  sim]  mmonebo.  Car  le  verbe  //e'Mw  avec 
un  infinitif  marque   Le  futur  :   pillai  ffjjtirccv,  je  vais  envoyer,   mùsurus 

rend  ordinairement  ce  verbe  par  încipere, 
(    un    futur  prochain.  "H/nUcv  &nod*iexsiv,  ineipiebal  mort 
.,  iv,  41  ■  iliûat,  in  r>.  ,'.  (Act.  A., 

\\, 


—    272    — 

je  ne  cesserai  de  vous  les  rappeler.  Car  il  ne  suffit  pas 
de  connaître  la  loi,  il  faut  en  faire  l'objet  de  ses  pensées, 
et  la  mettre  en  pratique. 

Semper  monebo,  je  vous  avertirai  toujours  :  grande 
leçon  donnée  aux  pasteurs  des  âmes,  que  l'Apôtre  va 
développer  encore  dans  les  versets  suivants. 

13.  Justum  aulem  arbitror,  quamdiu  sum  i?i  hoc  taber- 
naculo, suscitare  vos  in  commonitione .  «  Car  je  pense  que 
c'est  un  devoir  pour  moi,  pendant  que  je  suis  dans  cette 
tente,  de  vous  réveiller  par  des  avertissements.  »  En  effet, 
il  y  a  toujours,  dans  un  troupeau,  des  brebis  égarées  qu'il 
faut  ramener  au  bercail,  ou  blessées  qu'il  faut  panser, 
ou  malades  qu'il  faut  guérir,  ou  saines  qu'il  faut  soigneu- 
sement nourrir,  défendre  et  garder.  (Ezech.,  xxxiv,  16.) 

Suscitare  vos  in  commonitione.  Mais  pour  que  le  pasteur 
réveille  les  fidèles  en  leur  prêchant  les  grandes  vérités 
du  salut,  il  doit  se  réveiller  lui-même  en  les  méditant 
chaque  jour.  Vigila  super  le  ipsum,  excita  te  ipsum  ; 
admone  te  ipsum  ;  et  quidquid  de  aliis  sit,  non  negligas 
te  ipsum.  (Imit.  Christ.,  1.  I,  c.  xxv.) 

Suscitare,  o'.syacE'.v.  Saint  Pierre  se  rappelle  ce  funeste 
sommeil  auquel  il  se  laissa  aller  sur  la  montagne  des 
Oliviers  et  qui  fut  cause  de  sa  chute.  Nous  de  même 
croyons  que  nous  avons  besoin  d'être  réveillés  par  nos 
supérieurs  et  par  nos  amis,  pour  ne  pas  nous  laisser  en- 
dormir au  milieu  des  périls. 

Quamdiu  sum  in  hoc  tabernaculo.  Notre  corps,  séjour 
passager  de  notre  âme,  n'est  point  une  maison  solide  ; 
c'est  une  tente,  que  le  voyageur  dresse  le  soir  pour  y 
passer  la  nuit,  et  qu'il  plie  le  matin  avant  son  départ  (1). 

14.  Certus  quod  velox  est  depositio  tabernaculi  mei.  Or 
je  sais  que  bientôt  je  déposerai  ma  tente,  et  c'est  un  mo- 
tif pour  moi  de  redoubler  de  vigilance  (2). 


(1)  Saint  Paul  avait  dit  de  même  :  «  Nous  qui  sommes  ici  dans  cette 
tente,  nous  gémissons  d'être  appesantis  par  le  poids  de  notre  corps.  » 
Qui  sumus  in  hoc  tabernaculo,  ingemiscimus  gravati.  (II  Cor.,  v,  A.) 

(2)  Depositio  tabernaculi  mei,  vj  dniOî-jiç  toû  <7x-/)vw//aTiï  pou.  La  tente 
où  j'habite  est  maintenant  encore  dressée,  mais  bientôt  elle  sera,  non 


—    278    —  I/Petr.,1, 

Secundum  quod  et  Dominus  no  s  ter  Jésus  Christus  signi- 
ficavit  mihi.  Je  dois  bientôt  quitter  cette  terre,  mon  âge 
m'en  avertit  ;  la  persécution  qui  ravage  l'Eglise  de  Rome 
doit  Unir  par  m'atteindre  ;  j'en  suis  d'ailleurs  certain 
parce  que  Jésus-Christ  Notre-Seigneur  me  l'a  révélé. 
D'après  ce  texte,  il  semblerait  que  saint  Pierre  n'était 
pas  encore  en  prison,  lorsqu'il  écrivit  cette  lettre:  car  il 
est  probable  qu'il  n'eût  pas  manqué  de  le  dire,  comme 
avait  fait  saint  Paul  en  écrivant  de  sa  première  prison 
aux  Ephésiens,  aux  Philippiens,  aux  Colossiens  et  à 
Philémon. 

Dominus  significavit  mihi.  Saint  Ambroise  rapporte, 
comme  une  tradition  certaine,  que  saint  Pierre  étant 
recherché  par  les  païens  qui  voulaient  le  mettre  à  mort, 
parce  qu'il  enseignait  la  loi  chrétienne  et  spécialement 
la  chasteté,  fut  supplié  par  les  fidèles  de  céder  pour  un 
temps  à  l'orage.  Quoiqu'il  désirât  le  martyre,  il  se  décida, 
suivant  leur  conseil,  à  sortir  de  Rome  pendant  une  nuit. 
A  peine  était-il  hors  des  murs,  qu'il  rencontra  Jésus. 
Seigneur,  où  allez-vous?  demanda  saint  Pierre.  —  Je 
vais  à  Rome,  pour  y  être  crucilié  de  nouveau,  répondit 
Jésus.  Saint  Pierre  comprit  que  le  Christ,  désormais  im- 
mortel, ne  pouvait  être  crucilié  qu'en  son  serviteur.  Il 
rentra  dans  Rome,  fut  aussitôt  pris,  et  mourut  sur  la 
croix.  (S.  Ambr.  Serm.  contr.  Auxent.,  n.  13.)  Hégésippe, 
historien  du  iv,!  siècle,  fait  le  même  récit.  (Excid.  Jeros., 
1.  [II,  c.  n.)  On  voit  à  Rome,  sur  la  voie  Appienne,  une 
petite  chapelle,  érigée  en  mémoire  de  ce  fait  :  elle  s'ap- 
pelle  Domine  quo  vadis? 

15.  Dabo  autem  operam  et  fréquenter  haùerc  vos  post 
obitum  meum,  ut  horion  memoriam  faciatis.  Mais  j'aurai 
soin  que,  même  après  mon  départ  de  ce  inonde,  vous 
ayez  le  moyen  de  vous  remettre  fréquemment  ces  choses 
en  mémoire  (1;. 

pas  pliée  pour  être  portée  ailleurs,  mais  déposée  et  kiissée  sur  la  terre, 
pendant  que  mon  àme  partira  seule  pour  le  ciel. 

^1)  Vos  habo;j  ut  faciatis,  :.yiu  'jpSLi  noiftiOzt,  ("est  an  hellénisme 
c|ui  veut  dire   vos  habere  potestatem  facienâi  ou  vos  posse  facere.  Car 

Kl'l  rRB8  '  \  1  HO]  [QVB9  18 


—    274     — 

Quelle  était  la  mesure  que  voulait  prendre  saint  Pierre 
pour  que  les  fidèles  pussent  se  rappeler  souvent  les  gran 
des  vérités  de  la  religion  ?  On  l'ignore. 

(,)uelques-uns  disent  qu'il  songeait  à  choisir  pour  coad- 
jutour  saint  Clément  ou  saint  Lin,  qui  continueraient 
après  sa  mort  de  veiller  sur  toutes  les  églises  et  d'y 
faire  entendre  la  parole  du  salut.  Mais  il  ne  dit  pas 
qu'il  prendra  des  moyens  pour  qu'on  annonce  aux 
fidèles  cette  bonne  parole,  il  dit  qu'il  veut  que  les 
fidèles  puissent  se  la  rappeler  eux-mêmes. 

D'autres  pensent  qu'il  désigne  ses  propres  Epîtres  :  il 
suffira  aux  chrétiens  de  les  relire  pour  se  ranimer  dans 
la  pratique  de  toutes  les  vertus.  Mais  il  semble  qu'il  en- 
tend parler  d'autre  chose,  puisque  cette  lettre  est  la  der- 
nière et  qu'il  dit  au  futur  :  Je  prendrai  soin,  dabo  operam. 

Peut-être  saint  Pierre  s'occupait-il  de  faire  copier 
les  livres  du  Nouveau  Testament  qui  existaient  alors. 
C'étaient  les  trois  Evangiles  de  saint  Matthieu,  saint 
Marc  et  saint  Luc,  avec  treize  Epîtres  de  saint  Paul,  celle 
de  saint  Jacques  et  les  deux  de  saint  Pierre  lui-même. 
Ne  serait-ce  point  dans  ce  but  que  saint  Paul  écrivait  de 
Rome  à  Timothée,  vers  la  même  époque,  de  lui  apporter 
d'Asie  «  surtout  des  parchemins  »,  maxime  autem  mem- 
branas?  (II  Tim.,  iv,  13.)  Un  exemplaire  de  ces  livres 
divins,  copié  avec  soin,  sous  les  yeux  des  deux  Apôtres 
et  de  leurs  disciples,  serait  lu  dans  les  assemblées  des 
fidèles  et  leur  rappellerait  chaque  fois  (lyAizoTz)  les  gran- 
des vérités  du  salut. 

16.  Non  enim  doctas  fabulas  secuti  notam  fecimus  uobis 
Domini  nostri  Jesu  Christi  virtutem  et  prœsentiam,  sed 
speculatorcs  facti  illias  magnitudinis.  «  Au  reste  ce  n'est 
point  en  suivant  des  fables  habilement  inventées,  que 
nous  vous  avons  fait  connaître  la  puissance  et  l'avène- 
ment de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ,  mais  nous  vous 

e^co  suivi  d'un  infinitif  signifie  avoir  le  moyen  de  ou  «  pouvoir  »,  e'xo) 
TtouVuQai,  possum  facere.  La  phrase  serait  donc  plus  clairement  rendue 
en  latin  de  cette  manière  :  Dabo  opérant  ft  vos,  post  eocitum  mettni, 
fréquenter  horum  memoriam  facere  possitis. 


—    275    —  IIPctr.,i. 

l'annonçons  après  avoir  été  nous-mêmes  les  spectateurs 
de  sa  majesté.  » 

Saint  Pierre  vient  d'exhorter  les  fidèles  à  mériter,  par 
de  saintes  œuvres,  l'entrée  dans  le  royaume  éternel, 
promis  aux  hommes  par  Jésus-Christ.  Maintenant  il 
appuie  son  exhortation  sur  la  certitude  de  la  divinité 
de  Jésus-Christ,  et  il  la  prouve  en  leur  déclarant  qu'il 
a  été  lui-même  le  témoin  oculaire  de  sa  gloire  sur  la 
montagne,  et  qu'il  a  entendu  le  Père  éternel  lui  rendre 
témoignage  du  haut  des  cieux. 

Doctris  fabulas,  GE5«pioj*ivouç  [xuôouç,  fabulas  arte  compo- 
siias.  Je  ne  vous  raconte  pas  d'ingénieuses  fictions,  comme 
sont  les  récits  mythologiques  de  la  Grèce,  ou  les  fables 
de  certains  hérétiques,  mais  j'ai  vu  de  mes  yeux,  j'ai 
entendu  de  mes  oreilles  ce  que  je  vous  atteste. 

Notam  fecimus  vobis  Domini  nostri  Jesu  Christi  vir- 
tutem.  La  puissance  de  Jésus-Christ  a  éclaté  dans  les 
grands  miracles  dont  tous  les  Apôtres  ont  été  les  témoins. 

Notam  fecimus,  iyva>pfox{i£v,  nous  vous  avons  fait  con-^ 
naître  d'une  manière  certaine  la  puissance  absolue  avec 
laquelle  il  commandait  à  la  nature. 

Et  praesentiam,  en  grec  -apo-Wav,  adventum.  Ce  mot  se 
lie  surtout  à  Christi,  Saint  Pierre  veut  dire  :  Nous  vous 
avons  prouvé  que  le  Christ  est  venu,  et  qu'il  a  été  pré- 
sent au  milieu  de  nous.  Le  Christ  promis  à  nos  Pères, 
c'est  Jésus  de  Nazareth,  dont  nous  avons  été  les  disciples. 

Speculatores  facti  illius  magnitudinis,  i-xô-xxv.  yeufiévreç 
r?\z  beefrou  \u,y*Xti4rr[Toç,  «  nous  avons  contemplé  sa  gran- 
deur. »  Il  parle  d'un  fait,  dont  il  a  été  le  témoin  oculaire. 
Ce  grand  événement  où  s'est  manifestée  la  gloire  de  Jésus- 
Christ,  lorsque  sa  face  devint  plus  brillante  que  le  soleil, 
si  la  transfiguration,  dont  furent  témoins  saint  Pierre, 
saint  Jacques  et  saint  Jean. 

L7.  Accipiens  enim  a  Deo  Pâtre  honorem  et  gloriam, 

•  ' c  delapsa  ad  eum  hujusccmodi  a  magnifica  qloria  : 
Hic  est  Fitius  meus  dilectus,  in  quo  mihi  complacui  ;  ipsum 
audite.  Car  il  a  reçu  de  Dieu  le  Père  un  témoignage 
d'honneur  et  de  gloire,  lorsque  du  sein  de  la  majesté  et 


—  m   - 

de  la  gloire  cette  voix  s'est  fait  entendre  et  est  descendue 
vers  lui  :  «  Celui-ci  est  mon  Fils  bien-aimé,  en  qui  j'ai 
mis  mes  complaisances  ;  écoutez-le  (1).  » 

Voce  delapsa  ad  eum  liujuscemodi  a  maqnifica  gloria. 
11  reçut  l'honneur  de  la  part  du  Père,  quand  une  voix, 
retentissant  du  sein  de  la  gloire  magnifique,  lui  adressa 
cette  parole  :  «  Celui-ci  est  mon  Fils.  »  La  gloire  magni- 
fique ,  c'est  la  nuée  lumineuse  que  mentionne  l'Evan 
géliste,  nubes  lucida.  (S.  Mat  th.,  xvn,  1.) 

Delapsa  a  gloria,  en  grec  bttyUi<rr^  oin  oo;y,;,  prolata  a 
gloria}  cette  voix  était  proférée  par  la  gloire.  On  no 
voyait  personne  :  c'était  la  nuée  lumineuse  qui  semblait 
faire  retentir  les  paroles  que  prononçait  le  Père. 

Voce  hujuscemodi.  cpwvvjç  roiasSe.  La  voix  disait  les  paro- 
les que  voici  : 

Hic  est  Filius  meus  dilectus,  ô  uléç  [/.ou  ô  ày-y-r^ôc.  L'article 
ainsi  répété  fait  entendre  que  Jésus  n'est  point  seulement 
fils  de  Dieu  comme  les  prophètes  et  les  saints,  mais  qu'il 
est  le  Fils  unique  par  excellence,  par  nature  égal  à  son 
Père.  Hic  est  Filius  meus  dilectus,  quem  a  me  non  séparât 
deitas,  non  dividit  potestas,  non  discernit  œternitas.  Hic 
est  Filius  meus  non  adoptio?iis,  sed  proprius  ;  non  aliunde 
creatus,  sed  ex  me  g en i tus  ;  nec  de  alia  natura  mihi  fac- 
tus  comparabilis,  sed  de  mea  essentia  mihi  natus  œqualis. 
(S.  Léon.  Serm.  de  Transfig.; 

Jn  quo  mihi  complacui.  C'est  l'explication  du  mot  dilec- 
tus, mon  Fils  bien-aimé.  en  qui  j'ai  mis  toutes  mes  com- 
plaisances. De  là  il  suit  que  le  Fils  absorbant  l'amour 
infini  du  Père,  c'est  en  son  Fils  et  à  cause  de  son  Fils 

(1)  Aoclplens  honorera.  La  phrase  semble  inachevée  :  c'est  un  hé- 
braïsme.  Accipiens  est  mis  pour  accipiens  fuit  ou  accepit,  «  il  reçut.  » 
Les  Hébreux  emploient  le  participe  pour  le  verbe.  —  Au  lieu  de  recou- 
rir à  un  hébraïsme,  on  peut  encore  expliquer  la  phrase  par  l'anacoluthe. 
Saint  Pierre  en  la  commençant  se  proposait  peut-être  de  l'ordonner 
ainsi  :  Accipiens  a  Deo  honorem  declaratns  est  esse  Filius  Del.  Mais 
\x  citation  des  paroles  du  Père  a  rendu  cette  terminaison  superflue. 
( "est  pourquoi  après  avoir  rapporté  cette  grande  parole,  il  ajoute  qu'il 
;i  lui-même  entendu  la  voix  qui  descendait  du  ciel.  —  La  transfiguration 
de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  est  racontée  par  saint  Matthieu  (xvn,  1), 
par  saint  Marc  (ix,  1),  et  par  saint  Luc  (ix,  28). 


—    377    —  Il  Peti\rh 

que  le  Père  nous  aime.  Il  aime  les  saints,  parce  qu'ils 
sont  semblables  à  son  Fils,  et  parce  qu'ils  ne  font  qu'un 
avec  son  Fils,  dont  ils  sont  les  membres. 

Ipsum  audite.  Ces  mots  ne  se  lisent  pas  ici  dans  le 
grec  ;  mais  ils  sont  dans  les  trois  évangélistes  saint  Mat- 
thieu, saint  Marc  et  saint  Luc.  Par  cette  parole,  le  Père 
qui  a  donné  son  Fils  au  monde  comme  Rédempteur,  com- 
mande de  l'écouter  comme  Docteur,  et  de  lui  obéir  comme 
au  Législateur  suprême.  Cette  parole  répond  à  la  prédic- 
tion de  Moïse,  inscrite  au  Deutéronome  :  «  Dieu,  disait- 
il,  vous  suscitera  un  Prophète  comme  moi,  il  sera  de 
votre  nation  et  d'entre  vos  frères.  C'est  lui  que  vous  écou- 
terez. »  (Deuter.,  xvnr,  lo.)Prophetam  de  g  ente  tua  et  de 
fratribustuis,  sicut  me,  suscitabit  tibi  Dominus  Deus  tnus. 
Ipsum  audies,  Jésus  est  le  grand  Prophète  qu'annonçait 
Moïse. 

18.  Et  ha  ne  vocem  nos  audivimus  de  cœlo  allatam, 
quum  essejnus  cum  ipso  in  monte  sancto.  Saint  Pierre 
ne  décrit  point  la  splendeur  qui  brilla  sur  la  face  et  toute 
la  personne  de  Jésus-Christ,  l'éclat  éblouissant  de  ses 
vêtements,  et  la  présence  de  Moïse  et  d'Elie  ;  car  son  but 
est  de  prouver  que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu,  et  c'est  la 
voix  céleste  qui  le  prouve.  «  Or,  cette  voix  qui  venait  du 
ciel,  nous  l'avons  entendue  nous-mêmes,  dit-il,  lorsque 
nous  étions  avec  lui  sur  la  sainte  montagne.  » 

Nos.  Je  n'étais  pas  seul  :  nous  étions  trois,  Jacques, 
Jean  et  moi.  Jean,  qui  est  près  de  vous  en  Asie,  vous 
l'attestera  comme  je  le  fais  ici  dans  Rome. 

In  monte  sancto.  La  tradition  nous  apprend  que  la 
sainte  montagne  de  la  Transfiguration  est  le  Thabor. 
Saint  Cyrille  de  Jérusalem  l'atteste  :  Moïses  et  Elias  illi 
transfigurato  présentes  facti  in  monte  Thabor  dicebant 
discipulis  excessum  cjus.  (Catech.,  xn,  6.)  Saint  Jérôme 
(Epitaph.  Marcell.),  saint  Jean  Damascène  (Serm.  de 
Transf.),  Euthymius  (in  Ps.  lxxxviii),  et  le  vénérable 
Bède  (De  locis  sanct.,  vu)  le  déclarent  de  même. 

Quum  essemus  cum  ipso  in  monte.  D'après  cette  parole. 
L'Epître  que  nous  examinons  a  pour  auteur  l'un  des  trois 


—     278    — 

témoins  de  la  Transfiguration.  Or,  elle  n'est  pas  de  saint 
Jacques  le  Majeur,  qui  était  mort  depuis  longtemps  ; 
elle  n'est  pas  non  plus  de  saint  Jean,  dont  le  style  est 
tout  différent  ;  elle  est  donc  de  saint  Pierre. 

19.  Ft  kabemus  firmiorem  propheticum  sermonem. 
Notre  témoignage  est  véridique  et  certain.  Nous  vous 
annonçons  ce  que  nous  avons  vu,  et  nous  vous  rapportons 
ce  que  nous  avons  entendu.  Mais  si  l'on  hésitait  à  nous 
croire,  il  y  a  une  autorité  plus  ferme  encore,  et  un  témoi- 
gnage qu'il  est  impossible  de  récuser  :  c'est  la  parole  des 
prophètes.  Leurs  oracles  sont  dans  les  mains  de  tout  le 
monde.  Consultez-les  et  vous  reconnaîtrez  que  tout  ce 
que  les  prophètes  ont  prédit  touchant  le  Messie  qui 
devait  venir,  s'est  accompli  exactement  dans  Jésus  de 
Nazareth  (1). 

Firmiorem  propheticum  sermonem.  La  parole  de  saint 
Pierre  est  en  elle-même  aussi  ferme  que  celle  des  pro- 
phètes, puisque  l'une  et  l'autre  viennent  du  Saint-Esprit. 
Mais  pour  des  Juifs  ou  pour  des  Gentils,  le  témoignage 
de  saint  Pierre  pouvait  sembler  n'être  pas  une  preuve 
assez  convaincante  :  tandis  que  l'accomplissement  des 
prophéties  anciennes  dans  la  personne  de  Jésus  démon- 
trait par  un  argument  irrésistible  qu'il  était  le  Messie. 
Car,  ils  tenaient  entre  leurs  mains  ces  vénérables  par- 
chemins qu'ils  avaient  reçus  en  héritage  de  leurs  aïeux  : 
et  sur  ces  volumes  séculaires,  authentiques,  qu'on  lisait 
dans  toutes  les  synagogues  au  temps  de  leurs  ancêtres, 
ils  voyaient  racontés  d'avance  et  décrits  avec  exactitude, 
les  faits  qui  venaient  de  s'accomplir  dans  Jésus  de  Naza- 
reth. Tout  y  était  marqué  d'avance,  depuis  sa  conception 
dans  le  sein  d'une  Vierge  et  sa  naissance  à  Bethléhem, 
jusqu'à  sa  passion,  sa  mort,  sa  résurrection  et  son  ascen- 
sion dans  les  cieux. 


(1)  C'est  ce  que  firent  les  plus  illustres  habitants  de  Thessalonique 
et  de  Bérée,  quand  saint  Paul  leur  annonça  l'Evangile.  Ils  passaient 
les  jours  à  lire  et  à  scruter  les  anciennes  prophéties,  les  comparant 
avec  ce  que  l'Apôtre  leur  racontait  de  Jésus.  Quotidie  scrutantes 
Scripturas,  si  hœc  ita  se  haberent.  (Act.  A.,  xvn,  11.) 


—    279    —  f/Petr.,i. 

Gui  bene  facitis  attendentes,  quasi  luceriuu  lucenti  in 
caliginoso  loco,  clonec  dies  elucescat,  et  hœifer  oriatur 
in  cordibus  vestris.  «  Et  vous  faites  bien  de  fixer  votre 
attention  sur  les  écrits  des  saints  prophètes,  comme  sur 
une  lampe  qui  luit  dans  un  lieu  obscur,  jusqu'à  ce  que 
le  jour  commence  à  paraître,  et  que  l'étoile  du  matin  se 
lève  dans  vos  cœurs.  » 

Saint  Pierre  montre  combien  est  importante  l'étude  de 
l'Ecriture  sainte.  La  vie  présente  est  une  nuit  obscure. 
Les  livres  de  l'Ancien  Testament,  comme  ceux  du  Nou- 
veau, sont  une  lampe  qui  luit  dans  les  ténèbres  de  ce 
monde  ;  elle  répand  la  lumière  sur  toutes  les  choses  de 
la  terre  et  des  cieux  ;  elle  éclaire  les  pas  du  voyageur 
et  l'empêche  de  s'égarer,  comme  l'exprime  le  prophète 
royal  :  «  Votre  parole  est  une  lampe  qui  guide  mes  pas, 
et  une  lumière  qui  éclaire  mes  sentiers.  »  Lucernapedi- 
bus  meisverbum  tu  uni,  et  lumen  semitis  meis.  (Ps.  cxviii.) 
Cette  lampe  nous  est  nécessaire  pendant  la  marche  péni- 
ble de  cette  vie,  jusqu'à  [ce  que  le  jour  de  l'éternité  ap 
proche  :  alors  la  nuit  étant  passée,  les  rayons  de  la  majesté 
divine,  figurés  par  l'étoile  du  matin,  commenceront  à 
briller  dans  nos  intelligences  et  rempliront  nos  cœurs 
de  joie.  In  his  velut  nocturnis  laboribus  et  doloribus,  pro- 
phetia  nobis  accensa  est,  sicut  lucerna  in  obscuro  loco, 
donec  dies  lucescat  et  lucifer  oriatur  in  cordibus  nostris. 
(S.  Aug.  in  Ps.  lxxxix,  n.  15.) 

20.  Mais  cette  lampe  elle-même  pourrait  nous  égarer, 
comme  elle  en  a  perdu  plusieurs.  C'est  pourquoi  saint 
Pierre,  inspiré  de  Dieu,  pose  un  grand  principe  qui  nous 
préserve  de  l'erreur  et  nous  sauve  de  l'hérésie.  Vous 
<l.  ve/.  dit-il,  savoir  et  comprendre  avant  toutes  choses, 
que  nulle  prophétie  de  la  sainte  Ecriture  ne  s'explique 
par  une  interprétation  privée.  Hoc  primum  intelligentes 
(iw></  mnnis  propheiia  Scripturœ  propria  interpretatione 
non  fit.  Eu  grec,  îâfa;  èxtàûesuc  ou  ffasou,  non  est  pmvaiae 
solu/iouis.  C'est-à-dire  que  les  difficultés  qui  naissent  du 
texte  de  L'Ecriture  sainte  ne  doivent  pas  être  résolues 
par  l'interprétation  particulière.  Ne  guis  ad  libitum  suum 


—    280    — 

Scriphiras  exponere  audeat,  dit  le  vénérable  Bède.  Non. 
c'est  à  l'Eglise  qu'appartient  ce  droit.  Chaque  fidèle  n'est 
point  le  juge  du  sens  des  Ecritures,  spécialement  dans 
les  passages  qui  concernent  le  dogme  et  la  morale.  Les 
Ecritures  sont  un  flambeau  placé  sur  le  chandelier  public 
de  l'Eglise  infaillible,  et  non  sous  le  boisseau  ténébreux 
de  l'intelligence  individuelle.  Le  saint  Concile  de  Trente  l'a 
expressément  déclaré.  Nemo  suœ  prudentiœ  innixus,  in 
rébus  fidei  et  morum...  sanctam  Scripturam  adsuos  sensus 
contorquens,  contra  eum  sensum  quem  tenxrit  et  tenet 
sancta  mater  Ëcclesia  {eu jus  est  jndicare  de  vero  sensu  et 
interpretatione  Scripturarum  sanctarum)...  interpretari 
audeat.  (Conc.  Trid.  Sess.  IV.  —  Voyez  plus  bas,  ch.  m, 
v.  16.) 

Tout  habile  que  soit  un  helléniste,  un  hébraïsant,  un 
érudit  quelconque,  il  doit  incliner  son  savoir  devant 
l'autorité  de  l'Eglise  et  de  la  tradition. 

Prophetia  Scripturœ.  Par  ce  mot  il  faut  entendre  non 
seulement  les  prédictions  de  l'avenir,  mais  tout  l'ensei- 
gnement dogmatique  et  moral  donné  sous  l'inspiration 
divine  et  déposé  dans  les  saintes  Ecritures.  (Voyez 
Rom.,  xii,  6  :  I  Cor.,  xm,  2,  et  xiv,  3;  Apoc,  xi,  3.) 

Si  l'on  avait  3uivi  le  principe  formulé  par  saint  Pierre 
à  l'origine  du  christianisme  et  consigné  par  l'ordre  de 
Dieu  dans  sa  dernière  lettre,  il  n'y  aurait  jamais  eu  d'A- 
rianisme,  de  Luthéranisme,  ni  de  Jansénisme.  Pétri  sen- 
tentia  flagellât  hœreticos,  dit  Estius.  L'Eglise  écoute  vo- 
lontiers les  savants,  mais  elle  les  juge,  et  aucun  de  ses 
jugements  n'a  été  réformé  par  la  science. 

21.  L'Apôtre  ne  se  contente  pas  de  poser  le  principe, 
il  en  donne  la  raison  :  Non  enim  voluntate  humana  allata 
estaliquando prophetia; sed Spiritu  Sancto  inspirati locuti 
sunt  sancti  Dei  hommes .  «  Car  ce  n'est  point  par  une  volonté 
humaine  que  la  prophétie  nous  a  été  autrefois  apportée. 
Les  prophètes  ne  parlaient  point  de  leur  propre  mouve- 
ment ni  selon  leur  science  privée  ;  mais  c'est  par  l'inspi- 
ration même  du  Saint-Esprit  que  tous  les  saints  hommes 
de  Dieu  ont  parlé.  » 


—    281     —  //  t'elr.,  i. 

A on  voluntate  humana.  Les  faux  prophètes  disaient  ce 
qu'ils  conjecturaient,  ce  qu'ils  inventaient,  ce  qu'ils  vou- 
laient. Mais  les  vrais  prophètes  ont  annoncé  les  choses 
que  Dieu  leur  a  révélées,  ils  ont  écrit  ce  que  Dieu  leur  a 
ordonné  d'écrire,  et  Dieu  les  a  assistés  pour  l'écrire. 

De  là  on  tire  deux  conclusions  d'une  grande  importance. 
Voici  la  première  :  Puisque  la  parole  des  livres  saints 
est  une  parole  inspirée  de  Dieu,  elle  ne  peut  rien  contenir 
de  faux,  non  seulement  en  ce  qui  concerne  le  dogme  et  la 
morale,  mais  encore  en  ce  qui  touche  à  l'histoire,  à  la 
philosophie,  aux  sciences  humaines.  Tout  ce  que  dit  l'E- 
criture divine,  bien  comprise,  est  vrai.  Les  historiens 
mêmes  qui  racontent,  par  l'ordre  de  Dieu,  les  faits  qu'ils 
ont  vus,  n'écrivent  que  sous  l'impulsion  et  sous  la  di- 
rection du  Saint-Esprit  :  en  sorte  que  leur  récit  est  une 
œuvre  divine.  Par  là  sont  condamnés  les  hommes  témé- 
raires qui  osent  supposer  des  erreurs  historiques  ou 
scientifiques  dans  la  Bible. 

Seconde  conclusion.  Puisque  c'est  le  Saint-Esprit  qui 
parle  dans  l'Ecriture,  c'est  à  lui  qu'il  appartient  d'expli- 
quer sa  parole  ;  et  il  a  institué  dans  l'Eglise  une  autorité 
infaillible,  que  nous  devons  écouter.  Car  il  l'assiste  selon 
la  promesse  de  Jésus-Christ;  il  l'éclairé  et  la  dirige,  lors- 
qu'elle interprète  la  sainte  parole.  Cette  autorité  vivante, 
c'est  le  Pape  et  le  Concile  uni  au  Pape. 

C'est  aussi  la  Tradition  ;  car  l'assistance  du  Saint-Es- 
prit est  perpétuelle.  L'Eglise  redira  jusqu'à  la  fin  du 
monde  ce  que  les  Apôtres  lui  ont  enseigné.  Elle  pourra 
éclaicir  et  développer  sa  doctrine,  elle  ne  la  réformera 
jamais. 

Ainsi  se  trouve  renversé  par  le  fondement  le  libre  exa- 
men du  protestantisme. 


282    - 


CHAPITRE  DEUXIÈME 


ANALYSE 

1.  Saint  Pierre  annonce  que  des  docteurs  de  mensonge  vont 
s'élever  dans  l'Eglise.  Il  décrit  d'avance  leur  caractère  et  leurs 
mœurs,  et  il  prédit  leur  châtiment  (1-10). 

2.  Il  montre  ensuite  combien  sont  coupables  ceux  qui,  après 
avoir  connu  l'Evangile  et  professé  la  religion  chrétienne, 
retournent  à  leurs  anciens  désordres  (20-fin). 

Saint  Jude  traite  le  même  sujet  dans  son  Epître.  Il  est  bon 
de  l'avoir  sous  les  yeux  en  lisant  celle  de  saint  Pierre  :  Tune 
éclaircit  l'autre. 


1.  Mais  il  y  eut  aussi  de  faux 
prophètes  parmi  le  peuple,  comme 
il  y  aura  parmi  vous  des  maîtres  de 
mensonge,  qui  introduiront  des  sectes 
pernicieuses,  et  qui,  reniant  le  Sei- 
gneur qui  les  a  rachetés,  attireront 
sur  eux  une  prompte  perdition. 

2.  Beaucoup  suivront  leurs  dé- 
sordres, et  la  voie  de  la  vérité  sera 
blasphémée  a  cause  d'eux. 

3.  Ils  trafiqueront  de  vos  âmes 
par  des  discours  artificieux,  pour 
satisfaire  leur  avarice.  Mais  leur 
condamnation,  depuis  longtemps  ré- 
solue, s'avance  a  grands  pas,  et.  la 
perdition  qui  les  attend  ne  s'endort 
point. 

4.  Car  si  Dieu  n'a  point  épargné 
les  anges  qui  ont  péché,  mais  si, 
après  les  avoir  précipités  dans  l'abî- 
me, il  les  y  a  enchaînés  et  livrés 
aux  supplices  de  l'enfer,  où  il  les 
réserve  pour  le  jugement  ; 


1.  Fuerunt  vero  et  pseudo- 
prophetœ  in  populo,  sicut  et  in 
vobis  erunt  magistri  mendaces, 
qui  introducent  sectas  perdi- 
tionis,  et  eu  m  qui  émit  eos  Do- 
rainum  negant,  superducentes 
sibi  celerem  perditionem. 

2.  Et  multl  sequentur  eoruni 
luxurias,  per  quos  via  veritatis 
blasphemabitur. 

3.  Et  in  avaritia  fictis  verbis 
de  vobis  negotiabunUn-  :  quibus 
judicium  jam  olim  non  cessât, 
et  perditio  non  dormitat. 


4.  Si  enim  Deus  angelis  pec- 
cantïbus  non  pepercit,  sed  ru- 
dentïbus  inferni  detractos  in 
t  art  arum  tradidit  cruciandos, 
in  jt'.dicium  reservari  ; 


—    283 


//  Petr.,  h. 


5.  Et  origincUi  mundo  non 
pepercitt  sed  octavum  Noe  jus- 
titias  prceconem  custodivit,  di- 
lurii'/,)  mundo  impiorum  in- 
ducens  ; 

6.  Et  ûivitates  Sodomorum  et 
Qcmorrhœorum  i<>  dnerem  ré- 
digent, eversione  damnavit, 
extmplu  m  qui  ùnpii  ac~ 
turi  sunt  ponem  :    £+**/■  yii' 

7.  Et  jufstum  I.  -t  oppression 
a  nefandorum  injuria  ac  Ivxu- 
riosa  coi"-'  rsationc  eripuii  : 

v.  [Adsped ,'  (lilm.  et  av.dilv. 
justus  erat,  habitons  npud  eos 
/ji<i  de  die  in  diem  anisnam 
justam  iniquis  operibus  cru- 
eiabant  :) 

'.'.  Surit  Domi/ins pios  de  ten- 
tatione  eripeve .  iniqvos  vero 
iii  die, h  judicii  reservare  crv- 
<iayidos  : 

10.  Magis  tw.tem  eos  qui  post 
came  m  in  concupiscent ia  im- 
munditiœ  ambulant,  domina- 
tionemque   contemnunt.  Auda- 

.  sihipbn -cites, sectas  non  i 
tmi.it  introducere  blasphéman- 
tes : 

11.  Ubi  ontjcli  fortitudine  et 
virtute  quum  sint  majores,  non 
portant  advertum  se  \bile 

j\idi<  in 

12.  Jli  vero  relut  irrationa- 
bilia  .  naturalitt  r  in  cap- 

•   pemiciein,  in    his 
quœ  ignorant  blasphi  n     ■■ 
corruptione  sua  peribunt, 

13.  Percipû  ■  "cèdent  in 
just 

-  :  coinquin  i 
■'<f   deliciis  affluen- 
ian- 

14.  Oculoi    hàbente 
adulterii,  •  \  'ili\  de! 
peli,  instabiles, 


5.  Et  s'il  n'a  point  épargné  l'ancien 
monde,  mais  s'il  a  sauvé  seulement 
sept  personnes  avec  i\'oé,  prédica- 
teur de  la  justice,  lorsqu'il  amenn 
le  déluge  sur  le  monde  des  impies  ; 

6.  Et  s'il  a  condamné  à  la  des- 
truction et  réduit  en  cendres  les 
villes  de  Sodome  et  de  Gomorrhe, 
pour  laisser  un  exemple  à  ceux  qui 
\  ivraient  dans  L'impiété  : 

7.  Et  -"il  a  délivré  le  juste  Loth 
de  l'oppression  de  ces  hommes  in- 
lïunes,  qui  l'outrageaient  par  leur 
vie  abominable. 

8.  (Car  il  gardait  ses  yeux  et  ses 
oreilles  dans  la  justice,  en  demeurant 
au  milieu  d'hommes  qui  chaque  jour 
affligeaint  son  âme  innocente  par 
leurs  actions  criminelles.) 

9.  Le  Seigneur  fait  voir  par  là 
qu'il  sait  délivrer  les  bons  de  la 
tentation  et  réserver  les  pécheurs 
au  jour  du  jugement  pour  les  livrer 
au  supplice. 

10.  j\lai>  surtout  il  punira  ceux 
qui  suivent  les  mouvements  de  la 
chair  pour  s'abandonner  aux  désirs 
impurs  de  leur  concupiscence,  ceux 
qui  méprisent  toute  domination,  qui 
sont  audacieux,  épris  d'eux-mêmes, 
osent  introduire  des  sectes,  et  blas- 
phèment : 

11.  Au  lieu  que  les  anges,  qui 
>ont  plus  grands  en  force  et  en 
puissance,  ne  portent  point  de  juge- 
ment les  uns  contre  les  autres  avec 
des  paroles  de  malédiction. 

12.  Mais  ceux-ci,  pareils  a.  des 
animaux  sans  raison  qui  sont  nés 
pour  être  capturés  et  périr,  blasphè- 
ment ce  qu'ils  ignorent  :  ils  périront 
dans  leur  corruption. 

13.  Recevant  ainsi  le  salaire  de 
leur  injustice.  Ils  mettent  La  félicité 
.1  passer  le  jour  dans  les  volupt 
hommes  souillés,  immondes,  aban- 
donnés a  l'intempérance,  et  dissolus 
jusque  dans  le>  repas  qu'ils  prennent 
avec  vous. 

14.  Leurs  yeui  tont  pleins  d'adul- 
tère et  d'un  péché  qui  oe  cesse  jamais 
IU  Béduisent  lésâmes  inconstantes: 


•284    — 


ils  ont  le  cœur  exerce  à  l'avarice;  ce 
sont  des  fils  de  malédiction. 

15.  Ils  quittent  le  droit  chemin  et 
s'égarent  en  suivant  la  voie  de  Ba- 
laam  de  Bosor,  qui  aima  la  récom- 
pense de  l'iniquité. 

16.  Mais  il  fut.  repris  de  son  injuste 
dessein,  lorsqu'un  animal  muet,  sou- 
mis au  joug,  parla  d'une  voix  hu- 
maine et  réprima  la  folie  du  pro- 
phète. 

17.  Ce  sont  des  fontaines  sans  eau, 
des  nuées  agitées  par  des  tourbillons, 
et  l'obscurité  des  ténèbres  leur  es1 
réservée. 

18.  Car  en  tenant  des  discours  vains 
et  pleins  d'orgueil,  ils  attirent,  par  les 
plaisirs  charnels  et  impurs,  ceux  qui 
commençaient  h  s'éloigner  des  hom- 
mes qui  vivent  dans  l'erreur, 

19.  Leur  promettant  la  liberté  . 
lorsqu'ils  sont  eux-mêmes  les  esclaves 
de  la  corruption  ;  car  on  est  esclave 
de  celui  par  qui  on  a  été  vaincu. 

20.  Que  si,  après  s'être  retirés  des 
souillures  du  monde  par  la  connais- 
sance de  notre  Seigneur  et  Sauveur 
Jésus-Christ,  ils  se  laissent  vaincre 
et  s'y  engagent  de  nouveau,  leur  der- 
nier état  devient  pire  que  le  premier: 

21.  Et  il  leur  eût  été  meilleur  de 
n'avoir  point  connu  la  voie  de  la 
justice,  que  de  retourner  en  arrière 
après  l'avoir  connue,  et  de  renoncera 
la  loi  sainte  qui  leur  avait  été  donnée. 

22.  Ils  ont,  en  effet,  éprouvé  la  vé- 
rité de  ce  proverbe  :  Le  chien  est 
retourné  a  son  vomissement,  et  Le 
pourceau  lavé  s'est  vautré  de  nouveau 
dans  la  boue. 


cor    exercitatum    avaritia    />"- 
bentes,  màledictionis  filii; 

15.  Derelinquentes  rectum 
viam  erraverunt,  secuti  viam 
Balaam  ex  Bosor,  qui  merct- 
dem  iniquitatis  amavit  : 

16.  Correptionem.  vero  habuii 
suce  vesaniœ  :  subjugale  mutum 
animal,  hominis  voce  loquens, 
prohibuit  prophetee  insipien- 
tiam. 

17.  Hi  snnt  fontes  sine  aqa"- 
et  nebulœ  turbinibus  eccagit<>t<p, 
quibus  caligo  tenébrarum  reser- 
oatur. 

18.  Svperba  enini  vanitatis 
loquentes,  pelliciunt  in  desi- 
deriis  carnis  luxuriœ  eos  qui 
pauluium  effugiv.nt  qui  in  cr- 
rore  conversantur  : 

19.  Libertatem    illis  promit- 
tentes,    quv.m     ipsi    servi    sint 
corraptionis ;  a   quo  enim  qvis 
super atus  est,  hujv.s  et   se) 
est. 

20.  Si  enim  réfugient  es  <-,,. 
quinationes  mundi  in  cognitio 
ne  Domini  nostri  et  Salvatoris 
Jesu  Christi,  liis  rursus  impli- 
cati  superantur,  facta  sunt  eis 
posteriora  détériora  prioribus. 

21.  Melius  enim  erat  illis 
non  cognoscere  viam  justitiœ, 
quam  post  agnilionem  retror- 
sum  converti  ab  eo,  qnod  illis 
tradition    est,  sancto  mo.ndato. 

22.  Contigit  enim  eis  illud 
veri  proverbii  :  Canis  reversus 
ad  suum  vomit um  :  et  Sus  Jota 
in  rob'tabro  luti. 


COMMENTAIRE 


1.  Fuerunt  vero  et  pseudoproplietœ  in  populo.  «  Il  y  eut 
aussi  de  faux  prophètes  chez  le  peuple  de  Dieu.  » 

Je  vous  ai  exhorté,  dit  saint  Pierre,  à  lire  les  saints 
Prophètes,  et  je  vous  ai  montré  comment  vous  devez  les 


—    285    —  //  Petr.,  n. 

entendre.  Mais  je  dois  vous  rappeler  qu'il  y  eut  aussi, 
comme  vous  le  savez,  de  faux  prophètes  parmi  le  peuple 
d'Israël.  Car  le  Seigneur  disait  par  la  bouche  de  Jérémie  : 

Ils  couraient  et  je  ne  les  envoyais  pas;  ils  prophéti- 
saient et  je  ne  leur  parlais  pas.  »  Et  ailleurs  :  «  Je  ne  les 
ai  pas  envoyés,  dit  le  Seigneur,  et  ils  prophétisent  en  mon 
nom  des  mensonges.  Et  ailleurs  encore  :  «  N'écoutez  pas 
les  paroles  de  certains  prophètes  qui  vous  font  des  pro- 
phéties et  qui  vous  trompent.  Us  vous  débitent  les  visions 
de  leur  cœur  et  non  ce  qu'a  prononcé  la  bouche  du  Sei- 
gneur, non  de  ore  Domini.  (Jerem.,  xxm,  21  ;  xxvn,  15: 
xxiii,  16.) 

Sicut  et  in  vobis  erunt  magistri  mendaces.  Or  comme  il 
\  «ut  chez  le  peuple  ancien  des  prophètes  menteurs,  il 
\  aura  de  même  parmi  vous  des  maîtres  de  mensonge. 

Et  in  vobis  erunt.  Dès  les  temps  apostoliques  il  y  en 
avait  dans  l'Eglise,  et  ils  se  perpétueront  jusqu'à  la  fin 
des  siècles.  Quand  saint  Pierre  écrivait  cette  lettre,  il 
venait  de  confondre  Simon  le  magicien;  mais  l'imposteur 
laissait  des  disciples.  Saint  Paul,  dans  ses  courses  évan- 
^<Miques,  avait  du  souvent  lutter  aussi  contre  de  faux  apô- 
tres. Ne  soyons  donc  pas  étonnés  si  des  erreurs  falla- 
cieuses se  propagent  aujourd'hui  au  sein  de  l'Eglise.  Cela 
est  prédit;  il  faut  qu'il  y  ait  des  hérésies,  afin  que  l'on 
connaisse  ceux  dont  la  foi  est  assez  ferme  pour  soutenir 
L'épreuve.  Oportet  et  hœreses  esse,  ut  qui probati  sunt  ma 
ni festi  fiant.  (I  Cor.,  xi,  19.) 

Prophetœ,  magistri.  Saint  Pierre  distingue  entre  les 
prophètes  et  les  docteurs.  L'ancien  Testament  était  le 
temps  des  prophètes,  qui  prédisaient  le  Christ  et  ses  mys- 
■s.  La  loi  et  les  prophètes  ont  duré  jusqu'à  Jean,  dit 
Xotre-Seigneur.  (S.  Luc,  xvi,  10.) Le  Nouveau  Testament 
;i  «les  docteurs  :  ils  expliquent  ce  qui  a  été  prédit  et  en- 
seigné par  lea  prophètes,  par  Jésus-Christ  et  par  les 
Apôtres. 

Magistri  mendaces.  Toute  hérésie,  ayant  pour  premier 
auteur  le  démon,  s'établit  et  se  soutient  par  le  mensonge. 

Erunt,  Déjà,  «lit  ^aint  Pierre,  il  y  a  de  faux  docteurs; 


—     28H     — 

mais  un  plus  grand  nombre  s'élèveront  prochainement 
et  désoleront  l'Eglise  (1). 

Qui  introducent  sectas  perditionis.  Ils  introduiront  des 
sectes  pernicieuses.  —  Introducent,  en  grec  wapet<rai|ou<itv, 
clam  etsubdole  inducent.  En  général,  c'est  par  la  fraude 
que  s'introduit  l'erreur,  et  c'est  par  l'équivoque  qu'elle 
gagne  du  terrain.  Ils  parlent  comme  nous,  mais  ils  ne 
pensent  pas  comme  nous,  disait  saint  Irénée  des  héré- 
tiques du  second  siècle,  ofiotoi  y.h  XscXouvraç,  b.vw.orj.  ol 
tppovouvxaç.  (S.  Iren.  Prsef.) 

Sectas,  cupsseiç,  hœreses.  Le  mot  otfpemç  signifie  choix,  car 
l'hérétique  choisit  lui-même  la  doctrine  qu'il  veut  croire, 
au  lieu  que  le  chrétien  reçoit  de  Dieu  la  sienne.  Le  chré- 
tien fait  deux  questions  à  l'Eglise  :  Dieu  a-t-il  parlé  et 
qu'a-t-il  dit?  L'Eglise  lui  répond,  et  il  sait  avec  certitude 
que  la  réponse  de  l'Eglise  est  la  vérité. 

Perdilionis.  Toute  hérésie  conduit  à  la  perdition  celui 
qui  l'invente  et  ceux  qui  l'embrassent.  Car  ce  sont  des 
esprits  superbes,  révoltés  contre  Dieu  et  sa  parole.  «  Te- 
nez pour  absolument  certain,  dit  saint  Fulgence,  que  tout 
hérétique  et  tout  schismatique,  même  baptisé,  fit-il  d'abon- 
dantes aumônes  et  donnàt-il  son  sang  pour  le  nom  du 
Christ,  ne  peut  être  sauvé,  s'il  meurt  séparé  de  l'Eglise 
catholique.  »  (S.  Fulg.  de  Fi  de  ad  Petrum.) 

Et  eum  qui  émit  eos  Bominum  negant.  Et  ils  renient 
celui  qui  les  a  rachetés;  ils  nient  son  autorité  sur  eux; 
ils  refusent  de  le  reconnaître  pour  leur  Maître.  Bominum 
negant,  Becnrotriv  àpvouptevot",  ils  se  proclament  libres  et  indé- 
pendants de  Jésus-Christ  qui  a  versé  son  sang  pour  eux. 
Saint  Jude  explique  clairement  la  parole  de  saint  Pierre  : 
Ils  renient  Jésus-Christ,  qui  est  notre  seul  Maître  et  Sei- 
gneur. (S.  Jud.,  4.) 

Emit  eos.  Parole  touchante  !  Vous  vous  êtes  donné 
vous-même  tout  entier  pour  m'avoir,  disait  saint  Anselme. 

(1)  Dix  ans  auparavant,  saint  Paul  prédisait  de  même  aux  ehefs 
des  églises  d'Asie  réunis  à  Milet,  qu'il  s'élèverait  du  milieu  d'eux  des 
hommes  pervers  qui  enseigneraient  de  fausses  doctrines  et  entraîneraient 
après  eux  des  disciples.  (Act.,  xx,  30.) 


—    287    —  //  Petr.,  n. 

Vous  avez  acheté  mon  corps,  vous  avez  acheté  mon  âme. 
Que  l'un  et  l'autre  vous  servent  !  Totum  te  dedisti  pro  me. 
Emisii  tibi  spiritum  meum,  emisti  tibi  corpus  meum, 
utrumque  servum  tuum.  (Sermo  de  pass.  in  Suppl.) 

Emit  eos.  Le  Christ  a  racheté  ces  hérétiques.  De  ce 
texte  on  conclut  avec  raison  que  Jésus-Christ  n'est  pas 
mort  pour  les  seuls  élus,  mais  encore  pour  les  réprouvés. 

Superducentes  sibi  cclerem  perditionem.  Qu'ont-ils  ga- 
gné ces  inventeurs  d'hérésies,  ces  fondateurs  de  sectes? 
Ils  se  sont  préparé  une  prompte  perdition.  On  les  voit 
dogmatiser  quelque  temps,  entraîner  après  eux  des 
hommes  ignorants  ou  flétris  par  le  vice,  puis  périr 
d'une  mort  sinistre,  comme  Simon  le  magicien,  Manès, 
Arius,  Nestorius,  et  d'autres  qu'ont  vus  les  siècles  sui- 
vants (1). 

2.  Et  multi  sequentur  eorum  luxurias.  Et  beaucoup 
suivront  leurs  débauches  et  leurs  luxures.  L'artifice  de 
leurs  distours  peut  en  séduire  plusieurs;  mais  saint 
Pierre  indique  la  vraie  cause  qui  multiplie  leurs  parti- 
sans :  c'est  la  facilité  de  leur  morale.  En  flattant  leurs 
passions  elle  leur  amène  une  foule  de  disciples.  Est-ce 
que  Luther  a  prouvé  aux  peuples  que  l'Eglise  romaine 
s'était  trompée  en  un  seul  point  de  doctrine?  Non,  mais 
il  a  aboli  les  vœux  monastiques  et  le  célibat  des  prêtres. 
Lui  moine,  donnant  l'exemple,  a  pris  pour  femme  une 
religieuse.  Selon  l'expression  de  saint  Jude,  il  a  changé 
en  luxure  la  grâce  admirable  de  l'Evangile.  Alors  tout 
<:e  qui  était  impur  s'est  précipité  à  sa  suite,  imitant  son 
orgueil,  son  insolence  et  sa  corruption. 

Eorum  luxurias.  Il  est  difficile  de  trouver  un  hérétique 
qui  aime  la  chasteté,  dit  saint  Jérôme.  Difficile  est  hœre- 
ticurn  reperire  qui  diligat  castitatem;  non  quod  eam  prœ- 
ferre  désistai  in  labiis,  sed quod  non  servei  in  conscientia, 
aliud  loquens,  aliud  faciens.  (S.  Hier,  in  Os.,  ix,  11.) 

(1)  -s"y  Saint  Pierre  répète  à  dessein  deux  verbes  similaires 

introém  u  perdition**,  euperducenteê  sibi  perditionem),  afin 

Dntrerqa'ea  travaillant  à  répandre  l'erreur,  Lis   travaillent  à  leur 


—    288    — 

Per  quos  via  veritatis  blasphemabitur.  La  voie  de  la 
vérité  sera  blasphémée  à  cause  d'eux.  Il  en  fut  ainsi  dès 
les  premiers  temps.  Saint  Paul  reprochait  à  des  Juifs 
devenus  chrétiens  de  commettre  des  vols  et  des  adultères, 
et  par  là  d'être  cause  que  le  nom  de  Dieu  était  blasphémé 
parmi  les  Gentils.  Fur ans ,  mœcharis,  per  vos  nomen  De/ 
blasphematur  inter  Gentes.  (Rom.,  n,  21-24.)  Un  des  plus 
grands  obstacles  à  la  conversion  des  infidèles,  c'étaient  les 
infamies  des  hérétiques,  parce  qu'on  les  confondait  avec 
les  véritables  chrétiens,  et  les  honteux  désordres  des  sec- 
taires faisaient  que  la  sainte  religion  était  décriée  et  per- 
sécutée. Leurs  débauches  obscènes  étaient  attribuées  à 
tous  les  chrétiens,  nous  dit  Eusèbe.  De  là  venaient  ces 
accusations  répandues  contre  eux,  parmi  le  peuple,  d'u- 
nions criminelles  avec  leurs  sœurs  et  avec  leurs  propres 
mères.  (Euseb.  H.  E.  iv,  7.)  L'historien  Tacite,  écrivain  si 
grave,  était  lui-même  persuadé  que  les  chrétiens  étaient 
une  secte  abominable.  Nero,  dit-il,  quœsitissimis  pœnis 
affecit  quos,  per  flacjitia  invisos,  vulgus  christianos  ap- 
pellabat.  (Ann.,  xv,  44.  —  Voyez  I  Petr.,  n,  11.) 

3.  Et  in  avaritia  fictis  verdis  de  vobis  negotiabuntur. 
Et  tâchant  de  vous  séduire  par  des  paroles  artificieuses, 
ils  trafiqueront  de  vos  àrnes  pour  satisfaire  leur  avarice. 
Ces  misérables  ne  craindront  pas  de  vous  damner  pour 
quelques  pièces  de  monnaie;  peu  leur  importe  que  les 
âmes  tombent  par  milliers  dans  l'enfer,  pourvu  qu'ils 
fassent  leur  fortune  (1). 

Fictis  verbis.  Pour  répandre  l'erreur  dans  le  monde, 
Satan  choisit  des  hommes  astucieux,  beaux  parleurs, 
hypocrites,  semblables  au  serpent  dont  il  prit  la  figure 
pour  séduire  Eve.  Saint  Paul  dépeignait  aux  Romains 
ces  esprits  dangereux  et  leur  ordonnait  de  les  éviter, 
parce  qu'ils  séduisaient  les  cœurs  des  simples  par  leurs 
discours  pleins  de  douceur  et  de  bénédictions.  Declinatc 

(1)  Saint  Paul  montrait  de  même  à  son  disciple  saint  Tite,  de  pareils 
corrupteurs  qui,  poussés  par  l'amour  d'un  gain  honteux,  enseignaient 
ce  qu'il  ne  fallait  pas  :  âocentes  qv.w  non  oportet,  tv/rpis  lucri  gratia. 
ait.,  i,  11.) 


—    289     —  II  Petr.,u. 

ab  Mis...  Per  clulces  sermones  et  benedictiones  sedncunt 
corda  innocentium.  (Rom.,  xvi,  18.) 

Quibus  judiciam  jam  olim  non  cessât,  oùx  àpysl,  non 
tardât.  Mais  leur  jugement,  depuis  longtemps  prononcé 
dans  le  ciel  et  marqué  dans  les  Ecritures,  ne  ralentit 
point  sa  marche.  Cette  expression  hardie  personnifie  le 
jugement  divin.  L'Apôtre  nous  le  représente  comme  un 
ministre  parti  du  tribunal  de  Dieu  pour  frapper  le  cou- 
pable. Sans  doute  la  sentence  définitive  n'est  prononcée 
qu'à  la  mort  pour  le  pécheur,  comme  pour  le  juste.  Mais 
de  même  qu'il  y  a  des  saints  tellement  affermis  dans  la 
vertu,  qu'on  peut  regarder  leur  salut  comme  assuré,  de 
même,  il  y  a  des  pécheurs  tellement  fixés  dans  le  mal  et 
dans  la  haine  de  Dieu,  que  leur  conversion,  quoique 
possible,  n'est  pas  probable.  Or,  parmi  les  criminels  les 
plus  endurcis,  on  doit  ranger  les  inventeurs  et  les  pro- 
pagateurs de  l'hérésie  :  ils  suivent  dans  l'enfer  ceux 
qu'ils  y  précipitent. 

Aussi  l'Apôtre  ajoute-t-il  :  Et  perditio  eorum  non  dor- 
mitât.  Et  leur  perdition  n'est  pas  endormie,  la  colère  qui 
doit  les  punir  éternellement  veille  sur  sa  proie. 

Il  va  le  prouver  par  trois  exemples  :  le  châtiment  des 
anges  rebelles,  le  déluge,  et  l'embrasement  de  Sodome. 

4.  Si  enim  Dens  annelis  peccantibus  non  pepercit,  sed 
rudentibus  inférai  detractos  in  tartarum  tradidit  cru- 
ciandos,  in  judicium  reservari...  «  Car  si  Dieu  n'a  point 
épargné  les  anges  qui  ont  péché,  mais  s'il  les  a  précipités 
dans  l'anime  du  tartare  et  les  a  livrés  aux  chaînes  de 
l'enfer,  pour  être  tourmentés  dans  les  ténèbres  et  tenus 
en  réserve  jusqu'au  jugement  »,  est-ce  que  les  hommes 
révoltés  contre  son  Christ  ne  doivent  pas  attendre  un 
châtiment  semblable  (1)? 


La  syntaxe  <le  cette  phrase  est  compliquée,  mais  elle  devient 
claire,  si  l'on  joint  au  verbe  tradidit  ses  divers  compléments,  de  cette 
manière  :  Si  tradidit  detractos  rudentibus  inferni  in  tartarum,  H 
tradidit  cruciandos,  si  tradidit  in  judicium  reservari  ou  reservandus. 
—  Les  mots  detractos  in  tartarum  rendent  le  seul  mot  grec  T«^Toyoiff««, 
quum  t.,  tartarum  prafcipitastet, 

i  iiir.i-  ,;\  rHOl  iq\  ;  .■ 


—    290    - 

An  g  élis  peccantibus.  Quel  fut  le  péché  des  anges?  Vu 
péché  d'orgueil,  selon  le  sentiment  commun  des  théolo- 
giens ;  et  leur  opinion  est  conforme  à  ces  paroles  de 
l'Ecriture  :  «  Le  commencement  de  tout  péché  est  l'or- 
gueil »  ;  et  «  C'est  par  l'orgueil  que  toute  perdition  a 
commencé.  »  (Eccl.,  x,  15;  Tob.,  iv,  14.) 

In  tartarum  (1).  Par  le  tartare,  on  entend  le  lieu  le 
plus  profond  de  l'enfer,  où  régnent  les  ténèbres,  la  mort, 
le  trouble  et  l'horreur  éternelle  :  Ubi  timbra  marti$  et 
nuilus  ordo,  sed  sempiternus  horror  inhabitat.  (Job.  x,  22.) 

Au  lieu  de  rudentibus  infcrni,  le  grec  porte  ffstpotç  £<fy«j, 
catenis  tenebrarum.  Dieu  a  livré  Satan  et  ses  complices 
aux  chaînes  des  ténèbres.  Ces  ténèbres  sont  la  privation 
de  la  lumière  où  Dieu  se  manifeste.  C'est  proprement  la 
peine  du  dam,  exprimée  par  ces  mots  que  Jésus  Christ 
prononcera  contre  les  réprouvés  :  Retirez -vous  de  moi, 
maudits.  —  Rudentibus.  Les  démons  sont  retenus  dans 
ces  prisons  ténébreuses  par  des  chaînes  qu'ils  ne  rom 
pront  jamais,  car  ces  chaînes  sont  la  sentence  immuable 
qui  les  sépare  de  Dieu  et  de  tout  bien. 

Cruciandos,  xoAaÇofiivouç,  c'est  le  tourment  et  la  peine  du 
sens,  que  font  éprouver  aux  démons  les  feux  où  ils  sont 
plongés  (2). 

In  judicium  reservari.  Les  démons,  déjà  séparés  de 
Dieu  et  précipités  dans  les  ténèbres,  sont  réservés  pour  le 
jour  du  jugement  universel,  afin  d'entendre  prononcer  leur 
sentence  en  présence  de  toutes  les  créatures,  et  pour  être 


(1)  In  tartarûm.  Le  mot  grec  vâproipos  est  dérivé  du  verbe  zz.py.57w, 
(troubler),  par  réduplication  de  la  syllabe  radicale  rap. 

(2)  Ce  mot  KolaÇopivous  ne  se  trouve  pas  dans  le  manuscrit  du  Vatican; 
mais  il  se  lit  dans  celui  d'Alexandrie  et  dans  le  sinaïtique.  —  Voici  la 
leçon  que  paraît  avoir  eue  sous  les  yeux  l'auteur  de  la  Vulgate  :  el  yy.p  b 
Qzb;  ày/ù.oyj  c/.p.y.p-cr^y.v-zw  où/.  IpîtaxTtf,  c/Xty.  azipoûi  Çàfou  Ta.pTCtpû'zy.ç 
-y.pév<j}/.z.  xo>«Çoy*^voys  sic  xptocv  Typsiv.  Si  enitn  Deus  an  g  élis  peccantibus 
non pepercit,  sed  quum  projecisset  eos  in  tartarum.  tradidit  eos  cate- 
nis tenebrarum  cruciandos,  ut  servaret  eos  in  judicium.  Cette  leçon 
est  conforme  à  de  très  bons  exemplaires.  Les  éditions  communes  donnent  : 
netpéêùixàv  d;  xpistv  zr,povy.évouç,  tradidit  in  judicium  reservatos.  La 
leçon  xQka&fJLëvàiti  rrip&y  semble  à  plusieurs  être  une  note  marginale, 
faite  par  un  lecteur,  qui  l'aurait  prise  au  verset  V. 


—    291     —  tIPetr.,m 

condamnés  dans  l'enfer  à  de  nouveaux  supplices  qui  ne 
finiront  jamais. 

5.  Et  (si)  originali  mundo  non  pepercit,  sed  octavum 
Noe,  justitîœ  prœconem  custodivit,  diluvhim  mundo  im- 
piomm  inducens...  «  Et  si  Dieu  n'a  point  épargné  l'ancien 
inonde,  mais  s'il  n"a  gardé  que  sept  personnes  avec  Noé, 
prédicateur  de  la  justice,  lorsqu'il  noya  dans  les  eaux 
du  déluge  le  monde  des  impies...  »  C'est  le  second  exem- 
ple que  saint  Pierre  cite  pour  montrer  que  les  maîtres 
de  mensonge  n'éviteront  pas  la  colère  de  Dieu.  Le  genre 
humain  avait  péché,  le  genre  humain  fut  englouti  sous 
les  eaux.  Le  nombre  des  coupables  n'arrêta  point  la 
justice  de  Dieu.  Au  contraire  ce  fut  leur  multitude  qui 
excita  sa  colère.  Mais  Dieu,  plein  de  longanimité  et  de 
patience,  n'exécuta  sa  menace  qu'au  bout  de  cent  ans.  Il 
attendait  la  conversion  des  pécheurs,  il  leur  faisait  prê- 
cher sa  justice.  Pendant  cent  ans,  Noé,  qui  bâtissait  l'arche 
sous  leurs  yeux,  les  avertissait  de  faire  pénitence;  il  leur 
prédisait  qu'ils  périraient  s'ils  continuaient  d'offenser 
Dieu.  Le  temps  venu,  et  les  crimes  se  multipliant  tou- 
jours, le  châtiment  éclata.  Tous  les  hommes  périrent; 
seul  et  sa  famille  furent  sauvés  pour  repeupler  le 
monde  et  pour  apprendre  à  toutes  les  générations  com- 
ment Dieu  punit  le  péché.  (I  Petr.,  m,  20.^ 

Et  (si)  civilates  Sodomprum  et  Gomorrk&orum  in  cine- 
rem  redigens  eversione  damnamt,  exemplum  eorum  gui 
impie acturisuntponens.. .Troisième exemple.  «  S'il  a  con- 
damné, renversé,  réduit  en  rendres  les  villes  de  Sodome 
et  de  Gomorrhe.  en  Laissant,  dans  leur  ruine,  un  exemple 
terrible  à  tous  ceux  qui  se  livreraient  à  l'impiété  (1)...  » 

Exemplum  ponens.  Cette  pluie  de  feu  et  de  soufre  qui 
suma  Les  villes  infâmes  de  Sodome,  Gomorrhe.  Séboïm 


(1)  !  phrase  est  aussi  élégant  qu'énergique  :  Kx\  it&ttç, 

i  -  tttostf   mtt*axpof9[  tLuxiKpivsv'  bnôitr/pa  fuXk&vxw 

)    toute  L'Epttre  était  ainsi  écrite,  la  main  d'un   secré- 

Bez  probable.  Mais  la  phrase  qui  précède,  comme 

tant  une  grande  élévation  de  ;  .  ;i  pu 

par  le  \  •  taliléen, 


—    292     - 

et  Adama,  s'est  conservée  dans  la  mémoire  des  peuples. 
Le  lac  étrange  qui  en  recouvre  les  ruines,  et  la  désolation 
qui  règne  autour  de  cette  Mer  qu'on  appelle  Morte,  attes- 
tent depuis  quatre  mille  ans  la  colère  de  Dieu  contre  le 
vice  impur. 

Mais  le  Seigneur,  qui  avait  sauvé  Noé  du  déluge  des 
eaux,  ne  permit  pas  que  Loth  pérît  dans  le  déluge  de  feu. 

7  et  8.  Et  (si)  justum  Loth,  oppression  a  nefandorum 
injuria  ac  hixuriosa  coneersatione,  eripuit  :  (aspectu 
enim  et  auditu  justus  crat,  habitans  apud  eos  qui  de  die 
in  diem  animam  justarn  iniquis  operibus  cmciabant)...  Et 
s'il  a  délivré  au  contraire  le  juste  Loth,  que  ces  pécheurs 
abominables  outrageaient  par  leurs  vexations  et  par  leur 
vie  infâme  :  (car  il  conservait  purs  ses  yeux  et  ses  oreilles, 
en  demeurant  au  milieu  d'hommes  qui,  chaque  jour, 
tourmentaient  son  âme  innocente  par  des  actions  détes- 
tables)... Comme  David,  il  séchait  de  douleur  en  voyant 
les  crimes  des  impies  :  Vidi  prœvaricantes  et  tabescebam. 
(Ps.  cxviii,  158.) 

Justum  Loth.  L'Ecriture  nous  montre  suffisamment  la 
justice  et  la  vertu  de  Loth,  en  nous  apprenant  qu'il 
abandonna  son  pays  natal  pour  suivre  Abraham,  et  qu'il 
exerçait  généreusement  l'hospitalité  envers  les  étrangers, 
au  point  qu'il  mérita  de  recevoir  des  anges  dans  sa 
maison.  Aussi  fut-il  sauvé  de  l'embrasement  de  Sodome 
avec  sa  femme  et  ses  deux  filles,  et  la  ville  de  Ségor  fut 
préservée  de  la  destruction  par  sa  prière. 

Justus  erat,  habitans  apud  eos.  C'est  une  difficile  et  rare 
vertu  que  de  se  conserver  juste  et  pur  au  milieu  de  la 
corruption  générale. 

Nous  venons  d'expliquer  la  Vulgate.  Mais  voici  le  grec  : 

BAéucaaTi  yàp  xai  àxovj  6  86caioç  ÈvxaTOixcov  tv  aùrotç,  ^[xépav  il 
vjuspaç  ^XV  ûtxai'av  àvo[xo».;  Ipyoi;  sêasaviÇev.  Aspectu  enim  et 
auditu  justus y  inhabitans  apud  eos,  de  die  in  diem  animam 
justarn  iniquis  operibus  cruciabat.  Le  grec  nous  dit  litté- 
ralement que  «  Loth,  habitant  au  milieu  d'hommes  impurs, 
tourmentait  une  âme  juste  par  des  œuvres  iniques.  » 
Qu'est-ce  que  cela  veut  dire  ?  N'est-ce  pas  là  un  discours 


—    293    —  //  Petr.tn> 

inintelligible?  Les  exemplaires  grecs  sont  évidemment 
corrompus.  Gardons  la  Vulgate  (1). 

9.  Novit  Domimis  pios  de  tentatione  eripere,  iniquas 

vero  in  die  m  judicii  reservare  cruciandos.  Si  les  impurs 
habitants  de  Sodome  ont  été  consumés  par  la  pluie  de 
teu,  et  si  le  juste  Lotli  a  été  sauvé,  cela  prouve  que  le 
Seigneur  sait  délivrer  de  la  tentation  les  hommes  pieux 
et  réserver  les  pécheurs  pour  le  jugement  général,  où  ils 
seront  condamnés  aux  tourments  éternels.  Les  méchants 
sont  déjà  punis  dans  l'enfer  :  mais  après  la  résurrection 
ils  subiront  un  surcroit  de  supplices,  étant  désormais 
tourmentés  dans  leur  corps  et  dans  leur  âme.  Cette 
phrase  est  comme  l'apodose.  je  veux  dire  la  seconde 
partie  de  la  grande  période  commencée  au  verset  4e.  En 
voici  l'analyse  : 

Si  Dieu  a  puni  les  anges  rebelles,  le  genre  humain 
coupable  et  les  villes  impures  de  Sodome  et  de  Gomorrhe, 
en  sauvant  les  innocents,  il  montre  par  là  qu'il  sait  déli- 
vrer les  justes  et  réserver  les  pécheurs  pour  le  jugement 
et  le  supplice. 

10.  M  agi  s  aatem  (cruciandos  reservabit)  eos  qui  post 
carnem  in  concupiscentia  immunditiœ  ambulant.  Ces 
exemples  anciens  nous  assurent  qu'à  plus  forte  raison 

(1)  La  vraie  leçon  peut  se  rétablir.  Au   lieu  d'écrire  ENEATOIKQN   en 
un  seul  mot,  séparez  et  écrive/  h  xserotxfiw  ;  puis  au  lieu  de  h  prononcez 
?,•■>.  vous  aurez  ijv  xsrouôv,  erat  habitons.  <  'n  voit  combien  ce  changement 
e>t  facile  à  faire.  Enfin  mettez  iGxs&viÇn  h  la  place  d'iâxeâvtÇsv.  Le  sens 
devient  alors  parfaitement  naturel,  tùéfipxrt  yàp  xa\  y.rir.  àixoctoj  vjv,  y.xrotx&v 
ï-   »./T',ïi,  &î  qftipvLit  éï   TtfAsp*i  ty'jyr,v  âuctlav  Avô/ioti  Spyiti  fôscvdcvtÇov.  Ainsi 
portait  l'exemplaire  que  traduisait  L'auteur  de  la  Vulgate.  C'est  la  bonne 
leçon.  M:ti>  an  copiste  a  lu  BNKATOIKQ3  en  un  seul  mot;  prenant  cela 
pour  an   barbarisme,  il  a  mis   ENKATOI&QN.  Apres  cette   prétendue  cor- 
rection,  comme  la  phrase  était   inintelligible,  il  a  changé  en  E  1*0  de 
'<Çr;,  et  supprimé  le  conjonctif  Ol  pour  avoir  un  sens  quelconque. 
L'orthographe   BN&ATOIKQ*,  au  lieu   d'i  i'katoimin,  est  donnée   par  le 
sinaïtique   et  favorise  notre  explication.  Combien  de   leçons  véritables 
établie!  dans  les  auteurs  classiques  par  d'heureuses  conjectures, 
maigre  les  anciens  exemplaires  !  Ici  nous  ne  donnons  pas  seulement  une 
conjecture  appuyée  lur  la  raison,  mais  nous  avons  l'autorité  d'un  très 
8  témoignage,  celui  de  la  Vulgate,  antérieur  de  plus  de  deux  siècles 
m  Les  manuscrits  grecs  qui   non-  restent,  et  qui   présentent  tous 
une  leçon  absurde. 


—    294    — 

Dieu  punira  par  des  châtiments  terribles  ceux  qui  s'a 
bandonnent  aux  concupiscences  de  la  chair,  pour  satis 
faire  leurs  passions  honteuses. 

Ambulant.  Plus  haut  il  disait  :  Il  y  aura  des  docteurs 
de  mensonge  ;  et  maintenant  il  dit  au  présent  :  Ils  mar- 
chent après  la  chair,  ils  suivent  leur  brutale  concupis- 
cence. Il  y  en  avait  donc  déjà  plusieurs  qui  dogmatisaient 
et  scandalisaient  par  leurs  dissolutions  (1). 

Domiiiationemque  contemnunt,  «  et  ils  méprisent  la 
domination.  »  Non  seulement  ils  rejettent  les  lois  hu- 
maines, mais  ils  secouent  même  l'autorité  souveraine  de 
Dieu.  Dominationem,  xup'.orrjTa.  Ces  hérétiques  suppri- 
maient tout  titre  de  seigneur  et  de  maître,  comme  l'ont 
aujourd'hui  nos  révolutionnaires.  Les  Simoniens,  précur- 
seurs des  Gnostiques,  s'affranchissaient  des  lois  saintes 
en  rabaissant  la  grandeur  et  la  puissance  du  Christ;  ils 
refusaient  de  l'appeler  «  Seigneur  »,  Dominum,  Kyptov  ; 
et  par  leurs  fables  sur  la  création  et  le  gouvernement  du 
monde  ils  reléguaient  dans  le  ciel  le  Dieu  suprême, 
pour  se  livrer,  loin  de  ses  yeux,  à  toutes  les  passions  de 
la  chair. 

Audaces,  sibiplaceutes,  sectas  non  metuunt  iniroducere 
blasphémantes.  Audacieux,  épris  d'eux-mêmes,  ils  ne 
craignent  pas  d'introduire  des  sectes  dans  l'Eglise  du 
Christ,  et  ils  blasphèment  nos  dogmes  et  nos  institutions 
sacrées  (2). 

Audaces,  xo\\xr(i^.,  ils  sont  audacieux,  téméraires,  ils  se 
portent  aux  entreprises  les  plus  coupables  et  ne  reculent 
devant  aucun  forfait  pour  atteindre  leur  but. 

Sibi  placentes,  aùGaost;  (R.  avroç,  àvS-ivto),  ils  se  complai- 
sent en  eux-mêmes,  sont  superbes,  présomptueux,  inso- 
lents. L'audace  et  l'arrogance  sont  bien  le  caractère  de 


(1)  In  concupiscentia  immunditiœ,  èv  è-ib^^ncç  pxsajLoxt^  in  concupis- 
centia  pollutionis.  Saint  Jude  dit  avec  concision  la  même  chose  :  carnein 
'maculant,  ac/.p/x  p.ex.ivroart.  Saint  Paul  flétrit  les  mêmes  hérétiques  : 
«  Ce  qu'ils  font  dans  l'ombre,  écrit-il,  est  honteux  même  à  dire.  »» 
(Eph.,  v,  12.) 

(2)  Audaces  et  sibi  placentes  sont  deux  nominatifs  du  verbe  metuunt. 


—     295     —  //  Petr.,  h. 

tous  les  hérétiques.   Omnes  tument,  dit  Tertullien.  (De 
Praescript.,  c.  xli.) 

Sectas  non  metuunt  inlroducere.  Ils  ne  craignent  pas 
de  former  des  sectes,  en  introduisant  des  opinions  nou- 
velles (oo;ac)  qui  sont  le  fruit  de  leur  imagination.  —  Blas- 
phemantes,ei  lorsqu'ils  exposent  leurs  propres  inventions, 
ils  railleut  et  blasphèment  la  sainte  doctrine  reçue  dans 
l'Eglise. 

Tel  est  le  sens  de  la  Vulgate.  Mais  le  grec  en  présente 
un  autre  :  &ôjjaç  ou  rpéjjiowxt  pfotayyiiL&bmç,  glorias  non  metuunt 
blasphemare.  «  Ils  ne  craignent  pas  de  blasphémer  les 
gloires  »  ou  les  majestés.  Ce  sens  paraît  déterminé  par  le 
verset  8  de  L'Epître  de  saint  Jude  :  SdÇoçSè  SXao^ooùVn,  ma- 
jeslates  autem  blasphémant.  Par  maj estâtes  on  entend 
anges.  Les  Gnosti  nies  débitaient  en  effet  sur  les  anges 
des  fables  indignes  de  purs  esprits.  Ce  sens  nous  paraît 
préférable  à  celui  de  la  Vulgate,  d'autant  plus  qu'il  se 
lie  mieux  avec  la  suite. 

11.  L'ai  angeli  fortitudine  et  virtute  quum  suit  majores, 
non  portant  adversum  se  exsecrabile  judicium.  «  Et  ce- 
pendant les  anges,  quoique  plus  grands  qu'eux  en  force 
et  en  puissance,  ne  portent  point  les  uns  contre  les  autres 
des  sentences  de  malédiction.  »  Ils  se  contentent  d'aban- 
donner les  rebelles  au  jugement  de  Dieu,  le  Maître  su- 
prême. Cette  pensée  est  encore  éclaircie  par  celle  de  saint 
Jude.  L'archange  saint  Michel,  dit-il,  contestant  avec 
Satan  au  sujet  du  corps  de  Moïse,  n'osa  pas  prononcer 
contre  lui  une  sentence  de  malédiction,  il  dit  seulement  : 
Que  Le  Seigneur  te  réprime  ! 

Vie.  Ili  vero  vint  irratWHaàilia  preora,  naturaliter  in 
captionem  et  in  perniciem,  in  his  guœ  ignorant  blasphe- 
manteSy  in  corruptione  sua  peribunt.  i  Mais  ceux-ci,  pa- 
reils à  des  animaux  sans  raison,  qui  sont  nés  pour  être 
capturés  et  périr,  blasphèment  ce  qu'ils  ignorent,  et  ils 
périront  dans  leur  corruption.  » 

\  élut  irratiounhUia  pecora.  La  raison  même  se  perd 
chez  les  hérétiques  et  chez  les  philosophes  qui  renoncent 
à  h»  foi  :  parce  qu'ils  n'ont  pas  voulu  croire  la  vérité  en- 


—    296     - 

seignée  par  un  Dieu,  ils  croient  l'absurde,  et  ils  descen- 
dent au-dessous  des  païens  qui  n'avaient  pas  connu 
l'Evangile.  Ainsi,  on  les  voit  se  glorifier  de  n'avoir  point 
d'àme  et  de  ressembler  aux  brutes.  Ils  sont  pareils,  dit 
David,  au  cheval  et  au  mulet,  qui  sont  des  bêtes  sans 
intelligence.  Sicut  equus  et  malus,  quibus  non  est  intel- 
lectus.  (Ps.  xxxi.) 

Maturaliter  in  captionem  et  peimiciem  (1).  Comme  il  y 
a  des  animaux  qui  sont  nés  pour  être  pris  par  d'autres 
animaux  et  devenir  leur  pâture,  de  même  ces  impies 
semblent  nés  pour  devenir  la  proie  des  démons.  Ils  pro- 
noncent des  blasphèmes  contre  les  vérités  qu'ils  ignorent. 
Blasphèmes  stupides,  ignorance  honteuse.  Les  rayons 
de  l'Evangile  illuminent  le  monde  ;  les  plus  beaux  génies 
exposent  les  dogmes  et  les  preuves  de  la  religion  chré- 
tienne avec  une  éloquence  incomparable  ;  de  simples  ou- 
vriers connaissent,  admirent  et  aiment  ces  vérités  qui 
font  leur  noblesse  et  leur  bonheur.  Pour  les  incrédules, 
plongés  dans  leurs  désordres,  ils  ferment  les  yeux  et 
blasphèment.  Ils  périront  dans  leur  corruption,  in  corritp 
tione  sua  peribunt.  Une  mort  honteuse  les  précipitera 
dans  le  supplice  éternel. 

Cette  prophétie  redoutable  s'accomplit  de  siècle  en 
siècle.  Ainsi  est  mort  Galère  ;  ainsi  est  mort  Voltaire  ; 
ainsi  de  nos  jours  viennent  de  mourir  plusieurs  insulteurs 
de  l'Eglise. 

13.  Percipientes  mercedem  hijustitiœ.  Recevant  le  sa 
laire  de  leur  injustice.  Souvent  les  méchants  reçoivent 
ici-bas  la  peine  de  leurs  crimes  et  de  leurs  blasphèmes. 
Mais  quand  la  Providence  les  épargne,  leur  prospérité 


(1)  Avec  naturaliter  on  sous-entend  genita.  Les  éditions  grecques 
donnent  :  ois  'Ooyx  Çwa  •/syswrlfiévsi  fuiiKÙ  ii$  iïi'jizvj  xot  pOopâv,  velat  irra- 
t-lonabilia  animalia  genita  natv.roAia  in  captionem  et  perniciem.  Le 
participe  ye/ew^iiva,  n'est  pas  nécessaire  ;  yjziAy.  îU  Slusiv  veut  dire 
naturalia  in  captionem,  et  cela  suffit.  Mais  des  manuscrits  portent 
ïj-jixô*:,  naturaliter,  comme  la  Vulgate.  C'est  cet  adverbe  qui  aura  fait 
ajouter  ysyswrj/Jiév».  comme  une  glose.  —  In  corruptione  sua  peribunt. 
L'énergie  de  l'expression  grecque  est  impossible  à  rendre  :  ht  rft  'r0o[-.v. 
stÔT&v  au\  pBxpifarjTea,  In  ipsa  s7ta  corruptione  corrupti  peribcn/ . 


—    207    —  //  Pète.,  xi. 

même  est  un  châtiment.  Car  si  Dieu  les  humiliait,  ils  se 
repentiraient  peut-être  et  obtiendraient  miséricorde.  Au 
contraire,  lorsque  tout  leur  sourit,  ils  s'affermissent  dans 
le  péché,  et  ils  tombent  sous  la  malédiction  que  le  Pro- 
phète a  prononcée  contre  eux  :  «  Qu'ils  descendent  tout 
vivants  dans  l'enfer  !  »  Descendant  in  infernum  viventes! 

(PS.  LIV.) 

Voluptatem  existimantes  diei  delicias.  Ils  mettent  leur 
bonheur  à  passer  le  jour  dans  les  festins  et  les  délices, 
interdiu  comissanles.  C'était  contraire  à  l'usage  des  an- 
ciens, dont  le  principal  repas  était  le  souper,  cœna  ;  l'on 
réservait  le  jour  aux  affaires  (1). 

Mais  pour  les  hérétiques,  moins  sobres  que  les  honnêtes 
païens,  ils  aimaient  à  passer  le  jour  à  table,  et  ils  désho- 
noraient leurs  festins  par  des  débauches  ;  c'est  pourquoi 
saint  Pierre  les  flétrit,  en  les  appelant  «  des  souillures 
et  des  opprobres,  »,  <nriXot  xae  jjlûjjwi,  coinquinationes  et  ma 
cuLv.  Ces  substantifs  sont  beaucoup  plus  forts  que  les 
adjectifs  coinquinati  et  maculât?.  Ils  font  entendre  que, 
dans  ces  hommes  méprisables,  tout  est  souillure  et  impu- 
reté: en  sorte  qu'étant  immondes  eux-mêmes,  ils  souillent 
encore  tout  ce  qui  les  approche. 

Delici/'s  affluentes  in  conviviis  sais,  èVrpoîpcovTsç  sv  taîç 
v/'v-aT,-  iuTûv,  ils  se  livrent  à  l'intempérance  et  à  toutes 
les  délices  dans  leurs  agapes.  Les  premiers  fidèles  nom- 
maient «  agapes  »  ou  charités  les  modestes  repas  qu'ils 
prenaient  ensemble  après  avoir  célébré  les  saints  mys- 
tères. Mais  des  chrétiens  indignes  corrompaient  cette 
admirable  institution.  Ils  apportaient  des  mets  délicats 
<  [if  ils  mangeaient  à  part,  et  ils  buvaient  avec  excès,  comme 
saint  Paul  le  leur  reproche  dans  sa  première  Epître  aux 
Corinthiens  :  Unusquisque  enim  suam  cœ?iam  prœsumit 
ad  manducandum  ;  et  alius  quidem  esurit,  al?'??s  autem 
ebrius  est.  (Y  Cor.,  xi,  21.  » 

Saint   Paul   fait  allusion   à   cel    usage  universel    dans  l'antiquité, 

lorsqu'il   'lit  :  «  Ceux  qui   B'enivrent,  -'enivrent  pendant  la  nuit.  »  Qui 

ebrii  rua?,  nocte  ebrii  sunt.     1   Thess  ,  v,  7.)  Les  voluptueux  seuls  se 

i   table  .'ivant   le  coucher  du  soleil,  comme  on  le  voit  dans 

\      p  tri  ■>■  tolido  derrière  de  die  spernit.  (I  Od.  1.) 


—  -irn  — 

In  convivns  suis.  Ces  mots  peuvent  se  rapporter  aussi 
bien  à  ce  qui  suit  qu'à  ce  qui  précède  :  in  conviviis  suis 

luxuriantes  vobiscum.  Ils  ne  craignent  pas  de  déshonorer 
par  leurs  dissolutions  les  repas  même  qu'ils  prennent 
avec  vous  dans  vos  saintes  assemblées  (1). 

14.  Oculos  habentes  plenos  adultéra  (2),  et  incessa  bi  lis 
delicti.  Leurs  yeux  sont  pleins  d'adultères,  et  d'un  péché 
qui  ne  cesse  point.  Tel  est  le  caractère  de  la  luxure  :  elle 
pousse  sans  cesse  à  des  actions  honteuses.  La  bouche  de 
l'impudique  est  un  sépulcre  d'où  sortent  des  paroles  em- 
pestées ;  une  flamme  impure  jaillit  de  ses  yeux  ;  un  feu 
immonde  brûle  dans  son  cœur;  sa  pensée  se  complaît 
dans  des  images  déshonnetes  ;  le  mal  qu'il  ne  fait  pas,  il 
désire  le  faire  ;  en  sorte  qu'il  ne  vit  que  pour  pécher,  et 
pèche  toujours  :  incessabile  delictum.  Voilà  où  conduit 
eette  passion  fatale,  lorsqu'elle  n'est  pas  combattue. 

Pellicientes  animas  ùistabiles,  oeXexÇovteç  '}j/^ç  àsT^pt'xxo'jç. 
Ils  attirent  à  eux  et  prennent  comme  par  des  amorces  les 
âmes  qui  sont  mal  affermies  dans  la  religion.  De  là  vien- 
nent des  défections  parmi  les  chrétiens  encore  peu  instruits 
des  vérités  de  la  foi,  et  dont  la  vertu  est  chancelante.  Ils 
quittent  l'Eglise,  et  vont  grossir  le  parti  des  novateurs. 

Cor  exercitatum  avaritia  habentes.  Ils  ont  le  cœur 
exercé  à  l'avarice.  Ils  inéditent  les  moyens  de  s'enrichir; 
ils  connaissent  et  mettent  en  œuvre  toutes  les  ruses  qui 
procurent  de  l'argent:  puis  ils  dissipent  en  luxe, en  bonne 
chère  et  en  plaisirs  ce  qu'ils  amassent  par  la  fraude. 

Maledictionis  filii.  La  malédiction  leur  est  préparée.  Le 
souverain  Juge  leur  dira  :  «  Allez,  maudits,  au  feu  éter- 
nel. »  Car  ils  ont  perdu,  pour  un  gain  misérable,  des  âmes 
rachetées  au  prix  de  son  sang. 

(1)  Saint  Jude  dit  de  même  :  lit  suut  in  epidis  suis  maculœ,  <:on- 
vivantes  .sine  timoré. 

(2)  Plenos  adulterii,/j.-77'si>;  uir/'Atôo;.  Des  manuscrits  portent  iioiyx\l%t. 
C'est  indifférent  ;  car  pwtjfaîiiç,  qui  signifie  habituellement  adultéra,  se 
prend  aussi  comme  synonyme  de  fatj^Aèx,  adulterium.  —  Plenos  in- 
cessabilis  delicti,  à:/.s.-:u.-yJj--coj  Aftétprioti.  De  bonnes  éditions  grecques 
donnent  AœrairxÛTrov;  àaa^Ttx;,  oculos  incessoubiles  delicti.  Cette  leçon 
est  très  élégante. 


—    299      -  Il  Pétrin. 

15.  Derelinquentes  rectam  viam  crraverunt,  secuti  viam 
Balaam  ex  Boso?\  qui  mercedem  miquitatis  amavit.  Ils 
ont  quitté  le  droit  chemin  et  se  sont  égarés  en  suivant  la 
voie  de  Balaam  de  Bosor,  qui  aima  le  salaire  de  l'ini- 
quité (1).  Au  livre  des  Nombres,  Moïse  rap porte  com- 
ment le  prophète  Balaam,  séduit  par  les  présents  de 
Balac,  roi  de  Moab.  se  montra  disposé  à  maudire  le 
peuple  d'Israël,  qu'il  savait  béni  de  Dieu  ;  et  il  aima  le 
salaire  de  l'iniquité,  c'est-à-dire  la  récompense  que 
lui  offrait  Balac  pour  son  injuste  malédiction. 

16.  Correptionem  vero  habuit  sage  vesanise  (2)  :  suôju- 
qale  mutton  animal,  hominis  voce  loquens,  prohibait  pro- 
phrtx  insipietitiam.  Mais  il  fut  repris  de  son  pervers  des- 
sein :  un  animal  muet,  soumis  au  joug,  réprima  la  folie 
du  prophète,  en  parlant  d'une  voix  humaine.  Quelle 
leçon  pour  les  superbes  :  un  prophète  confondu  par 
une  ànesse  !  Dieu  emploie  les  instruments  les  plus  vils 
pour  perdre  la  sagesse  des  sages,  et  réprouver  la  pru- 
dence des  prudents  :  perdani  sapientiam  sapientiam^  et 
prudentiam  prudenlium  reprobabo.  (I  Cor.,  i,  19.)  Nous 
voyons  souvent  dans  l'Eglise  des  savants  confondus  par 
des  ignorants.  Sicat  asina  redargait  Balaam,  dit  le  véné- 
rable Bède,  sic  ssepe  parjani  redarguunt  et  confutanl 
hxreticos,  laici  clericos,  subditi  praslatos,  iadocti  doctos, 
mulieres  viros,  plèbe ii  sapientes. 


(1)  Balaam  ex  Bosor.  Le  grec,  n-Ax-sy.  -o~j  w-jz-jï,  permet  de  traduire? 
«  Balaam,  fils  de  Bosor.  «  Mais,  au  livre  des  Nombres  (xx.ii,  5),  Balaam 
est  appelé  fil-  de  Béor.  C'est  pourquoi  plusieurs  pensent  qu'il  faut  tra- 
duire, comme   la   Vulgate  :  »  Balaam   de   Bosor.  »  Bosor,  qui   BÎgnîfie 

nue  ville  du  paya  des  Ammonites.  Saial  Jude  «.lit  de 
même  :  Y.  -  comme  Balaam,  étant  emportés  par  le  désir 

Tcede  cfft'ti  sunt  (v.  11).  —  Balaam  était 

'•ien  et  consultai)    le   démon  ;  cependaol    Dieu    l'inspira,  et  lui  fit 

prononcer  la  célènre  prophétie  (pu  eommence  ainsi  :  Orietur  Stella   ex 

Jacob.   (Xum.,   wiv,    17.,)    Dieu,  dit   saint  Thomas,  se   sert  des  mauvais 

pour  L'utilité  dea  bons.  (2«  2«,  q.  172,  a.  6.) 

(2)  Suas  vesaniœ,  -m   grec   Wltej  nxp$t»ofiixst  propriœ   iniquitatis.  Le 

«lot    -  -mlie    la    transgression    libre    et    volontaire    d'une    loi 

lit  d'un  violateur  et  d'un  contempteur 
Plusieurs  exemplaires  donnent,  conformément  à  la  VnL 

^2C3rj.c5>:'^ç.  m'on  lit  aussi  dans  Ortgeae  «*t  ailleurs. 


—  m)  — 

17.  Ht  sunt  fontes  sine  ar/ua.  Ce  sont  des  fontaines  sans 
eau.  Fontaines,  parce  qu'ils  promettent  de  faire  jaillir 
les  flots  d'une  science  merveilleuse  :  omnes  scientiam 
pollicentur  (Tertull.)  :  mais  fontaines  sans  eau,  parce 
qu'aucune  vérité  salutaire  n'en  découle. 

On  trouve  rarement  de  saines  idées  religieuses  dans 
les  livres  des  hérétiques.  Ce  sont  des  philologues  et  non 
des  philosophes,  disait  fort  justement  Corneille  Lapierre  ; 
ils  donnent  des  feuilles  et  non  des  fruits;  des  mots  et  non 
la  science  ;  des  sophismes  et  non  de  solides  raisons  :  ils 
ont  sans  cesse  à  la  bouche  la  sainte  Ecriture,  mais  ils  ne 
l'entendent  pas;  ils  en  ôtent  les  miracles  et  en  affaiblis- 
sent les  dogmes  ;  au  lieu  de  l'expliquer,  ils  la  perver- 
tissent. 

Et  nebulœ  turbinibus  agitatœ.  Ce  sont  des  nuées  qui 
voilent  le  soleil  et  sont  agitées  par  des  tourbillons.  Nebu- 
lœ :  comme  cette  expression  est  juste!  Ecoutez  leurs  dis- 
cours, lisez  leurs  écrits  :  tout  est  confus,  incohérent,  in- 
saisissable ;  tout  est  nébuleux.  Et  ces  nuées  vaporeuses 
sont  poussées  en  tous  sens  par  des  tourbillons  qui  leur 
donnent  les  formes  les  plus  bizarres.  N'est-ce  pas  la  pein- 
ture du  protestantisme  changeant  perpétuellement  sa 
doctrine,  et  divisé  en  mille  sectes,  au  point  que  dès  le 
temps  de  Bossuet,  l'histoire  de  cette  hérésie  s'appelait 
déjà  l'histoire  des  variations? 

Quibus  (hominibus)  caligo  tenebrarum  reservata  est. 
L'épaisse  nuit  des  ténèbres  leur  est  réservée  dans  les 
prisons  éternelles,  en  punition  des  ténèbres  qu'ils  ont 
répandues  sur  la  terre. 

1S.  Superbaenimvanitatis  loquentesy  pelliciunt  in  desi- 
deriis  ca?mis  Inxuriœ  eos  qui  paiilulam  effugiunt  qui  i?i 
rrrore  conversantur.  Car  en  tenant  l'orgueilleux  langage 
de  la  vanité,  ils  amorcent,  par  les  passions  de  la  chair  et 
par  la  volupté  impure,  des  hommes  qui  déjà  s'éloignaient 
de  ceux  qui  vivent  dans  l'erreur. 

Superba  enim  vanitatis  loquentes.  Ils  se  vantent  de  pos- 
séder seuls  la  science  des  choses  sublimes,  touchant  la 
plénitude  de  l'Etre,  la  formation  du  monde  et  la  gêné- 


—    301    —  UPetr.,  iï. 

ration  des  esprits.  Ils  prononcent  là-dessus  des  discours 
brillants,  dont  la  pompe  cache  le  vide,  mais  qui  sédui- 
sent les  simples  (1). 

Pelliciunt  in  desideriis  carnis  luxuriœ.  L'expression 
caro  luxurix  est  la  même  chose  que  caro  luxuriosa.  Tra- 
duisons donc  :  à  ces  discours  fastueux  ils  joignent  l'amorce 
des  plaisirs  convoités  par  une  chair  luxurieuse,  et  ils 
autorisent  la  satisfaction  de  la  concupiscence.  C'est  un 
puissant  moyen  de  persuasion.  Car,  on  écoute  volontiers 
un  docteur  qui  vous  dit  :  Prenons  du  plaisir,  mangeons, 
buvons,  et  nous  posséderons  le  royaume  des  cieux.  Quis 
enim  non  libenter  audiat  :  manducemus  et  bibamus,  et  in 
seternum  regnabimus?  (Hieron.  adv.  Jovin.,  1.  II.  3.) 

Si  de  telles  maximes  n'ébranlent  pas  les  chrétiens 
fermes,  elles  séduisent  des  hommes  qui  se  disposaient  à 
accepter  l'Evangile.  Car,  on  voyait  des  Gentils,  touchés 
de  la  grâce,  commencer  à  quitter  l'erreur.  Déjà  ils  aban- 
donnaient les  idoles  pour  s'instruire  de  la  religion  chré- 
tienne, quand  d'impurs  sectaires  les  ont  entraînés  avec 
eux  dans  la  perdition.  Pelliciunt  eos  qui  paululum  effu- 
giunt  (eos)  qui  in  errore  conversantur  (2). 

Liber  la  tem  illis  promittentes.  «  Ils  les  attirent  à  eux  en 
leur  promettant  la  liberté.  »  Il  n'y  a  point  de  charme  plus 
puissant  que  ce  mot  :  liberté  !  les  novateurs  s'en  empa- 
rent et  il  fait  leur  succès.  Ils  cachent  sous  ce  voile  leur 
perversité,  comme  saint  Pierre  le  disait  déjà  dans  sa 
première  Epître.  Yelamen  habentes  malitiœ  liber  ta  tem. 
(I  Petr.,  iï,  16.)  Saint  Paul  avertissait  de  même  les  Ga- 
lates  que  la  liberté  chrétienne  ne  devait  pas  être  pour 
eux  une  occasion  de  vivre  selon  la  chair  :  Tantum  îw 
libertatem  in  occasionem  detis  carnis.  (Gai.,  v,  18.) 

La  liberté  que  Jésus-Christ  nous  a  apportée,  c'est  la 


(1)  Superba  oanitatis,  jnipoytut  pax*lmftoi%  est  la  même  chose  que 
/  ba  '  i  vana. 

(2)  Voici  le  grec,  <jui  parait  un  peu  plus  clair  que  le  latin  de  la  Vul- 
jrate   :   ^ùv^jz^  h  Imdufiutii   tapnbç  àaû.ytistf  tout   s/i'yw,-  dtoopcûyovTffs 

>x.rt  à^zvrptfoftivouf.  Inescani  i,i  desideriis  carnis  luxuriosœ 
eos  qui  paululum  effugiunl  ab  his  qui  in  errore  conversantur. 


—    302    — 

délivrance  du  joug  du  démon,  c'est  l'affranchissement  de 
la  servitude  du  péché.  Mais  la  liberté  que  les  hérétiques 
promettent  à  leurs  adeptes  est  une  licence  impie  qui  foule 
aux  pieds  les  commandements  de  Dieu,  déchire  les  saintes 
lois  de  l'Eglise  et  déclare  permises  toutes  les  voluptés 
charnelles.  C'est  la  liberté  de  la  concupiscence.  Telle  est 
celle  qu'ont  prèchée  les  auteurs  de  la  Réforme  :  ils  pro- 
mettaient le  ciel  à  tous  ceux  qui  acceptaient  leur  doctrine, 
quels  que  fussent  les  péchés  qu'ils  commissent. 

Quum  i))si  sint  servi  corritptionis.  Mais  comment  pour- 
raient-ils donner  la  liberté  aux  autres,  quand  ils  sont  eux- 
mêmes  les  esclaves  de  la  corruption,  quand  ils  obéissent 
à  la  tyrannie  de  la  concupiscence,  quand  ils  sont  liés 
comme  des  captifs  par  les  chaînes  des  plus  tristes  pas- 
sions ? 

A  quo  enim.  quis  superatus  est,  hujus  et  servus  est. 
Qu'ils  soient  esclaves,  saint  Pierre  le  prouve  par  l'usage 
de  la  guerre.  À  cette  époque,  lorsqu'une  ville  était  prise 
d'assaut,  le  vainqueur  avait  le  droit  de  réduire  en  escla- 
vage tous  ses  habitants.  Saint  Pierre  dit  donc  :  Ils  sont 
esclaves  de  la  corruption  ;  car  on  est  esclave  de  celui  par 
qui  l'on  a  été  vaincu.  «  Tout  homme  qui  commet  le  péché 
est  esclave  du  péché  » ,  dit  aussi  l'Apôtre  saint  Jean;  car  il 
se  soumet  au  péché  comme  à  son  maitre,  et  il  laisse  en 
chaîner  sa  liberté  par  sa  passion.  Omnis  qui  facit  pecca- 
tum  servus  est  peccati.  (S.  Joann.,  vin,  34.) 

20.  Si  enim  refuqientes  coinquinationes  mundi  in 
cognitione  Domini  nostri  et  Salvatoris  Jesu  Christi,  his 
rursus  implicati  super  antur,  facta  sunt  eis  posteriora 
détériora  prioribus. 

En  effet,  si  après  s'être  retirés  des  souillures  du  monde., 
lorsqu'ils  ont  connu  Jésus-Christ  notre  Seigneur  et  Sau- 
veur, ces  hommes  se  laissent  vaincre  de  nouveau  par  les 
désirs  de  la  chair,  et  s'engagent  dans  les  mêmes  iniquités 
qu'auparavant,  leur  dernier  état  devient  pire  que  le  pre- 
mier, selon  la  parole  de  Notre-Seigneur  :  Fiunt  novissima 
hominis  illius  pejora  prioribus.  (S.  Matth.,  xir,  45.)  Cela 
est  facile  à  comprendre  ;  car  leur  faute  est  plus  grave. 


—    303    —  //  Petr.t  h. 

étant  commise  avec  une  connaissance  plus  grande  et  une 
volonté  plus  forte  ;  ils  s'enfoncent  plus  avant  clans  l'affec- 
tion du  péché,  et  leur  ingratitude  les  rend  indignes  de  la 
miséricorde. 

21.  «  En  sorte  qu'il  eût  mieux  valu  pour  eux  de  n'avoir 
point  connu  la  voie  de  la  justice,  que  de  retourner  en 
arrière  après  l'avoir  connue.,  et  que  de  renoncer  à  la  loi 
sainte  qui  leur  avait  été  donnée.  »  Melius  cnim  erateis  non 
cognoscere  viamjustitix,quarn  post  agnitionem  retrorsum 
converti  aà  en,  <juod  Mis  tradition  est,sancto  mandato. 

La  voie  de  la  justice,  viamjnstitiœ,  est  la  vraie  religion. 

~t  un  grand  malheur  de  l'ignorer,  mais  c'est  un  plus 

grand  malheur  encore  de  la  connaître  et  de  l'abandonner 

en-uite,  comme  font  les  hérétiques  et  les  infortunés  qu'ils 

séduisent  (1). 

L'infidèle  qui  n'a  pas  entendu  annoncer  l'Evangile  sera 
traité  moins  sévèrement  que  celui  qui  a  repoussé  la 
parole  de  Dieu,  ou  qui,  après  l'avoir  acceptée,  l'a  rejetée 
de  nouveau.  C'est  ce  que  Notre-Seigneur  nous  enseigne, 
lorsqu'il  déclare  que  Tyr  et  Sidon,  Sodome  et  Gomorrhe 
seront  punies  avec  moins  de  rigueur  au  jour  du  jugement 
que  Bethsaïde  et  Corozaïn  qui,  ayant  entendu  sa  parole 
et  vu  ses  miracles,  sont  demeurées  impénitentes.  (S. 
Matth.,  xi.  -21.) 

32.  Contigit  cnim  eis  Mud  veri  proverbii  :  Ca 
reversus  ad  suum  vomiium;  et  Sus  Iota  in  volutabro  lut). 
Il  est  arrivé,  en  effet,  à  ces  hommes  qui  se  sont  replongés 
dans  leurs  anciennes  impuretés  ce  que  dit  un  proverbe 
qu'ils  ont  vérifié  :  <  Le  chien  est  retourné  à  son  vomisse- 
ment, i  Cette  image  fait  horreur.  Qu'est-ce  donc  que  le 
pécheur  qui  retourne  à  son  péché  infâme,  après  l'avoir 
vomi  .' 

Et  cette  autre  parole  s'accomplit  ;m>si  en  eux:  «  Le 
pourceau  lavé  s'est  vautré  de  nouveau  dans  La  fange.  » 

tiat.  La  voie  de  I  (pression  hébraïque,  dési- 

ce  iju'il  faut  faire  pour  être  juste  opter 

lut,  qui  commande   la   foi   et   les   bonnes  œuvres.  — 
'></,/.  Le  saint  commandement  est  celui  qui  nous  or- 
rloi  ttiquités  du  monde. 


—    304    — 

Le  premier  proverbe  est  tiré  de  l'Ecriture  (Prov.,  xxvi, 
11  »,  et  le  second  est  un  adage  vulgaire.  Le  poète  Horace 
les  a  réunis  en  un  seul  vers  :  Vixisset  canis  immimdus, 
vel  arnica  luto  sas.  (Hor.,  II  Ep.,  ;i.  26.) 

Ces  deux  proverbes  peuvent  s'appliquer  à  tous  ceux 
qui  retombent  dans  le  péché  mortel  que  Dieu  leur  avait 
pardonné;  mais  ils  conviennent  d'une  manière  spéciale 
aux  chrétiens  qui,  après  avoir  été  lavés  des  souillures  de 
l'impureté,  se  vautrent  de  nouveau  dans  cette  fange  im- 
monde. C'est  ce  que  faisaient  les  Unostiques.  Une  de 
leurs  sectes  mérita  même  le  nom  de  Borborites,  mot  tiré 
du  grec  fiôpCjo^oç,  qui  signifie  camion,  boue  (1). 

(1)  Nonnulli  eos  etiam  Borboritas  vocant,  quasi  cœnusos,  yropler 
nimiam  turpitudinem  quant  in  suis  mysteriis  '.rercere  dicuntur. 
(S.  Aug.  Hser.  G.) 


—    30:>    — 


CHAPITRE  TROISIÈME 


ANALYSE 

Les  faux  docteurs  qui  troublent  l'Eglise  essaient  de  jeter 
des  doutes  sur  l'enseignement  du  Christ.  Car,  disent-ils,  le 
Christ  avait  annonce  sa  venue  prochaine  et  la  fin  du  monde 
suivie  du  jugement  universel.  Or  le  monde  continue  de  sub- 
sister, et  le  Christ  ne  vient  point. 

Saint  Pierre  répond  premièrement,  que  mille  ans  devant 
Dieu  sont  comme  un  jour. 

Secondement,  si  Jésus-Christ  diffère  sa  venue,  c'est  afin  de 
donner  aux  pécheurs  le  temps  de  se  convertir,  car  il  veut  le 
salut  de  tous  les  hommes. 

Troisièmement,  la  fin  du  monde,  que  le  Christ  a  prophétisée, 
arrivera  en  son  temps.  Comme  le  monde  a  déjà  péri  par  le 
déluge  des  eaux,  de  même  il  périra  par  le  feu. 

De  là  saint  Pierre  conclut  qu'il  ne  faut  pas  s'attacher  à  la 
terre,  mais  se  sanctifier  de  plus  en  plus,  afin  d'être  trouvés 
irrépréhensibles,  quand  Jésus-Christ  viendra  juger  les  hommes. 


1.  liane  ecce  vobis,  charissimi, 

secundam  scribo  epistolam ,    in 

quibus   vestntm  excita  in  com- 

nitione   rineeram    ,/ientem  : 

l.  Ut    ntêtnoreê    sitit   eorurn 

quœ prœdixi  verborufn  a  tandis 

prophettSt  et  apostolorum  vet- 

trorum   preeceptorum^   Domini 

Salvatorû  : 

.'..  Hoc  primum  teientet  quod 
penient    in    novissimis    diebus 
deceptiont   illutores,  juxta 
ntias  ambu- 
lante*: 


1.  Voici,  mes  bien-aimés,  la  se- 
conde lettre  que  je  vous  écris,  et 
dans  toutes  les  deux  je  tâche  de 
réveiller  vos  âmes  sincères  par  des 
avertissements  : 

2,  Afin  que  vous  vous  souveniez 
des  paroles  des  saints  Prophètes  que 
je  vous  ai  déjà  rappelées,  et  des  pré- 
ceptes de  vos  Apôtres,  qui  sont  les 
préceptes  du  Seigneur  et  Sauveur. 

•'!.  Sachez  avant  toutes  choses 
qu'aux  derniers  jours  il  viendra  des 
imposteurs  artificieux  qui  marche- 
ront selon  leurs  propres  con voit  i 


KI'l  rRBR  CA1  H< 


tf) 


-    306    — 


4.  Ils  diront  :  Qu'est  devenue  la 
promesse  de  son  avrnement?  Car 
depuis  que  nos  pères  se  sont  en- 
dormis, toutes  choses  persévèrent 
comme  au  commencement  de  la 
création. 

.").  Mais  dans  leur  ignorance  vo- 
lontaire, ils  ne  considèrent  pas  que 
les  cieux  furent  faits  d'abord  par  la 
parole  de  Dieu,  aussi  bien  que  la 
terre  oui  sortit  de  l'eau  et  qui  sub- 
siste par  l'eau. 

6.  Et  ce  fut  par  ces  choses  mêmes 
que  le  monde  d'alors  périt,  étant 
submergé  par  le  déluge  des  eaux. 

7.  Or  les  cieux  et  la  terre  qui 
subsistent  maintenant  sont  conservés 
par  la  même  parole  et  réservés  au 
feu  pour  le  jour  du  jugement  et  de 
la  perdition  des  hommes  impies. 

8.  Mais  il  y  a  une  chose  que  vous 
ne  devez  pas  ignorer,  mes  bien- 
aimés  :  c'est  qu'aux  yeux  du  Sei- 
gneur un  jour  est  comme  mille  ans, 
et  mille  ans   sont   comme   un  jour. 

P.  Le  Seigneur  ne  retarde  pas  sa 
promesse,  comme  quelques-uns  se 
l'imaginent  ;  mais  il  agit  avec  pa- 
tience envers  vous,  ne  voulant  point 
qu'aucun  homme  périsse,  mais  que 
tous  reviennent  à  la  pénitence. 

10.  Or,  le  jour  du  Seigneur  vien- 
dra comme  un  voleur.  Alors  les 
cieux  passeront  avec  impétuosité, 
les  éléments  embrasés  se  dissou- 
dront, et  la  terre  sera  brûlée  avec 
les  ouvrages  qu'elle  contient. 

11.  Ainsi,  puisque  toutes  ces 
choses  sont  destinées  a  périr,  quelle 
sainteté  et  quelle  piété  ne  devez- 
vous  pas  montrer  dans  votre  vie  ? 

12.  Attendez  et  hâtez  par  vos 
désirs  l'avènement  du  jour  du  Sei- 
gneur, où  l'ardeur  du  feu  dissoudra 
les  cieux  et  fera  fondre  les  éléments. 

13.  Car  nous  attendons,  selon  sa 
promesse,  de  nouveaux  cieux  et  une 
nouvelle  terre,  où  la  justice  habitera. 

14.  C'est  pourquoi,  mes  bien-aimés, 
vivant  dans  l'attente  de  ces  choses, 


4.  Vicentes  :   Ubi  est  promis- 
sio,  aut  adventus  ejus  f  ex  que 

enim  patres  dorraierunt,  omnia 
■sic  persévérant  ab   initia  erea- 

i  "rœ. 

5.  Latetenim  eos  hoc  volent 

quod  cœli  erant  prius,  et  terra, 
de  aqua  et  per  aquam  consistens 
Dei  verbo  : 


6.  Per  quœ  Me  tune  mundus 
aqua  inundatus  periit. 

7.  Cœli  autetn  qui  nunc  sunt, 
et  terra,  eodem  verbo  repositi 
sunt,  igni  réservât i  in  dicm 
judicii  et  perditionis  impiorum 
hominum. 

8.  TJnura  vero  hoc  non  lateat 
vos,  charissbni,  quia  unus  dies 
apud  Dominumsicut  mille  anni, 
et  mille  anni  sicut  dies  unus. 

9.  Non  tardât  Dominus  pro 
missioncm  suant,  sicut  quidam 
existimant  ;  sed  patienter  agit 
propter  vos,  nolens  aliquos  pe- 
rire,  sed  omnes  ad  pœnitentiam 
rererti. 

10.  Adveniet  autetn  dies  Do- 
mi  ai  ut  fur  :  in  quo  cœli  magno 
impetu  transient ,  elernenta  vero 
calore  solventur,  terra  autan 
et  quœ  in  ipsa  snnt  opéra  exu- 
rentur. 

11.  Quum  igitur  hœc  omnia 
dissolvenda  sint,  quales  oportet 
vos  esse  in  sanctis  conversatiu- 
nibus  et  pietatibus  : 

12.  Exspectantes  et  pr opéran- 
tes in  adventum  diei  Domini, 
per  quem  cœli  ardentes  solven- 
tur, et  elernenta  ignis  ardore 
tabescent  ? 

13.  Novos  vero  cœlos  et  no- 
vara  terrain  secundum  promissa 
ipsius  exspectamus,  in  quibus 
justifia  habitat. 

14.  Propter  quod,  charissbni, 
hœc  exspectantes,   satagite  im- 


307    — 


//  Pctr.,  nr. 


maculati  et  inviolati  ei  inveniri 
in  pace. 

15.  FA  Domini  nostri  longani- 
iriitatem,  salutem  arbitremini  : 
sicut  et  charissimns  (rater  nos- 
ter  Paulus secundum  datam  sibi 
sapientiam  scripsii  robis; 

1<>.  Sievt  et  in  omnibus  epi- 
stolis,  loquens  in  eis  de  his  :  in 
quibus  sunt  qucedaan  difficili" 
mtellectu,  <j"i"  indocti  et  in- 
stabiles  dépravant,  sicut  et  cap- 
teras Scripturas,  ad  saam  ipso- 
runt  perditionem. 

17.  Vus  igitur,  fratres,  prœ- 
scientes  custodite,  ne  insipien- 
thnn  crrore  traditcti  excidatis 
a  propria  firmitate. 


18.  Crescite  vers  in  gratin, 
et  in  cognitione  Domini  >wstri 
et  Salratoris  Jesic  Christ  i.  Ipsi 
gloria  et  rtunc,  et  in  àiem  œter- 
nitatis.  Amen. 


travaillez  afin  que  vous  soyez  trouvés 
purs  et  irrépréhensibles  aux  yeux 
de  Dieu,  dans  la  paix  : 

15.  Et  croyez  que  la  longue  pa- 
tience dont  use  Xotre-Seigneur  est 
pour  votre  salut,  comme  Paul,  notre 
frère,  vous  l'a  écrit  lui-même  selon 
la  sagesse  qui  lui  a  été  donnée  ; 

1(3.  Ainsi  qu'il  fait  en  toutes  ses 
lettres,  où  il  parle  de  ces  mêmes 
choses  :  lettres  dans  lesquelles  il  y 
a  certaines  paroles  difficiles  à  en- 
tendre, que  des  hommes  ignorants 
et  légers  détournent,  aussi  bien  que 
les  autres  Ecritures,  à  de  mauvais 
sens,  pour  leur  propre  ruine. 

17.  Vous  donc,  mes  frères,  qui 
connaissez  d'avance  toutes  ces  choses, 
prenez  garde  a  vous,  de  peur  qu'en- 
traînés par  l'erreur  des  insensés, 
vous  ne  tombiez  de  l'état  ferme  où 
vous  êtes  établis. 

18.  Mais  croissez  de  plus  en  plus 
dans  la  grâce  et  dans  la  connais- 
sance de  Notre-Seigneur  et  Sauveur 
Jésus-Christ.  A  lui  soit  la  gloire  et 
maintenant,  et  jusqu'au  jour  de  l'é- 
ternité !  Amen. 


COMMENTAIRE 


1.  Banc  ecce  vobis,  charissimi,  secundam  scribo  episto- 
lam.  «  Mes  bien-aimés,  voici  la  seconde  lettre  que  je  vous 
écris.  »  Elle  est  donc  adressée,  comme  la  première,  aux 
Eglises  du  Pont,  de  la  Galatte,  de  la  Cappadoce,  de  l'Asie 
et  de  la  Bithynie;  et  quoique  saint  Pierre  désigne  les 
Israélites  de  ces  provinces  qui  s'étaient  convertis  au 
christianisme,  on  reconnaît  qu'il  parle  en  même  temps 
aux  chrétiens  venus  de  la  Gentilité. 

///  [quitus  vestram  cxcito  m  commonitione  shiceram 
mentem.  Et  dans  ces  deux  lettres,  je  tâche  de  réveiller, 
par  d'utiles  avertissements,  vos  âmes  sincères  et  dociles. 
Les  bons- chrétiens,  les  religieux  même  qui  servent  Dieu 


--    808    — 

dans  les  monastères,  ont  besoin  d'être  avertis,  encou- 
ragés, réveillés,  pour  être  maintenus  dans  la  ferveur  ; 
car  nous  sommes  tous  portés  au  relâchement  par  notre 
nature.  Que  le  prêtre  s'applique  donc  à  soutenir  les  jus- 
tes, et  qu'il  rallume  chaque  jour  le  feu  de  la  charité  sur 
l'autel  de  son  propre  cœur. 

Sinceram  menlem,  votre  pensée  pure.  Cette  expression 
désigne  une  foi  orthodoxe  et  l'intention  vraie  de  plaire  à 
Dieu.  Telles  sont  les  âmes  que  saint  Pierre  se  propose  de 
réveiller  et  d'exciter  à  croître  en  vertus  (1). 

2.  Ut  rnemores  sitis  ;  «  afin  que  vous  vous  souveniez.  » 
C'est  l'explication  du  mot  in  commonitione.  L'Apôtre  va 
marquer  l'objet  spécial  de  ses  avertissements. 

Ut  rnemores  sitis  eomm  quœ  prœdixi  verborum  a  sanclis 
prophetis  (2),  et  apostolorum  vestrorum  prœceptorum,  Do- 
mini  et  Salcatoris.  Je  vous  exhorte  à  vous  souvenir  des 
paroles  des  saints  prophètes  que  je  vous  ai  déjà  rappelées. 
Je  vous  engage  aussi  à  méditer  les  préceptes  de  vos  apô- 
tres, qui  sont  en  même  temps  les  préceptes  de  Jésus-Christ 
notre  Seigneur  et  Sauveur. 

Verborum  a  sanclis  prophetis  quœ  prœdixi.  Toute  la 
première  Epître  de  saint  Pierre  est  pour  ainsi  dire  com- 
posée de  textes  pris  dans  l'Ancien  Testament.  Si  les 
fidèles  relisent  et  étudient  ces  saintes  paroles,  elles  se- 
ront pour  eux  une  lumière  qui  les  guidera  et  une  force 


(1)  Sinceram  mentem,  t^v  ethxpwT}  6iû.voixv,  Le  mot  latin  sincerus 
(quasi  sine  cerpt)  désigne  proprement  une  substance  sans  mélange, 
comme  mel  sincerum,  du  miel  pur  ;  vinitm  sincerwn,  du  vin  qui  n'est 
pas  fraudé.  Le  mot  eiïiy.pi-<ï,i  (veiut  èv  tu?,  xpivôftevoç,  examiné  à  la  clarté 
du  soleil)  a  la  même  signification. 

(2)  Voici  le  grec  :  A'£-/îî/îc.>y(uwv...  7r,v  6iy.voiv.v,  p.'jri<;9?)va.i  twv  Tzposip-sty-îvoy; 
pr,u6(7co'j  bnb  twv  «yt'wv  7r/55j?y;Twv.  Il  semble  au  premier  coup  d'œil  que 
le  grec  signifie  simplement  :  Je  vous  exhorte  à  vous  souvenir  des  paroles 
qui  ont  été  précédemment  dites  par  les  saints  prophètes.  Mais  l'auteur 
de  la  Vulgate  a  pensé  que,  dans  le  langage  ordinaire,  xv.  irpottpvipïvx 
indique  ce  qu'a  déjà  dit  celui  qui  parle,  et  il  a  traduit  quœ  prœdixi. 
Mais  d'un  autre  côté  bnb  twv  Ttpoptrr&v  dépend  aussi  de  Ttpoetpqftévx,  et 
signifie  ce  qui  a  été  dit  par  les  prophètes.  Le  sens  complet  du  grec 
comme  du  latin  serait  donc  :  «  Je  vous  exhorte  à  vous  souvenir  des 
paroles  que  je  vous  ai  dites  précédemment  et  que  j'ai  puisées  dans-  les 
saints  prophètes.  » 


—    309    —  //  Peir.,  m. 

qui  les  soutiendra.  Il  répète  la  même  pensée  qu'il  avait 
exprimée  plus  haut,  lorsqu'il  les  exhortait  à  lixer  leur 
attention  sur  les  discours  des  prophètes,  comme  sur  une 
lampe  qui  luit  dans  un  lieu  ténébreux.  (II  Petr.,  i,  19.) 
Et  apostolorum  vestrorum  prœceptorum,  en  grec,  xal 

TT,ç  T(ov  XTrosTÔAiov  OuàW  svTOAïjç,  et  manda ti  apostolorum  VeS- 

trorum;  mais  vous  ne  devez  pas  non  plus  oublier  les  pré- 
ceptes de  vos  apôtres.  Par  leurs  apôtres  il  entend  non 
seulement  ceux  qui  ont  été  immédiatement  institués  Apô- 
tres par  Notre- Seigneur,  mais  encore  les  prédicateurs 
que  les  premiers  Apôtres,  ou  les  églises  fondées  par  eux, 
ont  envoyés  prêcher  l'Evangile  dans  ces  provinces. 

Prœceptorum  Domini  et  Salvatoris.  Les  préceptes  que 
vous  ave/,  reçus  de  vos  apôtres  sont  les  préceptes  mêmes 
du  Seigneur  et  Sauveur  Jésus  (1). 

Ce  texte  est  fort  important  :  il  nous  apprend  que  c'est 
par  les  Apôtres  et  par  leurs  envoyés  ou  leurs  succes- 
seurs, que  nous  connaissons  la  doctrine  et  les  lois  de 
Jésus-Christ.  Ce  qu'ils  ordonnent  ou  enseignent,  c'est 
Jésus-Christ  même  qui  l'enseigne  et  l'ordonne. 

3.  Hoc  primum  scientes,  quod  venient  in  novissimis  die- 
bus  in  deceptione  illusores,  juxta  proprias  concupiscentias 
ambulantes.  «  Car  sachez  avant  toutes  choses  que,  dans 
les  derniers  jours,  il  viendra  des  imposteurs  artificieux, 
qui  suivront  leurs  propres  convoitises.  » 

Hoc  primum  scientes.  L'avertissement  le  plus  important 
que  l'Apôtre  doit  donner  aux  fidèles  avant  de  mourir,  c'est 
de  ne  pas  se  laisser  séduire  par  les  faux  docteurs  qui 
pervertiront  la  saine  doctrine.  Car  la  foi  est  la  racine 
même  du  salut,  et  sans  la  pureté  de  la  foi  il  est  impossible 
de  plaire  à  Dieu. 

Venient  in  novissimis  diebus.  Les  derniers  jours  sont, 
comme  on  sait,  tout  l'Age  compris  entre  la  venue  du 
Christ  et  la  fin  du  monde. 

(I)  Comme  on  le  voit,  le  mot  prœceptorum,  qui   n'est  écrit  qu'un»1 

fois,  doit  se  construire  d'abord  avec  apostolomon,  qui  est  son   prenier 

régime,  pui-  »e  répéter  avec  Domini.  C'est  comme  s'il  y  avait  en  grec  : 

tffi  rw>  dhrorrdtav  It/kûv  ivro)ifc,  hroi^s  reC  Kvjeiou   xa\  Surif/so;,  Ap<>- 

ttotorum  vestrorum  mandat/',  mandati  Domini  et  Salvatoris. 


—     MO     — 

lllusores.  Saint  Pierre  désigne  les  hérétiques  qui  de- 
vaient prochainement  paraître  et  dont  quelques-uns  déjà 
murmuraient  leurs  impiétés  dans  l'ombre.  Ce  sont  des 
imposteurs. 

In  deceptione  ilhisores.  Ces  fourbes,  habiles  à  tromper, 
se  jouent  de  la  crédulité  de  ceux  qu'ils  abusent  (1). 

Comment  se  fait-il  que,  dans  tous  les  siècles  et  dans 
tous  les  pays,  les  imposteurs  séduisent  si  facilement  les 
peuples  ?  Nous  l'avons  dit  :  c'est  qu'ils  flattent  les  pas- 
sions des  hommes.  L'orgueil,  l'amour  de  l'indépendance, 
le  plaisir  secret  de  penser  par  soi-même  et  de  se  débar- 
rasser d'une  règle  sévère,  tout  cela  fait  secouer  le  joug 
de  l'autorité  et  accueillir  avec  enthousiasme  les  nouveaux 
docteurs.  Ainsi  naissent  et  se  propagent  les  hérésies. 

A  la  même  époque,  saint  Paul  écrivait  à  son  bien-aimé 
disciple  Timothée  :  Sachez  qu'aux  derniers  jours  il  vien- 
dra des  temps  pleins  de  périls.  Puis  il  lui  dépeint  les 
hommes  perfides  qui  ravageront  l'Eglise.  (II  Tim.,  ni.) 
Les  deux  Apôtres  se  rappelaient  cette  parole  de  Notre- 
Seigneur  :  a  Prenez  garde  aux  faux  prophètes  qui  vien- 
nent à  vous  sous  des  vêtements  de  brebis,  mais  qui,  au 
dedans,  sont  des  loups  ravissants.  »  (S.  Matth.,  vu,  15.) 
Aujourd'hui,  comme  à  l'origine,  le  monde  est  plein  de 
faux  docteurs,  qui  rejettent  l'enseignement  de  l'Evangile 
et  de  l'Eglise,  ou  veulent  le  plier  à  leurs  idées. 

Juxta  proprias  concupisccntias  ambulantes .  Voilà  le 
motif  secret  qui  fait  embrasser  les  nouvelles  doctrines. 
On  croit  ce  que  l'on  veut  pour  faire  ce  que  l'on  désire. 

4.  Dicentes  :  Ubi  est  promissio  aut  adventus  ejas  ?  Ex 
quo  enim  patres  dormiernnt,  omnia  sic  persévérant  ab 
initio  creaturœ.  Et  ces  docteurs  vous  disent  :  Qu'est  de- 
venue la  promesse  du  Christ?  Où  donc  est  son  avènement 
qu'il  nous  faisait  attendre  ?  N'annonçait-il  pas  que  nous 
le  verrions  bientôt  descendre   sur  les  nuées  du  ciel? 


(1)  In  deceptione  illusores,  èv  èfjLTtcuyficvy  ê/tTraïxrat,  in  illusiune  illu- 
sores.  Cette  réunion  de  deux  mots  qui  ont  la  même  origine  ou  qui  son- 
nent de  même,  est  une  figure  très  familière  aux  hébreux  et  qui  donne 
«le  la  force  a  la  pensée. 


—     311     —  //  Petr.  ,111. 

Cependant  il  ne  vient  pas,  et  toutes  choses  continuent  d'al- 
ler comme  au  commencement  du  monde.  Il  y  a  bien  de 
l'apparence  que  les  années  futures  ressembleront  à  celles 
qui  sont  passées.  Alors,  que  deviennent  la  résurrection 
des  morts,  et  le  jugement  universel  des  hommes,  et  le 
royaume  qu'il  nous  promettait  dans  les  cieux?  Ainsi  rai- 
sonnaient Philetus  et  Hyménée.  (II  Tim.,  n.) 

C'était  une  objection  assez  répandue.  On  lisait,  en  effet, 
dans  l'Evangile  cette  parole  :  Vous  verrez  bientôt  le  Fils 
de  l'homme  venir  sur  les  nuées  du.  ciel.  Amodo  videbitis 
Filium  hominis  venientem  in  ?iabibascœli.(S.  Matth.,xxvi, 
64.)  Cependant  les  vieillards  qui  avaient  vu  et  entendu 
Jésus  mouraient  les  uns  après  les  autres,  et  Jésus  ne  pa- 
raissait point,  et  tout  dans  les  saisons,  aux  cieux  et  sur 
la  terre,  marchait  dans  le  même  ordre.  Cette  prophétie  du 
Christ,  qui  ne  s'accomplissait  pas,  répandait  sur  ses  autres 
promesses  un  nuage  d'incertitude  qu'il  fallait  dissiper. 

5.  Latet  enini  eos  hoc  volentes,  quod  cœli  erant  prias, 
et  terra,  de  agita  et  per  aquam  consistens  Dei  verbo.  Ces 
docteurs  vous  disent  que  rien  n'a  jamais  changé  dans  le 
monde;  mais  ils  sont  dans  une  ignorance  volontaire.  Est- 
ce  qu'il  n'est  arrivé  aucun  bouleversement  dans  les  siè- 
cles passés  ?  Ils  oublient  que  les  cieux  furent  faits  à  l'ori- 
gine par  la  parole  de  Dieu,  aussi  bien  que  la  terre  qui 
sortit  de  l'eau  et  qui  subsiste  par  l'eau. 

Latet  eos  hoc  volentes.  Qu'un  Dieu  ait  fait  le  monde,  la 
saine  raison  le  prouve.  Mais  sans  les  raisonnements  de 
la  philosophie  naturelle,  nous  avons  entre  les  mains  les 
livres  de  Moïse,  qui  nous  font  le  récit  de  la  création  du 
monde.  Les  novateurs  ignorent  donc  volontairement  que 
Dieu,  qui  a  fait  les  cieux  et  la  terre  quand  il  a  voulu,  les 
détruira  quand  il  voudra.  Ils  ignorent  aussi  que,  depuis 
la  création  de  l'homme,  les  choses  n'ont  pas  toujours 
marché  comme  au  commencement  :  Dieu  a  déjà  une  fois 
englouti  la  terre  sous  les  eaux  du  déluge. 

Cœli  erant  prias.  Ce  mot  prias  (bataXcur,  jam  olim)  sem- 
ble favoriser  l'opinion  des  savants,  qui  pensent  que  Dieu 
avait  tiré  du  néant  la  matière  longtemps  avant  l'organi- 


—    312    — 

sation  du  monde  actuel.  Ils  croient  même  que  des  mondes 
détruits  ont  précédé  celui  que  nous  voyons.  On  lit,  en 
effet,  dans  les  entrailles  de  notre  globe  des  créations  de 
végétaux  et  d'animaux,  qui  paraissent  antérieures  à  l'état 
où  se  trouvait  la  terre  avant  l'œuvre  des  six  jours  racontée 
dans  la  Genèse. 

Cœli  erant.  Ne  croyons  pas  que  saint  Pierre  ait  voulu 
dire  que  les  cieux  étaient  par  eux-mêmes  :  ce  serait  ab- 
surde et  impie.  Avec  erant,  il  faut  joindre  Dei  verèo,  aussi 
bien  qu'avec  terra  :  les  cieux  subsistaient  autrefois, 
comme  la  terre,  ayant  été  faits  par  la  parole  de  Dieu. 

Terra  de  aqua  consistens  Dei  verbo.  C'est  aussi  la  parole 
de  Dieu  qui  a  fait  sortir  la  terre  du  milieu  des  eaux, 
lorsqu'elles  la  recouvraient  presque  tout  entière.  C'est  la 
parole  de  Dieu  qui  a  creusé  les  immenses  bassins  où  elle 
retient  les  mers  emprisonnées,  leur  défendant  de  franchir 
leurs  limites  et  d'inonder  les  terres  qui  les  enferment. 

Terra  per  aquam  co?isistens,oC  u'Soctoç  auveorbKra.  La  terre, 
la  partie  du  globe  que  l'Ecriture  appelle  l'aride,  subsiste 
par  l'eau  et  au  milieu  de  l'eau  ;  elle  est  arrosée  par  des 
rivières  qui  la  fertilisent,  et  par  des  courants  d'eaux  sou- 
terraines qui  circulent  dans  ses  veines  et  jaillissent  en 
sources  fécondes  ;  en  sorte  que  la  terre,  avec  l'eau  qui 
l'environne  et  la  pénètre,  ne  fait  qu'un  seul  globe  com- 
posé de  deux  éléments  nécessaires  l'un  à  l'autre.  C'est  là 
ce  qu'on  peut  entendre  par  Be'  uZ-j-toç^  per  aquam. 

Verbo  Dei.  Les  cieux  et  la  terre  subistaient  «  par  la 
parole  de  Dieu  »,  qui  les  a  fait  sortir  du  néant.  Car  Dieu 
a  dit  et  tout  a  été  fait,  il  a  commandé  et  toutes  choses 
ont  été  créées.  Ipse  dixit  et  facta  swit  ;  ipse  mandavit  et 
creata  sunt.  (Ps.  xxxn  et  cxlviii.)  Et  celui  qui  a  tout  créé 
a  tout  ordonné. 

6.  Per  quœ  ille  tune  mundus  aqua  inundatus  periit. 
«  Et  le  monde  d'alors  périt,  étant  submergé  sous  les  eaux 
qui  tombèrent  du  ciel  et  accoururent  des  mers  par  l'ordre 
de  Dieu.  » 

Per  quœ.  Ces  mots  se  rapportent  aux  choses  qui  pré- 
cèdent. Or,  trois  choses  précèdent  :  la  parole  de  Dieu, 


—     313     —  //  l'etr.,  m. 

les  cieux  et  les  eaux  qui  enveloppent  la  terre.  Telles  sont 
les  trois  causes  du  déluge.  Sur  l'ordre  de  Dieu,  les  mers 
franchirent  leurs  rivages  :  les  cataractes  du  ciel,  où  étaient 
suspendus  d'immenses  réservoirs  d'eaux,  s'ouvrirent; 
la  pluie  tomba  pendant  quarante  jours  et  quarante  nuits, 
et  l'inondation  couvrit  les  sommets  des  montagnes  (1). 

Me  tune  mundus  periit.  Il  ne  dit  pas  que  les  hommes 
seuls  périrent,  mais  que  «  le  monde  d'alors  périt.  »  Cela 
nous  fait  supposer  qu'un  assez  grand  changement  fut 
opéré  par  le  déluge  dans  la  terre  et  peut-être  aussi  dans 
l'atmosphère  :  en  sorte  que  le  monde  d'aujourd'hui  n'est 
plus  tout  à  fait  le  même  que  le  monde  d'alors  (2). 

7.  Cœli  autem  qui  nunc  surit,  et  terra  [quœ  nunc  est) 
eodem  verbo  repositi  sunt.  Or,  les  cieux  d'à  présent  et  la 
terre  actuelle  sont  gardés  par  la  même  parole,  comme 
dans  le  trésor  de  Dieu. 

Repositi,  T6ÔTf|«aupiGpivoe.  La  parole  de  Dieu  qui  les  a  dis- 
posés comme  ils  sont,  les  conserve  jusqu'au  jour  qu'elle 
a  marqué. 

Les  mots  cœli  qui  nunc  sunt  et  terra  (quœ  nunc  est), 
rapprochés  de  l'expression  die  tune  mundus  (6  tare  xcwjjaoç 
et  oi  II  v3v  o-jpavol  xx\  7]  y-?,),  font  entendre  de  nouveau  que 
la  face  du  monde  a  déjà  été  changée  par  le  déluge;  et 
saint  Pierre  déclare  que,  comme  il  a  été  une  fois  détruit 
par  l'eau,  il  le  sera  encore  par  le  feu.  La  terre  et  les  cieux 
que  nous  voyons,  dit-il.  sont  réservés  pour  être  consumés 
par  le  feu  au  jour  du  jugement  universel  et  de  la  perdi- 
tion des  hommes  impies.  Igni  réservait  in  diem  judicii 
et  perditionis  impiorum  hominum,  xoe&ov  àvOpoWtov.  Par 
les  impies  que  Dieu  perdra  en  ce  jour  terrible,  on  n'en- 

(1)  Nulle  part  il  n'est  dit  que  toutes  les  régions  de  la  terre  aient 
été  simultanément  submergées  par  les  eaux.  L'inondation  a  pu  être 
successive  et  dépasser  les  ânes  après  les  autres  les  cimes  des  monta- 
gnes. La  Bible  dit  même  que  «  les  eaux  allaient  et  venaient.  »  (Gen., 
vin,  3.)  Ainsi  tombe   la  principale  objection  que  Ton  fait  contre  l'uni- 

•  lité  du  déluge. 

(2)  Il  est  probable  que  des  des  ont  surgi  du  fond  des  mers,  tandis 
que  des  continents  sont  restés  sous  les  eaux.  Periit  terra,  dit  le  véné- 
rable Bède,  qui<i  diêtimilem  plertsque  in  l<>'-is  ab  eay  quam  primo 
acceperat,  facicm  recepit. 


—    814    — 

tend  pas  seulement  les  incrédules  et  les  hérétiques,  mais 
tous  ceux  qui  refusent  à  Dieu  le  culte  qui  lui  est  dû  et 
violent  ses  commandements. 

8.  Unum  vero  hoc  non  lateat  vos,  charissimi,  quia  anus 
dies  apud  Dominum  sicut  mille  amii,  et  mille  anni  sicut 
dies  unus.  Ne  croyez  donc  pas  que  le  monde  soit  établi 
dans  un  ordre  immuable  ;  et  si  le  Christ  semble  différer 
sa  venue,  il  y  a  une  chose  que  vous  ne  devez  pas  ignorer, 
mes  bien-aimés,  c'est  qu'aux  yeux  du  Seigneur,  un  jour 
est  comme  mille  ans,  et  mille  ans  sont  comme  un  jour. 

L'Apôtre  vient  de  dire  que  le  monde  périra  par  le  feu, 
et  il  observe  que  cette  prophétie  ne  doit  pas  surprendre, 
puisque  le  monde  a  déjà  péri  une  fois  par  le  déluge  des 
eaux.  Quant  à  l'époque  de  l'universel  embrasement,  elle 
est  inconnue  ;  Dieu  s'en  est  réservé  le  secret  (1)  ;  et  s'il  a 
dit  que  la  ruine  finale  du  monde  est  proche,  il  faut  se 
ressouvenir  que,  devant  l'Eternel,  mille  ans  sont  comme 
un  jour.  Est-ce  que  le  prophète  David  ne  disait  pas  au 
Seigneur  :  Mille  ans  sont  devant  vos  yeux  comme  le  jour 
d'hier,  qui  est  passé  ?  Mille  anni  ante  oculos  tuos  tam- 
guam  dies  hesterna  quse  prœteriit.  Ou  plutôt  mille  ans 
sont  comme  une  simple  veille  de  la  nuit  qui  dure  si  peu, 
et  enstodia  in  nocte.  (Ps.  lxxxix,  4.) 

Nombrez  des  milliers  de  siècles,  dit  saint  Augustin, 
tout  cet  espace  de  temps  que  vous  embrassez  dans  votre 
imagination  n'est  rien  en  comparaison  de  l'éternité.  Con- 
siderent  nihil  esse  diuturnum  in  quo  est  aliquid  extre- 
mum,  et  omnia  sœculorum  spatia  definila,  si  œternitati 
intermi?iatce  comparenlur,  non  exigua  existimanda  esse, 
sedmdla.  (Civ.  Dei,  1.  XII,  c.  xii.)  Tout  ce  qui  finit  est 
court. 

9.  No7i  tardât  Dominus  promissionem  suam,  sicut  qui- 
dam existimant.  Ne  dites  donc  pas  que  le  Seigneur  re- 
tarde l'accomplissement  de  sa  promesse,  comme  quel- 
ques-uns l'imaginent.  Non,  il  ne  diffère  pas  sa  venue 
au  delà  du  temps  prédit,  mais  il  montre  sa  patience  à 

(1)  Cœlnm  et  terra  transibnnt...  De  die  aiitern  Mo  vel  hora  nemo 
scit,  neque  angeli  in  cœlo,  neque  Filins,  nisi  Pater.  (S.  Marc,  xnr,  31.) 


—    315     —  //  Petr.,m. 

votre  égard,  ne  voulant  pas  qu'aucun  homme  périsse, 
mais  que  tous  fassent  pénitence.  Sed  patienter  agit  pro- 
pter  vos,  nolens  aliquos  perire,  sed  omnes  ad pœnitentiam 
reverti. 

Cette  parole,  écrite  par  saint  Pierre  pour  les  pécheurs 
de  tous  les  siècles,  doit  inspirer  une  confiance  absolue 
aux  plus  grands  coupables,  s'ils  se  repentent.  Parmi 
tous  les  hommes  qui  respirent,  quelque  pécheurs  qu'ils 
soient,  il  n'y  en  a  pas  un  que  Dieu  ait  définitivement 
condamné.  L'homme  le  plus  criminel  peut  dire  :  Si  mes 
péchés  m'effraient,  j'ai  cependant  une  ferme  espérance 
en  Dieu,  parce  que  je  suis  certain  qu'il  n'a  pas  résolu 
ma  perte.  Il  me  sauvera,  si  je  le  veux.  Ce  texte  prouve, 
contre  l'impiété  calviniste,  que  Dieu  veut  le  salut  de  tous 
les  hommes.  Nolens  aliquos  perire. 

10.  Adveniel  autem  clies  Dominint  fur.  Saint  Pierre  a 
déclaré  que  le  monde  actuel  serait  détruit  par  le  feu, 
mais  que  l'époque  de  ce  grand  événement  nous  est  in- 
connue, et  il  nous  avertit  que  le  jour  du  Seigneur  viendra 
comme  un  voleur.  Saint  Paul  l'avait  écrit  aux  Thessa- 
loniciens  :  Vous  savez  bien,  leur  disait-il,  que  le  jour  du 
Seigneur  viendra  comme  un  voleur  qui  vient  dans  la 
nuit,  quand  on  ne  l'attend  pas.  (I  Thessal.,  v,  2.)  Jésus- 
Christ  nous  l'apprend  lui-même  dans  l'Evangile.  Au 
temps  de  Noé,  dit-il,  les  hommes  mangeaient,  buvaient, 
se  mariaient,  jusqu'au  jour  où  Noé  entra  dans  l'arche  : 
alors  vint  le  déluge  qui  les  fit  tous  périr.  De  même  au 
temps  de  Loth,  les  hommes  mangeaient,  buvaient,  ache- 
taient, vendaient,  plantaient  et  bâtissaient  ;  mais  au  jour 
où  Loth  sortit  de  Sodome,  une  pluie  de  feu  et  de  soufre 
tomba  du  ciel  et  les  fit  tous  périr.  Il  en  sera  de  même  au 
jour  où  paraîtra  le  Fils  de  l'homme.  (S.  Luc,  xvn,  26.) 

Les  justes  verront  les  signes  prédits,  ils  comprendront 
que  le  grand  .luge  va  venir,  et  ils  se  tiendront  prêts.  Les 
pécheurs  superbes  ne  croiront  pas  ;  les  savants  raison- 
neront sur  les  phénomènes  ;  et  tandis  qu'ils  les  expli- 
queront, ils  seront  surpris  et  jetés  par  les  anges  devant 
le  tribunal  <!<•  Dieu. 


—    316    — 

In  quo  cœli  magno  impetu  transient.  «  En  ce  jour  les 
cieux  passeront  avec  une  grande  impétuosité.  »  En  grec, 
poi^Bov,  cwn  stridente  impetu.  Que  signifie  cette  parole  ? 
Peut-être  la  terre  tournera-t-elle  avec  une  rapidité  extraor- 
dinaire, en  sorte  que  les  étoiles  sembleront  se  précipiter 
du  ciel.  Que  si  Ton  entend  pot^Sov  dans  son  sens  propre, 
cwn  strtdore,  avec  un  bruit  strident  (pareil  à  celui  des 
corps  qui  sifflent  en  fendant  l'air),  on  peut  croire  que  des 
débris  de  planètes  traversant  l'atmosphère  s'enflamme- 
ront, éclateront,  et  tomberont  sur  la  terre  comme  des 
étoiles  filantes  ;  ce  qui  rappelle  la  parole  de  Notre-Sei- 
gneur  :  Stellœ  cadent  de  cœlo.  (S.  Matth.,  xxiv,  29.) 

Quoi  qu'il  en  soit,  la  terre  sera  embrasée;  les  éléments 
dont  le  globe  se  compose  seront  fondus  par  la  chaleur  du 
feu  ;  la  terre  enfin  sera  brûlée,  consumée  avec  tous  les 
ouvrages  des  hommes.  Elementa  vero  calore  solventur, 
terra  autem  et  qnœ  in  ipsa  snnt  opéra  exurentur. 

11.  Qunm  igitur  hœc  omnia  dissolvenda  si?it,  quales 
oportet  vos  esse  in  sanctis  conversationibus  et  pietatibus  ? 
Ainsi  donc,  puisque  toutes  les  choses  que  vous  voyez 
doivent  se  dissoudre,  quelle  ne  doit  pas  être  la  sainteté 
et  la  piété  de  votre  vie?  C'est  la  conclusion  de  ce  qui 
précède.  La  terre  doit  périr  avec  ses  villes,  ses  monu- 
ments, ses  habitants,  et  tous  les  ouvrages  des  hommes  ; 
elle  doit  elle-même  être  fondue  avec  ses  roches  les  plus 
dures  ;  elle  ne  sera  plus  qu'une  immense  lave  embrasée. 
Pourquoi  donc  s'y  attacher  et  vouloir  y  perpétuer  sa  mé- 
moire? La  sagesse  nous  conseille  de  vivre  saintement  et 
de  servir  Dieu  fidèlement  pendant  le  peu  de  temps  que 
nous  y  passons,  afin  d'acheter  par  nos  bonnes  œuvres  un 
palais  éternel  dans  les  cieux. 

12.  Exspectantes  et  properantes  in  advenlum  diei  Do- 
mini  (1).  Vivons  dans  la  piété,  attendant  et  hâtant  par 
nos  désirs  l'avènement  de  ce  grand  jour.  Non  seulement 
il  faut  veiller  pour  n'être  pas  surpris  par  l'arrivée  du 
Seigneur,  mais  saint  Pierre  veut  que  l'on  s'empresse 

(1)  On  traduit  comme  s'il  y  avait  :  exspectantes  adventum  diei  Do- 
mini,  et  properantes  in  adventwn  ejus. 


—    817    —  Il  Petr.,m. 

d'aller  à  sa  rencontre.  Si  l'on  vous  annonce  que  votre 
départ  de  ce  monde  est  prochain,  dites  comme  David  : 
«  Une  heureuse  nouvelle  m'a  comblé  d'allégresse  :  j'irai 
dans  la  maison  du  Seigneur.  »  Lœtatus  sum  in  his  quœ 
dicta  simt  miJii  :  in  domam  Domini  iôimus. 

Sans  doute  le  jugement  sera  terrible  pour  les  pécheurs 
impénitents  ;  mais  il  sera  glorieux  pour  les  justes,  puis- 
qu'ils entendront  de  la  bouche  du  Seigneur  cette  douce 
parole  :  Venez,  les  bénis  de  mon  Père,  possédez  le  royaume 
qui  vous  a  été  préparé. 

Nous  devons  tout  à  la  fois  craindre  ce  jour  et  le  désirer  : 
le  craindre  pour  n'être  pas  trouvés  coupables  ;  le  désirer 
parce  qu'il  sera  le  triomphe  de  Jésus-Christ  et  le  nôtre  ; 
en  un  mot,  il  faut  nous  y  préparer  pendant  la  vie  pour 
ne  pas  le  craindre  à  la  mort.  Gaudeat  judicandus  qui 
timuit  judicaturum,  dit  saint  Augustin.  (In  Ps.  lxvi.)  Et 
ailleurs  :  Numquid  jadicium  Dei  tantummodo  formi- 
dandum  est,  et  non  amandum?  Formidandum  malis 
proptcr  pœnam,  amandum  bonis  propter  coronam.  (In 
Ps.  c.)  Disons  donc  avec  confiance,  comme  saint  Jean  : 
Vent,  Domine  Jesu!  (Apoc,  xxn.)  Votre  Eglise  est  op- 
primée, vos  serviteurs  sont  persécutés  sur  toute  la  terre. 
<  )  Seigneur  Jésus,  venez  ! 

Per  quem  (adventum)  cœli  ardentes  solventur,  et  ele- 
menta  ignis  ardoise  labescent.  «  Au  jour  du  Seigneur  et  à 
son  arrivée  l'ardeur  du  feu  dissoudra  les  cieux  embrasés, 
et  les  éléments  seront  mis  en  fusion  par  la  chaleur.  »  Ce 
ne  sera  donc  pas  seulement  la  terre  qui  sera  fondue  ;  la 
flamme  parcourra  les  cieux  et  la  région  des  astres  (1). 
Alors  s'accomplira  cette  parole  d'Isaïe  :  Voici  que  je  crée 
des  cieux  nouveaux  et  une  terre  nouvelle.  Ecce  eqo  erro 
cœlos  novos  et  terram  novam.  (Is.,  lxv,  17.) 

(1    Que  1''  monde  doive  finir  par  le  feu,  c'est  une  tradition  antique, 
qui  se  trouve  jusque  dana  1<-^  écrits  de  plusieurs  auteurs  profanes.  Lu 
cain  en    parle,  Sénèque  aussi,  et   l'on  voit  la-dessus  trois  beaux   rers 
dans  Ovide.  Jupiter,  dit -il  (Metamorph.,  1.  I), 

te  i/Koque  in  fatis  reminiscitur,  affore  tempus 
<ji>u  mare,  quo  lellus,  correptaque  regia  cœli 
Arileat.  e>  mvndi  moles  opcvoia  laborct . 


—    318    — 

13.  Aussi  l'Apôtre  ajoute-t-il  cette  parole  :  Novos  vero 
cœlos  et  novam  terrain  secundum  promissa  ipsfus  cxspec- 
tamas.  Nous  attendons  de  nouveaux  cieux  et  une  terre 
nouvelle,  selon  la  promesse  du  Seigneur.  Saint  Jean 
même,  dans  l'Apocalypse,  nous  apprend  que  cette  terre 
nouvelle  et  ces  nouveaux  cieux  lui  ont  été  montrés  : 
Et  vicli  cœlum  novwn  et  terrain  ?20i;tf/??.(Apoc.,xxi,  1.) 
L'univers  ne  sera  point  détruit  dans  sa  substance,  mais 
transformé.  Il  sera  purifié  par  le  feu  et  rendu  digne  des 
justes  qui  l'habiteront;  car  les  nouveaux  cieux  et  la  nou- 
velle terre  seront  leur  séjour  :  in  quitus  justitia  habi- 
tat. Le  monde  entier  sera  le  domaine  et  le  royaume  des 
élus(l). 

Habitat.  L'auteur  sacré  met  le  présent  :  «  où  la  justice 
habite  »,  parce  que  son  esprit  prophétique  regarde  comme 
accomplies  les  grandes  choses  qu'il  annonce;  et,  en  outre, 
ce  présent  désigne  l'éternité,  qui  n'est  qu'un  jour  sans  fin. 

14.  Pr opter  quod,  charissimi,  hœc  exspectantes ,  satagite 
immaculati  et  inviolati  ei  inveniri  in  pace.  «  C'est  pour- 
quoi, mes  bien-aimés,  vivant  dans  l'attente  de  ces  grands 
événements,  travaillez  afin  d'être  trouvés  purs  et  irré- 
préhensibles aux  yeux  de  Dieu,  dans  la  paix  d'une  bonne 
conscience.  »  L'attente  du  jugement  nous  inspirera  des 
sentiments  de  pénitence  pour  nos  fautes  anciennes,  nous 
les  effacerons  et  nous  les  couvrirons  par  des  œuvres 
saintes. 

Immaculati,  ownnXoi.  Que  chacun  fasse  tous  ses  efforts 
pour  être,  en  ce  grand  jour,  trouvé  «  sans  tache  »  et  puri- 
fié des  péchés  qu'il  a  commis.  —  Inviolati,  àuwu-r|Tou  On 
doit  éviter  les  fautes  même  légères,  afin  de  paraître  *  irré- 
prochables »  en  la  présence  du  Seigneur.  —  Ei.  Ne  négli- 
geons rien  pour  être  irrépréhensibles  non  seulement  de- 
vant les  hommes,  mais  aux  yeux  du  Juge  qui  voit  tout, 


(1)  Le  monde  actuel  est  fait  pour  des  hommes  revêtus  d'une  chair 
corruptible  :  il  passera  par  le  feu  et  sera  renouvelé,  selon  le  sentiment 
de  saint  Augustin,  pour  convenir  à  des  habitants  immortels.  Ut  mundus 
in  melius  innovatus  apte  accommodetur  ho  minibus  etiarti  carne  in 
meliits  innovatis.  (S.  Aug.  Civ.  D.,  xx,  16.) 


—    319    —  //  Petr.t  m. 

qu'on  ne  peut  tromper,  et  dont  personne  ne  peut  éviter 
ni  le  jugement  ni  la  puissance. 

In  pace,  sv  Kp^wj,  alors,  notre  âme  étant  pure,  nous 
serons  en  paix  avec  notre  conscience  et  avec  Dieu. 

15.  Et  Domini  nostri  longanimitatem  sahilem  arbitre* 
mini*  Et  croyez  que  la  longue  patience  dont  use  le  Sei 
gneur  est  pour  votre  salut  et  pour  celui  des  pécheurs. 
Car,  je  vous  l'ai  dit,  s'il  diffère  de  venir  juger  les  hommes, 
il  veut  leur  donner  le  temps  de  se  convertir  et  de  mériter 
le  ciel  par  de  dignes  fruits  de  pénitence.  C'est  aussi  ce 
que  Paul,  notre  très  cher  frère,  vous  a  écrit  selon  la 
sagesse  qui  lui  a  été  donnée  d'en  haut.  Sicul  et  charissi- 
mus  f rater  noster  Paulus  secundum  datam  sibi sapientiam 
scripsit  vobis. 

En  effet,  dans  son  Epître  aux  Hébreux,  saint  Paul 
exhorte  les  Juifs  devenus  chrétiens  à  persévérer  dans  la 
foi  et  les  bonnes  œuvres,  au  milieu  des  tribulations  et  des 
persécutions  ;  et  il  les  encourage  en  leur  annonçant  que 
la  venue  du  Seigneur  et  le  jour  de  leur  délivrance  est 
proche.  «  Ne  perdez  point  la  confiance  en  Dieu  que  vous 
avez  acquise  par  vos  bonnes  œuvres  :  elles  vous  assu- 
rent une  grande  récompense,  leur  dit-il.  Mais  la  patience 
vous  est  nécessaire  pour  obtenir  les  biens  qui  vous  sont 
promis,  si  vous  faites  la  volonté  de  Dieu.  Car  il  est  écrit  : 
Encore  un  peu  de  temps,  et  celui  qui  doit  venir  viendra, 
et  il  ne  tardera  point.  »  (Hébr.,  x,  35  ;  Habac,  n,  3.) 

Et  dans  TEpître  aux  Romains,  saint  Paul  disait  encore  : 
«  Est-ce  que  vous  méprisez  les  richesses  de  la  bonté  de 
Dieu,  de  sa  patience  et  de  sa  longanimité?  Ne  savez- 
vous  pas  que  cette  bonté  vous  invite  à  la  pénitence  ?  » 
(Rom.,  ii,  4.) 

Secundum  datam  sibi  sapientiam.  Paul  vous  parle  selon 
la  sagesse  qui  lui  a  été  donnée  de  Dieu.  —  Saint  Pierre 
reconnaît  donc  que  saint  Paul  a  écrit  ses  Epîtres  sous 
l'inspiration  divine.  11  n'en  désigne  aucune  en  particu- 
lier, mais  il  les  comprend  toutes  :  Sicut  et  in  omnibus 
epistolis.  Et  il  les  égale  aux  autres  Ecritures  de  l'Ancien 
et  du  Nouveau  Testament  :  Sicul  et  cœteras  Scripluras. 


—    320    — 

Or,  quand  saint  Pierre  écrivait  ces  paroles,  toutes  les 
Epîtres  de  saint  Paul  étaient  publiées  et  lues  dans  l'E- 
glise, sauf  peut-être  la  seconde  à  Timothée,  qu'il  écrivit 
de  sa  prison,  quelques  mois  avant  sa  mort. 

Saint  Pierre  nous  donne  ici  un  admirable  exemple  de 
modestie  et  d'humilité.  Lui.  chef  de  l'Eglise  et  Vicaire 
de  Jésus-Christ,  après  avoir  été  publiquement  repris  par 
saint  Paul  dans  Antioche,  il  loue  saint  Paul,  il  le  nomme 
son  très  cher  frère,  il  fait  l'éloge  de  ses  Epîtres,  et  parmi 
ses  Epîtres  il  y  en  a  une  (celle  aux  Galates)  où  cette  répri- 
mande est  racontée  et  justifiée.  Oh  !  comme  ces  hommes 
divins  s'oubliaient  eux-mêmes,  pour  ne  penser  qu'à  la 
gloire  de  Jésus-Christ  et  de  la  vérité  î 

16.  Sicut  et  in  omnibus  epislolis,  loqnens  de  his  :  in  qui- 
dus  sunt  quœdam  difficilia  intellectu,  quœ  indocti  et  in~ 
stabiles  dépravant  ad  suam  ipsorum  perditionem.  «  Paul 
écrit  ainsi,  selon  la  sagesse  de  Dieu,  dans  toutes  ses 
lettres,  où  il  parle  des  mêmes  choses  dont  je  viens  de 
vous  entretenir  (1).  Or,  dans  ces  lettres,  il  y  a  quelques 
endroits  difficiles  à  entendre,  que  des  hommes  ignorants 
et  mal  affermis  dans  la  foi  torturent  et  détournent  en  de 
mauvais  sens,  aussi  bien  que  les  autres  Ecritures,  dont 
ils  abusent  pour  leur  propre  ruine.  » 

Sunt  quœdam  difficilia  intellectu.  Il  y  a  dans  les  Epî- 
tres de  saint  Paul  des  passages  difficiles  à  comprendre  : 
saint  Pierre  l'affirme,  et  il  suffit  de  les  lire  pour  s'en  con- 
vaincre. Les  ignorants,  dit-il,  ne  les  entendent  pas,  et  des 
hommes  qui  sont  peu  affermis  dans  la  foi  en  pervertis- 
sent le  sens.  Il  ajoute  que  cette  fausse  interprétation  des 
Ecritures  est  chez  eux  téméraire  et  coupable,  puisqu'elle 
les  mène  à  la  perdition  :  dépravant  ad  suam  ipso?*u?n  per- 
ditionem. Donc,  d'après  saint  Pierre,  c'est-à-dire  d'après 
le  Saint-Esprit  même,  il  n'est  pas  vrai  que  les  saintes 
Ecritures  soient  assez  claires  pour  que  tous  les  fidèles 

(1)  Les  principales  choses  que  saint  Pierre  a  exposées  dans  cette  Epî- 
tre,  c'est  qu'il  faut  attendre  avec  confiance  et  patience  les  promesses  de 
Jésus-Christ,  et  fuir  les  maîtres  de  mensonges  qui  entraînent  les  fidèles 
dans  Terreur. 


—    321    —  //  Petr.,  m. 

puissent  les  entendre,  si  on  ne  les  leur  explique.  D'où  il 
résulte  que  tous  les  fidèles  ne  sont  point  juges  du  sens 
des  Ecritures.  Cette  parole  de  saint  Pierre  ruine  le  pro- 
testantisme par  sa  base. 

Quœ  indocti  et  instabiles  dépravant;  en  grec,  a  oi  àpaOsTç 
xa\  y.nrr^'.y-oi  orpeêXoOfft.  Les  hommes  ignorants  qui  con- 
naissent mal  la  religion  et  qui  ne  sont  point  solidement 
établis  sur  les  principes  de  la  divine  doctrine,  torturent 
les  textes  sacrés  et  leur  font  violence  pour  les  plier  à 
leurs  conceptions  erronées. 

Indocti.  Ces  orgueilleux,  peut-être  habiles  dans  les 
lettres  humaines,  sont  au  fond  des  ignorants.  Ils  ne 
comprennent  pas  les  hautes  vérités  que  l'Esprit-Saint 
enseigne  aux  âmes  pures  et  humbles. 

Instabiles,  à<mfaixTot,  non  firmi.  N'étant  point  enracinés 
dans  la  foi,  ils  ne  saisissent  pas  le  vrai  sens  des  Ecritures, 
se  disputent  entre  eux,  et  changent  sans  lin  leurs  propres 
interprétations. 

Dépravant,  srpeêAouat,  torquent,  ils  torturent  la  parole 
divine  pour  la  fausser.  A  l'origine  de  l'Eglise,  au  temps 
même  de  saint  Pierre,  les  hérétiques  tourmentaient  les 
paroles  des  saints  livres,  et  les  forçaient,  par  une  violence 
sacrilège,  à  enseigner  leurs  erreurs.  C'est  encore  ce  que 
font  les  novateurs  modernes  :  en  sorte  que  les  divines 
Ecritures,  qui  sont  une  source  de  vie,  deviennent  pour 
ces  faux  docteurs  une  source  de  mort.  Salanas  de  Scrip- 
turis  ipsis  divinis  sœpe  laqueum  fidelibus  parât.  Sic 
hœreticos  facit,  sic  eviscerat  fidem ,  sic  jura  pietatis 
impuqnat.  (S.  Ambr.  in  Luc,  1.  IV,  c.  xxvi.  —  Voyez 
plus  haut,  c.  1,  v.  20.) 

Quœ  dépravant.  Quels  sont  les  passages  auxquels  saint 
Pierre  fait  allusion?  Ce  sont  probablement  les  endroits 
où  saint  Paul  enseigne  que  l'homme  n'est  pas  justilié 
par  les  œuvres  de  la  loi  de  Moïse,  mais  par  la  foi  en 
Jésus-Christ.  (Rom.,  m,  20,  21,  28;  et  Gai.,  ir,  1G.)  Les 
Simoniens,  corrompant  cette  doctrine,  enseignaient  que 
les  bonnes  œuvres  n'étaient  pas  nécessaires  au  salut  et 
qu'il  suffisait  de  croire.  .Saint  .Jacques  fait  aussi  entendre 

I  PITRES    CATnOLIQLKs  ?| 


que  plusieurs  chrétiens  étaient  imbus  de  cette  fausse 
opinion.  Les  protestants  l'ont  renouvelée  de  nos  jours  et 
ils  allèguent  ce  texte  de  saint  Paul  :  Justificati  gratis  per 
gratiam  ipsias.  (Rom.,  ni,  24.)  Cela  signifie  seulement  que 
nous  n'avons  pas  mérité  notre  justification  par  nos  bon- 
nes œuvres,  mais  que  Dieu  nous  a  prévenus  par  sa  grâce. 
17.  Vos  igitur,  fratres,  prœscientes  custodite,  ne  iyisi- 
pienthim  errore  traducti  excidatis  a  propria  firmitate. 
Vous  donc,  mes  frères,  qui  connaissez  d'avance  toutes 
ces  choses,  vous  qui  êtes  prévenus  que  des  docteurs  de 
mensonge  essaieront  de  vous  séduire,  prenez  garde  à 
vous,  de  peur  qu'entraînés  par  l'erreur  des  insensés  vous 
ne  tombiez  de  l'état  ferme  où  vous  êtes  établis. 

Custodite  vos,  cpuÀàccsaôs,  cavete,  tenez-vous  bien  sur 
vos  gardes.  —  Ne  insipientium  errore  traducti,  \k\  xr,  twv 
àOicutov  wAàvfl  auvaTra/OévTEç.  N'écoutez  pas  ces  novateurs, 
qui  interprètent  les  Ecritures  autrement  que  l'Eglise.  Ce 
sont  des  insensés  et  des  impies,  àôecjxoc  —  Errore,  %k&nfa 
ils  s'égarent,  ils  n'entendent  pas  les  textes  sur  lesquels 
ils  raisonnent,  ils  les  falsifient,  ils  les  corrompent,  dépra- 
vant. Ne  vous  laissez  donc  pas  entraîner  dans  l'erreur 
par  leurs  vaines  subtilités. 

Ne  excidatis  a  propria  firmitate.  Votre  foi  est  établie 
sur  un  fondement  inébranlable,  puisqu'elle  repose  sur 
l'enseignement  apostolique  et  sur  la  parole  même  de 
Dieu.  Vous  avez  le  bonheur  d'y  être  fixés  :  que  rien  ne 
vous  en  arrache. 

18.  Crescitevero  ingratia  et  in  cognitione  Domininostri 
et  Salvatoris  Jesu  Christi.  «  Mais  croissez  de  plus  en  plus 
dans  la  grâce  et  dans  la  connaissance  de  notre  Seigneur 
et  Sauveur  Jésus-Christ.  » 

Croître  dans  la  grâce,  c'est  se  perfectionner  et  se  for 
tifier  dans  toutes  les  vertus  avec  l'aide  de  Dieu.  Or  le 
moyen  d'augmenter  en  nous  la  grâce,  c'est  de  croître  en 
la  connaissance  de  Jésus-Christ.  Et  cette  connaissance, 
gage  de  la  vie  éternelle,  le  Saint-Esprit  la  donne  à  ceux 
qui  méditent  les  paroles  du  Sauveur  et  s'efforcent  d'imiter 
ses  actions. 


—    323    —  //  Petr.,  m. 

Crescite.  11  ne  dit  pas  seulement  persévérez,  mais 
croissez.  L'ordre  en  a  été  donné  par  Notre-Seigneur, 
quand  il  a  dit  :  «  Soyez  parfaits,  comme  votre  Père 
céleste  est  parfait.  »  (S.  Matth.,  v,  48.)  Que  celui  donc 
qui  est  juste  devienne  plus  juste  encore,  et  que  celui  qui 
est  déjà  saint  se  sanctifie  davantage.  Qui  jus  tus  est  justi- 
ficetur  adhuc,  et  qui  sanctus  est  sanctificetur  adhuc. 
(Apoc,  xxn,  11.)  Si  vous  dites  :  ma  sainteté  me  suffit, 
vous  êtes  perdu.  Si  dixeris  :  sufficit,  periisti.  Semper 
adde,  semper  ambula,  semper  profice,  vous  répète  saint 
Augustin.  (Serm.  clxix,  18.)  Car,  ajoute  saint  Léon,  ne  pas 
augmenter  son  trésor,  c'est  faire  une  perte,  gui  non  proficit, 
déficit.  (Serm.  vin  de  Passione.) 

Ipsi  gloria  et  nunc,  et  in  diem  œternitatis.  «  A  lui  soit 
la  gloire,  et  maintenant,  et  jusqu'au  jour  de  l'éternité  !  » 
Le  but  que  se  proposent  les  chrétiens,  c'est  de  glorifier 
Jésus-Christ  sur  la  terre  et  de  le  faire  glorifier  par  les 
hommes.  Il  le  sera  par  les  fidèles  jusqu'à  la  fin  des 
siècles,  et  par  les  élus  durant  le  jour  de  l'éternité  qui  ne 
finira  jamais  :  in  diem  œternitatis . 

Saint  Pierre  ferme  sa  lettre  sur  cette  parole.  Il  fixe  nos 
regards  sur  le  grand  jour  de  l'éternité,  où  nous  louerons 
Dieu  en  partageant  sa  gloire.  Déjà  même  les  saints  de  la 
terre  commencent  à  goûter  ce  bonheur,  quand  ils  répètent 
avec  l'Eglise  triomphante  :  «  Que  la  gloire  soit  au  Père, 
au  Fils  et  au  Saint-Esprit,  comme  elle  était  au  commen- 
cement, et  aujourd'hui,  et  toujours,  et  dans  les  siècles 
des  siècles  !  Amen  !  Ainsi  soit-il  !  » 


COMMENTAIRE 


8ULI    LA 


PREMIÈRE  ÉPITRE  DE  SAINT  JEAN 


PRÉFACE 


Saint  Augustin,  expliquant  aux  fidèles  d'Hippone  la  premiers 
Epître  de  saint  Jean,  leur  disait  que  cette  lecture  serait  pour 
plusieurs  d'entre  eux  comme  l'huile  versée  sur  le  feu  :  elle 
nourrirait  leur  charité  et  la  rendrait  plus  ardente  :  lanquara 
oleum  in  fin  m  ma.  Pour  les  autres,  en  qui  la  charité  ne  brûle- 
rait pas  encore,  elle  serait  comme  une  flamme  qu'on  approche 
d'un  foyer  préparé  et  qui  l'embrase  :  tanquam  flamma  ad 
fomitem  ;  ut  si  >iO)i  ardebat,  accedenle  sermone  accendalar. 

C'est  le  but  que  nous  nous  proposons  en  étudiant  cette  Epî- 
tre.  La  bien  lire,  ce  n'est  pas  seulement  la  comprendre  et  l'ad- 
mirer, c'est  aimer  Dieu  et  le  prochain  davantage  après  l'avoir 
méditéi'. 

1.  La  première  Epître  de  saint  Jean  figure  dans  tous  les 
canons  ou  catalogues  des  Livres  saints  qui  remontent  aux  pre- 
miers siècles  de  l'Eglise.  Elle  est  citée  par  Tertullien.  Il  dit,  en 
perlant  des  Marcionites,  que  saint  Jean  les  appelle  des  ante- 
christs,  parce  qu'ils  nient  que  Jésus-Christ  soit  venu  dans  la 
chair.  Et  ailleurs:  Ce  que  nous  avons  vu.  dit  saint  Jean,  ce  que 
nous  avons  entendu,  ce  que  nos  yeux  ont  vu  et  ce  que  nos 
mains  ont  touché  du  Verbe  de  vie,  nous  vous  l'annonçons  (1). 
De  même  on  lit  dans  saint  Cvprien  :  L'apôtre  saint  Jean,  se 
souvenant    du   précepte  «lu  Seigneur,  écrit  dans  son  Epître  : 

(1)   Tertulli.-n.    MarcionitO*\    r;,,,,*  apostolat   Joannes    antichristos 

pronuntiavit,   negantet  Chrittum  in  carne  venisse.  (Adversus  Mar- 

CMmem,   1.  III,  c.  vm.  —   I   Joan.,   ix,  2,   3.)  —   Quod   vidimus,   inquit 

Joannes,  quod  audivimus,  <<ci>lis  nostris  vidûnus,  rt  ma***  nostrm 

•uni  <h-  sermone  vitœ.  (Adr.  Praxeam,  15.  —  I  .loann.,  i,  1.) 


—    328    - 

Nous  savons  que  nous  aimons  Dieu,  si  nous  observons  ses 
commandements.  Et  encore  :  Le  bienheureux  apôtre  Jean  a 
nommé  antechrists  tous  ceux  qui  sont  sortis  de  l'Eglise  et  qui 
La  combattent.  Vous  avez  appris,  dit-il,  que  l'Antéchrist  vient: 
or  beaucoup  sont  déjà  devenus  des  antechrists  (1).  Enfin  s;ùnt 
Polycarpe,  disciple  de  saint  Jean,  cite  Librement  un  passage  de 
cette  Epître  dans  sa  lettre  aux  Philippiens  :  -*%:  -jàp  8;  m  u.yj 
6{/.oXG*p<rr)  'Ir.ooôv  Xpiarôv  èv  aap>ci  èXrjXuôévai,  àvTÎ^pKJTo;  ecr»..  (Ad  Philip.. 

c.  vu.)  Omnis  qui  non  con/îteatur  Jesam  Christum  in  carne 
venisse,  antickrlttus  est.  (Comparez  I  Joan.,  iv,  2  et  3.)  On 
la  montre  encore  citée  par  saint  Denys  d'Alexandrie  qui  cuvante 
le  mérite  littéraire,  par  saint  Irénée,  Clément  d'Alexandrie, 
Origène,  s;iint  Cyrille  de  Jérusalem,  saint Epiphane.  Aussi  a- 
t-elle  toujours  été  reçue  dans  l'Eglise  comme  Ecriture  divine 
et  attribuée  à  l'apôtre  saint  Jean.  Canonica  est  ista  Epistola: 
per  omnes  gentes  recitatur,  orbis  auctoritate  retinetur,  dit 
saint  Augustin.  (In  I  Joan.  Tract,  vu,  5.)  Les  écrivains  catho- 
liques n'ont  élevé  là-dessus  aucun  doute,  et  il  est  inutile  de 
réfuter  les  vaines  subtilités  qu'ont  suscitées  quelques  nova- 
teurs. Les  protestants  conviennent  que  ces  objections  n'ont 
aucune  valeur  aux  yeux  de  la  science.  Le  style  seul  de  cette 
Epître  suffirait  pour  démontrer  que  son  auteur  est  le  même  qui 
a  écrit  l'Evangile. 

2.  On  ignore  le  lieu  où  saint  Jean  l'a  rédigée,  et  la  date  en 
est  incertaine.  Nous  présumons  qu'elle  fut  composée  vers  le 
temps  où  les  erreurs  des  Cérinthiens,  des  Ebionites  et  des 
Nicolaïtes  prenaient  de  l'extension,  et  lorsque  les  Gnostiques 
commençaient  à  dogmatiser.  Les  uns  niaient  la  divinité  de 
Jésus-Christ,  les  autres  son  humanité  et  la  réalité  de  sa  chair  : 
plusieurs  combattaient  la  nécessité  des  bonnes  œuvres.  Or  saint 
Jean  semble  avoir  un  double  but  en  écrivant  sa  lettre  :  d'abord 
il  tâche  d'affermir  les  chrétiens  dans  l'intégrité  de  la  foi,  en  les 


(1)  Saint  Cyprien.  Joannes  apostolus  mandati  memor  in  Epistola  sua 
ponit  :  In  hoc,  inqxiit,  inlelligimus  quia  cognovimus  eum,  siprœcepta 
tjus  custodiamus.  (Epist.  xxvm.  —  I  Joann.,  n,  3.)  —  Beatus  Joan- 
nes apostolus  universos  qui  de  Ecclesia  émissent,  quique  contra  Eecle- 
siam  facerent,  antichristos  appcllavit,  dicens  :  Audistis  quia  Anti- 
christus  renit  ;  nunc  autem  antichristi  multi  facti  sunt.  (Epist.  lxix.) 


—    329    — 

prémunissant  contre  les  hérésies  naissantes,  que  nous  venons 
de  signaler;  ensuite  il  veut  les  exhorter  à  pratiquer  la  charité 
mutuelle  en  s'adonnant  aux  bonnes  œuvres,  selon  le  comman- 
dement du  Seigneur. 

De  là  nous  pouvons  induire  que  l'Apôtre  a  écrit  cette  Epître 
dans  les  dernières  années  de  sa  vie,  et  qu'elle  a  dû  précéder 
son  Evangile.  Car  elle  est  connue  un  premier  coup  porté  aux 
hérésies  qui  apparaissaient  alors  dans  l'Eglise,  et  l'Evangile 
en  est  la  pleine  réfutation. 

<:<>mme  (railleurs  on  voit  que  saint  Jean  parle  à  des  fidèles 
qui  lui  sont  parfaitement  connus  et  qu'il  appelle  ses  chers 
enfants,  on  ne  doute  pas  qu'elle  ne  soit  spécialement  adressée 
aux  églises  de  l'Asie  Mineure  :  il  les  gouverna  jusqu'à  la  tin 
de  sa  vie,  et  elles  étaient  alors  infestées  par  les  hérésies  qu'il 
combat. 

:;.  Deux  idées  principales  composent  le  fond  de  cette  Epître. 
La  première  esi  le  dogme  qui  forme  la  base  de  la  religion: 
savoir,  que  Jésus  est  le  Christ,  vrai  Dieu  et  vrai  homme,  le 
^••ul  qui  efface  les  péchés  du  monde,  notre  avocat  auprès  du 
Père  et  notre  Sauveur.  —  La  seconde  idée  sur  laquelle  il 
insiste,  est  le  grand  commandement  de  Jésus-Christ,  l'amour 
du  prochain.  —  On  peut  y  joindre  la  haine  du  monde,  parce 
que  le  monde  s'oppose  au  règne  de  Jésus-Christ. 

Ces  sujets  ne  sont  pas  traités  à  part.  Il  ne  faut  pas  chercher 
clans  cette  lettre  un  ordre  méthodique.  Saint  Jean  passe  sans 
transition  apparente  d'un  objet  à  l'autre:  il  revient  sur  l'idée 
qu'il  a  émise,  pour  la  développer  et  la  compléter;  il  la  repreiel 
pour  la  lier  à  une  autre,  ou  pour  en  tirer  une  conséquence,  ou 
pour  la  montrer  sous  un  nouveau  jour.  Rien  de  plus  libre  que 
Ba  marche,  tantôt  simple  et  familière,  tantôt  sublime  eomme 
le  vol  de  l'aigle. 


PREMIÈRE  ÉPITRE  DE  SAINT  JEAN 


CHAPITRE  PREMIER 


ANALYSE 

1.  Saint  Jean  commence  par  se  poser  en  témoin  irrécusable 
des  faits  évangéliques.  Gomme  tous  les  autres  Apôtres,  il  at- 
teste ce  qu'il  a  vu.  entendu,  examiné,  touché  de  ses  mains; 
et  il  l'annonce  aux  nommes,  afin  qu'ils  soient  admis  dans  la 
société  du  Père  et  du  Fils. 

2.  Ce  que  saint  Jean  et  les  Apôtres  ont  d'abord  appris  du 
Verbe  incarné,  c'est  que  Dieu  est  toute  lumière  et  qu'il  n'y  a 
point  en  lui  de  ténèbres.  Il  veut  dire  que  Dieu  est  le  bien  pur, 
sans  mélange  d'imperfection. 

•">.  Aussi,  pour  être  uni  à  Dieu  faut-il  être,  comme  lui,  dans 
la  lumière,  c'est-à-dire  aimer  la  vérité  et  la  vertu. 

\.  Or,  celui  qui  marche  dans  la  lumière  de  la  vérité  doit 
a  va  ni  tout  confesser  qu'il  est  pécheur,  afin  d'obtenir,  par  cet 
humble  aveu,  que  le  san^  de  Jésus-Christ  efface  ses  péchés. 
Car  nous  somme-,  tous  pécheurs,  et  nous  devons  être  purifiés 
de   nos  souillures,   pour  entrer  en  société  avec  Dieu. 


1.  Quod  fuit   ab   initia,  quod  1.  Ce  qui  était  dès   le  commence- 

audivimus,  quod  vidimus  oculis       ment,  ce   que    nous  avons  entendu 

w,    quod  perspeximus,    et       de  nos  oreilles,  ce  que  nous  avons 

manu»  nottrœ  contrectaverunt       vu  de  nos  yeux,  ce  que  nous  avons 

de  Verbo  vitœ  :  considéré  attentivement,  et  ce  que 

nos  mains  ont  touché  du   Verbe  de 

rie,  nous  vous  l'annonçons. 

(2.  Et  vita  manifestata  est,  et  2.  Car  la  vie  s'est  manifestée,  nous 

vidimus,  et  testamur,  et  annun-       l'avons  vue  et  nous   en  rendons  té- 

tobi»    vit<x>n    ceternant,       moignage  :  nous  v..us  annonçons  la 


—     832     — 


Aie  éternelle  qui  était  dans  le  Père 
et  qui  s'est  montrée  à  nous. 

3.  Ce  que  nous  avons  vu  et  ce 
que  nous  avons  ouï,  c'est  ce  que 
nous  vous  prêchons,  afin  que  vous 
entriez  vous-mêmes  en  société  avec 
nous,  et  que  notre  société  soit  avec 
le  Père  et  avec  son  Fils  Jésus-Christ. 

4.  là  nous  vous  écrivons  ces  choses 
afin  que  vous  soyez  dans  la  joie,  et 
que  votre  joie  soit  pleine  et  parfaite. 

ô.  <  >r,  voici  ce  que  nous  vous  an- 
nonçons, Tayant  appris  de  Jésus- 
Christ  :  nous  vous  enseignons  que 
Dieu  est  lumière,  et  qu'il  n'y  a  point 
en  lui  de  ténèbres. 

<j.  Si  nous  disons  que  nous  avons 
société  avec  lui  lorsque  nous  mar- 
chons dans  les  ténèbres,  nous  men- 
tons et  nous  n'agissons  pas  selon  la 
vérité. 

7.  Mais  si  nous  marchons  dans  la 
lumière,  comme  il  est  lui-même 
dans  la  lumière,  il  y  a  société  entre 
lui  et  nous,  et  le  sang  de  Jésus- 
Christ  son  Fils  nous  purifie  de  tout 
péché. 

8.  Si  nous  disons  que  nous  som- 
mes sans  péché,  nous  nous  séduisons 
nous-mêmes,  et  la  vérité  n'est  point 
en  nous. 

9.  Mais  si  nous  confessons  nos 
péchés,  Dieu  est  fidèle  et  juste  pour 
nous  les  remettre,  et  pour  nous 
purifier  de  toute  iniquité. 

10.  Si  nous  disons  que  nous  n'a- 
vons point  commis  de  péché,  nous 
le  faisons  menteur,  et  sa  parole 
n'est  point  en  nous. 


quœ  erat  apv.d  Patrem,  et  ap- 
pariât nobis  :) 

3.  Quodvidimuset  audivimus, 
annuntiami's  vobis,  ut  et  vos 
societatem  hàbeatis  nobiscum, 
et  societas  nostra  sit  cum  Pâtre, 
et  cum  Filio  ejus  Jesu  Christo. 

4.  Et  hœc  scribimus  vobis  ut 
gaudeatis,  et  gaudium  vestrum 
sit  plénum. 

5.  Et  hœc  est  annuntiatio 
quant  audivimus  ab  eo,  et  an- 
mmtiamus  vobis  :  quoniam  Deus 
lux  est,  et  tenebrœ  in  eo  non 
sunt  ullœ. 

6.  Si  dixerimus  quoniam  so- 
cietatem habemus  cum  eo,  et  in 
tenebris  ambulamus,  mentimur, 
et  veritatem  non  facimvs. 

7.  Si  autem  in  luce  ambula- 
mus sicut  et  ipse  est  in  luce, 
societatem  habemus  ad  invicem, 
et  sanguis  Jesu  Christi  filii  ejus 
emundat  nos  ab   omni  peccato. 

8.  Si  dixerimus  quoniam  pec- 
catum  non  habemus,  ipsi  nos 
seducimv  s ,  et  veritas  in  nobis 
non  est. 

9.  Si  confiteamur  peccata  nos- 
tra, fidelis  est  et  justus,  ut  re- 
mittat  nobis  peccata  nostra,  et 
emundet  nosab  omni  iniquitate. 

10.  Si  dixerimus  quoniam 
non  peccavimus,  mendacem  fa- 
cimus  eum,  et  verbum  ejus  non 
est  in  nobis. 


COMMENTAIRE 


1.  Quod  fuit  ab  initio,  en  grec,  o  y,v  x~  '  àp/vjç,  quod  erat 
a  principio.  Ce  qui  a  été  dès  le  commencement,  ce  qui 
même  était  déjà  quand  le  temps  a  commencé,  c'est  ce 


—     333     —  /  Joan.,  1. 

que  nous  vous  annonçons.  La  lettre  de  l'Apôtre  débute 
comme  son  Evangile,  en  affirmant  l'éternité  du  Verbe  : 
In  principio  erat  Verbiim;  «  au  commencement  était  le 
Verbe  »  ;  quand  tout  a  commencé,  il  était. 

Quod  fuit.  Sur  ce  mot  fuit,  saint  Augustin  fait  un  beau 
commentaire.  Quoique  une  nature  immuable,  dit-il,  n'ad- 
mette pas  en  elle  le  passé  et  le  futur,  mais  le  présent 
seul,  néanmoins,  à  cause  de  notre  mortalité  et  de  notre 
mutabilité,  nous  pouvons  dire  sans  erreur  que  cette 
nature  ineffable  a  été,  qu'elle  sera  et  qu'elle  est.  Elle 
a  été  dans  les  siècles  passés,  elle  est  dans  le  siècle  pré- 
sent, elle  sera  dans  les  siècles  à  venir  (1).  » 

Quod  audivimus.  Ce  que  nous  avons  entendu  de  nos 
oreilles  pendant  que  le  Verbe  nous  parlait,  c'est  ce  que 
nous  vous  prêchons.  Nous  vous  rapportons  fidèlement 
ses  discours,  nous  vous  exposons  exactement  sa  doc- 
trine. 

Quod  vidimus  ocidis  nostris.  Ce  que  nous  avons  vu  de 
nos  yeux,  c'est  ce  que  nous  vous  attestons.  Les  merveilles 
que  nous  vous  racontons,  nous  les  avons  nous-mêmes 
vues.  Nous  avons  vu  les  malades  guéris,  les  tempêtes 
apaisées,  les  morts  sortir  du  tombeau.  Nous  avons  vu 
Jésus  cloué  sur  la  croix,  et  le  sang  jaillir  de  son  côté 
percé  d'une  lance.  Nous  l'avons  vu  mort,  nous  l'avons 
vu  ressuscité,  nous  l'avons  vu  monter  au  ciel. 

Quod perspeximus,  o  ÈQsaixuiEOa.  Comme  ces  faits  étaient 
de  la  plus  haute  importance,  nous  les  avons  considérés 
avec  soin,  examinés  attentivement,  et  ce  que  nous 
avons  constaté  nous  vous  l'annonçons  comme  pleine- 
ment certain. 

Quod  audivimus,  quod  vidimus,  quod  perspeximus.  Le 
sens  que  nous  venons  de  donner  est  vrai,  mais  il  ne 
suffit  pas.  Ce  pronom  quod  (ce  que)  désigne  la  personne 
même  que  nous  avons  vue,  entendue,  considérée.  Le 

(1)  Qtuunvis  enim  natura  Ma  immutabilis  et  ineffabilis  non  accipiat 

fuit  et  erit,  sed  tantum  est,  tamen  proptev  mutabilitatem  temporum 

in  quibuê  versatur  noêtra  mortalita*  et  nostra  mutabilitas,  non  rnen- 

•■  dieimuë  et  fuit,  et  tritt  et  est.  (S.  Aug.  in  Joan.  Tract,  xcix,  5.) 


-     334     — 

Verbe  divin,  l'Homme-Dieu  que  nous  avons  entendu,  vu, 
et  considéré,  nous  vous  l'annonçons  (1). 

Et  {quod)  manns  nostree  contrectaverunt,  xom  ai  yèipeç 
7,'j.oW  e^Xà(p7i<jav.  Ce  que  nous  avons  touché  de  nos  mains, 
nous  vous  l'annonçons.  Il  ne  dit  pas  :  l'homme  que  nous 
avons  touché,  parce  que  celui  qu'ils  ont  touché  était  plus 
qu'un  homme.  11  ne  dit  pas  non  plus  :  le  Dieu  que  nous 
avons  touché,  parce  qu'ils  ne  Font  pas  touché  en  tant  que 
Dieu,  mais  seulement  comme  un  homme  uni  person- 
nellement à  un  Dieu.  C'est  pourquoi  il  dit  simplement  : 
Ce  que  nos  mains  ont  touché,  c'est  ce  que  nous  vous 
annonçons. 

Quod  manus  nostrœ  contrectaverunt.  Cette  expression 
énergique  réfute  Basilide  et  les  Docètes,  qui  prétendaient 
que  le  Christ  n'avait  pris  qu'une  chair  fantastique  et 
disaient  que  sa  mort  avait  été  seulement  apparente. 
Mais  la  chair  du  Verbe  était  réelle  :  Verbum  caro  factum 
est.  Les  Apôtres  l'ont  touchée  et  palpée,  sur  l'ordre  même 
de  Jésus-Christ,  pour  s'assurer  qu'elle  était  véritable  : 
Voyez  aux  cicatrices  de  mes  mains  et  de  mes  pieds,  que 
c'est  bien  moi,  leur  dit-il  après  sa  résurrection;  touchez, 
voyez,  et  reconnaissez  que  mes  membres  sont  une  sub- 
stance corporelle.  Car  un  fantôme  n'a  point  de  la  chair  et 
des  os,  comme  vous  voyez  et  comme  vous  sentez  que  j'en 
ai,  quand  vous  me  touchez  avec  vos  mains.  Videte  manus 
meas  et  pedes,  quia  ego  ipse  sum,  Palpate  et  videte,  quia 
spiritus  carnem  et  ossa  non  habet,  sicut  me  videtis  habere. 
(S.  Luc,  xxiv,  39.) 

De  Verbo  vitae.  On  croyait  que  l'Apôtre  allait  écrire, 
nempe  Verbum  :  ce  que  nous  avons  vu  et  touché,  c'est-à- 
dire  le  Verbe,  nous  vous  l'annonçons.  Mais  il  n'ose  pas 
dire  qu'il  a  touché  le  Verbe,  quoique  celui  qu'il  a  touché 
soit  le  Verbe.  Il  dit  seulement  :  Nous  vous  racontons  ce 
que  nous  avons  connu  du  Verbe  de  vie,  par  nos  oreilles, 
par  nos  yeux  et  par  nos  mains.  Nous  avons  vu,  entendu 

(1)  Ipsum  Verbum  vitœ  quod  fuit  ab  initio,  quodque  indutum  carne 
audivimus,  et  vidimus,  et  perspeximus,  et  contrectavimus ,  annuntia- 
mus  vobis.  (Estius.) 


—     385     —  /  Joan.,  i. 

et  touché  l'homme  qui  était  Dieu;  car  ce  Verbe,  ce  Dieu 
inaccessible  à  nos  sens,  a  pris  une  chair  afin  que  nous 
puissions  le  voir,  l'entendre  et  le  toucher. 

Le  mot  verbum,  Àoyo;.  est  la  parole  intérieure,  ce  que 
l'esprit  se  dit  à  soi-même  avant  de  le  manifester  au 
dehors;  c'est  la  pensée.  Le  terme  grec  Xoyoç  signifie  non 
seulement  une  parole  et  un  discours,  mais  encore  l'in- 
telligence et  la  raison.  L'Apôtre  saint  Jean  nomme  ainsi 
le  Fils  de  Dieu,  pour  nous  donner  quelque  idée  de  son 
essence.  En  effet,  1°  comme  notre  verbe  intérieur  ou 
notre  pensée  s'engendre  dans  notre  âme  qui  la  conçoit, 
de  même  le  Fils  de  Dieu  est  engendré  dans  le  sein  du 
Père,  qui  est  l'Esprit  éternel.  2°  Comme  notre  pensée  en 
naissant  de  notre  âme  demeure  dans  notre  âme,  de 
même  le  Fils,  qui  naît  du  Père,  demeure  chez  le  Père. 
Comme  la  pensée,  par  laquelle  nous  connaissons  et 
comprenons  notre  âme,  est  la  fidèle  image  de  notre  âme, 
de  même  encore  le  Fils  de  Dieu,  Pensée  du  Père,  est  la 
parfaite  image  du  Père. 

Verbum  vitœ.  Il  est  le  Verbe  de  vie;  car  il  est  vivant 
par  lui-même,  il  est  la  vie  essentielle,  et  il  communique 
la  vie  à  tous  les  êtres  qui  vivent,  en  sorte  que  tout  ce  qui 
vit,  vit  par  le  Verbe.  C'est  par  lui  que  vivent  les  hommes 
et  les  anges.  C'est  lui  qui  donne  la  vie  de  la  grâce  aux 
justes  de  la  terre,  et  la  vie  de  la  gloire  aux  bienheureux 
du  ciel. 

2.  Et  vita  manifestata  est.  «  Car  la  vie  a  été  mani- 
festée. »  Ce  verset  est  une  parenthèse.  La  vie,  cette  puis- 
lice  mystérieuse  qui  agit  dans  la  nature,  où  donc  en 
est  la  source?  D'où  vient  la  vie  dans  l'homme,  dans 
l'animal,  dans  la  plante  même?  Nous  apercevons  des 
phénomènes  admirables,  mais  leur  principe  nous  échappe. 
La  matière,  inerte  en  soi,  ne  peut  produire  la  vie  :  il  faut 
quun  esprit  intelligent  et  puissant  la  lui  donne. 
Eh  bien,  la  vie  essentielle,  la  vie  subsistante,  qui  est 
use  de  la  vie  dans  la  nature,  et  cause  de  la  vie  surna- 
turelle dans  l'homme,  nous  l'avons  vue  ;  car  elle  s'est  ma- 
nifestée. La  vie  éternelle,  qui  était  chez  le  l'ère,  nous  a 


—    336    — 

apparu  dans  la  chair  qu'elle  a  prise.  Nous  vous  l'attes- 
tons et  nous  vous  l'annonçons.  Et  vita  manifestata  est, 
et  vidimus,  et  testamur,  etannuntiamits  vobis  vitam  œter- 
nam,  quœ  erat  apud  Patrem,  et  appariât  nobis. 

Vidimas.  Or  je  ne  suis  pas  le  seul  témoin,  dit  saint 
Jean  :  nous  sommes  douze  qui  vous  racontons  ce  que 
nous  avons  entendu,  vu,  examiné,  touché  de  nos  mains. 

Testamur.  Nous  vous  attestons  des  faits  sensibles,  pu- 
blics, opérés  devant  des  multitudes  ;  et  nous  sommes  prêts 
à  verser  notre  sang  pour  certifier  notre  témoignage. 

Testamur.  Nous  qui  sommes  encore  vivants,  nous  attes- 
tons ce  que  nous  avons  vu;  mais  les  martyrs,  qui  ont 
donné  leur  vie  pour  soutenir  la  vérité,  n'ont  pas  cessé  de 
l'attester  quand  ils  sont  morts.  La  voix  d'Etienne  et  de 
Jacques  mon  frère,  celle  de  Pierre  et  de  Paul,  celle  de 
Barthélémy,  de  Philippe,  de  Thomas,  d'André,  n'est  pas 
éteinte.  Leur  tombe  n'est  pas  muette.  Ils  continuent,  et 
nous  continuerons  avec  eux  jusqu'à  la  fin  des  siècles,  de 
rendre  témoignage  au  Verbe  manifesté  dans  la  chair. 

Et  annuntiamus  vobls  vitam  œternam  quœ  erat  apud 
Patrem.  «  Et  nous  vous  annonçons  la  vie  éternelle,  in- 
créée, qui  était  chez  le  Père.  »  C'est  bien  la  môme  expres- 
sion céleste  que  saint  Jean  met  en  tête  de  son  Evangile  : 
Et  Verbum  erat  apud  Deum,  «  et  la  personne  du  Verbe 
était  chez  la  personne  de  Dieu  le  Père.  »  Le  Roi  prophète 
avait  dit  de  même  :  Apud  te  est  forts  vitœ,  et  in  lamine 
tuo  videbimus  lumen,  «  La  source  de  la  vie  est  chez  vous, 
Seigneur,  et  c'est  dans  votre  lumière  que  nous  verrons  la 
lumière.  »  (Ps.  xxxvi.) 

3.  Quod  vidimus  et  audivimus,  annuntiamus  vobis.  La 
parenthèse  qui  remplit  le  second  verset  étant  close,  saint 
Jean  résume  la  première  partie  de  sa  période  par  ces 
deux  mots,  quod  vidimus  et  audivimus,  et  il  la  termine 
enfin  par  cette  phrase  :  hoc  annuntiamus  vobis  :  «  Ce  que 
nous  avons  vu  et  entendu,  nous  vous  l'annonçons.  » 

Sur  quoi  saint  Augustin  fait  cette  réflexion  :  «  Nous 
devons  croire  fermement  ce  que  nous  ne  voyons  pas  ;  car 
ce  que  nous  ne  voyons  pas  nous  est  annoncé  par  ceux  qui 


—    837    —  Uoan.9i. 

ont  vu.  »  Firme  tenecmais  quod  non  videmus.  quia  illinun- 
tiant  qui  vider unt.  (In  Joan.  i,  3.) 

Ne  pas  croire  au  témoignage  des  hommes  dans  les 
aifaires  de  la  vie,  serait  une  chose  insensée.  Refuser  de 
croire  des  témoins  oculaires,  dignes  de  foi,  lorsqu'ils 
attestent  des  faits  miraculeux  qu'ils  ont  soigneusement 
constatés,  n'est  pas  plus  sage. 

Ut  et  vos  societatem  liabeatis  nobiscum.  Ce  que  nous 
avons  vu,  nous  vous  l'annonçons,  «  afin  que  vous  soyez 
vous-mêmes  en  société  avec  nous  »  :  nobiscum,  avec 
nous  les  Apôtres  de  Jésus-Christ  et  avec  son  Eglise. 

Et  societas  nostra  sit  cum  Pâtre  et  cum  Filio  cjus  Jesu 
Christo.  Voilà,  dit-il,  le  but  de  notre  prédication  et  le 
motif  de  notre  témoignage.  Nous  vous  offrons,  à  vous 
comme  à  tous  les  hommes,  d'entrer  en  société  avec  nous. 
Or  notre  société  est  avec  le  Père  qui  habite  les  cieux,  et 
avec  son  Fils  Jésus-Christ.  Par  l'acte  de  cette  société, 
nous  sommes  certains  de  partager  la  vie  bienheureuse 
de  Dieu,  de  posséder  avec  lui  la  gloire  éternelle,  et  de 
devenir  participants  de  la  nature  divine.  Lorsque  nous 
vous  annonçons  l'Evangile,  nous  vous  invitons  à  jouir 
avec  nous  de  ces  mêmes  biens  célestes  qui  nous  sont  pro- 
mis et  assurés  (1). 

Vt  societatem  liabeatis  nobiscum,  et  societas  nostra  sit 
cum  Pâtre.  On  tire  de  ces  paroles  une  conclusion  contre 
schismatiques  :  pour  entrer  en  société  avec  Dieu,  il 
faut,  selon  saint  Jean,  être  en  société  avec  le  collège  des 
Apôtres,  et  avec  l'Eglise  fondée  par  eux.  Quicumque  socie- 
tatem cum  Deo  Itaberc  desiderant primo  Ecclesix  societati 
debent  adunari,  dit  le  vénérable  Bède.  Saint  Cyprien  le 
déclare  de  même.  (Quiconque  abandonne  l'Eglise,  dit-il, 
est  un  étranger,  un  profane,  un  ennemi.  Nul  ne  peut  avoir 
Dieu  pour  père,  s'il  n'a  l'Eglise  pour  mère.  Qui  relinquit 

(1)  Et  societas  nostra  sit.  Le  verbe  n'est  pas  exprimé  dans  le  grec.  Il 

y  a  simplement  :  Et  societas  nostra  cum  Pâtre  et  cum  Filio  ejus  Jesu 

Christo.  Limlicatif  est,  que  suppléent  la  plupart  des  commentateurs, 

t(  aussi  naturel  que  le  subjonctif  sit,  si  revient  au  même  Bena  : 

»8l  arec  le  Père  et  avec  son  Fils  Jésus-Christ.  » 

i  ri.:  .     loi  IQ1  ES  22 


—    338     — 

Ecclesiam  Christi  alienus  est,  profanus  est,  hostis  est. 
Haberc  jam  non  potest  Deum  patrem  qui  Ecclesiam  non 
habet  matrem.  (S.  Cypr.  de  Unit.  Eccl.,  c.  v.) 

Ici  finit  le  prologue  de  la  lettre. 

On  demande  pourquoi  saint  Jean  ne  met  pas  son  nom 
d'Apôtre  dans  ce  prologue.  Il  y  est  si  on  sait  l'y  voir. 
Quand  il  dit  :  Qnod  vidimus  annuntiamus,  il  se  présente 
non  pas  seul,  mais  il  se  montre  environné  du  cortège  des 
autres  Apôtres  ;  et  de  concert  avec  eux  il  atteste  les  faits 
de  l'Evangile  qui  sont  prêches  dans  tout  l'univers. 

4.  Et  hœc  scribimus  vobis  ut  cjaudcatis,  et  gaudium  ves- 
trum  sit  plénum.  «  Et  nous  vous  écrivons  ces  choses,  afin 
que  vous  soyez  dans  la  joie,  et  que  votre  joie  soit  pleine 
et  parfaite.  »  Une  vie  bienheureuse  et  immortelle  dans 
les  cieux  est  offerte  aux  hommes  :  telle  est  la  bonne  nou- 
velle que  nous  publions  dans  le  monde  entier,  nouvelle 
qui  doit  remplir  de  joie  tous  les  peuples. 

En  effet  les  Apôtres,  les  évêques,  les  prêtres  ne  sont 
que  des  messagers  de  bonnes  nouvelles.  Ils  annoncent 
aux  hommes  la  résurrection  des  corps  et  la  vie  éternelle. 
Ne  sont-ce  pas  là  des  motifs  d'une  joie  incomparable  ?  Ut 
gaudeatis.  Sans  doute  ils  parlent  de  supplices  destinés  aux 
pécheurs,  mais  c'est  pour  leur  apprendre  le  moyen  de  les 
éviter.  Ils  offrent  à  tous  les  pécheurs  du  monde  la  rémis- 
sion de  leurs  péchés,  remissionem  peccalorum. 

Vobis.  A  qui  saint  Jean  écrit-il?  D'anciens  manuscrits 
delà  Vulgate  portaient  :  EpistolaJoannis  ad  Par thos.  C'est 
le  titre  que  saint  Augustin  donne  au  commentaire  qu'il  a 
fait  de  cette  Epître.  Saint  Jean  aurait  donc  spécialement 
adressé  sa  lettre  aux  chrétiens  répandus  dans  le  vaste 
empire  desParthes.  Mais  ce  titre,  inscrit  sur  un  très  petit 
nombre  d'exemplaires  latins,  est  abandonné  par  la  cri- 
tique. Nous  l'avons  dit,  saint  Jean  s'adresse  en  général 
à  tous  ceux  qui  ont  reçu  la  prédication  apostolique,  mais 
spécialement  aux  églises  de  l'Asie,  où  l'erreur  faisait  des 
progrès. 

5.  Et  hœc  est  annuntiatio  quam  audivimus  ab  eo,  et 
annuntiamus  vobis  :  quoniam  Deus  lux  est,  et  tenebrœ  in 


—     339     —  /  Joan.,  i. 

eo  non  sunt  ullœ.  «  Or,  ce  que  nous  avons  appris  de  Jésus- 
Christ  et  ce  que  nous  vous  annonçons  de  sa  part,  c'est 
que  Dieu  est  lumière  et  qu'il  n'y  a  point  en  lui  de  ténè- 
bres, d  Dieu  est  une  lumière  spirituelle  et  éternelle,  où 
habite  la  plénitude  de  la  vérité  et  de  la  justice,  sans  ombre 
d'ignorance  ou  d'imperfection. 

Saint  Jean  aborde  ici  le  principal  sujet  de  sa  lettre  :  il 
réfute  les  impies  qui  faisaient  remonter  jusqu'à  Dieu  le 
principe  du  mal,  et  d'autres  hérétiques  qui  prétendaient 
qu'on  peut  être  agréable  à  Dieu  en  satisfaisant  les  désirs 
de  la  concupiscence. 

Or,  Dieu  est  lumière,  Deus  lux  est.  Cette  expression 
revient  souvent  dans  la  sainte  Ecriture.  Comme  rien  n'est 
plus  pur  que  la  lumière  qui  illumine  tout  ce  qui  nous 
environne,  cette  métaphore  nous  présente  deux  attributs 
de  la  nature  divine  :  la  science  et  la  pureté.  Dieu  est  une 
intelligence  infinie  qui  connaît  toute  vérité;  Dieu  est  une 
volonté  sainte,  qui  aime  tout  ce  qui  est  juste,  et  hait  tout 
ce  qui  est  injuste  ou  impur.  Tel  est  le  sens  de  ce  mot  : 
Dieu  est  lumière. 

C'est  encore  ce  que  saint  Jean  affirme  au  commencement 
de  son  Evangile,  où  il  dit  pour  combattre  les  mêmes 
hérétiques  :  «  Le  Verbe  était  la  vraie  lumière  qui  illu- 
mine tout  homme  venant  en  ce  monde.  »  Erat  lux  vera 
</ua'  illuminât  omnem  hominem  venientem  in  hune  mun- 
duiii.   s.  Joan.,  i,  9.) 

Et  tenebrx  in  eo  non  sunt  ullœ.  Dieu  étant  la  source 
de  la  lumière,  il  ne  peut  y  avoir  en  lui  de  ténèbres  d'au- 
cune sorte  :  ni  ombre  d'ignorance,  ni  ombre  d'injustice. 
Jjir.  ri  teneàrœ.  Ces  deux  expressions  se  disent  des 
hommes,  dans  le  langage  chrétien  :  ils  sont  enfants  de 
lumière  ou  enfants  de  ténèbres,  c'est-à-dire  bons  ou  mau- 
vais. Elles  se  disent  des  actions  des  hommes  :les  œuvres 
de  lumière  sont  des  oeuvres  saintes,  et  les  œuvres  de 
ténèbres  sont  les  péchés,  peccata  teneàrœ  sunt.  (S.  Aug.) 
Elles  se  disent  des  esprits  :  on  nomme  les  bons  anges 
espriN  de  lumière,  et  les  démons  esprits  de  ténèbres. 
(Voyez  plus  bas,  n. 


—    340    — 

Ces  locutions  familières  aux  Apôtres  nous  rappellent 
cette  parole  de  Notre-Seigneur  :  «  Moi  qui  suis  la  lumière,, 
je  suis  venu  en  ce  monde  afin  que  tout  homme  qui  croit 
en  moi  ne  demeure  point  dans  les  ténèbres  »,  ni  dans  les 
ténèbres  de  l'erreur,  ni  dans  celles  du  péché.  (S.  Joan., 
xii,  46.) 

6.  Si  dixerimus  cjuoniam  societatem  habemus  cum  co, 
et  in  tenebris  ambulamns,  mentimur,  et  veritatem  non 
facimus.  «  Si  nous  disons  que  nous  avons  société  avec 
Dieu,  et  si  cependant  nous  marchons  dans  les  ténèbres, 
nous  mentons,  et  nous  n'agissons  point  selon  la  vérité, 
car  nos  œuvres  ne  sont  point  faites  selon  la  lumière  di- 
vine. »  Ces  paroles  visent  les  Gnostiques.  Ils  se  vantaient 
de  posséder  la  connaissance  de  l'ineffable  Majesté,  et  ils 
prétendaient  que  cette  connaissance  était  la  vraie  rédemp 
tion,  qu'elle  les  unissait  à  Dieu  et  les  rendait  impecca- 
bles, quelques  choses  qu'ils  fissent.  Car,  disaient-ils. 
comme  l'or,  quoique  couvert  de  boue,  ne  perd  pas  sa 
beauté  propre,  de  même  ce  qui  est  spirituel  ne  saurait 
être  atteint  par  la  corruption.  (Voyez  plus  bas,  ni,  4.) 
La  continence  pouvait  être  nécessaire  aux  autres  mor- 
tels qu'ils  appelaient  des  «  psychites  »  ;  mais  pour  eux, 
hommes  «  spirituels  »,  ils  n'étaient  pas  astreints  à  la 
chasteté  ;  car  la  «  science  »  qu'ils  possédaient  les  rendait 
incorruptibles.  Telles  étaient  les  immondes  rêveries  de 
ces  insensés  qui  prenaient  le  titre  de  savants  (1). 

Saint  Jean  déclare  qu'ils  sont  des  menteurs,  lorsqu'ils 
prétendent  qu'ils  ont  société  avec  Dieu.  Or,  si  nous  vi- 
vons comme  eux  dans  les  ténèbres  du  vice  et  du  péché, 
nous  mentons  aussi,  et  nos  actions  prouvent  que  nos  pa- 
roles sont  fausses  quand  nous  nous  vantons  d'être  les 
amis  de  Dieu  :  mentimur  et  veritatem  non  facimus.  Car, 
pour  être  uni  à  Dieu,  il  est  nécessaire  d'être  pur.  En 
effet,  quelle  société  peut-il  y  avoir  entre  la  lumière  et  les 
ténèbres  ?  Et  quel  accord  est  possible  entre  le  Christ  et 
Bélial?(IICoi\,  vi,  14.) 

(1)  Psychites,   <\>v/s/.o<.>    était    l'opposé    de    spirituels,    nvsuiixTtxo\  ;   et 
yvûwrtxo\  (dérivé  de  yv&ais,  science)  voulait  dire  savants. 


—    341     —  I  Joan.,  i. 

Trois  devoirs  nous  sont  imposés  pour  mériter  l'alliance 
avec  Dieu  :  croire  la  vérité  dans  notre  cœur  ;  la  confesser 
devant  les  hommes  sans  en  rougir,  et  y  conformer  nos 
actions. 

Toutefois,  selon  la  pensée  de  l'Ecriture,  être  dans  les 
ténèbres  suppose  un  état  où  le  péché  domine.  Le  juste 
peut  donc  être  dans  la  lumière  sans  être  exempt  de  toute 
faute.  Saint  Paul  disait  aux  Ephésiens  :  Eratis  aliquando 
tenebrx,  nunc  autem  lux  in  Domino.  (Eph.,  v,  8.)  «  Vous 
étiez  autrefois  ténèbres  »,  quand  vous  viviez  dans  l'infidé- 
lité, «  et  vous  êtes  maintenant  lumière  dans  le  Seigneur  », 
depuis  que  vous  êtes  devenus  chrétiens  par  la  foi  et  le 
baptême.  En  leur  parlant  ainsi,  l'Apôtre  ne  les  déclarait 
pas  exempts  des  fautes  légères. 

7.  Si  autem  in  luce  ambulamus,  sicut  et  ipse  est  in  luce, 
societatem  habemus  ad  invicem.  Mais  si  nous  marchons 
dans  la  lumière  de  la  vérité  et  de  la  sainteté,  comme  Dieu 
est  lui-même  dans  la  lumière,  nous  avons  ensemble  une 
société  mutuelle. 

Lorsque  nous  aimons  la  vérité,  la  pureté,  la  sainteté, 
et  que  nous  haïssons  l'iniquité  et  le  mensonge,  alors  Dieu, 
à  qui  nous  ressemblons,  nous  aime  et  nous  communique 
ses  biens;  il  nous  enrichit  de  la  grâce  sanctifiante  et  nous 
admet  dans  sa  gloire.  Nous  sommes  donc  unis  en  société 
avec  Dieu  et  avec  tous  ceux  qui  marchent  aussi  dans  la 
lumière  :  Societatem  habemus  ad  invicem. 

Sans  doute,  pour  être  uni  parfaitement  à  Dieu,  il  faut 
être  parfaitement  pur.  Mais  si  nous  avons  commis  quel 
que  faute  même  grave,  ne  nous  décourageons  pas  :  «  le 
sang  de  Jésus-Christ,  Fils  de  Dieu,  nous  purifie  de  tout 
péché.  *  Car,  il  a  versé  son  sang  pour  les  péchés  du  monde. 

Et  sanguis  Jesu  Cliristi,  Filii  ejus.  Ces  mots  réfutent 
trois  hérésies.  Premièrement,  celle  des  Manichéens  qui 
niaient  que  le  Christ  eût  pris  véritablement  la  nature 
humaine.  Secondement,  celle  des  Ebionites  qui  niaient 
l;i  divinité  du  Christ.  Et  troisièmement  celle  des  Nesto- 
riens  qui  divisaient  la  personne  du  Christ  en  personne 
du  Verbe  divin  et  en  personne  humaine. 


—    342    — 

S  an-gui  s  Jesu  Christi  emundat  nos  ab  omni  peccato. 
Tout  péché,  originel  ou  actuel,  mortel  ou  véniel,  est  eflacé 
dans  notre  âme,  en  vue  des  mérites  de  Jésus-Christ,  et 
par  l'application  qui  nous  est  faite  de  son  sang  répandu 
sur  la  croix. 

Emundat  nos.  Non  seulement  la  peine  du  péché  nous 
est  remise,  mais  la  tache  même  de  notre  âme  est  purifiée, 
notre  cœur  est  changé  par  une  vraie  contrition,  et  renou- 
velé par  l'infusion  de  la  charité  et  de  la  grâce  sancti- 
fiante. Dieu,  selon  l'expression  de  David,  crée  dans  nous 
un  cœur  nouveau.  Il  lave  notre  âme  et  elle  devient  plus 
blanche  que  la  neige.  (Ps.  l.) 

8.  Si  dixerimus  quoniam  peccaturn  non  habemas,  ipsi 
nos  seducimus  et  veritas  in  nobis  non  est.  Mais,  si  nous 
disons,  comme  certains  hérétiques  superbes,  que  nous 
sommes  sans  péché  et  que  nous  n'avons  pas  besoin  d'être 
purifiés  par  le  sang  de  Jésus-Christ,  nous  nous  séduisons 
nous-mêmes,  et  la  vérité  n'est  point  en  nous.  Car,  outre 
le  péché  originel  qui  infecte  tous  les  enfants  d'Adam,  il 
n'y  a  point  sur  la  terre  un  homme  tellement  juste  qu'il 
fasse  toujours  le  bien  et  ne  pèche  pas.  Non  est  homo  jus- 
tits  in  terra,  qui  faciat  bonum  et  non  peccet,  dit  Salomon. 
(EccL,  vu.  21.)  Et  saint  Jacques  affirme  aussi  qu'il  nous 
échappe  à  tous  beaucoup  de  fautes  :  in  multis  offendimus 
omnes.  (S.  Jac,  m,  2.)  Appuyés  sur  ces  textes,  les  théolo- 
giens prouvent  que  nul,  sans  un  privilège  spécial,  sem- 
blable à  celui  de  la  très  sainte  Vierge,  ne  peut  éviter  toute 
espèce  de  faute  dans  le  cours  de  sa  vie.  Homines  enim 
justi,  quamdiu  in  hac  carne  corruptibili  mortaliter  vivunt, 
justi  qnidem  esse  possimt,  sed  contagio  adpœ  omnino  ca- 
rere  non  possunt.  (S.  Greg.  M.  in  Job,  lib.  XVIII,  71.) 

Ce  point,  défini  par  le  Concile  de  Trente  (Sess.  VI, 
can.  xxin),  avait  déjà  été  parfaitement  éclairci  par  celui 
de  Carthage  tenu  l'an  418,  contre  l'hérésie  de  Pelage  et 
de  Célestius.  Il  prononça  l'anathème  contre  quiconque 
prétendrait  que  le  juste,  en  récitant  l'Oraison  dominicale, 
ne  dit  pas  pour  lui,  mais  pour  les  autres  :  Remettez-nous 
nos  dettes.  (Conc.  Carth.  Can.  vu  et  vin.) 


—    343    —  /  Joan.,1. 

Ipsinos  seducimns,  eauToùçicXavôjttv.  Si  nous  nous  croyons 
irréprochables  devant  Dieu,  et  si  nous  prétendons  n'a- 
voir aucune  faute  à  expier,  nous  nous  séduisons  nous- 
mêmes  ;  nous  employons  notre  raisonnement  à  nous 
persuader  ce  qui  est  faux  et  ce  qui  doit  nous  perdre. 

Ne  nous  rassurons  point  en  considérant  comme  peu 
de  chose  des  fautes  qui  nous  paraissent  légères  :  leur 
nombre  peut  former  une  dette  effrayante.  Ista  levia  quds 
dicimus,  nolicontemnere,  dit  saint  Augustin.  Si  contem- 
nis  quando  appendis,  expavesce  quando  mimeras.  Levia 
multa  faciunt  nnum  grande  ;  midtœ  guttœ  implent  flu- 
men.  (Voyez  S.  Jac,  ni,  2.) 

Après  avoir  établi  contre  certains  hérétiques  que  per- 
sonne n'est  sans  péché  sur  la  terre,  et  que  tous  ont  besoin 
de  la  grâce  du  Sauveur,  l'Apôtre  indique  le  moyen  géné- 
ral d'obtenir  le  pardon  de  toutes  les  fautes  graves  ou 
légères  que  l'on  a  commises  :  c'est  de  les  confesser. 

9.  Si  confite amur  peccata  nostra,  fidelis  est  et  justus, 
ut  remittat  nobis  peccata  nostra.  «  Mais,  dit-il,  si  nous 
confessons  humblement  nos  péchés.  Dieu  est  fidèle  et 
juste  pour  nous  les  remettre,  i  II  est  fidèle  dans  ses  pa- 
roles, parce  qu'il  accomplit  toujours  ce  qu'il  a  promis. 
Or,  il  a  promis  le  pardon  au  pécheur  pénitent  ;  car  le 
prophète  Jérémie  déclare  au  nom  du  Seigneur  que,  si 
l'impie  fait  pénitence  de  ses  péchés  et  s'il  garde  ses  com- 
mandements, il  ne  mourra  point.  Si  antem  impius  egerit 
pœnitcntiam  ab  omnibus  peccatis  suis,  quœ  operatus  est, 
et  custodierit  omnia  prœcepta  mea,  et  fecerit  judichim 
et  justitiam  :  vita  vivetet  non  morietur.  (Ezech.,  xvm,  21.) 

Et  justus.  Dieu  nous  pardonne  par  une  sorte  de  jus 
tice,  à  cause  de  sa  promesse.  Nous  sommes  cependant 
justifiés  gratuitement,  parce  que  ni  la  foi  ni  les  œuvres 
qui  précèdent  la  justification  ne  méritent  la  grâce  de  la 
justiiication  :  elles  y  disposent  seulement.  Gratis  autem 
justificari  ideo  dicimur,  quia  nihil  eorum  quai  justification 
nct/i  jj/cvcedu?it}sive  fides,sive  opéra,  ipsam  justificationis 
gratiam  promerctur.  (Conc.  Trid.  Sess.  VI,  de  Justif., 

c.  VIII.) 


—    344    — 

Le  pécheur  ne  peut  réclamer  le  pardon  en  vertu  de  son 
seul  repentir;  mais  il  invoque  avec  confiance  la  promesse 
de  Dieu  et  les  mérites  de  son  Sauveur. 

JJt  remittat  nobis  peccata  nostra.  Un  prince  remet  une 
peine  à  un  coupable,  c'est-à-dire  qu'il  consent  à  ne  pas 
le  punir  ;  mais  il  le  laisse  souillé  de  son  crime.  Dieu  au 
contraire  ne  pardonne  pas  seulement  la  faute,  mais  il 
l'efface  ;  la  tache  disparaît,  et  nos  âmes,  lavées  dans  le 
sang  de  Jésus-Christ,  deviennent  parfaitement  pures  : 
Et  emundrl  nos  ab  omni  iniquitate. 

Si  confiteamnr  peccata  ?iostra.  «  Si  nous  confessons  nos 
péchés.  »  Ce  texte,  considéré  en  lui-môme,  ne  déciderait 
pas  si  la  confession  des  péchés  doit  être  faite  au  prêtre, 
ou  s'il  suffit  de  la  faire  à  Dieu.  Mais  d'autres  textes,  unis 
à  la  tradition  qui  interprète  l'Ecriture  d'après  les  ensei- 
gnements apostoliques,  nous  apprennent  que  les  péchés 
graves  doivent  être  confessés  au  prêtre. 

Peccata.  Ce  terme  insinue  qu'il  ne  suffit  pas  de  se 
reconnaître  pécheur  en  général,  mais  qu'il  faut  confesser 
au  prêtre  les  divers  péchés  que  l'on  a  commis  et  en  dire 
l'espèce  et  le  nombre. 

C'est  là  un  usage  et  une  doctrine  qu'on  voit  remonter 
aux  premiers  siècles  de  l'Eglise.  On  lit  en  effet  dans  saint 
Cyprien  que,  de  son  temps,  «  les  chrétiens  ouvraient  avec 
simplicité  leur  conscience  aux  prêtres,  déposaient  à  leurs 
pieds  le  poids  de  leur  âme,  et  allaient  chercher  auprès 
d'eux  un  salutaire  remède  à  leurs  blessures  graves  ou 
légères.  »  Tertullien  écrivait  auparavant  que  «  la  confes- 
sion des  péchés  décharge  l'âme,  autant  que  la  dissimula- 
tion l'accable  ;  qu'il  y  a  dans  l'Eglise  une  discipline  qui 
apprend  à  l'homme  à  se  prosterner  et  à  s'humilier,  en 
tenant  une  conduite  qui  attire  la  miséricorde  ;  et  qu'une 
loi  du  christianisme  ordonne  de  s'agenouiller  devant  les 
prêtres  et  les  hommes  chers  à  Dieu  (1). 

i  (1)  Apud  sacerclotes  Del  dolentes  ac  simpliciter  confitentes  exomolo- 
gesim  consclentiœ  fâchent,  animi  siti  pondus  exponunt,  salut  arem 
medelam  parvis  licet  ac  modicis  viilneribus  eœquirunt.  (S.  Cypr., 
Sermo  de  Lapsis.)  —  Tantum  relevât  confessio  dcfîctorum,  quantum 


—    345     —  /  Joan.,  1. 

10.  Saint  Jean  disait  tout  à  l'heure  :  que  «  si  nous  préten- 
dons n'avoir  point  de  péchés,  nous  nous  séduisons  nous- 
mêmes,  et  la  vérité  n'est  point,  en  nous.  »  Maintenant  il 
répète  la  même  idée,  pour  montrer  combien  une  telle 
prétention  est  coupable  :  Si  dixerimus  quoniam  non  pec- 
cavimus,  mendacem  facimus  eum,  et  verbum  ejus  non  est 
in  nobis.  «  Si  nous  disons  que  nous  n'avons  point  péché  ». 
non  seulement  nous  nous  séduisons  nous  mêmes,  mais, 
ce  qui  est  beaucoup  plus  criminel,  «  nous  faisons  Dieu 
menteur  »,  puisque  Dieu  déclare  dans  plusieurs  endroits 
de  l'Ecriture  que  tous  les  hommes  sont  pécheurs.  «  Nous 
nous  sommes  tous  égarés  comme  des  brebis  errantes,  dit 
Isaïe  ;  chacun  de  nous  s'est  détourné  du  droit  chemin 
pour  suivre  sa  voie  mauvaise  ;  et  le  Seigneur  a  placé  sur 
la  tête  du  Christ  l'iniquité  de  nous  tous.  »  (Is.,  lui,  6.) 

Si  donc  nous  disons  que  tout  est  pur  dans  notre  âme. 
la  vérité  n'est  point  en  notre  bouche,  et  notre  parole  con- 
tredit la  parole  de  Dieu.  Et  verbum  ejus  non  est  in  nobis, 
La  conclusion  est  que  nous  devons  tous  frapper  nos  poi- 
trines, avouer  nos  péchés  devant  Dieu  et,  s'ils  sont  gra- 
ves, les  confesser  aux  pieds  de  ses  ministres. 

dissimidatio  exaggerat...  Exomologesis  prosternendi  et  humilificandi 
horninis  disciplina  est,  conversationem  injungens  misericordiœ  illi- 
cetn...  Mandat  pvesbyteris  advolvi  et  charis  Dei  adgeniculari.  (Tert.  de 
Pœnit.,  S  et  9.) 


346 


CHAPITRE  DEUXIÈME 


ANALYSE 

1.  Nous  avons  donc  tous  commis  des  péchés,  et  souvent  il 
nous  en  échappe  encore.  Cependant  nous  devons  avoir  con- 
fiance en  Dieu  ;  car  Jésus-Christ  est  notre  avocat  auprès  du 
Père  et  notre  victime  de  propitiation. 

2.  Mais,  pour  être  justifiés  par  Jésus-Christ,  il  faut  suivre 
ses  exemples  et  observer  ses  commandements.  Or,  le  comman- 
dement principal  qu'il  nous  a  donné,  c'est  d'aimer  nos  frères. 

3.  L'Apôtre  désigne  ensuite  deux  choses  qui  empêchent  les 
hommes  de  marcher  dans  la  justice,  savoir  :  la  concupiscence 
et  l'hérésie.  C'est  pourquoi  il  exhorte  affectueusement  les 
fidèles  de  tous  les  âges,  premièrement  à  ne  pas  aimer  le 
monde,  parce  que  le  monde  passe  avec  tous  ses  faux  biens 
qui  excitent  notre  concupiscence;  secondement  à  persévérer 
dans  la  sainte  doctrine  qui  leur  a  été  annoncée,  et  à  fuir  les 
erreurs  des  hérétiques,  qui  sont  les  précurseurs  de  l'Antéchrist. 


1.  Mes  chers  enfants,  je  vous  écris 
ces  choses  afin  que  vous  ne  péchiez 
point.  Mais  si  quelqu'un  pèche,  nous 
avons  un  avocat  auprès  du  Père  : 
c'est  Jésus-Christ,  qui  est  juste. 

2.  Et  il  est  lui-même  propitiation 
pour  nos  péchés,  et  non  seulement 
pour  les  nôtres,  mais  encore  pour 
ceux  du  monde  entier. 

3.  Or,  ce  qui  nous  assure  que  nous 
le  connaissons,  c'est  si  nous  gardons 
ses  commandements. 

4.  Celui  qui  dit  qu'il  le  connaît  et 
ne  garde  pas  ses  commandements 
est  menteur,  et  la  vérité  n'est  point 
en  lui. 


1.  Filioli  met,  hœc  scribo  vo- 
bis,  ut  non  peccetis.  Sed  et  si 
quis  peccaverit,  advocatum  ha- 
bemus  apud  Patrem ,  Jesum 
Christum  justum  ; 

2.  Et  ipse  est  propitiatio  pro 
peccatis  nostris  :  non  pro  nos- 
tris  autem  tantum,  sed  etiam 
pro  totius  mundi. 

3.  Et  in  hoc  scimus  quoniam 
cognovimus  eum,  si  mandata 
ejus  observemus. 

4.  Qui  dicit  se  nosse  eum,  et 
mandata  ejus  non  custodit,  men- 
dax  est,  et  in  hoc  veritas  non  est. 


347 


/  Joan.,  H. 


5.  Qui  autem  serrât  vcrbum 
ejus,  vere  in  hoc  charitas  Dei 
perfecta  est;  et  in  hoc  scimus 
quoniam  in  ipso  sumus. 

6.  Qui  dicit  se  in  ipso  manere, 
débet,  sicut  ille  ambulavit,  et 
ipse  ambulare. 

7.  Charissinti,  non  mandatum 
novum  scribo  vobis,  sed  man- 
datum vêtus,  quod  habuistis  ab 
initio  :  mandatum  vêtus  est 
vcrbum  quod  audistis. 


8.  Iterum  mandatum  novum 
scribo  vobis,  quod  verum  est  et 
in  ipso  et  in  vobis  :  quia  tenebrœ 
transierunt,  et  vernm  lumen 
jam  lucet. 

9.  Qui  dicit  se  in  luce  esse, 
et  fratrevà  sinon  odit,  in  tene- 
bris  est  usque  adhuc. 

10.  Qui  diligit  fvatrem  suurn, 
in  lumine  manet,  et  scandalvm 
in  eo  non  est. 

11.  Qui    autem    odit   fratrem 
m,    in    tenebris    est,    et    in 

tenebris  ambulat,  et  nescit  quo 
eat  :  quia  lenebrœ  obcœcaverunt 
oculos  ejus. 

12.  Scribo  vobis,  filioli,  quo- 
niam  remittuntur  vobis  peccata 
proptcr  nomen  ejus. 

13.  Scribo  vobis,  patres,  quo- 
niam  cognovistis  cum  qui  ab 
initio  est.  Scribo  vobis,  ado- 
lescentes, quoniam  vicistis  ma- 
ligm 

11.  >v  rilio  vobis,  infantes,  quo- 
niam cognovistis  Patron.  Scri- 
bo vobis,  jttvenes,  q>'oniam  for- 
tes estis,  et  verbwn  Dei  manet 
in  vobis,  et  vicistis  malignum. 


15.  Nolite  diligere  mundusn 

\ue  eu  quœ  in  mundo  sunt. 
Si  qvis  diligit  mundum,  non 
est  charitas  Patris  in  eo. 

16.  Quoniam  omne  quod  est 
in  mundo, concupiscentia carnis 


5.  Mais  pour  celui  qui  garde  sa  pa- 
role, l'amour  de  Dieu  est  vraiment 
parfait  en  lui.  Et  c'est  par  où  nous 
connaissons  que  nous  sommes  en  lui. 

6.  Celui  qui  dit  qu'il  demeure  en 
Jésus-Christ  doit  marcher  lui-même 
comme  Jésus-Christ  a  marché. 

7.  Mes  très  chers  frères,  je  ne 
vous  écris  point  un  commandement 
nouveau,  mais  un  commandement 
ancien  que  vous  avez  reçu  dès  le 
commencement.  Cet  ancien  com- 
mandement est  la  parole  que  vous 
avez  entendue. 

8.  Et  néanmoins  je  vous  écris  un 
commandement  nouveau,  qui  est  vrai 
dans  le  Christ  et  dans  vous;  parce 
que  les  ténèbres  sont  passées  et  la 
vraie  lumière  luit  déjà. 

9.  Celui  qui  prétend  être  dans  la 
lumière,  et  hait  son  frère,  est  encore 
dans  les  ténèbres. 

10.  Celui  qui  aime  son  frère  de- 
meure dans  la  lumière,  et  il  n'y  a 
point  en  lui  de  scandale. 

11.  Mais  pour  celui  qui  hait  son 
frère,  il  est  dans  les  ténèbres,  il 
marche  dans  les  ténèbres,  et  il  ne 
sait  où  il  va,  parce  que  les  ténèbres 
ont  aveuglé  ses  yeux. 

12.  Je  vous  écris,  mes  chers  en- 
fants, parce  que  vos  péchés  vous 
sont  remis  à  cause  du  nom  de  Jésus- 
Christ. 

13.  Je  vous  écris,  à  vous  pères, 
parce  que  vous  avez  connu  celui  qui 
est  dès  le  commencement.  Je  vous 
écris,  à  vous  adolescents,  parce  que 
vous  avez  vaincu  l'esprit  malin. 

14.  Je  vous  écris,  à  vous  enfants, 
parce  que  vous  avez  connu  le  Père. 
Je  vous  écris,  h  vous  jeunes  hommes, 
parce  que  vous  êtes  forts,  parce  que 
la  parole  de  Dieu  demeure  en  vous, 
et  parce  que  vous  avez  vaincu  l'es- 
prit malin. 

15.  N'aimez  pas  le  monde  ni  les 
choses  qui  sont  dans  le  monde.  Si 
quelqu'un  aime  le  monde,  l'amour 
du  Père  n'est  point  en  lui. 

16.  Car  tout  ce  qui  est  dans  le 
monde  est  concupiscence  de  la  chair, 


—    348    — 


et  concupiscence  des  yeux,  et  orgueil 
de  la  vie  ;  ce  qui  n'est  point  du  Père, 
mais  du  monde. 

17.  Or  le  monde  passe,  et  la  con- 
cupiscence du  monde  passe  avec  lui; 
mais  celui  qui  fait  la  volonté  de  Dieu 
demeure  éternellement. 

18.  Mes  petits  enfants,  c'est  main- 
tenant la  dernière  heure  ;  et  comme 
vous  avez  entendu  dire  que  l'Anté- 
christ doit  venir,  il  y  en  a  déjà  plu- 
sieurs qui  sont  devenus  des  ante- 
christs  ;  ce  qui  nous  fait  connaître 
que  nous  sommes  dans  la  dernière 
heure. 

19.  Ils  sont  sortis  d'avec  nous, 
mais  ils  n'étaient  pas  d'avec  nous. 
Car  s'ils  avaient  été  d'avec  nous,  ils 
seraient  demeurés  avec  nous.  Mais 
ils  sont  sortis,  afin  qu'ils  soient  ma- 
nifestés et  que  l'on  sache  que  tous 
ne  sont  pas  d'avec  nous. 

20.  Mais  quant  à  vous,  vous  avez 
reçu  l'onction  du  Saint,  et  vous  con- 
naissez toutes  choses. 

21.  Je  ne  vous  ai  pas  écrit  comme 
à  des  personnes  qui  ne  connaissent 
pas  la  vérité,  mais  comme  à  ceux 
qui  la  connaissent,  et  qui  savent  que 
nul  mensonge  ne  vient  de  la  vérité. 

22.  Qui  est-ce  qui  est  menteur,  si 
ce  n'est  celui  qui  nie  que  Jésus  est 
le  Christ?  Celui-là  est  un  antechrist, 
et  il  nie  le  Père  et  le  Fils. 

23.  Quiconque  nie  le  Fils,  ne  re- 
connaît point  le  Père  ;  et  celui  qui 
confesse  le  Fils,  reconnaît  aussi  le 
Père. 

24.  Pour  vous,  ayez  soin  que  ce 
que  vous  avez  entendu  dès  le  com- 
mencement demeure  en  vous.  Si  ce 
que  vous  avez  entendu  dès  le  com- 
mencement demeure  toujours  en 
vous,  vous  demeurerez  aussi  dans 
le  Fils  et  dans  le  Père. 

25.  Et  c'est  là  ce  que  lui-même 
nous  a  promis,  en  nous  promettant 
la  vie  éternelle. 

26.  Voilà  ce  que  je  voulais  vous 
écrire  touchant  ceux  qui  s'efforcent 
de  vous  séduire. 

27.  Mais    pour    vous,    faites    que 


est,  et  concupiscentia  oculorum, 
et  superbia  vitœ  ;  quœ  non  est 
ex  Pâtre,  sed  ex  mundo  est. 

17.  Et  mundus  transit,  et 
concupiscentia  ejus  :  qui  autem 
facit  voluntatem  Dei,  manet  in 
œternum. 

18.  Filioli,  novissima  hora 
est  :  et  sicut  audistis  quia  Anti- 
christus  venit ,  et  nunc  anti- 
christi  multi  facti  sunt  ;  unde 
scimus  quia  novissima  hora  est. 


19.  Ex  nobis  prodierunty  sed 
non  erant  ex  nobis.  Nam  si 
fuissent  ex  nobis,  permansissent 
utique  nobiscum  ;  sed  ut  mani- 
festi  sint  quoniam  non  sunt 
omnes  ex  nobis. 

20.  Sed  vos  unctionem  habetis 
a  Sancto,  et  nostis  omnia. 

21.  Non  scripsi  vobis  quasi 
ignorantibus  ver itatem, sed  qua- 
si scientibus  eanx  :  et  quoniam 
omne  mendacium  ex  veritate 
non  est. 

22.  Quis  est  mendax,  nisi  is 
qui  negat  quoniam  Jésus  est 
Chrislus  ?  Hic  est  antichristus, 
qui  negat  Patrem  et  Filium. 

23.  Omnis  qui  negat  Filium, 
nec  Patrem  habet.  Qui  confitetur 
Filium,  et  Patrem  habet. 

24.  Vos  quod  audistis  ab  ini- 
tio,  in  vobis  permaneat.  Si  in 
vobis  permanserit  quud  audistis 
ab  initio,  et  vos  in  Filio  et  Pâtre 
manebitis. 


25.  Et  hœc  est  repromissio 
quant  ipse  pollicitus  est  nobis, 
vitam  œternam. 

26.  Hœc  scripsi  vobis  de  his 
qui  seducunt  vos. 

27.  Et   vos  unctionem  quant 


149    — 


/  Joan.j  il. 


accepistis  ab  eo,  raaneat  in  vobis. 
Et  non  necesse  Jtabetis  ut  aliquis 
doceat  vos  :  sed  sicut  nnctio  ejvs 
docct  vos  de  omnibus,  et  verum 
est,  et  non  est  mendaciv.m.  Et 
sicut  docuit  vos,  manete  in  eo. 


28.  Et  nunc,  filioli,  manete 
in  eo  ;  ut  quum  apparuerit, 
habeamus  fiduciam,  et  non  con- 
fundamur    ab    eo    in    advenue 

ej"s. 

89,  Si  scitis  quoniam  justus 
est,  scitotc  quoniam  et  omnis 
qui  facit  justifiant,  ex  ipso 
natifs  est. 


l'onction  que  vous  avez  reçue  du  Fils 
de  Dieu  demeure  en  vous.  Et  vous 
n'avez  pas  besoin  que  personne  vous 
instruise.  Mais  comme  cette  onction 
du  Christ  vous  enseigne  toutes  cho- 
ses, de  même  son  enseignement  est 
vrai  et  pur  de  tout  mensonge.  De- 
meurez en  lui  et  dans  sa  doctrine 
telle  qu'il  vous  l'a  enseignée. 

28.  Maintenant  donc,  mes  petits 
enfants,  demeurez  en  lui,  afin  que, 
lorsqu'il  apparaîtra,  nous  ayons  con- 
fiance et  que  nous  ne  soyons  pas 
confondus  par  lui  au  jour  du  juge- 
ment. 

29.  Si  vous  savez  qu'il  est  juste, 
sachez  aussi  que  tout  homme  qui 
fait  des  œuvres  de  justice  est  né 
de  lui. 


COMMENTAIRE 


1.  Filioli  mei,  hœc  scribo  vobis,  ut  non  peccetis.  Sed  et 
si  guis  peccaverit,  advocatum  habemus  opud  Patrem, 
Jesum  Christum  justum.  «  Mes  chers  enfants,  je  vous 
écris  ces  choses  afin  que  vous  ne  péchiez  pas.  Mais  si 
quelqu'un  de  vous  pèche,  nous  avons  un  avocat  auprès 
du  Père  :  c'est  Jésus-Christ,  qui  est  juste.  » 

Filioli,  mes  chers  petits  enfants.  Cette  expression  de 
tendresse  a  été  employée  par  Notre-Seigneur  à  l'égard 
de  ses  disciples.  (S.  Marc,  x,  24,  et  S.  Jean,  xiii,  33.) 
Saint  Paul  appelait  aussi  les  Galates  ses  petits  enfants  : 
Filioli,  quos  iterttm  partwio.  (Gai.,  iv,  19.)  Pour  saint 
Jean,  il  répète  jusqu'à  huit  fois  filioli  dans  cette  Epître, 
où  il  parle  tout  à  la  fois  avec  l'autorité  d'un  Apôtre,  et 
avec  la  tendresse  d'un  père. 

Uœc  scribo  vobis.  Il  désigne  ce  qu'il  vient  d'écrire  dans 

'fsets  qui  terminent  le  précédent  chapitre  :  savoir 

que  nous  tombons  tous  dans  des  fautes  plus  ou  moins 

graves  et  que  nous  avons  tous  des  péchés  à  expier;  mais 


—    350    — 

si  nous  les  confessons  humblement,  nous  en  sommes 
purifiés  par  Jésus-Christ.  Maintenant  il  va  développer 
cette  dernière  pensée. 

«  Je  vous  écris  ces  choses,  afin  que  vous  ne  péchiez 
point.  »  Car  si  nous  rappelons  souvent  à  notre  mémoire 
les  bienfaits  de  Jésus-Christ,  nous  serons  pénétrés  de  sa 
bonté  à  notre  égard,  et  nous  veillerons  sur  nous-mêmes 
pour  ne  pas  l'offenser.  Mais  l'Apôtre,  qui  connaît  la  fragi- 
lité humaine,  a  soin  d'ajouter  :  Néanmoins,  si  quelqu'un 
d'entre  vous  pèche,  qu'il  ne  perde  point  courage,  mais 
qu'il  ait  recours  à  Jésus-Christ  :  il  est  notre  puissant 
avocat  auprès  du  Père  ;  il  plaidera  notre  cause  et  il  la 
gagnera,  parce  qu'étant  parfaitement  juste,  il  est  agréable 
au  Père,  qui  ne  lui  peut  rien  refuser.  D'ailleurs,  tout  ce 
qu'il  demande  comme  homme,  il  a  le  droit  de  l'obtenir 
de  son  Père  :  et  comme  Dieu,  il  nous  le  donne  avec  son 
Père. 

Advocatum.  Souvent  en  ce  monde  un  accusé  confie  sa 
cause  à  l'éloquence  d'un  avocat,  qui  le  sauve.  Et  vous, 
dit  saint  Augustin,  si  vous  confiez  votre  cause  au  Verbe 
lui-même,  est-ce  qu'il  vous  laissera  condamner? 

Justum.  Pour  être  avocat  auprès  de  Dieu,  il  faut  être 
juste  soi-même  ;  car  un  coupable  n'est  pas  admis  à  inter- 
céder pour  un  criminel.  C'est  pourquoi  saint  Paul  disait 
aux  Hébreux  que  nous  avions  besoin  d'un  pontife  saint, 
pour  être  médiateur  entre  Dieu  et  le  peuple.  Talis  enim 
decebat  ut  nobis  esset  pontifex,  sanctus,  innocens,  impôt- 
lutus,  segregatus  apeccatoribus.  (Hebr.,  vi,  26.) 

Quelles  raisons  emploie-t-il  quand  il  plaide  notre 
cause?  Il  montre  ses  plaies,  dit  Bossuet.  (Serm.  sur 
rAscens.)  En  effet,  l'Apôtre  ajoute  : 

2.  Et  ipse  est  propiliatio  pro  peccatis  ?iostris  ;  non  pro 
nostris  autem  tantnm,  sed  pro  totius  mundi.  Or,  non  seu- 
lement il  est  notre  avocat,  «  mais  il  est  encore  lui-même 
victime  de  propitiation  pour  nos  péchés,  et  non  seulement 
pour  les  nôtres,  mais  pour  ceux  du  monde  entier.  »  Voilà 
une  doctrine  qu'il  faut  enseigner  aux  autres  et  nous  prê- 
cher à  nous-mêmes.  Quelque  graves  que  soient  nos  pé- 


—     351     —  /Joan.,  u. 

chés,  quelque  nombreuses  que  soient  nos  rechutes,  nous 
ne  devons  jamais  désespérer  de  notre  salut.  «  Car  Jésus- 
Christ  lui-même  est  notre  propitiation.  »  Toutes  nos 
fautes  ont  été  expiées  par  le  sacrifice  qu'il  a  offert  sur  la 
croix  ;  notre  rançon  est  payée  d'avance.  Pour  devenir 
justes,  il  nous  suffit  d'avoir  le  regret  de  nos  fautes  pas- 
sées, avec  le  ferme  propos  de  ne  les  plus  commettre.  Si 
nous  en  faisons  l'aveu  dans  cette  disposition,  le  prêtre 
nous  absout  et  tous  nos  péchés  sont  remis. 

lpse  est  propitiatio  pro  peccatis .  Qu'aucun  péché,  même 
véniel,  ne  puisse  être  effacé  que  par  Jésus-Christ  notre 
Rédempteur,  cela  est  certain.  Car  il  a  dit  à  saint  Pierre, 
qui  était  pur  de  fautes  graves  :  «  Si  je  ne  te  lave  pas,  tu 
n'auras  pas  de  part  avec  moi.  »  Si  non  lavero  te,  non 
habebis  partem  mecum.  (S.  Joan.,  xm,  8.) 

Mais  d'un  autre  côté,  il  n'y  a  point  de  péché  si  énorme 
que  le  sang  d'un  Dieu  n'efface.  Jésus-Christ  nous  a  tous 
aimés,  et  il  nous  a  tous  lavés  dans  son  sang  :  Dilexit  ?ws, 
et  lavit  nos  in  sanguine  suo.  (Apoc.  i,  5.) 

Or,  continue  l'Apôtre,  quand  je  dis  que  le  Christ  est 
propitiation  pour  nos  fautes,  je  n'entends  pas  seulement 
les  nôtres,  mais  celles  du  monde  entier.  Non  pro  nostris 
autem  tantum,sed  etiam  pro  totius  mundi.  Ce  texte  prouve 
que  Jésus-Christ  n'est  pas  mort  pour  les  seuls  prédes- 
tinés :  cela  est  de  foi.  Il  prouve,  en  outre,  que  Jésus- 
Christ  n'est  pas  mort  seulement  pour  tous  les  fidèles, 
mais  encore  pour  tous  les  hommes  :  cela  est  certain. 

Tous  les  hommes  cependant  ne  sont  pas  justifiés  par 
son  sacrifice,  parce  que  tous  ne  veulent  pas  l'être. 

3.  El  in  /toc  scimus  quoniam  coqnovimus  eum,  si  man- 
data ejus  observemus.  «  Or,  ce  qui  nous  assure  que  nous 
connaissons  Jésus-Christ,  c'est  l'observance  de  ses  com- 
mandements. » 

On  oe  peut  recourir  à  Jésus-Christ,  si  on  ne  le  connaît 
pas:  maisi]  ne  suffît  pas  de  le  connaître  comme  les  scribes 
et  les  pharisiens,  qui  ne  l'ont  connu  que  pour  le  faire 
mourir.  Cette  connaissance,  loin  de  les  justifier,  les  a 
rendus  plus  coupables. 


—     352    — 

Il  faut  le  connaître  et  croire  en  lui:  il  faut  le  connaître 
et  lui  obéir.  La  connaissance  dont  parle  saint  Jean  est  un 
acte  de  l'intelligence  qui  fait  agir  la  volonté,  comme  lors- 
que le  Sage  dit  à  Dieu  :  Vous  connaître,  Seigneur,  est  la 
parfaite  justice,  Nosse  te  consummata  jastitia  est.  (Sap., 
xv,  3.)  C'est  encore  d'une  semblable  connaissance  que 
Jésus-Christ  a  dit  :  Je  connais  mes  brebis  et  elles  me 
connaissent;  elles  entendent  ma  voix  et  elles  me  suivent. 
(S.  Jean,  x,  27.)  La  vraie  foi,  dit  saint  Grégoire,  est  celle 
de  l'homme  en  qui  la  conduite  ne  contredit  point  les 
paroles  Vera  fides  est,  quœ  in  hoc  qnod  verbis  dicit,  mo- 
riôus  non  contradicit.  (Homil.  in  Evang.  xxix.j 

4.  Quidicit  se  ?iosse  enm,  et  mandata  ejus  non  custodit, 
mendax  est,  et  in  hoc  veritas  non  est.  Pour  celui  qui  dit 
qu'il  connaît  Jésus-Christ  et  ne  garde  pas  ses  commande- 
ments, il  est  un  menteur,  et  la  vérité  n'est  point  en  lui.  » 
S'il  connaissait  la  bonté  de  Jésus-Christ,  sa  puissance, 
sa  justice,  est-ce  qu'il  l'offenserait  ?  On  peut  vraiment 
dire  de  tous  les  pécheurs  qu'ils  ne  connaissent  ni  Dieu 
ni  son  Fils  Jésus-Christ.  Non  noverunt  Patremnequeme. 
(S.  Joan.,  xvi,  3.)  Tout  homme  qui  n'aime  pas  Dieu  mon- 
tre par  là  même  qu'il  ne  le  connaît  pas  et  qu'il  ne  sait 
pas  combien  il  est  aimable,  dit  le  vénérable  Bède.  Quis- 
qnis  Denm  non  amat,  profecto  ostendit  quia  quam  sit 
amabilis  non  novit. 

5.  Qui  autem  servat  verbwn  ejus,  vere  in  hoc  charitas 
ûei perfecta  est.  «  Mais  celui  qui  garde  sa  parole  et  obéit 
à  ses  préceptes,  montre  que  l'amour  de  Dieu  est  vraiment 
parfait  en  lui.  »  Le  raisonnement  appelait  cette  série 
d'idées  :  Celui  qui  garde  la  parole  de  Dieu  le  connaît.  Or 
celui  qui  connaît  Dieu,  l'aime.  Car  la  vraie  connaissance 
de  Dieu  produit  l'amour  de  Dieu.  Celui  donc  qui  garde  la 
parole  de  Dieu  aime  Dieu,  et  celui  qui  la  garde  parfaite- 
ment l'aime  parfaitement.  Saint  Jean  supprime  les  idées 
intermédiaires,  qu'il  laisse  suppléer  à  l'intelligence  du 
lecteur,  et  il  dit  tout  de  suite  :  L'amour  de  Dieu  est  par- 
fait dans  celui  qui  garde  sa  parole.  —  Et  in  hoc  scimus  quo- 
niam  in  ipso  samus.  «  Et  c'est  en  gardant  sa  parole  que 


—    353    —  /  Joan.,  u. 

nous  savons  que  nous  sommes  en  lui.  »  Cette  crainte  de 
lui  déplaire,  cet  amour  qui  nous  fait  accomplir  sa  volonté, 
nous  attestent  que  nous  sommes  en  Jésus-Christ,  c'est-à- 
dire  ses  vrais  disciples,  unis  à  lui  comme  les  membres  le 
sont  à  leur  chef,  et  comme  les  branches  ne  font  qu'un 
avec  la  vigne  (1). 

G.  Qui  dicit  se  in  ipso  manere,  débet,  sicut  ille  ambula- 
vity  et  ipsc  ambulare.  Celui  donc  qui  prétend  qu'il  de- 
meure en  Jésus-Christ  et  qu'il  est  son  fidèle  disciple,  doit 
marcher  lui-même  comme  Jésus-Christ  a  marché.  Car 
Jésus- Christ  ne  s'est  pas  contenté  de  promulguer  des 
lois,  comme  fit  autrefois  Fange  du  Seigneur  qui  parlait 
du  haut  de  la  montagne  aux  Israélites.  Jésus  a  vécu  au 
milieu  de  nous  et  il  nous  a  montré  par  ses  actions  ce  que 
nous  devons  faire  nous-mêmes.  Exemplum  enim  dedi 
vobis,  ut  quemadmodum  ego  feci,  ita  et  vos  faciatis. 
(S.  Joan.,  xin,  15.) 

(  )r  L'exemple  qu'il  nous  a  donné,  celui  qui  résume  toute 
sa  vie  et  toutes  ses  leçons,  est  d'aimer  Dieu  et  le  prochain. 

7.  Cliarissimi,  non  mandatum  novum  scribo  vobis,  sed 
mandatum  vêtus,  r/uod  habuistis  ab  initio  :  mandatum 
vêtus  est  verbum  cjuod  audistis.  Mes  bien-aimés,  je  ne 
vous  écris  point  un  commandement  nouveau,  que  vous 
ne  connaissiez  pas,  mais  un  commandement  ancien  que 
vous  avez  reçu  dès  le  commencement.  Ce  précepte  ancien 
est  la  parole  que  vous  avez  déjà  entendue. 

Saint  Jean  vient  d'exprimer  le  précepte  de  l'amour  de 
Dieu,  et  il  va  tout  de  suite  inculquer  l'amour  du  prochain. 
Ces  deux  commandements  sont  semblables  et  ils  n'en 
font  qu'un.  L'on  ne  peut  en  effet  aimer  Dieu  sans  aimer 
Le  prochain,  que  Dieu  aime.  Et  si  l'on  aime  le  prochain 
comme  on  doit  l'aimer,  c'est-à-dire  en  lui  souhaitant 
l'éternelle  possession  de  Dieu,  on  aime  Dieu. 

I  double  commandement  n'est  pas  un  précepte  nou- 
.:  que  les  chrétiens  entendent  pour  la  première  fois. 

(1)  Etre  an  vrai  disciple  de  Jésus-Christ  et  un  vrai  chrétien,  être  en 

s-Christ,  demeurer  en  lui,  être  uni  a  lui  par  le  baptême,  par  la  foi 

et  la  charité,  c'est  la  même  chose  ou  du  moins  ce  sont  des  i  lées  connexes. 

1  PITOU  s  CATHOLIQUES 


—    354    — 

C'est  un  commandement  ancien,  donné  par  le  Seigneur  et 
qu'ils  ont  reçu  dès  l'origine,  ab  initio.  Lorsqu'on  les  a 
préparés  au  baptême,  on  a  eu  soin  de  leur  apprendre 
cette  parole  inscrite  dans  l'Evangile  :  «  Tu  aimeras  le 
«  Seigneur  ton  Dieu  de  toute  ton  âme,  de  tout  ton  cœur  et 
«  de  tout  ton  esprit.  Voilà  le  plus  grand  et  le  premier 
«  commandement.  Et  le  second  est  semblable  :  Tu  aime- 
«  ras  ton  prochain  comme  toi-même.  Toute  la  loi  et 
«  les  prophètes  se  résument  en  ces  deux  préceptes.  » 
(S.Matth.,  v,  37.) 

8.  Iterummandatumnovumscribo  vobis.  «  Et  cependant 
je  vous  écris  un  commandement  nouveau  »  pour  le  monde. 
Il  est  vrai  que  Moïse  avait  dit  aux  Israélites  :  Tu  aimeras 
le  Seigneur  ton  Dieu  de  tout  ton  cœur,  de  toute  ton  âme 
et  de  toute  ta  force.  »  Mais  ce  précepte,  inconnu  aux 
Gentils,  était  presque  oublié  des  Juifs.  La  crainte  domi- 
nait chez  ce  peuple,  et  il  tremblait  plutôt  devant  Dieu 
comme  un  esclave,  qu'il  ne  l'aimait  comme  un  fils.  Quant 
à  l'amour  des  hommes,  on  lisait  dans  le  Lévitique  :  «  Tu 
aimeras  ton  ami,  comme  toi-même  »  (Lév.,  xix,  18):  d'où 
les  docteurs  juifs  concluaient  qu'on  n'était  pas  obligé 
d'aimer  les  étrangers,  et  qu'on  pouvait  haïr  ses  ennemis. 
(S.  Matth.,v,  43.) 

Notre-Seigneur  promulgua  de  nouveau  le  commande- 
ment qui  ordonne  d'aimer  Dieu  de  tout  son  cœur  ;  et  il 
perfectionna  celui  qui  prescrit  d'aimer  les  hommes,  en 
déclarant  qu'il  faut  aimer  non  seulement  ses  amis  et  ses 
proches,  mais  ses  ennemis  mêmes,  ceux  qui  nous  calom- 
nient, ceux  qui  nous  persécutent  :  Diligite  inimicos  ves- 
tros,  bene facile  his  qui  oderunt  vos,  et  orale  pro  perse - 
quentibus  et  calumniantibus  vos.  (S.  Matth.,  v,  44.)  Nous 
devons  aimer  nos  ennemis  et  prier  pour  eux,  afin  qu'ils 
deviennent  nos  frères,  dit  saint  Augustin.  Sic  dilige  ini- 
micos tuos,  ut  fratres  optes.  (In  Epist.  Jo.  tract,  i,  c.  9.) 
Voilà  un  précepte  admirable,  que  la  terre  n'avait  jamais 
entendu.  Aussi  Notre-Seigneur  l'appelle-t-il  un  comman- 
dement nouveau  :  Mandatum  novum  do  vobis.,  atdiligatis 
invicem  sicat  dilexi  vos.  (S.  Joan.,  xm,  34.) 


—     355     —  /  Joan.,  n. 

Qaod  verwn  est  in  ipso  et  in  vobis.  Ce  commandement 
est  véritable  en  Jésus-Christ,  il  est  accompli  en  lui,  puis- 
qu'il a  aimé  tous  les  hommes  et  qu'il  a  versé  son  sang 
même  pour  ses  ennemis. 

Et  in  vobis.  Ce  commandement  est  aussi  véritable  en 
vous  ;  car,  en  devenant  chrétiens,  vous  avez  accepté  le 
commandement  de  la  charité,  et  vous  l'accomplissez 
comme  vous  l'avez  promis  (1). 

Quia  tenebrœ  transierunt  et  verwn  lumen  jam  lucet. 
Lorsque  les  hommes  étaient  plongés  dans  les  ténèbres  de 
l'ignorance  et  du  péché,  ils  se  haïssaient  mutuellement. 
Mais  ces  ténèbres  sont  passées  pour  vous;  la  vraie  lumière 
de  l'Evangile  brille  à  vos  yeux,  et  elle  s'étend  de  plus  en 
plus  dans  le  inonde,  en  y  répandant  la  charité. 

9.  Qui  dicit  se  in  luce  esse,  et  fratrem  suum  odit,  in 
tenebris  est  usque  adliuc.  Mais  quiconque  prétend  être 
dans  la  lumière,  et  cependant  hait  son  frère,  celui-là  est 
encore  jusqu'à  présent  dans  les  ténèbres. 

Pour  bien  comprendre  ce  passage  et  d'autres  sem- 
blables, il  faut  se  rappeler  ce  que  saint  Jean  et  les  autres 
Apôtres  entendaient  par  le  mot  lumière.  Ils  le  prenaient 
dans  un  sens  spirituel,  employé  par  les  prophètes  et  par 
Notre-Seigneur  lui-même.  Il  y  a  la  lumière  de  la  vérité  et 
la  lumière  de  la  grâce.  Une  âme  est  dans  la  lumière,  pre- 
mièrement lorsqu'elle  connaît,  aime  et  croit  les  vérités 
célestes  que  la  foi  nous  révèle;  secondement  lorsqu'elle 
est  purifiée  du  péché  et  ornée  de  la  grâce  sanctifiante. 
Alors  elle  brille,  étant  toute  lumineuse  de  vérité  et  de 
beauté.  Au  contraire,  elle  est  dans  les  ténèbres,  lors- 
qu'elle ne  connaît  pas  les  vérités  de  l'Evangile,  et  qu'elle 
est  souillée  du  péché.  L'ignorance  et  l'erreur  l'envelop- 
pent d'une  nuit  sombre,  et  le  péché  la  couvre  des  ombres 
de  la  mort,  jusqu'à  ce  que  Jésus  Christ,  qui  est  le  divin 


(1)  Mai  novum  scribu  vobis,  quod  est  verutn  in  ipso,  ivreXigv 

Mctvqv  ypoçoj  bf£b%  c  ïz-.u  v.'/r/jki  iv  bùtô.  Le  pronom  5,  quod,  ne  s'accorde 
<<.v,  qui  est  du  féminin.  <m  traduit  donc  :  «  Je  vous  écris 
un  commandement  nouveau,  et  la  chose  qui  est  prescrite  par  ce  com- 
ment est  vraie,  c'est-a-dire  réalisée,  dans  le  Chris!   el  en  vous.  » 


—     356     — 

soleil  de  justice,  l'éclairé  en  répandant  sur  elle  la  lumière 
de  la  vérité  et  la  splendeur  de  sa  grâce. 

Car  ces  deux  choses  sont  distinctes  :  on  peut,  en  ayant 
la  lumière  de  la  foi,  être  plongé  dans  les  ténèbres  du 
péché.  Ainsi  un  nègre  voit  avec  ses  yeux  la  lumière  du 
soleil;  mais  il  est  lui-même  ténébreux;  car  la  noirceur 
de  son  visage  et  de  tout  son  corps  repousse  les  rayons  de 
la  lumière  qui  éclaire  le  monde.  (Voyez  plus  haut,  i,  5.) 

Fratrem  silum.  Dans  le  Nouveau  Testament  et  dans  le 
langage  de.  l'Eglise,  le  titre  de  frère  est,  en  général,  ré- 
servé aux  chrétiens,  qui  sont  frères  en  Jésus- Christ. 
Néanmoins  il  peut  s'étendre  à  tous  les  hommes,  qui 
sont  frères  selon  la  nature,  puisqu'ils  descendent  tous 
d'Adam  et  de  Noé. 

In  tenebris  est  usque  adhuc.  Si  quelqu'un  hait  son 
frère,  en  vain  l'Evangile  a  brillé  à  ses  yeux;  quoiqu'il 
ait  la  foi,  les  ténèbres  enveloppent  encore  son  âme  :  il  ne 
sera  illuminé  de  la  grâce  sanctifiante,  que  lorsqu'il 
aimera  son  frère. 

10.  Qui  diligit  fratrem  sumn,  in  lumine  manet,  et  scan- 
dalum  in  eo  non  est.  Pour  celui  qui  aime  son  frère,  il 
demeure  dans  la  lumière  de  l'Evangile  et  de  la  justice. 
Il  connaît  la  doctrine  du  salut  et  possède  la  grâce  divine. 
Celui-là  est  vraiment  disciple  du  Christ,  et  il  ne  craint 
point  de  scandale.  Car  le  flambeau  de  la  vérité  éclaire 
ses  pas,  et  rien  ne  le  fait  tomber  pendant  qu'il  court  dans 
la  voie  des  saints  commandements  (1). 

11.  Qui  autem  odit  fratrem  smim,  in  tenebris  est,  et  in 
tenebris  ambulat,  et  nescit  quo  eat  :  quia  tenebrœ  obcœca- 
verunt  oculos  ejus.  «  Mais  celui  qui  hait  son  frère  est  dans 


(1)  L'Apôtre  fait  allusion  à  la  parole  du  prophète  David  :  Pax  multa 
diligentibus  legem  tuam,  et  non  est  Mis  scandalum . .  (Ps.  cxvm, 
165.)  Il  n'y  a  point  de  scandale  pour  ceux  qui,  selon  la  loi,  aiment 
vraiment  Dieu  et  le  prochain,  parce  que  nulle  séduction  ne  les  entraîne 
au  péché,  nulle  menace  ne  les  fait  dévier  du  sentier  de  la  justice.  — 
Scandalum,  vxik'jàxk'jv.  Ce  mot,  qui  revient  souvent  dans  l'Ecriture,  si- 
gnifie, au  sei'S  propre,  un  piège  tendu  pour  un  animal  qui  y  pose  le  pied, 
ou  encore  un  obstacle  placé  frauduleusement  sur  le  chemin  pour  faire 
tomber  celui  qui  passe. 


—     357     —  /  Joan.,  n. 

les  ténèbres,  et  il  marche  dans  les  ténèbres,  et  il  ne  sait 
pas  où  il  va,  parce  que  les  ténèbres  ont  aveuglé  ses  yeux.  » 

In  tenebris  est,  il  est  dans  les  ténèbres  de  l'ignorance 
et  dans  celles  du  péché.  Il  ne  voit  pas  quelle  laideur  ré- 
pand sur  son  àme  la  haine  qu'il  nourrit  contre  le  pro- 
chain, et  il  n'aperçoit  pas  les  châtiments  qu'elle  mérite. 

In  tenebris  arnbulat.  Toutes  ses  actions  faites  dans 
l'état  du  péché  sont  sans  mérite  pour  le  ciel.  Parfois 
même  elles  sont  des  œuvres  mauvaises,  dont  lé  principe 
est  une  pensée  coupable. 

Et  nescit  quo  eat,  «  et  il  ne  sait  pas  où  il  va.  »  C'est  la 
condition  des  mondains  aveuglés  par  leurs  passions;  ils 
ne  savent  pas  qu'ils  vont  à  l'abîme.  On  a  beau  leur  crier 
qu'ils  se  perdent,  ils  ne  le  croient  pas.  Car  les  ténèbres 
offusquent  les  yeux  du  pécheur.  Celui  qui  garde  la  haine 
dans  son  cœur  va  sans  le  savoir  dans  l'enfer,  dit  saint 
Cyprien  :  it  nescius  in  gehennam.  (S.  Cypr.  de  zelo  et 
liv.j  n  i. 

12,  13,  1  i.  Scribo  vobis,  filioli,  quoniam  remittuntur' 
vobis  peccata  pnopter  nomen  ejus.  —  Scribo  vobis,  patres, 
quoniam  cognovistis  eum  qui  ab  initio  est.  Scribo  vobis, 
adolescentes,  quoniam  vicistis  maligmim.  —  Scribo  vobis, 
infantes,  quoniam  cognovistis  Patrem  (1).  Scribo  vobis,  ju- 
venes,  quoniam  fortes  estis;  et  verbum  Dei  manet  in  vo- 
bis, et  vicistis  malignum.  «  Je  vous  écris,  mes  chers  en- 
fants, parce  que  vos  péchés  vous  sont  remis  à  cause  du 
nom  de  Jésus-Christ.  — Je  vous  écris,  à  vous  pères,  parce 
que  vous  avez  connu  celui  qui  est  dès  le  commencement. 
Je  vous  écris,  adolescents,  parce  que  vous  avez  vaincu 
l'esprit  malin.  —  Je  vous  écris,  enfants,  parce  que  vous 
z  connu  le  Père.  Je  vous  écris,  jeunes  hommes,  parce 

S  obis   infantes,  en   grec  sypctf*  b/îi-j  nauiet.  L'auteur  de  la 

Vulgate  a  rendu  L'aoriste  iypovpx  (scripsi)  par  le  présent  scribo,  parce 
qu*il  pense  avec  raison  que  saint  Jean  ne  parle  point  d'une  lettre  qu'il 
aurait  précédemment  écrite,  mais  de  celle  qu'il  écrit  maintenant.  En 
mettant  fy»«tf*»  il  se  transporte  au  moment  où  sa  lettre  sera 

lue.  —  I  de  nouveau  :  ïypoufa  Ei/tlv,  notréptg,  &xi  èyvùx-xzs 

I  cette  répétition  qui  parait  superflue.  Les 
«enl  trois  fois  -,  I  roia  lois  ïypx'pa. 


—    358     — 

que  vous  êtes  forts,  parce  que  la  parole  de  Dieu  demeure 
en  vous  et  parce  que  vous  avez  vaincu  l'esprit  malin.  » 

Scribo  vobis,  filioli.  Je  vous  écris,  mes  chers  enfants, 
T£xvfo.  C'est  le  même  mot  que  nous  avons  vu  en  tête  de 
ce  chapitre,  filioli  mei.  Saint  Jean,  Apôtre  et  vieillard, 
appelle  tous  les  chrétiens  ses  chers  petits  enfants.  Il  leur 
écrit  pour  les  féliciter  de  ce  que  leurs  péchés  leur  sont 
remis  et  pardonnes  à  cause  du  nom  du  Christ.  Il  dit 
propter  nomen  ejus,  au  lieu  de  pr  opter  nomen  Christi; 
car,  bien  que  le  nom  du  Christ  n'ait  pas  été  prononcé 
depuis  le  commencement  du  chapitre,  il  est  toujours  dans 
le  cœur  de  l'Apôtre. 

Maintenant  il  va  s'adresser  d'une  manière  spéciale  aux 
différents  âges  :  et  d'abord  aux  pères  de  famille,  ensuite 
aux  adolescents,  puis  aux  enfants,  et  enfin  aux  jeunes 
hommes. 

Il  écrit  d'abord  aux  pères,  que  leur  âge,  leur  autorité, 
leur  science  de  la  religion  rendent  vénérables  ;  et  il  les 
félicite  de  ce  qu'ils  ont  connu  celui  qui  est  dès  le  com- 
mencement, c'est-à-dire  le  Verbe  qui  était  avant  toute  créa- 
ture et  par  lequel  a  été  fait  tout  ce  qui  a  été  fait.  Scribo 
vobis,  patres,  quoniam  cognovistis  eum  qui  ab  initio  est. 

Après  avoir  salué  les  vieillards  qui  connaissent  et  ado- 
rent le  Verbe  éternel,  il  félicite  les  adolescents,  parce 
qu'ils  ont  repoussé  toutes  les  tentations  d'orgueil,  d'indé- 
pendance et  de  volupté  que  le  démon  suggère  à  cet  âge. 
Vicistis  malignum. 

Il  n'oublie  pas  les  enfants,  tojuSAx,  Les  enfants  sentent 
qu'ils  ont  besoin  de  leur  père  selon  la  nature  :  c'est  de 
lui  qu'ils  attendent  la  protection  et  tout  ce  qui  est  néces- 
saire à  la  vie;  aussi  leur  devoir  est- il  d'aimer  l'auteur 
de  leurs  jours.  Mais  les  enfants  des  chrétiens  savent  qu'ils 
ont  dans  les  cieux  un  Père  plus  puissant  et  meilleur  que 
celui  qui  est  sur  la  terre  ;  ils  l'aiment,  ils  l'adorent,  ils  l'in- 
voquent avec  confiance.  Cognovistis  Patrem.  Charmante 
attention  de  l'Apôtre  qui  écrit  aux  petits  enfants,  et  qui 
veut  qu'on  leur  apprenne  à  bégayer  le  nom  de  «  notre 
Père  qui  est  dans  les  cieux  !  » 


—    359    —  i  Joan.}  n. 

Enfin,  il  écrit  aux  jeunes  hommes,  juvene  s,  parce  qu'ils 
sont  dans  la  vigueur  de  l'âge  et  qu'ils  consacrent  cette 
force  à  la  vertu  ;  parce  que  la  parole  de  Dieu  demeure 
fermement  enracinée  dans  leur  cœur,  et  qu'ils  gardent 
ses  commandements;  il  leur  écrit  surtout  parce  qu'après 
avoir  vaincu  l'esprit  mauvais  dans  leur  adolescence,  ils 
l'ont  dompté  dans  leur  jeunesse.  Scribo  vobis,  jiwenes, 
quoniam  fortes  estis,  et  verbum  Dei  manet  in  vobis,  et 
vicistis  malignum. 

Les  vieillards  sont  par  leur  prudence  le  sénat  de  l'Eglise  ; 
les  enfants  en  sont  l'espoir;  les  adolescents  pieux  en  font 
l'ornement,  et  les  jeunes  hommes  sont  ses  soldats  et  ses 
héros. 

Saint  Jean  leur  écrit  donc  à  tous,  et  voici  l'importante 
leçon  qu'il  leur  donne  : 

15,  16,  17.  Nolite  diligere  mundiim,  neque  ea  quœ  in 
itiundo  swit.  Si  quis  diligit  mundam,  non  est  charitas 
Patris  in  eo.  —  Quoniam  omne  qnod  est  in  mwido,  con- 
cupiscentia carnis  est,  et  concupiscentia  oculorum,  et  su- 
perbia  vitœ  ;  quœ  non  est  ex  Pâtre,  sed  ex  mnndo  est.  — 
—  Et  mundus  transit  et  concupiscentia  ejus  ;  qui  autem 
facit  voluntatem  Dei  manet  in  œternum. 

«  N'aimez  pas  le  monde  ni  les  choses  qui  sont  dans  le 
monde.  Si  quelqu'un  aime  le  monde,  l'amour  du  Père 
n'est  point  en  lui.  —  Car  tout  ce  qui  est  dans  le  monde 
est  concupiscence  de  la  chair,  et  concupiscence  des  yeux, 
et  orgueil  de  la  vie  ;  ce  qui  n'est  point  du  Père,  mais  du 
monde  (1).  —  Or,  le  monde  passe,  et  la  concupiscence  du 
monde  passe  avec  lui;  mais  celui  qui  fait  la  volonté  de 
Dieu  demeure  éternellement.  » 

Nolite  diligere  mundum.  Dieu  ne  veut  pas  que  nous 
attachions  notre  cœur  au  monde,  parce  qu'il  n'est  pas 
notre  patrie,  mais  un  lien  de  passage  :  et  nous  ne  devons 

(1)  Voici   la  traduction  littérale  du  texte  grec  :  Quoniam  omne  quod 

concupiscentia  oculorum,  et 
■.  mm  est  §x  Pâtre,  $ed  ex  mundo  est.  «  Car  tout  ce  qui 
ina  le  monde,  savoir  :  la   concupiscence  de  la  chair,  la  concupis- 
cence   des    veux,  et   l'orgueil   de    la    vie,  n'est  point  du   Père,  mais   du 
le.  » 


—    360    — 

point  faire  servir  à  nos  passions  ce  que  Dieu  nous  a 
donné  pour  nos  besoins.  Ut  non  vos  illiqent  ista  dilectione, 
dit  saint  Augustin,  ne  ad  fruendum  hoc  ametis,  quod  ad 
utendum  habere  debetis.  (In  Epist.  Joann.  tr.  il,  c.  12.)  User 
des  créatures  pour  s'élever  à  Dieu,  voilà  l'ordre  (1). 

Neqae  ea  quœ  in  mundo  sant,  «  n'aimez  point  non  plus 
les  choses  qui  sont  dans  le  monde  »,  n'y  placez  point 
votre  bonheur  ;  et  cela  pour  deux  raisons  :  premièrement 
parce  que  «  l'amour  du  Père  n'est  point  en  celui  qui  met 
sa  félicité  dans  les  faux  biens  du  monde.  »  Si  quis  diligit 
mundum,  non  est  charitas  Patris  in  eo.  Il  faut  rejeter  de 
votre  cœur  l'affection  au  monde  pour  y  faire  entrer  l'amour 
de  Dieu.  Votre  cœur  est  un  vase,  dit  saint  Augustin  ;  s'il 
est  plein  du  monde,  l'Esprit-Saint  n'y  peut  entrer.  Versez 
donc  la  vanité  qu'il  contient,  afin  qu'il  reçoive  la  charité 
qu'il  n'a  pas.  Funde  quod  habes,  ut  accipias  quod  non 
habes. 

16.  En  second  lieu,  n'aimez  point  ce  qui  est  dans  le 
monde  ;  car  tout  ce  qui  est  dans  le  monde  et  ce  que  les 
mondains  recherchent,  porte  au  péché  en  excitant  la  con- 
cupiscence de  la  chair,  la  concupiscence  des  yeux,  et 
l'orgueil  de  la  vie.  Qiioniam  omne  quod  est  in  mundo, 
concupiscentia  carnis  est,  et  concupiscentia  oculorum,  et 
superbia  vitœ. 

Saint  Jean  nous  avertit  que,  parmi  les  objets  qui  sont 
dans  le  monde,  les  uns  charment  les  sens,  amollissent  le 
cœur  par  la  volupté  et  enflamment  la  concupiscence  de 
la  chair,  c'est-à-dire  la  gourmandise  et  la  luxure.  —  Les 
autres  excitent  l'avarice,  irritent  la  concupiscence  des 
yeux,  et  entraînent  l'homme  à  vouloir  posséder  toutes 
les  richesses  qu'il  voit.  L'avare,  dit  Salomon,  ne  cesse 
de  travailler,  et  ses  yeux  ne  sont  jamais  rassasiés  de 
richesses  :  laborare  non  cessât,  nec  saturantur  oculi  ejus 
divitiis.  (Eccl.,  iv,  8.)  —  Enfin  les  autres  choses  qui  peuvent 

(1)  Saint  Paul  exprimait  la  même  pensée  lorsqu'il  disait  :  «  Que  ceux 
qui  usent  de  ce  monde  en  usent  comme  n'en  usant  pas  ;  car  la  figure 
de  ce  monde  passe.  »  Qui  ittuntur  hoc  mundo,  tanquam  non  utantur  . 
prœterit  enim  figura  hujus  mundi.  (I  Cor.,  vu,  31.) 


—    361     —  /  Joan.,  n. 

nous  séduire  sont  les  dignités,  la  puissance,  le  faste,  les 
honneurs,  et  toute  cette  gloire  mondaine  qui  allume 
l'ambition  et  nourrit  l'orgueil  de  la  vie. 

Or,  cette  concupiscence  qui  nous  entraîne  vers  les  plai- 
sirs, les  richesses  et  les  honneurs  n'a  point  été  déposée 
dans  le  cœur  de  l'homme  par  le  Père  et  le  Créateur  des 
hommes  :  non  est  ex  Pâtre.  A  l'origine,  toutes  les  choses 
que  Dieu  a  faites  élevaient  l'homme  vers  leur  auteur,  et 
aucune  par  elle-même  ne  le  sollicitait  au  péché.  Mais 
Adam  a  désobéi  à  son  Créateur,  et  de  sa  révolte  est  née 
la  funeste  concupiscence,  qu'il  a  désormais  portée  en  lui 
et  transmise  à  toute  sa  postérité. 

Voilà  comment  l'inclination  au  mal  que  nous  ressentons 
en  nous-mêmes  ne  vient  pas  du  Créateur.  Elle  vient  de  la 
faute  originelle  et  des  objets  du  monde,  qui  maintenant 
irritent  nos  désirs  malgré  la  loi  divine.  Non  est  ex  Pâtre, 
sed  ex  mundo  est. 

17.  Cependant  l'homme  qui  aime  le  monde  ne  saurait 
y  trouver  son  bonheur.  Car  le  monde  passe  et  sa  concu- 
piscence passe  avec  lui.  Et  mundus  transit  et  concupi- 
scentia  ejus.  Le  monde  et  ce  qui  est  dans  le  monde,  plai- 
sirs, richesses,  puissance,  tout  nous  échappe  ;  mais  celui 
qui  fait  la  volonté  de  Dieu  demeure  éternellement.  Le 
juste  et  ses  œuvres  ne  passent  point.  S'étant  attaché  à 
Dieu,  il  le  possède  et  le  possédera  toujours.  Qui  autem 
faeit  voluntatem  Dei  manet  in  sternum-.  L'homme  res- 
semble à  l'objet  de  son  amour.  S'il  aime  la  terre,  il  est 
corruptible  comme  tout  ce  qui  est  terrestre;  s'il  aime 
I  >ieu,  il  participe  à  la  nature  divine  et  en  reçoit  l'immor- 
talité dans  la  pureté  et  le  bonheur. 

18.  Filîolii  novissima  hora  est:  et  sicut  audistis  quia 
Antichristus  venit,  et  nunc  antichristi  multi  facii  sunt; 
unde  scimus  (juif/  novissima  hora  est.  Mes  chers  enfants, 

st  maintenait  la  dernière  heure;  et  comme  vous  avez 
entendu  dire  que  l'Antéchrist  doit  venir,  il  y  a  dès  main- 
tenant plusieurs  antechrists;  ce  qui  nous  fait  connaître 
que  nous  sommes  arrivés  à  la  dernière  heure. 

a  seulement  le  monde  passe  et  nous  passons  avec  le 


—    362    — 

monde  ;  mais  nous  sommes  à  la  dernière  heure  de  ce 
monde  qui  passe.  Saint  Jean  le  prouve.  Vous  avez  appris, 
dit-il,  que  l'Antéchrist  doit  venir  à  la  fin  des  temps  : 
les  Apôtres  vous  Font  annoncé  de  la  part  du  Seigneur. 
(II  Thess.,  ii,  4.)  Eh  bien,  vous  voyez  dès  maintenant 
sur  la  terre  plusieurs  antechrists  qui  attaquent  la  reli- 
gion du  Christ,  sa  personne,  sa  divinité,  son  humanité, 
la  réalité  de  sa  passion  et  de  sa  mort.  Ils  sont  les  pré- 
curseurs du  dernier  Antéchrist,  le  fils  de  perdition  qui 
les  surpassera  tous  en  impiété.  Puisque  ces  pervers  le 
précèdent  et  qu'il  doit  les  suivre,  nous  devons  conclure 
qu'il  paraîtra  bientôt. 

La  dernière  période  des  siècles  est  commencée  :  après 
elle,  il  n'y  aura  plus  de  temps;  le  monde  finira,  et  ce 
sera  l'éternité. 

Mais  dix-huit  siècles  se  sont  écoulés  depuis  cette  pa- 
role ;  et  rien  n'annonce  encore  la  fin  du  monde  comme 
prochaine.  Saint  Jean  s'est  donc  trompé  ?  A  Dieu  ne 
plaise  que  nous  supposions  une  seule  erreur  dans  l'en- 
seignement des  Apôtres  et  dans  les  Livres  saints  f  Toute 
l'Ecriture  est  la  parole  de  Dieu  ;  par  conséquent,  elle  ne 
renferme  rien  qui  ne  soit  vrai.  Scripturam  esse  veracissi- 
mam  nemo  dubitat,  nisi  infidelis  aut  impius,  dit  saint 
Augustin.  (Gen.  ad  litt.,  liv.  VII,  c.  xxviii,  n.  42.)  Cette 
difficulté  apparente  se  résout  par  une  parole  de  saint 
Pierre  que  nous  avons  entendue  :  «  Mille  ans  sont  devant 
Dieu  comme  un  jour.  »  (II  Petr.,  m,  8.) 

Novissima  ,hora  est.  Saint  Jean  dit  aux  fidèles  que  la 
dernière  heure  du  monde  s'écoule,  afin  qu'ils  ne  soient 
pas  surpris  de  voir  tant  de  funestes  doctrines  s'élever 
dans  le  sein  de  l'Eglise.  Car  cela  est  annoncé  :  Notre- 
Seigneur  a  prédit  que  beaucoup  de  faux  christs  et  de 
faux  prophètes  paraîtraient  dans  les  derniers  temps. 
(S.  Matth.,  xxiv  :  S.  Marc,  xm.) 

Audistis.  Ces  prédictions  de  Notre-Seigneur  vous  ont 
été  redites  par  les  Apôtres,  et  vous  les  lisez  dans  les 
Evangiles  qui  sont  entre  vos  mains. 

Antichristi  multi.  Parmi  les  hérétiques  ou  antechrists 


—    363     —  /  Joan.,  11. 

auxquels  saint  Jean  fait  allusion,  nous  comptons  Simon 
le  magicien;  Ménandre,  son  disciple;  Cérinthe,  Ebion  et 
Nicolas  d'Antioche,  l'un  des  sept  premiers  diacres.  On  y 
peut  joindre  Hy menée  et  Philetus  dont  parle  saint  Paul. 
En  outre,  les  premiers  Gnostiques  commençaient  à  dog- 
matiser. 

19.  Ex  nobis  prodierunl,  sed  non  erant  ex  nobis.  Na?n 
si  fuissent  ex  nobis,  permansissent  utique  nobiscum;  sed 
ut  manifesti  suit  quoniam  non  sunt  omnes  ex  nobis.  Ces 
hommes  funestes  sont  sortis  d'avec  nous,  mais  ils  n'é- 
taient pas  d'avec  nous.  Car  s'ils  avaient  été  sincèrement 
d'avec  nous,  ils  seraient  demeurés  avec  nous.  Mais  ils 
sont  sortis,  afin  que  leur  perversité  soit  manifestée  et 
que  l'on  sache  que  tous  ceux  qui  paraissent  être  avec 
nous,  ne  sont  pas  d'avec  nous. 

Ex  nobis  prodierunt.  Les  antechrists  dont  il  parle  sont 
des  hérétiques  sortis  du  sein  de  l'Eglise.  Ils  avaient  reçu 
le  baptême  et  professé  la  même  foi  que  nous,  puis  ils 
l'ont  abandonnée. 

Sed  non  erant  ex  nobis.  Ils  fréquentaient  nos  assem- 
blées, ils  participaient  à  nos  saints  mystères  ;  mais  ce 
n'étaient  pas  des  frères  pieux  et  humbles.  Leur  cœur 
était  plein  d'orgueil  et  de  corruption.  Ils  étaient  la  pous- 
sière mêlée  au  bon  grain  dans  l'aire  du  Seigneur  :  le 
vent  de  la  tentation  a  soufflé  sur  eux  et  les  a  emportés. 
C'étaient  des  arbres  sans  racine,  la  première  tempête  les 
a  jetés  à  terre.  Nemo  existimet  bonos  Ecclesia  posse  disce- 
dere,  dit  saint  Cyprien.  Triticum  non  rapit  ventus,  nec 
arborcm  solida  radiée  fundatam  }>rocella  subvertit.  lna- 
nes  paleœ  tempestate  jactantur,  invalidœ  arbores  turbinis 
incursione  evertuntur.  (De  Unit.  Eccl.  9.) 

«  Ils  sortent  du  milieu  de  nous,  dit  à  son  tour  saint 
Jérôme,  pour  adorer  publiquement  ce  qu'ils  adoraient 
déjà  dans  leur  cœur.  »  Foras  prodeunt,  ut  publiée  colant 
quod  intus  venerabantur.  «  Pécheur,  crie  saint  Augustin 
à  l'avare  et  à  l'adultère,  réprime  tes  passions  coupables, 
si  m  ne  veux  pas  corriger  tes  vices,  si  tu  aimes  tes  pé- 
chés, tu  es  l'ennemi  du  Christ.  Sois  dans  l'Eglise  ou  hors 


—    364     — 

de  l'Eglise,  tu  es  un  antechrist.  bitus  sis,  foris  sis,  anli- 
christus  es.  (In  I  Joan.  tract,  m,  9.)  «  Ces  hommes  im- 
purs ,  dit-il  encore,  sont  dans  l'Eglise  comme  des  hu- 
meurs malsaines  :  lorsqu'elles  sont  évacuées,  le  corps 
est  soulagé.  »  Quando  evomuntuv,  tune  relevatur  corpus. 
(Ib.,  4.)  ' 

Nam  si  fuissent  ex  ?iobis,  permansissent  utique  nobis- 
cum.  L'Apôtre  ne  veut  pas  dire  que  tous  ceux  qui  déser- 
tent l'Eglise  n'ont  jamais  eu  la  foi  ni  possédé  la  grâce  ; 
mais  il  fait  entendre  qu'un  esprit  de  superbe  et  une  vie 
désordonnée  ont  précédé  leur  apostasie.  Les  âmes  hum- 
bles et  ferventes  ne  font  point  de  telles  chutes,  ou  si  elles 
chancellent  par  surprise,  Dieu,  dans  sa  bonté,  les  relève 
aussitôt. 

Non  erant  ex  nobis.  Selon  quelques-uns,  saint  Jean 
voudrait  dire  que  ces  hérétiques  n'étaient  pas  du  nombre 
des  élus.  Mais  nous  ne  croyons  pas  que  ce  soit  la  pensée 
de  l'Apôtre.  Rien  n'indique  qu'il  ait  voulu  toucher  ici  au 
profond  mystère  de  la  prédestination. 

Sed  ut  manifesti  sint.  Mais  il  est  bon  que  les  hypo- 
crites soient  démasqués.  Ces  hommes  vicieux  publient 
eux-mêmes  leur  honte,  quand  ils  se  séparent  de  nous; 
et  les  scandales  qui  éclatent  de  temps  en  temps  font  voir 
que  tous  ceux  qui  sont  membres  de  l'Eglise  ne  sont  pas 
des  saints.  Exeundo  manifestantur,  dit  saint  Augustin 
(in  hune  1.).  Leur  chute  nous  instruit  nous-mêmes  :  elle 
nous  apprend  à  ne  pas  nous  enorgueillir,  mais  à  vivre 
dans  l'humilité  et  la  vigilance,  pour  ne  pas  tomber  comme 
ces  présomptueux. 

20.  Sed  vos  unctionem  habetis  a  Sancto,  et  nostis  om- 
nia.  «  Mais  pour  vous,  vous  avez  reçu  l'onction  du  Saint 
des  saints,  et  vous  connaissez  toutes  choses.  »  L'onction 
que  vous  avez  reçue  du  Christ  vous  a  communiqué  dans 
un  haut  degré  la  science  et  l'intelligence.  C'est  pourquoi 
vous  connaissez  tout  ce  que  vous  devez  croire,  et  vous 
êtes  capables  de  discerner  la  vérité  du  mensonge.  Il  vous 
est  donc  facile  d'éviter  la  séduction  des  antechrists. 

Unctionem  habetis,  /y-vp-  e^ere,  le  Christ  vous  a  faits 


—    365    —  /  Joan.f  n. 

participants  de  son  onction.  Or,  l'onction  du  Christ  est 
la  grâce  du  Saint-Esprit  qui  a  rempli  son  humanité  dans 
un  degré  inaccessible  à  toute  créature.  Unxit  te,  Deas, 
Deits  tuus  oleo  lœtitiœ  prœ  consortibus  tuis.  (Ps.  xliv.) 
De  môme,  le  Christ  a  répandu  dans  vos  âmes  le  Saint- 
Esprit  qui  les  a  arrosées  de  lumière  et  de  sainteté;  et 
vous  êtes  ainsi  vous-mêmes  devenus  des  christs  en  par- 
ticipant à  Fonction  du  Christ,  Fils  de  Dieu  ;  car,  nous 
ses  disciples,  nous  avons  tous  reçu  de  sa  plénitude  :  de 
eu  jus  pleniludine  nos  omnes  accepimus.  (S.  Joan.,  v,  1G.) 

Et  nostis  omnia.  Chaque  fidèle  connaît  toutes  les  choses 
nécessaires  au  salut  ;  car  on  a  eu  soin  de  l'en  instruire 
avant  de  l'admettre  au  baptême,  et  il  connaît  par  là 
même,  avec  la  lumière  du  Saint-Esprit  qui  éclaire  les 
humbles,  tout  ce  qu'il  doit  savoir  pour  se  garder  des  an- 
techrists  et  dicerner  les  faux  prophètes.  Que  si,  par  ces 
mots  nostis  omnia,  l'on  entendait  une  connaissance  de  la 
religion  plus  étendue,  cette  parole  ne  s'adresserait  plus 
à  chaque  fidèle,  mais  aux  églises.  C'est  comme  si  l'Apô- 
tre leur  disait  :  Vous  avez  des  prêtres  et  des  docteurs, 
versés  dans  la  science  de  l'Evangile  et  très  capables  de 
vous  en  instruire  :  écoutez-les. 

21.  Non  scripsi  vobis  quasi  iqnorantibus  veritatem,  sed 
quasi  scientibus  eam,  et  quoniam  omne  mendacium  ex 
veritate  non  est.  «  Aussi  je  ne  vous  ai  pas  écrit  comme 
à  des  hommes  qui  ignorent  la  vérité,  mais  comme  à  ceux 
qui  la  connaissent  et  qui  savent  que  nul  mensonge  ne 
vient  de  la  vérité.  »  J'ai  donc  seulement  voulu  rappeler 
à  votre  mémoire  ce  que  vous  avez  appris,  afin  que  vous 
vous  attachiez  fermement  à  ces  vérités  pour  les  mettre 
dans  votre  cœur  et  y  conformer  votre  conduite.  Je  n'ai 
pas  non  plus  besoin  de  réfuter  les  mensonges  des  héré- 
tiques :  vous  comprenez  vous-mêmes  que  leurs  erreurs 
ne  peuvent  se  concilier  avec  la  vérité  qui  vous  a  été 
annoncée.  Car  celui  qui  voit  clairement  une  vérité  dis- 
tingue l'erreur  qui  lui  est  contraire,  comme  une  ligne 
droite  accuse  tout  ce  qui  dévie  de  sa  rectitude. 

82.  Quis  est  mendax,  nisi  is  qui  uegat  quoniam  Jésus 


—    366    — 

est  Chris  tus  ?  Or  qui  est-ce  qui  est  menteur,  si  ce  n'est 
pas  celui  qui  nie  que  Jésus  est  le  Christ,  l'Homme  uni  à 
la  divinité? 

Hic  est  antichristus,  qui  negat  Patrem  et  Filium.  Celui 
qui  nie  que  Jésus  est  le  Christ  est  un  antechrist  :  il 
nie  à  la  fois  le  Père  et  le  Fils.  Car  dans  la  divinité,  il  n'y 
a  point  d'autre  Père  que  le  Père  de  Jésus,  comme  il  n'y  a 
point  d'autre  Fils  que  Jésus. 

Quis  est  mendax?  tc'ç  è(mv  6  <J/eu<m;ç;  quel  est  le  plus 
funeste  et  le  plus  criminel  des  menteurs?  Tel  est  le  sens 
que  l'article  (6)  donne  à  la  phrase.  En  effet,  dit  le  véné- 
rable Bède,  tous  les  autres  mensonges  n'approchent  pas 
de  celui-là  :  in  hujus  comparalione  me?idacii,  caetera  aut 
parva  videntur  aut  nulla.  Car  en  niant  que  Jésus  est  le 
Christ,  l'Homme-Dieu,  le  Rédempteur,  le  Sauveur  des 
hommes,  on  ôte  aux  hommes  toute  espérance  de  salut. 

Cette  parole  de  saint  Jean  réfute  Cérinthe  et  Ebion, 
qui  niaient  que  Jésus,  fils  de  Marie,  fût  le  Christ.  En 
soutenant  qu'il  n'était  pas  le  Christ,  ils  niaient  aussi 
qu'il  fût  le  Fils  de  Dieu.  Car  tous  les  Juifs  étaient  alors 
persuadés  que  le  Christ  serait  le  Fils  de  Dieu,  comme  le 
prouve  cette  parole  du  Grand  Pontife  adressée  à  Notre- 
Seigneur  :  Je  vous  adjure  par  le  Dieu  vivant  de  nous  dire 
si  vous  êtes  le  Christ,  Fils  de  Dieu.  Adjuro  te  per  Deum 
vivum,  ut  dicas  nobis  si  tu  es  Christus,  Filius  Dei. 
(S.  Matth.,  xxvi,  68.) 

Mais  ceux  qui  nient  le  Fils  rejettent  aussi  le  Père. 

23.  Omnis  qui  negat  Filium,  nec  Patrem  habet.  Qui 
confite tur  Filium,  et  Patrem  habet.  C'est  en  vain  que  ces 
hérétiques,  issus  du  judaïsme,  se  flattent  de  reconnaître 
le  Père  et  de  lui  rendre  des  hommages  qui  lui  soient 
agréables.  Celui  qui  rejette  le  Fils  n'a  point  le  Père,  il  le 
nie.  Comment  en  effet  le  Père  serait-il  Père,  s'il  n'a  pas 
un  Fils?  Et  celui  qui  confesse  le  Fils  a  aussi  le  Père.  Car 
en  reconnaissant  le  Fils  comme  Fils  de  Dieu,  il  admet 
qu'en  la  divinité  il  y  a  un  Père,  puisque  ces  deux  termes 
sont  corrélatifs. 

C'est  ce  que  Notre-Seigneur  déclarait  aux  Juifs.  «  Vous 


—    367     —  /  Joan.,  u. 

ne  connaissez  ni  moi  ni  mon  Père  »,  leur  disait-il  «  Car. 
si  vous  me  connaissiez,  vous  connaîtriez  aussi  mon 
Père.  »  (S.  Jean,  vin,  19.) 

Nec  Patrem  habet.  Celui  qui  nie  le  Fils  n'admet  pas  le 
Père  dans  sa  profession  de  foi,  il  ne  le  reconnaît  pas 
comme  vrai  Dieu  et  comme  vrai  Père;  il  ne  saurait  pro- 
noncer avec  nous  cette  parole  du  symbole  :  Credo  in 
Deum  Patrem. 

24.  Vos  quod  audistis  ab  initio,  in  vobis  permaneat. 
«  Pour  vous,  ayez  soin  que  la  doctrine  que  vous  avez 
apprise  dès  le  commencement  demeure  toujours  en 
vous.  »  Voilà  le  grand  principe  qui  doit  diriger  les 
docteurs  et  les  fidèles.  Vous,  docteurs,  continuez  d'ensei- 
gner ce  qui  a  été  enseigné  dès  le  commencement;  et 
vous,  fidèles,  croyez  ce  que  vos  pères  vous  ont  appris. 
Cette  parole  de  saint  Jean  est  un  glaive  qui  frappe 
Arius,  Nestorius,  Pelage,  Luther,  et  tous  les  novateurs 
modernes  (1).  » 

Si  in  vobis  permanserit  quod  audistis  ab  initio,  et  vos 
in  Pâtre  et  Filio  permanebitis.  Si  ce  que  vous  avez  appris 
dès  le  commencement  de  la  prédication  évangélique,  si 
l'enseignement  que  vous  avez  reçu  des  Apôtres  et  de 
leurs  disciples,  demeure  toujours  en  vous,  si  vous  le 
croyez  et  le  pratiquez,  vous  demeurerez  vous-mêmes 
dans  la  bienheureuse  société  du  Père  et  du  Fils.  Comme 
vous  serez  en  eux,  ils  seront  en  vous.  Car,  dit  Notre- 
Seigneur,  celui  qui  garde  ma  parole  est  aimé  de  mon 
Père  :  nous  viendrons  en  lui  et  nous  demeurerons  en 
lui  :  Ad  eum  venienius  et  mansioncm  apud eum  faciemus. 
(S.  Joann..  xiv,  23.)  Le  cœur  du  chrétien  est  le  temple 
de  Dieu. 

.  Et  hxc  est  rcpromissio  qnam  ipse  pollicitus  est 
nobis,  vitam  xternam.  «  Et  telle  est  la  promesse  que 
lui-même  nous  a  faite:  c'est  la  vie  éternelle.  »(S.Matth., 
mx,  29;  S.  Joann.,  ni,  15.)  Car  la  vie  éternelle  consiste 

(1)  Vos  quod  audistis,  in  vobis  permaneat.  Il  n'y  a  point  ici  d'irré- 
gulai  le  sujel  d'audistis.  De  même  au  v.  27,  vos  est  le  sujet 

ttis. 


—    368    — 

à  être  associé  au  Père,  au  Fils  et  au  Saint-Esprit,  à  les 
voir,  à  les  aimer,  à  être  aimé  d'eux  et  à  participer  sans 
fin  à  leur  gloire  (1). 

26.  Hœc  scripsi  vobis  de  his  qui  seducunt  vos.  Voilà  ce 
que  je  voulais  vous  écrire  touchant  ceux  qui  s'efforcent 
de  vous  séduire  et  de  vous  entraîner  dans  l'erreur. 

Seducunt.  On  séduit  par  des  promesses,  ou  par  des 
menaces,  ou  par  de  faux  raisonnements.  Pour  les  pro- 
messes, quels  biens  peut-on  vous  offrir  qui  soient  compa- 
rables à  la  vie  éternelle?  Quant  aux  menaces,  si  des 
hommes  veulent  vous  contraindre  à  commettre  un  péché, 
songez  au  Tout-Puissant,  et  vous  ne  craindrez  rien.  De 
quoi  ces  hommes  vous  menacent-ils? Est  ce  de  la  prison, 
des  chaînes,  du  bûcher,  des  bêtes  féroces?  Ne  vous 
laissez  point  effrayer  par  ceux  qui  tuent  le  corps  et  ne 
peuvent  rien  faire  davantage.  Est-ce  qu'un  homme  peut 
vous  menacer  des  feux  éternels?  Craignez  les  menaces 
du  Tout-Puissant,  aimez  les  promesses  du  Tout-Puissant, 
et  vous  compterez  pour  rien  les  promesses  et  les  menaces 
du  monde.  Exhorresce  quod  minatur  Omnipotent,  ama 
quod  pollicetur  Omnipotens  :  et  vilescit  mundus  sive  pro- 
mittens  sive  terrens.  (S.  Aug.  in  Ep.  Joan.,  tract,  ni,  c.  12.) 

Quant  aux  raisonnements  des  hérétiques,  la  divine 
lumière  que  vous  avez  reçue  dans  le  baptême  vous  mon- 
trera le  faux  de  leurs  vaines  subtilités. 

27.  Et  vos  unctionem  quam  accepistis  ab  eo  maneat  in 
vobis.  Et  non  necesse  habetis  ut  aliquis  doceat  vos;  sed 
sicut  unctio  ejus  docet  vos  de  omnibus,  et  verum  est,  et 
non  est  mendacium.  Et  sicut  docuit  vos,  manete  in  eo. 
Ayez  donc  soin  que  l'onction  que  vous  avez  reçue  du 
Christ  demeure  en  vous  ;  et  vous  n'avez  pas  besoin  que 
personne  vous  instruise  ;  mais  comme  cette  onction  du 
Christ  vous  enseigne  toutes  choses,  de  même  son  ensei- 
gnement est  vrai  et  pur  de  tout  mensonge.  Demeurez 

(1)  Vitam  œternam.  Cet  accusatif  n'est  pas  une  faute;  la  phrase  est 
correcte  et  même  élégante.  Au  lieu  de  dire  scilicet  est  vita  œtema, 
l'auteur  joint  tout  de  suite  vitam  œternam  à  pollicitv.s  est,  qui  est  censé 
mis  deux  fois  :  scilicet  pollicitiis  est  nobis  vitam  œternam. 


—    369    —  /Joan.,n. 

donc  en  lui  et  dans  sa  doctrine,  telle    qu'il   vous    l'a 
enseignée. 

Vnctionem  quant  accepistis  ab  eo.  Le  Christ,  l'Oint  du 
Seigneur,  vous  a  communiqué  son  onction,  et  vous  êtes 
devenus  oints  et  sacrés  comme  lui.  Car  une  admirable 
effusion  de  lumière  et  de  grâce  s'est  faite  en  vos  âmes 
par  le  baptême,  et  cette  onction  spirituelle  vous  a  donné 
l'intelligence  des  vérités  que  l'on  vous  avait  apprises  :  en 
sorte  qu'il  n'est  plus  nécessaire  maintenant  que  quel- 
qu'un vous  instruise  :  Non  necesse  habetis  ut  aliquis 
doceat  vos. 

Saint  Jean  ne  prétend  pas  que  le  chrétien,  une  fois 
baptisé,  n'a  plus  besoin  que  personne  lui  enseigne  la 
religion,  parce  que  le  Saint-Esprit  serait  désormais  son 
seul  maître.  C'est  le  faux  sens  qu'adoptent  les  protes- 
tants. Ils  se  fondent  sur  ce  texte  pour  refuser  à  l'Eglise 
le  droit  d'interpréter  les  Ecritures;  et  ils  prétendent  que 
chaque  fidèle,  recevant  directement  l'inspiration  du 
Saint-Esprit,  est  lui-même  l'interprète  légitime  de  la 
parole  divine  et  le  juge  de  ce  qu'il  doit  croire. 

Saint  Jean  veut  dire  seulement  aux  fidèles  qu'ils  n'ont 
pas  besoin  de  nouveaux  docteurs,  qui  viendraient  leur 
enseigner  des  vérités  ajoutées  à  celles  qu'ils  ont  apprises. 
Car  toute  la  religion  est  contenue  dans  le  Symbole  qu'on 
leur  a  expliqué  et  dans  les  instructions  qui  les  ont  pré- 
parés au  baptême.  Il  veut  dire  aussi  que  le  Saint-Esprit 
lui-même  a  été  leur  maître.  Lorsqu'ils  ont  reçu  le  sacre- 
ment, l'onction  du  Christ  les  a  illuminés  ;  elle  leur  a  donné 
une  profonde  conviction  de  toutes  les  vérités  qu'on  leur 
avait  exposées,  et  ils  ont  compris  qu'elles  étaient  certai- 
nes. C'est  là  un  des  admirables  effets  du  baptême.  Aussi, 
dans  les  temps  apostoliques,  on  l'appelait  le  sacrement 
de  l'illumination. 
Quant  à  rendre  chaque  fidèle  interprète  et  juge  du  sens 

(1)  Vnctionem  quant  accepistis,  maneat.  Virgile  a  dit  de  même  : 
Urbem  quam  ttatuo,  restra  est.  Le  pronom  conjonctii'  q>>am  est  censé 
mis  entre  deux  cas  du  même  nom.  C'est  comme  s'il  y  avait  :  Unctio, 
<P< a  vos  accepistis,  maneat. 

i  i  nui  s  CATHOl  IQ  -ji 


—     370    — 

des  Ecritures,  saint  Jean  n'y  pense  pas.  Il  se  contredirait 
lui-même.  Car  si  le  Saint-Esprit  est  le  seul  docteur  des 
fidèles,  pourquoi  donc  le  même  saint  Jean  entreprend-il 
de  les  instruire  en  leur  écrivant  cette  lettre?  C'est  ce 
qu'observait  saint  Augustin,  qui  réfutait  cette  vicieuse  in- 
terprétation, tant  de  siècles  avant  Luther.  Ecoutez  comme 
il  raisonne.  «  Il  n'est  pas  nécessaire  que  quelqu'un  vous 
instruise,  dit  l'Apôtre,  parce  que  l'onction  du  Saint-Esprit 
vous  enseigne  toutes  choses.  »  Mais  que  faisons- nous 
donc,  mes  frères,  lorsque  nous  vous  instruisons?  Si 
l'onction  vous  apprend  tout,  notre  travail  est  superflu. 
Pourquoi  tant  d'efforts  de  paroles  ?  il  suffit  de  vous  aban- 
donner à  l'onction  qui  vous  instruira  elle-même.  Mais  je 
me  fais  une  question  et  je  la  fais  aussi  à  l'Apôtre.  Qu'il 
daigne  répondre  à  mon  humble  demande.  Ceux  à  qui 
vous  parliez,  ô  bienheureux  Apôtre,  n'avaient-ils  pas 
l'onction?  Or  vous  leur  dites  que  l'onction  leur  enseigne 
tout  :  pourquoi  donc  leur  avez-vous  écrit  cette  lettre  ?  Et 
que  prétendez-vous  leur  enseigner  ?  —  Il  faut  reconnaître 
ici,  mes  frères,  une  doctrine  mystérieuse.  Le  son  de  nos 
paroles  frappe  les  oreilles,  le  maître  est  au  dedans  de 
vous.  Somis  verborum  nostrorum  auras  percutit,  magister 
intus  est.  Ne  croyez  pas  qu'un  homme  puisse  apprendre 
à  un  autre  homme  une  seule  vérité  du  salut.  Nous  vous 
avertissons  par  le  bruit  de  nos  voix  ;  mais  ce  bruit  serait 
inutile,  s'il  n'y  avait  pas  au  dedans  de  vous  un  maître 
qui  vous  parle.  Ainsi  s'exprime  saint  Augustin.  (In  h.  1.) 
D'ailleurs  le  principe  protestant  est  absurde.  Peut-on 
en  effet  dire  à  tous  les  hommes  de  l'univers,  laboureurs, 
bergers,  forgerons,  soldats  :  «  Voilà  une  bible  hébraïque 
et  un  Nouveau  Testament  grec  :  lisez-les;  c'est  sur  cet 
hébreu  et  sur  ce  grec  que  vous  devez  régler  vous-mêmes 
votre  foi?  »  Est-ce  que  tout  le  monde  doit  apprendre  le 
grec  et  l'hébreu  pour  être  sauvé  ?  Que  si  vous  donnez  à 
chaque  peuple  une  bible  traduite  en  sa  langue,  ne  voyez- 
vous  pas  que  ces  traductions  mêmes  sont  des  interpréta- 
tions humaines?  Les  protestants  ne  veulent  pas  écouter 
l'Eglise,  qui  est  instituée  de  Dieu  pour  enseigner  la  vérité 


—     871     —  /  Joan.,  n. 

aux  hommes,  et  ils  se  confient  à  des  orgueilleux,  à  des 
ignorants,  à  des  individus  sans  mission  et  sans  autorité. 

Unctio  ejus  docet  vos.  Saint  Jean  répète  ici  la  parole 
qu'avait  prononcée  Notre-Seigneur  :  Et  erunt  omnes  doci- 
biles  Dei.  (S.  Joann.,  vi  45.)  Le  prophète  Isaïe  avait  aussi 
prédit  que  Jérusalem,  c'est-à-dire  l'Eglise,  verrait  tous 
ses  enfants  instruits  par  le  Seigneur  :  Universos  filios  titos 
doctos  a  Domino.  (Is.,  liv,  13.) 

Docet  vos  de  omnibus.  C'est  encore  ce  que  Notre-Sei- 
gneur avait  promis  à  ses  disciples  :  Le  Saint-Esprit,  leur 
disait-il,  vous  enseignera  toute  chose,  c'est-à-dire  toute 
ma  doctrine  :  llle  vos  docebit  omnia.  (S.  Joann.,  xiv,  26.) 

Sicut  unctio  ejus  docet  vos  de  omnibus,  et  verum  est  et 
non  est  mendacium.  Or,  comme  c'est  l'onction  du  Christ 
qui  vous  enseigne  toute  chose,  de  même  tout  ce  que  vous 
avez  appris  du  Christ  est  vrai  et  il  n'y  a  point  de  men- 
songe dans  sa  doctrine.  Vous  n'écouterez  donc  pas  ceux 
qui  veulent  la  changer. 

Unctio  ejus  docet  vos  de  omnibus.  C'est  l'Esprit-Saint 
qui  par  sa  lumière  intérieure  fait  comprendre  et  croire 
les  vérités  de  la  foi.  Cependant,  selon  l'ordre  de  la  Provi- 
dence, il  est  nécessaire  que  la  parole  de  l'homme  précède 
la  grâce  de  Dieu  ;  car,  dit  saint  Paul,  comment  les  nations 
croiront-elles  à  Jésus-Christ,  s'il  ne  leur  est  pas  annoncé 
par  la  voix  des  prédicateurs  ?  Quomodo  credent  ei  quem 
non  audieruntl  aut  quomodo  audient  sine  prœdicante? 
(Rom.,  x,  14.) 

Et  sicut  docuit  vos,  manete  in  eo.  Et  puisque  l'onction 
du  Christ  ne  vous  enseigne  que  la  vérité,  demeurez  donc 
inébranlables  dans  sa  doctrine,  telle  qu'il  vous  l'a 
enseignée. 

28.  Et  mine,  filioli,  manete  in  eo.  11  répète  une  seconde 
fois  le  même  précepte,  avec  une  expression  de  tendresse, 
pour  le  leur  inculquer  davantage.  Et  maintenant,  mes 
chers  enfants,  je  vous  en  supplie  de  nouveau,  demeurez 
en  Jésus-Christ  et  fermes  dans  sa  doctrine  :  afin  que, 
lorsqu'il  apparaîtra,  nous  soyons  tous  remplis  de  con- 
Qance  en  sa  présence,  et  que  nous  ne  soyons  pas  con- 


u  I  -v      — 

fondus  au  jour  de  son  avènement.  Ut,  qmim  apparuerit, 
habeamas  fiduciam,  et  non  confundamur  in  adventa  ejus. 

Or  le  moyen  de  n'être  point  confondu  en  présence  du 
juste  Juge,  c'est  d'être  juste  soi-même  et  de  se  présenter 
devant  lui  avec  le  titre  d'enfant  de  Dieu. 

29.  Siscitis  quoniam  justus  est,  scitote  quoniam  et  omnis 
qui  facit  jnstitiam  ex  ipso  natns  est.  Si  vous  savez  que 
Dieu  est  juste  et  la  justice  même,  sachez  aussi  que  tout 
homme  qui  fait  des  œuvres  de  justice  est  né  de  lui  selon 
la  grâce.  Dieu  le  regarde  comme  son  fils  et  il  en  fait  un 
prince  de  son  royaume. 

Qui  facit  justitiam.  Remarquez  avec  soin  qu'il  ne  suffit 
pas  de  croire  la  vérité  pour  être  juste  :  il  faut  en  outre 
accomplir  la  justice. 

Or  tout  homme  qui  fait  des  oeuvres  de  justice  est  né  de 
Dieu  par  une  nouvelle  naissance,  qu'on  appelle  la  régé- 
nération. Omnis  qui  facit  justitiam  ex  ipso  natus  est.  Car 
une  œuvre  de  justice,  une  de  ces  œuvres  qui  méritent  la 
vie  éternelle,  exige  une  puissance  supérieure  aux  forces 
de  la  nature.  Cette  puissance  nécessaire  réside  dans  la 
grâce  qui  nous  rend  enfants  de  Dieu  et  que  l'Esprit-Saint 
répand  dans  nos  âmes.  C'est  ce  qui  fait  comprendre  pour- 
quoi l'on  voit  fleurir  dans  l'Eglise  catholique  des  vertus 
et  des  œuvres  qui  ne  naissent  point  ailleurs. 

L'Apôtre  va,  dans  le  chapitre  suivant,  dépeindre  le 
caractère  de  la  vraie  justice. 


—    873     - 


CHAPITRE  TROISIÈME 


ANALYSE 

Au  premier  coup  d'œil,  les  pensées  de  ce  chapitre  semblent 
détachées  :jl  faut  les  examiner  attentivement  pour  en  décou- 
vrir la  liaison.  Saint  Jean  se  propose  d'indiquer  les  conditions 
requises  pour  être  véritablement  juste  et  saint  devant  Dieu. 
Voici  comment  il  procède  : 

1.  D'abord  il  rappelle  que  Dieu  nous  a  adoptés  pour  ses 
enfants.  Gomme  enfants  de  Dieu,  nous  verrons  notre  Père  tel 
qu'il  est  et  nous  serons  semblables  à  lui. 

2.  Quiconque  a  l'espérance  de  voir  Dieu  et  d'être  semblable 
A  Dieu,  doit  dès  maintenant  s'efforcer  d'être  saint  comme  Dieu. 

3.  La  sainteté  exclut  le  péché.  Or,  on  pèche  en  violant  non 
seulement  les  lois  que  Dieu  a  promulguées  extérieurement, 
mais  encore  celles  qu'il  a  écrites  dans  nos  consciences. 

4.  Pour  être  saint  et  juste,  il  faut  observer  les  commandements 
de  Dieu.  Ils  se  résument  en  ces  deux  préceptes  :  Croire  ce  que 
Jésus-Christ  nous  enseigne,  et  nous  aimer  les  uns  les  autres. 

5.  L'amour  du  prochain  nous  oblige,  premièrement  à  donner, 
s'il  le  faut,  notre  vie  temporelle  pour  le  salut  éternel  de  nos 
frères  ;  secondement  à  secourir  nos  frères  dans  leurs  besoins, 
par  l'aumône,  selon  nos  facultés. 

<*..  si  nous  observons  ainsi  le  précepte  de  la  charité  frater- 
nelle, nous  aurons  une  grande  confiance  en  Dieu,  et  cette  con- 
fiance nous  obtiendra  de  lui  toutes  les  grâces  que  nous  lui 
demanderons.  Nous  demeurerons  en  lui  et  il  demeurera  en 
nou>. 

"/.  C'est  ainsi  qne  nous  ;injuerrons  la  parfaite  justice,  et  la 
société  avec  Dieu  en  sera  la  nVompense. 

Telle  nous  semble  ôtre  la  suite  des  principales  idées  que 
sainl  Jean  expose  dans  ce  chapitre. 


—    874     — 

Au  reste  les  pensées  qu'il  exprime  peuvent  se  lier  entre 
elles  de  diverses  manières,  qui  toutes  sont  vraies  :  en  sorte 
qu'elles  forment  un  sujet  inépuisable  de  saintes  méditations. 


1.  Considérez  quel  amour  le  Père 
nous  a  témoigné,  en  voulant  que 
nous  fussions  appelés  enfants  de 
Dieu,  et  que  nous  le  soyons  en  effet. 
C'est  parce  qu'il  n'est  pas  connu  du 
monde,  que  le  monde  ne  nous  con- 
naît pas  nous-mêmes. 

2.  Mes  bien-aimés,  nous  sommes 
déjà  enfants  de  Dieu  :  mais  ce  que 
nous  serons  un  jour  ne  paraît  pas 
encore.  Nous  savons  que  lorsque 
Dieu  apparaîtra,  nous  serons  sem- 
blables à  lui,  parce  que  nous  le 
verrons  tel  qu'il  est. 

3.  Et  quiconque  a  cette  espérance 
en  Dieu  se  sanctifie  comme  Dieu 
lui-même  est  saint. 

4.  Tout  homme  qui  commet  un 
péché  commet  aussi  une  violation 
de  la  loi  ;  car  le  péché  est  la  viola- 
tion de  la  loi. 

5.  Et  vous  savez  que  le  Fils  de 
Dieu  s'est  manifesté  au  monde,  afin 
de  se  charger  de  nos  péchés,  et  qu'il 
n'y  a  point  de  péché  en  lui. 

6.  Quiconque  demeure  en  lui  ne 
pèche  point,  et  quiconque  pèche  ne 
l'a  point  vu  et  ne  l'a  point  connu. 

7.  Mes  chers  enfants,  que  per- 
sonne ne  vous  séduise.  Celui  qui  vit 
selon  la  justice  est  juste,  comme  le 
Christ  est  juste. 

8.  Celui  qui  commet  le  péché  est 
fils  du  diable,  parce  que  le  diable 
pèche  dès  le  commencement.  Et  c'est 
pour  détruire  les  oeuvres  du  diable 
que  le  Fils  de  Dieu  est  venu  au 
monde. 

9.  Tout  homme  qui  est  né  de 
Dieu  ne  commet  point  de  péché, 
parce  que  la  semence  de  Dieu  de- 
meure en  lui  ;  et  il  ne  peut  pécher, 
parce  qu'il  est  né  de  Dieu. 

10.  C'est  en  cela  que    l'on  recon- 


1.  Videte  qualem  charitatem 
dédit  nobis  Pater  ut  filii  Dei 
nominemur  et  simus.  Propter 
hoc  mnndus  non  novît  nos,  quia 
non  novit  eun'. 


2.  Charissimi,  nicnc  filii  Dei 
sumi's  ;  et  nondum  apparuit 
quid  erimus.  Scimus  quoniam 
quum  apparuerit ,  similes  ei 
erimus  :  quoniam  videbimus 
eum  sicuti  est. 

3.  Et  omnis  qui  habet  hanc 
spem  in  eo,  sanctificat  se,  sicut 
et  ille  sanctus  est. 

4.  Omnis  qui  facit  peccatum, 
et  iniquitatem  facit',  et  pecca- 
tuni  est  iniquitas. 

5.  Et  scitis  quia  ille  apparuit 
ut  peccata  nostra  tolleret  ;  et 
peccatum  in  eo  non  est. 

6.  Omnis  qui  in  eo  manet, 
non  peccat  ;  et  omnis  qui peccat, 
non    vidit    eum,    nec   cognovit 

OJ'ni  . 

7.  Filioli,  nemo  vos  seducat. 
Qui  facit  justitiam,  justus  est, 
sicut  et  ille  justus  est. 

8.  Qui  facit  peccatum,  ex  dia- 
bolo est  :  quoniam  ab  initio 
diabolus  peccat.  In  hoc  apparuit 
Filins  Dei,  ut  dissolvat  opéra 
diaboli. 

9.  Omnis  qui  natus  est  ex  Deo, 
peccatum  non  facit  :  quoniam 
semen  ipsius  in  eo  manet  ;  et 
iion  potest  peccare,  quoniam  ex 
Deo  natus  est. 

10.  In  hoc  manifesti  sunt  filii 


375 


/  Joan.,  m. 


Dei,  et  filii  diaboli.  Ornais  q>>i 
non  est  justus,  non  est  ex  Deo, 
et  qui  non  diliglt  fratrem  suum. 


11.  Quoniam  hœc  est  annun- 
tiatio  quant  audistis  ab  initio, 
ut  diligatis  alterutrum  : 

12.  Xon  sicut  Cal)),  qui  ex 
maligne  erat,  et  occidit  fratrem 
suum.  Et  propt-er  quid  occidit 
ré,,/  i  quoniam  opéra  ejas  ma* 
ligna  erant,  fralris  autem  ejus, 
jasta. 

13.  Nolite  mira.ri,  fratres,  si 
odit  vos  mundus. 

14.  Xos  s cimv. s  quoniam  trans- 
lata sumus  de  morte  ad  vitam, 
quoniam  diligimus  fratres.  Qui 
non  diligit,  manet  in  morte. 

15.  Omnis  qui  odit  fratrem 
suum,  homicida  est.  Et  scitis 
quoniam  omnis  homicida  non 
habci  vitam  œternam  in  semet- 
ipso  manentem. 

16.  In  hoc  cognovimus  chari- 
tatem  Dei,  quoniam  ille  animam 
suam  pro  nobis  posuit  :  et  nos 
debemus  pro  fratribus  animas 
paner e. 

17.  Qui  habuerU  substantiam 
hujus  mundi,  et  viderit  fratrem 
tuum  necessitatem  h.abere,  et 
cUtus'erit  oiscera  sua  ab  eo , 
quornodi)  charitas  Dei  manet  in 
eo  ? 

18.  Fîlioîi  met,  nondiliga,,nis 
verbo  neque   lingua,   sed   opère 

ritutr. 

19.  In  hoc  cogaoscimus  quo- 
nia\  !  in 

]),•!■>  tjusmetdébùnus  <  orda 

/lOS' . 

20.  Quoniam  si  reprehenderit 
nos  cor  nostrum,  major  est  Deus 
corde  ■  l  naoit  onmia. 

2L  Charis*imit  si  cor  nostrum 
non  rtprehtmderii  now,  fldnciam 
fmbemus  ad  Dewm  : 


naît  les  enfants  de  Dieu  et  les  en- 
fants du  diable.  Tout  homme  qui 
n'est  pas  juste,  n'est  point  de  Dieu, 
non  plus  que  celui  qui  n'aime  point 
son  frère. 

11.  Car  ce  qui  vous  a  été  annoncé 
et  ce  que  vous  avez  entendu  répéter 
dès  le  commencement,  c'est  que 
vous  vous  aimiez  les  uns  les  autres  : 

12.  Loin  de  faire  comme  Cain,  qui 
était  (ils  de  l'esprit  mauvais,  et  qui 
tua  son  frère.  Et  pourquoi  le  tua- 
i-il  i  parce  que  ses  oeuvres  étaient 
mauvaises,  et  que  celles  de  son 
frère  étaient  justes. 

13.  Ne  vous  étonnez  pas,  mes 
frères,  si  le  monde  vous  hait. 

14.  Nous  savons  que  nous  som- 
mes passés  de  la  mort  à  la  vie, 
parce  que  nous  aimons  nos  frères. 
Celui  qui  n'aime  point  demeure 
dans  la  mort. 

15.  Tout  homme  qui  hait  son 
frère  est  homicide  ;  et  vous  savez 
que  la  vie  éternelle  ne  réside  point 
en  quiconque  est  homicide. 

16.  Nous  avons  reconnu  l'amour 
de  Dieu  envers  nous,  en  ce  qu'il  a 
donné  sa  vie  pour  nous.  Et  nous 
aussi  nous  devons  donner  notre  vie 
pour  nos  frères. 

17.  Si  un  homme  qui  a  des  biens 
de  ce  monde  voit  son  frère  dans  la 
nécessité,  et  s'il  ferme  ses  entrailles 
à  son  égard,  comment  l'amour  de 
Dieu  demeure-t-il  en  lui  ? 

18.  Mes  chers  enfants,  n'aimons 
pas  en  paroles  et  des  lèvres,  mais 
m  d'uvres  et  en  vérité. 

19.  C'est  par  là  que  nous  connais- 
sons que  nous  sommes  enfants  de 
la  vérité,  et,  que  nous  persuaderons 
nos  cd'urs  en  présence  de  Dieu. 

20.  Car  >i  notre  cœur  nous  con- 
damne, Dieu  est  plus  grand  que 
notre  cœur,  et  il  connaît  toutes 
choses. 

21.  Mes  bien-aimés,  si  notre  cœur 
ne  nous  r-'proche  rien,  nous  avons 
de  la  confiance  devant  Dieu  ; 


—    376    — 


22.  Et  tout  ce  que  nous  lui  de- 
manderons, nous  l'obtiendrons  de 
lui,  parce  que  nous  gardons  ses 
commandements,  et  que  nous  fai- 
sons ce  qui  lui  est  agréable. 

23.  Et  son  commandement,  c'est 
de  croire  au  nom  de  son  Fils  Jésus- 
Christ,  et  de  nous  aimer  les  uns  les 
autres,  comme  il  nous  l'a  commandé. 

24.  Or,  celui  qui  garde  les  com- 
mandements de  Dieu  demeure  en 
Dieu,  et  Dieu  en  lui  ;  et  si  nous 
connaissons  que  Dieu  demeure  en 
nous,  c'est  par  l'Esprit  qu'il  nous  a 
donné. 


22.  Et  quidquid  petieritws, 
accipiemus  ab  eo  :  quoniam 
mandata  ejus  custodimus,  et 
ea  quœ  sunt  placita  coram  eo 
facimus. 

23.  Et  hoc  est  mandatum  ejus: 
Ut  credamus  in  nomine  Filii 
ejus  Jesu  Christi  :  et  diligamus 
alterutrum,  sicut  dédit  manda- 
tum nobis. 

24.  Et  qui  servat  mandata 
ejus,  in  Mo  manet,  et  ipse  in 
eo  ;  et  in  hoc  scimus  quoniam 
manet  in  nobis,  de  Spiritu  quem 
dédit  nobis. 


COMMENTAIRE 


1.  Videte  qualem  charitatem  dédit  nobis  Pate?\  ut  filii 
Dei  nominemur,  et  simus.  Saint  Jean  venait  de  dire  que 
Celui  qui  accomplit  la  justice  est  né  de  Dieu.  Maintenant 
il  explique  la  gloire  et  les  effets  de  cette  bienheureuse 
naissance,  pour  nous  exciter  à  nous  en  montrer  dignes. 
«  Considérez  en  effet,  dit-il,  quel  amour  le  Père  nous  a 
témoigné,  en  voulant  que  nous  fussions  appelés  enfants 
de  Dieu,  et  que  nous  le  soyons  en  vérité.  »  Instituer  quel- 
qu'un son  héritier,  c'est  lui  montrer  une  grande  affection  ; 
mais  le  choisir  et  l'adopter  pour  son  fils,  c'est  un  témoi- 
gnage incomparable  d'estime  et  d'amour.  Et  le  Père,  qui 
possède  un  Fils  éternel  comme  lui,  veut  bien  nous  appe- 
ler ses  enfants  :  il  nous  en  donne  et  le  titre  et  la  réalité, 
en  nous  faisant  participants  de  la  nature  divine,  par  la 
grâce  qu'il  répand  dans  nos  âmes  :  Ut  filii  Dei  nomi- 
nemnr.  C'est  une  allusion  à  la  parole  d'Osée,  qui  s'accom- 
plit dans  les  chrétiens  :  «  Ils  seront  appelés  fils  du  Dieu 
vivant,  dit  le  prophète.  Dicetur  eis,  Filii  Dei  viventis. 
(Os.,  i,  10.) 

Et  sirnus.  Nous  sommes  vraiment  les  enfants  de  Dieu. 
Car  Jésus-Christ  a  donné  à  tous  ceux  qui  croient  en  son 


—    377    —  /  Joan.}  in. 

nom  le  pouvoir  de  le  devenir.  Dédit  eis  poiestatem  filios 
Dei  fieri,  his  qui  credunt  in  nomine  ejus  (1). 

Propter  hoc  mundus  non  novit  nos,  quia  non  novit 
eum.  Ne  soyez  pas  surpris  si  le  monde  ne  connaît  pas 
notre  dignité  d'enfants  de  Dieu,  et  si,  ne  voyant  en  nous 
que  des  hommes  simples  et  pauvres,  il  nous  méprise  : 
c'est  qu'il  ne  connaît  pas  Dieu,  notre  Père.  Car  s'il  con- 
naissait sa  grandeur,  il  estimerait  aussi  la  nôtre. 

Mundus.  Par  le  monde,  saint  Jean  entend  la  multitude 
des  hommes  qui  suivent  leur  concupiscence.  Un  jour  ces 
mondains  verront  dans  la  gloire  les  justes  qu'ils  dédai- 
gnent, et  ils  s'écrieront  avec  étonnement  :  Insensés  que 
nous  étions,  nous  regardions  leur  conduite  comme  une 
folie,  et  voilà  qu'ils  sont  au  nombre  des  enfants  de  Dieu  ! 
(Sap.,  v,  4.) 

2.  Charissimi,  nnnc  filii  Dei  snmus;  et  nondum  appariât 
quid  erimus.  Mes  bien-aimés,  quoique  méprisés  du  monde 
et  chargés  de  sa  haine,  nous  sommes  dès  maintenant  les 
enfants  de  Dieu,  aimés  de  notre  Père  ;  mais  ce  que  nous 
serons  un  jour  ne  paraît  pas  encore.  Nous  sommes  mor- 
tels et  infirmes  comme  tous  les  autres  hommes;  et  rien 
dans  notre  état  présent  n'annonce  la  gloire  qui  nous 
est  réservée.  Mais  quand  Jésus-Christ  apparaîtra,  nous 
serons  transformés.  Nous  serons  alors  semblables  à  lui 
selon  notre  corps  et  selon  notre  à  me.  Scimus  quoniam, 
quum  apparuerit,  similes  ei  erimus.  Saint  Paul  parlait 
de  même  aux  Colossiens  :  «  Lorsque  le  Christ  apparaîtra, 
leur  disait-il,  alors  vous  apparaîtrez  vous-mêmes  avec 
lui  dans  la  gloire.  »  (Coloss.,  m,  4.) 

Similes  ei.  Nous  ne  serons  pas  seulement  semblables, 
dans  nos  corps,  à  l'humanité  glorifiée  de  Jésus -Christ 
ressuscité;  nous  ressemblerons  à  Dieu  même,  dans  notre 
Ame. 

(1)  Et  simus,  en  grec  xs!  fo/uv,  et  sumus.  Quelques  éditions  omettent 
ces  deux  mots:  mais  les  quatre  meilleurs  manuscrits  les  donnent 
(A  B  C  et  le  sinaïtique).  Ils  se  lisent  dans  saint  Augustin,  Théophylacter 
CEcumeniut,  le  syriaque.  Aussi  la  saine  critique  les  adopte.  11  ne  faut 
pas  attribuer  à.  une  faute  de  copiste  la  belle  théologie  contenue  dans 
ce  mot. 


—    :]/8     - 

EL  Nous  participerons  à  la  nature  divine,  comme 
l'affirme  saint  Pierre.  Nous  serons  spirituels,  incorrup- 
tibles, immortels  et  heureux  comme  Dieu. 

Quoniam  videbimas  eum  sicuti  est.  Nous  lui  serons 
semblables,  parce  que  nous  le  verrons  tel  qu'il  est.  Nous 
ne  voyons  maintenant  que  son  image  ;  nous  le  voyons 
dans  un  miroir,  en  énigme  :  per  spéculum  in  œnigmate. 
Nous  le  voyons  dans  ses  œuvres  qui  nous  donnent  une 
idée  de  sa  nature  et  de  ses  perfections,  comme  on  connaît 
l'ouvrier  par  son  ouvrage.  Enfin  nous  le  voyons  par  la 
foi,  dans  sa  parole.  Mais  un  jour  nous  le  verrons  immé- 
diatement lui-même  et  face  à  face. 

Videbimuseum  sicuti  est.  Alors  nous  verrons  une  grande 
vision.  Nous  contemplerons  ce  que  l'œil  de  l'homme  n'a 
point  vu,  ce  que  l'oreille  de  l'homme  n'a  point  entendu, 
ce  que  le  cœur  de  l'homme  n'a  point  conçu.  Nous  verrons 
une  beauté  qui  surpasse  toutes  les  beautés  de  la  terre  et 
des  cieux  ;  car  toutes  les  beautés  créées  ne  sont  que  de 
faibles  rayons  qui  tirent  leur  lumière  de  cette  beauté 
infinie. 

Similes  ei  erimus,  quoniam  videbimus  eum  sicuti  est. 
Nous  serons  semblables  à  Dieu,  parce  que  nous  le  ver- 
rons comme  il  est.  Comment  cette  ressemblance  se  fera- 
t-elle  en  nous?  La  splendeur  de  la  Gloire  viendra  se 
peindre  en  notre  âme,  comme  lorsque  la  lumière  du  so- 
leil tombe  sur  un  pur  cristal,  et  notre  âme  sera  ainsi 
transformée  en  une  admirable  image  de  la  divinité. 

Voyant  Dieu  comme  il  se  voit,  nous  l'aimerons  comme 
il  s'aime.  L'aimant  comme  il  s'aime,  nous  serons  saints 
comme  il  est  saint.  L'homme  en  entrant  dans  la  gloire, 
dit  saint  Bernard,  devient  un  même  esprit  avec  Dieu, 
non  seulement  parce  qu'il  veut  la  même  chose,  mais 
parce  qu'il  ne  peut  pas  vouloir  autre  chose.  Cette  vue, 
cet  amour,  cette  sainteté  nous  rendent,  non  pas  égaux, 
mais  semblables  à  Dieu,  participants  de  sa  nature  et  heu- 
reux de  son  bonheur.  Nous  serons  alors  pleinement  ras- 
sasiés de  félicité.  Satiabor  quum  apparuerit  (jloria  tua. 
(Ps.  xvi.) 


—    379     —  /  Joan.y  ni. 

Sci?nus.  Nous  le  savons  avec  certitude,  parce  que  nous 
l'avons  appris  de  sa  bouche.  Mais  nous  ne  faisons  que 
balbutier,  quand  nous  parlons  de  ces  grandes  choses. 

3.  Et  omnis  qui  habet  hanc  spem  in  eo  sanctificat  se, 
sicut  et  ille  sanctus  est.  «  Et  quiconque  a  cette  espérance 
en  Dieu  se  sanctifie  dès  maintenant,  comme  Dieu  est 
saint  lui-même.  »  Car  l'enfant  d'un  Dieu  saint  doit  être 
saint.  N'est-il  pas  écrit  :  Vous  serez  saints,  parce  que  je 
suis  saint?  Sancti  estote,  quia  ego  sanctus  sum.  (Lev., 
xi,  44,  et  I  Petr.,  i,  16.)  Et  nous  savons  que  nul  ne  verra 
Dieu  s'il  n'a  le  cœur  pur.  Beati  mundo  corde,  quoniam 
ipsi  Deum  videbunt.  (S.  Matth.,  v,  8.)  Enfin  l'on  nous 
avertit  que  rien  de  souillé  n'entrera  dans  la  cité  que 
Dieu  habite.  Non  intrabit  in  eam  aliquid  coinquinatunu 
(Apoc.,  xxi,  27.) 

Sanctificat  se,  xyWÇet  éototov,  castificat  se,  comme  traduit 
saint  Augustin.  Nous  ne  pouvons  nous  conserver  purs  et 
nous  sanctifier  qu'avec  l'aide  de  la  grâce,  et  non  par  nos 
propres  forces.  Dieu  non  plus  ne  nous  sanctifie  pas  sans 
nos  efforts.  Quis  nos  castificat,  nisi  Deus?  Sed  Deus  te 
nolentem  non  castificat.  (S.  Aug.,  in  I  Ep.  Joan.ïr.  iv,  n.  7.) 
La  sainteté  de  l'homme  est  l'eflet  de  la  grâce  de  Dieu,  qui 
aide  la  libre  volonté  de  l'homme. 

Saint  Jean  presse  le  sens  de  ce  mot,  sanctificat  se,  et 
il  insiste  sur  la  sainteté  pour  protester  contre  les  héré- 
tiques qui  regardaient  l'impureté  comme  chose  légère. 

4.  Omnis  qui  facil  peccatum,  et  iniquitatem  facit;  et  pec- 
catum  est  iniquité».  «  Tout  homme  qui  commet  un  péché 
commet  aussi  une  violation  de  la  loi  ;  car  le  péché  n'est 
qu'une  violation  de  la  loi.  »  Ces  hérétiques  établissaient 
une  différence  entre  peccatum  et  iniquitas.  Par  iniquitas, 
wjJ.x,  ils  entendaient  la  violation  d'une  loi  positive;  et 
peccatum.  Kpoprfa,  était  seulement  une  déviation  de  la  par- 
lait e  rectitude;  c'était,  disaient-ils,  une  simple  imper- 
fection qui  ne  tombait  pas  sous  uue  défense  promulguée. 

Or.  ils  prétendaient  que  seule  la  violation  d'une  loi 

itive  privait  de  La  sainteté  et  de  la  justice  exigées  de 

Dieu.  Ainsi  il  est  dit  dans  la  loi  :  Non  mœchaberis,  ou 


—    380    — 

[xoi/i^i'.;,  «  tu  ne  commettras  pas  d'adultère  »  ;  mais  il 
n'est  pas  dit  :  Non  fornicaberis,  ou  Tzopvzôïv.;  »,  tu  ne  com- 
mettras pas  de  fornication.  »  Ils  en  concluaient  que  la 
fornication  n'étant  interdite  ni  par  la  loi  divine  écrite,  ni 
par  la  loi  civile,  n'était  pas  la  violation  d'une  loi.  La 
chasteté  absolue  pouvait  être  meilleure,  mais  la  forni- 
cation n'était  pas  un  crime.  Ce  serait  peut-être  iaaprta, 
peccatitm  ou  defectus,  un  manque  de  perfection  ;  mais  ce 
n'était  pas  avorta,  iniqidtas,  une  faute  grave,  digne  de 
châtiment  (1). 

Mais  saint  Jean  dit  aux  fidèles  :  Ne  vous  y  trompez 
pas,  tout  ce  qui  est  fait  contre  la  lumière  de  la  raison  ou 
contre  la  conscience  offense  Dieu.  Car  la  conscience  est 
l'interprète  de  la  loi  divine  qui  est  gravée  dans  le  cœur 
de  l'homme,  et  tout  péché  n'est  pas  autre  chose  que  la 
violation  de  cette  loi.  Le  péché,  selon  la  définition  de  saint 
Augustin,  est  une  parole,  une  action  ou  un  désir  contraire 
à  la  loi  éternelle.  Peccatum  est  factnm,  vel  diction,  vel 
concupitum  aliquid  contra  œternam  legem.  (Aug.  contra 
Faust.,  1.  XXII,  c.  xxvii.)  L'Apôtre  ajoute  :  Peccatum  est 
iniquitas ,  \  mapria  £<7t!v  7j  àvouta.  Le  péché  est  la  viola- 
tion de  la  loi  ;  péché  et  violation  d'une  loi,  c'est  la  même 
chose. 

Cet  avertissement  était  fort  important.  Car  toutes  sortes 
d'impuretés  se  commettaient  sans  honte  parmi  les  Gen- 
tils. Des  hérétiques,  comme  les  Simoniens,  les  Nicolaïtes 
et  les  Gnostiques,  autorisaient  d'infâmes  débauches.  Une 
licence  affreuse  régnait  chez  tous  les  peuples  (2).  C'est 


(1)  Ces  hérétiques  pressaient  avec  subtilité  le  sens  étymologique  des 
mots  «//a/erra  et  &voy.ta.  La  distinction  de  ces  deux  noms,  comme  des 
verbes  Skvo/iéu  et  eqtutfrày»,  doit  être  retenue  pour  bien  comprendre  les 
versets  suivants,  où  saint  Jean  continue  de  réfuter  les  vains  hellénistes 
qui  se  prétendaient  justes  et  irréprochables,  tant  qu'ils  ne  violaient  pas 
le  texte  formel  d'une  loi  positive. 

(2)  Les  Gnostiques,  nous  l'avons  dit,  prétendaient  qu'étant  devenus 
spirituels  par  la  connaissance  de  la  Majesté  ineffable,  ils  étaient  inacces- 
sibles à  la  corruption,  quelque  chose  qu'ils  tissent.  Quod  spiritale  est 
(quod  semetipsos  esse  volunt)  impossibile  esse  corruptelam  percipere, 
licet  in  qvÂbuscumque  fuerint  factis.  (S.  Iren.,  1.  I,  c.  vi.  —  Voyez  plus 
haut,  i,  6.) 


—    381     —  /  Joan.y  m. 

pourquoi  le  concile  de  Jérusalem  s'était  vu  obligé  de 
porter  un  décret  contre  la  fornication,  et  saint  Paul,  en 
divers  endroits  de  ses  Epîtres,  déclare  que  l'adultère 
n'est  pas  la  seule  impureté  qui  exclut  du  royaume  de 
Dieu.  (I  Cor.,  vi,  10  ;  Rom.,  i,  27  : 1  Tim.,  i,  10;  Gai.,  v,  19.) 
Saint  Jean  à  son  tour,  exhortant  les  chrétiens  à  la  sain- 
teté, les  avertit  de  ne  pas  se  faire  illusion.  Si  l'adultère 
seul  est  puni  par  les  lois,  toute  impudicité,  même  secrète, 
souille  l'âme  et  la  rend  abominable  aux  yeux  de  Dieu. 

5.  Et  scilis  quia  Me  apparuit,  ulpeccata  nostra  tôlier  et. 
C'est  une  seconde  raison  qui  doit  nous  faire  éviter  toute 
espèce  de  fautes.  «  Vous  savez  aussi  que  le  Fils  de  Dieu 
a  apparu  dans  le  monde,  afin  de  se  charger  de  nos 
péchés  (1).  »  Nous  étions  accablés  sous  le  poids  de  nos  ini- 
quités ;  le  Christ  est  venu,  il  a  pris  cet  immense  fardeau 
sur  ses  épaules  avec  sa  croix,  et  il  nous  en  a  délivrés, 
comme  l'avait  annoncé  le  prophète  Isaïe  :  Vere  langaores 
nostros  ipse  tulit,  et  dolores  nostros  ipse  portavit.  (Is., 
lui,  4.) 

Saint  Jean-Baptiste,  en  montrant  Jésus  à  ses  disciples 

et  aux  multitudes,  le  leur  avait  désigné  comme  le  divin 

Agneau  dont  l'immolation  devait  effacer  les  péchés  du 

monde.  Ecce  Agnus  Dei,  ecce  qui  tollit  peccatum  miindi. 

3.  Joan.,  i.  29.) 

Et  peccatum  in  eo  non  est.  Et  le  Christ  était  propre  à 
effacer  nos  iniquités,  parce  qu'il  n'y  avait  point  de  péché 
en  lui.  (n,  1.)  Son  humanité,  personnellement  unie  à  la 
nature  divine,  était  substantiellement  sainte,  elle  possé- 
dait une  pureté  parfaite,  supérieure  à  celle  de  toute  créa- 
ture, et  l'ombre  même  d'une  tache  était  impossible  dans 
un  Homme-Dieu. 

6.  Omnis  qui  in  eo  manet  non  peccat.  «  Quiconque 
demeure  en  lui  ne  pèche  pas.  »  Demeurer  en  Jésus-Christ, 
veut  dire  lui  rester  attaché  par  les  liens  d'une  foi  vive, 
d'une  «sj.érance  ferme  et  d'une  charité  efficace.  Celui  qui 

111   Toll  -.  Le  verbe  grec  ai'cw,  comme  le  latin  tollerc,  a  tantôt 

is  de   foyer  un  porter,  et  tantôt  celui  d'enlever,  ôter,  faire  dispa- 
raitre.  Ici  lea  deui  -eus  se  trouvent  réunis. 


—    382    — 

demeure  ainsi  uni  à  Jésus-Christ  ne  pèche  pas.  Car  la  foi 
lui  fait  redouter  les  châtiments  terribles  du  péché,  l'espé- 
rance élève  son  âme  au  ciel,  et  la  charité  l'empêche  d'of- 
fenser le  Dieu  qu'il  aime. 

Non  peccat,  il  ne  veut  pécher  en  aucune  manière,  il 
évite  avec  soin  les  fautes  même  vénielles.  S'il  en  échappe 
au  juste  par  surprise  ou  fragilité,  du  moins  sa  volonté 
constante  hait  tout  ce  qui  ,est  mauvais. 

Et  omnis  qui  peccat,  non  vidit  eum  nec  cognovit  eum. 
«  Et  quiconque  pèche  ne  l'a  point  vu  et  ne  l'a  point  connu.  » 
Cette  parole  semble  difficile  à  comprendre.  Judas  n'a-t-il 
pas  vu  et  connu  Jésus?  Cependant  il  a  péché.  On  dira 
peut-être  qu'il  l'a  vu  sans  le  voir  et  connu  sans  le  connaî- 
tre, parce  qu'il  n'avait  pas  une  foi  vive.  Mais  la  foi  vive 
de  saint  Pierre  est  louée  par  Notre-Seigneur  lui-même, 
et  cependant  il  a  péché. 

Quelle  est  donc  la  pensée  de  l'Apôtre  ?  La  voici  : 
L'homme  qui  commet,  avec  une  pleine  volonté,  une  faute 
réprouvée  par  sa  conscience,  n'a  point  vu  Jésus-Christ  et 
ne  Ta  point  connu  par  une  foi  lumineuse  et  vive  ;  ou,  s'il 
l'a  ainsi  vu  et  connu,  il  n'a  pas  gardé  cette  vue  claire  ; 
elle  s'est  effacée  de  son  esprit.  Car  s'il  avait  conservé  cette 
lumière  dans  sa  splendeur,  il  n'eût  pas  voulu  pécher  et 
offenser  un  Dieu  si  grand  et  si  puissant,  si  juste  et  si  bon. 
Si  gustasset  et  vidisset  qiiam  suavis  est  Dominas,  nequa- 
quam  se  peccando  a  videnda  ejus  gloria  segregaret.  (Bède.) 
Il  n'a  péché  que  parce  qu'il  a  laissé  s'obscurcir  cette  di- 
vine lumière  et  que  les  ténèbres  ont  offusqué  son  âme(l). 

Omnis  qui  peccat,  non  vidit  eum  nec  cognovit  eum. 
Calvin  alléguait  ce  passage  pour  prouver  que  la  justifica 
tion  une  fois  reçue  est  inamissible.  Le  concile  de  Trente 
a  condamné  en  termes  formels  cette  absurde  interpréta- 
tion. Si  quis  hominem  semel  justificatam  dixcrit  amplius 
peccare  non  posse,  ne  que  gratiam  ami  t  ter  e,  atque  ideo 

(1)  Ce  sens  est  indiqué  par  les  deux  parfaits  grecs  êûpxxsv  et  eyvwy.sv, 
qui  expriment,  non  simplement  une  vue  fugitive,  mais  un  effet  qui  dure, 
une  connaissance  qui  persévère.  C'est  le  sens  habituel  de  eyvwxs,  novit 
ou  notvm  habet. 


—     o8o     —  /  Joan.,  ni. 

eum  qui  labitur  et  peccat,  nunquam  vere  fuisse  justifi- 
cation..., anathema  sit.  (Conc.  Trid.  Sess.  VI,  can.  xxiii.) 

7  et  8.  Filioli,  nemo  vos  seducat.  «  Mes  chers  enfants, 
que  personne  ne  vous  séduise.  »  N'écoutez  pas  ceux  qui 
prétendent  que  la  justice  peut  se  concilier  avec  l'ini- 
quité, ou  que  la  foi  tient  lieu  des  bonnes  œuvres  et  sauve 
malgré  les  péchés. 

Qui  facit  juslitiam  justus  est,  sicut  ille  justus  est. 
Qui  facit  peccatum  ex  diabolo  est,  quoniam  ab  initio 
diabolus  peccat.  Celui  qui  accomplit  la  justice  et  en  fait 
les  œuvres,  n'est  pas  seulement  juste,  parce  que  la  jus- 
tice du  Christ  lui  serait  imputée  ;  il  est  vraiment  juste, 
comme  Dieu  lui-même  est  juste.  Pour  celui  qui  commet 
le  péché,  il  vient  du  diable,  parce  que  le  diable  pèche 
dès  le  commencement. 

Dans  ces  deux  phrases,  saint  Jean  met  en  opposition 
le  juste  et  le  pécheur.  Le  juste  est  enfant  de  Dieu  et  sem- 
blable à  Dieu,  comme  un  fils  est  semblable  à  son  père. 
Le  pécheur  est  fils  du  démon  et  semblable  au  démon. 
L'un  fait  les  œuvres  de  justice  à  l'exemple  de  Dieu,  et 
l'autre1  lait  les  œuvres  d'iniquité  à  l'exemple  du  démon. 
Dans  le  langage  des  Hébreux,  il  y  a  une  paternité  et  une 
filiation  morale.  Ainsi,  Jubal  est  appelé  le  père  de  ceux 
qui  touchent  de  la  guitare,  parce  qu'il  inventa  cet  instru- 
ment ;  et  les  disciples  des  prophètes  sont  nommés  leurs 
fils,  parce  qu'ils  suivent  leurs  leçons.  C'est  ainsi  que 
Jésus-Christ  disait  aux  Juifs  :  Vous  êtes  les  fils  du  diable, 
votre  père  ;  car  vous  voulez  faire  ce  qu'il  désire  et  ce 
qu'il  vous  inspire.  Vos  ce  pâtre  diabolo  estis,  et  desideria 
patris  nstri  riillis  fai  ère .  (S.  Joan..  VIII,  44. 

Le  diable  n'a  engendré  personne,  dit  saint  Augustin  ; 
mais  celui  qui  imite  son  exemple  devient  son  fils,  non 
par  une  naissance  proprement  dite,  mais  par  l'imitation. 
Quû  umquefuerit  imita  tus  diaôolum,  quasi  de  illo  nalus, 
fit  filins  d iaboli,  imitando,  non  proprie  nascendo.  (S.  Aug. 
in  h.  l.i  (  "est  eue. ire  ainsi  que,  selon  saint  Paul,  nous 
QOUS-mêmi  s  les  vrais  enfants  d'Abraham,  en 
iin:  i  fui  :  t.  que  les  Juifs,  nés  d'Abraham  selon 


—    384     - 

la  chair,  ne  sont  point  réputés  ses  fils,  parce  qu'ils  sont 
•devenus  incrédules  en  rejetant  la  foi  du  saint  Patriarche. 
(Gai.,  iv,  28;  Rom.,  xi,  20.) 

C'est  en  ce  sens  que  l'homme  qui  pèche  est  le  fils  du 
diable,  parce  que  le  diable  est  l'auteur  et  l'inventeur 
du  péché.  C'est  lui  qui  a  péché  le  premier  en  se  révoltant 
contre  Dieu.  Il  a  ensuite  entraîné  une  partie  des  anges 
dans  sa  rébellion;  puis  il  a  fait  pécher  le  premier  homme, 
et  il  est  ainsi  devenu  la  cause  de  tous  les  péchés  qui  ont 
été  commis  et  se  commettront  dans  le  monde  jusqu'à  la 
fin  des  siècles.  Ab  initio  diabolus  peccal.  Il  pèche  tou- 
jours, il  hait  toujours  Dieu,  il  veut  toujours  le  mal,  et  sa 
volonté  fixée  dans  le  péché  est,  pour  ainsi  dire,  un  péché 
éternel.  Ex  quo  peccare  cœpit,  niinquam  peccare  desinit, 
dit  le  vénérable  Bède. 

Mais  le  Fils  de  Dieu  est  venu  du  ciel  sur  la  terre  et  il 
a  apparu  dans  le  monde  pour  détruire  les  œuvres  du 
diable,  c'est-à-dire  pour  abolir  le  péché  des  hommes, 
réconcilier  le  genre  humain  avec  son  Père,  justifier  les 
pécheurs  et  en  faire  des  saints  qui  loueront  Dieu  éter- 
nellement dans  les  cieux.  In  hoc  appariât  Films  Dei,  ut 
dissolvat  opéra  diaboli. 

Le  Verbe  s'est  incarné  pour  réparer  la  faute  du  premier 
homme.  Si  donc  Adam  n'avait  pas  péché,  le  Verbe  se 
serait-il  incarné  ?  Plusieurs  saints  docteurs  ne  le  pensent 
pas.  Nulla  causa  fuitveniendi  Christo  Domino,  nisi  pecca- 
tores  salvos  facere.  Toile  morbos,  toile  vulnera,  et  nulla 
erit  causa  medicinse,  dit  saint  Augustin.  (Serm.  clxxv.) 
Saint  Léon  est  encore  plus  explicite  :  Si  homo  non  de- 
viasset,  Creator  creatura  non  fieret.  (S.  Léo  M.  in  Pent. 
Serm.  ni.) 

9.  Omnis  qui  natus  est  ex  Deo  peccaliun  non  facit; 
quoniam  semen  ipsius  in  eo  manet  ;  et  non  potest  peccare, 
quoniam  ex  Deo  natus  est.  «  Tout  homme  qui  est  né  de 
Dieu  ne  commet  point  de  péché,  parce  que  la  semence 
de  Dieu  demeure  en  lui  ;  et  il  ne  peut  pécher,  parce  qu'il 
est  né  de  Dieu.  » 

Saint  Jean  avait  dit  plus  haut  (n,  29),  que  tout  homme 


—    385     —  I  Joan. ,  ni. 

qui  fait  des  œuvres  de  justice  est  né  de  Dieu,  ex  ipso 
natus  est  ;  il  revient  maintenant  sur  cette  pensée  pour  la 
compléter.  11  ajoute  que  celui  qui  est  né  de  Dieu  ne  pèche 
pas.  Il  ne  veut  pas  dire  qu'il  soit  absolument  rendu  im- 
peccable ;  mais  qu'il  ne  pèche  pas  en  tant  qu'il  est  né  de 
Dieu.  Dans  le  chrétien,  il  y  a  deux  hommes,  l'un  engendré 
d'Adam,  et  l'autre  né  de  Dieu.  L'homme  fils  d'Adam 
hérite  d'Adam  la  concupiscence  et  la  corruption,  il  pèche. 
L'homme  né  de  Dieu  ne  pèche  point,  tant  qu'il  agit  selon 
sa  nouvelle  génération.  La  grâce  sanctifiante,  qui  est 
une  divine  semence  de  vie  et  d'incorruption,  lui  donne 
la  vertu  de  ne  pas  pécher  :  Quoniam  semen  ipsius  in  eo 
manet. 

L'Apôtre  va  même  jusqu'à  dire  que  le  juste  ne  peut 
pas  pécher,  parce  qu'il  est  né  de  Dieu.  Non  potest  peccare, 
quoniam  ex  Deo  ?iatus  est.  Nous  le  répétons,  ce  mot  veut 
dire  que  le  chrétien  ne  peut  pas  pécher  en  restant  fidèle 
à  sa  naissance  divine  :  quoniam  ex  Deo  natus  est.  Vivre 
en  enfant  de  Dieu  et  pécher,  sont  deux  choses  incompa- 
tibles. En  tant  qu'il  agit  comme  enfant  de  Dieu,  le  chré- 
tien ne  viole  aucune  loi,  il  ne  pèche  pas  ;  il  ne  peut  même 
pécher;  car  le  péché  est  une  œuvre  du  diable,  et  lès 
enfants  de  Dieu  ne  font  point  les  œuvres  du  diable. 

Un  langage  semblable  se  trouve  dans  saint  Paul.  «  La 
sagesse  de  la  chair  est  ennemie  de  Dieu,  dit-il  ;  car  elle 
n'est  pas  soumise  à  la  loi  de  Dieu,  et  même  elle  ne 
peut  pas  l'être  :  nec  enim  potest.  »  Car,  si  elle  était  sou- 
mise à  Dieu,  elle  ne  serait  plus  la  sagesse  de  la  chair. 
(Rom.,  vin,  7.) 

Saint  Augustin  explique  cette  parole  d'une  manière 
fort  ingénieuse  lorsqu'il  dit  :  Ce  que  le  juste  ne  peut  faire 
justement,  il  ne  peut  pas  le  faire  ;  car,  en  se  déterminant 
à.  faire  ce  qui  est  injuste,  il  commence  par  perdre  la  jus- 
tice, afin  de  pouvoir  faire,  étant  injuste,  ce  qu'il  ne  peut 
faire  comme  juste.  Quod  non  potest  juste,  non  potest  jus- 
tas ;  ;  quoniam  hœc  decernendo  prias  amittit  justitiam,  ut 
quod  non  potest  justus  possit  injuslus. 

lue  comparaison  rend  la  chose  encore  plus  sensible. 

ÉriTKKS   CATHOLIQIKS  25 


—    386    — 

La  glace  est  froide  de  sa  nature  et  elle  ne  peut  pas  être 
chaude.  Pourtant  elle  peut  se  fondre,  et  fondue  elle  peut 
devenir  chaude  ;  mais  alors  elle  n'est  plus  de  la  glace. 

Enfin,  l'on  peut  dire  que,  par  sa  naissance  divine,  le 
chrétien  possède  une  grâce  qui  le  préserve  du  péché, 
tellement  qu'il  serait  impeccable,  s'il  usait  toujours  bien 
de  cette  grâce.  C'est  ainsi  qu'Adam  créé  dans  la  justice 
était  immortel  tant  qu'il  était  innocent,  et  il  ne  pouvait 
mourir  qu'en  perdant  son  innocence  par  un  acte  libre 
de  sa  volonté. 

10.  In  hoc  manifesli  sunt  filii  Dei  et  filii  diaboli.  «  C'est 
en  cela  que  l'on  reconnaît  les  enfants  de  Dieu  et  les 
enfants  du  diable.  «  Les  premiers  font  des  œuvres  de 
justice,  et  les  autres  font  des  œuvres  d'iniquité. 

Omnis  qui  non  est  justus  non  est  ex  Deo.  «  Ainsi,  tout 
homme  qui  n'est  pas  juste,  n'est  point  de  Dieu.  «  C'est  la 
conclusion  de  ce  qui  précède. 

Et  qui  non  diligit  fratrem  suum.  En  outre,  parmi  ceux 
qui  ne  sont  point  enfants  de  Dieu,  il  faut  compter  celui 
qui  n'aime  point  son  frère.  C'est  la  charité  qui  distingue 
les  enfants  de  Dieu  des  enfants  du  diable.  Que,  dans  une 
grande  ville,  tous  fassent  le  signe  de  la  croix  ;  que  tous 
soient  baptisés;  que  tous  entrent  dans  les  églises  et  les 
remplissent  :  que  tous  répondent  Amen  et  chantent  Allé- 
luia :  les  enfants  de  Dieu  ne  seront  discernés  des  enfants 
du  diable  que  par  la  charité.  Ainsi  parle  saint  Augustin 
en  commentant  ce  texte.  (Tract,  yi,  n.  7.) 

L'Apôtre  va  développer  cette  idée  dans  tout  le  reste  du 
chapitre,  afin  de  faire  bien  comprendre  que  le  vrai  carac- 
tère de  la  justice  se  trouve  dans  la  charité. 

11.  Quoniam  hœc  est  annuntiatio  quam  audistis  ab 
initio,  ut  diligatis  alterutrum.  «  Car  ce  qui  vous  a  été 
annoncé,  et  ce  que  vous  avez  entendu  répéter  dès  le 
commencement,  c'est  que  vous  devez  vous  aimer  les  uns 
les  autres.  »  Voilà,  mes  chers  enfants,  le  grand  pré- 
cepte que  nous  avons  appris  du  Seigneur  :  Hoc  est 
prœceptum  ?neu??i,  ut  diligatis  invicem,  sicut  dilexi  vos. 
(S.  Joann.,  xv,  12.)  Nous  prêchons  ce  commandement 


—    387     —  1  Joan.,  m. 

partout  où  nous  annonçons  l'Evangile  ;  et  l'on  a  eu  soin 
de  vous  en  instruire  lorsqu'on  vous  a  préparés  au  baptême . 

12.  Non  sicut  Coin,  qui  ex  maligno  erat,  et  occidit  fra~ 
trcm  sinon.  Et  pr  opter  qui  cl  occidit  etim  ?  quoniani  opéra 
ejus  maliqna  erant,  fralris  autem  ejus  justa.  Aimez-vous 
donc  les  uns  les  autres.  «  N'imitez  point  Gain,  qui  était 
fils  de  l'esprit  mauvais,  et  qui  tua  son  frère.  Et  pourquoi 
le  tua-t-il?  parce  que  ses  œuvres  étaient  mauvaises,  et 
que  celles  de  son  frère  étaient  justes.  » 

Ex  maliqno  erat.  Caïn  était  fils  de  Satan,  parce  qu'il 
l'imita.  Satan  fut  jaloux  des  grâces  dont  Dieu  comblait  le 
premier  homme;  il  le  tenta,  le  fit  mourir  et  avec  lui  perdit 
tout  le  genre  humain  ;  car,  dit  saint  Paul,  la  mort  est  en- 
trée dans  le  monde  par  l'envie  du  diable.  De  même,  Caïn  fut 
jaloux  de  ce  que  les  offrandes  d'Abel  étaient  agréables  à 
Dieu,  tandis  que  les  siennes  ne  l'étaient  pas.  Au  lieu  d'imi- 
ter son  frère,  il  le  tua.  Quia  imitari  notait,  necare  voluit. 
(S.  Aug.,  ib.,  8.)  —  Respexit  Dominas  ad  Abel  et  ad  mimer  a 
ejus,  dit  l'Ecriture,  ad  Caïn  autem  et  ad  mimera  ejus  non 
respexit.  Selon  la  version  de  Théodotion,  conforme  à  une 
tradition  hébraïque,  le  Seigneur  envoya  du  ciel  une 
flamme  qui  consuma  le  sacrifice  d'Abel  et  ne  toucha 
point  à  celui  de  Caïn.  La  jalousie  et  la  haine  entrèrent 
alors  dans  le  cœur  de  Caïn,  et  il  tua  son  frère. 

Opéra  ejus   maliqna  erant.  Caïn   n'aimait  pas  Dieu 

dans  son  cœur,  et  il  n'offrait  que  ce  qu'il  avait  de  plus 

chétif  parmi  les  fruits  qu'il  récoltait.  Abel,  au  contraire, 

plein  d'amour  pour  Dieu,  choisissait  dans  ses  troupeaux 

ce  qu'il  y  avait  de  plus  beau,  et  l'offrait  au  Seigneur. 

(Test  pourquoi  le  Seigneur  regardait  les  présents  d'Abel 

et  ne  regardait  pas  ceux  de  Caïn.  f Voyez  Hébreux,  xi,  4.) 

1:').  Xolite  mirari,  fratres,  si  odit  vos  mandas.   «  Ne 

vous  étonnez  donc  pas,  mes  frères,  si  le  monde  vous 

liait.  »  Ce  n'est  pas  une  chose  nouvelle  que  la  haine  du 

monde  pour  les  justes  ;  cette  haine  remonte  à  l'origine 

môme  de  la  race  humaine.  Le  monde,  plein  de  corruption 

et  de  méchanceté,  ne  peut  souffrir  votre  justice,  comme 

Caïn  m*  pouvait  supporter  l'innocence  et  la  piété  d'Abel. 


—    388     — 

Le  méchant  persécute  l'homme  de  bien,  parce  que  l'homme 
de  bien  ne  partage  point  les  pensées  du  méchant.  Omnis 
malus  ideo  persequilur  bonum,  quia  non  illi  consentit 
bonus  ad  malum.  (S.  Aug.  in  Ps.  cxxvm.)  C'est  pourquoi 
saint  Paul  nous  avertit  que  tous  les  hommes  religieux 
souffriront  persécution  :  Omnes  qui  volunt  pie  vivere  in 
Christo  Jesu  persecutionem  patientur.  (II  Tim.,  m,  12.) 
Le  disciple  n'est  pas  au-dessus  du  maître.  Consolons- 
nous,  si  nous  sommes  haïs  du  monde  :  il  a  haï  notre 
Dieu.  Si  mundus  vos  odit,  scitote  quia  me  priorem  vobis 
odio  habuit.  (S.  Joann.,  xv,  18.)  La  vérité  est  la  condam- 
nation de  l'erreur,  et  la  vertu  est  la  censure  du  vice. 
Voilà  pourquoi  le  chrétien,  le  prêtre,  le  religieux  le  plus 
innocent  et  le  plus  charitable,  seront,  jusqu'à  la  fin  des 
siècles,  en  butte  à  la  haine  du  monde. 

14.  Nos  scimus  quoniam  translati  sumus  de  morte  ad 
vitam,  quoniam  diligimus  fratres.  Mais  ce  qui  nous  con 
sole,  c'est  que  «  nous  savons  que  nous  sommes  passés 
de  la  mort  à  la  vie,  parce  que  nous  aimons  nos  frères.  » 
Nous  étions  sans  charité  avant  d'avoir  reçu  l'Evangile, 
et  nous  demeurions  dans  la  mort  du  péché,  n'aimant  ni 
Dieu  ni  les  hommes.  Maintenant,  notre  conscience  nous 
rend  témoignage  que  nous  aimons  nos  frères.  —  Scimus. 
Nous  sommes  donc  assurés,  autant  qu'on  peut  l'être, 
que  nous  sommes  passés  de  la  mort  du  péché  à  la  vie  de 
la  grâce. 

Translati  sumus,  en  grec  usraêeê^xaasv,  transivimus. 
Cet  heureux  passage  ne  doit  pas  être  attribué  à  nos 
mérites,  mais  à  la  grâce  de  Dieu.  C'est  Dieu  qui,  dans 
sa  miséricorde,  nous  a  arrachés  à  la  puissance  des  ténè- 
bres où  nous  étions  retenus  captifs,  et  nous  a  trans- 
portés dans  le  royaume  de  son  Fils  bien-aimé  :  Eripuit 
nos  de  potestate  tenebrarum,  et  transtulit  in  regnum  Filii 
dilectionis  suœ.  (Coloss.,  i,  13.) 

Le  signe  qui  nous  apprend  que  nous  sommes  passés 
de  la  mort  à  la  vie,  c'est  la  charité  fraternelle.  Exami 
nons  donc  notre  cœur.  Si  nous  aimons  nos  frères,  si 
nous  désirons  leur  salut  éternel,  si  nous  prions  pour 


—    389    —  /  Joan.,  m. 

ceux  mômes  qui  nous  haïssent,  soyons  rassurés  :  nous 
sommes  passés  de  la  mort  à  la  vie.  Redeat  anusquisqiie 
ad  cor  suum,  dit  saint  Augustin.  Si  ibi  invenerit  chari- 
talem  fraternam,  securus  sit,  quia  transiit  a  morte  ad 
vitam.  (Tract,  v,  n.  10.  — Voyez  plus  loin,  v.  24,  et  ch.  iv, 
v.  13.) 

Qui  non  diligit  manet  in  morte.  Mais  celui  qui  n'aime 
pas  son  frère  demeure  dans  la  mort,  il  est  constitué 
dans  l'état  du  péché  mortel.  Saint  Jean,  selon  sa  cou- 
tume, éclaircit  et  complète  sa  première  idée  en  lui  oppo- 
sant l'idée  contraire  :  Celui  qui  aime  son  frère  est 
passé  de  la  mort  à  la  vie  ;  mais  celui  qui  n'aime  pas  son 
frère  demeure  dans  la  mort. 

Qui  non  diligit.  Quelques-uns  expliquent  «  ne  pas 
aimer  »  par  haïr.  C'est  altérer  la  pensée  de  l'Apôtre  : 
il  parlera  tout  à  l'heure  de  la  haine.  Mais  il  déclare  ici 
que  ne  pas  aimer  le  prochain  dans  son  cœur,  et  ne  pas 
le  secourir  dans  ses  besoins,  lorsqu'on  le  peut,  est  un 
signe  que  l'on  demeure  dans  la  mort  ;  car,  l'amour  du 
prochain  accompagne  toujours  la  grâce  sanctifiante,  qui 
est  la  vie  de  l'âme. 

15.  Omnis  qui  odit  fratrem  suum  homicida  est.  Et 
scitis  quoniam  omnis  homicida  non  habet  vitam  eeternam 
in  semet  ipso  manentem.  Si  l'homme  habite  la  région  de 
la  mort  quand  il  n'aime  pas  son  frère,  à  plus  forte  raison 
quand  il  le  hait.  Car  «  tout  homme  qui  hait  son  frère  est 
homicide  ;  or,  vous  savez  que  nul  homicide  ne  possède 
la  vie  éternelle.  »  Le  sang  de  son  frère,  comme  celui 
d'Abel,  crie  de  la  terre  et  appelle  contre  lui  la  vengeance 
de  Dieu. 

Qui  odit  fratrem  suum  homicida  est.  Il  ne  s'agit  pas 
d'une  légère  aversion,  mais  d'une  haine  véritable,  comme 
était  celle  de  Caïn  contre  Abel  ;  celui  qui  hait  ainsi,  sou- 
haite la  mort  à  celui  qu'il  déteste.  Quem  odit  quis,  periisse 
cupit,  dit  saint  Jérôme.  (Epist.  lxii.)  Or,  souhaiter  la 
mort  à  quelqu'un,  c'est  commettre  un  homicide  dans 
son  cœur;  et  l'homme  qui  est  coupable  d'un  homicide, 
accompli  ou  voulu,  ne  possède  point  la  vie  éternelle. 


—    590     — 

Non  habet  vilam  œlcrnam  in  se  manentem.  La  vie  éter- 
nelle c'est  la  pleine  vie  de  la  grâce,  par  laquelle  est  con- 
sommée l'union  de  l'âme  avec  Dieu.  Or  le  juste  étant, 
dès  ce  monde,  uni  à  Dieu  par  la  grâce,  possède  par  là 
même  la  vie  éternelle  dans  son  principe.  Au  ciel,  cette 
vie  sera  parfaite,  glorieuse,  inamissible  ;  mais  dès  à  pré- 
sent, elle  est  de  même  nature,  et  le  juste  est  libre  de  la 
conserver  toujours,  puisque  personne  ne  peut  la  lui 
ravir. 

Saint  Jean  vient  de  montrer  la  nécessité  de  la  charité 
fraternelle  pour  être  juste  :  il  va  maintenant  dire  à  quoi 
elle  oblige. 

16.  In  hoc  cognovimus  cliarilatem  Dei,  quoniam  Me 
animam  suam  pro  nobis  posuil:  et  nos  debemus  pro 
fralribus  animas  ponere.  «  Nous  avons  reconnu  l'amour 
de  Dieu  à  notre  égard,  en  ce  qu'il  a  donné  sa  vie  pour 
nous  ;  et  nous  aussi  nous  devons  donner  notre  vie  pour 
nos  frères.  » 

Nous  l'avons  dit,  il  ne  suffit  pas  de  ne  pas  haïr  le 
prochain,  il  faut  encore  l'aimer;  et  jusqu'où  doit  aller 
notre  amour?  Dieu  nous  l'enseigne  par  son  exemple  :  il 
fait  lever  son  soleil  sur  les  bons  et  sur  les  mauvais,  et 
il  répand  une  pluie  féconde  sur  les  champs  de  ceux 
mêmes  qui  blasphèment  son  nom.  Solem  sunm  oriri  facit 
super  bonos  et  malos,  et  pluit  super  justos  et  injustos. 
(S.  Matth.,  v,  45.)  Mais  cela  ne  suffit  pas  à  son  amour; 
Jésus-Christ,  Fils  de  Dieu  et  lui-même  un  seul  Dieu 
avec  son  Père,  est  mort  pour  nous  qui  ne  l'aimions  pas, 
pour  nous  pécheurs  qui  l'avions  offensé.  Telle  est  la 
preuve  qu'il  nous  a  donnée  de  sa  charité,  et  tel  est  aussi 
l'exemple  qu'il  nous  a  laissé  pour  que  nous  l'imitions. 
Ut  diligatis  invicem  sicut  dilexi  vos.  (S.  Joan.,  xm,  34.) 
Or,  saint  Jean  qui  comprenait  bien  cette  parole  de  son 
bon  Maître,  l'explique  en  disant  que  nous  devons  aussi 
donner  notre  vie  pour  nos  frères:  Et  nos  debemus  pro 
fratribus  animas  ponere. 

Quoi  !  serait-ce  une  obligation?  —  Oui,  dans  certaines 
circonstances    nous   devons    hasarder    notre  vie   pour 


—    391     --  /  Joan.,  nu 

celle  de  nos  frères  ;  tel  est  souvent  le  devoir  du  soldat. 
Mais  surtout  il  faut  être  prêts,  s'il  en  est  besoin,  à  exposer 
notre  vie  temporelle  pour  leur  salut  éternel  ;  cette  loi  de 
la  charité  oblige  spécialement  les  pasteurs  des  âmes. 
Bonus  pastor  animani  suam  dat  pro  ovibus  suis. 

Si  l'obligation  de  donner  sa  vie  pour  le  prochain  est 
rare,  celle  de  lui  faire  l'aumône  est  fréquente. 

17.  Qui  habitent  substantiam  hujus  mundi,  et  viderit 
fratreni  suum  necessitatem  habere,  et  clauserit  viscera 
sua  ab  eo,  quomodo  charitas  Dei  manet  in  eo  ?  Car,  si 
un  chrétien  qui  possède  des  biens  de  ce  monde,  voit  son 
frère  dans  la  nécessité,  et  s'il  ferme  ses  entrailles  k  son 
égard,  comment  peut-on  dire  que  l'amour  de  Dieu  de- 
meure en  lui  ?  Vous  n'êtes  pas  disposé  à  mourir  pour 
votre  frère,  au  moins  faites-lui  part  de  vos  biens,  don- 
nez-lui un  peu  de  votre  superflu,  dit  saint  Augustin.  Si 
nondum  es  idoneus  mori  pro  fratre,  jam  idoneus  esto 
darede  tuis  facultatibus.  (S.  Aug.  in  hune  1.). Jésus-Christ 
n*a-t-il  pas  déclaré  comme  faite  à  lui-même  l'aumône  que 
nous  ferions  au  pauvre  ?  Et  n'est-ce  pas  refuser  du  pain 
à  Jésus- Christ,  que  d'en  refuser  à  celui  (im&îàimy  Esurivi 
enim,  et  non  dedistis  milii  ?7ianducare.(S.  Matth..  xxv,  30.) 

La  théologie  enseigne  que  c'est  une  faute  mortelle  de 
refuser  l'aumône  au  prochain  qui  est  dans  une  nécessité 
extrême  ou  très  grave,  à  moins  qu'on  ne  se  trouve  soi- 
même  da  os  une  nécessité  semblable.  Grandis  culpa  est,  dit 
sa  in  t  Ambroise,  sisciente  tefidelis  egeat,  si  scias  eum  famé 
laborare,  œntmnam  perpeti,  qui  prœsertim  egere  erube- 
scat.  (De  Officiis,  1.  I.  c.  xxxix.)  Pour  sauver  la  vie  de 
son  prochain,  l'on  prendra  sur  son  propre  nécessaire, 
et  dans  les  besoins  ordinaires  des  pauvres,  on  donnera 
généreusement  de  son  superllu.  Telle  est  la  règle  (1). 

18.  Filioli  mei,  non  diligamus  verbo  ne  que  lingua,  sed 
opère  et  veritate.  «  Mes  chers  enfants,  n'aimons  pas  seu- 

(1)  '  qtumtmn  Deus  tibi  dederit,  toile  quod  tufficit;   oeetem 

quœ  super/tua  jacent,  aliorutn  sunt  necessaria.  Superflua  divitum, 
necessavia  sunt  j  um.  lien  alienœ  possidmtvr,  quum  guperflua 

pouidentur.  (S.  Aug.  m  Psalm.  c\i.\  n,  n.  12. 


—    392    — 

lement  en  paroles  et  des  lèvres,  mais  en  œuvres  et  en 
vérité.  »  Beaucoup  disent  qu'ils  aiment  le  prochain,  mais 
ils  se  font  illusion  à  eux-mêmes.  S'ils  l'aimaient,  ils  le 
consoleraient,  ils  le  secourraient.  Probatio  amoris,  exhi- 
bitio  est  operis,  dit  saint  Grégoire  le  Grand  (1). 

19.  In  hoc  cognoscimus  quoniam  ex  veritate  sumus.  et 
in  conspectu  ejus  suadebimus  corda  nostra.  C'est  en  ai- 
mant ainsi  que  nous  connaissons  que  nous  sommes  les 
enfants  de  la  vérité,  et  c'est  par  cette  preuve  que  nous 
pouvons  rassurer  nos  cœurs  en  présence  de  Dieu. 

Ex  veritate  sumus,  «  nous  sommes  les  enfants  de  la 
vérité  »  :  phrase  hébraïque  qui  signifie  que  nous  sommes 
sincères,  et  que  notre  amour  n'est  pas  hypocrite  et  men- 
songer, mais  véritable. 

Suadebimus  corda  nostra.  Celui  qui  dit  qu'il  aime  et 
ne  fait  pas  les  œuvres  de  l'amour,  ne  persuade  ni  les 
autres,  ni  son  propre  cœur. 

In  conspectu  ejus(Dei).  Mais  celui  qui  opère  les  œuvres 
de  la  charité  se  rend  témoignage  à  lui-même  qu'il  aime 
réellement,  et  il  ne  craint  pas  de  dire  en  présence  de 
Dieu  :  Vous  voyez,  Seigneur,  que  j'aime  mon  prochain, 
selon  votre  commandement.  Au  contraire,  celui  qui  est 
dur  aux  malheureux  a  tout  à  craindre  du  jugement  de 
Dieu. 

20.  Quoniam  si  reprehenderit  nos  cor  nostrum,  major 
est  Deus  corde  nostro,  et  novit  omnia.  Car,  si  notre 
propre  cœur  nous  reproche  notre  dureté,  si  notre  con- 
science nous  accuse  lorsque  nous  refusons  d'assister  le 
pauvre,  que  ne  fera  pas  Dieu,  qui  est  une  majesté  autre- 
ment redoutable,  Dieu  qui  scrute  nos  plus  intimes  senti- 
ments, et  aux  yeux  de  qui  tout  est  à  nu  et  à  découvert? 
Omnia  nuda  et  aperta  sunt  oculis  ejus.  (Hebr.,  iv,  13.) 

21  et  22.  Charissimi,  si  cor  nostrum  non  reprehenderit 
nos ,  fiduciam  habemus  ad  Deum;  —  et  quidquidpetierimus, 
accipiemus  ab  eo  :  quoniam  mandata  ejus  custodimus,  et 
ea  quœ  sunt  placita  coram  eo  facimus.  Mes  bien-aimés, 

(1)  Nous  avons  vu,  dans  saint  Jacques,  le  même  précepte  exposé  avec 
une  grande  éloquence.  (S.  Jac,  u,  15.) 


—    393    —  /  Joan.,  m. 

si  notre  cœur  ne  nous  reproche  rien,  nous  avons  une 
bonne  assurance  en  présence  de  Dieu,  et  nous  pouvons 
croire  qu'il  ne  nous  condamne  pas. —  Nous  lui  adressons 
alors  nos  prières  avec  confiance,  et  quelque  chose  que 
nous  demandions,  nous  l'obtiendrons  de  sa  bonté,  parce 
que  nous  gardons  ses  commandements  et  parce  que  nous 
faisons  ce  qui  lui  est  agréable. 

En  effet,  lorsque  notre  conscience  examinée  ne  nous 
fait  point  de  reproche,  et  lorsqu'elle  nous  atteste  que 
nous  aimons  sincèrement  notre  prochain  pour  Dieu,  nous 
avons  une  légitime  assurance  d'être  exempts  de  péchés 
graves.  Car  un  péché  mortel  fait  une  telle  blessure  à 
l'âme  qu'elle  ne  peut  pas  en  ignorer  la  présence.  Si  donc 
notre  mémoire  ne  nous  rappelle  aucune  faute  considé- 
rable qui  n'ait  été  effacée  par  une  vraie  pénitence,  nous 
avons  raison  de  nous  confier  en  la  miséricorde  de  Dieu, 
tout  en  le  priant,  comme  David,  de  nous  purifier  de  nos 
fautes  cachées  :  ad  occultis  meis  manda  me. 

Or,  nous  apprenons  aussi  de  David  que  Dieu  fait  la 
volonté  de  ceux  qui  le  craignent  :  Volantalem  timentium 
se  faciet.  (Ps.  cxliv.)  Nous  avons  donc  l'espérance  qu'il 
exaucera  nos  prières  et  qu'il  nous  accordera,  en  temps 
opportun,  toutes  les  grâces  que  nous  lui  demanderons 
pour  notre  salut,  puisque  nous  voulons  garder  ses  com- 
mandements et  que  nous  faisons  ce  qui  plaît  à  ses  yeux. 
Et  quidquid  petierimns  ,  accipiemus  ad  eo  :  quoniam 
mandata  ejus  eustodimus,  et  ea  quœ  sunt  placita  coram 
eo  facimus.  Nous  sommes,  en  ce  cas,  appuyés  sur  la 
promesse  du  Christ,  car  il  a  dit  :  Si  vous  gardez  mes 
paroles,  vous  demanderez  tout  ce  que  vous  voudrez,  et 
cela  vous  sera  fait.  »  (S.  Joan.,  xv,  17.) 

D'ailleurs,  quand  la  charité  gémit  et  prie  en  nous,  c'est 
le  Saint-Esprit  qui  forme  ces  prières  et  ces  gémissements 
dans  nos  cœurs.  Il  ne  peut  donc  pas  refuser  d'écouter  les 
prières  qu'il  inspire  lui-môme.  (S.  Aug.  Tract,  vi,  8.) 

23.  Et  hoc  est  mandatum  ejus  :  ut  credamus  in  nomine 
Filii  ejus  Je  su  Christi,  et  diligamus  alterutrum,  sicut  dé- 
dit mandatum  nobis.  Or,  le  commandement  qu'il  nous  a 


—     394    — 

fait,  c'est  de  croire  au  nom  de  son  Fils  Jésus-Christ,  et 
de  nous  aimer  les  uns  les  autres.  Le  Père  a  lui-môme 
ordonné  de  croire  en  Jésus-Christ,  lorsqu'il  a  fait  en- 
tendre cette  voix  du  haut  des  cieux  :  «  Celui-ci  est  mon 
Fils  bien-aimé  :  écoutez-le.  »  Croyez  ce  qu'il  enseigne  et 
laites  ce  qu'il  ordonne.  (S.  Matth.,  m,  17;  et  S.  Luc,  ix,  35.) 
Et  quant  au  commandement  de  nous  aimer  les  uns  les 
autres.  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  l'a  plusieurs  fois 
répété  dans  l'Evangile. 

Hoc  est  mandalum.  Il  n'y  a  qu'un  précepte,  mais  il 
ordonne  deux  choses  inséparables  :  c'est  la  foi,  et  la  cha- 
rité qui  découle  de  la  foi ,  ou  la  foi  qui  opère  par  la 
charité  :  fides  quœ  pcr  charilatem  operalur.  (Gai.,  v,  6.) 

:24.  Et  qui  serval  mandata  cjus  in  illo  manet,  et  ipse  in 
eo.  Et  celui  qui  garde  les  commandements  de  Dieu 
demeure  en  Dieu,  et  Dieu  habite  en  lui. 

Si  nous  gardons  les  commandements,  nous  demeurons 
en  Jésus-Christ,  comme  le  rameau  demeure  dans  la 
vigne,  d'où  il  tire  sa  sève,  son  beau  feuillage  et  les  excel- 
lents fruits  qu'il  porte.  Et  Jésus-Christ  demeure  en  nous 
comme  dans  son  temple.  Son  esprit  réside  en  nous  et 
vivifie  notre  àme,  comme  notre  âme  anime  notre  corps. 
Il  l'a  dit  dans  l'Evangile  :  «  Si  quelqu'un  m'aime,  il  gar- 
dera ma  parole;  et  mon  Père  l'aimera,  et  nous  viendrons 
en  lui,  et  nous  ferons  en  lui  notre  séjour.  Et  mansionem 
apud  eum  faciemus.  (S.  Joann.,  xiv,  23.)  Heureuse  parole 
qui  exprime  la  société  ineffable  qui  unit  à  Dieu  ceux  qui 
aiment  Dieu  ! 

Et  in  hoc  scimus  quoniam  manet  in  nobis,  de  Spiritu 
quem  dédit  iiobis.  «  Nous  savons  donc  que  Dieu  demeure 
en  nous;  et  nous  le  savons  par  le  témoignage  du  Saint- 
Esprit  qu'il  nous  a  donné.  *  Saint  Paul  avait  dit  aussi  : 
«  L'Esprit  de  Dieu  lui-même  rend  témoignage  à  notre 
esprit  que  nous  sommes  les  enfants  de  Dieu.  »  Ipse  enim 
Spiritus  testimonium  reddit  spiritui  nostro  quod  sumits 
filii  Dei.  (Rom.  vm,  16.) 

Scimus.  L'Esprit-Saint  ne  parle  pas  toujours  même 
aux  plus  justes;  mais,  lorsque  l'âme  est  pure,  humble, 


—    o95    —  /  Joan.,  m. 

recueillie  et  sincèrement  vouée  à  la  piété,  souvent 
l'Esprit-Saint  lui  fait  entendre  une  voix  intérieure  qui  la 
console,  l'éclairé,  et  lui  donne  une  conviction  intime  de 
s'a  présence. 

Cette  persuasion  que  Ton  plaît  à  Dieu  ne  va  pas 
jusqu'à  la  certitude  absolue.  La  confiance,  même  chez 
les  saints,  est  mêlée  de  crainte.  Saint  Paul  écrivait  aux 
Philippiens  :  Cum  me  tu  et  tremore  vestram  salit  tem 
operamini.  (Philip.,  n,  12.)  Dans  quelques-uns  cependant, 
la  crainte  semble  exclue  par  l'amour.  Pour  moi,  disait 
saint  Antoine,  j'aime  mon  Dieu,  je  ne  le  crains  pas.  Ego 
Deum  meum  amo,  non  timeo.  Je  l'aime  comme  mon  père, 
et,  me  confiant  dans  sa  miséricorde,  je  ne  le  crains  pas 
comme  mon  juge.  (Voyez  plus  haut,  v.  14.) 

Scimus  quoniam  manet  in  nobis.  «  Nous  savons  que 
Dieu  demeure  avec  nous.  »  La  signification  rigoureuse 
de  cette  parole  est  justifiée  lorsqu'on  l'applique  à  l'Eglise 
catholique.  Au  temps  des  Apôtres,  le  Saint-Esprit  mani- 
festait sa  présence  dans  les  assemblées  des  fidèles  par 
toute  espèce  de  prodiges.  Et  maintenant,  si  ces  manifes- 
tations merveilleuses  ont  cessé,  comme  n'étant  plus 
nécessaires,  Dieu  prouve  encore  sa  présence  dans 
l'Eglise  catholique  par  des  miracles  incontestables  et  par 
les  saints  qu'elle  engendre  dans  tous  les  siècles.  C'est 
chez  elle  seule  qu'on  voit  des  saints  :  en  sorte  que  la 
sainteté  est  une  des  notes  de  la  véritable  Eglise.  Nous 
donc,  catholiques,  répétons  sans  aucune  hésitation  : 
t  Nous  savons  avec  une  pleine  certitude  que  Dieu 
demeure  chez  nous.  »  Scimns  quoniam  manet  in  nobis. 


—    :396    — 


CHAPITRE  QUATRIÈME 


ANALYSE 

1.  Au  second  chapitre  (18-96),  saint  Jean  avait  exhorté  les 
fidèles  à  fuir  les  hérétiques  :  maintenant  il  revient  sur  ce  sujet, 
le  développe  et  marque  les  erreurs  de  ces  impies.  Ceux,  dit-il, 
qui  divisent  la  personne  de  Jésus-Christ,  ceux  qui  nient  sa 
divinité  ou  son  humanité  sont  de  faux  prophètes,  inspirés  par 
l'esprit  mauvais;  ce  sont  des  antechrists,  précurseurs  du  der- 
nier Antéchrist  qui  est  prédit  pour  la  fin  des  temps  (1-6). 

2.  Le  reste  du  chapitre  est  consacré  à  l'obligation  d'aimer  le 
prochain.  L'Apôtre  insiste  principalement  sur  cette  raison  que, 
Dieu  nous  ayant  beaucoup  aimés,  nous  devons  aussi  nous 
aimer  les  uns  les  autres. 


1.  Mes  bien-aimés,  ne  croyez  pas 
■a  tout  esprit,  mais  examinez  si  les 
esprits  sont  de  Dieu  ;  car  plusieurs 
faux  prophètes  se  sont  élevés  dans 
le  monde. 

2.  Voici  à  quoi  Ton  reconnaît  si 
un  esprit  est  de  Dieu.  Tout  esprit 
qui  confesse  que  Jésus-Christ  est 
venu  dans  la  chair  est  de  Dieu  ; 

3.  Et  tout  esprit  qui  divise  Jésus 
n'est  point  de  Dieu  ;  celui-là  est 
l'Antéchrist,  dont  vous  avez  ouï  dire 
qu'il  doit  venir  ;  et  il  est  déjà  dans 
le  monde. 

4.  Pour  vous,  mes  chers  enfants, 
vous  êtes  de  Dieu,  et  vous  avez 
vaincu  l'Antéchrist  ;  parce  que  celui 
qui  est  en  vous  est  plus  grand  que 
celui  qui  est  dans  le  monde. 

5.  Ces  hommes   sont  du   monde  ; 


l.Charissimi,nolite  onvni  spi- 
ritui  credere,  sed  probate  spi- 
ritus  si  ex  Deo  sint  :  quoniam 
multi  pseudoprophetœ  exierunt 
in  mundum. 

2.  In  hoc  cognoscitur  spiritus 
Dei  :  omnis  spiritv.s  qui  confi- 
tetur  Jesum  Christum  in  carne 
venisse,  ex  Deo  est  ; 

3.  Et  omnis  spiritus  qui  solvil 
Jesum,  ex  Deo  non  est  ;  et  hic 
est  Antichristus,  de  quo  audistis 
quoniam  venit,  et  nunc  jam  in 
mando  est. 

4.  Vos  ex  Deo  estis,  filioli, 
et  vicistis  eum  :  quoniam  major 
est  qui  in  vobis  est,  quam  qui 
in  mundo. 

5.  Ipsi  de  mundo  sunt  :  ideo 


—    397    — 


/  Joan.,  îv. 


de  tnundo  loquuntur,  et  nnindus 
eos  audit. 

6.  Nos  ex  Deo  sumns.  Qui 
novit  Deum,  audit  nos;  qui  non 
est  ex  Deo,  non  audit  nos  :  in 
hoc  cognoscimvs  Spiritum  veri- 
tatis,  et  spiritum  erroris. 

7.  Charissiin  i,  diligamus  nos  in- 
vicem  :  quia  rharitas  ex  Deo  est. 
Et  omnis  qui  diligit,  ex  Deo 
natus  est,  et  cognoscit  Deum. 

8.  Qui  non  diligit,  non  norit 
Deum  :  quoniam  Deus  charitas 
est. 

9.  In  hoc  apparuit  charitas 
Dei  in  nobis,  quoniam  Filium 
s)' un)  unigenitum  misit  Deus  in 
mundum,  ut  vivamus  per  eum. 

10.  In  hoc  est  charitas  :  non 
quasi  nos  dilexerimus  Deum, 
sed  quoniam  ipse  prior  dilexit 
nos,  et  misit  Filium  suum  pro- 
pitiationem  pro  peccatis  nostris. 

11.  Charissimi,si  sic  Deus  di- 
lexit nos,  et  nos  debemus  alter- 
l'trum   diligere. 

12.  Deumnemo  viditunquam. 
Si  diligamus  invicem,  Deus  in 
nobis  manet,  et  charitas  ejus  in 
nobis  perfecla  est. 

13.  In  koe  cognoscinms  quo- 
niam in  eo  manemus,  et  ipse  in 
nobis  :  quoniam  de  Spiritu  suo 
dédit  nobis. 

14.  Et  nos  vidimus  et  testifi- 
camur  quoniam  Pater  misit  Fi- 
Hum   suum  Salvatorem  mundi. 

1.").  Quisquis  confessus  fuerit 
quoniam  Jésus  est  Filius  Dei, 
Deus  in  eo  manet,  et  ipse  in  Deo. 

16.  Et  noë  cognovimut,  et  cre- 
didimus  charitati  qtni>/>  habet 
Deus  in  nobis.  Drus  charitas  est; 
et  qui  manet  in  charitate,  in  Deo 
manet,  ■  t  Drus  in  eo* 

17.  Tnhoi  perfecta  est  charitas 
Dei  nobiscutn,  ut  fiduciam  ha- 
beamus    in    die  judicii  :    quia 


c'est  pourquoi  ils  parlent  des  choses 
du  monde,  et  le  monde   les  écoute. 

6.  Mais  pour  nous,  nous  sommes 
de  Dieu  :  celui  qui  connaît  Dieu  nous 
écoute  ;  et  celui  qui  n'est  point  de 
Dieu  ne  nous  écoute  point.  C'est  en 
cela  que  nous  connaissons  l'Esprit 
de  vérité  et  l'esprit  d'erreur. 

7.  Mes  bien-aimés,  aimons-nous 
les  uns  les  autres;  car  la  charité 
est  de  Dieu,  et  tout  homme  qui  aime 
est  né  de  Dieu,  et  connaît  Dieu. 

8.  Celui  qui  n'aime  point  ne  con- 
naît point  Dieu  ;  car  Dieu  est  amour. 

9.  Voici  en  quoi  Dieu  a  fait  pa- 
raître son  amour  envers  nous  :  c'est 
en  envoyant  son  Fils  unique  dans 
le  monde,  afin  que  nous  vivions  par 
lui. 

10.  L'amour  de  Dieu  est  tel  que 
ce  n'est  pas  nous  qui  l'avons  aimé,, 
mais  que  c'est  lui  qui  nous  a  aimés^ 
le  premier  :  et  il  a  envoyé  son  Fils 
afin  de   satisfaire  pour  nos  péchés. 

11.  Mes  bien-aimés,  si  Dieu  nous 
a  aimés  de  la  sorte,  nous  devons 
aussi  nous  aimer  les  uns  les  autres. 

12.  Nul  homme  n'a  jamais  vu  Dieu. 
Si  nous  nous  aimons  les  uns  les  au- 
tres, Dieu  demeure  en  nous,  et  sa 
charité  est  parfaite  en  nous. 

13.  Ce  qui  nous  fait  connaître  que 
nous  demeurons  en  lui  et  lui  en 
nous,  c'est  qu'il  nous  a  donné  de 
son  Esprit. 

14.  Nous  avons  vu,  et  nous  en 
rendons  témoignage,  que  le  Père  a 
envoyé  son  Fils  pour  être  le  Sau- 
veur du  monde. 

15.  (Quiconque  aura  confessé  que 
Jésus  est  le  Fils  de  Dieu,  Dieu  de- 
meure en  lui,  et  lui  en  Dieu. 

16.  Nous  avons  connu  l'amour  que 
Dieu  a  pour  nous,  et  nous  avons  cru 
à  cet  amour.  Dieu  est  amour:  et 
celui  qui  demeure  dans  l'amour, 
demeure  en  Dieu,  et  Dieu  demeure 
en  lui. 

17.  L'amour  de  Dieu  est  parfait 
en  nous,  afin  que  nous  soyons  pleins- 
de  confiance  pour  le  jour  du  juge 


398    - 


ment,  parce  que  nous  .sommes  en  ce 
monde  tels  qu'il  est  lui-même. 

18.  La  crainte  ne  se  trouve  point 
avec  la  charité  :  mais  la  parfaite 
charité  bannit  la  crainte  :  enr  la 
crainte  est  accompagnée  de  la  peine, 
et  celui  qui  craint  n'est  point  par- 
fait dans  la  charité. 

19.  Aimons  donc  Dieu,  puisque 
Dieu  nous  a  aimés  le  premier. 

20.  Si  quelqu'un  dit  qu'il  aime 
Dieu,  et  ne  laisse  pas  de  haïr  son 
frère,  il  est  menteur.  Car  comment 
celui  qui  n'aime  pas  son  frère  qu'il 
voit,  peut-il  aimer  Dieu  qu'il  ne 
voit  pas  ? 

21.  Et  nous  avons  reçu  de  Dieu 
ce  commandement  :  Que  celui  qui 
aime  Dieu  doit  aimer  aussi  son 
frère. 


sicut   ille   est.  et  nos  suraus  in 
hoc  mundo. 

18.  Tvmornon  est  in  diaritate; 
sedperfecta  cliarit as  foras  mittit 
timorem  :  quoniam  timor  pœ- 
nam  habet  ;  qui  autem  timet, 
non  est   perfectus  in  charitate. 

1!'.  Nos  ergo diligamus  Deum  : 
quoniam  Deus  prior  dilexit  nos. 

80.  Si  qiiis  dixerit  quoniam 
diligo  Deum,  et  fratrem  suum 
oderit,  mendaœ  est.  Qui  enim 
non  diligit  fratrem  suum  quem 
videt,  Deum  quem  non  videt 
qi'omodo  potest  diligere  ? 

21.  Et  hoc  mandatum  habe- 
mnsaDeo  :  Ut  qui  diligit  Deum. 
diligat  et  fratrem  suum. 


COMMENTA]  RE 


1.  Charissimi,  nolite  omni  spiritui  credere.  Saint  Jean 
venait  de  dire  :  «  Nous  savons  par  le  témoignage  de 
l'Esprit-Saint  que  Dieu  demeure  en  nous.  »  Afin  de  pré- 
munir les  fidèles  contre  les  séducteurs  qui  enseignaient 
de  fausses  doctrines  en  se  disant  inspirés  de  Dieu,  il  a 
soin  d'ajouter  aussitôt  :  «  Mais  il  ne  faut  pas  croire  à 
tout  esprit,  mes  chers  enfants.  »  Il  y  a  l'esprit  de  vérité 
et  l'esprit  de  mensonge  ;  sachez  discerner  l'un  de  l'autre, 
éprouvez  si  les  esprits  sont  de  Dieu  :  Sed  probate 
spiritus  si  ex  Deo  sint.  Car  beaucoup  de  faux  prophètes 
se  sont  produits  dans  le  monde,  quoniam  multi  pseudo- 
prophetœ  exierunt  in  mundum.  Ils  se  disent  inspirés  du 
ciel  ;  plusieurs  même  essaient  d'imiter  la  Vertu  divine  ; 
ils  font  des  choses  surprenantes  et  abusent  les  simples 
par  leurs  prestiges.  Ces  hypocrites  enseignent  des  doc- 
trines pernicieuses  en  disant  :  Voici  ce  que  dit  l'Esprit- 
Saint.  Mais  l'esprit  qui  leur  parle  est  l'esprit  de  men- 


songe. 


—    399    —  /  Joan.y  iv. 

Probate  spiritus.  Le  mot  spiritus  désigne  ici  un  homme 
qui  parle  sous  l'influence  d'un  esprit  bon  ou  mauvais. 
Tous  les  hérétiques  anciens  et  nouveaux  sont,  en  effet, 
inspirés,  mais  par  le  démon,  qui  est  Fauteur  de  toutes 
les  hérésies.  Le  conseil  d'éprouver  les  esprits  n'est  pas 
moins  nécessaire  de  nos  jours,  qu'il  l'était  au  siècle  des 
Apôtres  (1). 

Quoniam  multi  pseudoprophetœ  exicrunt  in  mundum. 
Avant  la  mort  de  saint  Jean,  on  comptait  déjà  un  grand 
nombre  de  sectes  diverses,  dont  nous  avons  nommé  plus 
haut  les  auteurs  (n,  8). 

Probate  spiritus,  si  ex  Deo  si?it.  Il  appartient  aux  chefs 
des  Eglises,  aux  évêques.  d'éprouver  et  de  discerner  les 
esprits,  d'examiner  les  doctrines  de  ceux  qui  enseignent 
et  de  juger  si  elles  viennent  de  l'Esprit  de  lumière  ou  de 
l'esprit  de  ténèbres.  Les  simples  fidèles  ont  eux-mêmes 
le  droit  et  le  devoir  d'examiner  si  la  doctrine  qu'on  leur 
prêche  est  conforme  à  celle  que  l'Eglise  a  toujours  ensei- 
gnée. Alors  ils  l'acceptent  ;  si  elle  est  contraire,  ils  la  re- 
jettent. Saint  Paul  s'adressait  non  seulement  aux  évêques, 
mais  encore  aux  simples  fidèles,  lorsqu'il  disait  :  Si  vous 
voyez  descendre  du  ciel  un  ange  qui  vous  annonce  un 
autre  Evangile  que  celui  que  nous  vous  avons  prêché, 
qu'il  soit  anathème!  (Gai.,  i,  8.)  Ce  n'est  point  là  le  libre 
examen  des  protestants  ;  c'est,  au  contraire,  la  soumis- 
sion de  l'intelligence  à  la  règle  de  foi,  qui  est  la  croyance 
de  l'Eglise. 

Au  reste,  l'Apôtre  n'invite  point  les  simples  fidèles  à 
discuter  les  doctrines  en  raisonnant  sur  les  Ecritures  : 
cela  n'appartient  qu'aux  théologiens  versés  dans  l'étude 
àe  la  religion.  Mais  il  leur  donne  deux  règles  :  l'une  par- 
ticulière, l'autre  générale.  La  première,  dirigée  contre  les 

(1)  Saint  Paul  avait  aussi  averti  son  disciple  Timothée  que,  dans  ie% 
derniers  temps,  plusieurs  abandonneraient  la  loi  et  sortiraient  de  l'E- 
glise pour  suivre  les  esprits  d'erreur;  ils  s'attacheraient  a  des  doctrines 
«le  démons,  enseignées  par  des  hommes  pleins  d'hypocrisie  et  de  mcn- 
e.  In  novis.si/nis  temporibus,  discedent  quidam  a  fide,  attendante* 
spiritibus  errorU  et  doctrinû  dcemoniorum,  in  hypocrisi  loquentiurn 
mendaciwn.  (I  Tim.,  i\\  1.) 


—     400    — 

erreurs  de  son  temps,  c'est  qu'ils  doivent  rejeter  et  con- 
damner celui  qui  ne  reconnaît  pas  Jésus  de  Nazareth 
pour  le  Christ,  et  comme  vrai  Dieu  et  vrai  homme. 
La  seconde,  qui  est  une  règle  générale,  c'est  que  tout 
homme  qui  n'écoute  pas  l'Eglise,  est  un  hérétique. 

2.  In  hoc  cognoscitur  Spiritas  Dei.  Omnis  spiritus  qui 
confitetur  Jesum  Christum  in  carne  venisse,  ex  Deo  est. 
Voici  la  marque  à  laquelle  on  reconnaît  qu'un  esprit  vient 
de  Dieu.  Tout  esprit  qui  confesse  que  Jésus-Christ  est  le 
Verbe  éternel,  venu  du  sein  de  son  Père  en  ce  monde,  et 
qu'il  a  pris  une  chair  véritable,  est  de  Dieu. 

Objection.  —  Il  y  a  des  hérétiques  qui  confessent  la  divi- 
nité de  Jésus-Christ,  comme  les  pélagiens,  les  luthériens, 
les  jansénistes,  et  cependant  ils  ne  sont  pas  de  Dieu. 

Réponse.  —  A  l'époque  de  saint  Jean,  tous  les  hérétiques 
combattaient  la  divinité  de  Jésus-Christ  ou  son  huma- 
nité, en  sorte  que  confesser  l'incarnation  du  Fils  de  Dieu 
était  le  signe  auquel  on  distinguait  alors  ceux  qui  appar- 
tenaient à  la  vraie  foi  et  à  la  véritable  Eglise. 

Jesum  Christum  in  carne  venisse.  «  Jésus-Christ  est 
venu  dans  la  chair.  »  Cette  expression  nous  fait  entendre 
que  Jésus-Christ  existait  avant  d'être  homme,  et  qu'il  est 
plus  qu'un  homme. 

3.  Et  omnis  spiritus  qui  solvit  Jesum  ex  Deo  non  est. 
«  Et  tout  esprit  qui  divise  Jésus  n'est  pas  de  Dieu.  » 
Jésus  de  Nazareth  est  le  Christ;  il  est  le  Fils  de  Dieu; 
il  est  Dieu,  il  est  homme;  il  est  un  Homme-Dieu;  car 
l'humanité  et  la  divinité  ne  sont  en  lui  qu'une  seule  per- 
sonne. Celui  qui  divise  Jésus  en  deux  personnes,  savoir  : 
une  personne  humaine  et  une  personne  divine,  celui-là 
est  un  hérétique.  De  même,  nier  sa  divinité  ou  nier  son 
humanité,  c'est  une  égale  erreur. 

Solvit  Jesum.  Saint  Jean  réfute  spécialement  Cérinthe, 
et  c'est  pour  le  combattre  qu'il  a  composé  son  Evangile, 
comme  nous  l'apprend  saint  Irénée.  (Hser.,  1.  III,  c.  xi.) 
Cérinthe  prétendait  que  Jésus  était  né  de  Joseph  et  de 
Marie  comme  naissent  tous  les  autres  hommes,  seule- 
ment son  âme  était  douée  d'une  sagesse  supérieure.  Au 


401     —  /  Joan.,  iv. 

moment  de  son  baptême,  le  Christ  ou  le  Fils  de  Dieu 
était  descendu  en  lui  sous  la  forme  d'une  colombe  et  lui 
avait  donné  le  pouvoir  de  faire  des  miracles.  Mais  au 
temps  de  la  passion,  le  Christ  s'était  retiré  de  Jésus  pour 
retourner  au  Père.  Ainsi,  Jésus  seul  avait  souffert,  était 
mort  et  était  ressuscité  ;  car  le  Christ,  pur  esprit,  était 
incapable  de  souffrir.  Cérinthe  commença  à  dogmatiser 
en  Palestine  et  dans  l'Asie-Mineure,  vers  l'an  88,  sous  le 
règne  de  Domitien.  (Bergier,  Dict.  théol.) 

Ce  mot  solvit,  Xt5e».,  ne  condamne  pas  seulement  Cé- 
rinthe, il  frappe  aussi  Nestorius,  comme  le  remarque  fort 
bien  l'historien  Socrate.  Car  Nestorius  distinguait  deux 
personnes  en  Jésus-Christ,  l'homme  et  le  Dieu,  le  Christ 
et  le  Verbe;  et  il  soutenait,  en  conséquence,  que  l'on  ne 
devait  pas  appeler  Marie,  mère  de  Dieu,  mais  seulement 
mère  du  Christ.  On  confondait  l'hérésiarque  en  lui  mon- 
trant les  anciens  exemplaires  de  cette  Epître  qui  por- 
taient :  Omnis  spiritas  qui  solvit  Jesum  ex  Deo  non 
est  (\). 


(1)  Omnis  spiritus  qui  solvit  Jesum.  Les  exemplaires  grecs  varient. 
Les  uns  donnent  :  -y.-;  irvefyia  h  fiii  bpokoyil  tôv  l/iiovv,  omnis  spiritus  qui 
non  confitetur  Jesum.  D'autres  manuscrits  donnent  :  7t«v  irveû/ta  o  pi\ 
bpio\oy$i  t£v  'LrflOÏtv  h  ra/SJtt  ËkiikvQixct,  omnis  spiritus  qui  non  confitetur 
Jesum  in  came  veaisse.  Ces  deux  leçons  paraissent  des  gloses  margi- 
nales, explicatives  de  )ûei,  et  de  la  marge  elles  seront  passées  dans  le 
texte.  Nous  ne  doutons  pas  qu'il  ne  faille  lire  :  t.v.j  it+svpa  b  ïùst  ràv 
'bpsuv,  omnis  spiritus  qui  solvit  Jesum.  D'abord,  c'est  la  leçon  repro- 
duite par  saint  Irénée  (Hier.,  1.  III,  c.  xvi)  et  par  Origène  (in  Matth. 
interpr.  65).  Saint  Augustin  réunit  les  deux  leçons  :  Et  omnis  spiritus 
qui  solvit  Jesum  in  carne  venisse  (in  Epist.  Joan.  Tract,  vi,  14).  Et 
ailleurs  :  Omnis  qui  solvit  Jesum  Christian  et  negat  eum  in  carne  ve- 
nisse,  non  est  ex  Deo  (Tract,  vu,  2).  Tertullien  avait  de  même  réuni  la 
double  leçon  (adv.  Marcion.,  1.  V,  c.  xvi).  Mais  nous  avons  en  outre  un 
témoignage  décisif.  L'historien  Socrate  déclare  que  lùu  xbv  'I/.gg&v  est 
la  leçon  des  anciens  exemplaires,  et  il  nous  apprend  que  des  héré- 
tiques qui  voulaient,  comme  Nestorius,  séparer  l'homme  du  Dieu  dans 
le  Christ  et  en  faire  deux  personnes,  avaient  gratté,  enlevé  ce  passage 
des  anciens  manuscrits  :  raùr^v  tîjv  ftAvotatv  è<  twv  7r«),sctwv  ivrvypàfow 
trc/sicftov.  Le  même  historien  rapporte  qu'avant  lui  d'anciens  interprètes 
avaient  déjà  signalé  cette  corruption  du  texte  sacré  faite  par  les  héré- 
tiques (Socr.,  I.  VII,  <•.  xxxn).  Ainsi  donc  la  sage  critique  ne  permet 
pas  de  rejeter  la  leçon  Xbttt  solvit,  que  lisait  l'auteur  de  la  Vulgate. 
C'est  la  leçon  primitive. 

KIMIRES   CATHOLIQUES  20 


—     402    — 

Ne  pus  accepter  Jésus  tout  entier,  comme  Christ,  comme 
Dieu  et  comme  homme,  c'est  être  l'Antéchrist  dont  vous 
avez  entendu  dire  qu'il  doit  venir.  Il  est  même  venu  ;  car 
il  est  déjà  dans  le  monde.  Et  liic  est  Antichristus,  de  quo 
audistis  quoniam  venit,  et  mine  jam  in  manda  est  (1). 
L'Antéchrist,  qui  doit  venir  à  la  fin  des  temps,  est  déjà 
dans  le  monde.  Sans  doute,  il  n'y  est  pas  en  personne, 
mais  son  esprit  anime  ses  précurseurs  (2). 

4.  Vos  ex  Deo  estis,  filioli,  et  vicistis  eum ,  quoniam 
major  est  qui  in  voôis  est  quam  qui  in  mundo.  «  Vous, 
mes  chers  enfants,  vous  êtes  de  Dieu;  et  vous  avez  vaincu 
l'Antéchrist,  parce  que  celui  qui  est  en  vous  est  plus 
grand  et  plus  fort  que  celui  qui  est  dans  le  monde.  » 

Vicistis  eu?n,  vous  avez  vaincu  l'Antéchrist  et  son 
esprit  d'erreur,  de  mensonge  et  de  corruption.  Mais 
cette  heureuse  victoire,  sachez- le  bien,  n'est  pas  due 
à  vos  seules  forces.  Vous  l'avez  remportée  par  la  grâce 
du  Saint-Esprit  qui  est  en  vous  ;  c'est  lui  aussi  qui  vous 
maintiendra  victorieux,  car  il  est  plus  puissant  que  l'es- 
prit d'erreur  auquel  obéit  le  monde.  Quoniam  major  est 
qui  in  voôis  est,  quam  qui  in  mundo. 

5.  lpsi  de  mundo  siint  :  ideo  de  mundo  loquuntur,  et 
mundus  eos  audit.  Ces  hommes  sont  du  monde  ;  c'est 
pourquoi  ils  parlent  des  choses  du  monde  selon  l'esprit 
du  monde,  et  le  monde  les  écoute.  Le  succès  des  héré- 
sies est  expliqué  par  cette  parole.  Ceux  qui  les  inventent 
et  les  propagent  sont  du  monde  :  ils  en  ont  l'orgueil  et  la 
dépravation  ;  ils  veulent  légitimer  leurs  vices  par  leur 
doctrine  ;  et  les  mondains,  ravis  de  voir  leurs  propres 
passions  justifiées,  écoutent  ces  faux  prophètes  et  em- 
brassent avec  avidité  leurs  erreurs. 


(1)  Et  hic  est  Antichristus.  En  grec,  on  lit  :  xal  tov-cô  imv  ib  rot/ 
*AvTtypicroi>,  h  dbugxâeere  oti  ëpxeuu,  et  hic  est  Antichristi  sjoiritus,  quem 
spiritum  audistis  quoniam  venit.  Mais  il  est  probable  qu'au  lieu  de  i, 
il  faut  lire  ©v,  quem  Antichristum,  et  traduire  :  «  et  c'est  là  l'esprit  de 
l'Antéchrist,  duquel  Antéchrist  vous  avez  entendu  dire  qu'il  vient.  » 

(2)  Jean-Baptiste  est  de  même  appelé  Elie  dans  l'Evangile,  parce 
qu'il  précédait  Notre-Seigneur  avec  l'esprit  et  la  vertu  d'Elie.  (S.  Matth., 
xi,  14  ;  S.  Luc,  i,  17.) 


—     403     —  /  Joan. ,  iv. 

De  tels  discours  ne  sont  tenus  et  écoutés  que  par  ceux 
qui  aiment  le  monde,  dit  saint  Augustin.  Nec  diciint  ista, 
nisi  qui  diligunt  miindum  ;  neque  audiuntur  ista,  nisi  ab 
his  qui  dilicjitnt  mundum.  (Tract,  vu,  3.) 

6.  Nos  ex  Deo  sumus.  Saint  Jean  parle  ici  au  nom  des 
Apôtres.  Nous,  dit-il,  nous  disciples  de  Jésus-Christ,  for- 
més par  ses  leçons  et  ses  exemples,  nous  ne  sommes  pas 
du  monde,  mais  de  Dieu.  Nous  vous  annonçons  l'Evangile 
que  nous  avons  reçu  de  sa  bouche. 

Qui  novit  Deum,  audit  nos  ;  qui  non  est  ex  Deo  non 
audit  nos.  In  hoc  cognoscimus  Spiritum  veritatis  et  spi- 
ritum  erroris.  Nous  sommes  donc  de  Dieu.  «  Celui  qui 
connaît  Dieu  nous  écoute  ;  celui  qui  n'est  point  de  Dieu 
ne  nous  écoute  point.  C'est  par  là  que  nous  connaissons 
l'Esprit  de  vérité,  et  que  nous  le  discernons  de  l'esprit 
d'erreur.  » 

Le  monde  se  partage  en  deux  races  :  l'une  qui  est  de 
Dieu,  et  l'autre  qui  est  de  Satan.  La  première  est  dirigée 
dans  ses  croyances  et  dans  ses  actions  par  l'Esprit-Saint 
qui  habite  en  elle  ;  l'autre  obéit  à  l'esprit  du  diable.  Or, 
celui  qui  reconnaît  Dieu  pour  son  maître  et  son  père  nous 
écoute,  parce  que  nous  sommes  les  ministres  de  Dieu  ;  il 
croit,  il  comprend,  il  accepte  la  doctrine  que  nous  annon- 
çons de  la  part  de  Dieu  :  audit  nos.  Mais  celui  qui  n'est 
pas  de  la  race  de  Dieu  ne  nous  écoute  pas  ;  il  contredit 
et  rejette  nos  paroles  :  non  audit  nos. 

Qui  novit  Demn  audit  nos  ;  qui  non  est  ex  Deo  non 
audit  nos.  Voilà  un  texte  qui  confond  tous  les  hérétiques, 
Cérinthe,  Arius,  Nestorius,  Luther.  A  quel  signe  recon- 
naît-on l'esprit  de  vérité  et  l'esprit  d'erreur  ?  Saint  Jean 
le  dit  clairement.  Les  enfants  de  Dieu,  ceux  qu'anime 
l'Esprit  de  vérité,  nous  écoutent;  et  ceux  qui  ne  sont  pas 
enfants  de  Dieu,  ceux  qui  suivent  l'esprit  de  mensonge, 
ne  nous  écoutent  pas.  Nos  désigne  les  Apôtres  et  leurs 
successeurs  légitimes.  Le  Pape  et  les  évoques  unis  au 
Pape  sont  la  colonne  inébranlable  de  la  vérité,  columna 
et  prmamentum  veritatis.  (I  Tim.,  m,  15.)  Cette  règle  a 
été   posée  par  Notre-Seigneur  lui-même  :  «  Celui  qui 


—    404     — 

vous  écoute  m'écoute  ;  et  celui  qui  vous  méprise  me  mé- 
prise »,  disait-il  à  ses  Apôtres.  (S.  Luc,  x,  16.) 

Il  est  donc  facile  de  distinguer  l'enseignement  divin  de 
la  doctrine  des  démons.  Ecoutez  le  Pape  et  les  conciles  ; 
leur  parole  vient  du  Saint-Esprit,  et  ceux  qui  la  contre- 
disent obéissent  aux  esprits  d'enfer. 

C'est  une  chose  remarquable  que  l'Eglise,  dans  tout  le 
cours  des  siècles,  n'élève  jamais  la  voix  pour  enseigner 
aux  peuples  les  vérités  les  plus  certaines  et  les  plus  salu- 
taires, sans  que  des  voix  s'élèvent  contre  la  sienne.  Voilà, 
dit  saint  Jean,  un  signe  qui  nous  fait  distinguer  l'Esprit 
de  vérité  et  l'esprit  d'erreur  ;  l'Esprit  de  vérité  rend  les 
hommes  dociles  à  la  parole  de  l'Eglise,  et  l'esprit  d'er- 
reur les  entraîne  dans  la  rébellion.  In  hoc  cognoscimus 
Spiritum  veritatis  et  spiritum  erroris. 

Cognoscimus.  Nous  l'avons  dit,  ce  ne  sont  pas  seule- 
ment les  Apôtres  et  les  chefs  de  l'Eglise  qui  peuvent  con- 
naître où  est  la  vérité,  où  est  l'erreur  ;  mais  les  simples 
fidèles  peuvent  le  savoir  avec  certitude.  La  vérité,  c'est 
ce  qu'enseigne  l'Eglise;  l'erreur,  c'est  ce  que  l'Eglise 
condamne. 

7.  Charissimi,  diligamus  nos  invicem  :  quia  charitas  ex 
Deo  est.  Et  omnis  qui  diligit,  ex  Deo  natas  est,  et  cognos- 
cit  Denm.  Un  premier  signe  qui  discerne  les  enfants  de 
Dieu  des  fils  de  Satan  est  la  docilité  à  recevoir  l'en- 
seignement apostolique.  Un  second  signe  est  la  charité 
fraternelle.,  Mes  bien-aimés,  dit  saint  Jean,  nous  qui 
connaissons  la  vérité,  nous  qui  sommes  unis  dans  la 
même  foi,  «  aimons- nous  les  uns  les  autres  ;  car  la  cha- 
rité est  de  Dieu,  et  tout  homme  qui  aime  est  né  de  Dieu 
et  il  connaît  Dieu.  » 

Charitas  ex  Deo  est.  C'est  de  Dieu  que  vient  la  charité 
aussi  bien  que  la  vérité.  Sans  la  grâce,  nous  ne  pouvons 
aimer  ni  Dieu,  ni  les  hommes,  ni  nous-mêmes,  d'ui>amour 
chrétien.  L'amour  naturel  peut  être  innocent,  comme 
celui  d'une  mère  pour  son  fils,  mais  ce  n'est  pas  la  cha- 
rité; le  Saint-Esprit  seul  la  répand  dans  nos  cœurs.  C'est 
pourquoi  saint  Jean  dit,  que  tout  homme  qui  aime  d'un 


—     405     —  /  Joan.,  îv. 

amour  de  dilection  ou  de  charité  (-jt5cç  o  vfamiï»),  est  enfant 
de  Dieu.  Omnis  qui  diligit,  ex  Deo  natus  est. 

Il  ajoute  :  Et  cognoscit  eum,  «  et  celui-là  connaît  Dieu  » 
comme  un  fils  connaît  son  père,  qu'il  aime  et  dont  il  est 
aimé.  Il  connaît  Dieu,  car  Dieu  se  manifeste  à  ceux  qui  l'ai- 
ment, en  les  éclairant  par  une  lumière  intérieure;  et  cette 
lumière  les  confirme  dans  la  foi,  dans  l'espérance  et  dans 
la  charité,  en  même  temps  qu'elle  les  remplit  de  conso- 
lation. Qui  diligit  me  diligetur  a  Pâtre  meo,  et  ego  dili- 
gam  eum, et  manifestabo  ei  me  ipsum.  (S.  Joan.,  xiv,  21.) 

8.  Qui  non  diligit,  non  novit  Deum,  quoniam  Deus  cha- 
ritas  est.  Selon  sa  méthode,  saint  Jean  achève  d'éclaircir 
et  de  compléter  son  idée  en  la  présentant  sous  la  forme 
négative.  Il  vient  de  dire  :  Tout  homme  qui  aime  connaît 
Dieu.  Maintenant  il  ajoute  :  Celui  au  contraire  qui  n'aime 
pas  ne  connaît  pas  Dieu.  Et  il  en  donne  la  raison  :  Car 
Dieu  est  la  charité  même;  celui  donc  qui  ne  l'aime  pas  ne 
le  connaît  pas,  puisqu'on  ne  peut  pas  connaître  la  charité, 
sans  l'aimer  ;  et  celui  qui  n'aime  pas  la  charité  n'aime 
personne.  —  Quoniam  Deus  charitas  est.  Quand  la  charité 
ne  serait  pas  célébrée  dans  toutes  les  pages  de  cette  Epî- 
tre,  quand  même  elle  ne  serait  pas  nommée  ailleurs  dans 
les  Ecritures,  cette  unique  parole  du  Saint-Esprit  suffi- 
rait pour  nous  en  montrer  l'excellence,  dit  saint  Augustin. 

Dieu  est  charité.  Il  est  la  charité  même,  comme  il  est 
la  sagesse  même,  la  puissance  même,  la  vérité  même.  En 
Dieu,  qui  est  un  être  parfaitement  simple,  les  attributs 
ne  sont  pas  en  réalité  (in  ré)  distingués  de  la  substance. 
Or,  le  Père  est  charité,  le  Fils  est  charité,  et  le  Saint- 
Esprit  est  charité  ;  tous  les  trois  sont  charité.  Cependant 
la  charité  est  attribuée  ici  au  Père,  parce  que  sa  charité 
s'est  manifestée  en  envoyant  son  Fils  dans  le  monde  pour 
sauver  le  genre  humain. 

9.  In  hoc  appariât  charitas  Deiin  nobis,  quoniam  Filium 
sinon  unigenitum  misit  Deus  in  mundum,  ut  vivamus  per 
eum.  Dieu  est  donc  la  charité  ou  l'amour  substantiel  :  les 
philosophes  le  prouvent  ;  mais  nous  n'avons  pas  besoin 
d'étudier  leurs  raisonnements.  Dieu  nous  a  montré  son 


—     406     — 

amour  par  une  preuve  manifeste  :  cette  preuve,  c'est  qu'il 
a  envoyé  du  ciel  en  ce  monde  son  Plis  unique,  afin  que 
nous  vivions  par  lui. 

Ut  viva?nus  per  eum.  Il  est  venu  du  ciel  nous  apporter 
la  vie  de  la  grâce,  qui  est  le  gage  de  la  vie  éternelle.  Car 
si  nous  conservons  sur  la  terre  cette  vie  spirituelle,  qui 
nous  unit  à  Dieu,  nous  la  posséderons  sans  fin  dans  la 
gloire.  Saint  Jean  répète  ici  la  parole  queNotre-Seigneur 
avait  dite  presque  dans  les  mêmes  termes  :  «  Dieu  a  tant 
aimé  le  monde,  qu'il  a  donné  son  Fils  unique,  afin  que 
tout  homme  qui  croit  en  lui  ne  périsse  pas,  mais  possède 
la  vie  éternelle.  »  Sic  Deus  dilexit  mundum,  ut  Fithtm 
smnn  itnigenitum  daret;  ut  onwis  qui  crédit  iu  eum  non 
pereat.  sed  habeat  vitam  œternam.  (S.  Joan..  m,  16.) 

10.  In  hoc  est  charitas  :  non  quasi  nos  dilexerimus  Deum, 
sed  quoniam  ipse  prior  dilexit  nos,  et  misit  Filium  suum 
propitiationem  pro  peccatis  nostris.  Mais  ce  qui  montre 
encore  mieux  la  grandeur  de  cet  amour,  c'est  que  nous 
en  étions  indignes.  Car  ce  n'est  pas  nous  qui  avons  pré- 
venu Dieu  par  notre  obéissance  et  notre  amour  ;  c'est 
Dieu  qui  nous  a  aimés  le  premier,  lorsque  nous  étions 
pécheurs  ;  et  il  ne  s'est  pas  contenté  de  nous  envoyer  son 
Fils  pour  nous  montrer  la  voie  du  salut  :  il  nous  l'a  donné 
comme  une  victime  de  propitiation  pour  effacer  nos  pé- 
chés dans  son  sang.  O  mira  circa  nos  tuas  pietatis  dirjna- 
tio  !  s'écrie  l'Eglise.  Ut  sercum  redimeres,  Filium  tradi- 
disti!  (Bened.  cerei  pasch.) 

11.  Charissimi,  si  sic  Deus  dilexit  nos.  et  nos  debemus 
alterutrum  diligere.  «  Mes  bien-aimés,  si  Dieu  nous  a 
aimés  de  cette  sorte,  nous  devons  aussi  nous  aimer  les 
uns  les  autres.  »  Que  rendrons-nous  à  Dieu  pour  ses 
bienfaits  ?  Il  n'a  pas  besoin  de  nos  sacrifices  :  depuis  que 
son  Fils  a  été  immolé  pour  nous  sur  la  croix,  il  ne  veut 
plus  qu'on  égorge  en  son  honneur  des  taureaux  et  des 
béliers  ;  mais  il  nous  ordonne  d'aimer  notre  prochain,  et 
il  regarde  comme  fait  à  lui-même  ce  que  nous  aurons 
fait  pour  nos  frères.  Il  veut  qu'imitant  l'exemple  de 
notre  Père,  nous  aimions  non  seulement  ceux  qui  nous 


—    407     —  /  Joan.,  iv. 

aiment  et  nous  font  du  bien,  mais  encore  nos  ennemis  et 
nos  persécuteurs. 

Soyons  les  imitateurs  de  Dieu,  comme  étant  ses  enfants 
bien-aimés,  dit  saint  Paul.  Soyons  pleins  de  charité  pour 
nos  frères,,  comme  Jésus-Christ  nous  a  aimés  et  s'est 
livré  lui-même  pour  nous,  en  s'offrant  à  Dieu  comme  une 
oblation  et  une  victime  d'agréable  odeur  (1). 

12.  Deum  nemo  vidit  unquam,  «  jamais  personne  n'a 
vu  Dieu.  »  C'est  un  raisonnement  commencé.  L'Apôtre 
voulait  dire  :  Notre  affection  se  porte  naturellement  vers 
les  choses  sensibles,  et  difficilement  vers  celles  qui  échap- 
pent à  nos  sens.  D'où  il  résulte  qu'il  nous  est  difficile 
d'aimer  Dieu  que  nous  ne  voyons  pas.  Mais  nous  voyons 
les  hommes,  et  il  nous  est  plus  facile  de  les  aimer.  Saint 
Jean  éclaircira  plus  loin  sa  pensée  en  reprenant  ce  rai- 
sonnement (v.  20).  Il  l'interrompt  ici  pour  développer 
l'idée  qu'il  vient  d'émettre,  savoir  que  nous  devons  nous 
aimer  les  uns  les  autres.  Il  continue  donc  : 

Si  diligamas  invicem,  Deits  in  nobis  ma?iet,  et  charitas 
ejus  in  nobis  perfecta  est.  Mais  si  nous  nous  aimons  les 
uns  les  autres,  nous  qui  nous  voyons  les  uns  les  autres, 
Dieu  demeure  en  nous,  et  son  amour  est  parfait  en  nous. 
Là  sont  montrés  deux  effets  de  la  charité  fraternelle.  Le 
premier,  c'est  qu'elle  attire  Dieu  dans  nos  cœurs  ;  le 
second  c'est  que  son  amour  est  en  nous  parfait  et  accom- 
pli f  Charitas  ejus  in  nobis  perfecta  est.  L'amour  de  Dieu 
pour  le  pécheur  n'est  pour  ainsi  dire  qu'un  amour  com- 
mencé. L'indignité  du  pécheur  fait  obstacle  à  ce  que 
l'amour  de  Dieu  soit  pleinement  efficace.  Mais  lorsque  le 
pécheur  aime  vraiment  le  prochain,  il  est  justifié  par 
sa  charité;  Dieu  l'aime  alors  d'un  amour  parfait,  con- 
sommé, entier,  et  il  habite  en  son  cœur  comme  dans  son 
temple  (2). 

(1)  Estote  ergo  imitatores  Dei,  sicut  filii  charissimi,  et  ambulate  in 
(lilrctioiie,  sicut  et  Christus  dilexit  nos,  et  tradid.it  szmetipstcm  pro 
nabi*  oblationem  et  hostiam  Deo  in  odorem  suavitatis.  (Eph.,  v,  1.) 

(2)  On  peut  entendre  aussi  par  charitas  ejus  notre  amour  pour  Dieu  ; 
il  n'est  parfait  que  lorsque  nous  aimons  le  prochain  ;  car  l'amour  du 
prochain  est  le  complément  nécessaire  de  l'amour  de  Dieu. 


—    408    — 

13.  Saint  Jean  confirme  cette  pensée  en  répétant  la  der- 
nière parole  du  chapitre  précédent  :  «  Nous  savons  que 
nous  demeurons  en  Dieu  et  Dieu  en  nous,  parce  qu'il 
nous  a  fait  part  de  son  Esprit.  »  Il  répète  donc  :  In  hoc 
cognoscimus  quoniam  in  eo  manemus,  et  ipse  in  nobis. 
quoniam  de  Spiritu  suo  dédit  nobis.  Les  dons  excellents 
que  l'Esprit-Saint  répand  dans  les  cœurs  des  fidèles  et 
dans  l'Eglise,  indiquent,  en  effet,  sa  présence. 

De  Spiritu  suo  dédit.  «  Il  nous  a  donné  de  son  Esprit.  » 
Il  nous  a  même  donné  son  Esprit;  car  le  Saint-Esprit 
ne  se  divise,  pas.  L'Apôtre  dit  cependant  qu'il  nous  a 
donné  de  son  Esprit  ;  car  l'Esprit-Saint  distribue  en  di- 
verses mesures  ses  dons  aux  hommes.  Divisiones  gra- 
tiarum  sunt,  idem  antem  Spiritus  dividens  singulis  proat 
vult.  (I  Cor.,  xn.) 

De  Spiritu  suo  dédit  nobis.  Voulons-nous  savoir  si  le 
Saint-Esprit  habite  en  nous  ?  interrogeons  notre  cœur. 
Si  nous  y  trouvons  la  charité  pour  nos  frères,  soyons 
sans  inquiétude  :  nous  possédons  l'Esprit  de  Dieu.  Car 
saint  Paul  nous  atteste  que  la  charité  a  été  répandue 
dans  nos  cœurs  par  le  Saint-Esprit  qui  nous  a  été  donné. 
Ainsi  raisonne  saint  Augustin.  (Tr.  v,  10.)  lnterroga  cor 
tuum  :  si  est  ibi  dilectio  fratris,  securus  esto;  quia  Paulus 
clamât  :  Charitas  Dei  diffusa  est  in  cordibus  nostris  per 
Spiritum  sanctum,  qui  datus  est  nobis.  (Rom.,  v,  5.) 

14.  Et  nos  vidimus  et  testificamur  quoniam  Pater  misit 
Filiiim  sinon  Salvatorem  mundi.  «  Et  nous,  nous  avons 
vu,  et  nous  en  rendons  témoignage,  que  le  Père  a  envoyé 
son  Fils  pour  être  le  Sauveur  du  monde.  » 

Et  nos.  Tous  les  fidèles  reconnaissent  que  Dieu  nous 
a  donné  le  Saint-Esprit,  car  les  prodiges  qu'il  opère  dans 
nos  assemblées  manifestent  sa  présence.  Mais  pour  nous, 
dit  saint  Jean,  nous  sommes  les  témoins  spéciaux  d'un 
autre  don  admirable  de  Dieu.  Nous,  disciples  de  Jésus- 
Christ,  nous  ses  Apôtres,  nous  qui  avons  vécu  avec  lui 
pendant  plusieurs  années,  nous  avons  vu  de  nos  yeux, 
vidimus,  nous  avons  acquis  la  certitude  par  un  examen 
sérieux  et  prolongé,  7EÔsày.s0a,  que  Dieu  le    Père  a  en- 


—    409     —  /  Joan.,  iv. 

voyé  son  Fils  sur  la  terre  pour  être  le  Sauveur  du 
monde,  et  nous  rendons  témoignage  de  cette  vérité,  testi- 
ficamar. 

Et  nos.  Pour  moi,  le  dernier  survivant  des  Apôtres, 
je  l'atteste.  Mais  tous  mes  collègues  du  fond  de  leurs 
tombeaux  continuent  de  l'attester  par  le  sang  qu'ils  ont 
versé  :  et,  tous  ensemble,  nous  attesterons  jusqu'à  la  fin 
des  siècles  que  Jésus  est  le  Sauveur  du  monde  :  testifi- 
camur  Salvatorem  miindi. 

15.  Quisquis  confessus  fuerit  quoniam  Jesns  est  Films 
Dei,  Deus  in  eo  manet,  et  ipse  in  eo.  «  Tout  homme  qui 
confesse  que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu,  Dieu  demeure  en 
lui,  et  lui  en  Dieu.  »  C'est  la  conclusion  de  ce  qui  pré- 
cède. En  effet,  puisqu'il  est  démontré  par  le  témoignage 
du  Saint-Esprit  et  par  le  nôtre  que  Dieu  le  Père  a  en- 
voyé Jésus,  son  Fils,  pour  être  le  Sauveur  des  hommes, 
il  s'ensuit  que  tous  ceux  qui  croient  en  Jésus,  Fils  de 
Dieu,  sont  sauvés.  Or,  le  salut  consiste  dans  l'union 
avec  Dieu,  union  commencée  en  cette  vie,  pour  être  con- 
sommée dans  l'éternité. 

Saint  Jean  venait  de  dire  que  Dieu  demeure  en  ceux 
qui  aiment  leurs  frères  :  Si  diliqamus  invicem,  Deus  in 
nobis  manet.  Mais  la  vraie  charité  n'est  point  dans  ceux 
qui  n'ont  point  la  foi,  comme  les  hérétiques  qui  préten- 
dent que  Jésus  est  simplement  fils  de  Joseph  et  de  Marie. 
C'est  pourquoi  il  a  soin  d'ajouter  que  Dieu  demeure,  par 
sa  présence  et  son  amour,  en  celui  qui  croit  et  confesse 
que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu. 

Mais,  d'un  autre  côté,  il  ne  suffit  pas  de  croire  en  Dieu 
pour  qu'il  demeure  en  nous;  il  faut  aussi  l'aimer.  C'est 
ce  qu'il  ajoute. 

10.  Et  nos  cognovimus,  et  credidimus  charitati  quant 
habet  Deus  in  nobis.  Et  nous  tous  chrétiens,  nous  Apô- 
tres et  vous  fidèles,  nous  avons  connu  la  charité  que 
Dieu  a  pour  les  hommes,  et  nous  avons  cru  à  cette 
charité.  Chose  étrange  î  les  hommes  ont  une  peine  in- 
finie à  croire  à  l'amour  d'un  Dieu  pour  eux;  c'est  même 
de  cette  difficulté  que  viennent  la  plupart  des  hérésies. 


—     410     — 

Les  Juifs  ne  pouvaient  croire  qu'un  Dieu  eût  été  ouvrier 
dans  l'atelier  d'un  charpentier  de  Nazareth.  Cérinthe  et 
Arius  ne  pouvaient  croire  qu'un  Dieu  fût  mort  pour  les 
hommes.  Calvin  refusait  de  croire  qu'un  Dieu  voulût 
devenir  lui -môme  la  nourriture  des  hommes  dans  le  pain 
eucharistique.  Mais  nous,  nous  avons  reconnu  l'immense 
charité  que  Dieu  a  pour  nous,  et  nous  avons  cru  à  cet 
amour  sur  des  preuves  certaines.  Et  nos  cognovimus  et 
credidimus  charitati  quant  habet  Dens  in  nobis. 

Deus  charitas  est.  L'Apôtre  exprime  la  cause  pour  la- 
quelle nous  croyons  à  l'amour  de  Dieu  pour  les  hommes, 
c'est  qu'en  effet,  «  Dieu  est  amour.  »  De  là,  il  tire  cette 
conclusion  :  h  Celui  qui  demeure  dans  l'amour  demeure 
en  Dieu,  et  Dieu  en  lui  »,  puisque  Dieu  et  l'amour  sub- 
stantiel sont  une  même  chose  :  Et  qui  manet  in  charitate 
in  Deo  manet,  et  Deus  in  eo. 

Il  est  en  nous,  nous  sommes  en  lui  :  expressions  qui 
marquent  l'union  du  juste  avec  Dieu.  Si  vous  aimez  Dieu 
et  le  prochain,  Dieu  entre  en  votre  cœur,  il  réside  en 
votre  âme  et  il  se  complaît  en  vous.  Car  le  propre  de 
l'amour  est  d'unir  intimement  celui  qui  aime  à  celui  qui 
est  aimé. 

Saint  Jean,  entièrement  occupé  de  l'amour  de  Dieu  et 
du  prochain,  tourne,  retourne,  répète  les  mêmes  idées. 
Du  Père  qui  nous  a  aimés,  il  vient  au  Christ;  du  Christ, 
à  la  charité  mutuelle  ;  de  la  charité,  il  retourne  à  Dieu, 
au  Christ,  au  Saint-Esprit,  et  conclut  toujours  :  Aimons 
Dieu,  aimons-nous  les  uns  les  autres. 

17.  In  hoc  perfecta  est  charitas  Deinobiscum  {!),  ut  fidu- 
ciam  habeamus  in  die  judicii.  «  La  charité  de  Dieu  a  été 
parfaite  à  notre  égard,  afin  que  nous  soyons  pleins  de 

(1)  On  lit  dans  le  grec  :  h  toî/tw  Tsreîsiuzcu  r>  àystnn  //£0'vj,uwv,  in  hoc 
perfecta  est  charitas  nobiscum.  Le  mot  Dei,  qui  manque  dans  le  grec 
et  ne  se  trouve  pas  non  plus  dans  de  bons  exemplaires  de  la  Vidgate, 
ni  dans  saint  Augustin,  est  peut-être  une  glose  ;  mais  elle  est  bonne  : 
car  elle  donne  un  sens  heureux  à  ce  passage  difficile.  —  Remarquons 
aussi  que  le  mot  perfecta  n'est  pas  ici  un  adjectif,  mais  un  participe 
qui  veut  dire  :  La  charité  a  été  consommée  ou  portée  au  degré  suprême 
a  notre  égard. 


—    411     —  /  Joan.,  iv. 

confiance  pour  le  jour  du  jugement.  »  L'Apôtre  veut  dire 
que  Dieu  a  manifesté  son  amour  pour  nous  par  des  effets 
si  admirables,  que  cet  amour  doit  nous  inspirer  une 
grande  confiance  pour  le  jour  où  nous  paraîtrons  devant 
son  tribunal.  Puisqu'il  nous  a  tant  aimés,  croyons  qu'il 
ne  veut  pas  nous  condamner.  Il  nous  jugera,  mais  nous 
devons  attendre  son  jugement  avec  un  bon  espoir. 

Cette  confiance  n'est  point  une  présomption,  car  elle 
est  encore  fondée  sur  un  autre  motif  très  solide.  «  C'est 
que  nous  sommes  en  ce  monde  tels  que  Dieu  est  lui- 
même.  »  Quia  sicut  Me  est,  et  nos  sumus  in  hoc  mundo. 
Cette  parole  s'entend  de  la  charité.  En  effet,  Jésus-Christ 
nous  a  dit  :  «  Aimez  vos  ennemis  et  priez  pour  ceux  qui 
vous  persécutent,  afin  d'être  les  vrais  enfants  de  votre 
Père  céleste  qui  fait  luire  son  soleil  sur  les  bons  et  sur 
les  méchants,  et  qui  répand  la  pluie  sur  les  justes  et  les 
injustes.  (S.  Matth.,  v,  45.)  Si  donc  nous  aimons  nos 
ennemis,  si  nous  leur  souhaitons  du  bien,  si  nous  prions 
pour  ceux  qui  nous  persécutent,  nous  imitons  la  charité 
de  notre  Père  céleste;  et  notre  Père  céleste,  nous  voyant 
semblables  à  lui,  ne  nous  condamnera  pas. 

Ut  fiduciam  habeamus.  Cette  confiance  en  notre  Juge, 
si  nous  ne  l'avons  pas  encore,  faisons  tous  nos  efforts 
pour  l'acquérir.  Le  moyen  d'y  parvenir,  c'est  de  croître 
dans  la  charité  jusqu'à  ce  que  notre  conscience  nous  rende 
un  bon  témoignage,  et  que  nous  puissions  dire  à  Jésus- 
Christ  comme  saint  Pierre  :  Seigneur,  vous  savez  que  je 
vous  aime  et  que  j'aime  mon  prochain. 

18.  Timor  non  est  in  cJiaritate  ;  sed  perfecta  charitas 
foras  mittit  timorcm  :  quoniam  timor pœnam  habet ;  qui 
autan  fi///et  non  est  perfectus  in  charitate.  En  effet,  con- 
tinue saint  Jean,  la  crainte  ne  se  trouve  point  dans  la 
charité  ;  mais  la  charité,  quand  elle  est  parfaite,  chasse 
la  crainte.  On  ne  tremble  pas  devant  celui  qu'on  aime 
de  tout  son  cœur.  Car  la  crainte  renferme  la  vue  d'une 
peine  ;  et  celui  qui  craint  une  peine,  celui  qui  se  dirige 
par  la  frayeur  d'un  châtiment,  n'est  point  parfait  dans  la 
charité.  Cependant  la  crainte  du  Seigneur  est  bonne  puis- 


—    412    — 

qu'elle  est  le  commencement  de  la  sagesse,  mais  elle  n'en 
est  pas  la  perfection. 

Timor  pœnam  habet,  b^6^;  xôAasiv  l/v..  La  crainte  envi- 
sage une  peine,  un  châtiment.  Le  mot  x&anc  veut  dire 
punition.  L'Apôtre  désigne  donc  un  serviteur  négligent 
ou  infidèle  qui  redoute  un  châtiment  de  la  part  de  son 
maître,  ou  un  coupable  qu'effraie  la  sévérité  de  son  juge. 
L'amour  parfait  exclut  cette  terreur.  Néanmoins,  les 
justes  mêmes  ne  sont  pas  sans  crainte  ;  car  nul  ne  sait 
s'il  est  digne  d'amour  ou  de  haine.  C'est  pourquoi  le 
saint  roi  David  disait  :  «  Seigneur,  transpercez  mes 
chairs  de  votre  crainte,  car  je  crains  vos  jugements.  » 
Confige  timoré  tuo  carnes  meas  :  a  judiciis  enim  luis 
timiii.  (Ps.  oxviii.) 

Ecoutons  saint  Augustin  expliquer  cette  doctrine  im- 
portante :  «  La  crainte  n'est  pas  dans  la  charité.  »  De 
quelle  charité  parle  l'Apôtre  ?  Ce  n'est  pas  de  la  charité 
commencée,  mais  de  la  charité  parfaite  ;  car  il  ajoute  : 
«  La  charité  parfaite  met  dehors  la  crainte.  »  Que  la 
crainte  commence  donc  ;  car  la  crainte  du  Seigneur  est 
le  commencement  de  la  sagesse.  La  crainte  prépare  pour 
ainsi  dire  l'entrée  à  la  charité  ;  mais  quand  la  charité 
habite  un  cœur,  la  crainte  qui  lui  avait  préparé  la 
place  en  est  éliminée.  A  mesure  que  la  charité  croît, 
la  crainte  décroît.  Plus  la  charité  pénètre  dans  le  cœur, 
plus  la  crainte  s'en  éloigne.  Mais,  sans  la  crainte,  la  cha- 
rité n'entrerait  pas.  C'est  ce  que  fait  comprendre  une 
comparaison  vulgaire.  Ainsi,  dit-il,  lorsque  l'on  coud  une 
étoffe,  le  filest  introduit  par  l'aiguille  :  l'aiguille  entre  la 
première  ;  mais,  si  elle  ne  sortait  pas,  le  fil  n'entrerait 
pas.  De  même,  la  crainte  entre  d'abord  dans  l'âme,  mais 
elle  n'y  reste  pas;  car  elle  n'y  entre  que  pour  y  introduire 
la  charité.  »  (Tract,  ix,  4.) 

19.  Nos  ergo  diligamus  Deu?n,  quoniam  Deus  prior  di- 
lexit  nos.  Il  conclut  tout  son  discours  par  cette  belle 
parole  qui  sort  de  son  cœur  :  «  Aimons  donc  Dieu.  »  Et  il 
en  ajoute  le  motif  :  «  Aimons  Dieu,  parce  qu'il  nous  a 
aimés  le  premier.  »  Il  est  désolant  de  voir  Dieu  aimer  les 


—    413    —  /  Joan.,  rv. 

hommes,  et  ne  pas  en  être  aimé.  Nous,  du  moins,  aimons- 
le  :  nos  diligamus. 

Prior  dilexitnos.  Nous  ne  l'aurions  jamais  aimé  s'il  ne 
nous  avait  pas  aimés  le  premier.  C'est  en  nous  aimant 
quand  nous  ne  l'aimions  pas,  qu'il  nous  a  donné  la  grâce 
de  l'aimer.  Prior  dilexit  nos,  et  donavit  nobis  ut  dilige- 
remus  eum.  (S.  Aug.  Tr.  ix,  9.) 

Prior  dilexit  nos.  Quoi  !  Dieu  aime  donc  les  pécheurs  ? 
Certainement  :  il  les  aime  pour  en  faire  des  saints;  et  s'il 
n'en  fait  pas  des  saints,  c'est  qu'ils  ne  le  veulent  pas. 
Dilexit  impios,  ut  faceret  pios;  dilexit  injustos,  ut  faceret 
justos  ;  dilexit  œgrotos,  ut  faceret  sanos.  (Ibid.,  10.) 

11  faut  donc  aimer  Dieu  ;  mais,  encore  une  fois,  ne 
séparons  pas  l'amour  de  Dieu  de  l'amour  du  prochain. 

20.  Si  guis  dixeril  quoniam  diligo  Deum.,  et  fratrem 
suxnn  oderit,  mendax  est.  «  Car,  si  quelqu'un  dit  qu'il  aime 
Dieu  et  ne  laisse  pas  de  haïr  son  frère,  il  est  menteur.  » 

Saint  Jean  le  prouve  en  reprenant  le  raisonnement  qu'il 
avait  commencé  plus  haut  (v.  12).  «  En  effet,  dit-il,  celui 
qui  n'aime  pas  son  frère  qu'il  voit,  comment  peut  il  aimer 
Dieu  qu'il  ne  voit  pas  ?  »  Qui  enim  non  diligit  fratrem 
suum  gitem  videt,  Deum  quem  non  videt,  quomodo  potest 
diligere?  Le  raisonnement  est  juste,  puisqu'il  est  plus 
facile  d'aimer  ce  que  l'on  voit  que  ce  que  l'on  ne  voit  pas. 

Nous  pouvons  cependant  aimer  Dieu  sans  le  voir,  parce 
que  nous  le  connaissons  du  moins  par  notre  raison,  en 
voyant  reluire  sa  puissance,  sa  sagesse,  sa  bonté  dans 
ses  œuvres  ;  nous  le  connaissons  mieux  encore  par  la  foi,  de* 
puis  que  le  Fils,  qui  est  dans  le  sein  du  Père,  nous  a  ra- 
conté ses  infinies  perfections.  Deum  nemo  vidit  unquam: 
l'nigenitus  Dei  Filius  qui  est  in  sinu  Patris,  ipse  enar- 
ravit.  (S.  Joann.,  i,  18.)  Enfin,  nous  le  sentons  au  fond 
de  nos  cœurs,  surtout  lorsqu'il  y  descend  dans  la  sainte 
communion. 

21.  Et  hoc  mandatum  habemus  a  Deo  :  Ut  qui  diligit 
Dcwn,  diligat  et  fratrem  suum.  C'est  de  Dieu  même  que 
nous  avons  reçu  ce  commandement  :  Quiconque  aime  Dieu 
doit  aussi  aimer  son  frère  ;  car  toute  la  loi  se  résume  er* 


—     il4    — 

ces  deux  préceptes  :  in  his  duobiis  mandatis  universa  lex 
pende t  et  prophetœ.  (S.  Matth.,  xxu,  40.) 

Ne  croyons  donc  pas  que  nous  puissions  aimer  Dieu 
sans  aimer  nos  frères,  puisqu'il  est  impossible  d'aimer 
Dieu  en  violant  sa  loi.  Quomodo  diligis  eum  cujus  odisti 
prœceptwn?  nous  dit  saint  Augustin.  (Tract,  ix,  11.) 


—     415 


CHAPITRE  CINQUIÈME 


ANALYSE 

1.  Saint  Jean  donne  une  nouvelle  raison  d'aimer  le  prochain  : 
c'est  notre  naissance  divine.  Car  celui  qui  croit  en  Jésus-Christ 
est  enfant  de  Dieu.  Or,  un  enfant  de  Dieu,  s'il  aime  Dieu  son 
Père,  aime  aussi  ceux  qui  sont  enfants  de  Dieu  comme  lui. 
Nous  devons  donc  aimer  nos  frères  (1-2). 

2.  De  la  foi  en  Jésus-Christ,  saint  Jean  tire  une  autre  con- 
clusion. Celui  qui  croit  en  Jésus -Christ  est  vainqueur  du 
monde,  et  il  possède  la  vie  éternelle.  Or,  nous  devons  croire 
en  Jésus-Christ.  Car  nous  savons  par  un  témoignage  certain 
qu'il  est  le  Fils  de  Dieu.  En  effet,  il  y  a  trois  témoins  au  ciel 
et  trois  témoins  sur  la  terre  qui  attestent  sa  divinité.  Celui  qui 
croit  à  ce  témoignage  infaillible,  possède  la  vie  éternelle.  Car 
Dieu  donne  la  vie  éternelle  à  celui  qui  croit  en  son  Fils  (4-13). 

3.  De  là  saint  Jean  revient  encore  à  la  charité  fraternelle, 
pour  nous  montrer  la  plus  excellente  manière  de  l'exercer. 
Nous  savons,  dit-il.  que  Dieu  nous  exauce  en  toutes  nos 
prières  qui  sont  conformes  à  sa  volonté.  Si  donc  un  de  nos 
frères  commet  un  de  ces  péchés  qui  ne  vont  pas  à  la  mort, 
prions  pour  lui  et  il  sera  sauvé  (14-17). 

4.  Enfin,  notre  qualité  de  chrétiens  doit  nous  inspirer  une 
grande  confiance  en  Dieu.  Car  quoique  le  monde  entier  soit 
sous  l'empire  du  démon,  notre  naissance  divine  nous  préser- 
vera du  péché  et  nous  assurera  la  vie  éternelle. 

5.  Mais  gardons-nous  des  idoles. 


1.  Omnis  qui  crédit  quoniam  1.  Tout    homme     qui    croit    que 

Jésus  est  Christus,  ex  Deo  na-  Jésus  est  le  Christ,  est  né  de  Dieu  ; 

ta*    est.   Et    omnis   qui   diligit  et  quiconque  aime   celui  qui  a  en- 

•Um  qui  genuit,  diligit  et  eum  gendre   aime  aussi  celui  qui  est  né 

qui  natus  est  ex  eo.  de  lui. 


—    416    — 


2.  Nous  connaissons  que  nous  ai- 
mons les  enfants  de  Dieu,  quand 
nous  aimons  Dieu  et  que  nous  gar- 
dons ses  commandements. 

3.  Car  notre  amour  pour  Dieu 
consiste  à  garder  ses  commande- 
ments ;  et  ses  commandements  ne 
sont  point  pénibles  ; 

4.  parce  que  tous  ceux  qui  sont  nés 
de  Dieu  sont  vainqueurs  du  monde; 
et  cette  victoire  qui  triomphe  du 
monde,  c'est  notre  foi  qui  la  remporte. 

5.  Quel  est  le  vainqueur  du  monde, 
sinon  celui  qui  croit  que  Jésus  est 
lé  Fils  de  Dieu  ?  ' 

6.  C'est  le  même  Jésus-Christ,  qui 
est  venu  avec  l'eau  et  avec  le  sang  ; 
non  seulement  avec  l'eau,  mais  avec 
l'eau  et  avec  le  sang.  Et  c'est  l'Esprit 
qui  rend  témoignage  que  le  Christ 
est  la  vérité. 

7.  Car  il  y  en  a  trois  qui  rendent 
témoignage  dans  le  ciel,  le  Père,  le 
Verbe  et  le  Saint-Esprit  ;  et  ces 
trois  sont  une  même  chose. 

8.  Et  il  y  en  a  trois  qui  rendent 
témoignage  sur  la  terre  :  l'esprit, 
l'eau  et  le  sang  ;  et  ces  trois  sont 
une  même  chose. 

9.  Si  nous  recevons  le  témoignage 
des  hommes,  le  témoignage  de  Dieu 
est  plus  grand.  Or,  c'est  Dieu  même 
qui  a  rendu,  touchant  son  Fils,  ce 
témoignage  plus  grand. 

10.  Celui  qui  croit  au  Fils  de 
Dieu,  a  dans  lui-même  le  témoi- 
gnage de  Dieu.  Celui  qui  ne  croit 
pas  au  Fils  fait' Dieu  menteur,  parce 
qu'il  ne  croit  pas  au  témoignage 
que  Dieu  a  rendu  de  son  Fils. 

11.  Et  ce  témoignage  est  que 
Dieu  nous  a  donné  la  vie  éternelle  ; 
et  cette  vie  est  en  son  Fils. 

12.  Celui  qui  a  le  Fils  a  la  vie  ; 
celui  qui  n'a  point  le  Fils  n'a  point 
la  vie. 

'  13.  Je  vous  écris  ces  choses,  afin 
que  vous  sachiez  que  vous  avez  la 
vie  éternelle,  vous  qui  croyez  au 
nom  du  Fils  de  Dieu. 


2.  In   hoc    cognoscimus  quo 
niam  diligimus  natos  Dei,  quum 
Deuni   diligamus,    et    mandata 
ejus  faciamvs. 

3.  Hœc  est  enhn  char it as  Dei, 
ut  mandata  ejus  custodiamus  : 
et  mandata  ejus  gravia  non 
sunt. 

4.  Quoniam  omne  quod  na- 
tion est  ex  Deo,  vincit  mundum  : 
et  hœc  est  Victoria  quœ  vincit 
mundum,  /ides  nostra. 

5.  Quis  est  qui  vincit.  mun- 
dum, nisi  qui  crédit  quoniam 
Jésus  est  Filius  Dei  ? 

6.  Hic  est  quivenitper  aquam 
et  sanguinem,  Jésus  Christus, 
non  in  aqua  solum,  sed  in  aqua 
et  sanguine.  Et  Spiritus  est  qui 
testificatur  quoniam  Christus 
est  veritas. 

7.  Quoniam  très  sunt  qui  tes- 
timonium  dant  in  cœlo  :  Pater, 
Verbum,  et  Spiritus  sanctus  ; 
et  hi  très  unum  sunt. 

8.  Et  très  sunt  qui  testimo- 
nium  dant  in  terra  ;  spiritus, 
et  aqua,  et  sanguis  ;  et  hi  très 
unum  sunt. 

9.  Si  testimonium  hominum 
accipimus,  testimonium  Dei  ma- 
jus  est  :  quoniam  hoc  est  testi- 
monium Dei,  quod  majus  est, 
quoniam  testificatus  est  de  Filio 
suo. 

10.  Qui  crédit  in  Filium  Dei, 
habet  testimonium  Dei  in  se. 
Qui  non  crédit  Filio,  mendacem 
facit  eum,  quia  non  crédit  in 
testimonium  quod  testificatus 
est  Deus  de  Filio  suo. 

11.  Et  hoc  est  testimonium, 
quoniam  vitam  œternam  dédit 
nobis  Deus.  Et  hœc  vita  in  Fi- 
lio ejus  est. 

12.  Qui  habet  Filium,  habet 
vitam  ;  qui  non  habet  Filium, 
vitam  non  habet. 

13.  Hœc  scribo  vobis,  ut  sciât  is 
quoniam  vitam  habetis  œter- 
nam, qui  creditis  in  nomine 
F ilii  Dei. 


417     - 


/  Joan.f  v. 


14.  Et  hœc  est  fiducia  quant 
habemus  ad  eum  :  quia  quod- 
cumque  petierimus  secundum 
voluntatem  ejus,  audit  nos. 

15.  Et  scimus  quia  audit  nos 
quidquid  petierimus  :  scimus 
quoniam  habemus  petitiones 
qaas  postulamus  ab  eo. 

16.  Qui  scit  frai  rem  suum 
peccare  peccatum  non  ad  mor- 
tem, pet  ut,  et  dabitur  ei  vita 
peccanti  non  ad  mortem.  Est 
peccatum  ad  mortem  :  non  pro 
illo  dico  ut  roget  quis. 

17.  Omnis  iniquitas  peccatum 
est  ;  et  est  peccatum  ad  mortem, 

18.  Scimus  quia  omnis  qui 
natus  est  ex  Deo,  non  peccat  : 
sed  generatio  Dei conservât  eum, 
et  malignus  non  tangit  eu.ni. 

19.  Scimus  quoniam  ex  Deo 
sumus  ;  et  mundus  totus  in  ma- 
ligno  positifs  est. 

20.  Et  sci7mis  quoniam  Filins 
Dei  venit,  et  dédit  nobis  sensum 
ut  cognoscamus  verum  Dev,,i, 
et  si  mus  in  vero  Filio  ejus. 
Hic  est  verus  Deus  et  vita  œterna. 

21.  Filioli,  custodite  vos  a 
nmulacris.  Amen. 


14.  Et  ce  qui  nous  donne  de  la 
confiance  devant  Dieu,  c'est  qu'il 
nous  exauce  en  tout  ce  que  nous 
lui  demandons  de  conforme  h  sa 
volonté. 

15.  Car  nous  savons  qu'il  nous 
exauce  en  tout  ce  que  nous  lui  de- 
mandons ;  et  nous  le  savons,  parce 
que  nous  avons  déjà  reçu  l'effet  des 
demandes  que  nous  lui  avons  faites. 

16.  Si  quelqu'un  sait  que  son  frère 
commet  un  péché  qui  ne  va  point 
à  la  mort,  qu'il  prie,  et  la  vie  sera 
donnée  à  ce  frère  dont  le  péché  ne 
va  point  à  la  mort.  Mais  il  y  a  un 
péché  qui  va  à  la  mort  :  je  ne  dis 
pas  qu'on  doive  prier  pour  celui-là. 

17.  Tout  ce  qui  est  injuste  est 
péché  ;  mais  il  y  a  un  péché  qui  va 
à  la  mort. 

18.  Nous  savons  que  quiconque 
est  né  de  Dieu  ne  pèche  point  ;  mais 
la  naissance  qu'il  a  reçue  de  Dieu 
le  conserve,  et  l'esprit  mauvais  ne 
lui  touche  point. 

VJ.  Nous  savons  que  nous  sommes 
de  Dieu,  et  que  le  monde  entier  est 
sous  l'empire  du  mauvais. 

20.  Et  nous  savons  aussi  que  le 
Fils  de  Dieu  est  venu,  et  qu'il  nous 
a  donné  l'intelligence  pour  connaître 
le  vrai  Dieu,  et  pour  que  nous  soyons 
en  son  vrai  Fils.  C'est  lui  qui  est  le 
vrai  Dieu  et  la  vie  éternelle. 

21.  Mes  petits  enfants,  gardez- 
vous  des  idoles.  Amen. 


COMMENTAIRE 

1.  Omnis  qui  crédit  quoniam  Jésus  est  Chrisius,  ex  Deo 
nain*  est.  Tout  homme  qui  croit  que  Jésus  est  le  Christ. 
est  né  de  Dieu.  Saint  Jean  continue  de  nous  exhorter  à 
la  charité  fraternelle.  Il  vient  de  dire  que  c'est  le  com- 
mandement du  Seigneur,  maintenant  il  ajoute  une  nou- 
velle raison  :  savoir  que  tous  les  chrétiens  sont  enfants 
de  Dieu. 


1IT1UES    CATHOLIQUES 


27 


—    418    — 

Aucun  des  Apôtres  n'a  autant  insisté,  que  saint  Jean, 
sur  l'idée  que  le  chrétien  est  né  de  Dieu  par  une  géné- 
ration spirituelle.  C'est  une  des  premières  vérités  qu'il 
énonce  dans  son  Evangile,  où  il  dit  :  «  Le  Christ  a  donné 
la  puissance  de  devenir  enfants  de  Dieu  à  tous  ceux  qui 
croient  en  son  nom  ;  et  ceux-Là  ne  tirent  pas  leur  géné- 
ration de  la  volonté  de  la  chair,  mais  ils  naissent  de 
Dieu  »,  sed  ex  Deo  nati  sant.  La  même  idée  revient 
souvent  dans  cette  Epître.  C'est  qu'en  effet  le  titre  d'en- 
fants de  Dieu  n'est  pas  seulement  une  gloire  incompa- 
rable :  il  nous  impose  des  devoirs,  et  il  nous  donne  la 
force  de  les  accomplir. 

Et  omnis  qui  diligit  eum  qui  genuit,  diligit  et  eum  qui 
?iatus  est  ex  eo.  Il  tire  de  cette  naissance  divine  l'obliga- 
tion d'aimer  nos  frères  dans  la  foi.  Car,  dit-il,  quiconque 
aime  le  père  qui  a  engendré,  aime  aussi  le  fils  qui  est  né 
de  lui.  Nous  ne  pouvons  donc  aimer  Dieu  sans  aimer 
tous  les  chrétiens  qui  sont  nés  de  Dieu  ;  nous  le  devons, 
parce  que  nous  sommes  tous  des  frères  ayant  un  père 
commun  dans  l'ordre  de  la  grâce.  Nous  n'excluons  pas 
de  notre  amour  ceux  qui  ne  sont  pas  encore  nos  frères 
en  Jésus-Christ  ;  nous  les  aimons  afin  qu'ils  le  devien- 
nent ;  car  la  génération  chrétienne  est  offerte  à  tous  les 
hommes.  S'ils  le  veulent,  tous  ont  la  puissance  de  deve- 
nir enfants  de  Dieu  :  Dédit  eis  potestatem  filios  Dei  fîeri. 

2.  In  hoc  cognoscimus  quoniam  diligimus  natos  Dei, 
quum  Deum  diligamus,  et  mandata  ejus  faciamus.  «  Il 
y  a  un  signe  auquel  nous  connaissons  que  nous  aimons 
les  enfants  de  Dieu  :  c'est  lorsque  nous  aimons  Dieu  et 
que  nous  accomplissons  ses  commandements.  »  Sans 
doute,  nous  savons  bien  si  nous  aimons  une  personne 
d'une  affection  naturelle  :  notre  cœur  nous  le  dit.  Mais 
il  n'est  pas  aussi  facile  de  reconnaître  si  nous  aimons 
nos  parents  et  nos  amis  d'un  amour  surnaturel.  Les 
aimons-nous  comme  des  enfants  de  Dieu,  natos  Dei?  Si 
nous  aimons  Dieu  et  si  nous  accomplissons  ses  com- 
mandements, rassurons  nos  consciences  :  nous  aimons 
aussi  le  prochain  du  saint  amour  que  Dieu  demande. 


—     419    —  /  Joan.,  v. 

L'Apôtre  disait  tout  à  l'heure  :  celui  qui  n'aime  pas  le 
prochain,  n'aime  pas  Dieu  (îv,  20).  Maintenant  il  retourne 
la  pensée  et  dit:  celui  qui  aime  Dieu,  aime  le  prochain. 
C'est  qu'en  effet  ces  deux  amours  sont  inséparables. 

3.  Hœc  est  enim  charitas  Dei,  ut  mandata  ejus  custo- 
diamus.  Voilà  encore  une  parole  que  saint  Jean  ne  se 
lasse  pas  de  répéter,  après  Notre  -  Seigneur  :  L'amour 
que  nous  avons  pour  Dieu  consiste  à  observer  ses  com- 
mandements. Si  vous  craignez  d'offenser  Dieu  parce 
qu'il  est  bon,  la  charité  règne  en  votre  cœur;  si  vous 
voulez  sincèrement  ce  que  Dieu  veut,  vous  aimez  Dieu 
et  Dieu  vous  aime. 

Et  mandata  ejns  gravia  non  sunt.  «  Et  ses  comman- 
dements ne  sont  point  pénibles.  »  Ils  ne  sont  un  joug  et 
un  fardeau  pesant  que  pour  une  âme  esclave  du  péché  ; 
mais  lorsqu'on  aime  Dieu,  son  joug  est  doux  et  son  far- 
deau est  léger,  dit  le  Seigneur.  Jngnm  enim  menm  suave 
est,  et  onus  menm  levé.  L'amour  adoucit,  en  effet,  toutes 
les  peines,  et  l'on  aime  les  peines  mêmes  que  l'on  souffre 
pour  celui  qu'on  aime.  Aussi,  le  Prophète  disait-il  :  Sei- 
gneur, j'ai  couru  dans  la  voie  de  vos  commandements, 
lorsque  vous  avez  dilaté  mon  cœur.  (Ps.  cxvm.) 

Ce  texte  de  saint  Jean,  mandata  ejus  gravia  non  sunt, 
réfute  la  première  proposition  de  Jansénius  ainsi  conçue  : 
*  Il  y  a  des  commandements  de  Dieu  impossibles  aux 
justes,  et  la  grâce  leur  manque  pour  les  accomplir.  » 
Puisque  les  commandements  de  Dieu  ne  sont  pas  péni- 
bles, à  plus  forte  raison  ils  ne  sont  pas  impossibles  (1). 

4.  Quoniam  omne  quod  natum  est  ex  Deo,  vincit  mun- 
dum  ;  et  liane  est  Victoria  quse  vincit  mundum,  fides  nostra. 
«  Car,  tous  ceux  qui  sont  nés  de  Dieu  trouvent  dans 
cette  naissance  une  force  qui  les  rend  victorieux  du 
monde  ;  et  cette  victoire  qui  triomphe  du  monde,  nous 
la  devons  à  notre  foi,  c'est  elle  qui  la  remporte.  » 

(1)  Si  (pas  dixerit  Dei  prœcepta  homini  etiam  justificato   et  sub 

gratta   cunstituto,  esse  ad  observandum   ùnpossibilia,  anathema  sit. 

(Conc.    Trid.   Sess.    IV,  c.    xvin.)  —  Deus   im)>ossibilia  non  jubet,  dit 

saint  Augustin,  sed  jubendo  raonet,  et  facere  quod  possis,  et  peterc 

d  iion  possis,  et  adjurât  ut  possis. 


—     420    — 

Selon  une  loi  de  la  nature,  un  fils  ressemble  à  son 
père  ;  il  hérite  de  sa  vigueur.  Fortes  creantur  fortibus 
et  bonis,  disait  le  poète.  Il  en  est  de  même  dans  la  géné- 
ration spirituelle.  11  y  a  plus  que  de  l'homme,  il  y  a  du 
divin  dans  un  chrétien  baptisé.  La  foi  et  le  sacrement 
l'élèvent  au-dessus  de  la  nature;  son  intelligence  est 
éclairée  d'une  lumière  céleste  qui  lui  montre  la  vérité 
avec  une  pleine  certitude,  et  sa  volonté  est  en  même 
temps  fortifiée  dans  l'amour  du  bien  et  dans  la  haine  du 
mal.  Une  vertu  divine  le  fait  triompher  du  monde.  Or, 
cette  heureuse  victoire,  il  la  puise  dans  la  foi  qui  l'a 
rendu  enfant  de  Dieu.  C'est  la  foi  qui  donne  une  force 
héroïque  aux  martyrs,  et  une  pureté  angélique  aux 
vierges;  c'est  par  la  foi,  dit  saint  Paul,  que  les  saints 
ont  vaincu  toute  la  puissance  des  maîtres  du  monde, 
opéré  les  œuvres  de  la  justice  et  conquis  les  promesses. 
(Hébr.,  xi,  33.) 

5.  Qais  est  qui  vincit  mundum,  nisi  qui  crédit  quoniam 
Jésus  est  Filius  Dei?  En  effet,  «  quel  est  celui  qui  est 
victorieux  du  monde,  sinon  celui  qui  croit  fermement 
que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu  ?  »  Jésus  protège  celui  qui 
croit  en  lui,  et  avec  ce  secours  divin  l'on  triomphe  du 
monde  et  de  ses  menaces.  Quand  saint  Jean  écrivait  cette 
parole,  toute  la  puissance  de  l'Empire  Romain  échouait 
devant  un  chrétien  qui  faisait  le  signe  de  la  croix.  Du 
bûcher,  il  montait  au  ciel. 

L'Apôtre  va  maintenant  prouver  que  notre  foi  en 
Jésus-Christ,  Fils  de  Dieu,  repose  sur  un  fondement 
inébranlable. 

6.  Hic  est  qui  venit  per  aquam  et  sanguinem,  Jésus 
Christus  ;  non  in  aqua  solum,  sed  in  aqua  et  sanguine. 
Et  Spiritns  est  qui  testificatur  quoniam  Christus  est  Veri- 
tas (1).  —  7.  Quoniam  très  sunt  qui  teslimonium  dant 
in  cœlo  :  Pater,   Verbum,  et  Spiritns  sanctus  ;  et  Jii  très 

(1)  Spiritus  est  qui  testificatur,  quoniam  Christus  est  veritas.  En 
grec,  au  lieu  de  Christus,  on  lit  rb  irseû/jM,  Spiritus,  et  le  sens  est  : 
»  L'Esprit  rend  témoignage  »  à  la  divinité  du  Christ,  et  cela  lui  appar- 
tient, «  parce  que  l'Esprit  est  la  vérité.  » 


—     421     —  /  Joan.,  v. 

unum  sunt.  —  8.  Et  très  sunt  qui  testimonium  dant  in 
terra  :  spiritus,  et  aqua,  et  sanguis  ;  et  hi  très  unum 
sunt. 

«  C'est  lui,  en  effet,  c'est  ce  même  Jésus-Christ  qui  est 
venu  avec  l'eau  et  avec  le  sang;  je  dis  non  seulement 
avec  l'eau,  mais  avec  l'eau  et  avec  le  sang.  Et  c'est 
l'Esprit  qui  rend  témoignage  que  le  Christ  est  la  vérité  », 
c'est-à-dire  véritable  en  toutes  ses  paroles.  —  «  Car,  il  y 
en  a  trois  qui  rendent  témoignage  dans  le  ciel  :  le  Père, 
le  Verbe  et  le  Saint-Esprit  ;  et  ces  trois  sont  une  seule 
chose.  —  «  Et  il  y  en  a  trois  qui  rendent  témoignage  sur 
la  terre  :  l'esprit,  l'eau  et  le  sang  ;  et  ces  trois  sont  une 
seule  chose.  » 

L'Apôtre  continue  :  «  Si  nous  recevons  le  témoignage 
des  hommes,  le  témoignage  de  Dieu  est  plus  grand.  Or, 
c'est  Dieu  même  qui  a  rendu  témoignage  de  son  Fils. 
Ainsi  celui  qui  croit  au  Fils  de  Dieu  a  pour  lui  le  témoi- 
gnage de  Dieu  :  celui  qui  ne  croit  pas  au  Fils  de  Dieu  fait 
Dieu  menteur,  parce  qu'il  ne  croit  pas  au  témoignage  que 
Dieu  même  a  rendu  de  son  Fils.  Or  ce  témoignage  nous 
assure  que  Dieu  nous  a  donné  la  vie  éternelle,  car  c'est 
dans  son  Fils  que  se  trouve  cette  vie.  Celui  donc  qui  a  le 
Fils  a  la  vie,  et  celui  qui  n'a  point  le  Fils  n'a  point  la  vie. 
Je  vous  écris  ceci  afin  que  vous  sachiez  bien  que  vous 
avez  la  vie  éternelle,  vous  qui  croyez  au  nom  du  Fils 
de  Dieu.  » 

Comme  ce  qui  précède  et  ce  qui  suit  les  trois  versets 
6,  7  et  8,  peut  aider  à  les  mieux  entendre,  nous  avons 
donné  d'abord  tout  le  morceau  auquel  ils  se  rattachent. 

En  lisant  attentivement  ce  passage  l'on  voit  s'en  dé- 
gager la  pensée  suivante  :  Le  moyen  de  posséder  la  vie 
éternelle  est  de  croire  en  Jésus-Christ,  Fils  de  Dieu.  Car 
celui  qui  croit  fermement  que  Jésus-Christ  est  le  Fils 
de  Dieu  triomphe  du  monde.  Sa  foi  le  rend  invincible, 
et  rien  ne  peut  l'empêcher  d'acquérir  la  vie  éternelle, 
comme  le  dit  saint  Paul.  Sancti  per  fidem  vicerunt 
régna,  operati  sunt  justitiam,  adepti  sirnt  repromissiones. 
(Hebr.,  xi,  23.) 


—    422    — 

Telle  est  la  proposition  que  saint  Jean  veut  établir  pour 
fortilier  les  fidèles  et  pour  confondre  les  hérétiques. 

Il  faut,  dit  il,  croire  en  Jésus  Fils  de  Dieu  pour  triom- 
pher du  monde.  Qais  est  qui  vincit  mundum,  nisi  qui 
crédit  quoniam  Jésus  est  Filius  Dei?  Mais  comment  savons- 
nous  qu'il  est  le  Fils  de  Dieu?  Saint  Jean  nous  l'enseigne 
en  nous  présentant  des  témoignages  qui  ne  peuvent  nous 
tromper. 

I.  Ce  sont  d'abord  les  trois  personnes  de  la  sainte  Tri- 
nité. Car  premièrement,  le  Père  a  déclaré  du  haut  du 
ciel,  sur  les  rives  du  Jourdain  et  sur  le  Thabor,  que 
Jésus  était  son  Fils  bien-aimé  :  Hic  est  Filius  meus 
dilectus,  in  quo  mihi  bene  complacui.  Ipsum  audite.  (S. 
Matth.,  xvn,  5;  S.  Marc,  ix,  6;  S.  Luc,  ix,  35.) 

Secondement,  le  Verbe  fait  homme  s'est  rendu  témoi- 
gnage, comme  la  lumière  s'atteste  elle-même  en  se  mani- 
festant. Ego  sum  qui  testimonium  perhibeo  de  me  ipso, 
dit-il,  et  testimonium  perhibet  de  me  qui  misit  me  Pater. 
(S.  Joan.,  vii,  18.)  Il  a  déclaré  formellement  devant  ses 
Apôtres,  devant  le  Grand  Prêtre  et  devant  le  Conseil  des 
Juifs,  qu'il  était  le  Fils  de  Dieu.  C'est  pour  cela  qu'ils 
l'ont  condamné  à  mort  comme  blasphémateur  et  qu'ils 
l'ont  livré  à  Pilate.  Secundum  legem  débet  mori,  quia 
Filium  Dei  se  fecit.  (S.  Joan.,  xix,  7  :  S.  Matth.,  xvi,  17, 
et  xxvi,  64.)  Enfin  il  s'est  lui-même  ressuscité  et  il  s'est 
élevé  dans  les  cieux  à  la  vue  de  tous  ses  disciples,  après 
avoir  prouvé  sa  divinité  par  ses  œuvres  :  Ipsa  opéra  quœ 
ego  facio  testimonium  perhibent  de  me.  (S.  Joan.,  vi,  36.) 

Troisièmement,  le  Saint-Esprit  a  rendu  témoignage  en 
descendant  sur  Jésus  en  forme  de  colombe,  comme  le 
rapporte  l'Evangile.  (S.  Matth.,  m,  16;  S.  Marc,  i,  10; 
S.  Luc,  m,  22.)  Or  saint  Jean-Baptiste  affirme  que  cette 
colombe  est  le  Saint-Esprit  :  Vidi  Spiritum  descendentem 
quasi  columbam  de  cœlo,  et  mansit  super  eum.  (S.  Joan., 
i,  32.)  Et  le  saint  prophète  ajoute  qu'il  lui  a  été  révélé  du 
Ciel  que  celui  sur  qui  il  verrait  descendre  le  Saint-Esprit 
est  le  Fils  de  Dieu.  Qui  misit  me  baptizare  in  aqua,  ille 
mihi  dixit  :  Super  quem  videris  Spiritum  descendentem 


—    423    —  /  Joan.,  v. 

et  manentem  super  eum,  hic  est  qui  baptizat  in  Spiritu 
sancto.  Et  ego  vidi  et  testimonium  perhibui  quia  hic  est 
Filius  Dei. 

Mais  le  témoignage  le  plus  éclatant  rendu  par  le  Saint- 
Esprit,  ce  fut  le  jour  de  la  Pentecôte.  Il  descendit  sur  le 
Cénacle  avec  le  bruit  d'un  vent  impétueux,  qui  émut  toute 
la  ville  de  Jérusalem,  et  il  apparut  en  langues  de  feu  sur 
les  disciples  de  Jésus,  qui,  subitement  transformés  en 
d'autres  hommes,  louaient  Dieu  dans  toutes  les  langues 
de  l'univers,  et  déclaraient  que  Jésus  était  le  Christ  et  le 
Seigneur,  en  présence  de  milliers  de  Juifs  accourus  à  ce 
spectacle. 

Voilà  trois  témoignages  qui  viennent  du  ciel  et  qui 
n'en  font  qu'un,  parce  que  ces  trois  témoins  attestent 
une  même  chose,  savoir  que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu. 
Très  sunt  qui  testimonium  dant  in  cœlo,  et  hi  très  unum 
sunt. 

Selon  ce  premier  sens,  les  mots  très  unum  sunt  veulent 
dire  que  les  trois  témoins  du  ciel  rendent  au  Christ  un 
même  témoignage,  unum  testimonium.  Mais  il  y  a  un 
sens  plus  profond,  donné  à  cette  parole  dès  les  pre- 
miers siècles  et  adopté  par  tous  les  théologiens  catho- 
liques. Le  Père,  le  Verbe  et  le  Saint-Esprit,  qui  habitent 
au  haut  des  cieux,  sont  trois  personnes,  très  sunt  in  cœ!o, 
et  ces  trois  personnes  sont  une  seule  chose,  un  seul  Dieu 
par  leur  nature,  très  unum  sunt.  D'où  il  suit  que  le  Verbe, 
qui  s'est  incarné  et  se  nomme  Jésus-Christ,  est  vrai  Fils 
de  Dieu  et  vrai  Dieu  par  sa  nature,  qui  lui  est  commune 
avec  le  Père  et  le  Saint-Esprit. 

II.  A  ces  trois  témoignages  célestes,  entendus  et  rap- 
portés par  les  disciples  de  Jésus,  comme  par  les  foules 
de  la  Judée,  de  la  Galilée  et  de  Jérusalem,  l'Apôtre  ajoute 
que  la  divinité  de  Jésus  est  encore  prouvée  par  trois 
témoins  qui  lui  rendent  témoignage  sur  la  terre,  savoir 
l'esprit,  l'eau  et  le  sang. 

Cet  endroit  est  difficile  à  entendre.  Aussi  les  commen- 
taires abondent  et  se  partagent.  Essayons  d'y  faire  péné 
trer  un  peu  de  lumière. 


—    424    — 

Nous  ferons  d'abord  remarquer  que  le  verset  Ge  se  lie 
intimement  au  8e,  qui  semble  n'en  être  que  la  répétition  et 
le  complément.  Au  verset  6e  saint  Jean  commençait  à  prou- 
ver la  divinité  de  Jésus-Christ  par  l'eau  et  par  le  sang,  et 
il  ajoutait  :  «  L'Esprit  atteste  aussi  que  le  Christ  est  la 
vérité.  »  Mais  avant  d'achever  cette  preuve,  tout  à  coup 
il  s'est  élevé  de  la  terre  et  nous  a  montré  dans  le  ciel 
trois  témoins  qui  publient  la  divinité  du  Christ.  Le  Père, 
le  Fils  et  le  Saint-Esprit  rendent  témoignage  au  fils  de 
David,  à  Jésus  de  Nazareth.  Puis,  quittant  les  cieux,  il 
revient  aux  témoins  de  la  terre,  dont  il  parlait  d'abord. 
Ce  sont  trois  témoins  dont  la  voix  se  fait  toujours  enten- 
dre et  se  prolonge  jusqu'à  la  fin  des  siècles. 

Comment  donc  l'esprit,  l'eau  et  le  sang  rendent-ils 
témoignage  au  Christ  sur  la  terre?  Et  comment  prou- 
vent-ils aux  hommes  que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu?  C'est 
ce  que  nous  allons  voir. 

Témoignage  de  l'esprit.  Le  prophète  David  avait  an- 
noncé que  l'Esprit  de  Dieu,  envoyé  du  ciel,  créerait  un 
nouveau  monde  et  renouvellerait  la  face  de  la  terre  : 
Emittes  Spiritum  tuum,  et  creaôuntur,  et  renovabis  faciem 
terrœ.  (Ps.  cm.)  Jésus  avait  de  même  promis  l'Esprit- 
Saint  en  disant  :  «  Je  prierai  mon  Père,  et  il  vous  enverra 
un  autre  Consolateur,  qui  demeurera  avec  vous  toujours, 
l'Esprit  de  vérité  qui  demeurera  chez  vous  et  sera  en 
vous.  (S.  Joan,  xiv,  16.)  Il  ajoutait  formellement:  «  Lorsque 
viendra  le  Consolateur  que  je  vous  enverrai  de  chez  le 
Père,  l'Esprit  de  vérité  qui  procède  du  Père,  il  rendra 
témoignage  de  moi.  »  (S.  Joan.,  xv,  26.) 

Or,  l'Esprit-Saint  est  venu  sur  la  terre  et  il  a  rendu 
témoignage  au  Christ  dans  les  premiers  temps  de  l'Eglise 
par  les  grands  prodiges  qu'il  opérait  quand  il  remplissait 
les  fidèles.  Le  don  de  prophétie,  le  don  des  langues,  le 
don  de  guérir  les  malades,  le  don  des  miracles  étaient 
communs  dans  l'Eglise  et  frappaient  tous  les  yeux,  puis- 
que Simon  le  magicien  offrait  de  l'argent  aux  Apôtres 
pour  obtenir  le  pouvoir  de  donner  comme  eux  le  Saint- 
Esprit  et  d'opérer  les  mêmes  prodiges.  (Act.  Ap.,  vin,  18.) 


—    425     —  /  Joan.,  v. 

Aussi  saint  Pierre  ne  craint  pas  de  dire  au  Conseil  des 
Juifs  :  «  Nous  sommes  les  témoins  de  Jésus,  que  Dieu  a 
établi  Seigneur  et  Sauveur  pour  la  rémission  des  péchés; 
nous  attestons  cette  vérité,  nous  et  le  Saint-Esprit  que 
Dieu  a  donné  à  tous  ceux  qui  lui  obéissent.  »  (Act.  Ap., 
v,  32.) 

En  outre  le  Saint-Esprit  demeure  parmi  nous  sur  la 
terre  depuis  la  première  Pentecôte  ;  il  réside  au  sein  de 
l'Eglise  catholique,  il  l'instruit,  il  l'inspire  et  la  dirige; 
il  y  conserve  la  doctrine  du  Christ  pure  de  toute  erreur  : 
en  sorte  qu'elle  ne  s'est  jamais  altérée  en  aucun  siècle  et 
n'a  jamais  varié  en  aucun  pays.  L'Esprit-Saint  ne  rend-il 
pas  un  magnifique  témoignage  au  Christ,  en  accomplis- 
sant sa  promesse,  en  planant  sur  les  conciles,  en  rendant 
le  Vicaire  du  Christ  infaillible  dans  tout  ce  qu'il  enseigne, 
et  en  renouvelant  la  face  de  la  terre  sanctifiée  de  siècle 
en  siècle  par  sa  grâce  ?  Ne  prouve-t-il  pas  que  l'Eglise 
fondée  par  Jésus-Christ  est  une  œuvre  indestructible, 
incorruptible,  et  par  conséquent  une  œuvre  divine? 

Voilà  comment  l'Esprit  témoigne  sur  la  terre,  par  ses 
dons  et  par  son  assistance  perpétuelle,  que  Jésus  est  le 
Christ  et  le  Fils  de  Dieu  (1). 

Cette  interprétation  nous  paraît  satisfaisante.  Cepen- 
dant nous  devons  avertir  que  beaucoup  d'excellents  inter- 
prètes entendent  ici  par  spiritus  le  souffle  même  que 
Notre- Seigneur  exhala  sur  la  croix  en  mourant  :  Clamans 
voce  magna  emisit  spirilum.  (S.  Matth.)  En  effet,  cette 
manière  extraordinaire  d'expirer,  en  poussant  un  grand 
cri,  frappa  d'étonnement  le  Centurion,  qui  le  regardait, 
au  point  qu'il  s'écria  :  Vraiment  cet  homme  était  Fils  de 
Dieu.   Videns  autem  Centurio,  qui  ex  adverso  stabat, 

(1)  On  doit  faire  ici  une  remarque  sur  le  sens  du  mot  spiritus.  Au 
7«  verset,  Spiritus  Sanctus  est  la  personne  même  du  Saint-Esprit  qui 
rend  témoignage  au  Christ.  Au  8e,  spiritus,  nommé  avec  le  sang  et 
l'eau,  désigne  d'abord  le  Saint-Esprit  parlant  parla  bouche  des  Apôtres 
et  des  hommes  apostoliques:  il  indique  ensuite  les  dons  admirables  du 
Saint-Esprit  avec  les  effets  de  sa  grâce  dans  les  âmes,  et  enfin  la  pro- 
tection manifeste  avec  laquelle  il  gouverne  et  sanctifie  l'Eglise.  C'est  la 
cause  pour  l'effet.  (Voyez  Franzelin,  p.  84.) 


—    426     — 

quia  sic  damans  cxspirasset,  ait  :  Vere  hic  homo  Filius 
Dei  erat.  (S.  Marc.) 

Mais  il  y  a  encore  deux  autres  témoignages,  ceux  de 
l'eau  et  du  sang  :  Hic  est  qui  venit  per  aquam  et  sangui- 
nem Jésus  Chris  tus.  En  grec,  ouxoç  &<mv  6  LXOùv  Si  ttotxoc  ml 
aïfMtToç.  On  remarque  que  ce  mot  grec  eXôùv,  accompagné 
de  l'article,  désigne  le  Messie.  Car  les  prophètes  et  les 
docteurs  de  la  Synagogue  l'appelaient  «  Celui  qui  doit 
venir  »,  6  ioyvxzvoq,  ille  quiventurus  est.  (S.  Matth.,  xi,  3.) 
Pour  saint  Jean,  il  le  nomme  6  IXOùv,  ille  qui  jam  venit. 
Autrefois  il  était  «  Celui  qui  devait  venir  »,  aujourd'hui 
il  est  «  Celui  qui  est  venu.  » 

Qui  venit  per  aquam  et  sanguinem.  «  Jésus  est  venu 
avec  l'eau  et  le  sang.  »  Le  Seigneur  avait  annoncé  dans 
Ezéchiel,  qu'il  répandrait  sur  le  peuple  une  eau  pure,  et 
que  cette  eau  laverait  les  hommes  de  toutes  leurs  souil- 
lures. Effundam  super  vos  aquam  mundam,  et  mundabi- 
mini  ab  omnibus  inquinamentis  vestris.  (Ez.,  xxxvi,  25.) 
Le  Messie  devait  donc  venir  avec  l'eau. 

Mais  il  ne  devait  pas  venir  seulement  avec  l'eau, 
comme  Jean -Baptiste  :  il  devait  venir  aussi  avec  le 
sang.  D'après  Zacharie,  on  le  verrait  percé,  crucifié  : 
Aspicient  ad  me  quem  confixerunt,  dit-il  du  Messie. 
(Zach.,  xn,  10.)  Et  plus  loin  le  Prophète  demande  avec 
stupeur  :  Quelles  sont  donc  ces  plaies  que  je  vois  au  mi- 
lieu de  vos  mains  ?  Quid  sunt  plagœ  istœ  in  medio  ma- 
nuum  tuarum?  David  disait  aussi  du  Messie  :  «  Ils  ont 
percé  mes  mains  et  mes  pieds.  »  Foderunt  manus  meas 
et  pedes  meos.  (Ps.  xxi.)  Et  ailleurs  :  a  Ils  tendront  des 
pièges  à  l'âme  du  Juste,  et  ils  condamneront  le  sang  inno- 
cent. »  Captabuntin  animamJusti,  et  sanguinem  innocen- 
tent condemnabunt.  (Ps.  xcin.)  Isaïe  n'avait-il  pas  dit 
expressément  :  «  Il  sera  conduit  à  la  mort,  comme  une 
brebis  qu'on  va  immoler  ?  »  Sicut  ovis  ad  occisionem  du- 
cetur  (lui,  7).  Et  Daniel  n'avait-il  pas  déclaré  que  «  le 
Christ  serait  tué?  »  Occidetur  Christus  (ix,  26). Le  Messie 
devait  donc  venir  non  seulement  avec  l'eau,  mais  aussi 
avec  le  sang  :  Non  in  aqua  solum,  sed  in  aqua  et  san- 


—    427    —  ÏJoan.,v. 

guine.  Il  était,  selon  saint  Jean- Baptiste,  l'Agneau  de 
Dieu,  qui  devait,  par  son  sang,  effacer  les  péchés  du 
monde. 

C'est  là  ce  que  Moïse  avait  figuré  dans  la  confirmation 
solennelle  de  l'ancienne  Alliance.  Car,  dit  saint  Paul, 
a  Moïse  tenant  un  faisceau  d'hysope  lié  avec  de  la  laine 
rouge,  prit  du  sang  des  veaux  et  des  boucs,  avec  de  l'eau, 
et  il  en  arrosa  le  livre  de  la  Loi,  ainsi  que  tout  le  peuple.  » 
(Hébr.,  ix,  19.)  Ce  rite  prophétique  faisait  entendre  qu'un 
jour  le  Messie  confirmerait  la  nouvelle  Alliance  avec  le 
sang  et  avec  l'eau. 

Eh  bien,  dit  saint  Jean,  c'est  ce  qui  s'est  accompli  dans 
Jésus  de  Nazareth.  «  Il  est  venu  avec  l'eau  et  avec  le 
sang  ;  et  non  pas  avec  l'eau  seule,  mais  avec  l'eau  et  avec 
le  sang.  »  Car  lorsque  le  soldat  eut  ouvert  son  côté  d'un 
coup  de  lance,  «  il  en  sortit  aussitôt  du  sang  et  de  l'eau. 
Celui  qui  l'a  vu  en  rend  témoignage,  et  son  témoignage 
est  véritable.  » 

Là-dessus  Tertullien,  si  voisin  des  traditions  aposto- 
liques, qu'il  reproduit  dans  ses  ouvrages,  raisonne  ainsi  : 
Jésus  est  venu,  dit-il,  avec  l'eau  et  avec  le  sang,  comme 
saint  Jean  l'a  écrit,  afin  d'être  baigné  dans  l'eau  et  glo- 
rifié dans  le  sang  :  Ut  aqua  t  ingère  tur,  sanguine  glorifi- 
caretuv.  C'est  pourquoi  voulant  que  nous  fussions  appelés 
dans  l'eau  et  élus  dans  le  sang,  il  a  fait  sortir  ces  deux 
baptêmes  de  la  plaie  de  son  côté  percé  :  hos  duos  bap- 
tismos  de  vulnere  perfossi  lateris  emisit.  Deux  sacre- 
ments admirables  coulèrent  alors  de  son  cœur,  afin  que 
ceux  qui  croiraient  en  son  sang  fussent  lavés  dans  l'eau, 
et  qu'après  avoir  été  lavés  dans  l'eau,  ils  bussent  encore 
son  sang  :  Quia  qui  in  sanguinem  cjus  crederent  aqua 
lavarentur,  gui  aqua  lavissent  etiam  sanguinem  potarent . 
(Tertul.  de  Bapt.,  c.  xvi.) 

Nous  disons  donc  que  l'eau  et  le  sang  qui  coulèrent  sur 
la  croix  du  côté  de  Jésus,  et  qui  de  là  coulent  perpétuel- 
lement dans  l'Eglise  de  la  terre,  sont  deux  témoins  qui 
déposent  que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu. 

Témoignage  de  l'eau.  En  effet  l'eau  mystérieuse  qui 


—    428    — 

coula  du  flanc  de  Jésus  ouvert  sur  la  croix,  donna  aux 
eaux  de  la  mer,  des  fleuves  et  des  fontaines,  la  vertu  de 
purifier  les  âmes  en  lavant  les  corps  ;  et  désormais  dans 
tout  l'univers  des  millions  de  pécheurs  plongés  dans  l'eau 
baptismale,  au  nom  du  Père,  et  du  Fils,  et  du  Saint- 
Esprit,  en  sortent  purs  et  sanctifiés.  Maintenant  les  im- 
pudiques deviennent  chastes  ;  les  orgueilleux  sont  hum- 
bles ;  les  avares  distribuent  leurs  biens  aux  pauvres;  et 
tous  ces  hommes  baptisés  mènent  sur  la  terre  une  vie 
céleste,  surnaturelle,  qui  atteste  la  divinité  du  Christ, 
auteur  de  ce  sacrement  régénérateur.  Car  un  Dieu  seul 
pouvait  donner  à  une  goutte  d'eau  la  puissance  de 
faire  germer  dans  tant  de  pécheurs  les  vertus  les  plus 
héroïques. 

Témoignage  du  sang.  A  son  tour,  le  sang  qui  jaillit  du 
côté  de  Jésus  pour  racheter  le  monde,  continue  de  couler 
sur  les  autels,  dans  le  sacrifice  eucharistique  (1).  Il  abreuve 
les  justes,  il  multiplie  les  vierges  dans  l'Eglise  :  et  d'in- 
nombrables martyrs  fortifiés  par  ce  sang  divin  attestent, 
en  versant  le  leur,  que  Jésus  est  le  Fils  de  Dieu.  Non, 
les  millions  de  martyrs  qui  ont  sacrifié  leur  vie  pour 
Jésus-Christ,  ne  se  sont  pas  laissé  déchirer,  brûler, 
égorger  pour  un  homme  mort.  Ils  ont  donné  leur  sang 
pour  le  Christ  ressuscité  et  régnant  dans  les  cieux;  ils 
sont  morts  pour  un  Dieu. 

Voilà  trois  preuves  sensibles,  perpétuelles  et  toujours 
présentes,  qui  démontrent  la  divinité  de  Jésus-Christ  et 
celle  de  la  religion  qu'il  a  fondée.  Sans  doute  elles  ne 
sont  qu'indiquées  en  trois  mots  par  l'Apôtre  ;  mais  ces 
trois  mots,  gravés  dans  l'Epître  de  saint  Jean,  rappelaient 
et  résumaient  l'enseignement  que  l'on  donnait  alors  par- 
tout aux  fidèles. 

Les  trois  derniers  témoignages  que  nous  venons  d'expli- 
quer, —  celui  de  l'Esprit,  qui  maintient  la  pure  doctrine 
et  toujours  crée  des  saints  dans  l'Eglise;  celui  de  l'eau, 

(1)  Approximat  miles,  dit  saint  Chrysostome,  latus  lancea  percussit 
et  exInde  aqua  fluxit  et  sanguis  :  unum  baptismatis  symbolum, 
alind  sacramenti.  (Brev.  R.) 


—    429    —  Moan.,v. 

qui  ne  cesse  de  rendre  enfants  de  Dieu  les  enfants 
d'Adam  ;  et  celui  du  sang  répandu  par  Jésus-Christ  pour 
les  hommes  et  versé  par  les  hommes  pour  Jésus-Christ  ; 
—  ces  trois  témoignages  qui  frappent  les  yeux  et  les 
oreilles  de  tous  les  hommes  de  la  terre,  ne  forment  qu'un 
même  témoignage  et  concourent  à  attester  la  même  vérité, 
savoir  que  Jésus-Christ  est  le  Fils  de  Dieu  :  wuim  sunt  (1). 

Ce  sont  là  trois  preuves  invincibles,  prises  sur  la  terre, 
comme  les  trois  précédentes  sont  prises  dans  le  ciel.  Ces 
preuves  se  fortifient  l'une  l'autre  ;  elles  donnent  à  la  foi 
du  chrétien  une  pleine  assurance,  elles  le  rendent  victo- 
rieux du  monde,  et  lui  font  attendre  avec  certitude  la  vie 
éternelle,  promise  à  ceux  qui  croient  en  Jésus-Christ 
Fils  de  Dieu. 

Ainsi  donc,  nous  le  répétons,  saint  Jean  prouve,  dans 
le  verset  8e,  que  Jésus-Christ  est  le  Fils  de  Dieu,  et  il 
en  donne  trois  preuves  sensibles  et  faciles  à  constater. 
Ce  sont  1°  les  effets  miraculeux  de  la  présence  du  Saint- 
Esprit,  qui  se  manifestaient  alors  partout  dans  le  bap- 
tême, dans  la  confirmation  et  dans  les  assemblées  des 
fidèles,  où  le  don  des  langues  et  l'esprit  de  prophétie 
étaient  communs  ;  2°  l'efficacité  merveilleuse  de  l'eau  du 
baptême  :  elle  faisait  fleurir  toutes  les  vertus  dans  une 
foule  d'hommes  qui  étaient  auparavant  des  pécheurs 
pleins  de  vices  ;  3°  les  flots  de  sang  qui  coulaient  dans 
le  monde  entier  pour  attester  que  Jésus-Christ  était  un 
Dieu.  Ce  sont  là  trois  preuves  excellentes  que  l'on  donne 
encore  aujourd'hui  pour  démontrer  la  divinité  de  la  reli- 
gion chrétienne. 

Toutefois  nous  ne  pouvons  passer  sous  silence  une 
autre  interprétation  fort  remarquable  et  très  ancienne. 
Elle  a  même  pour  elle  l'autorité  du  pape  Innocent  III. 

(1)  Unv.m  nint,  cela  ne  veut  pas  dire  ici  una  et  eadem  res  ;  car 
l'esprit,  l'eau  et  le  sang  évidemment  ne  sont  pas  une  même  chose, 
mai-  trois  choses  de  nature  différente.  Union  sunt  veut  dire  ici  unum 
teitimonium.  Dans  les  éditions  grecques  on  lit  oc  rpûi  eu  rb  fv  tloiv. 
hi  très  in  unutn  sunt,  c'est-à-dire,  in  unam  rem  testandam  conve- 
',  cea  trois  témoins  s'accordent  a  attester  la  même  chose,  en  sorte 
que  leurs  témoignages  n'en  font  qu'un. 


—    430    - 

Les  trois  témoins  du  ciel,  dit-il,  le  Père,  le  Verbe  et  le 
Saint-Esprit,  attestent  que  le  Christ  est  vrai  Dieu  ;  et  les 
trois  témoins  de  la  terre,  savoir  le  souffle  que  le  Christ 
expira  sur  la  croix,  ainsi  que  l'eau  et  le  sang  qui  jailli- 
rent de  son  côté,  attestent  qu'il  n'était  pas  un  fantôme, 
mais  un  vrai  homme  (1).  Selon  cette  interprétation,  qui 
est  simple  et  naturelle,  saint  Jean  réfute  les  simoniens 
et  les  docètes. 

Mais  une  grande  discussion  s'est  élevée  sur  l'authen- 
ticité du  7e  verset  :  Très  sunt  qui  testimonium  dant  in 
cœlo  :  Pater,  Verbum  et  Spiritus  Sanctus  ;  et  hi  très  iinum 
sunt.  Plusieurs  critiques  le  considèrent  comme  une  phrase 
interpolée. 

Car,  disent-ils,  ce  texte  manque  dans  les  anciens  exem- 
plaires grecs  qui  nous  restent.  Il  manque  dans  les  ver- 
sions syriennes,  arméniennes  et  coptes.  Il  manque  dans 
de  bons  exemplaires  anciens  de  la  Vulgate.  Les  Pères  de 
l'Eglise  grecque  ne  le  citent  point.  Beaucoup  de  Pères 
latins  paraissent  l'ignorer.  Enfin,  ce  n'est  que  fort  tard, 
qu'il  a  été  universellement  reçu  dans  les  Eglises  d'Orient 
et  d'Occident. 

Ce  sont  là  des  objections  sérieuses  ;  mais  elles  ne  de- 
meurent pas  sans  réponse. 

D'abord  les  exemplaires  grecs  qui  nous  sont  parvenus 
ne  présentent  pas  toujours  le  texte  véritable  des  saintes 
Ecritures.  Ils  diffèrent  en  plusieurs  points  de  manuscrits 
plus  anciens  et  meilleurs,  auxquels  on  recourait  autrefois 
pour  vérifier  le  texte  primitif.  Mais  ces  précieux  exem- 
plaires sont  aujourd'hui  perdus.  Les  hérétiques  muti- 
laient ceux  qui  tombaient  entre  leurs  mains,  effaçant  les 
mots  ou  les  passages  qui  condamnaient  leurs  erreurs. 
C'est  un  fait  attesté  par  l'histoire  (2). 

(1)  Joannes  apostolus  in  Epistola  sua  loquitur,  dicens  :  Très  sunt 
qui  testimonium  dant  in  cœlo,  Pater,  Verbum  et  Spiritus  sanctus,  et 
hi  très  unum  sunt,  per  hoc  intendens  ostendere  quod  Christus  sit 
verus  Deus.  Et  très  sunt  qui  testimonium  dant  in  terra,  spiritust 
aqua  et  sanguis  ;  per  hoc  intendens  ostendere  quod  Christus  sit  verus 
humo.  (Innoc.  III,  cité  par  Franzelin,  p.  86.) 

(2)  Voyez  Isidore  de  Péluse,  1.  IV,  Ep.  60;  Socrate,  1.  VII,  c.  xxn  ;  et 


—     431     -  /  Joan.,  v. 

Du  reste,  il  n'est  point  nécessaire  de  supposer  ici  une 
mutilation  coupable.  Le  7e  et  le  8e  versets  commençant  et 
finissant  de  la  même  manière,  il  est  facile  de  joindre,  par 
inadvertance,  la  fin  du  8e  au  commencement  du  7e.  On  le 
reconnaît  à  la  simple  vue. 

TRES  SVNT  QVI  TESTIMON1VM  DANT  [iN  CŒLO  PATER  VER 
BVM  ET  SPIRITVS  SANCTVS  ET  HI  TRES  VNVM  SVNT  ET 
TRES  SVNT  QVI  TEST1MONIVM  DÀNï]  IN  TERRA  SPIRITVS 
ET   AQVA   ET    SANG  VIS   ET   III    TRES    VNVM    SVNT 

L'œil  du  copiste,  errant  du  premier  très  sunt  qui  testi 
monium  da?it,  au  second  ires  sunt  qui  testimonium  dant, 
peut  facilement  omettre  tout  ce  qui  est  dans  l'intervalle, 
et  un  exemplaire  fautif  en  produit  une  foule  d'autres. 

Cette  explication  naturelle  montre  comment  un  verset 
authentique  a  pu  disparaître  des  exemplaires  grecs  qui 
nous  sont  parvenus,  et  manquer  par  la  même  raison  dans 
beaucoup  d'exemplaires  de  la  Vulgate.  Il  est  donc  plus 
raisonnable  d'admettre  ici  une  distraction  de  copiste,  que 
d'accuser  une  frauduleuse  interpolation  (1). 

Mais  ce  verset  fut-il  inconnu  aux  premiers  siècles  ? 
Non,  tous  les  Pères  ne  l'ont  pas  ignoré.  Longtemps  avant 
les  luttes  de  l'arianisme,  saint  Cyprien  en  a  fait  usage. 
Il  l'invoque  dans  son  beau  livre  de  Unitate  Ecclesiœ,  pour 
montrer  que  l'Eglise  est  une  à  l'image  de  la  sainte  Trinité. 
Voici  ses  paroles  :  Dicit  Dominus  :  Ego  et  Pater  wium 
sumus.  Et.  iterum  de  Paire,  et  Filio,  et  Spiriiu  Sancto  scri- 
ptum  est  :  Et  hi  très  union  sunt.  (De  Unit.  Eccl.,  c.  v.)  Le 
premier  texte  est  une  parole  du  Seigneur,  consignée  dans 

Le  Hire,  t.  II,  p.  78.  —  On  sait  d'ail  leurs  qu'Eusèbe  fut  chargé  par  Constantin 
de  présider  à  la  transcription  de  cinquante  exemplaires  des  saintes 
Ecritures,  destinés  aux  principales  églises  de  l'Empire.  (Eus.,  VitaConst., 
c.  xxxvi  et  xxxvn.)  Ces  beaux  exemplaires,  très  soignés,  ont  servi  de 
modèles  a  un  grand  nombre  de  copies  qui  en  ont  reproduit  le  texte. 
Or,  pour  peu  qu'Eusèbe,  arien  fanatique,  ait  rencontré  quelque  manuscrit 
où  le  7e  verset  ne  se  lisait  pas,  il  l'aura  supprimé.  Et  de  là  une  lacune 
dans  tant  d'exemplaires. 

(1)  On  montre  dans  saint  Matthieu (xxxvm,  35,  texte  grec)  une  omission 
attribuée   à  deux    finales    semblables  :    B&tavrcf  xlfffov,  et  iSv^ov  /.>»j/îov 
[mit tentes  sortent  et  miseront  sortern).  La  seconde  phrase  :  fva  Tr/vj/swflij.. 
t&ikov  />7,cov,  manque  dans  un  grand  nombre  de  manuscrits. 


—    432    — 

l'Evangile  :  Dicit  Dominas.  Le  second  texte  est  de  même 
une  parole  de  la  sainte  Ecriture  :  Et  iteritm  scriptum  est. 
Or  cette  parole  est  écrite  dans  la  première  Epître  de  saint 
Jean,  chapitre  v,  verset  7e,  et  nulle  part  ailleurs. 

Ainsi  donc,  au  milieu  du  me  siècle,  vers  Fan  250,  saint 
Cyprien,  évêque  de  Carthage,  lisait  notre  verset  dans 
l'exemplaire  latin  des  saintes  Ecritures  qu'il  avait  entre 
les  mains,  et  il  l'insérait  dans  l'un  de  ses  écrits  les  plus 
célèbres. 

Je  sais  qu'on  a  voulu  prêter  au  saint  évêque  de  Car- 
thage une  interprétation  mystique,  qu'il  appliquerait  au 
verset  8e.  Mais  il  ne  dit  pas  :  Scriptum  est  de  sanguine  et 
aqua  ;  il  dit  formellement  :  Scriptum  est  de  Pâtre,  et  Filio, 
et  Spiritu  Sancto  :  Uniim  sunt.  Comment  veut-on  qu'un 
lecteur  devine  que  spiritus  signifie  le  Père,  si  on  ne  l'en 
avertit  pas  ?  que  sanguis  est  le  nom  du  Fils,  si  on  ne  l'in- 
dique pas  ?  et  qu'enfin  aqua  doit  se  traduire  par  le  Saint- 
Esprit,  si  on  ne  le  dit  pas  ?  Ce  serait  là  un  discours  inintel- 
ligible. Ne  prêtons  point  à  saint  Cyprien,  cet  esprit  si 
clair,  une  ténébreuse  énigme.  Sans  doute  le  verset  8e  a  pu 
recevoir  cette  interprétation  mystique  deux  cents  ans  plus 
tard  ;  mais  du  moins  ceux  qui  la  donnaient  l'expliquaient, 
et  l'on  comprenait  ce  qu'ils  voulaient  dire  (1). 

Le  verset  des  trois  témoins  célestes  est  donc  certaine- 
ment désigné  par  saint  Cyprien. 

Nous  pouvons  remonter  plus  haut.  Tertullien  combat 
l'hérétique  Praxéas,  qui  admettait  l'unité  de  Dieu,  mais 
niait  la  distinction  des  personnes.  Tertullien  lui  prouve 
d'abord  que  le  Père  et  le  Fils  sont  deux  personnes,  et  il 
apporte  ce  texte  :  Ego  et  Pater  unum  sumus .  Puis  il  mon- 
tre la  distinction  des  trois  personnes  divines  dans  l'unité 
de  substance.  Ita  connexus  Patris  in  Filio,  et  Filii  in  Pa- 
racleto  très  efficit  cohœrentes,  alterum  ex  altero,  qui  tiïes 

(1)  On  nous  répète  que  Facundus  d'Hermiane,  dans  sa  défense  des 
Trois  Chapitres,  en  547,  imputa  au  passage  de  saint  Cyprien  le  sens 
allégorique  que  nous  venons  de  réfuter.  L'autorité  de  Facundus  est 
médiocre,  et  cette  imputation,  pour  être  vieille,  n'en  est  pas  plus  rai- 
sonnable. Ou  saint  Cyprien  cite  notre  texte,  ou  son  langage  est  absurde. 


—    433     —  IJoan.,\. 

unum  sunt,  non  iinus  :  qnomodo  dictum  est  :  «  Ego  et 
Pater  unum  sumus  »,  ad  substantiœ  iinitatem,  non  ad 
nnmeri  singularitatem.  Il  faut  bien  voir,  dans  ces  mots 
Très  unum  sunt,  une  citation  de  l'Ecriture,  comme  dans 
la  phrase  Ego  et  Pater  unum  sumus.  sans  quoi  le  raison- 
nement serait  vicieux  et  la  preuve  nulle  :  on  aurait  une 
simple  affirmation  (1). 

A  l'autorité  irrécusable  de  saint  Cyprien,  et  à  celle 
de  Tertullien,  nous  joindrons  Cassiodore,  écrivain  du 
vic  siècle.  On  sait  qu'il  recherchait  avec  soin  le  meilleur 
texte  de  la  divine  parole.  Il  recueillait  et  collationnait  les 
exemplaires  latins  et  grecs  les  plus  anciens  et  les  plus 
estimés.  Or  il  a  donné  une  brève  explication  des  Epîtres 
apostoliques  qu'il  avait  étudiées  spécialement  (2).  Sa 
méthode  lui  est  particulière.  Elle  consiste  à  interpréter 
le  texte  en  l'analysant,  en  changeant  les  termes,  en  ajou- 
tant parfois  un  mot  pour  éclaircir  la  pensée.  Voici  com- 
ment il  reproduit  le  passage  qui  nous  occupe.  Cui  rei 
testificantiir  in  terra  tria  mijsteria  :  aqua,  sanguis  et 
spiritus,  quœ  in  passione  Domini  leguntur  impleta  ;  in 
cœlo  autem  Pater,  et  Filius,  et  Spiritus  Sanctus  ;  et  hi  très 
unus  est  Deus.  —  Voilà  bien  le  7e  verset  manifestement 
cité  et  interprété,  il  y  a  douze  cents  ans,  par  un  écrivain 
d'Italie,  très  instruit,  consciencieux,  qui  avait  sous  la 
main  les  plus  anciens  et  les  plus  excellents  exemplaires 
grecs  et  latins  qu'il  avait  pu  se  procurer.  On  est  sûr  qu'il 
n'avait  point  emprunté  ce  texte  à  des  faussaires  de  son 
temps  :  il  l'avait  lu  dans  de  bons  manuscrits. 


(1)  Saint  Phébade  d'Agen,  au  iv°  siècle,  fait  de  même  une  allusion 
sensible  au  texte  «le  saint  Jean.  Sic  alius  a  Filio  Spiritus,  sicut  alins 
,i  "Pâtre  Filins.  Sic  tertia  in  Spiritu,  ut  in  Filio  secundo,  persona  : 
unus  tamen  Deus  omnia,  quia  très  unum  sunt.  A  moins  d'un  parti 
pris,  L'on  doit  reconnaître  que  saint  Phébade  cite  l'Ecriture,  en  disant 
Très  unum  sunt,  puisqu'une  autorité  divine  pouvait  seule  taire  fléchir 
des  esprits  rebelles  et  confirmer  les  catholiques  dans  la  vraie  foi. 

(2)  In  épis  toits  Apostolorum  studium  maximum  laboris  impendi,  ut 
senex  potui,  sub  collât ione  priscorum  codicum.  —  Cassiodore,  ministre 
du  roi  Théodoric,  consul  on  514,  ami  des  lettres  et  fort  savant  lui-même, 
avait  amassé  une  bibliothèque  aussi  riche  que  bien  choisie.  Voyez 
Patrol.,  t.  LXX,  col.  1107,  1109,  1375. 

ÉPITRES  CATHOLIQ1  ES  28 


—     434     — 

Mais  comment  ne  pas  mentionner  la  célèbre  conférence 
de  Carthage  qui  eut  lieu  entre  les  catholiques  et  les  ariens 
par  l'ordre  du  roi  Hunéric  ?  C'était  l'an  484.  Plus  de 
quatre  cents  évêques  orthodoxes,  dont  nous  avons  les 
noms,  y  furent  présents.  Ils  étaient  venus  non  seule- 
ment de  l'Afrique,  mais  des  îles  soumises  aux  Vandales, 
notamment  de  la  Sardaigne  et  de  la  Corse.  Ces  évêques 
rédigèrent  une  profession  de  foi  contre  l'hérésie  arienne  : 
elle  fut  lue  en  public  et  présentée  au  roi  persécuteur. 
Nous  y  lisons  :  Et  ut  adhuc  luce  clarhis  iinius  divinita- 
tis  esse  cum. Pâtre  et  Filio  Spiritum  Sanctum  doceamus, 
Joannis  evangelistœ  testimonio  coniprobatur.  Aitnamque  ; 
«  Très  sunt qui  testimonium  perhibent  in  cœlo,  Pater,  Ver- 
bum  et  Spiritus  Sanctns,  et  hi  très  anum  sunt.  »  Donc,  en 
l'année  484,  ce  verset  était  reconnu  comme  parole  divine 
par  les  catholiques  et,  sans  doute  aussi,  par  les  ariens 
d'Afrique.  Ils  le  lisaient  dans  la  version  qui  était  chez 
eux  en  usage  (1). 

Quelques  années  plus  tard,  l'illustre  docteur  saint  Ful- 
gence  citait  le  même  texte  et  rappelait  qu'il  avait  été 
employé  par  saint  Cyprien.  In  Pâtre  ergo,  disait-il,  et 
Filio  et  Spiritu  Sancto  unitatem  substautiae  accipimus, 
personas  confundere  non  audemus.  Beatus  Joannes  apo- 
stolus  testatur  dicens  :  «  Très  sunt  qui  testimonium  perhi- 
bent in  cœlo,  Pater,  Verbum  et  Spiritus  Sa?ictus,  et  hi  très 
unum  sunt.  »  Quod  etiam  beatus  Cyprianus  martyr,  in 
Epistola  de  Unitate  Ecclesiœ,  confitetur,  atque  hœc  con- 
festim  testimonia  de  Scripturis  inserit  :  «  Dicit  Dominus  : 
Ego  et  Pater  unum  sumus  »  ;  et  iterum  de  Pâtre  et  Filio  et 
Spiritu  scriptum  est  :  Et  très  unum  sunt. 

Nous  citerons  encore  une  pièce  qui  a  son  importance. 
Elle  a  été  découverte  par  le  cardinal  Angelo  Mai  dans  une 
bibliothèque  de  Rome.  C'est  un  Spéculum  ou  Recueil  de 
textes  de  la  sainte  Ecriture  rangés  par  ordre  de  matières. 


(1)  Victor  Vit.,  Persecut.  Vandal.,  1.  II,  n.  18.  —  On  peut  lire  dans  la 
collection  des  Conciles  de  Hardouin  (t.  II,  p.  869)  les  noms  des  évoques 
catholiques  venus  à  la  conférence  :  ils  sont  au  nombre  de  461. 


—     435     —  /  Joan . ,  v . 

Au  chapitre  n,  de  distinctione  personarum,  on  lit  :  Item 
illic  :  Quoniam  très  sunt  qui  testimonium  dicwit  in  terra, 
spiritus,  aqua  et  sanguis  ;  et  hi  très  unum  sunt  in  Christo 
Jesn.  Et  très  sunt  qui  testimonium  dictait  in  cœlo,  Pater, 
Verbum  et  Spiritus,  et  hi  très  unum  sunt.  —  Puis  au  cha- 
pitre m,  de  Spiritu  Sancto,  on  lit  encore  :  Item  Joannis 
in  epistola  I  :  Spiritus  est  qui  testimonium  reddit,  quia 
Spiritus  est  veritas.  Item  illic  :  Très  sunt  qui  testimonium 
dictait  in  cœlo,  Pater,  Verbum  et  Spiritus,  et  hi  très  unum 
sunt. 

Plusieurs  savants  n'hésitent  pas  à  reconnaître  en  ce 
Recueil  le  vrai  Spéculum  de  saint  Augustin.  Cinq  sus- 
criptions  de  mains  différentes,  qu'on  voit  en  tête  du  ma- 
nuscrit, l'attribuent  au  saint  Docteur.  Le  manuscrit  lui- 
même  est  fort  ancien  ;  il  est  du  vie  ou  au  plus  tard  du 
vne  siècle,  et  il  représente  le  texte  de  la  Vulgate  usité  en 
Afrique  avant  les  corrections  de  saint  Jérôme. 

Mais  voici  un  argument  que  les  partisans  de  l'interpo- 
lation nous  opposent  avec  confiance.  Les  Pères  d'Orient 
et  d'Occident,  qui  ont  lutté  au  ive  siècle  avec  tant  de  force 
contre  les  ariens,  n'ont  jamais  employé  ce  texte.  Ils  ne  le 
connaissaient  donc  pas;  il  ne  se  trouvait  donc  alors  dans 
aucun  exemplaire  grec,  latin,  syrien. 

La  conclusion  ne  semble  pas  rigoureuse.  Ils  pouvaient 
le  connaître  et  n'en  pas  faire  usage,  puisqu'ils  en  avaient 
d'autres  où  la  divinité  du  Verbe  était  bien  plus  clairement 
•exprimée  (1-). 

Je  dirai  même  qu'ils  avaient  une  raison  de  ne  point 
alléguer  ce  passage.  Car  ce  texte,  précieux  pour  les  ortho- 
doxes, a  peu  de  valeur  contre  les  ariens.  Si  les  Pères 
avaient  essayé  de  leur  prouver,  par  ces  mots  très  unum 
sunt  du  1°  verset,  que  le  Père,  le  Verbe  et  le  Saint-Esprit 
ont  la  même  nature,  ces  hérétiques  subtils  n'auraient 
pas  manqué  de  riposter  qu'au  verset  8e,  dans  la  phrase 


(1)  Par  exemple,  le  début  de  L'Evangile  selon  saint  Jean,  où  on  lit   : 
et  D>  bion  ;  et  a  la  fin  de  ce  chapitre  même  nous  verrons  : 

Hic  <  si  vertes  Dcus. 


—    436     — 

parallèle  qui  suit  immédiatement,  saint  Jean  applique 
ces  mêmes  paroles,  1res  ùniim  sunt,  à  l'esprit,  au  sang  et 
à  l'eau,  qui  sont  bien  trois  choses  de  nature  différente. 
Que  leur  répondre  ?  Le  génie  de  saint  Augustin  lui-môme 
s'embarrassait  devant  cette  objection.  (Contra  Maxim.. 
1.  II,  c.  XXII.) 

Le  silence  des  saints  Athanase,  Ambroise,  Hilaire, 
Basile,  Chrysostome,  ne  prouve  donc  pas  que  le  texte 
des  trois  témoins  célestes  leur  fût  inconnu. 

Si  saint  Phébade,  saint  Fulgence  et  d'autres  évêques  ont 
fait  valoir  ce  texte  dans  leurs  ouvrages  contre  les  ariens, 
on  ne  doit  pas  les  en  blâmer;  car  ils  se  proposaient  moins 
de  convaincre  des  hérétiques  obstinés,  que  de  fortifier 
dans  la  vraie  foi  les  catholiques  sincères  ;  et,  appuyés  sur 
la  tradition  antique,  ils  leur  montraient  avec  raison 
comment  l'unité  de  nature  était  exprimée  par  les  mots 
imiim  sunt,  affirmés  du  Père,  du  Verbe  et  du  Saint-Esprit. 

Arrivons  aux  correcteurs  de  la  Vulgate.  Ils  ont  main- 
tenu ce  texte  par  deux  fois,  dans  l'édition  sixtine  et  dans 
l'édition  clémentine.  Qu'on  ne  dise  pas  que  c'est  un  de 
ces  endroits  qu'ils  ont  respectés  par  prudence,  quoiqu'ils 
leur  parussent  devoir  être  corrigés.  Le  P.  Angelo  Rocca, 
l'un  de  ces  savants,  a  écrit  sur  l'exemplaire  dont  il  se  ser- 
vait pour  la  revision,  cette  note  :  Hœc  verba  (I  Joan.,  v,  7) 
sunt  certissime  de  textu.  In  grœco  etiam  antiquissimo 
exemplari,  quod  habetur  Venetiis,  lequntur.  Ce  verset  a 
donc  été  spécialement  examiné  par  les  judicieux  cor- 
recteurs, et  ils  ont  reconnu  qu'il  appartenait  au  texte 
apostolique.' 

Enfin,  le  Concile  de  Trente  a  porté  sur  la  Vulgate  un 
décret  qu'il  faut  examiner. 

Rappelons  d'abord  un  principe  admis  de  tous  les  catho- 
liques :  L'Esprit  de  vérité,  qui  assiste  l'Eglise,  ne  saurait 
permettre  qu'elle  accepte  et  qu'elle  propose  au  peuple 
chrétien  comme  Ecriture  divine  ce  qui  ne  l'est  pas. 

Or.  le  saint  Concile,  après  avoir  énuméré  les  livres 
saints,  ordonne  de  les  recevoir  dans  leur  intégrité,  avec 
toutes  leurs  parties,  tels  qu'ils  ont  coutume  d'être  lus 


—     437     —  /  Joan.,  v. 

dans  l'Eglise  catholique  et  tels  qu'ils  se  trouvent  dans 
l'ancienne  Vulgate  latine. 

Le  Concile  restreint-il  son  décret  aux  passages  qui  ont 
toujours  été  lus  dans  la  plupart  des  exemplaires  grecs, 
syriens,  latins  ?  Oblige -t-il  les  théologiens  et  les  prédica- 
teurs à  s'armer  d'une  polyglotte  et  à  consulter  les  vieux 
manuscrits  de  la  Vulgate  (comme  le  Fuldensis  eiYAmia- 
tinus)  avant  d'appuyer  un  dogme  sur  un  texte  de  la 
Vulgate?  Non,  un  usage  de  plusieurs  siècles  justifie  am- 
plement l'expression  :  «  tels  que  ces  livres  ont  coutume 
d'être  lus  dans  l'Eglise  catholique.  »  En  outre,  au  temps 
du  Concile,  la  Vulgate  était  partout  la  même,  sauf  quel- 
ques variantes  sans  importance  doctrinale,  et  tous  les 
exemplaires  contenaient  depuis  longtemps  le  célèbre 
verset  des  trois  témoins  célestes. 

Il  en  résulte  que  ce  verset  parait  compris  dans  le  dé- 
cret. C'est  l'opinion  d'illustres  théologiens.  Car  le  Con- 
cile prescrit  de  recevoir  la  Vulgate,  non  seulement  avec 
tous  les  livres  qu'elle  renferme,  mais  encore  avec  toutes 
leurs  parties  (1). 

Or,  l'on  doit  regarder  comme  parties  intégrantes  les 
textes  dogmatiques  :  premièrement,  parce  que  le  saint 
Concile  déclare  qu'il  veut  prendre  ces  textes  mêmes  pour 
fondement  de  ses  décisions  ;  secondement,  parce  qu'il 
défend  de  rejeter  la  Vulgate,  sous  quelque  prétexte  que 
ce  soit,  dans  les  prédications  et  dans  les  discussions 
théologiques  (2). 

Mais  rejeter  la  Vulgate,  qu'est-ce  autre  chose,  dans 
la  pensée  du  Concile,  que  de  rejeter  les  textes  que  l'on  y 


(1)  Si  quis  autan  libres  ipsos  integros,  cum  omnibus  suis  partibuSj 
prout  in  Ecclesia  catholica  legi  consueverunt,  et  in  veteri  Vulgata 
editione  habentur  (et  non  pas  semper  et  ubique  habita  sunt)  pro  sacris 
et  canonicis  non  susceperit,...  anathema  sit. 

(2)  Omnes  itaque  intelligant...  quitus  jwtissimum  testimoniis  ac 
prœsidiis  (ipsa  synodus)  in  confîvmandis  dogmatibus  et  instai'.randis 
in  Ecclesia  moribus,  sit  usura.  —  Statuit  et  déclarât...  ut  in  publicis 
lectionibi's,  disputationibus,  prœdicationibus  et  expositionibus  (hœc 
ipsa  vêtus  et  vulgata  editio),pro  authentica  habeatuv,  et  ut  nemo  illam 
rtjicere  quouis  prœtexh>  audeat  >-el  prœsumat.  Concil.  Trid. 


—     438     — 

puise  pour  établir  les  règles  de  la  morale  ou  prouver  le 
dogme  (1)? 

Nous  ne  pouvons  donc  pas,  dans  une  discussion  théo- 
logique,  repousser  comme  faux  ou  interpolé  un  texte  de 
la  Vulgate  que  l'on  produit  pour  établir  un  point  de 
doctrine.  Nemo  illam  rejicere  qnovis  prœtextu  audeat  vel 
prœsumat. 

Le  Concile  aurait-il  voulu  faire  une  exception  pour  le 
verset  des  trois  témoins  célestes?  En  protégeant  tous  les 
autres  comme  parole  divine,  aurait-il  abandonné  celui- 
là  au  libre. examen  des  critiques?  Que  les  théologiens 
répondent  (2). 

Les  raisons  qu'apporte  l'érudition  moderne,  pour  com- 
battre l'authenticité  du  verset  des  trois  témoins  célestes, 
sont  nombreuses,  spécieuses,  mais  elles  ne  nous  pa- 
raissent point  décisives.  Nos  pères,  qui  admettaient 
ce  texte  comme  Ecriture  sacrée  il  y  a  douze  cents  ans, 
avaient  certainement  d'antiques  manuscrits  que  nous 
n'avons  plus.  Tout  soigneusement  examiné,  nous  ne 
trouvons  rien  qui  nous  autorise  à  répudier  un  texte 
vénéré  comme  parole  divine  depuis  tant  de  siècles  par 
les  plus  saints  docteurs  et  par  toute  l'Eglise  catholique  (3). 

9.  Si  testimonium  hominum  accipimus,  teslimonhim 
Dei  majas  est  :  quoniam  hoc  est  testimonium  Dei,  quod 
majus  est,  quoniam  testificatus  est  de  Filio  suo.  Si  nous 
recevons  le  témoignage  des  hommes,  le  témoignage  de 
Dieu  est  plus  grand  et  plus  ferme.  Or  Dieu,  dont  le  témoi- 
gnage l'emporte  infiniment  sur  celui  des  hommes,  a  rendu 
témoignage  à  son  Fils. 

Le  témoignage  des  hommes,  revêtu  de  certaines  con- 
ditions, forme  une  preuve  qui  exclut  le  doute  ;  à  plus 

(1)  Manifestissïmum  videtur  declarari  canonicas  partes  omnes prout 
in  veteri  Vulgata  editione  habentur,  quœ  dogma  aliquod  vel  morum 
regulam  per  se  et  directe  enuntiant .  (Franzelin,  p.  47.) 

(2)  Le  cardinal  Franzelin  répond  :  Nefas  putamus  genuitatem  textus 
upostolici  (I  Joan.,  v,  7)  in  dubium  vocare  (p.  44). 

(3)  On  peut  lire  sur  l'authenticité  de  ce  verset  une  savante  disserta- 
tion du  cardinal  Franzelin,  dans  son  traité  de  Deo  irino  et  uno,  et  un 
travail  précieux,  quoique  inachevé,  de  M.  l'abbé  Le  Hire,  t.  IL 


—    439    —  /  Joan.,  v. 

forte  raison  le  témoignage  de  Dieu  produit-il  une  certi- 
tude pleine  et  invincible,  puisque  Dieu,  qui  est  toute 
science  et  toute  vérité,  ne  peut  se  tromper  ni  tromper 
personne.  Or,  Dieu  même  a  attesté,  sur  les  rives  du  Jour- 
dain et  sur  le  mont  Thabor,  que  Jésus  est  son  Fils  bien- 
aimé. 

10.  Qui  crédit  in  Filium  Dei,  habet  testimonimn  Dei  in 
se.  «  Celui  qui  croit  au  Fils  de  Dieu  a  dans  lui-même  le 
témoignage  de  Dieu  »  :  il  possède  dans  son  esprit  la  con- 
viction d'une  vérité  certaine,  qu'il  croit  sur  l'autorité 
infaillible  de  Dieu. 

Qui  non  crédit  Filioy  mendacem  facit  eu?n  :  quia  non 
crédit  in  testimonium  qnod  testificatus  est  Deus  de  Filio 
sno.  «  Mais  celui  qui  ne  croit  pas  au  Fils  de  Dieu,  fait 
Dieu  menteur;  parce  qu'il  ne  croit  pas  au  témoignage 
que  Dieu  lui-même  a  rendu  de  son  Fils.  »  Or,  si  l'on  fait 
une  injure  très  grave  à  un  homme,  en  l'accusant  de  men- 
songe, quelle  injure  n'est-ce  pas  faire  à  Dieu  que  de  le 
supposer  menteur?  C'est  pourtant  le  péché  dont  se  rend 
coupable  celui  qui  refuse  de  croire  que  Jésus  est  le  Fils 
de  Dieu  (1). 

Il  commet,  en  outre,  une  ingratitude  ;  car  il  nie  le  plus 
grand  bienfait  de  Dieu  envers  les  hommes. 

11.  Et  hoc  est  testimonium y  quo?iiam  vitam  œternam 
dédit  nobis  Deus.  Et  hœc  vita  œterna  in  Filio  ejus  est.  Que 
nous  apprend,  en  effet,  ce  témoignage?  C'est  que  Dieu, 
en  nous  donnant  son  Fils,  nous  a  donné  la  vie  éternelle  ; 
car  la  vie  éternelle  est  en  son  Fils  qui  nous  la  mérite  et 
nous  l'apporte,  comme  nous  le  disions  tout  à  l'heure  : 
Dieu  nous  a  envoyé  son  Fils  unique,  afin  que  nous  vivions 
par  lui.  Filium  suum  uniqenitum  misit  Deus  in  mundum, 
ut  mvamus  per  eum  (iv,  9). 


(1)  Dans  les  versets  i»  et  10,  saint  Jean  dit  que  nous  devons  recevoir  le 
témoignage  de  Dieu,  et  que  celui  qui  refuse  de  croire  au  témoignage 
que  Dieu  a  rendu  ;i  son  Fils,  l'ait  Dieu  menteur.  Ces  deux  versets  s'ap- 
puient sur  le  7e  :  Très  sunt  qui  testimonium  dont  in  cœlo,  Pater,  etc. 
Car  si  Ton  retranche  le  7«  verset,  où  trouver  la  mention  de  ce  témoi- 
gnage du  Père?  Le  7e  verset  n'est  donc  pas  une  interpolai 


—     440     — 

Vltam  œternam  dédit.  Il  nous  a  donné  la  vie  éternelle, 
pour  en  posséder  l'espérance,  le  droit  et  le  principe  pen- 
dant notre  passage  sur  la  terre,  en  attendant  que  nous  la 
possédions  pleinement  dans  les  cieux. 

12.  Qui  habet  Filium  habet  vitam  ;  qui  non  habet  Filium 
vitam  non  habet.  De  là  il  résulte  que  «  celui  qui  a  le  Fils 
a  la  vie,  et  que  celui  qui  n'a  point  le  Fils  n'a  point  la 
vie.  »  Mais  par  quel  moyen  peut-on  avoir  le  Fils  ?  Notre- 
Seigneur  lui-même  nous  l'apprend  :  on  le  possède  par  la 
foi,  en  sorte  que  celui  qui  croit  en  lui  ne  périra  pas,  mais 
aura  la  vie  éternelle.  Ut  omnis  qui  crédit  in  ipsum  non 
pereat,  sed  habeat  vitam  œternam.  (S.  Joan.,  ni,  15.) 
Saint  Jean-Baptiste  avait  dit  une  parole  semblable  : 
«  Celui  qui  croit  au  Fils  a  la  vie  éternelle;  pour  celui  qui 
ne  croit  point  au  Fils,  il  ne  verra  point  la  vie,  mais  la 
colère  de  Dieu  demeure  sur  lui.  »  Qui  crédit  in  Filium 
habet  vitam  œternam;  qui  autem  incredulus  est  Filio  non 
videbit  vitam,  sed  ira  Dei  manet  super  eum.  (S.  Joan., 
m,  36.) 

13.  Hœc  scribo  vobis,  nt  sciatis  quoniam  vitam  habetis 
œternam,  qui  creditis  in  nomine  Filii  Dei.  Je  vous  écris 
ces  choses  afin  que  vous  sachiez  que  non  seulement  vous 
pourrez  obtenir  un  jour  la  vie  éternelle,  mais  que  déjà 
vous  la  possédez,  vous  qui  croyez  au  nom  du  Fils  de 
Dieu.  Si  vous  croyez  avec  une  foi  non  pas  inerte  mais 
agissante,  vous  possédez  dès  maintenant,  sur  la  terre, 
la  vie  éternelle.  C'est  un  bien  qui  vous  appartient,  car 
Jésus,  l'auteur  et  la  source  de  cette  vie,  réside  en  vous  ; 
son  séjour  en  vos  âmes  est  déjà  la  vie  divine  commencée. 
Comprenez  donc  votre  bonheur  et  ne  le  perdez  pas.  Gar- 
dez bien  cette  ferme  foi  en  Jésus-Christ,  Fils  de  Dieu, 
et  qu'elle  règle  toutes  vos  actions.  Ut  sciatis  quoniam 
vitam  habetis. 

14.  Et  hœc  est  fiducia  quam  habemns  ad  eum  :  quia 
quodcumque  petierimus  secimdum  voluntatem  ejus,  audit 
nos.  Et  ce  qui  nous  inspire  aussi  une  grande  confiance 
en  Dieu,  ce  qui  nous  donne  l'espérance  que  nous  pos- 
séderons réellement  la  vie  bienheureuse  pendant  toute 


—     441     —  /  Joan.,  v. 

l'éternité,  c'est  qu'il  nous  exauce  en  tout  ce  que  nous  lui 
demandons  de  conforme  à  sa  volonté.  Or  nous  savons 
qu'il  veut  notre  sanctification,  notre  persévérance  dans  la 
piété,  notre  salut.  Demandons-lui  qu'il  nous  sauve,  et, 
quelque  faible  que  soit  notre  nature,  quelque  puissants 
que  soient  nos  adversaires,  nous  posséderons  éternel- 
lement la  vie  bienheureuse. 

15.  Et  scimus  quia  audit  nos  quidquid  petierùnus  : 
semais  quoniam  habemus  petitiones  quas  postulamns 
ab  eo.  *  Et  nous  savons  en  effet  qu'il  nous  exauce  en 
tout  ce  que  nous  lui  demandons.  Nous  le  savons,  parce 
que  nous  avons  déjà  reçu  les  grâces  que  nous  lui  avons 
demandées.  »  Saint  Jean  répète  la  même  chose  pour  l'in- 
culquer davantage.  Il  affirme  d'abord  que  Dieu  exauce 
toutes  nos  prières;  il  dit  ensuite  que  nous  le  savons;  et  il 
ajoute  enfin  que  nous  le  savons  par  notre  expérience  (1). 

Mais,  pour  être  exaucée,  la  prière  exige  des  conditions. 
Il  faut  demander  avec  confiance  et  persévérance  des 
choses  utiles  au  salut.  (S.  Jac,  i,  5.) 

Lorsqu'on  prie  ainsi  pour  soi-même,  on  reçoit  toujours 
ce  qu'on  demande  :  c'est  le  sentiment  formel  de  saint 
Augustin  :  Exaudiuntur  omnes  sancti  pro  se  ipsis.  Mais 
la  prière  que  l'on  fait  pour  les  autres  n'est  pas  toujours 
exaucée  ;  car  leur  volonté  mauvaise  peut  résister  à  la 
grâce  de  Dieu.  Non  autem  pro  omnibus  exaudiuntur  vel 
amicis,  vel  inimicis,  vel  quibuslibet  aliis  :  quia  non  ut- 
cumque  dictum  est  dabit,sed  clabit  vobis.  (In  Joan.  Ev. 
Tract,  en,  1.) 

(1)  Et  scimus.  Le  texte  grec  est  un  peu  différent  :  le  verset  entier  ne 
forme  qu'une  période,  que  l'on  rend  ainsi  :  Et  si  scimus  qui",  audit  nos 
quidquid petierimits,  scimus  quoniam  habemus  petitiones  quas  pos- 
tulavimus  ab  en.  «  Et  si  nous  savons  »,  —  par  la  promesse  de  Dieu, 
—  «  qu'il  nous  écoute  en  tout  ce  que  nous  lui  demandons,  nous  savons 
aussi,  par  notre  expérience,  que  nous  avons  reçu  l'effet  de  toutes  les 
demandes  que  nous  lui  avons  adressées.  »  Il  faudrait  donc,  selon  le  grec, 
ajouter  un  si  devant  le  premier  scimus,  et  mettre  le  parfait  postula- 
oimus,  au  lieu  du  présent  postulamus.  Voici  le  grec  :  K«\  l«v  otfafuv 
c-.i  àxoùet  fyufiiv  i  «>  uho'jy.zOx,  old&fiv  Sri  ïyoy.iv  t«  «l:^«a:«  a  rpr^'j^u .  Un 
copiste  a  pu  oublier  si  devant  le  premier  scimus  de  la  version  latine. 
Rien  n'est  plus  facile  que  d'écrire  et  scimus,  au  lieu  de  et  si  scimus. 
La  leçon  grecque  nous  paraît  ici  la  meilleure. 


—    [.['>    — 

16.  Qui  scit  fratrem  suum  peccare  peccatum  non  ad 
mortem,  petat,  et  dabitur  ei  vita  peccanti  non  ad  mor- 
tem. Est  peccatum  ad  mortem  :  non  pro  illo  dico  ut 
roget  quis. 

Saint  Jean  venait  de  dire  que  Dieu  nous  accorde  tout 
ce  que  nous  lui  demandons,  audit  nos  quidquid  petit- 
rimus ;  en  grec,  àxousi  vjp&v,  o  av  atroWOa.  L'on  pourrait 
traduire  ainsi  littéralement  :  «  Il  nous  écoute  en  ce  que 
nous  lui  demandons  pour  nous.  »  C'est  ce  que  peut  faire 
entendre  le  verbe  moyen  atxwaeOa.  Mais  saint  Jean  s'expli- 
que :  notre  prière  n'obtient  pas  seulement  des  grâces 
pour  nous,  elle  est  encore  salutaire  pour  les  autres. 

«  Si  donc,  ajoute-t-il,  quelqu'un  voit  son  frère  com- 
mettre un  péché  qui  ne  va  point  à  la  mort,  qu'il  prie,  et 
la  vie  sera  donnée  à  ce  pécheur,  dont  le  péché  ne  va 
point  à  la  mort.  Mais  il  y  a  un  péché  qui  va  à  la  mort  : 
ce  n'est  pas  pour  la  rémission  de  ce  péché  que  je  dis 
de  prier.  »  Ce  texte,  qu'il  faut  expliquer,  présente  une 
doctrine  importante. 

D'abord  il  est  manifeste  que  saint  Jean  parle  ici  des 
péchés  mortels,  puisqu'ils  ôtent  la  vie  à  l'âme.  Mais  il 
en  distingue  deux  sortes  :  l'un  va  de  soi-même  à  la  mort 
et  à  la  réprobation  éternelle  ;  l'autre  n'y  va  point  de 
soi-même.  Il  est  vrai,  tout  péché  grave  sépare  l'âme  de 
Dieu  et  lui  fait  une  blessure  qui  serait  définitivement 
mortelle,  si  elle  n'était  pas  guérie.  Mais  l'Eglise  a  des 
remèdes  assez  puissants  pour  rendre  la  vie  à  l'âme  qui 
l'a  perdue.  Est-ce  qu'il  n'y  a  pas  du  baume  et  des  méde- 
cins dans  Galaad?dit  le  prophète.  Numquidnon  est  résina 
in  Galaad?  aut  médiats  non  est  ibi?  (Jerem.,  vin,  32.) 
Cependant  il  est  des  péchés  si  funestes  qu'ils  vont  d'eux- 
mêmes  à  la  mort  finale,  et  aucun  baume  ne  les  guérira. 
Notre -Seigneur  l'affirme,  lorsqu'il  parle  d'un  péché  qui 
ne  sera  remis  ni  dans  ce  monde  ni  dans  l'autre  :  neque 
in  hoc  sœculo  neque  in  futuro.  (S.  Matth.,  xn,  32.) 

Ce  péché  irrémissible,  c'est  le  péché  contre  le  Saint- 
Esprit  ;  il  consiste  à  combattre  avec  opiniâtreté  la  vérité 
connue  :  impugnatio  veritatis  agnitœ.  (S.  ïhom.  Summ. 


—      1  1-)     —  /  Joan.,  y. 

Theol.  2a  230,  q.  li,  a.  2.)  C'était  le  péché  des  Juifs,  qui 
voyaient  de  leurs  yeux  les  miracles  de  Jésus-Christ,  qui 
les  avouaient,  et  qui  voulaient  cependant  le  faire  mourir, 
au  lieu  de  croire  à  sa  parole.  (S.  Jean,  xi,  47  et  53.) 
C'est  le  péché  de  l'apostat  qui,  après  avoir  professé  la 
religion  chrétienne,  l'abandonne  et  la  persécute.  C'est 
l'endurcissement  dans  l'impiété  ;  c'est  l'affermissement 
dans  l'athéisme  ou  dans  un  orgueilleux  déisme;  c'est  le 
serment  fait  dans  les  loges  maçonniques  de  renverser 
l'œuvre  de  Jésus-Christ  et  d'abolir  sa  religion.  Ce  péché 
va  à  la  mort,  car  il  ôte  la  foi  et  jusqu'à  l'aptitude  à  la 
foi,  qui  est  le  principe  du  salut.  Aussi  les  grâces  ordi- 
naires ne  peuvent  rien  contre  ce  péché  diabolique.  Ceux 
qui  s'en  rendent  coupables  se  ferment  volontairement  la 
source  de  la  grâce  et  marchent  à  la  damnation  éternelle. 
Voit-on  en  effet  ces  hommes  se  convertir?  presque  jamais. 
Il  faudrait  pour  les  toucher  une  grâce  si  puissante  qu'elle 
les  convertît  pour  ainsi  dire  malgré  leur  volonté  perverse  : 
ils  en  sont  indignes.  Aussi  l'Apôtre  ne  promet  pas  que  la 
prière  qu'on  ferait  pour  eux  fût  exaucée  :  Non  pro  Mo 
dico  ut  roget  quis. 

Arius  en  particulier  offre  un  exemple  frappant  du 
péché  qui  va  à  la  mort.  Le  bienheureux  Pierre,  évêque 
d'Alexandrie,  l'excommunia  pour  avoir  embrassé  le 
schisme  de  Mélèce.  Peu  de  temps  après,  le  saint  évêque 
fut  pris  et  condamné  à  mort  par  Maximin.  Les  prêtres 
Achillas  et  Alexandre  allèrent  le  trouver  dans  sa  prison 
pour  lui  demander  le  pardon  d'Arias.  11  leur  répondit 
que  Jésus  lui  était  apparu  pendant  la  nuit  et  qu'il  lui 
avait  annoncé  qu'Arius  déchirerait  l'Eglise.  Ayant  en- 
suite prédit  à  ces  deux  prêtres  qu'ils  lui  succéderaient 
eux-mêmes  dans  l'épiscopat,  il  leur  enjoignit  de  ne 
jamais  recevoir  Arius  dans  leur  communion,  parce  qu'il 
savait  qu'il  était  mort  devant  Dieu  :  Prœcepit  ne  unguam 
Arùmt  in  commwtionem  reciperent,  quem  Deo  mortuum 
esse  sciret.  (Brev.  K.,  26  nov.) 

Toutefois  ce  serait  une  erreur  de  croire  que  les  prières 
pour  de  tels  pécheurs  ne  sont  pas  permises  ou  ne  seront 


—     Ui    — 

jamais  exaucées.  De  quocumque pessimo  in  hac  vita  con- 
stituto  non  est  u ligue  desperandum,  dit  saint  Augustin. 
Ncc  pro  Mo  imprudenter  oratur  de  quo  non  desperatur . 
(S.  Aug.,  Retract.,  1.  I,  c.  xix.)  Tant  qu'un  homme  vit,  il 
ne  faut  pas  désespérer  absolument  de  son  salut  (1).  On 
pourra  donc  prier  même  pour  les  grands  pécheurs  dont 
nous  avons  parlé,  mais  on  ne  le  fera  pas  avec  la  même 
confiance  que  pour  ceux  dont  le  péché  ne  va  pas  à  la 
mort;  car  leur  méchanceté  obstinée  pose  un  obstacle 
presque  insurmontable  à  leur  conversion. 

17.  Omnis  iniquitas  peccatum  est,  et  est  peccatum  ad 
mortem.  «  Toute  injustice  est  péché;  mais  il  y  a  un 
péché  qui  va  à  la  mort  »,  et  un  péché  qui  ne  va  pas  à  la 
mort.  L'Apôtre  ajoute  ce  mot  pour  éclaircir  et  mainte- 
nir la  distinction  qu'il  a  faite  entre  les  deux  sortes  de 
péchés. 

Omnis  iniquitas,  en  grec,  Trïsa  kov/J.v.,  omnis  injustitia  ; 
toute  injustice  est  un  péché,  et  l'on  peut  dire  aussi  que 
tout  péché  est  une  injustice  commise  envers  Dieu,  notre 
Maître. 

18.  Scimus  quia  omnis  qui  natus  est  ex  Deo  non  pec- 
cat ;  sed  generatio  Dei  conservât  en?n,  et  malignus  non 
tangit  eum.  *  Nous  savons  que  quiconque  est  né  de  Dieu 
ne  pèche  point,  mais  la  naissance  qu'il  a  reçue  de  Dieu  le 
conserve  pur,  et  l'Esprit  mauvais  ne  lui  touche  point  (2).  » 
Saint  Jean  répète  ici  la  même  pensée  qu'il  avait  déjà 
exprimée  plus  haut  :  Omnis  qui  natus  est  ex  Deo  pecca 
tum  non  facit;  quoniam  semen  ipsius  in  eo  manet  (c.  m, 
v.  9).  Celui  qui,  par  la  foi  et  le  baptême,  est  devenu  un 
véritable  enfant  de  Dieu,  celui  qui  a  reçu  les  dons  for- 
tifiants du  Saint-Esprit  et  s'est  nourri  du  pain  céleste  à 

(1)  Non  prœcluditur  via  remittendi  et  sanandi  omnipotentiœ  et 
misericordiœ  Dei,  per  quam  aliquando  taies,  quasi  miraculose,  spiri- 
tualités- sanantur.  (S.  Thom.,  Summ.  Theol.,  2a  2œ,  q.  14,  a.  3.) 

(2)  Generatio  Dei  conservât  eum.  On  lit  dans  le  grec  :  o  yzwtfiiis  èx 
0êou  TTipsl  kuuTbv,  qui  genitus  est  ex  Deo  servat  seipsum.  C'est-à-dire 
que  celui  qui  est  engendré  de  Dieu  se  conserve  lui-même  dans  la  jus- 
tice, car  il  trouve  dans  le  principe  de  sa  naissance  divine  la  force  de 
■/rotéger  et  de  garder  la  vie  qu'il  possède. 


—    445    —  /  Joan.,  v. 

la  table  divine,  ne  pèche  pas,  parce  qu'il  ne  veut  pas 
pécher,  parce  que  la  vertu  de  la  génération  divine  qui 
est  en  lui  le  conserve,  et  parce  que  l'esprit  méchant,  qui 
tient  sous  son  empire  les  enfants  du  siècle,  n'a  point  de 
pouvoir  sur  les  enfants  de  Dieu.  Il  peut  solliciter  le 
juste,  le  tenter,  l'insulter,  mais  il  ne  peut  le  blesser  dans 
son  âme;  et,  selon  l'expression  d'un  saint  Docteur,  la- 
trare  potest,  mordere  non  potcst.  Dans  le  duel  que  le 
démon  livre  au  juste,  celui-ci,  couvert  par  l'armure  de 
la  foi,  est  invulnérable,  si  bien  que  l'ennemi  ne  parvient 
pas  à  le  toucher,  non  tangit  eum. 

19.  Scimus  quoniam  ex  Deo  sumus  ;  et  mundus  tot.us 
in  maligno  positns  est.  «  Nous  savons  que  nous  sommes 
de  Dieu,  et  que  le  monde  entier  est  placé  sous  l'empire 
du  mauvais.  » 

Cette  pensée  est  comme  l'épilogue  et  la  conclusion  de 
toute  la  lettre.  Mes  chers  enfants,  leur  dit-il,  le  genre 
humain  se  partage  en  deux  royaumes  :  celui  de  Dieu  et 
celui  du  démon.  Il  y  a  deux  cités  qui  se  font  la  guerre  : 
l'une  où  règne  Jésus-Christ,  et  l'autre  où  commande 
Satan.  Pour  nous,  nous  savons  que  nous  appartenons  à 
Jésus-Christ,  par  notre  foi,  par  notre  baptême,  par  notre 
volonté  ;  le  reste  obéit  à  Satan. 

20.  El  scimus  quoniam  Films  Dei  venit,  et  dédit  nobis 
sensum  ut  cognoscamus  verum  Deum,  et  simus  in  vero 
Filio  ejus.  Hic  est  vents  Deus  et  vita  seterna.  «  Et  nous 
savons  encore,  que  le  Fils  de  Dieu  est  venu  et  qu'il  nous 
a  donné  l'intelligence,  afin  que  nous  connaissions  le  vrai 
Dieu  et  que  nous  soyons  en  son  vrai  Fils.  C'est  ce  Fils 
qui  est  le  vrai  Dieu  et  la  vie  éternelle.  »  Avant  la  venue 
de  Jésus-Christ  sur  la  terre,  le  vrai  Dieu  était  ignoré  des 
nations  les  plus  civilisées;  ni  les  sages  de  l'Inde,  de  la 
Perse  et  de  l'Egypte,  ni  les  célèbres  philosophes  de  la 
Grèce  et  de  Rome  ne  le  connaissaient.  Quelques-uns 
l'avaient  entrevu,  mais  ils  n'osaient  le  confesser  ;  et,  en 
punition  de  leur  ingratitude,  ils  retombaient  dans  les 
ténèbres,  en  sorte  que  leur  sagesse  se  changeait  en  folie. 
(Rom.,  i.)  Mais  le  Fils  de  Dieu  nous  a  donné  l'intelli- 


—     44(3     — 

gence  ;  il  a  fait  luire  à  nos  yeux  une  lumière  admirable, 
et  il  nous  a  montré  le  vrai  Dieu  avec  une  pleine  certitude. 

Et  simus  in  vero  Filio  ejus  (1).  Non  seulement  nous 
avons  maintenant  la  gloire  de  connaître  le  vrai  Dieu, 
mais  nous  devenons,  par  la  foi  et  par  la  charité,  intime- 
ment unis  à  son  vrai  Fils  :  en  sorte  que  nous  ne  faisons 
qu'un  avec  lui.  Le  Christ  est  le  vrai  Fils,  égal  au  Père  ; 
et  nous,  nous  sommes  unis  au  Christ  comme  les  membres 
à  leur  chef,  et  son  Père  est  aussi  notre  Père. 

Et  comme  le  Fils  est  le  vrai  Dieu  et  la  vie  éternelle, 
nous  devenons  nous-mêmes  participants  de  la  nature  di- 
vine et  de  la  vie  éternelle,  autant  que  le  peut  la  créature. 

In  vero  Filio  ejus;  hic  est  vents  Deus,  h  oJ^Givoç  0soç.  «  Il 
est  le  vrai  Fils  de  Dieu,  et  il  est  lui-même  le  vrai  Dieu.  » 
Voilà  un  texte  clair  et  décisif  qui  prouve  la  divinité  de 
Jésus- Christ.  Aussi  les  saints  Pères  le  citent-ils  souvent 
contre  les  ariens.  Saint  Ambroise  rapporte  cette  parole  : 
Et  simus  in  vero  Filio  ejus  Jesu  Christo  Domino  noslro  : 
hic  est  vents  Deus  etvita  seterna ;  puis,  il  ajoute  :  Saint 
Jean  appelle  Jésus  vrai  Fils  de  Dieu  et  vrai  Dieu.  Si  donc 
il  est  vrai  Dieu,  il  n'a  pas  été  créé.  Verum  Joannes  Fi- 
lium  Dei  et  verum  Deum  dicit.  Ercjo  si  vents  Deus,  ittiquc 
non  creatus.  (De  Fide,  1.  I,  c.  xvn.)  Saint  Athanase  cite 
jusqu'à  sept  fois  ce  texte  pour  confondre  les  ariens.  Deus 
vents  est  Pater,  Deus  verus  est  quoque  Films,  dit-il.  lta 
enim  scripsit  Joannes  :  «  Sumus  in  vero,  in  Filio  ejus 
Jesu  Christo.  Hic  est  verus  Deus  etvita  œterna.  »  (S.  Athan., 
p.  G8±,  ad  Serapion.,  éd.  Bened.) 

(1)  Et  simus,  en  grec  «où  iï/j.v;,  plusieurs  traduisent  :  et  sumus,  «  et 
nous  sommes  dans  son  vrai  Fils.  »  lis  regardent  cette  proposition 
comme  indépendante,  et  ils  pensent  que  la  Vulgate  est  inexacte.  Mais 
les  meilleurs  manuscrits  (celui  du  Vatican,  l'alexandrin  et  le  sinaï- 
tique)  portent  :  Sé&autev  hf^v  $i&voux.j}  fvft  ytv(àax.Ofi.ev  tôv  à.)  r,0  ivb  ; ,  /.ai  èo/xsv 
iv  tôj  c/.ïr,9i,c>.  D'après  cette  leçon,  saint  Jean  construit  ?v«  avec  les  deux 
indicatifs  yivûaxopev  et  èofiév.  La  conjonction  Lu,  construite  avec  le 
subjonctif,  marque  une  chose  voulue,  un  but  que  Ton  veut  atteindre, 
au  lieu  qu'avec  l'indicatif  elle  désigne  tout  à  la  fois  un  but  vers  lequel 
on  tend  et  un  fait  réel.  On  peut  donc  entendre  le  texte  présent  comme 
s'il  y  avait  :  îva  ytvtàcxùi/xtv  xa\  ytvûàxofÂSv,  et  tvst  Zftev  /ai  é7//£v,  c'est-à- 
dire  :  ut  co g 'no s camus,  dum  rêvera  cognoscimus  verum  Deum  ;  et  ut 
simus  in  vero  Filio  ejus,  sicut  in  eo  vere  sumus. 


—    447     —  /  Joan.y  v. 

21.  Filioli,  custodite  vos  a  simulacris.  «  Mes  chers  en- 
fants, gardez-vous  des  idoles.  »  Vous,  enfants  du  vrai 
Dieu,  associés  à  sa  divinité,  non  seulement  vous  n'ado- 
rerez pas  des  statues  de  bois  ou  d'argile,  mais  vous  évi- 
terez avec  soin  de  prendre  part,  même  indirectement,  à 
leur  culte. 

Les  fidèles,  vivant  au  milieu  de  parents  et  d'amis 
païens,  étaient  souvent  exposés  au  péril  de  manger  des 
viandes  immolées  aux  idoles,  comme  nous  le  voyons 
dans  la  première  Epître  aux  Corinthiens  (c.  vin  et  x). 
C'est  pourquoi  saint  Paul  leur  disait  :  Fuyez  le  culte  des 
idoles.  Fugue  ab  idolorum  cullura  (ib.,  x,  14)  ;  et  encore  : 
Si  un  frère  honore  les  idoles,  ne  mangez'pas  avec  lui.  Si 
is  qui  f rater  nominatur ,  est  idolis  sermens,  cum  ejas- 
modi  nec  cibum  sumere  (ib.,  v,  11).  Il  ne  faisait  d'ailleurs 
que  rappeler  le  décret  du  concile  de  Jérusalem,  qui  or- 
donnait de  s'abstenir  des  viandes  immolées  aux  idoles. 
Ut  abstineatis  vos  ab  immolatis  simulaerorum.  (Act.  Ap., 
xv,  29.) 

Cette  parole  détachée,  qui  finit  subitement  l'Epître  de 
saint  Jean,  est  une  leçon  vive  qui  reste  comme  un  trait 
fixé  dans  l'esprit. 

L'Apôtre,  sortant  de  la  chaudière  brûlante  où  l'avait 
plongé  Domitien,  adresse  cette  parole  à  tous  les  chrétiens 
de  l'univers. 

Elle  a  retenti  pendant  trois  siècles  dans  le  monde 
entier,  quand  les  papes,  les  évoques,  les  vieillards,  les 
vierges  et  les  jeunes  enfants  même  étaient  menacés  du 
glaive  et  des  plus  horribles  supplices,  s'ils  ne  brûlaient 
de  l'encens  devant  les  idoles.    . 

a  Gardez-vous  des  idoles!  »  cette  parole  a  fait  des 
millions  de  martyrs. 

Aujourd'hui,  le  monde  est  encore  plein  d'idoles.  Il  y 
en  a  d'or,  de  chair,  et  de  plus  vils  encore.  Chrétiens, 
gardons-nous  des  idoles.  Custodite  vos  a  simulacris.  N'a- 
dorons <jue  Dieu,  n'aimons  que  Dieu,  et  ne  craignons 
que  Dieu. 


COMMENTAIRE 


SUR    LA 


*  T 


DEUXIEME  EPITRE  DE  SAINT  JEAN 


A    ÉLECTE 


i  s 


PREFACE 


Saint  Jean  adresse  sa  seconde  Epîtreàune  dame  chrétienne 
nommée  Electe  ;  il  l'exhorte  à  persévérer  dans  la  foi  avec  ses 
fils,  et  lui  recommande  de  n'avoir  aucun  commerce  avec  les 
nouveaux  hérétiques. 

L'Apôtre  écrivit  cette  lettre  vers  le  même  temps  que  la 
première;  elle  contient,  dans  sa  brièveté,  à  peu  près  les 
mêmes  idées,  exprimées  souvent  dans  les  mêmes  termes. 
Ainsi,  dans  la  première,  il  dit  :  Non  mandatant  novum 
scribo  vobis,  sed  mandatant  vêtus  (n,  7)  ;  et  dans  la  seconde  : 
No)i  tanquara  mandatum  novum  scribens  tibi,  sed  quod 
kabuimus  ad  initio,  ut  diligamus  alteruirum  (5).  —  Dans 
La  première  :  Omnis  qui  ner/at  Filium,  nec  Patrem  habet  ; 
qui  con/îtetur  Filium,  et  Patrem  habet  (n,  23);  dans  la 
soconde  :  Omnis  qui  recedit,  et  non  permanet  in  doctrina 
Christi,  Deum  non  habet;  qui  permanet  in  doctrina, hic 
et  Patrem  et  Filium  habet  (0).  —  Dans  la  première  :  Mulii 
pseudoprophetœ  exierunt  in  mundum.  Inhoc  cognoscitur 
Spiritus  Dei  :  Omnis  Spiritus  qui  con/îtetur  Christum  in 
carne  venisse,  ex  Deo  est;  et  omnis  qui  suivit  Jesum  ex 
Deo  non  est,  et  hic  est  Antichristus  (iy.  2)  ;  dans  la  seconde: 
Mu  ni  seductores  exierunt  in  mundum,  qui  non  cou/îtentin' 
Jesum  Christum  venisse  in  carnem ;  hic  est  seductor  et  An/i- 
christus  (7).  —  Dans  la  première:  Hœc  est  enim  charitas 
Dei.  ni  mandata  ejus  custodiamus  (v,  3);  dans  la  seconde  : 
Tlœc  est  charitas,  ut  ambulemus  secundum  mandata 
ejus  (G). 

Il  est  peu  probable  que  suint  Jean  ait  écrit  cette  Epltre 
de  l'île  de  Patmos,   durant  son  exil,  puisqu'il   annonce  qu'il 


—    452    — 

espère  aller  bientôt  visiter  Electe  et  ses  fils.  On  conjecture 
qu'il  l'écrivit  peu  de  temps  après  son  retour  à  Ephèse. 

L'authenticité  de  cette  Epttre  n'est  pas  douteuse  ;  elle  a 
été  citée  par  saint  Augustin  :  Joannes  enim  dicit  aliène1 
duel  fine  hominïbus  Ave  non  esse  dicendum.  (S.  Aug.  de 
Bapt.  contra  Donat.,  1.  VII,  ch.  xlix,  n.  £0.)  Et  dans  son  bel 
ouvrage  de  Doclrina  christiana,  dressant  le  catalogue  des 
livres  canoniques,  il  compte  «  trois  Epîtres  do  saint  Jean  » 
(1.  Il,  ch.  vin). 

Saint  Jérôme  la  nomme  avec  la  troisième  :  Clan  gai  tuba 
Evangelica  .filius  tonitrui,  dit-il,  quem  Jésus  amavit  plu- 
rimum,  qui  de  pectore  Salvaloris  doctrinarum  fluenta 
potavil  :  «  Presbyter  Eleclœ  Dominer  et  flliis  ejus,  quos 
ego  diligo  in  veritate.  »  El  in  alla  Epislola  :  «  Presbyter 
Gaio  carissimo,  quem  ego  diligo  in  verilate.  »  (S.  Hieron. 
Ep.  146  ad  Evangel.) 

Saint    Irénée   la  cite   de   même  :  'Iwocwyîç  o  toû   K-jçicj    u-aO/irr,; 

ir.i-t'.vz  77,7  xstTaot&rjV  c.Gtwv,  u.riiïz  Xa'.ûciv  aùrcï;  ucp'  r,y.Ôjv  Xs-Yscôat  [jCjay,6s':. 
'O   *j'àp    as^mv    aùroï;,    or.a'tv,    Xxîpc'.v,    /.cvaiveï    roï;    êp'voiç    aùrcôv    r:or/;o&ï;. 

Joannes  enim  Dornini  discipulus  intendit  damnation  em 
in  eos  (hœrelieos),  ne  Ave  quidem  eis  a  Jiobis  diei  volens  : 
Qui  enim,  inquit,  dicit  eis  Ave,  communicat  operïbus 
eorura  malignis.  (S.  Iren.  Hier.,  1.  I,  ch.  xvi,  n.  3.) 

Au  concile  de  Carthage,  présidé  par  saint  Cyprien,  l'an  256, 
un  des  Evêques  nommé  Aurelius  dit  :  «  Joannes  Arposlolus 
in  Epislola  sua  posuil  dicens  ;  Si  quis  ad  vos  venit  et 
docirinam  Christi  non  habel,  nolite  eum  admittere  in 
domum  vestram,  et  Ave  illi  ne  diœeritis.  Qui  enim  dixerit 
illi  Ave,  communicat  faclis  ejus  malts.  Cette  sentence  de 
l'évêque  Aurelius,  est  la  quatre-vingt-unième  dans  les  actes  du 
concile.  La  seconde  Epître  de  saint  Jean,  d'où  ces  paroles  sont 
tirées,  était  donc  alors  regardée  comme  Ecriture  divine  par 
tous  les  Evêques  d'Afrique. 

Quelques  anciens  écrivains  attribuaient,  il  est  vrai,  cette 
Epître  à  un  certain  prêtre  Jean  d'Ephèse  :  mais  à  partir  du 
Ve  siècle  elle  a  été  unanimement  reconnue  comme  l'œuvre 
de  l'Apôtre  saint  Jean. 


DEUXIÈME  ÉPITRE  DE  SAINT  JEAN 


A   ELEOTE 


ANALYSE 

Saint  Jean  félicite  la  dame  chrétienne  Electe  et  ses  fils  de  ce 
qu'ils  ont  conservé  la  vraie  foi.  Puis  il  leur  rappelle  le  précepte 
de  la  charité  fraternelle,  et  il  les  exhorte  à  persévérer  dans  la 
saine  doctrine.  Pour  cela,  ils  éviteront  avec  soin  les  hérésies 
nouvelles,  qui  attaquent  la  vérité  de  l'incarnation  du  Christ, 
ils  fuiront  ceux  qui  répandent  ces  erreurs,  et  ils  ne  les  salue- 
ront pas. 


1.  Senior  Electœ  dominœ  et 
natis  ejus,  quos  ego  diligo  in 
veritate,  et  non  ego  soins,  sed 
et  omnes  qui  cognoverunt  veri- 
tatem, 

2.  Propter  veritatem  quœ 
permanet  in  nabis,  et  nobiscum 
rrit  in  œternum. 

3.  Sit  vobiscwn  gratin,  mise- 
ricordia,  pax  a  Deo  Pâtre,  et 
a  Christo  Jesu  Filio  Patris  in 
veritate  et  charitate. 

4.  Gavisus  su.  m  valde,  quo- 
niam  inveni  de  filiis  tuis  ambu- 
lantes in  veritate,  sicut  rnan- 
datum  accepimus  a  Votre. 

~>.  Et  mine  rogo  te,  domina. 
non  tanquam  mandatum  nomm 
scribens  tibi,  sed  quod  iinbui- 
mus  ab  initio,  nt  diligamus 
alterutrum. 

>'>.  Et  hase  est  char  il  a  .  ut  am- 
bulemus  se  <  ndum  mandat" 
ej>'s.  Hoc  est  enim  mandatum, 


1.  Le  Vieillard  à  la  dame  Electe 
et  à  ses  enfants,  que  j'aime  dans  la 
vérité,  et  qui  ne  sont  pas  aimés  de 
moi  seul,  mais  de  tous  ceux  qui 
connaissent  la  vérité; 

2.  Et  nous  les  aimons  à  cause  de 
cette  même  vérité  qui  demeure  en 
nous  et  qui  sera  en  nous  éternelle- 
ment. 

3.  Que  la  grâce,  la  miséricorde  et 
la  paix  vous  soient  données  dans  la 
vérité  et  la  charité  par  Dieu  le  Père 
et  par  Jésus-Christ  Fils  du  Père. 

4.  J'ai  eu  bien  de  la  joie  de  trouver 
de  vos  enfants  qui  marchaient  dans 
la  vérité  selon  le  commandement 
que  nous  avons  reçu  du  Père. 

5.  Et  ce  que  je  vous  écris  à  pré- 
sent, madame,  n'est  pas  un  com- 
mandement nouveau,  mais  le  même 
précepte  que  nous  avons  reçu  dès  le 
' cinmencement,  qui  est  de  nous 
aimer  les  uns  les  autres. 

6.  Or  la  charité  consiste  à  marcher 
selon  les  commandements  de  Dieu. 
Cnr   tel   est   le  commandement  que 


—     i:,i 


vous  ave/  ivru  dès  le  commencement, 
afin  que  vous  l'observiez. 

7.  Je  vous  écris  ces  choses"  parce 
qu'il  s*e>t  élevé  dans  le  monde  beau- 
coup d'imposteurs,  qui  ne  confessent 
point  que  Jésus-Christ  est  venu  dans 
la  chair.  Quiconque  le  nie  est  un 
séducteur  et  un  antechrist. 

8.  Prenez  garde  à  vous,  afin  de 
ne  pas  perdre  les  bonnes  œuvres 
que  vous  avez  faites,  mais  de  rece- 
voir une  pleine  récompense. 

9.  Quiconque  ne  demeure  point 
dans  la  doctrine  du  Christ,  mais 
s'en  éloigne,  n'a  point  Dieu  en  lui; 
mais  celui  qui  demeure  dans  sa 
doctrine  possède  le  Père  et  le  Fils. 

10.  Si  quelqu'un  vient  vers  vous 
et  n'apporte  pas  cette  doctrine,  ne 
le  recevez  pas  dans  votre  maison, 
et  ne  le  saluez  point. 

11.  Car  celui  qui  le  salue  participe 
à  ses  actions  mauvaises. 

12.  J'aurais  encore  plusieurs  cho- 
ses à  vous  écrire,  mais  je  n'ai  pas 
voulu  les  traiter  avec  le  papier  et 
l'encre  :  car  j'espère  aller  vous  voir 
et  vous  entretenir  de  vive  vois,  pour 
que  votre  joie  soit  parfaite. 

13.  Les  fils  de  votre  sœur  Electe 
vous  saluent. 


ut   quemadmodum   audistis   ab 
initio,  in  eo  ambuletis. 

7.  Quoniam  multi  seductores 
exierunt  in  mundum,  qui  non 
confitentur  Jesum  Christ  u  m 
venisse  in  carnem  :  hic  est 
seductor  et  antichristus. 

8.  Videte  vosmetipsos,  ne  per- 
datis  quœ  operati  estis,  sed  ut 
mercedem  plenam  accipiatis. 

9.  Omnis  qui  recedit,  et  non 
permanet  in  doctrina  Christi, 
Deum  non  habet  :  qui  permanet 
in  doctrina,  hic  et  Patrem  et 
Filium  habet. 

10.  Si  quis  venit  ad  vos,  et 
hanc  doctrinam  non  affert,  no- 
lite  recipere  eum  in  domum, 
nec  Ave  ei  dixeritis. 

11.  Qui  enim  dicit  illi  Ave, 
communicat  operibus  ejus  ma- 
lignis. 

12.  Plura  habens  vobis  scri- 
bere,  nolui  per  chartam  et  atra- 
mentum  :  spero  enim  me  futu- 
rum  apud  vos,  et  os  ad  os  loqui, 
>>(  gaudium  vestrum plénum  sit. 

13.  Salutant  te  filii  sororis 
tuœ  Electœ. 


COMMENTAIRE 


1.  Senior  Electœ  dominœ,  et  natis  ejus,  quos  ego  diligo 
in  veritate,  et  non  ego  soins,  sed  et  omnes  qui  cognove- 
runt  veritaiem.  «  Le  Vieillard  écrit  à  la  dame  Electe  et  à 
ses  enfants  ;  il  les  aime  dans  la  vérité  ;  et  ils  ne  sont  pas 
aimés  de  lui  seul,  mais  de  tous  ceux  qui  connaissent  la 
vérité.  » 

Senioi*,  6  ^pscêurepoç,  «  le  Vieillard.  »  Tous  les  Apôtres 
étaient  morts  depuis  longtemps.  Il  restait  encore,  à  la  fin 


—     455     —  //  Joan. 

du  premier  siècle,  bon  nombre  d'anciens  qui  avaient  vu 
Notre-Seigneur,  notamment  saint  Siméon,  évêque  de 
Jérusalem  ;  mais  saint  Jean  demeurait  le  seul  qui  put 
raconter,  comme  témoin,  les  actions,  les  discours  et  les 
miracles  de  Jésus  pendant  sa  vie  publique,  sa  passion, 
sa  résurrection  et  son  ascension.  Il  méritait  donc  d'être 
appelé  dans  toute  l'Eglise  le  Vieillard. 

Electœ  dominée.  On  se  partage  sur  l'interprétation  de 
ces  deux  mots.  Les  uns  y  voient  une  noble  dame  nommée 
Elecla;  les  autres,  une  dame  «  élue  »  ou  chrétienne,  dont 
le  nom  est  inconnu.  Selon  d'autres,  ce  n'est  point  à  une 
femme  qu'écrirait  saint  Jean  :  Electa  domina  serait  une 
Eglise. 

Ce  dernier  sentiment,  quoique  soutenu  aujourd'hui 
par  des  écrivains  sérieux,  nous  parait  difficile  à  admettre. 
Si  saint  Jean  écrivait  à  une  Eglise,  qui  donc  l'empêchait 
de  le  dire  simplement  comme  font  les  autres  Apôtres, 
et  notamment  saint  Paul  lorsqu'il  écrit  à  l'Eglise  de 
Thessalonique,  à  l'Eglise  de  Corinthe,  aux  Eglises  de 
Galatie,  etc.? 

Au  lieu  de  cela,  saint  Jean  recourrait  à  une  perpétuelle 
allégorie.  C'est  une  dame  Electa,  qui  a  des  enfants  dont 
plusieurs  sont  chrétiens  ;  et  cette  dame  a  une  sœur  chré- 
tienne, qui  elle-même  a  des  fils,  lesquels  saluent  leur 
tante.  Pas  un  mot  dans  toute  la  lettre  qui  nous  fasse 
soupçonner  que  les  deux  dames  sont  deux  Eglises  ;  une 
pareille  allégorie  est  forcée,  invraisemblable. 

On  veut  s'appuyer  sur  saint  Jérôme;  mais  un  mot  du 
saint  Docteur,  mot  obscur  et  jeté  en  passant,  ne  saurait 
être  une  autorité  décisive  (1). 

Saint  Jean,  selon  nous,  écrit  certainement  à  une  femme. 
Mai>    K/.ÀEKTY,  est-il  son  vrai  nom  ?  Plusieurs  en  doutent. 

(1)  Voyez  saint  Jérôme,  Epître  cxxiu  ad  Ageruch.,  n.  \2.  Après  avoir 
appliqué  h  rEglise  cette  parole  du  Cantique  des  cantiques  :  Una  est 
columba  mea...  una  est  matri  suatt  electa.  g enitr ici  suœ,  il  ajoute  :  Ad 
quant  geribil  idem  Joanne*  epistolam  :  Senior  Electœ  Domina'  et  filiis 

■jus.  '  point  la  un  de  ces  rapprochements  spirituels,  une  de  ces 

pieuses  Allusions  dont  bous  trouvons  tant  d'eiemples  dan-    les  Saints 

Pèr 


—    456    — 

L'auteur  delà  Vulgate  traduit  ce  mot  par  sa  signification 
latine,  electa  :  ce  qui  semblerait  en  faire  un  adjectif: 
electa  domina  voudrait  dire  une  dame  «  élue  »  du  Sei- 
gneur pour  recevoir  la  lumière  de  l'Evangile  et  la  grâce 
du  baptême. 

On  ajoute  qu'à  la  fin  de  la  lettre,  saint  Jean  dit  :  Salu- 
tant  te  filil  soroiis  tuœ  electœ.  En  grec,  ôuntaÇeTa^  nt  Tà 
TÉxva  ttJç  <x8eX<p7jç  cou  T'?jç  exXexTîjç.  Est-ce  que  deux  sœurs 
porteraient  le  même  nom? L'on  propose  donc  de  traduire 
au  dernier  verset  :  Les  fils  de  votre  sœur,  qui  est  élue, 
c'est-à-dire  chrétienne,  vous  saluent.  Mais  si  electa  est 
un  adjectif  à  la  fin  de  la  lettre,  pourquoi  ne  l'est-il  pas 
aussi  au  commencement? 

Nous  ferons  observer  que,  si  electa  (exXexrirj)  n'était  la 
première  fois  qu'un  adjectif,  l'inscription  de  la  lettre 
serait  bien  vague  :  «  Le  Vieillard  à  une  dame  élue.  »  Une 
telle  inscription  n'est  guère  admissible.  Il  faut  un  nom  ; 
or,  Electa  semble  un  nom  chrétien.  En  effet,  lorsque  des 
dames  romaines  d'un  rang  distingué  recevaient  le  bap- 
tême, quelques-unes  prenaient,  par  piété  et  par  prudence, 
un  nom  religieux  sous  lequel  elles  étaient  connues  parmi 
les  fidèles.  Ce  nom,  qui  était  une  leçon  continuelle  de 
sainteté,  servait  en  même  temps  à  les  dérober  à  la  per- 
sécution. C'est  ainsi  que  l'illustre  Pomponia  Grœcina, 
femme  de  Plautius,  le  conquérant  de  la  Bretagne,  se 
nommait  dans  les  assemblées  chrétiennes  Lucina,  c'est- 
à-dire  l'Illuminée.  (Tacit.  Ann.,  III,  37.  Dom  Guéranger, 
Vie  de  sainte  Cécile.)  De  même,  Electa  serait  le  nom 
chrétien  de  la  dame  à  qui  saint  Jean  adresse  sa  lettre. 
Quant  à  la  difficulté  tirée  du  nom  de  sa  sœur,  elle  s'expli- 
querait facilement  :  hCtex.x\,  electa^  ne  serait  la  seconde 
fois  qu'un  adjectif,  et  saint  Jean  dirait  en  jouant  sur  le 
mot  :  Les  fils  de  votre  sœur  vous  saluent;  de  votre  sœur, 
dis-je,  qui,  sans  porter  le  nom  d? Electa,  est  cependant 
«  élue  »  aussi  bien  que  vous. 

Nous  devons  encore  mentionner  une  interprétation 
donnée  par  quelques  modernes.  Ils  prennent  Ulsxrq  pour 
un  adjectif,  et  Kupfa  pour  un  nom.  Selon  eux,  l'inscription 


—     15}     —  //  Joan. 

serait  :  «  à  l'élue  Cyria.  t  Mais  Kupfe  n'est  point  un  nom 
propre  usité  chez  les  anciens  Grecs,  pas  plus  que  Domina 
chez  les  Latins,  et  une  femme  chrétienne  n'aura  point 
choisi  ce  nom  ambitieux. 

La  traduction  ordinaire  de  l'inscription  :  «  à  la  dame 
Electa  ou  Electe  »  nous  paraît  donc  en  somme  la  meilleure. 

Dominœ,  xupfaf.  Ce  titre  indique  que  la  dame  à  qui  saint 
Jean  adresse  sa  lettre  était  une  personne  de  distinction. 

Et  natis  ejus  qttos  ego  diligo  in  veritale.  «  Et  à  ses  en- 
fants que  j'aime  dans  la  vérité.  »  Quel  est  celui  qui  aime 
en  vérité?  Ce  n'est  point  celui  qui  aime  par  intérêt,  sym- 
pathie ou  passion.  Aimer  ainsi  n'est  pas  aimer  le  pro- 
chain, mais  soi-même.  Aimer  quelqu'un  en  vérité,  c'est 
l'aimer  pour  Dieu,  pour  qu'il  loue  Dieu  dans  les  siècles 
des  siècles,  et  pour  qu'il  soit  éternellement  aimé  de  Dieu. 
Aimer  vraiment  un  ami,  dit  saint  Augustin,  c'est  aimer 
Dieu  en  cet  ami,  ou  parce  que  Dieu  est  en  lui,  ou  afin 
qu'il  y  soit.  Me  veraciter  ainat  amicwn,  qui  Deuni  amat 
in  amico,  aut  quia  est  in  illo,  aut  ut  sit  in  illo.  (Serm. 
cccxxvi,  n.  2.) 

Et  non  ego  solus,  sed  et  omnes  qui  cognoverunt  venta- 
ient. «  Et  vos  enfants  ne  sont  pas  aimés  de  moi  seul, 
mais  de  tous  ceux  qui  connaissent  la  vérité.  »  Car  tous 
les  chrétiens,  unis  dans  la  même  foi,  s'entr'aiment  et 
s'aident  mutuellement  à  parvenir  au  ciel  (1). 

2.  Propter  veritatem  quge  permanet  in  nobis,  et  nobis- 
cum  erit  in  œlernum.  «  Nous  les  aimons  à  cause  de  la 
vérité  qui  demeure  en  nous,  et  qui  sera  éternellement 
avec  nous.  »  La  raison  qui  fait  que  nous  vous  aimons 
vous  et  vos  enfants,  est  notre  foi  commune.  C'est  là  un 
motif  qui  ne  cessera  jamais.  Car  votre  foi  est  vraie  en 

(1)  Et  natis  eji's.  Le  datif  natispeût  venir  de  nota  aussi  bien  que  de 
nati's  ;  mais  le  pronom  quos  ôte  l'équivoque.  Saint  Jean  adresse  sa 
lettre  à.  Electe  et  h  ses  lils.  Le  grec  n'e>t  pas  moins  clair  :  au  neutre 
•cc'zvsf,-,  l'auteur  joint  le  masculin  bu*,  faisant  l'accord  avec  l'idée,  et 
non  avec  Le  terme  ;  c'est  ce  que  les  grammairiens  appellent  une  syl- 
lepse. Toutefois,  Les  masculins  quos  et  5Ô5-,en  exigeanl  les  Mis,  n'excluent 
pas  le>  QUes.  Aussi,  pour  demeurer  fidèles,  nous  traduisons  :  «  a  la 
dame  Electe  e1  a  ses  enfants.  » 


—    458     — 

elle-même,  et  elle  sera  toujours  reconnue  comme  vraie 
par  l'Eglise  de  la  terre  et  du  ciel.  Ce  que  nous  croyons 
maintenant  est  vrai  pour  l'éternité. 

3.  St't  vobiscum  qratia,  ?nisericordiai  pax  a  Deo  Pâtre, 
et  a  Cltristo  Jesn  Filio  Patris,  in  veritate  et  charitate. 
«  Que  la  grâce,  la  miséricorde  et  la  paix  soient  avec  vous 
de  la  part  de  Dieu  le  Père,  et  de  Jésus-Christ  Fils  du 
Père,  et  que  ces  dons  habitent  en  vous  dans  la  vérité  et 
la  charité.  » 

Gratia.  Que  la  grâce  sanctifiante  réside  et  croisse  en 
vous  par  l'effusion  abondante  des  grâces  actuelles. 

Misericordia.  Que  la  miséricorde  divine  pardonne  les 
fautes  qui  vous  échappent,  guérisse  vos  infirmités  et 
subvienne  à  vos  faiblesses. 

Pax.  Que  la  paix,  accompagnée  des  biens  spirituels 
dont  elle  est  la  plénitude  et  la  confirmation,  règne  entre 
Dieu  et  vous,  et  que  la  concorde  soit  parfaite  entre  vous 
et  tous  les  frères.  (I  Petr.,  i,  2.) 

A  Deo  Pâtre  et  a  Cliristo  Jesn  Filio  Patris.  C'est  du  sein 
de  Dieu  le  Père  que  découlent  la  grâce,  la  miséricorde  et 
la  paix;  c'est  Jésus-Christ  Fils  de  Dieu  qui  nous  mérite 
ces  biens,  et  nous  les  donne  de  la  part  du  Père. 

In  veritate  et  charitate.  Que  la  grâce,  la  miséricorde  et 
la  paix  soient  donc  en  vous;  mais  ces  dons  précieux  ne 
descendent  que  dans  une  âme  où  habitent  la  vérité  et  la 
charité.  Il  n'y  a  point  de  paix  pour  celui  qui  n'accepte 
pas  toute  la  vérité  évangélique,  ni  pour  celui  qui  n'aime 
pas  ses  frères.  On  ne  trouvera  point  la  charité  dans  un 
orgueilleux,,  révolté  contre  l'enseignement  de  l'Eglise. 
L'amertume  règne  dans  son  cœur,  et  ses  paroles  sont 
pleines  de  fiel. 

In  veritate  et  charitate.  La  vérité  éclaire  l'intelligence, 
et  la  charité  embrase  le  cœur.  Ces  deux  mots  résument 
cette  petite  lettre,  où  saint  Jean  détourne  de  l'erreur  et 
exhorte  à  la  charité. 

4.  Gavisus  sum  valde,  quoniam  inveni  de  filiis  luis 
ambulantes  in  veritate,  sicut  mandatum  accepimus  a 
Pâtre.  «  J'ai  éprouvé  bien  de  la  joie,  parce  que  j'ai  trouvé 


—    459     —  UJoan. 

de  vos  enfants  qui  marchaient  dans  la  vérité,  selon  le 
commandement  que  nous  avons  reçu  du  Père.  » 

Gavisus  sum.  La  joie  qu'il  a  éprouvée  est  une  joie  spiri- 
tuelle et  selon  Dieu,  la  seule  qui  convient  à  un  Apôtre 
rempli  du  Saint-Esprit. 

Inveni.  11  ne  dit  pas  :  J'ai  appris  par  des  récits  que  plu- 
sieurs de  vos  enfants  marchaient  dans  la  vérité;  il  dit  : 
Je  les  ai  trouvés,  je  les  ai  vus  moi-même,  et  j'ai  reconnu 
avec  joie  qu'ils  acceptaient  dans  son  intégrité  la  vraie 
doctrine  de  Jésus-Christ,  qu'ils  la  croyaient,  la  profes- 
saient, la  pratiquaient  :  ambulantes  in  veritate.  Ils  obéis- 
sent ainsi  à  l'ordre  du  Père,  qui  a  fait  entendre  du  haut 
des  cieux  cette  parole  :  «  Celui-ci  est  mon  Fils  bien-aimé, 
écoutez-le.  »  Sicut  mandatum  accepimus  a  Pâtre. 

Inveni.  Saint  Jean  écrit  à  cette  dame  «  qu'il  a  trouvé 
ses  enfants.  »  Ils  n'étaient  donc  pas  avec  leur  mère  quand 
il  les  a  vus.  Peut-être  les  avait-il  rencontrés  à  Ephèse, 
chez  leur  tante  dont  il  est  question  à  la  fin  de  cette  lettre. 

Ambulantes,  «  ils  marchent.  »  On  ne  doit  pas  s'arrêter 
et  se  reposer  dans  la  voie  du  bien  :  il  faut  y  marcher,  il 
faut  avancer  dans  les  vertus  :  Ibunt  de  virtute  in  viriutem. 
Un  païen  même  nous  avertit  que  nous  devons  chaque 
jour  corriger  quelque  chose  de  nos  défauts.  Quotidie 
aliquid  de  vitiis  demendum,  nous  dit  Senèque.  (De  Vita 
beata,  17.) 

5.  Et  nunc  roejo  te,  domina,  non  tanquam  mandatum 
novam  scribens  tibi,  sed  quod  habuimus  ab  initio,  ut  dili- 
gamus  alteriitrum.  «  Et  si  je  vous  écris  maintenant,  ma- 
dame, ce  n'est  point  pour  vous  presser  d'accomplir  un 
commandement  nouveau,  mais  pour  vous  rappeler  le 
même  précepte  que  nous  avons  reçu  dès  le  commence- 
ment, celui  de  nous  aimer  les  uns  les  autres.  » 

Puisque  l'Apotre  nous  inculque  sans  cesse  ce  comman- 
dement, interrogeons-nous,  voyons  si  nous  l'accomplis- 
sons. Aimons-nous  vraiment  notre  prochain?  l'obligeons- 
nous  selon  notre  pouvoir?  Plusieurs  se  font  illusion, 
croyant  aimer,  lorsqu'ils  ^abstiennent  de  haïr. 

Rof/n.  i  je  vous  prie.  »  Que  font  les  évoques  et  les  pasr 


—    460    — 

teurs,  lorsqu'ils  adressent  la  parole  aux  fidèles?  Est-ce 
qu'ils  les  prient  pour  en  obtenir  des  bienfaits?  Non,  mais 
ils  les  supplient  de  ne  pas  offenser  Dieu  et  de  sauver 
leurs  âmes. 

6.  Et  hœc  est  charitas,  ut  ambulemus  secundum  man- 
data ejus.  Hoc  est  enim  mandatum,  ut  quemadmodum 
audistis  ab  initio,  in  eo  ambulelis.  «  Or,  la  charité  consiste 
à  marcher  dans  les  commandements  de  Dieu.  Tel  est  en 
effet  le  commandement  que  vous  avez  reçu  dès  le  principe 
pour  que  vous  l'observiez.  » 

Hœc  est  charitas.  L'amour  que  nous  devons  avoir  pour 
Dieu  consiste  à  observer  ses  commandements.  Or  le 
principal  commandement  que  vous  avez  appris  dès  l'ori- 
gine, quand  on  vous  a  enseigné  la  religion  chrétienne, 
consiste  à  aimer  Dieu  et  le  prochain  pour  Dieu. 

Saint  Jean  passe  au  second  objet  de  sa  lettre  :  après 
avoir  recommandé  la  charité  fraternelle,  il  vient  à  la 
pureté  de  la  foi  qui  en  est  le  principe;  car  la  charité  est 
fille  de  la  vérité. 

7.  Quoniam  multi  seductores  exierunt  in  mundum.  Je 
vous  ai  rappelé  le  précepte  de  la  charité  :  il  faut  y  joindre 
celui  de  la  foi;  «  car  un  grand  nombre  de  séducteurs  ont 
apparu  dans  le  monde.  » 

Qui  non  confitentur  Jesum  Christian  venisse  in  carnem. 
«  Ces  séducteurs  nient  que  Jésus-Christ  soit  venu  dans 
une  chair  véritable.  »  Qui  non  confitentur,  oi  pur]  otAoAoyouvTsç  : 
non  seulement  ils  s'abstiennent  de  le  confesser,  mais  ils 
le  nient.  Tel  est  le  sens  des  expressions  où  oyÀ,  o'jy 
ouoAoysco.  Les'  négations  où  et  \j:\,  placées  devant  ôy.oXoysto  et 
Y^m,  en  font  un  composé  négatif,  nego.  (Synt.  196.) 

Non  confitentur  Jesum  Christum  venisse  in  carnem. 
Ils  nient  que  Jésus-Christ  soit  un  Dieu  incarné.  Les  uns 
prétendent  qu'il  n'est  pas  le  Fils  de  Dieu  descendu  du 
ciel  et  revêtu  de  la  nature  humaine.  C'était  l'enseignement 
de  Cérinthe.  Les  autres  disent  que  le  Christ,  esprit 
céleste,  n'a  pas  pris  une  chair  réelle  et  qu'il  n'a  souffert 
qu'en  apparence.  C'était  l'hérésie  de  Basilide.  Jésus- 
Christ,  disait-il,  n'avait  qu'un  corps  fantastique.  Pendant 


—    461     —  Il  Joan. 

sa  passion,  il  avait  pris  la  figure  de  Simon  le  Cyrénéen  et 
lui  avait  donné  la  sienne.  Ainsi  les  Juifs  avaient  crucifié 
Simon  au  lieu  du  Christ,  qui  était  remonté  au  ciel,  en  se 
dérobant  à  la  vue  de  tout  le  monde.  Cette  hérésie  suppri- 
mait la  rédemption  du  genre  humain.  Car  si  le  Christ  n'a 
pas  pris  une  chair  véritable,  nos  péchés  ne  sont  pas  expiés. 

Hic  est  seductor  et  antichristus,  en  grec  avec  l'article  : 
o'jtôç  Bortv  g  7cXàvoç  -/.xi  6  'AvTc/p'.^Toç,  celui-là  est  le  séduc- 
teur prédit,  il  est  l'Antéchrist  qui  doit  venir  à  la  fin  des 
temps.  Il  en  a  l'impiété  et  il  fait  son  œuvre.  Il  attaque 
la  personne  même  du  Christ,  car  il  lui  ôte  la  nature 
humaine,  et  il  supprime  du  même  coup  sa  nature  divine, 
en  le  faisant  menteur.  Voilà  ce  qu'osaient  enseigner  ces 
impudents  hérétiques,  du  vivant  même  de  saint  Jean, 
qui  avait  vu  et  entendu  Jésus-Christ,  qui  avait  pendant 
plus  de  trois  ans  vécu  intimement  avec  lui,  qui  l'avait 
touché  de  ses  mains  et  avait  reposé  sa  tète  sur  sa  poitrine. 

8.  Vidcte  vosmetipsos,  ne  perdatis  qnœ  operati  estis,  sed 
ut  mercedcm  plenam  accipiatis.  «  Prenez  garde  à  vous, 
afin  de  ne  pas  perdre  le  fruit  des  bonnes  œuvres  que  vous 
avez  faites,  mais  de  recevoir  une  pleine  récompense.  » 

Videte  vosmetipsos.  Il  parle  au  pluriel.  Cette  lettre  ne 
s'adresse  donc  pas  à  Electe  seule,  mais  à  sa  famille  et 
aux  autres  chrétiens  qui  se  trouvaient  en  rapport  avec 
cette  dame  puissante. 

Ne  perdatis  quœ  operati  estis.  «  Ne  perdez  pas  les 
œuvres  que  vous  avez  faites.  »  Il  en  est  qui  ont  jeûné, 
prié,  prêché  l'Evangile,  converti  beaucoup  de  pécheurs: 
ils  ont  même  glorieusement  défendu  l'Eglise  ;  mais  un 
sentiment  d'orgueil  les  a  détachés  de  la  foi  commune,  et 
ils  ont  perdu  leur  magnifique  récompense.  Que  c'est 
triste!  Commencer  comme  un  apôtre  et  finir  apostat! 

Videte  ut  mercedem  plenam  accipiatis.  «  Faites  en  sorte 
de  recevoir  une  pleine  récompense.  »  Beaucoup  de  bonnes 
œuvres  seront  peu  récompensées,  parce  qu'elles  n'auront 
pas  été  bien  faites.  Appliquons-nous  à  faire  celles  que 
Dieu  demande  de  nous,  avec  l'intention  pure  de  lui 
plaire;  commençons -les,  continuons -les,  iinissons-les 


—    462     - 

bien,  en  temps  opportun.  Notre  récompense  alors  sera 
pleine  et  abondante  dans  les  cieux. 

9.  Omnis  qui  recedit,  et  non  permanet  in  doctrina  Chri- 
sti9  Deum  non  habet;  qui  permanet  in  doctrina,  hic  et 
Palrem  et  Filium  habet  (1).  «  Quiconque  ne  demeure 
point  dans  la  doctrine  du  Christ,  mais  s'en  éloigne,  ne 
possède  point  Dieu  ;  et  quiconque  possède  sa  doctrine, 
possède  le  Père  et  le  Fils.  »  Ils  habitent  dès  maintenant 
en  lui  par  la  grâce,  et  il  les  possédera  éternellement  dans 
la  gloire. 

Vous  admirez  l'éloquence  de  Tertulîien  et  la  science 
d'Eusèbe.  J'estime  comme  vous  leurs  beaux  ouvrages, 
utiles  à  la  religion.  Mais  Dieu  n'est  point  avec  le  savant 
Eusèbe  ni  avec  l'éloquent  Tertulîien,  car  tous  deux  ont 
combattu  la  foi,  et  sans  la  foi  il  est  impossible  de  plaire 
à  Dieu.  Tous  deux  ont  rejeté  la  doctrine  que  le  Christ  a 
enseignée,  et  ils  sont  justement  rejetés  par  le  Père  et 
par  le  Fils.  Il  en  est  de  même  de  plusieurs  écrivains 
religieux  de  ces  derniers  temps.  On  vante  leurs  talents 
et  leurs  vertus.  Mais  ils  ont  vécu  et  ils  sont  morts  dans 
l'hérésie.  N'envions  point  leur  renommée  :  un  humble 
acte  de  foi  prononcé  par  une  pauvre  paysanne  vaut  mieux 
que  toutes  les  belles  choses  qu'a  écrites  Pascal. 

Qui  permanet  in  doctrina,  hic  et  Patrem  et  Filium  habet. 
Mais  celui  qui  demeure  dans  la  doctrine  de  Jésus-Christ 
possède  le  Père  et  le  Fils  ;  ils  habitent  en  lui  selon  cette 
parole  de  Notre -Seigneur  :  «  Si  quelqu'un  m'aime,  il 


(1)  Qui  recedit.  Tout  homme  qui  se  retire  de  l'assemblée  des  fidèles, 
qui  se  sépare  de  l'Eglise,  et  qui  ne  demeure  pas  dans  la  doctrine  com- 
mune, ne  possède  point  Dieu.  Tel  est  le  sens  de  la  Vulgate.  Dans  le 
grec,  on  lit  b  itpodc/tav^  qui  prœcedit,  qui  ultra  vadit,  celui  qui  marche 
en  avant,  qui  prétend  aller  plus  loin  que  la  doctrine  évangélique  :  — 
nous  dirions  aujourd'hui  l'homme  de  progrès,  qui  s'indigne  de  l'im- 
mobilité où  l'Eglise  enchaîne  son  génie  et  qui  dédaigne  la  tradition  :  — 
celui-là  ne  possède  pas  Dieu.  La  leçon  TTpo&.yw  est  donnée  par  les  trois 
meilleurs  manuscrits  :  le  sinaïtique,  l'alexandrin  et  celui  du  Vatican. 
D'autres  manuscrits  avec  Théophylacte  et  Œcumenius  donnent  b 
napaSâivoiv,  qui  transgreditur.  D'anciens  lectionnaires  ont  prœcedit. 
Peut-être  le  traducteur  avait-il  écrit  precedit,  qui  sera  devenu  recedit 
sous  la  main  d'un  copiste. 


—     463     —  HJoan. 

gardera  ma  parole,  et  mon  Père  l'aimera,  et  nous  vien- 
drons à  lui,  et  nous  demeurerons  en  lui.  »  (S.  Jean. 
xiv,  23.) 

10  et  11.  Si  quis  venit  ad  vos,  et  hanc  doctrinam  non 
affert,  nolite  recipere eum  in  domnm,  nec  Ave  ei  dixeritis. 
—  Qui  enim  dicit  illi  Ave,  communicat  opérions  ejus  ma- 
liqnis.  «  Si  quelqu'un  vient  vers  vous  et  n'apporte  pas 
cette  doctrine,  ne  le  recevez  pas  dans  votre  maison,  et 
ne  le  saluez  point.  Car  celui  qui  le  salue  participe  à  ses 
actions  mauvaises.  » 

Si  quis  venit  ad  vos.  Il  y  avait  alors  des  hérétiques 
qui  parcouraient  les  provinces  en  y  semant  leurs  erreurs, 
et  ils  demandaient  l'hospitalité  aux  maisons  chrétiennes. 
Saint  Jean  avertit  de  ne  pas  les  recevoir.  On  examinera 
donc  la  foi  de  ces  voyageurs,  et  s'ils  ne  confessent  pas 
que  Jésus-Christ  est  le  Fils  de  Dieu  fait  homme,  il  faut 
les  repousser;  car  les  recevoir  chez  soi,  c'est  coopérer  à 
la  propagation  de  l'hérésie. 

Saint  Jean  ne  donne  pas  là  un  simple  conseil,  mais  un 
précepte,  dit  Corneille  Lapierre.  Non  tantum  consulit, 
sed  prœcipit. 

Nolite  recipere  eum  in  domum.  Autre  chose  est  la 
tolérance,  autre  chose  les  liaisons  amicales.  Dans  nos 
sociétés  mêlées  de  catholiques,  d'hérétiques  et  d'incré- 
dules, il  y  a  des  rapports  d'affaires  et  d'intérêts  publics 
qui  sont  inévitables.  Saint  Jean  n'interdit  point  ces  rela- 
tions nécessaires.  Mais  il  ne  veut  d'amitié  et  d'alliance 
qu'avec  les  chrétiens  unis  dans  la  même  foi.  N'invitez 
point  les  hérétiques  à  votre  table  et  ne  paraissez  pas  à 
la  leur.  Rompez  avec  ceux  qui  combattent  l'Eglise.  Si 
un  catholique  apostasie,  ne  le  saluez  pas.  Evitez  comme 
un  opprobre  la  femme  divorcée,  et  ne  touchez  pas  la 
main  de  l'adultère  qui  se  prétend  son  époux. 

Necjue  Ave  ei  dixeritis.  Saint  Jean  a  pratiqué  lui-même 
ce  qu'il  nous  ordonne.  Car  saint  Irénée  rapporte  le  fait 
suivant  qu'il  avait  appris  de  saint  Polycarpe.  «  Saint 
Jeau,  le  disciple  du  Seigneur,  étant  allé  un  jour  aux  bains 
publics  d'Ephèse,  y  vit  Cérinthe.  Aussitôt,  sans  prendre 


—    464    — 

le  bain,  il  s'enfuit  de  l'établissement,  en  disant  :  «  Je 
crains  que  l'édifice  ne  tombe  sur  la  tête  de  Cérinthe, 
l'ennemi  de  la  vérité,  et  ne  nous  écrase  avec  lui.  » 

Saint  Polycarpe  imita  lui-même  l'exemple  de  son 
maître.  Ayant  un  jour  rencontré  Marcion  qui  lui  de- 
manda :  Nous  reconnaissez  -  vous  ?  il  répondit  :  «  Je 
reconnais  le  fils  aîné  de  Satan.  » 

On  voit  combien  les  Apôtres  et  leurs  disciples  évitaient 
de  communiquer  avec  ceux  qui  corrompaient  la  doctrine. 

La  théologie  nomme  trois  cas  où  la  faite  des  héréti- 
ques est  ordonnée  de  droit  divin  et  naturel.  Première- 
ment, il  faut  les  éviter,  lorsqu'il  y  a  péril  de  perversion 
pour  soi-même;  et  ce  péril  n'est  point  rare. 

Secondement,  il  faut  les  éviter,  lorsqu'on  participerait 
à  l'hérésie  en  faisant  une  chose  qui  la  favorise;  si,  par 
exemple,  on  donne  l'hospitalité  à  un  hérétique  qui  vient 
dans  une  ville  pour  y  propager  ses  erreurs. 

Troisièmement,  il  faut  encore  éviter  les  hérétiques, 
lorsqu'en  les  fréquentant,  on  pourrait  scandaliser  les 
autres  et  les  induire  par  son  exemple  à  accepter  l'erreur. 

11.  Qui  enim  dicit  illi  Ave,  communient  operibus  ejus 
malignis,  «  Car  celui  qui  le  salue  participe  à  ses  actions 
mauvaises.  »  Si  les  chrétiens  suivaient  le  précepte  de 
saint  Jean,  l'on  verrait  tomber  l'influence  des  impies. 
Les  méchants  ne  sont  forts  que  par  la  complicité  des 
bons.  C'est  en  s'appuyant  sur  les  honnêtes  gens  qu'une 
faible  minorité  d'ambitieux  parvient  à  opprimer  un  grand 
peuple.  Cessons  de  vanter  et  de  rechercher  les  incré- 
dules ;  ne  leur  demandons  aucun  service,  et  notre  foi 
libre,  ferme,  fera  revivre  parmi  nous  les  vertus  chré- 
tiennes. 

Il  faut  ajouter  que  la  conversation  habituelle  avec  les 
hérétiques,  aussi  bien  que  la  lecture  de  leurs  écrits,  est 
extrêmement  dangereuse.  Peu  à  peu  le  poison  s'insinue, 
l'erreur  paraît  moins  odieuse,  la  foi  s'affaiblit  et  enfin 
elle  meurt.  Sermo  eorum  ut  cancer  serpit,  dit  saint  Paul. 
(II  Tirn.,  ii,  17.) 

12.  Plura  habens  vobis  scribere,  nolui  per  cliarlam  et 


—    465    —  //  Joan. 

airamentum  :  spero  enim  me  futurum  apud  vos,  et  os  ad 
os  loqui,  ut  gaudhim  vestrum  plénum  sit.  «  J'aurais  en- 
core plusieurs  choses  à  vous  écrire,  mais  je  n'ai  pas 
voulu  les  traiter  avec  le  papier  et  l'encre,  car  j'espère 
aller  vous  voir  et  vous  entretenir  de  vive  voix,  afin  que 
votre  joie  soit  pleine  et  parfaite.  » 

Nolui per  chartam  et  airamentum.  Il  y  avait,  soit  dans 
la  doctrine,  soit  dans  l'administration  de  l'Eglise,  des 
choses  qu'il  n'était  pas  prudent  de  confier  au  papier,  car 
une  lettre  pouvait  tomber  entre  les  mains  des  infidèles. 
Ce  texte  de  saint  Jean  nous  fait  entendre,  comme  nous 
l'avons  déjà  vu,  que  les  Apôtres  n'ont  pas  écrit  tout  ce 
qu'ils  enseignaient  de  vive  voix  touchant  la  doctrine,  la 
piété  ou  le  gouvernement  de  l'Eglise.  Il  s'ensuit  que  la 
Tradition  supplée  aux  Ecritures,  et  qu'elle  doit  être  ac- 
cueillie avec  un  égal  respect.  Car  Notre- Seigneur  a  dit  à 
ses  Apôtres  :  Enseignez,  et  je  serai  avec  vous  jusqu'à  la 
fin  des  siècles.  (Matth.,  xxvnr,  20.)  Lors  donc  qu'ils 
enseignent,  soit  par  écrit,  soit  de  vive  voix,  il  garantit 
toujours  la  vérité  de  leur  parole. 

Ut  gaudhim  vestrum  plénum  sit.  Sans  doute,  c'était 
partout  une  grande  joie  pour  les  fidèles  de  voir  le  dernier 
survivant  des  Apôtres,  le  bien-aimé  disciple  de  Jésus; 
mais,  ce  n'est  pas  là  ce  qu'entend  saint  Jean.  Il  veut  dire 
que  la  joie  d'Electe,  de  sa  maison  et  des  chrétiens  de 
l'endroit  sera  parfaite,  parce  qu'il  leur  communiquera 
de  vive  voix  la  doctrine  de  l'Evangile,  leur  donnera  tous 
les  éclaircissements  qu'ils  souhaitent,  et  célébrera  au 
milieu  d'eux  les  saints  mystères. 

13.  Salutant  te  filii  sororis  tu  se  Eleclœ.  «  Les  enfants 
de  votre  sœur  electa  vous  saluent.  »  Cette  phrase  brève 
soulève  plusieurs  questions  que  nous  avons  discutées 
plus  haut.  La  dame  à  qui  s'adresse  la  lettre  porte  le  nom 
(Y Electa  dans  l'assemblée  chrétienne.  Mais  sa  sœur  avait 
un  nom  différent.  Le  mot  electa,  au  dernier  endroit,  n'est 
pas  un  nom,  mais  un  adjectif;  il  doit  s'écrire  sans  ma- 
juscule, et  la  phrase  peut  se  traduire  ainsi  :  Les  enfants 
de  votre  sœur  qui  est  aussi  «  une  élue  »  comme  vous, 


—    466    — 

c'est-à-dire  une  chrétienne,  vous  saluent.  On  trouve  de 
ces  jeux  de  mots  dans  les  plus  anciens  livres  de  la  sainte 
Ecriture. 

Les  neveux  d'Electe,  à  qui  saint  Jean  écrit,  se  trou 
vaient  auprès  de  l'Apôtre,  mais  leur  mère  n'était  sans 
doute  pas  alors  dans  la  même  ville,  puisqu'il  n'ajoute 
pas  les  salutations  de  la  mère  à  celles  des  enfants. 

On  voit  dans  cette  Epître  que  l'Apôtre  saint  Jean  veille 
avec  soin  sur  les  Eglises  d'Asie.  Pendant  que  les  héré- 
tiques sèment  leurs  pernicieuses  doctrines  parmi  les 
fidèles,  il  aperçoit  au  fond  de  la  province  une  femme 
chrétienne,  avec  une  partie  de  ses  enfants  chrétiens 
comme  elle.  Il  lui  envoie  cette  lettre  pour  l'encourager 
et  l'affermir  dans  la  vraie  foi,  afin  qu'elle  soutienne  elle- 
même  les  chrétiens  du  même  lieu  ;  et  non  content  d'écrire, 
il  annonce  qu'il  ira  en  personne,  malgré  son  grand  âge, 
visiter  ce  petit  troupeau  et  lui  porter  les  consolations 
avec  les  bénédictions  du  ciel. 

Dans  l'Epître  suivante,  à  Caïus,  ce  n'est  plus  seule- 
ment une  famille  chrétienne,  c'est  une  Eglise  opprimée 
qui  sera  l'objet  de  sa  vigilance. 


COMMENTAIRE 


SUR   LA 


TROISIÈME  ÉPITRE  DE  SAINT  JEAN 


A    CAIUS 


PREFACE 


Cette  Epître  a  certains  rapports  avec  la  précédente.  Car  les 
versets  13  et  li  de  la  troisième  reproduisent  le  12e  de  la  seconde. 
Dans  toutes  les  deux,  saint  Jean  déclare  qu'il  ne  veut  pas  con- 
fier au  papier  et  à  l'encre  plusieurs  choses  qu'il  aurait  à  dire, 
mais  qu'il  espère  bientôt  aller  voir  celui  et  celle  à  qui  il  écrit, 
et  les  entretenir  de  vive  voix.  On  trouve  aussi  une  pensée  de 
la  première  répétée  dans  la  troisième  avec  les  mêmes  termes. 
«  Tout  homme  qui  aime  son  frère  est  né  de  Dieu,  et  celui  qui 
pèche  n'a  pas  vu  Dieu.  »  (Comparez  I  Ep.,  m,  G  et  10,  et  iv, 
7  et  8,  avec  III  Ep.,  11.)  On  en  conclut  que  ces  trois  lettres  sont 
non  seulement  du  même  auteur,  mais  encore  à  peu  près  du 
même  temps.  Or,  comme  les  deux  premières  sont  dirigées  con- 
tre Cérinthe  et  Ebion.  Ton  peut  croire  qu'elles  étaient  un  pre- 
mier coup  porté  à  leurs  hérésies.  Elles  seraient  donc  toutes 
trois  antérieures  à  l'Evangile  du  même  Apôtre. 

Elles  n'ont  pas  été  écrites  de  Patmos  ;  car  un  exilé  ne  man- 
derait pas  à  des  personnes  éloignées  qu'il  ira  prochainement 
les  voir.  Or,  saint  Jean  fut  relégué  dans  l'île  de  Patmos  la 
dixième  année  de  Dornitien,  Tan  91  de  Jésus-Christ.  Domitien 
ayant  été  tué  l'an  96,  saint  Jean  revint  alors  à  Ephèse,  la  pre- 
mière année  de  Nerva.  Ce  serait  donc  peu  de  temps  après  ce 
retour  qu'il  aurait  écrit  ses  trois  lettres. 

Nous  ne  prouverons  pas  en  particulier  l'authenticité  de  cette 
Epître  ;  nous  dirons  seulement  qu'elle  est  portée  sur  tous  les 
catalogues  de  Carthage,  de  saint  Augustin,  de  saint  Cyrille 
de  Jérusalem,  d'Innocent  I,  de  Gélase,  enfin  des  conciles  de 
Florence,  de  Trente  <l  du  Vatican. 


TROISIEME  EP1TRE  DE  SAINT  JEAN 

A    CAIUS 


ANALYSE 

Il  y  avait,  dans  la  région  de  l'Asie  mineure  que  gouvernait 
l'Apôtre  saint  Jean,  une  Eglise  dont  le  nom  est  inconnu.  Elle 
était  administrée  par  Diotréphès,  qui  en  était  probablement 
l'évêque.  Ce  Diotréphès,  jaloux  de  son  pouvoir,  méprisait  saint 
Jean,  attaquait  sa  réputation  par  d'odieuses  calomnies,  et  chas- 
sa même  de  l'assemblée  des  fidèles  ceux  qui  recevaient  les 
messagers  de  l'Apôtre. 

Avant  de  recourir  aux  mesures  qu'exigeait  l'intérêt  de  cette 
église,  saint  Jean  prend  le  parti  d'écrire  à  Caïus,  un  des  fidèles 
les  plus  distingués  du  lieu. 

Il  loue  d'abord  sa  charité  envers  les  chrétiens,  surtout  envers 
les  frères  qui  voyagent  pour  la  religion.  Il  l'exhorte  à  accueillir 
avec  la  même  bonté  ceux  qui  lui  porteront  cette  lettre. 

Il  n'écrit  point  à  l'Eglise  où  Gaïus  réside,  parce  que  Diotré- 
phès qui  la  gouverne  rejette  son  autorité.  Au  reste,  il  ne  veut 
point  traiter  dans  une  lettre  ce  qui  concerne  cette  Eglise;  mais 
il  lui  annonce  qu'il  ira  lui-même  prochainement  le  voir:  ils 
s'entretiendront  alors  ensemble  de  l'état  des  choses,  et  l'Apô- 
tre demandera  compte  à  Diotréphès  de  ses  discours  et  de  sa 
conduite. 

Saint  Jean  termine  en  faisant  l'éloge  de  Démétrius,  autre 
chrétien  fidèle,  et  il  le  charge  de  saluer  de  sa  part  chacun  des 
frères  qui  sont  ses  amis. 

Gette  lettre  fort  adroite  préparait  la  visite  de  l'Apôtre  et  les 
mesures  qu'il  devait  prendre  pour  rétablir  l'ordre  dans  une 
Eglise  opprimée. 


1.    Senior    Caio    charissimo,  1.  Le   Yieilhml   à   mon  très  cher 

quem  ego  diligo  in  veritate.  Caïus  que  j'aime  dans  la  vérité. 

■i.  <  he rissime,  de  omnibus  ora-  '2.  Mon    bien-aimé,  je    prie   Dieu 


47-2    — 


que  tout  soit  chez  vous  en  aussi  bon 
état  pour  ce  qui  regarde  vos  affaires 
et  votre  santé  que  pour  ce  qui  con- 
cerne votre  âme. 

o.  J'ai  ressenti  une  grande  joie 
lorsque  les  frères  qui  sont  venus  ici 
(  nt  rendu  témoignage  à  votre  reli- 
gion sincère  et  à  la  conduite  que 
vous  menez  selon  la  vérité. 

4.  Je  n'ai  point  de  plus  grande 
joie  que  d'apprendre  que  mes  en- 
fants marchent  dans  la  voie  de  la 
vérité. 

5.  Mon  bien-aimé,  vous  faites  une 
œuvre  de  foi  en  prenant  un  soin 
charitable  pour  les  frères,  et  parti- 
culièrement pour  les  étrangers. 

6.  Ils  ont  rendu  témoignage  à 
votre  charité  en  présence  de  l'Eglise  ; 
et  vous  ferez  une  action  excellente 
en  les  assistant  dans  leurs  voyages 
d'une  manière  digne  de  Dieu. 

7.  Car  c'est  pour  la  gloire  de  son 
nom  qu'ils  sont  partis,  sans  rien 
recevoir  des  Gentils. 

8.  Nous  devons  donc  les  traiter 
avec  honneur,  afin  de  coopérer  h 
l'extension  de  la  vérité. 

9.  J'aurais  peut-être  écrit  à  votre 
Eglise;  mais  Diotréphès,  qui  aime 
à  y  tenir  le  premier  rang,  ne  nous 
reçoit  point. 

10.  C'est  pourquoi,  si  je  vais  chez 
vous,  je  le  ferai  ressouvenir  de  ce 
qu'il  fait  quand  il  sème  contre  nous 
des  médisances  malignes  ;  et  comme 
si  ce  n'était  pas  assez,  non  seulement 
il  ne  reçoit  point  les  frères,  mais  il 
s'oppose  à  ceux  qui  voudraient  les 
recevoir,  et  il  les  chasse  de  l'Eglise. 

11.  Mon  bien-aimé,  n'imitez  point 
ce  qui  est  mauvais,  mais  ce  qui  est 
bon.  Celui  qui  fait  le  bien  est  de 
Dieu,  mais  celui  qui  fait  le  mal  n'a 
point  vu  Dieu. 

12.  Pour  Démétrius,  tout  le  monde 
lui  rend  témoignage,  et  la  vérité 
elle-même  le  loue.  Nous  aussi  nous 
lui  rendons  témoignage,  et  vous 
savez  que  notre  témoignage  est 
véritable. 

13.  J'aurais  bien  des  choses  a. vous 


tionem  facio prospère  te  ingredi, 
et  valere,  sicut  prospère  agit 
anima  tua. 

3.  Gavisus  su  m  valde  venien- 
tibus  fratribus,  et  testimonium 
perliibentibus  veritati  tuœ, sicut 
tu  in  veritate  ambulas. 

4.  Majorent  horion  non  habeo 
gratiam,  quam  ut  audiara  filios 
meos  in  veritate  ambulare. 

5.  Charissime,  fideliter  facis 
quidquid  operaris  in  fratres, 
et  hoc  in  peregrinos. 

6.  Qui  testimonium  reddide- 
runt  charitati  tuœ  in  conspectu 
Ecclesiœ  :  quos  benefaciens  de- 
duces  digne  Deo. 

7.  Pro  nomine  enim  ejus  pro- 
fecti  sunt,  nihil  accipientes  a 
gentibus. 

8.  Nos  ergo  débet  nus  suscipere 
hujusmodi,  ut  cooperatores  si- 
mus  veritatis. 

9.  Scripsissem  forsitan  Eccle- 
siœ ;  sed  is  qui  amat  primatum 
gerere  in  eis,  Diotrephes,  non 
recipit  nos. 

10.  Propter  hoc  si  venero,  com- 
monebo  ejus  opéra  quœ  facit  : 
verbis  malignis  garriens  in 
nos  ;  et  quasi  non  ei  ista  suffi- 
ciant,  ne  que  ipse  suscipit  fra- 
tres, et  eos  qui  suscipiunt  pro- 
hibet  et  de  Ecclesia  ejicit. 

11.  Charissime,  noli  imitari 
malum,  sed  quod  bonum  est. 
Qui  bene facit,  ex  Deo  est  :  qui 
maie  facit,  non  vidit  Deum. 

12.  Demetrio  testimonium 
redditur  ab  omnibus,  et  ab 
ipsa  veritate,  sed  et  nos  testi- 
monium perhibemus  ;  et  nosti 
quoniam  testimonium  nostrum 
ver  tan  est. 

13.  Multa  habui  tibi  scribere  : 


—  473    —                         ///  Joa,\. 

sed  nolui  per  atramentum   et  écrire  ;  mais  je  ne  veux  point  le  faire 

calamum  scribere  tibi.  avec  la  plume  et  l'encre. 

14.  Spero  au  ton  protinus  te  14.  Car  j'espère  vous  voir  bientôt; 

videre,  et   os  ad  os   loquemur.  alors  nous  nous  entretiendrons  de 

Pax    tibi.  Salutant    te    atnici.  vive  voix.  La  paix  soit   avec  vous. 

Salv.ta  amicos  nominatim.  Nos  amis  vous  saluent.  Saluez  aussi 

nos  amis  chacun  en  particulier. 


COMMENTAIRE 

1.  Senior  Caio  charissimo,  quem  diligo  in  veritate. 
«  Le  Vieillard  à  mon  cher  Caïus,  que  j'aime  dans  la 
vérité.  » 

Nous  trouvons  dans  le  Nouveau  Testament  plusieurs 
Caïus.  L'un  était  de  Corinthe,  hôte  de  saint  Paul  et  bap- 
tisé par  saint  Paul.  (Hom.,  xvi,  23  ;  I  Cor.,  i,  14.)  Nous 
rencontrons  à  Ephèse  un  autre  Caïus  de  Macédoine,  et 
un  troisième  de  Derbé.  Ils  étaient  disciples  de  saint  Paul. 
Celui-ci  au  contraire,  d'après  le  verset  4e,  paraît  être  le 
disciple  de  saint  Jean,  puisque  saint  Jean  le  regarde 
comme  son  fils. 

On  ne  connaît  pas  le  lieu  de  sa  demeure.  Seulement, 
comme  il  est  très  probable  que  saint  Jean  écrit  d'Ephèse, 
et  comme  il  se  propose  de  l'aller  voir  bientôt,  Caïus 
devait  habiter  une  de  ces  villes  de  l'Asie  mineure  dont 
l'Apôtre  gouvernait  les  Eglises. 

Quem  diligo  An  veritate.  Nous  aimons  quelqu'un  en 
vérité,  quand  nous  désirons  et  cherchons  le  salut  de  son 
à  me. 

2.  Charissime,  de  omnibus  orationem  facio  prospère  te 
ingredi,  et  valcrc,  sicut  prospère  agit  anima  tua.  Cette 
version  latine,  fort  littérale,  est  un  peu  obscure;  le  grec 
est  plus  clair  :  Tcepl  tcocvtow  euvoual  m  euoSouaôat  y.-à  uYtafoetv. 
xa6à>ç  z'Wssj~-j.i  rou  fj  }v.V  On  pourrait  traduire  librement  : 
Deum  precor  lit  v aléas  et  omnia  tibi  prospère  cédant  in 
omnibus  rébus  temporalibus,  quemadmodum  cerlus  sum 
omnia   tibi  esse  fausta  in  his  qux  station  anima  tuas 


—     474     - 

spectant.  C'est-à-dire,  je  souhaite  et  je  prie  Dieu  que 
toutes  choses  vous  soient  prospères  et  que  votre  santé 
soit  bonne,  comme  est  l'état  de  votre  âme.  Dans  cet 
exorde  par  insinuation,  saint  Jean  rend  témoignage  à  la 
vertu  de  Caïus,  et,  connaissant  sa  conduite,  il  n'hésite  pas 
à  l'assurer  que  son  âme  est  agréable  à  Dieu.  En  outre, 
s'il  lui  souhaite  des  prospérités  temporelles,  il  sait  qu'il 
fait  un  excellent  usage  de  toutes  ces  choses  pour  la  gloire 
de  Dieu  et  pour  le  bien  du  prochain. 

3.  Gavisus  sitm  valde  venientibiis  fratribus,  et  testimo- 
nium  perhibentibus  veritati  tuœ,  sicut  tu  in  veritate 
ambulas.  L'Apôtre  sait  qu'il  est  digne  des  éloges  qu'il  lui 
donne.  Car  les  frères  qui  sont  venus  à  Ephèse  ont  rendu 
témoignage  à  sa  toi  sincère  et  ont  appris  à  saint  Jean  que 
Caïus  marchait  selon  la  vérité  ;  ce  qui  a  causé  à  l'Apôtre 
une  grande  joie. 

«  Ils  ont  rendu  témoignage  à  votre  vérité  »  ;  il  entend 
dire  à  la  vérité  de  votre  foi.  Comme  cette  expression  n'est 
pas  assez  claire,  il  l'explique  aussitôt  :  Testimonium 
perhibentibus  veritati  tuœ,  c'est-à-dire,  sicut  tu  in  veritate 
ambulas.  Ils  ont  raconté  comment  vous  marchez  selon  la 
vérité.  Or  marcher  selon  la  vérité,  c'est  avoir  une  foi 
pure  et  une  conduite  conforme  à  sa  foi. 

4.  Majorem  honim  non  habeo  (jratiam,  quam  ut  audiam 
/ilios  meos  in  veritate  ambulare.  «  Je  n'ai  point  de  plus 
grandes  actions  de  grâces  à  rendre  à  Dieu,  que  lorsque 
j'apprends  que  mes  enfants  marchent  dans  la  vérité  (1).  » 

Tel  est  le  bonheur  d'un  père  de  famille,  d'un  maître  de 
la  jeunesse,  d'un  pasteur  des  âmes.  Malgré  les  revers  de 
fortune  ou  les  vexations  du  monde,  il  se  console,  lorsqu'il 
voit  marcher  dans  la  vérité  et  la  vertu  ceux  qu'il  a  formés 
par  ses  leçons. 

(1)  Majorem  horum  est  un  hellénisme,  //îiÇsTs'^scv  toût&jv,  majorem 
his.  Je  n'ai  point  à  rendre  une  action  de  grâce  plus  grande  que  celle-ci. 
—  Gratiam,  yypvj.  Cette  leçon  de  la  Vulgate  s'appuie  sur  plusieurs  manus- 
crits, spécialement  sur  celui  du  Vatican.  Mais  le  sinaïtique,  l'alexandrin 
et  beaucoup  d'autres  portent  ^a^âv,  gaudium.  Ce  qui  donne  ce  sens  : 
«  Je  n'ai  point  de  plus  grande  joie  que  d'apprendre  que  mes  fils  mar- 
chent dans  la  vérité.  »  Cela  revient  au  même. 


—    475     —  IIUoov. 

5.  Charissime ,  ftdeliter  facis  quidquid  operaris  infratres, 
et  hoc  in  peregrinos.  «  Mon  bien-aimé,  vous  faites  une 
œuvre  de  foi,  dans  tous  les  soins  que  vous  prenez  des 
frères,  et  particulièrement  en  ce  que  vous  faites  pour  les 
étrangers.  »  C'est  une  excellente  œuvre  inspirée  par  la 
foi,  que  d'assister  les  pauvres,  les  infirmes,  les  orphelins, 
de  les  nourrir,  de  les  vêtir,  de  les  protéger,  comme  faisait 
Caïus.  En  outre,  sa  maison  était  ouverte  à  tous  les  frères 
qui  voyageaient,  soit  qu'ils  fussent  chassés  par  la  persé- 
cution, ou  bien  qu'ils  allassent  prêcher  l'Evangile,  ou 
porter  des  messages  de  la  part  des  églises. 

6.  Qui  testimonium  reddiderunt  charitati  tuœ  in  con- 
spectu  Ecclesiœ.  «  Ils  ont  rendu  témoignage  à  votre  cha- 
rité en  présence  de  l'Eglise.  »  Les  frères  qui  avaient  passé 
par  la  ville  de  Caïus,  ayant  été  reçus  par  lui,  racontèrent 
dans  l'assemblée  des  chrétiens,  à  Ephèse,  tout  le  bien 
que  faisait  Caïus  et  la  charité  avec  laquelle  il  les  avait 
accueillis. 

Quos  bene  faciens  deduces  digne  Deo.  Et  vous  ferez  une 
bonne  action  en  les  assistant  encore  dans  leurs  voyages 
et  en  les  accueillant  d'une  manière  digne  de  Dieu.  » 

Deduces.  Le  verbe  deducere,  7cpowé{i.7reiv,  ne  signifie  pas 
seulement  accompagner  avec  honneur,  jusqu'à  une  cer- 
taine distance,  quelqu'un  qui  part  pour  un  voyage,  mais 
encore  lui  fournir  les  secours  dont  il  a  besoin. 

Deduces.  11  loue  Caïus  de  la  générosité  qu'il  a  exercée 
envers  les  frères  qui  voyageaient,  et  en  même  temps  il 
l'exhorte  à  montrer  la  même  bienveillance  aux  frères 
qu'il  envoie  de  nouveau  et  qui  lui  porteront  cette  lettre  (1). 

Digne  Deo.  Dans  ces  frères  vous  verrez  Dieu  même, 
et  vous  les  accueillerez  comme   vous  feriez  Notre-Sei 
gneur  Jésus-Christ.   Cette  expression   se  trouve  aussi 
dans  saint  Paul  :  il  exhorte  les  Colossiens  à  se  con- 

(1)  Quos  bene  faciens  deduces.  En  grec,  on  lit  :  eu,-  xceXûs  Ttovfatii 
7V-2~->r'x>>  y*<os  bene  faciès  deducens.  ><■  Vous  ferez  bien  en  les  accom- 
pagnant »,  ou  «  vous  les  accompagnerez  en  faisant  bien.  »  Ce  sont  deux 
syntaxes  qui  signifient  la  même  chose.  —  Le  pronom  quos  est  le  régime 
du  verbe  deduces,  comme  en  grec  ouj  est  le  régime  de  -pméuéas. 
(Synt.,  330.) 


—    476    — 

duire  d'une  manière  digne  de  Dieu,  ut  ambuletis  digne 
Léo;  ce  qu'il  explique  aussitôt  en  ajoutant  ces  mots  : 
per  omnia  placentes,  en  vous  efforçant  de  plaire  à  Dieu 
en  toutes  choses.  (Col.,  i,  10.) 

7.  Pro  nomine  enim  ejus  profecti  sunt  (1),  nihil  acci- 
pientes  a  Gentibus.  «  Car  c'est  pour  la  gloire  de  son  nom 
qu'ils  sont  partis  et  qu'ils  voyagent  sans  rien  recevoir 
des  Gentils.  »  Les  frères  dont  parle  saint  Jean  étaient 
porteurs  de  cette  lettre,  et  partaient  de  nouveau  pour  les 
intérêts  de  la  religion.  Il  prie  Caïus  de  les  accueillir  avec 
la  même  générosité  que  ceux  qu'il  a  déjà  reçus. 

Nihil  accipientes  a  Gentibus.  Comme  ces  messagers 
voyageaient  pour  la  religion,  ils  se  présentaient  dans  les 
maisons  des  fidèles  qu'ils  rencontraient  sur  leur  route 
et  ils  évitaient  de  demander  l'hospitalité  aux  Gentils  ; 
car,  admis  chez  les  païens  ou  dans  les  hôtelleries  publi 
ques,  ils  eussent  été  exposés  à  des  questions  indiscrètes 
et  surtout  à  des  actes  d'idolâtrie. 

8.  Nos  ergo  debemus  suscipere  hujusmodi,  ut  coopera- 
tores  simus  veritatis.  «  Nous  donc  qui  avons  le  bonheur 
de  connaître  l'Evangile,  nous  devons  traiter  avec  hon- 
neur ceux  qui  remplissent  un  tel  ministère,  afin  que 
nous  soyons  aussi  les  coopérateurs  de  la  vérité.  »  En 
grec,  ïva  cuvspyot  y.vtoasQa  tt)  àX^Oôia,  ut  cooperatores  simus 
veritati,  afin  que  nous  coopérions  à  la  prédication,  à 
l'extension,  à  l'affermissement  de  la  vérité  qui  sauve  les 
hommes.  Comme  cette  parole  est  consolante  !  Si  nous 
faisons  une  aumône  au  missionnaire,  nous  coopérons 
avec  lui  à  la  conversion  des  infidèles.  Saint  Jean  ne  fait 
du  reste  que  rappeler  la  parole  même  de  Notre-Seigneur. 
«  Celui,  dit-il,  qui  reçoit  le  prophète  parce  qu'il  est  pro- 
phète, recevra  la  récompense  du  prophète.  »  (S.  Matth., 
x,  40.) 

Nos  debemus.  Secourir  les  prédicateurs  de  l'Evangile 

(1)  Pro  nomine  ejus.  En  grec,  bitsp  tov  o-joij.xtoc}  pro  nomine,  sais 
ejus.  Le  mot  nomen  seul  et  sans  addition  signifie,  chez  les  Hébreux,  le 
nom  par  excellence.  Ainsi  au  Lévitique  on  lit  :  Qicum  blasphemasset 
nomen,  c'est-à-dire  nomen  Dei.  (Lev.,  xxiv,  11.) 


—    477    —  /// Joan. 

est-ce  un  simple  conseil?  Non,  dit  l'Apôtre,  c'est  un 
devoir.  L'amour  de  Dieu  et  l'amour  du  prochain  nous  le 
commandent.  Nous  devons,  selon  nos  forces,  procurer 
la  gloire  de  Dieu  et  le  salut  des  hommes  :  debemus.  Si 
nous  sommes  pauvres,  donnons  peu  ;  et  si  nous  n'avons 
rien,  donnons  au  moins  nos  prières. 

9.  Scripsissem  for  si  tan  Ecclesiœ  ;  sed  is  qui  amat  pri- 
matum  gerere  in  eis,  Diotrephes,  non  recipit  nos.  «  J'au- 
rais peut-être  écrit  à  votre  Eglise;  mais  celui  qui  aime 
à  y  tenir  le  premier  rang,  Diotréphès,  ne  nous  reçoit 
point.  »  L'Eglise  de  la  ville  où  habite  Caïus  était  régie  et 
dominée  par  Diotréphès,  homme  jaloux  de  l'empire  qu'il 
exerçait  sur  les  frères.  Qui  amat  primatum  gerere  in  eis, 
b  tptÀowptoTeucDv.  Il  aime  à  être  le  premier  dans  cette  Eglise, 
au  point  qu'il  n'entend  pas  que  son  autorité  soit  partagée 
même  par  un  Apôtre. 

In  eis.  11  y  a  ici  une  syllepse  :  l'écrivain  a  mis  le  pro- 
nom au  pluriel  et  au  masculin,  parce  que  le  nom  ecclesia, 
auquel  il  se  rapporte,  est  un  collectif  qui  comprend  l'en- 
semble des  fidèles. 

Diotréphès  était-il  évêque?  C'est  probable.  Car  il  y 
avait  une  Eglise  constituée  dans  l'endroit  où  demeurait 
Caïus.  Or,  toute  Eglise,  c'est-à-dire  toute  communauté  de 
fidèles  supposait  un  évêque,  qui  en  étaitle  chef.  Il  n'y  avait 
point  alors  de  diocèses  divisés  en  paroisses  dont  l'admi- 
nistration fût  confiée  à  des  pasteurs  spéciaux.  Un  évêque 
gouvernait  lui-même  tout  son  troupeau  avec  un  diacre 
et  quelques  prêtres.  Si  donc  Diotréphès  tenait  si  fort  à 
sa  primauté  (<piXoTcpa>T£ua>v),  c'est  qu'il  était  sans  doute 
évêque.  S'il  n'eût  été  qu'un  diacre  ou  un  prêtre,  quelque 
ambitieux  qu'il  fût,  l'évêque  de  cette  église  aurait  été  son 
maître,  et  saint  Jean,  envoyant  ses  instructions  à  cet 
évêque,  n'aurait  pas  vu  son  autorité  annulée  et  ses  en- 
voyés chassés  de  l'Eglise  par  un  inférieur. 

Diotréphès,  Atorpéçi}«,  signifie  nourrisson  de  Jupiter. 
C'était  probablement  un  gentil  converti  au  christianisme. 
Saint  Jean  no  l'accuse  pas  d'hérésie,  mais  de  rébellion 
contre  l'autorité  apostolique  :  Non  recipit  nos. 


--    478    — 

10.  Propter  hoc  si  venero,  communcbo  ejus  opéra  quas 
facit  :  verbis  malignis  garriens  in  nos.  Et  quasi  no?i  ei 
ista  sufficiant,  neque  ipse  snscipit  fratres,  et  eos  qui  susci- 
piunt  prohibe  l,  et  de  Ecclesia  cjicit.  C'est  pourquoi,  si  je 
vais  chez  vous,  je  le  ferai  ressouvenir  des  choses  mau- 
vaises qu'il  fait,  quand  il  sème  contre  nous  des  médi- 
sances malignes.  Et  il  ne  se  contente  pas  de  cela;  non 
seulement  il  ne  reçoit  point  les  frères  qui  portent  nos 
ordres,  mais  il  s'oppose  même  à  ceux  qui  voudraient  les 
recevoir,  et  il  les  chasse  de  l'Eglise. 

Commonebo  ejus  opéra  quœ  facit,  je  le  confondrai 
publiquement  en  lui  rappelant  ses  actions  devant  l'as- 
semblée des  frères. 

Verbis  malignis  garriens  in  nos,  aô^o'.;  ttovy^oTç  fkwtpm 
fjpLîç,  il  tient  contre  nous  toutes  sortes  de  propos  injurieux, 
pleins  de  malignité,  mais  qui  sont  sans  fondement  et 
tombent  d'eux-mêmes.  C'est  ce  que  signifie  le  verbe  wjv.ziu>r 
jactare  nugas. 

Neque  ipse  suscipit  fratres.  Non  content  de  ces  injures 
et  de  ces  médisances,  il  ne  reçoit  pas  les  frères  que  nous 
envoyons  porter  des  messages  aux  églises,  selon  notre 
autorité  ;  il  refuse  d'accepter  nos  avis;  il  défend  de  donner 
l'hospitalité  à  nos  envoyés,  et  eos  qui  suscipiunl  prohibet ; 
et  lorsque  les  chrétiens  qui  reçoivent  nos  messagers 
entrent  dans  l'assemblée  pour  participer  aux  saints  mys- 
tères, il  les  expulse,  de  Ecclesia  ejicit.  Tant  il  méprise 
notre  personne  et  l'autorité  que  nous  tenons  de  Jésus- 
Christ  même  ! 

Croirait- on  qu'il  y  eût  alors  un  chrétien,  un  prêtre,  un 
évêque  capable  de  tenir  une  conduite  aussi  injurieuse  à 
l'égard  d'un  Apôtre,  et  de  mépriser  ainsi  le  disciple  bien- 
aimé  du  Sauveur  ! 

Non,  tout  n'était  pas  admirable  dans  les  premiers 
Ages  de  l'Eglise.  A  côté  des  saints  martyrs,  il  y  avait 
des  ambitieux,  des  envieux,  des  hommes  profondément 
corrompus,  qui  déshonoraient  leur  baptême.  Le  christia- 
nisme s'est  fondé  au  milieu  des  persécutions  du  dehors 
et  des  scandales  du  dedans.  Il  s'est  trouvé  des  diacres, 


—     479     —  IllJoan. 

des  prêtres,  des  évêques  qui  ont  inventé  ou  propagé  des 
hérésies,  fomenté  des  schismes  et  persécuté  les  saints. 
Nous  nous  affligeons  avec  raison  des  scandales  qui  écla- 
tent de  nos  jours  ;  mais  n'en  soyons  pas  troublés  :  ils 
continuent  de  prouver  que  l'Eglise  est  fondée  et  soutenue 
par  un  Dieu. 

11.  Charissime,  noli  imitari  malum,  sed  quod  bonum 
est.  Qui  bene  facit  ex  Deo  est  ;  qui  maie  facit,  non  vidit 
Deum.  «  Mon  bien-aimé,  n'imitez  point  ce  qui  est  mauvais, 
mais  ce  qui  est  bon.  Celui  qui  fait  le  bien  est  de  Dieu  ; 
celui  qui  fait  le  mal  n'a  point  vu  Dieu  et  ne  le  connaît 
point  (1).  »  Diotréphès,chef  de  l'Eglise,  tenait  des  discours 
répréhensibles  et  faisait  des  actions  coupables.  Saint 
Jean  avertit  Caïus,  simple  fidèle,  de  se  garantir  du  scan- 
dale que  lui  donne  son  évêque.  Le  chrétien  respecte  l'au- 
torité dans  ceux  qui  la  possèdent,  mais,  s'ils  font  le  mal, 
il  ne  suit  point  leur  exemple.  Il  imite  selon  ses  forces 
ceux  qui  font  le  bien.  Ceux-là  sont  les  vrais  enfants  de 
Dieu.  Quant  à  ceux  qui  agissent  selon  leurs  passions, 
cédant  à  l'orgueil  et  à  la  jalousie,  fussent-ils  ministres 
de  Dieu,  ils  n'ont  point  vu  Dieu  ;  ou,  s'ils  l'ont  connu  pen- 
dant un  heureux  temps  de  ferveur,  ils  ne  le  connaissent 
plus,  et  Dieu  n'est  plus  présent  à  leur  esprit.  Tel  est  le 
sens  que  fait  entendre  le  parfait  grec  è&paxcv. 

Caïus  n'imitera  point  Diotréphès  ;  il  se  confirmera 
plutôt  dans  le  bien  par  l'exemple  de  Démétrius,  qui  était 
sans  doute  un  chrétien  de  la  même  Eglise. 

12.  Demetrio  testimonium  redditur  ab  omnibus,  et  ab 
ipsa  veritatc,  sed  et  nos  testimonium  perliibemus;  et  nosti 
quoniam  testimonium  nostrum  verum  est  (2).  «  Pour  Dé- 


(1)  Qui  bene  facit.  qui  maie  facit  ;  en  grec,  b  d-/v.QoT:oiCi-;,  b  xatMirotfiv, 
celui  qui  fait  du  bien,  celui  qui  fait  du  mal  au  prochain.  Ce  sens  est 
bon  :  il  s'accorde  bien  avec  le  fond  du  discours,  et  n'est  point  contraire 
à  la  version  latine.  —  Saint  Jean,  dans  sa  première  Epître,  avait  exprimé 
la  même  pensée  :  Omnis  qui  peccat  non  vidit  etttn,  nec  cognovit  ei;m 
(m,  0),  et  plus  loin  :  Omnit  q>'i  diligit  ex  Deo  natus  est  (iv,  7). 

(2)  Et  )iosti  quoniam  testimonium  nostrum  verum  est.  Saint  Jean  a, 
•  la h-  son  Evangile,  affirmé  do  même  deux  fois  la  vérité  de  son  témoi- 
gnage  :  d'abord  au  chapitre  xix,  35;  et  ensuite  en  terminant  :  Hic  est 


—    480    — 

métrius,  tout  le  monde  lui  rend  témoignage,  et  la  véri 
elle-même  le  loue.  Nous  lui  rendons  aussi  témoigna^ 
nous  môme,  et  vous  savez  que  notre  témoignage  est  vér 
table.  » 

Diotréphès  a  rompu  avec  saint  Jean  :  l'Apôtre  ne  pei 
lui  écrire.  Mais  il  ne  néglige  pas  les  chrétiens  de  cet 
Eglise  gouvernée  par  un  ambitieux.  Il  loue,  il  encouras 
deux  des  principaux  fidèles,  Caïus  et  Démétrius,  et  p* 
là  il  soutient  les  autres.  Démétrius  est  estimé  de  toi 
pour  sa  foi  et  sa  charité.  Ab  ipsa  veritate,  il  est  loué  p£ 
la  vérité  même;  c'est-à-dire,  par  ses  bonnes  actions  vue 
et  attestées  de  tout  le  monde.  Saint  Jean  a  été  le  témoi 
de  ses  vertus,  et  il  consigne  dans  cette  lettre,  dictée  pg 
le  Saint-Esprit,  l'estime  que  mérite  ce  fervent  chrétiei 

18.  Milita  habui  tibi  scribere;sed  noluiper  atramentm 
et  calamurn  scribere  tibi.  «  J'avais  bien  des  choses  à  voi 
écrire;  mais  je  n'ai  pas  voulu  vous  écrire  avec  la  plun" 
et  l'encre.  »  L'état  fâcheux  de  l'Eglise  administrée  p£ 
Diotréphès  présentait  plusieurs  questions  délicates.  L 
prudence  conseillait  de  ne  pas  régler  ces  affaires  dar 
une  lettre,  avant  d'avoir  pris  des  informations  exacte! 
En  attendant,  ce  qu'il  a  dit  suffit  pour  encourager  h 
bons  et  consoler  ceux  qui  souffrent.  Car  saint  Jean  s 
propose  de  visiter  cette  Eglise  affligée. 

14.  Spero  aatem  protinus  te  vider  e,  et  os  ad  os  loqiu 
mur.  «  Car  j'espère  vous  voir  bientôt,  et  alors  nous  nou 
entretiendrons  de  vive  voix.  »  Saint  Jean  ira  voir  Caïi] 
très  prochainement,  protinus,  eùOéioç.  Il  suivra  de  prè 
cette  lettre,  il  descendra  chez  lui.  Ils  examineror 
ensemble  les  intérêts  de  l'Eglise,  et,  connaissant  aloi 
toutes  choses,  il  arrêtera  les  mesures  convenables. 

Il  ne  dit  point  qu'il  ira  saluer  Diotréphès.  L'Apôtre  ] 
citera  dans  l'assemblée.  Il  y  a  des  cas  où  l'indulgenc 
d'un  supérieur  envers  un  sujet  orgueilleux  ne  serait  plu 
de  la  prudence  et  de  la  charité,  mais  deviendrait  de  1 
faiblesse  et  encouragerait  au  mal. 

dlsclpulus  Me   qui   testimonium  perhibet  de  his,  et  scripsit  hœc,  i 
scimus  quia  verum  est  testimonium  ejus  (xxi,  24). 


—    481     —  lllJoan. 

Les  vrais  chrétiens  écouteront  l'Apôtre  et  abandonne- 
ront le  révolté. 

Pax  tibi.  Salutant  te  amici.  Saluta  amicos  nominatim. 
«  La  paix  soit  avec  vous.  Nos  amis  qui  sont  ici  vous 
saluent.  Saluez  aussi  nos  amis  chacun  en  particulier.  » 

Pax,  la  paix  du  Seigneur,  celle  que  Jésus-Christ  nous 
a  apportée  du  ciel,  et  que  l'on  goûte  au  milieu  même  des 
tribulations,  je  vous  la  souhaite. 

Amici.  Les  amis  qui  vous  saluent  sont  tous  les  chré- 
tiens d'Ephèse  qui  connaissent  votre  charité. 

Amicos.  Les  amis  que  vous  saluerez  de  notre  part  sont 
tous  les  fidèles  de  votre  Eglise  qui  reconnaissent  notre 
autorité. 

Nominatim.  N'en  oubliez  aucun;  nous  ne  transcrivons 
pas  leurs  noms,  mais  nous  les  conservons  tous  dans  notre 
cœur,  et  Dieu  les  connaît. 

Saluta,  salutant.  Ce  salut  n'est  pas  une  simple  formule 
de  politesse.  Le  salut  mutuel  des  Eglises  est  un  témoi- 
gnage de  la  charité  fraternelle  et  de  la  communion  des 
saints. 

Nous  chrétiens  et  nous  prêtres  surtout,  saluons-nous 
dans  la  foi  et  dans  l'amour  de  notre  Seigneur  Jésus- 
Christ. 


6PITRB8  CATHOLIQ1  I  -  31 


COMMENTAIRE 


<UR 


L'ÉPITRE  DE  SAINT  JUDE 


PREFACE 


1.  Saint  Pierre  et  saint  Paul  avaient  consommé  leur  mar- 
tyre, pendant  la  persécution  de  Néron,  l'an  07  de  Jésus-Christ. 
Tous  deux  avant  de  mourir  avaient  annoncé  que  de  faux 
docteurs  s'élèveraient  dans  l'Eglise  et  enseigneraient  des 
erreurs  pernicieuses.  (II  Petr.,  n;  Act.  A.,xx,  30;  I  Tim.,iv.) 
Cette  prédiction  s'accomplissait.  Des  hérétiques  se  montraient 
et  séduisaient  les  peuples,  surtout  en  Orient.  L'Apôtre  saint 
Tude,  témoin  du  ravage  qu'ils  faisaient  dans  l'Eglise  nais- 
sante, écrivit  une  Lettre  dans  laquelle  il  démasquait  l'hypo- 
crisie de  ces  novateurs,  flétrissait  leurs  vices,  et  annonçait  les 
châtiments  qui  leur  étaient  réservés,  ainsi  qu'à  leurs  disciples. 

L'Epître  de  saint  Jude  a  de  nombreuses  ressemblances  avec 
la  seconde  de  saint  Pierre;  elle  en  est  comme  un  résumé  plein 
de  vigueur,  l'une  explique  l'autre, 

2.  Longtemps  avant  les  conciles  de  Florence,  de  Trente  et 
du  Vatican,  l'on  voit  l'Epître  de  saint  Jude  comprise  dans  le 
canon  des  Ecritures  inspirées.  Elle  ligure  au  catalogue  pro- 
mulgué vers  494  par  le  Pape  saint  Gélase,  et  cent  ans  plus  tôt 
on  la  trouve  déjà  dans  les  canons  dressés  par  les  conciles 
d'Hippone  et  de  Carthage.  Elle  avait  été  anciennement  con 

•  par  plusieurs,  à  cause  qu'ils  croyaient  y  lire  une  citation 
du  livre  d'Enoch,  qui  est  apocryphe.  Mais  saint  Augustin, 
saint  Jérôme,  saint  Epiphane,  saint  Ephrem,  Origène,  Clé- 
ment d'Alexandrie,  Tertullien  la  citent  comme  Ecriture  divine. 
Enoch,  dit  ce  dernier,  ripii'l  Judam  Aposlolam  testimonium 
possidet,  (Tert,  de  Habita  muliebri,  3.) 


—     486    — 

Au  témoignage  de  Tertullien  nous  nous  contenterons 
d'ajouter  les  trois  suivants. 

Origène.    'ioûSa;  e"fpa<]>ev  èrciaTGÀYiv  o?afû'<m/Gv  jaÈv,  VfirXtipofiivv)v  Si  twy 

rHi  oùpaviou  ^api-roc  èppw^îvwv  Xo-^wv.  Judas  scripsit  epislolam  versi- 
culis  quidem  brevem,  at  sententiis  cœlesti  gratia  roboratis 
refertam.  (Gomment,  in  Matth.  t.  X,  tom.  III,  p.  463.) 

Saint  Augustin.  Judas,  non  Me  tradilor,sed  cujus  Episiola 
in  ter  scripturas  canonicas  legitur.  (In  Joann.  tract.  76.) 

Saint  Jérôme.  Judas  f  rater  Jacobiparvam,  quœ  de  septem 
catholicis  est,  Epislolam  reliquit.  Et  quia  de  iibro  Enoch 
qui  apocryphus  est,  in  ca  assumit  testimonium,  a plerisque 
rejicitur  :  tamen  aucloritalem  vetustate  jam  et  usu  mentit, 
et  inter  sanctas  scripturas  computatur.  (De  Viris  ill.,  c.  iv.) 

3.  Saint  Jude  n'adresse  point  cette  Epître  à  une  Eglise  par- 
ticulière, mais  à  tous  les  chrétiens.  Il  a  cependant  en  vue 
d'une  manière  spéciale  les  églises  de  l'Asie  mineure,  qui 
étaient  ravagées  par  les  hérétiques. 

Il  écrit  en  grec,  langue  qui  était  alors  comprise  et  parlée 
dans  tout  l'Empire  romain. 

On  ignore  le  lieu  où  elle  fut  écrite. 

Quant  à  la^date,  comme  il  n'est  fait  dans  cette  Epître  aucune 
allusion  à  la  ruine  de  Jérusalem,  on  pense  qu'elle  fut  compo- 
sée un  peu  auparavant,  l'an  69  ou  70. 


PENSÉES  PARALLÈLES 

DE    LA  DEUXIÈME  ÉPITRE  DE  SAINT  PIERRE 
ET   DE   CELLE  DE  SAINT  JUDE 


II  Saint  Pierre. 

Cap.  ii,  —  ▼.  1.  In  vobis  erunt  ma- 
gistri  mendaces,  qui  introducent 
sectas  perditionis.  —  3.  Quibus  ju- 
dicium  olim  non  cessât. 

1.  Et  eum  qui  émit  eos  Dominum 
negant. 

2.  Et  multi  sequentur  eorum 
luxurias,  per  quos  via  veritatis 
blasphemabitur. 

4.  Si  enim  Deus  angelis  peccan- 
tibus  non  pepercit,  sed  rudentibus 
inferni  detractos  in  tartarum  tra- 
didit  cruciandos,  in  judicium  re- 
servari  ; 

6.  Et  civitates  Sodomorum  et 
Gomorrhseorum  in  cinerem  redi- 
gens,  eversione  damnavit,  exem- 
plum  eorum  qui  impie  acturi  sunt 
ponens ; 

10.  Magis  autem  (novit  Dominus 
in  diem  judicii  reservare  crucian- 
dos) eos  qui  post  carnem  in  con- 
cupiscentia  imraunditiae  ambulant, 
dominationemque  contemnunt. 

Sectas  (&£«$)  non  metuunt  intro- 
ducere  blasphémantes. 

11.  Angeli  fortitudine  et  virtute 


Saint  Jude. 

4.  Subintroierunt  enim  quidam 
homines,  qui  olim  prœscripti  sunt 
in  hoc  judicium,  impii. 

Solum  dominatorem  et  Dominum 
nostrum  Jesum  Christum  negantes. 

Dei  nostri  gratiam  transferentes 
in  luxuriam. 

6.  Angelos  vero  qui  non  serva- 
verunt  suum  principatum,  sed  de- 
reliquerunt  suum  domicilium,  in 
judicium  magni  diei  vinculis  teter- 
nis  sub  caligine  reservavit. 

7.  Sicut  Sodoma  et  Gomorrha, 
et  finitimte  civitates  simili  modo 
exfornicatîe,  et  abeuntes  post  car- 
nem alteram,  factse  suntexemplum, 
ignîs   îeterni   pœnam  sustinentes. 

8.  Similiter  et  hi  carnem  quidem 
maculant ,  dominationem  autem 
spernunt. 


Majestatom   autem  (£4{av)  blas- 
phémant. 
'.'.  Quum    Michael    archangelus 


•188    — 


II  Saint  Pierre. 

quum    sint   majores,  non    portant 
adversum  se  exsecrabile  judicium. 


12.  Hi  vero...  in  his  quse  igno- 
rant blasphémantes,  in  corruptione 
sua  peribunt. 


13.  Coinquinationes  et  macula?, 
deliciis  affluentes,  in  conviviis  suis 
luxuriantes  vobiscum. 

14.  Cor  exercitatum  avaritia  ha- 
bentes.  —  3.  Et  in  avaritia  fictis 
verbis  de  vobis  negotiabuntur. 


15.  Erraverunt,  secuti  viam  Ba- 
laam  ex  Bosor,  qui  mercedem  ini- 
quitatis  amavit. 

17.  Hi  sunt  fontes  sine  aqua,  et 
nebuhe  turbinibus  exagitatse,  qui- 
bus  caligo  tenebrarum  reservatur. 

18.  Superba  enim  vanitatis  lo- 
quentes,  pelliciunt  in  desideriis 
carnis  luxurise. 

Cap.  m,  —  v.  2.  Charissimi,  me- 
mores  sitis  eorum  quœ  prsedixi 
verborum  a  sanctis  prophetis  et 
apostolorum  vestrorum,  prœcepto- 
rum  Domini  et  Salvatoris. 

3.  Hoc  primum  scientes  quod 
venient  in  novissimis  diebus  in 
deceptione  illusores,  juxta  proprias 
concupiscentias  ambulantes. 

11.  Quales  oportet  vos  esse  in 
sanctis  conversationibus  et  pieta- 
tibus, —  12.  exspectantes  et  prope- 
rantes  in  adventum  diei  Domini  ? 

18.  Ipsi  gloria  et  nunc  et  in  diem 
icternitatis.  Amen. 


Saint  Jude. 

cum  diabolo  disputans  altercaretur 
de  Moysi  corpore,  non  est  ausus 
judieium  inferre  blasphemiœ,  sed 
dixit  :  Imperet  tibi  Dominus. 

10.  Ili  autem  qucecumque  qui- 
dem  ignorant,  blasphémant,  quae- 
cumque  autem  naturaliter,  tam- 
quam  muta  animalia,  norunt,  in 
his  corrumpuntur. 

12.  Hi  sunt  in  epulis  suis  ma- 
cula}, convivantes  sine  timoré,  se- 
metipsos  pascentes. 
_  16.  Mirantes   personas   qmestus 


causa. 

11.  Errore  Balaam  mercede  ef- 
fusi  sunt. 

12.  Nubes  sine  aqua,  qu»  a 
ventis  circumferuntur.  —  13.  Qui- 
bus  procella  tenebrarum  servata 
est  in  œternum. 

16.  Secundum  desideria  sua  am- 
bulantes, et  os  eorum  loquitur 
superba. 

17.  Vos  autem,  charissimi,  me- 
mores  estote  verborum  quse  prœ- 
dicta  sunt  ab  apostolis  Domini 
nostri  Jesu  Christi. 

18.  Qui  dicebant  vobis  quoniam 
in  novissimo  tempore  venient  illu- 
sores, secundum  desideria  sua  am- 
bulantes in  impietatibus. 

21.  Yosmetipsos  in  dilectione 
Dei  servate,  exspectantes  miseri- 
cordiam  Domini  nostri  Jesu  Christi 
in  vitam  œternam. 

25.  Soli  Deo  Salvatori  nostro, 
per  Jesum  Christum  Dominum 
nostrum,  gloria  et  magnificentia, 
imperium  et  potestas  ante  omne 
sseculum,  et  nunc,  et  in  omnia 
sœcula  sicculorum.  Amen. 


ÉPITRE  DE  SAINT  JUDE 


ANALYSE 

Saint  Jude  exhorte  les  chrétiens  à  demeurer  fermes  dans  la 
foi  qui  leur  a  été  prêchée  et  à  la  défendre  contre  les  hérétiques. 
Il  déclare  que  ces  hommes  impies  et  corrompus  seront  punis 
comme  les  Israélites  qui  périrent  dans  le  désert  à  cause  de 
leur  incrédulité,  comme  les  anges  rebelles,  et  comme  les  im- 
purs habitants  de  Sodome  et  de  Gomorrhe.  Puisqu'ils  imitent 
l'envie  de  Gain,  l'avarice  de  Balaam  et  la  rébellion  de  Coré,  ils 
doivent  s'attendre  à  un  châtiment  pareil. 

Saint  Jude  rappelle  les  prophéties  qu'Enoch  et  les  Apôtres 
ont  prononcées  contre  ces  hommes  pervers. 

Il  engage  les  vrais  chrétiens  à  les  réfuter  et  à  s'efiorcer  de 
sauver  les  faibles  que  ce*  imposteurs  entraînent  dans  les  feux 
éternels. 


1.  Judas,  Jesu  Christi  servus, 
frater  autem  Jacobi,  his  qui 
sunt  in  Deo  Pâtre  dilectis,  et 
Christo  Jesu  conservatis  et  vo- 
catis. 

2.  Misrricordia  vobis,  et  pax, 
et  charitas  adimpleatur. 

3.  Charissimi,  dtnrtem  sollici- 
tudinem  faciens  scribendi  vobis 
de  cotnmuni  vestra  salute,  ne- 
cesse  habui  se r ibère  vobis,  de- 
precans  supercertari  semel  tra- 
ditœ  sanctis  fidei. 

4.  Subi»troierunt  enim  qui- 
dam  homines  [qui  olim  prœ- 
scripti  sunt  in  hoc  judidum) 
impiij  Dei  nostri  gratiam  trans- 
férantes in  luxuriant,  et  nolum 
dominât 'orc m  et  Dominum  nos- 
tvi'ni  Jesum  Christutn  negantes. 


1.  Jude,  serviteur  de  Jésus-Christ 
et  frère  de  Jacques,  à  ceux  qui  sont 
aimés  en  Dieu  le  Père,  conservés  et 
appelés  en  Jésus-Christ. 

2.  Que  la  miséricorde,  la  paix  et 
la  charité  abondent  en  vous. 

3.  Mes  bien-aimés,  je  souhaitais 
beaucoup  de  vous  écrire  touchant  le 
salut  qui  nous  est  commun,  et  je  m'y 
trouve  présentement  obligé,  atin  de 
vous  exhorter  a  combattre  pour  la 
foi  qui   a  été   transmise  aux  saints. 

4.  Car  il  s'est  glissé  parmi  vous 
des  hommes  dont  il  est  depuis  long- 
temps écrit  qu'ils  s'attireraient  un 
tel  jugement;  des  hommes  impies 
qui  changent  la  grâce  de  notre  Dieu 
en  une  lieeiuv  impure,  et  qui  renient 
Jésus-Christ,  notre  seul  Maître  et 
Seigneur. 


—    490 


5.  Or  je  reui  vous  faire  souvenir, 
vous  qui  avez  été  une  fois  instruits 
de  toute  la  religion,  que  Jésus,  après 
avoir  sauvé  le  peuple  en  Le  tirant  de 
l'Egypte,  fit  périr  ensuite  ceux  qui 
furent  incrédules. 

6.  Et  les  anges  qui  ne  conservèrent 
point  leur  primauté,  mais  quittèrent 
leur  propre  demeure,  il  les  a  réser- 
vés pour  le  jugement  du  grand  jour, 
en  les  tenant  liés  de  chaînes  éter- 
nelles dans  les  profondes   ténèbres. 

7.  De  même  Sodome  et  Gomorrhe, 
avec  les  villes  voisines  qui  avaient 
commis  les  mêmes  fornications  et 
couru  après  une  chair  étrangère, 
sont  devenues  un  exemple  en  subis- 
sant la  peine  d'un  feu  éternel. 

8.  Pareillement,  les  hommes  dont 
je  parle  souillent  aussi  leur  chair, 
méprisent  la  domination  et  blasphè- 
ment la  Majesté. 

9.  L'archange  Michel,  dans  la  con- 
testation qu'il  eut  avec  le  diable  au 
sujet  du  corps  de  Moïse,  n'osa  pas 
prononcer  un  jugement  de  malédic- 
tion, mais  il  se  contenta  de  dire  : 
Que  le  Seigneur  te  commande  ! 

10.  Mais  ceux-ci  blasphèment  ce 
qu'ils  ignorent,  et  ils  se  corrompent 
dans  les  choses  qu'ils  connaissent 
naturellement  comme  les  animaux 
sans  raison. 

11.  Malheur  à  eux,  parce  qu'ils 
ont  marché  dans  la  voie  de  Caïn, 
parce  qu'ils  ont  couru  après  le  gain 
en  imitant  l'erreur  de  Balaam,  et 
parce  qu'ils  ont  péri  dans  la  rébellion 
de  Coré. 

12.  Ils  sont  un  opprobre  dans  leurs 
agapes,  où  ils  mangent  sans  retenue, 
ils  se  paissent  eux-mêmes.  Ce  sont 
des  nuées  sans  eau,  que  le  vent  em- 
porte çà  et  là  ;  ce  sont  des  arbres 
d'automne,  stériles,  deux  fois  morts, 
déracinés. 

13.  Comme  les  flots  furieux  de  la 
mer,  ils  jettent  l'écume  de  leurs  in- 
famies ;  ce  sont  des  étoiles  errantes, 
à  qui  la  tempête  des  ténèbres  est 
réservée  pour  l'éternité. 

14.  C'est  encore  des  mêmes  hom- 


5,  Commonere  autem  vos  volo, 
scientes  semel  omnia,  quoniam 
Jésus  popuhtm  de  terra  A'igypti 
salvans,  secundo  eos  qui  non 
crediderunt  perdidit  : 

G.  Angelos  vero  qui  non  ser- 
vaverunt    suum    principatum1 

sed  der  clique  runt  suum  domi- 
cilium,  in  judicium  magni  diei 
vinculis  a>ternis  sub  caligine 
reservavit. 

7.  Sicut  Sodoma  et  Gomorrha, 
et  finitimœ  civitates  simili  modo 

.  exfornicatœ,  et  abeuntes  post 
carnem  alleram,  factœ  sunt 
exemplum,  ignis  œterni  pœnam 
sustineates  : 

8.  Similiter  et  hi  carnem  qui- 
dem  maculant,  dominationem 
autem  spernunt ,  maj  estât  em 
autem  blasphémant. 

9.  Quum  Michael  archangelus 
cum  diabolo  disputans  alterca- 
retur  de  Moysi  corpore,  non 
est  ausus  judicium  inferre  blas- 
phemiœ,  sed  dixit  :  Imperet 
tibi  Dominus. 

10.  Hi  autem  quœcumque  qui- 
dem  ignorant,  blasphémant  ; 
quœcumque  autem  naturaliter, 
tanquam  muta  animalia,  no- 
runt,  in  his  corrumpuntur. 

11.  Vœ  Mis,  quia  in  via  Cain 
abierunt,  et  errore  Balaam  mer- 
cède  effusi  sunt,  et  in  contra- 
dictione  Core  perierunt. 


12.  Hi  sunt  in  epulis  suis  ma- 
culce,  convivantes  sine  timoré, 
semet  ipsos  pascentes  ;  nubes  sine 
aqua,  quœ  a  ventis  circumfe- 
runtur  ;  arbores  autumnales, 
infructuosœ,  bis  mortuœ,  era- 
dicatœ  ; 

13.  Fluctus  feri  maris,  despu- 
manies  suas  confusiones  ;  sidéra 
errant ia,  quibus  procelia  tene- 
brarura  servata  est  in  œternum. 

14.  Prophetavit  autem  et  de 


—    491     -- 


Jud. 


his  septintus  al/  Adam  J'.noch, 
dicens  :  Ecce  venit  Bominus  in 
scuictis  millibus  suis, 

15.  Facere   judicium    contra 

omnes,  et  argueve  omnes  impios 
de  omnibus  opcribus  impietatis 
eoriuii,  quitus  impie  egerunt, 
et  de  omnibus  duris  quœ  locuti 
sîoit  contra  Deum  peccatorcs 
impii. 

16.  Ili  suni  murmuratores, 
guerulosi,  secundum  desidcria 
sua  ambulantes,  et  os  eortcm 
loquitur  supcrba,  mirantes  per- 
sonas  qvœstus  causa. 

17.  Vos  autem,  charissimi, 
memores  estote  verborum  quœ 
prœdicta  sunt  ah  apostolis  Do- 
mini  nostri  Jesx  Christi. 

18.  Qui    dicebant    vobis    quo- 
m  in  novissimo  tcmpore  ve- 

nient  illusores,  secundum  desi- 
rlt-ria  sua  ambulantes  in  impie- 
tatibus. 

19.  Hi  sunt  qui  segregant  se- 
met  ipsos,  animales,  spiritum 
non  habentes. 

20.  T'es  autem,  iharissimi , 
superœdificantes  vosmet  îjisos 
eanctissimce  vestros  fidei,  in  Spi- 
ritu  sancto  oro.ntes, 

21.  Vosmet  ij>sos  in  dilectione 
Dei  servate,  exspectantes  mise- 
ricordia)n  Domini  nostri  Jesu 
Christi  in  vitam  œtevnam. 

22.  Et  hos  quidem  arguitê 
judicalo*  : 

23.  Illos  vero  salvate,  de  igné 
rapientes.  Aliis   autem   misère- 

i  in  t  imore,  odientes  et  eam 
quœ  camalis  est  maculatam 
tunieant. 

24.  Ei  autem  qui  potens  est 
vos  oonservare  sine  peccato,  et 
constituere  ont  tutn  gl<>- 

l'iatus  in  exsul- 
tationc.ii>  adventu  Domini  nos- 
tri  Jesu  Christi, 


mes  qu'Enoch,  le  septième  depuis 
Adam,  ■  prophétisé  en  ces  termes  : 
Voilà  que  le  Seigneur  va  venir  avec 
ses  milliers  de  saints, 

15.  Pour  juger  tous  les  hommes, 
et  pour  convaincre  tous  les  impies 
de  toutes  les  impiétés  qu'ils  ont 
criminellement  accomplies,  et  de 
(outes  les  paroles  injurieuses  que 
ces  pécheurs  impies  ont  proférées 
contre  Dieu. 

16.  Ce  sont  des  murmurateurs  qui 
se  plaignent  sans  cesse.  Ils  vont  au 
gré  de  leurs  passions  ;  leur  bouche 
profère  des  paroles  d'orgueil  ;  et  ils 
applaudissent  à  ceux  dont  ils  atten- 
dent quelque  avantage. 

17.  Mais  vous,  mes  bien-aimés, 
souvenez-vous  de  ce  qu'ont  prédit 
les  apôtres  de  notre  Seigneur  Jésus- 
Christ. 

18.  Ils  vous  disaient  qu'aux  der- 
niers temps  il  viendrait  des  impos- 
teurs qui  marcheraient  au  gré  de 
leurs  passions  dans  toute  sorte  d'im- 
piétés. 

19.  Ce  sont  des  hommes  qui  se  sépa 
rent  eux-mêmes,  qui  mènent  une  vie 
animale  et  n'ont  point  l'esprit  éclairé. 

20.  Mais  vous,  mes  bien-aimés, 
vous  élevant  vous-mêmes  comme 
un  temple  spirituel  sur  le  fonde- 
ment de  votre  très  sainte  foi,  et  priant 
dans  le  Saint-Esprit, 

21.  Conservez- vous  dans  l'amour 
de  Dieu,  et  attendez  la  miséricorde 
de  notre  Seigneur  Jésus-Christ  pour 
obtenir  la  vie  éternelle. 

22.  Reprenez  et  confondez  ceux  qui 
sont  déjà  jugés. 

23.  Sauvez  les  uns  en  les  arrachant 
du  feu  ;  ayez  compassion  des  autres, 
craignant  pour  vous-mêmes;  et  haïs- 
-«■/  la  tunique  souillée  par  la  cor- 
ruption de  la  chair. 

24.  Enfin,  à  celui  qui  est  assez 
puissant  pour  vous  conserver  sans 
péché,  et  pour  vous  faire  paraître 
devant   le   trône  de   sa  gloire    port 

ans  tache,  dans  un  ravissement 
de  joie,  quand  viendra  notr.'  Seigneur 
Jésus-Christ, 


—    492    — 

25.  A  Dieu  seul  qui  nous  a  sauvés,  25.  Soli  Deo  salvatori  nostro, 

par  Jésus-Christ  notre  Seigneur,  soit  per  Jesum  Christian  Dominum 

la  gloire  et  la  magnificence,  l'empire  nostrum,  gloria  et  magnificen- 

et  la  puissance,  avant  tous  les  siècles,  tia,  imper ium  et  putestas  ante 

et  maintenant,  et  dans  tous  les  siècles  omne  sœcuhcm,  et  nunc,  et   in 

des  siècles!  Amen.  omnia  s  œ  eu  la   sœ  culorum. 

Amen. 


COMMENTAIRE 

1.  Judas,  Jesu  Christi  servus,  f rater  autem  Jacobi. 
«  Jude,  serviteur  de  Jésus-Christ  et  frère  de  Jacques.  » 

Judas.  Saint  Jude  avait  trois  noms  :  Judas,  Thaddœus, 
et  Lebbœus.  En  hébreu,  Judas  signifie  laudatio  ;  et  Tliad 
deeus  voudrait  dire  laudans^  selon  quelques  interprètes 
qui  dérivent  ce  nom  de  thôdaii,  laus.  Quant  à  Lebbœus, 
on  l'interprète  corculum,  en  le  faisant  venir  de  lêb,  cor  ; 
ou  bien  leonculus,  si  on  lui  donne  pour  racine  lebi,  leo. 
Le  nom  de  Judas  se  lit  en  saint  Matthieu,  xm,  55  ;  en 
saint  Marc,  vi,  3;  en  saint  Jean,  xiv,  22;  et  dans  les 
Actes  des  Apôtres,  i,  13.  Saint  Jude  est  appelé  Thaddœus 
en  saint  Matthieu,  x,  3  ;  et  dans  saint  Marc,  ni,  18.  Poul- 
ie nom  de  Lebbœus,  il  se  trouve  dans  saint  Matthieu,  x,  3, 
selon  le  grec  ;  car  de  bonnes  éditions  portent  en  cet 
endroit  xal  Aeêëoïoç  6  imxlrfiûç  ©aSSoïoç,  et  Lebbœus  qui 
vocatur  Thaddœus. 

Frater  autem  Jacobi.  Il  était  frère  de  l'Apôtre  saint 
Jacques  le  mineur,  qui  fut  évêque  de  Jérusalem  et  l'au- 
teur de  la  première  Epître  catholique.  Il  est  appelé  Judas 
Jacobi  (1),  c'est  à-dire  frater  Jacobi,  dans  les  Actes  des 
Apôtres,  (i,  13.) 

(1)  Judas  Jacobi.  Ce  génitif  ne  suppose  pas  toujours  l'ellipse  de  filins, 
mais  souvent  celle  de  pater  ou  de  frater.  Ainsi  AaicaUj  tou  'Ixxpou,  sci- 
licet  ny.Top  (Steph.  Byz.);  T1p.1xpy.7r,;  b  M^vpoiâpeu,  se.  v.îùfô;  (Alciphr.).  De 
même  \y\up.niy.;  rj  'kleÇûvipov,  se.  {ufynnp  (yËlian.);  Mapix  vj  'laxejêsu,  se. 
P^Tr,p  (S.  Luc.)  ;  /j  Toit  oùptou,  se.  yuv»j  (S.  Matth.).  C'est  le  contexte  ou 
d'autres  documents  qui  désignent  le  mot  sous -entendu.  (Winer, 
Grain  m.  N.  T.  Genit.  p.  179.) 


—    498     —  Jud. 

Saint  Jude  et  saint  Jacques  étaient  frères  de  Notre- 
Seigneur,  c'est-à-dire  ses  cousins.  Car  les  habitants  de 
Nazareth  disaient  en  parlant  de  Notre- Seigneur  Jésus- 
Christ  :  «  Est-ce  que  cet  homme  n'est  pas  le  charpentier 
fils  de  Marie,  et  le  frère  de  Jacques,  de  Joseph,  de  Jude 
et  de  Simon?  »  (S.  Marc,  vi,  3.) 

Voici  comment  on  établit  cette  parenté. 

La  mère  de  saint  Jacques  le  mineur  est  appelée  Marie  : 
Maria  Jacobi  ??ii?ioris  et  Joseph  mater.  (S.  Marc,  xv,  40; 
et  S.  Matth.,  xxvn,  56.) 

Or,  la  même  Marie  est,  selon  saint  Jean,  sœur  de  la 
sainte  Vierge  et  femme  de  Cléophas  :  soror  matins  ejus 
[Je su)  Maria  Cleophœ  (iixo7%).  (S.  Joann.,  xix,  25.)  (1). 

D'un  autre  côté  Cléophas  et  Alphée  sont  le  même  per- 
sonnage, d'après  un  fragment  de  Papias,  que  voici  : 
Maria  Cleophœ  sive  Alphsei  uxor,  quas  fuit  mater  Jacobi 
episcopi  et  Apostoli  (2). 

Or  Alphée  eut  quatre  fils,  qui  sont  appelés  les  frères 
de  Notre-Seigneur,  c'est-à-dire  ses  cousins,  savoir  :  les 
deux  Apôtres  saint  Jacques  le  mineur  et  saint  Jude  ou 
ïhaddée.  Le  troisième  est  saint  Simon  qui  fut  évêque  de 
Jérusalem,  après  son  frère,  et  crucifié  à  l'âge  de  cent 
vingt  ans  sous  Trajan  (l'an  108).  Le  quatrième  se  nom- 
mait Joseph.  Tout  cela  paraît  ressortir  de  l'examen  des 
textes  suivants  :  S.  Matth.,  x,  3;  S.  Marc,  ni,  18,  et  vi,  3; 
S.  Luc,  vi,  15  ;  Act.  Ap.,  i,  13. 

Enfin  plusieurs  pensent  que  Cléophas  ou  Alphée  était 
lui-même  frère  de  saint  Joseph.  Selon  ce  sentiment,  les 
quatre  fils  de  Cléophas  auraient  été  réputés  les  cousins 
germains  du  Sauveur  par  ceux  qui  croyaient  que  saint 
Joseph  était  son  père. 

Frater  autem  Jacobi,  frère  de  Jacques.  Ce  titre  distin- 

(1)  On  doit  observer  que  le  mot  soror  peut  signifier  sœur  ou  cousine 
germaine.  Les  Grecs  donnaient  au  cousin  germain  le  nom  de  frère. 
u  Achille  était  mon  frère  »,  dit  Ajax  :  Frater  crat,  c'est-à-dire,  il  était 
1»'  tils  de  mon  oncle  Pelée.  (Ovide,  Metam.) 

(2)  En  effet,  Cléophas  et  Alphée  paraissent  être  le  même  mot  hébreu 
prononcé  différemment,  comme  nous  l'avons  dit  dans  la  préface  de 
l'Epure  de  saint  Jacques. 


—     494     — 

guait  saint  Jude  de  tous  ceux  qui  portaient  le  même  nom 
que  lui.  Car  l'Apôtre  saint  Jacques,  évêque  de  Jérusalem, 
était  renommé  parmi  tout  le  peuple  à  cause  de  son  émi- 
nente  sainteté.  Beaucoup  même  de  Juifs  répandus  dans 
les  provinces  lointaines  le  connaissaient,  parce  qu'ils  se 
rendaient  en  grand  nombre  à  Jérusalem  aux  tètes  de 
Pâques,  de  la  Pentecôte  et  des  Tabernacles.  Plusieurs 
alors  voulaient  voir  ce  Juste  célèbre  et  ils  l'entendaient 
raconter  la  vie  et  les  miracles  de  son  divin  Maitre. 
Aussi,  quoique  saint  Jacques  fût  mort  depuis  plusieurs 
années  quand  saint  Jude  écrivit  cette  lettre,  le  souvenir 
de  son  nom  et  de  sa  justice  subsistait  toujours  dans  la 
nation,  comme  on  le  voit  par  l'historien  Josèphe.  (Antiq. 
Jud.,  1.  XX,  c.  ix.) 

Jesu  Christi  servus.  Peu  d'hommes  ont  eu  l'honneur 
d'être  les  Apôtres  de  Jésus-Christ  ;  mais  tous  peuvent 
être  ses  serviteurs.  Un  Apôtre  même  n'est  glorifié  que 
parce  qu'il  a  été  un  serviteur  fidèle  ;  et  l'auguste  Marie 
n'est  devenue  la  Mère  de  Dieu  que  parce  qu'elle  se  con- 
fessait humblement  sa  servante. 

Servus.  Le  mot  servus,  ôouXoç,  esclave,  se  prend  dans  un 
sens  noble  même  chez  les  écrivains  profanes.  Nous  disons 
d'un  homme  honorable  qu'il  est  esclave  du  devoir  :  et 
dans  Platon,  les  lois  disent  aux  citoyens  :  Vous  êtes  nos 
esclaves,  BouXoi.  (Criton,  12.)  Pourquoi  les  chrétiens  ne  se 
glorifieraient-ils  pas  d'être  les  esclaves  d'un  Dieu,  dont 
tous  les  serviteurs  sont  des  rois,  cui  servire  regnare  est? 

Bis  quisunt  in  Deo  Pâtre  dilectis.  «  A  tous  ceux  qui 
sont  aimés  en  Dieu  le  Père.  »  C'est-à-dire  à  tous  ceux 
qui  sont  aimés  du  Père  à  cause  de  leur  foi,  et  qui  lui 
sont  unis  comme  ses  enfants  adoptifs. 

Et  Jesu  Christo  conservatis,  «  et  qui  sont  conservés 
dans  l'amour  du  Père  par  la  grâce  de  Jésus-Christ.  »  Car 
le  juste  ne  saurait,  sans  la  grâce,  persévérer  dans  la 
justice  qui  le  rend  agréable  à  Dieu. 

Et  vocatis.  Mais  en  outre,  la  première  justice  ne  vient 
point  de  l'homme.  Nul  ne  peut  aller  à  Dieu,  ni  croire  en 
Jésus-Christ,  si  le  Père  ne  «  l'appelle  »  et  ne  l'attire. 


—    495    —  Jud. 

Nerno  potest  ventre  ad  me,  nisi  Pater  qui  misit  me  traxerit 
eum.  (S.  Joan.,  vi,  44.)  —  Vocatis  veut  dire  :  ceux  qui 
sont  appelés  à  entendre  l'Evangile,  à  recevoir  le  baptême, 
à  devenir  membres  de  l'Eglise,  et  à  régner  dans  les 
cieux  (1). 
La  phrase  est  ici  finie  :  Ton  sous-entend  scribil. 

2.  Misericordia  vobis,  et  pax,  et  eharitas  adimpleatur. 
Que  Dieu  répande  sur  vous  sa  miséricorde  avec  abon- 
dance, afin  que  la  paix  s'affermisse  dans  vos  cœurs,  et 
que  la  charité  augmente  en  vous,  jusqu'à  ce  qu'elle  attei- 
gne sa  pleine  perfection.  Nous  voyons  ici  apparaître  la 
sainte  Trinité  dans  ses  opérations.  Car  la  miséricorde  est 
attribuée  au  Père,  qui  est  appelé  le  Père  des  miséricordes, 
Pater  misericordiarum  (II Cor.,  i,  3)  ;  la  paix  au  Fils,  que 
saint  Paul  appelle  notre  paix,  ipse  enim  est  pax  nostra 
(Eph.,  ii,  14)  ;  et  la  charité  au  Saint-Esprit,  qui  répand 
cette  vertu  dans  nos  cœurs  :  quia  eharitas  Dei  diffusa  est 
in  cordibus  nostris  per  Spiritum  sanctum  qui  datus  est 
no  bis.  (Rom.,  v,  5.) 

3.  Charissimi,  omnem  sollicitudinem  faciens  scribendi 
vobis  de  communi  vestra  salute,  necesse  habui  scribere 
vobis,  deprecans  supercertari  semel  traditœ  sanctis  fidei. 
Cette  période  qui  nous  semble  embarrassée  peut  se  ren- 
dre ainsi  librement  :  Mes  très  chers  frères,  j'éprouvais 
en  moi  un  grand  désir  de  vous  écrire  au  sujet  de  votre 
salut,  et  je  pensais  à  exécuter  ce  dessein,  lorsque  je  me 
suis  vu  dans  l'obligation  de  le  faire  ;  car  je  dois  vous 
exhorter  à  lutter  pour  la  foi  que  vous  avez  reçue  et  à  la 
défendre  contre  les  hérétiques. 

De  communi  vestra  salute.  Je  me  sens  pressé  de  vous 
engager  à  combattre  pour  le  salut  qui  nous  est  commun; 

(1)  Voici  le  grec  :  rcî,-  h  Brâ  X\%-f<.  tyounjfijvoit  «e\  'I/;osO  XpicrC)  rer»j- 

pqiâwcf  v.'/r-olï.  Le  mot  z/rjîï,-  est  un  nom  qui  est  qualifié  par  les  deux 
participes  iiya-nyyiévoti  et  Tmj^Tj/trfvotj j  eu  sorte  qu'il  faut  traduire  :  His 
vocatif  qui  tunt  in  Deo  Pâtre  dilecti  et  Jesn  Christo  conservai.  <  -'est- 
à-dire,  u  aux  appelés  qui  sont  aimés  en  Dieu  le  Père  et  coaservés  en 
Jésus-Christ.»»  Le  mot  Vocati  (•!  y.)rt7o\),  les  appelés  au  snlut  par  la  foi. 
était  dans  L'origine  un  de  ces  noms  qui  distinguaient  les  chrétiens  des 
païens  et  des  .Iuif>.  comme  aujourd'hui  le  mot  «  fidèle.  » 


—    496    — 

puisqu'il  s'agit  pour  vous  et  pour  nous  d'éviter  les  mêmes 
maux  et  d'obtenir  les  mêmes  biens,  en  croyant  les  mêmes 
dogmes  et  en  observant  les  mêmes  lois  (1). 

Deprecans  supercertari  fidei.  Je  vous  écris  donc  pour 
vous  exhorter  à  combattre  pour  la  foi.  Il  exhorte  les  chré- 
tiens de  tout  l'univers  non  seulement  à  garder  la  foi  dans 
leur  cœur,  non  seulement  à  la  professer  par  leurs  paroles 
et  par  leurs  actions,  mais  encore  à  lutter  pour  elle.  C'est 
à-dire  qu'il  encourage  les  évêques,  les  prêtres,  les  diacres, 
les  fidèles  instruits,  à  la  défendre  contre  les  impies,  les 
railleurs,  les  hérétiques.  Il  faut  qu'ils  les  confondent  par 
de  solides  raisons.  Il  faut  qu'ils  démontrent  clairement 
aux  Juifs  et  aux  infidèles,  aux  ignorants  et  aux  philo- 
sophes, la  vérité  de  notre  sainte  religion,  par  des  preuves 
lucides  et  convaincantes.  Ils  démêleront  la  vérité  d'avec 
l'erreur,  ils  établiront  la  pure  doctrine,  ils  réfuteront 
l'hérésie  (2). 

Deprecans  supercertari  semel  traditœ  fidei  (3).  La  doc- 
trine qui  a  été  une  fois  prêchée  est  la  doctrine  qu'il  faut 
garder  inviolablement  toujours.  Car  ce  qui  a  été  une  fois 
enseigné  par  les  Apôtres  et  par  l'Eglise  ne  sera  jamais 
corrigé  ni  changé.  C'est  la  parole  même  de  Jésus-Christ 
fidèlement  transmise  par  une  bouche  infaillible.  Les  cieux 
et  la  terre  passeront;  mais  cette  parole  divine  ne  passera 
pas.  Elle  pourra  être  expliquée,  mais  non  réformée.  C'est 
un  dépôt  que  l'Eglise  garde,  sans  en  retrancher  rien,  sans 
y  rien  ajouter.  (I  Tim.,  vi,  20.) 

Supercertari.  Mais  au  lieu  de  combattre,  ne  vaudrait-il 

(1)  Vestra»  Les  meilleurs  manuscrits  grecs  donnent  Ttep\  t-^î  xaiwfc 
vj//wv  GWTrj/îtas,  de  communi  nostra  sainte.  Peu  importe  au  sens,  puisque 
le  mot  communi  suppose  nostra  et  vestra.  —  Supercertari  est  une 
forme  déponente.  On  retrouve  certor  au  lieu  de  certo  dans  l'Ecclésias- 
tique :  De  e.a  re  quœ  te  non  molestât,  ne  certeris.  (Eccli.,  xi,  9.) 

(2)  Nous  avons  vu  saint  Pierre  faire  une  semblable  recommandation 
h  tous  les  fidèles.  (I  Petr.,  m,  15.) 

(3)  Semel  traditœ  fidei.  Ici  semel  signifie  «  une  fois  pour  toutes,  une 
fois  pour  jamais  »  ;  comme  dans  Virgile  :  Procubuit  moriens  et  humum 
semel  ore  momordit  (sEn.,  xi,  418)  ;  et  dans  Horace,  Quod  semel  die- 
tum  est,  veut  dire  :  Ce  que  le  destin  a  proclamé  une  fois  pour  l'éternité. 
(Car m.  sœc,  26.) 


—    497    —  Jud. 

pas  mieux  garder  le  silence,  et  laisser  Terreur  périr  d'elle- 
même?  Car  la  lutte  ne  convertit  pas,  elle  irrite.  Les  dis- 
putes causent  de  fâcheux  troubles  dans  l'Eglise  et  elles 
sont  contraires  à  l'esprit  de  paix  tant  recommandé  par 
Notre-Seigneur.  Voilà  ce  qu'on  entend  répéter  chaque 
fois  qu'une  erreur  s'élève.  Mais  le  pape  Innocent  III  (il 
régnait  au  commencement  du  xine  siècle)  répond  à  ces 
partisans  de  la  paix,  «  que  ne  pas  résister  à  l'erreur,  c'est 
l'approuver  ;  que  la  vérité  est  opprimée  lorsqu'on  ne  la 
défend  pas  ;  et  que  ne  pas  abattre  l'audace  des  pervers 
lorsqu'on  le  peut,  c'est  les  favoriser.  »  Error  cui  non  re- 
sistitur  approbatur ;  et  veritas  qunm  minime  defensatur 
opprimitur;  negligere  quippe,  quum  possis,  deturbare  per- 
versos,  nihil  aliud  est  quam  fovere.  (Innoc.  III,  Distinct. 
83.)  Lors  donc  que  l'erreur  s'insinue  dans  l'Eglise,  par- 
lons, réfutons,  soutenons  la  guerre  comme  de  bons  sol- 
dats de  Jésus-Christ.  Ainsi  faisaient  les  Hilaire  et  les 
Athanase. 

Traditœ  sanctis  fidei.  La  foi  transmise  aux  saints. 
Alors  on  appelait  «  saints  »  tous  les  chrétiens  membres  de 
l'Eglise.  Car  ils  avaient  été  sanctifiés  dans  le  baptême, 
ils  faisaient  profession  d'être  saints,  et,  sauf  un  petit  nom- 
bre, ils  vivaient  dans  une  telle  pureté,  que  tous  ceux  qui 
assistaient  à  la  messe  y  communiaient. 

Traditx  fidei.  Ce  que  l'Eglise  nous  propose  à  croire,  ce 
ne  sont  pas  les  hautes  conceptions  de  ses  docteurs.  Quels 
génies  cependant  que  les  Basile,  les  Augustin,  les  Tho- 
mas, les  Bossuetl  Mais  l'Eglise  ne  nous  dit  point  de  croire 
ce  qu'un  homme  a  découvert  par  la  pénétration  de  son 
esprit;  elle  nous  dit  :  Croyez  ce  qu'un  Dieu  nous  enseigne. 

1.  Subintroierunt  enim  quidam  liomines,  qui  olim  pree- 
scripti sunt  in  Jiocjudicium.  Car  il  s'est  glissé  parmi  vous 
certains  hommes,  prédits  d'avance  comme  devant  s'atti- 
rer ce  jugement. 

Subinti^oienint,  -■j.zv.ni'sjwi ,  clam  irrepserant.  C'est  tou- 
jours par  la  fraude  et  sous  l'apparence  de  la  vertu  que 
l'hérésie  s'introduit  dans  l'Eglise.  Ils  viennent  sous  la 
peau  de  brebis,  dit  Notre-Seigneur,  mais  cette  peau  inno- 

LI  ITRES  CATHOLIQUES  32 


—     498     — 

cente  cache  des  loups  ravissants.  Veniunt  ad  vos  in  ves~ 
timentis  ovium  ;  intrinsecus  antem  sunt  lupi  rapaces. 
(S.  Matth.,  vu,  15.) 

Quidam  hommes.  Les  nouveautés  hérétiques  commen- 
cent par  «  certains  hommes  »  qui  se  séparent  du  commun 
et  ne  veulent  pas  penser  comme  le  reste  de  l'Eglise.  C'est 
un  certain  prêtre  Arius,  un  certain  évoque  Nestorius,  un 
certain  moine  Luther,  qui  font  du  bruit  en  prêchant  une 
nouvelle  doctrine.  Quant  aux  Augustin,  aux  Basile,  aux 
Chrysostome,  ces  grands  génies  mettent  leur  gloire  à 
penser  et  à  défendre  ce  que  tout  le  monde  croyait  avant 
eux. 

Olim  prœscripti,  Trpoyeypaatjivot.  Ces  hommes  funestes, 
qui  se  succèdent  dans  le  cours  des  âges,  ont  été  prédits 
il  y  a  longtemps,  et  les  prophéties  qui  les  dépeignent  nous 
ont  été  transmises  par  écrit.  Saint  Paul  les  annonçait  à 
son  disciple  en  les  nommant  des  hommes  d'un  esprit  cor- 
compu  et  réprouvés  selon  la  foi,  hommes  corrupti  mente, 
reprobi  circa  fidem.  (II  Tim.,  m,  8.)  Saint  Pierre,  dans  sa 
seconde  Epître,  a  fait  d'avance  leur  portrait  ;  et  Notre- 
Seigneur  lui-même  avait  soin  d'avertir  ses  Apôtres  qu'il 
s'élèverait  de  faux  prophètes  :  S  urgent  pseudoprophetœ, 
ecce  preedixi  vobis.  (S.  Matth.,  xxiv,  24.) 

In  hoc  judichim.  Premier  sens  :  ils  ont  été  prédits,  afin 
que,  lorsqu'ils  paraîtront,  ils  soient  reconnus  et  réprouvés 
par  les  pasteurs  de  l'Eglise  et  par  tous  les  vrais  fidèles, 
comme  ils  sont,  en  effet,  maintenant  jugés  et  condamnés. 
Deuxième  sens  :  il  a  été  prédit  que  ces  impies  seraient, 
par  un  juste  jugement  de  Dieu,  abandonnés  à  l'esprit  d'er- 
reur et  à  la  perdition.  Ce  dernier  sens  nous  paraît  le  meil- 
leur. En  vain  essaierez-vous  d'éclairer  ces  insensés  :  ils 
n'ouvriront  pas  les  yeux,  ils  ne  verront  pas  les  vérités 
les  plus  manifestes,  parce  que  Dieu  leur  refuse  sa  lumière 
en  punition  de  leur  orgueil.  Saint  Paul  disait  de  même 
que,  dans  les  derniers  temps,  Dieu  enverrait  des  impos- 
teurs, afin  que  ceux  qui  n'ont  pas  voulu  croire  à  la  vérité 
croient  aux  mensonges  et  soient,  par  leur  propre  folie, 
jugés  et  condamnés.  Mittet  Mis  Deus  operationem  erroris 


—    499    —  Jud. 

at  crcdant  meiidacio,  ut  judicentur  omnes  qui  non  credi- 
derunt  veritali.  (II  Thess.,  n,  10.) 

Impii,  Dei  nostri  çjratiam  transferentes  in  luxuriam. 
Ce  sont  des  hommes  impies,  qui  outragent  notre  sainte 
religion.  Car  «  ils  changent  la  grâce  de  notre  Dieu  en 
luxure.  »  Jésus-Christ  nous  a  apporté  l'Evangile,  c'est-à- 
dire  la  bonne  nouvelle  de  notre  délivrance  du  péché,  de 
la  mort  et  de  l'enfer.  Et  voilà  que  ces  hommes  mauvais 
dénaturent  cette  grâce  admirable  ;  ils  cachent  leur  cor- 
ruption, dit  saint  Pierre,  sous  le  voile  de  la  liberté  chré- 
tienne :  Velamen  malitiœ  habentes  libertatem.  (I  Petr., 
ii,  16.)  Ils  vous  disent  que  la  liberté  qui  nous  a  été  donnée 
par  le  Christ  est  une  licence  impure  ;  ils  enseignent  que, 
la  loi  nouvelle  étant  une  loi  de  liberté,  ceux  qui  la  pro- 
fessent peuvent  satisfaire  sans  crime  tous  les  désirs  de 
leur  chair.  Telle  était  l'infâme  doctrine  des  Simoniens 
et  des  Nicolaïtes,  précurseurs  des  Gnostiques. 

Solum  Dominatorem  et  Dominum  nostrum  Jesum 
Christian  negantes.  En  outre,  ils  renient  Jésus-Christ, 
qui  est  notre  seul  Maître  et  notre  seul  Seigneur,  xov  <j.6vov 
t&Ficforp  y.-À  Kopio*  yjjxôv.  Ce  texte  prouve  la  divinité  de 
Jésus-Christ  ;  car  il  n'y  a  que  le  Dieu  souverain,  dont  on 
puisse  dire  sans  blasphème,  qu'il  est  le  seul  Maître  et  le 
seul  Seigneur,  de  telle  sorte  que  tous  les  autres  maîtres 
et  tous  les  autres  seigneurs  lui  sont  soumis. 

Dominatorem,  en  grec,  Se^ôt^v,  herum.  C'est  de  ce 
nom  qu'un  esclave  appelait  son  maître.  Dominum,  xupiov, 
est  le  titre  que  les  sujets  donnent  au  prince  qui  les  gou- 
verne. Nous  sommes  les  sujets  de  Jésus-Christ,  qui  est 
notre  Seigneur  et  notre  Roi  ;  nous  sommes  môme  en 
réalité  ses  esclaves,  servi.  BoDXoi,  car  nous  lui  appartenons 
par  le  fond  de  notre  substance,  attendu  qu'il  nous  a  créés 
et  rachetés.  Mais,  dans  sa  bonté,  il  veut  bien  nous  consi- 
dérer comme  ses  amis.  Jam  non  dicam  vos  servos...  vos 
autem  dixi  amicos.  (S.  Joan.,  xv,  15.) 

Dominum  Jesum  Christum  negantes.  Ils  renient  Jésus- 
Christ  comme  souverain  Seigneur,  non  seulement  par 
leur  conduite,  mais  par  leurs  discours  impies.  Quand  on 


—    500    — 

leur  rappelle  les  préceptes  de  Jésus-Christ  qui  condam- 
nent leurs  dissolutions,  ils  refusent  de  le  reconnaître  poul- 
ie Maître  suprême,  et  ils  lui  opposent  des  Génies  fabuleux 
qu'ils  inventent. 

Saint  Jude  va  maintenant  choisir  dans  l'Ancien  Testa- 
ment trois  exemples  de  la  colère  divine  contre  les  incré- 
dules, les  orgueilleux  et  les  impudiques,  pour  montrer 
que  ceux  qui  les  imitent  n'éviteront  pas  le  jugement  de 
Dieu. 

5.  Commonere  axitem  vos  volo,  scientes  semel  omnia, 
quoniam  Jésus  (1)  populum  de  terra  JErjypti  salvans, 
secundo  eos  qui  non  crediderunt  perdidit.  Or,  je  veux 
vous  faire  souvenir,  vous  qui  êtes  parfaitement  instruits 
de  toute  la  religion,  que  Jésus,  après  avoir  sauvé  le 
peuple  hébreu  en  le  tirant  de  l'Egypte,  fit  périr  ensuite 
dans  le  désert  ceux  qui  ne  crurent  pas.  C'est  la  figure  du 
châtiment  réservé  aux  nouveaux  incrédules. 

Scientes  omnia.  Vous  qui  connaissez  nos  Livres  saints 
et  l'histoire  de  nos  pères  dont  je  veux  vous  parler.  Semel: 
vous  savez  toutes  ces  choses  ;  car  ce  que  vous  avez  une 
fois  appris,  vous  ne  l'avez  pas  oublié  (2). 

Jésus.  Celui  qui  sauva  nos  pères  de  l'Egypte  et  qui 
punit  ensuite  les  incrédules,  c'est  le  même  Seigneur  que 
nous  avons  vu  de  nos  jours  dans  la  Judée  et  la  Galilée. 
Ce  Jésus  qui  nous  a  parlé,  qui  nous  a  appelés,  dont  nous 
sommes  les  disciples  et  les  Apôtres,  ce  Jésus  de  Nazareth, 
est  le  Fils  de  Dieu  fait  homme.  C'est  lui  qui,  bien  des 

(1)  Jésus,  o  'i*;52Ûs-,  est  la  leçon  des  manuscrits  d'Alexandrie  et  du 
Vatican.  D'autres  portent  b  Kvpios.  De  sages  critiques  font  remarquer 
que  la  leçon  'Iïjjoûs,  reproduite  par  la  Vulgate  et  appuyée  sur  d'excel- 
lents manuscrits,  doit  être  préférée,  parce  qu'étant  plus  difficile  h  com- 
prendre, des  lecteurs  auront  voulu  l'expliquer  par  le  mot  Kvptog,  au 
lieu  que  le  mot  Kvptoç  ne  saurait  l'être  par  'lïjaoûs.  D'ailleurs  saint  Paul 
a  dit  de  même,  dans  sa  première  Epître  aux  Corinthiens,  que  les  Hé- 
breux tentèrent  le  Christ  dans  le  désert  :  Neque  tentemus  Christian, 
sicut  quidam  eorum  tentavenint  et  a  serpentibus  perierunt.  (ICor.,  x,9.) 
—  Populum  de  terra  JEgypti  salvans,  en  grec  acisas,  quum  salvasset. 
Le  participe  latin  salvans  sert  pour  le  présent  et  pour  le  passé.  — 
Salvans,  secundo  perdidit.  C'est  comme  s'il  y  avait  :  Quum  primo 
salvasset,  deinde  perdidit. 

(2)  Voyez  sur  semel  la  note  du  v.  3. 


—    501     —  Jud. 

siècles  avant  de  revêtir  notre  humanité,  régnait  sur  nos 
pères  et  les  guidait  dans  le  désert.  Il  était  hier,  il  est 
aujourd'hui  et  il  sera  dans  tous  les  siècles.  Jcsïis  Chris  tus 
heriet  hodie,  ipse  et  in  sœcula.  (Hebr.,  xm,  8.) 

Eos  qui  non  crediderunt  perdidit.  Moïse,  après  avoir 
tiré  les  Hébreux  de  l'Egj'pte,  les  conduisait  vers  la  terre 
de  Chanaan,  que  leur  promettait  le  Seigneur.  Mais  les 
Hébreux  ayant  appris  que  cette  terre  était  habitée  par 
une  race  de  géants,  perdirent  courage  et  murmurèrent 
contre  Moïse.  Alors  Dieu  irrité  condamna  tous  ceux  qui 
étaient  âgés  de  plus  de  vingt  ans  à  mourir  dans  le  désert, 
excepté  Josué  et  Caleb,  qui  avaient  cru  à  sa  parole.  Les 
cadavres  de  tous  les  autres  jonchèrent  la  terre;  et  ils 
périrent  à  cause  de  leur  incrédulité.  (Num.,  xiv,  29,  et 
xxvi,  65;  et  Hebr.,  ni,  19.) 

A  ce  premier  exemple  de  la  justice  divine,  l'Apôtre  en 
joint  un  second. 

6.  Angelos  vero  qui  non  servaver tint  simmprincipatum, 
sed  dereliquerunt  suum  domicilium,  in  judicium  magni 
diei  vinculis  œternis  sud  caligine  reservavit.  «  Et  les  an- 
ges qui  n'ont  point  conservé  leur  première  dignité,  mais 
ont  quitté  leur  demeure,  le  Christ  les  a  réservés  pour  le 
jugement  du  grand  jour,  en  les  tenant  liés  de  chaînes 
éternelles  dans  les  profondes  ténèbres.  »  Saint  Pierre 
avait  cité  le  même  exemple. 

Principatum,  if//v>.  La  dignité  d'anges  élevait  ces 
esprits  au-dessus  de  toute  la  création  visible,  et  les  cons- 
tituait princes  dans  les  cieux.  Le  terme  domicilium, 
(o'xrjT^p'.ov)  leur  demeure,  veut  dire  le  rang  glorieux  et  la 
fonction  propre  que  chacun  de  ces  esprits  tenait  dans  la 
hiérarchie  des  neuf  chœurs  des  anges. 

Dereliquerunt,  Dieu  ne  les  précipita  dans  les  ténèbres 
que  lorsqu'ils  se  révoltèrent,  quand  ils  quittèrent  eux- 
mêmes  l'ordre  et  le  rang  où  il  les  avait  placés,  et  suivi- 
rent Lucifer  qui  disait  avec  orgueil  :  J'élèverai  mon 
trône  au-dessus  des  astres  et  je  serai  semblable  au  Très- 
Haut,  similis  ero  altissimo.  »  (Is.,  xiv,  14.) 

Maintenant  ils  sont  enchaînés  dans  les  ténèbres  de 


—     502    — 

l'enfer,  et  ils  y  demeureront  jusqu'au  jour  du  jugement 
général,  où  une  dernière  sentence  prononcée  en  présence 
de  toutes  les  créatures  confirmera  leur  condamnation  et 
iixera  leur  supplice.  Car  plusieurs  pensent  que,  pour  les 
démons  comme  pour  les  hommes  réprouvés,  la  mesure 
de  leur  châtiment  ne  sera  définitivement  sanctionnée 
qu'à  la  fin  des  siècles.,  parce  qu'ils  sont  responsables  des 
péchés  qu'ils  font  commettre.  (Catech.  Rom.,  Symb., 
art.  vin,  4.) 

Vinculis  œternis.  La  damnation  éternelle  des  démons 
est  ici  clairement  exprimée. 

Vinculis  sub  caligine.  Ils  sont  emprisonnés  dans  les 
ténèbres  ;  cependant,  avec  la  permission  de  Dieu,  ils 
sortent  des  lieux  infernaux  pour  tenter  les  hommes  ; 
mais  ils  portent  avec  eux  leurs  chaînes  et  leur  supplice. 

7.  Sicut  Sodoma  etGomorrha,  eifinitimœ  civitates  simili 
modo  exfornicatœ,  et  abeuntespost  carnem  alteram,  factœ 
sunt  exemplum,  ignis  œ terni  pœnam  susti?ie?ites.  C'est  le 
troisième  exemple  du  châtiment  réservé  aux  impies  et 
aux  abominables.  «  De  même  encore,  ajoute-t-il,  Sodome 
et  Gomorrhe,  avec  les  villes  voisines  qui  avaient  commis 
de  semblables  fornications  et  couru  après  une  chair 
étrangère,  sont  devenues  un  exemple  pour  toutes  les  gé- 
nérations, en  subissant  la  peine  d'un  feu  éternel.  » 

Finitimœ  civitates.  Ce  sont  les  villes  de  Séboïm  et  d'A- 
dama  ;  elles  commettaient  les  mêmes  impuretés  que 
Sodome  et  Gomorrhe.  La  petite  ville  de  Ségor,  la  cin- 
quième de  la  Pentapole,  fut  épargnée  en  faveur  de  Lotlu 
(Gen.,  xix,  20.) 

Exfomicatœ,  Ixxopveocvffat.  Ce  mot  désigne  non  le  péché 
de  la  fornication  simple,  mais  toute  espèce  d'union  char- 
nelle prohibée  par  la  nature,  comme  l'infâme  péché  qui 
a  tiré  son  nom  de  Sodome. 

Abeantes  post  carnem  alteram.  L'Apôtre  explique  ce 
qu'il  entend  par  exfornicatœ.  Le  mot  caro  altéra  ne  dési- 
gne pas  la  chair  d'un  autre  sexe,  mais  une  chair  autre 
que  celle  qui  est  propre  à  la  génération. 

Factœ  sunt  exemplum.  Ces  villes  sont  devenues  un 


—    503    —  Jud. 

exemple  pour  les  hommes  de  tous  les  siècles.  Une  mer  de 
bitume  en  recouvre  les  ruines.  Toute  végétation  expire 
aux  environs  de  cette  mer  étrange,  dont  les  bords  déso- 
lés ressemblent  à  des  amas  de  cendres.  Tel  est  l'aspect 
que  cette  vallée,  jadis  si  riante  et  si  fertile,  présente 
depuis  quatre  mille  ans.  Le  souvenir  de  ces  villes  fou- 
droyées à  cause  de  leur  impiété  s'est  conservé  chez  les 
peuples  de  l'Orient  et  de  l'Occident  (1). 

Igrus  ccterni  pœnmn  sifsti?ie?ites.  Elles  portent  la  peine 
d'un  feu  éternel.  Saint  Jude  nous  fait  entendre  d'abord 
que  les  suites  de  l'incendie  qui  a  détruit  ces  villes  persis- 
teront de  siècle  en  siècle  jusqu'à  la  lin  du  monde  ;  en 
second  lieu  que  le  feu  qui  les  a  dévorées  est  l'image  du 
feu  éternel  de  l'enfer,  où  leurs  impurs  habitants  sont 
plongés;  et  troisièmement  il  nous  avertit  que  les  héré- 
tiques qui  pèchent  comme  ces  villes  abominables  seront 
punis  comme  elles  d'un  supplice  qui  ne  finira  point  (2). 

8.  Similiter  et  ht  carnem  quidem  maculant,  domina- 
tionem  auiem  spemunt,  majestatem  autem  blasphémant. 
«  Comme  ces  impies  d'autrefois,  les  hommes  dont  nous 
parlons  souillent  leur  chair,  méprisent  la  domination  et 
blasphèment  la  majesté.  »  Ils  doivent  donc  s'attendre  à 
des  châtiments  semblables  (3). 

(1)  Haud  proeul  inde  campi,  qv.os  ferunt,  olim  libères  rnagnisqv e 
m'bibi's  habitat  os,  fubninum  jactu  arsisse.  (Tacit.  Hist.,  v,  7.  — 
Pline,  xii,  54.) 

(2)  Avant  saint  Jude,  l'auteur  du  livre  de  la  Sagesse  avait  cité  le  même 
exemple  :  «  La  Sagesse,  disait-il ,  a  délivré  le  juste,  lorsqu'il  fuyait  du 
milieu  des  impies  qui  périrent  par  le  feu  tombé  du  ciel  sur  les  villes 
de  la  Pentapole.  La  corruption  de  leurs  habitants  est  attestée  par  cette 
terre  qui  fume  encore  après  tant  de  siècles,  qui  demeure  toujours 
déserte,  où  les  arbres  portent  des  fruits  qui  ne  mûrissent  point,  et  où 
l'on  voit  une  statue  de  sel  qui  subsiste  comme  le  monument  d'une  âme 
incrédule.  •  (Sap., x,6.)  —  Cette  statue,  celle  de  la  femme  de  Loth,  existait 
encore  au  temps  de  l'historien  Josèphe,  qui  atteste  l'avoir  vue.  (Ant. 
Jud.,  1.  I,  c.  XI.) 

(3)  Le  grec  porte  :  bftoioéç  pAroi  xaY  ovtoi  ivuffviaÇl/Mvof  wxpx*  u\-,  fued~ 
v©u«,  similiter  et  hi  somniantes  carnem  quidem  maculant.  «  De  même 
ces  hommes  souillent  la  chair  dans  leurs  songes.  >>  D'après  cette  leçon, 
l'Apôtre  appellerait  des  songes  leurs  vains  ijtstènes,  qui  ne  sont  en 
effet  que  des  rêveries  incohérentes.  Telles  étaient  lee  fables  que  débi- 
tait Simon  le  magicien  et  celles  qu'inventèrent  les  Gnostiqu. 


—     504     — 

Carnem  quidem  maculant.  Or,  dans  leurs  rêveries  hé- 
rétiques, ils  souillent  leur  chair  par  des  impuretés  hon- 
teuses, et  ils  autorisent  par  leur  doctrine  les  actions 
infâmes  qui  attirèrent  le  feu  du  ciel  sur  les  villes  de 
Sodome  et  Gomorrhe. 

Dominationem  antem  spermint.  En  outre,  ils  méprisent 
toute  domination,  ils  rejettent  l'autorité  humaine  et  divine, 
ils  se  déclarent  indépendants  de  César,  de  l'Eglise  et  de 
Dieu  ;  ils  se  proclament  libres  de  faire  tout  ce  qu'ils 
veulent. 

Majestatem  autem  blasphémant,  ils  vont  enfin  jusqu'à 
blasphémer  la  Majesté  souveraine  en  prononçant  des 
paroles  injurieuses  contre  Dieu  qui,  disent-ils,  vit  oisif 
dans  les  cieux  et  ne  s'occupe  pas  des  hommes.  Ils  imitent 
dans  leur  orgueil  Satan  et  les  anges  rebelles  (1). 

9.  Qiinm  Michael  archangelus  cum  diabolo  dispulans 
altercarelur  de  Moysi  corpore,  non  est  ausus  judicium 
in  ferre  blasphemiœ,  sed  dixit  :  Imper  et  tibi  Dominas. 
Cependant  lorsque  l'archange  saint  Michel  disputait  avec 
le  diable,  dans  la  contestation  qu'il  eut  avec  lui  au  sujet 
du  corps  de  Moïse,  il  n'osa  proférer  une  sentence  de 
malédiction,  mais  il  se  contenta  de  dire  :  Que  le  Seigneur 
te  commande  ! 

C'est  donc  une  chose  indigne  que  d'entendre  de'chétives 
créatures,  comme  ces  hérétiques,  proférer  des  blasphèmes 
contre  les  majestés  du  ciel  ou  de  la  terre,  quand  le  plus 
puissant  des  anges  évite  de  maudire  Satan  lui-même. 

Archangelus,  o  àf/xyysÀoç.  De  graves  commentateurs 
pensent  que  ce  mot  ne  signifie  pas  que  saint  Michel  soit 
seulement  un  archange,  mais  qu'il  est  le  chef  de  tous  les 
anges,  le  prince  de  tous  les  bienheureux  esprits. 

Quum  altercaretur.  Lorsque  Moïse  fut  mort  dans  la 
terre  de  Moab,  son  corps  fut  enseveli  par  les  anges  dans 


(1)  Selon  le  grec,  il  faudrait  lire  au  pluriel  majestates,  à^Çx;,  comme 
dans  saint  Pierre  (II  Ep.,  h,  10)  ;  par  les  majestés  on  entendrait  les 
esprits  supérieurs  à  l'homme,  les  anges  :  leçon  qui  s'accorde  bien  avec 
la  pensée  suivante. 


—    505     —  Jud. 

une  vallée  près  du  mont  Phogor,  et  nul  homme  ne  connut 
le  lieu  de  sa  sépulture.  (Deutér.,  xxxiv,  6.) 

Quant  à  l'altercation  de  saint  Michel  avec  le  diable,  où 
saint  Jude  avait-il  lu  ce  fait,  dont  les  livres  de  l'Ancien 
Testament  ne  parlent  pas  ?  on  l'ignore.  C'était  sans  doute 
une  de  ces  traditions  vénérables  qui  se  conservaient  dans 
le  peuple  d'Israël  et  dont  on  retrouve  plusieurs  traces 
dans  le  Nouveau  Testament  (1).  Ce  fait  était  bien  connu 
des  Juifs,  puisque  saint  Pierre  le  leur  cite  lui-même. 
(IIEp.,  ii,  11.)  J 

Non  est  ausns  judicium  inferre  blasphemise.  Le  diable 
méritait  sans  doute  la  malédiction,  dit  saint  Jérôme, 
mais  la  malédiction  ne  devait  pas  sortir  de  la  bouche 
d'un  ange.  Merebatur  diabolus  malédiction,  sed  per  ar- 
chançjeli  os  blasphemia  exire  non  debuit.  (S.  Hieron.,  in 
Tit.,  ni,  2.) 

10.  Hi  autem  quœcumque  quidem  ignorant  blasphé- 
mant; quœcnmque  autem  natur aliter,  tanquam  muta  ani- 
malia,  norttnt,  in  his  corrumpuntur.  «  Mais,  pour  ces 
hérétiques,  ils  blasphèment  ce  qu'ils  ignorent;  et  dans 
les  choses  qu'ils  connaissent  naturellement,  comme  les 
animaux  sans  raison,  ils  se  corrompent.  » 

Quœcumque  ignorant  blasphémant.  Ils  raillent  et  ils 
blasphèment  les  sublimes  vérités  de  la  religion  chré- 
tienne, comme  le  mystère  de  la  très  sainte  Trinité,  celui 
de  l'Incarnation,  celui  de  l'Eucharistie,  tandis  que  les 
grands  génies  qui  pénètrent  dans  ces  profondeurs  de  la 
sagesse  et  de  la  bonté  divines  les  admirent  et  les  adorent. 
L'impiété  de  ces  orgueilleux  n'est  égalée  que  par  leur 
ignorance  (2). 


(1)  Act.  Ap  ,  vu,  in  oratione  S.  Stephani;  I  Cor.,  x,  4  ;  Gai.,  m,  19; 
II  Tim.,  m,  8;  Hebr.,  xi,  37 J  S.  Jac,  v,  17;  S.  Luc,  iv,  25.  —  Ces 
traditions  se  transmettaient  des  pères  aux  enfants,  et  se  perpétuaient 
dans  les  écoles  des  docteurs.  Plusieurs  étaient  aussi  consignées  dans 
des  livres  dignes  de  foi,  quoiqu'ils  ne  fussent  pas  canoniques. 

(2)  Quœcumque  ne  veut  pas  dire  ici  «  toutes  les  choses  que  »  ;  c'e^t 
un  pronom  indéfini  l>ien  expliqué  par  Estius  :  Têti  homunciones,  passim 
ta  quœ  non  noverunt,  maledictis  insectantur.  Souvent  on  entend  ces 
impies  railler  des  choses  qu'ils  ne  comprennent  pas. 


—    506    — 

Quœcumque  autem  naturaliter  tanquam  muta  animalia 
norimt,  in  his  corrumpuntur .  Et  les  choses  qu'ils  connais- 
sent naturellement  par  leurs  sens,  comme  les  animaux 
sans  raison  qui  savent  manger,  boire  et  se  reproduire, 
ils  en  abusent  pour  se  corrompre.  De  la  sorte,  ils  descen- 
dent au-dessous  même  des  brutes  ;  car  ces  animaux  se 
contentent  de  satisfaire  les  besoins  de  la  nature. 

11.  Vœ  illis.  Ce  mot  vœ,  malheur  I  est  une  sentence  de 
malédiction  éternelle. 

Vœ  illis,  quia  in  via  Caïn  abierunt.  Malheur  à  eux, 
parce  qu'ils  ont  marché  dans  la  voie  de  Caïn.  Ils  ont  ou- 
blié Dieu  comme  lui;  ils  ont  rempli  leur  cœur  d'envie, 
de  haine  et  d'homicide.  Ils  tuent  les  âmes  de  leurs  frères 
par  leurs  doctrines  empoisonnées,  et  ils  répandent  sur  la 
terre  le  sang  des  serviteurs  de  Dieu.  Toute  hérésie  est 
meurtrière;  car  elle  est  fille  de  Satan,  qui  fut  homicide 
dès  le  commencement. 

Et  errore  Balaam  effusi  sunt,  ils  ont  imité  l'indigne 
prophète  Balaam  qui,  séduit  par  les  présents  de  Balac, 
roi  de  Moab,  se  rendit  auprès  de  lui  pour  maudire  le 
peuple  de  Dieu  ;  et,  s'il  en  fut  empêché  par  le  Seigneur, 
il  donna  cependant  à  ce  prince  le  conseil  impie  d'envoyer 
au  camp  d'Israël  des  femmes  qui  firent  pécher  le  peuple 
et  l'entraînèrent  dans  l'idolâtrie.  (Num.,  xxn,  xxm,  xxiv, 
et  xxxi,  10  ;  et  Apocal.,  n,  14.) 

Mercede  effusi  sunt,  ils  se  sont  donnés  à  l'erreur,  non 
par  conviction,  mais  par  intérêt;  ils  ont  embrassé  et  pro- 
pagé l'hérésie  par  un  motif  de  basse  cupidité. 

Mercede.  Pourquoi  tant  d'hommes  se  montrent-ils  hos- 
tiles à  la  religion,  quand  les  impies  sont  au  pouvoir? 
Cherchez-en  la  cause  :  vous  trouverez  que  la  plupart 
d'entre  eux  sont  payés  ou  qu'ils  espèrent  l'être.  L'avarice 
et  l'ambition  multiplient  les  apostats  (1). 


(1)  Errore  Balaam  mercede  effusi  sunt,  en  grec,  rr}  7T*/avvj  toû  B«>ai,u 
fxcsdoj  kXiyjjBrpv:*.  La  phrase,  très  concise,  peut  se  développer  ainsi  :  Spe 
mercedis  et  lucri  effusi  sunt  in  hœresim  et  in  omne  vithcm,  ut  olim 
Balaam  promissionibus  et  donis  illectus  erravit  a  via  pietatis  et 
jvstitiœ. 


._    507     —  Jud. 

Et  in  contradictions  Core  perierunt.  Et  ils  ont  péri 
dans  l'insurrection  de  Coré.  Son  châtiment  est  destiné  à 
tous  ceux  qui  suivent  son  exemple.  Ayant  imité  sa  rébel- 
lion par  leur  révolte  contre  Dieu  et  contre  son  Eglise, 
plusieurs  ont  déjà  péri  comme  lui  d'une  mort  funeste, 
et  les  autres  seront  ensevelis  dans  les  enfers  comme  le 
furent  ses  complices. 

Dieu  avait  choisi  Moïse  pour  conduire  le  peuple  d'Israël 
et  il  avait  revêtu  Aaron  du  sacerdoce  pour  lui  offrir  des 
sacrifices.  Coré,  jaloux  de  leur  pouvoir,  excita  contre  eux 
une  sédition.  Il  était  soutenu  par  Dathan  et  Abiron  avec 
deux  cent  cinquante  principaux  du  conseil. 

La  terre  s'ouvrit  et  engloutit  Dathan  et  Abiron  tout 
vivants,  avec  leurs  femmes,  leurs  enfants  et  leurs  tentes. 
En  même  temps  une  grande  flamme,  sortant  du  taber- 
nacle, dévora  Coré  et  les  deux  cent  cinquante  rebelles. 
(Nu m.,  xvi.) 

Perierunt.  C'est  peut-être  une  allusion  à  la  mort  de 
Simon  le  Magicien.  Saint  Cyrille  de  Jérusalem  et  d'au- 
tres anciens  auteurs  racontent  que  cet  hérétique  étant 
venu  à  Rome  au  temps  de  Néron,  promit  de  voler  au  ciel. 
Il  se  rendit  au  forum,  et  à  la  vue  d'une  foule  de  specta- 
teurs il  s'éleva  dans  les  airs  par  le  secours  des  démons. 
Alors  saint  Pierre  et  saint  Paul,  qui  étaient  présents,  se 
mirent  en  prière  ;  le  magicien  tomba;  on  l'emporta,  les 
jambes  brisées.  Mais  peu  après,  ne  pouvant  supporter  sa 
honte,  il  se  précipita  d'un  comble  et  se  tua.  Ainsi  finit  le 
premier  des  hérétiques.  (S.  Cyr.,  Catech.  vi,  9;  S.  Aug., 
Haer..  1  ;  Arnob.  in  Gent..  v  ;  Fleury.,  H.  E.,  1.  II,  xxm.} 

Perierunt.  Ce  parfait,  en  style  prophétique,  a  le  sens 
du  futur  et  signifie  certo  peribunt;  leur  perte  est  certaine» 

Caïn,Balaam  et  Coré  nous  représentent  trois  des  prin- 
cipaux vices  qui  font  agir  et  dogmatiser  les  hérétiques, 
savoir  l'envie,  l'avarice  et  l'ambition. 

12.  Ui  sunt  in  epulis  suis  maculœ,  convivantes  sine  ti- 
moré, semet  ipsos  pascentes  ;  nubes  sine  aqua,  quœ  a  ven- 
ds circumferuntur  ;  arbores  autumnalcs,  infructuosœ,  bis* 
mortuœ,  eradicatœ.  Ils  sont  la  honte  des  repas  fraternels 


—    508    — 

qu'ils  prennent  avec  vous,  ils  mangent  sans  retenue  ;  ils 
se  paissent  eux-mêmes.  Ce.  sont  des  nuées  sans  eau,  que 
le  vent  emporte  ça  et  là  ;  ce  sont  des  arbres  qui  ne  fleu- 
rissent qu'en  automne,  arbres  stériles,  deux  fois  morts, 
déracinés. 

In  epulis  suis,  iv  toïç  àya7coïç  ocutwv  (1).  Un  mot  de  saint 
Paul  nous  explique  cette  expression.  Il  y  avait  des  chré- 
tiens intempérants  qui  ne  se  contentaient  pas  des  mets 
communs  servis  dans  les  repas  fraternels  :  ils  apportaient 
•de  chez  eux  des  viandes  et  des  vins  meilleurs,  dont  ils  ne 
faisaient  point  part  aux  autres.  Ils  mangeaient  ainsi  seuls 
«  leurs  propres  agapes  »,  et  ils  buvaient  avec  excès,  tan- 
dis qu'à  la  même  table,  des  chrétiens  pauvres  manquaient 
du  nécessaire.  (I  Cor.,  xi,  21.)  L'Apôtre  saint  Pierre,  dans 
sa  seconde  Epître,  flétrit  de  même  cette  honteuse  intem- 
pérance. (II  Petr.,  ii,  13.) 

Convivantes  sine  timoré,  ils  mangent  au  milieu  de  vous 
sans  retenue  et  sans  pudeur,  n'ayant  aucune  honte  de  se 
livrer  à  une  grossière  intempérance. 

Se  ipsos  pascentes,  eauroùç  7rotu.aivovTsç,  ils  ne  sont  oc- 
cupés qu'à  se  paître  eux-mêmes  et  à  se  repaître,  sans 
faire  attention  au  prochain.  Pascentes.  Comme  un  pâtre 
conduit  ses  taureaux  dans  un  herbage  pour  qu'ils  s'y 
rassasient,  de  même  ils  portent  leur  gourmandise  aux 
repas  chrétiens  pour  l'assouvir. 

Se  ipsos  pascentes.  D'autres  entendent  que,  loin  de  paître 
les  fidèles  avec  les  paroles  d'une  saine  doctrine,  ils  n'ont 
en  vue  que  leur  profit  ;  ils  rançonnent  ceux  qui  les  écou- 
tent. Tels  étaient  ces  docteurs  de  Corinthe  dont  parle 
saint  Paul  lorsqu'il  dit  :  «  Vous  souffrez  ceux  qui  vous 


(1)  Des  éditions  grecques  donnent  :  h  àyameûs  ty*wv,  in  epulis  vestris, 
lorsqu'ils  prennent  part  a  vos  agapes.  —  Quant  au  mot  oitàxiïes,  ma- 
cules, il  y  a  des  hellénistes  qui  prétendent  corriger  la  Vulgate  en  tra- 
duisant ce  mot  par  scopuli,  «  ils  sont  des  écueils  dans  leurs  repas.  » 
Sens  bizarre.  Ces  prétendus  savants  ignorent  que,  si  cnà?.;  avec  c  bref 
cignifie  en  effet  scopulus,  cnàxç  avec  t  long  est  synonyme  de  on~ùoç, 
macula,  employé  par  saint  Pierre  lorsqu'il  exprimait  la  même  pensée  : 
Coinquinationes  et  maculœ  (znÏÏQi  zsù  ftâpoi),  deliciis  a/fluentes,  in 
eonviviis  suis  luxuriantes  vobiscum.  (II  Petr.,  n,  13.) 


—    509    —  Jud. 

dévorent,  ceux  qui  prennent  votre  bien.  »  Susiinctis  enim 
si  cjuis  dévorât,  si  qais  accipit.  (II  Cor.,  xi,  20.) 

Nubes  sine  aqua.  Ce  sont  des  nuées  qui  promettent  une 
pluie  féconde,  et  qui  ne  donnent  point  d'eau.  Ainsi  les 
hérétiques  s'annoncent  comme  devant  verser  sur  le 
inonde  les  flots  d'une  doctrine  salutaire,  et  ils  ne  répan- 
dent que  les  ténèbres  et  la  désolation.  Quel  bien  Luther 
et  Calvin  ont-ils  apporté  au  monde?  Des  erreurs  avec 
des  ravages,  des  incendies,  des  haines  sanglantes  et  des 
guerres  civiles. 

Quas  a  ventis  circiunferuntur,  nuées  inconstantes  qui, 
poussées  par  le  souffle  des  vents,  changent  de  forme  sans 
cesse. 

Arbores  autumnales,  o£vBpa  cpOivoTuopivà,  arbres  qui  ne 
fleurissent  qu'à  la  fin  de  l'automne,  qui  n'offrent  qu'un 
vain  feuillage  pendant  toute  la  saison  des  fruits.  S'ils 
finissent  par  montrer  quelques  fleurs,  elles  sont  bientôt 
flétries  par  le  souffle  de  l'hiver.  Il  en  est  ainsi  des  doc- 
teurs de  mensonge.  Sur  la  fin  de  leur  vie,  ils  paraissent 
quelquefois  devenir  sérieux,  ils  prononcent  des  paroles 
qui  semblent  annoncer  un  retour  vers  la  religion.  Vaines 
espérances  :  ils  ne  confessent  point  qu'ils  se  sont  trom- 
pés ;  ils  ne  s'humilient  point  devant  Dieu,  et  l'impie  va 
rejoindre  ceux  qu'il  a  précipités  dans  l'abîme. 

Aussi  l'Apôtre  ajoute-t-il  arbores  infructuosœ.  Non,  ces 
arbres  ne  donneront  pas  de  fruits.  Lors  même  qu'ils  en 
promettent,  n'en  attendez  pas. 

Et  pourquoi  ?  parce  qu'ils  sont  morts  et  deux  fois  morts, 
bis  mortuœ  :  morts  dans  leur  tige  et  dans  leur  racine.  Ils 
sont  morts  premièrement  par  le  péché  mortel,  qui  est  la 
mort  simple  de  l'âme  ;  et  secondement  par  l'hérésie,  qui 
est  une  double  mort  ;  car  ce  crime  tue  la  foi  qui  restait 
encore  comme  une  racine  de  vie.  Mais  cette  racine  est 
elle-même  morte,  arrachée,  eradicatœ . 

Non,  ces  arbres  desséchés  et  arrachés  du  sol  de  l'Eglise 
ne  reverdiront  jamais  :  ils  ne  sont  bons  qu'à  jeter  au  feu. 
Excidetur  et  in  ignem  mittetur.  (S.  Matth.,  m,  10.) 

13.  Fluctus  feri  maris  despwnantes  suas  confusiones. 


—     510    — 

Ce  sont  des  vagues  furieuses,  comme  celles  d'une  mer 
soulevée  ;  ils  jettent  partout  l'écume  de  leurs  propres 
infamies.  En  grec  xàpAta  âtypia  ÔctXotff<njç,  undx  efferœ  maris. 
Ils  sont  violents  dans  leurs  discours,  et  ils  vomissent  de 
leur  cœur  des  flots  de  corruption,  comme  une  écume 
immonde. 

Cette  nouvelle  comparaison  note  trois  caractères  des 
hérétiques.  Ils  sont  inconstants  dans  leur  doctrine  comme 
les  vagues  de  la  mer  ;  ils  soulèvent  de  grands  troubles 
dans  l'Eglise  et  parmi  les  peuples;  ils  se  déshonorent 
eux-mêmes  par  des  paroles  et  des  actions  infâmes. 

Ne  dirait-on  pas  que  l'Apôtre  juge  la  vie  et  les  écrits 
de  Luther,  de  Voltaire  et  de  nos  modernes  impies?  Quand 
on  a  lu  leurs  ouvrages,  on  est  forcé  de  les  mépriser  :  de- 
spumant  confasiones  suas.  La  parole  de  saint  Jude  rap- 
pelle celle  d'Isaïe  :  «  Les  impies  sont  comme  une  mer 
agitée  qui  ne  peut  se  calmer,  et  dont  les  flots  vont  inonder 
le  rivage  d'une  écume  fangeuse.  »  (Is.,  lvii,  20.) 

Sidéra  errantia.  Plusieurs  de  ces  hommes  avaient  des 
talents  brillants,  l'on  espérait  qu'ils  allaient  répandre 
sur  l'Eglise  la  lumière  de  la  vérité  ;  mais  ils  ont  paru 
comme  des  astres  errants  qui  secouent  sur  le  monde  des 
feux  sinistres. 

Saint  Jude  compare  les  hérétiques  à  ces  comètes  que 
nous  voyons  passer  dans  notre  monde,  puis  aller  s'en- 
foncer dans  les  solitudes  infinies  de  l'espace. 

Quibus  procella  tenebrarum  servata  est  in  œternum, 
La  tempête  des  ténèbres  est  réservée  pour  l'éternité  à  ces 
impies  (1).     - 

Ces  hommes  funestes  qui  ont  répandu  dans  l'Eglise 
les  ténèbres  de  l'erreur  sous  le  nom  de  lumière,  méritent 
bien  d'être  envoyés  eux-mêmes  dans  les  éternelles  ténè 

(1)  En  grec,  oU  b  Çipog  roï  gxôtouç  ds  sawva  t£t»5/î-/?t5u,  quibus  caligo 
tenebrarum  in  œtermcm  servata  est.  La  Vulgate  peut  s'expliquer  dans 
le  même  sens  ;  car  le  mot  procella  ne  signifie  pas  seulement  une  tem- 
pête, mais  encore  un  sombre  amoncellement  de  nuages,  comme  lorsque 
Lactance  dit  en  racontant  l'ascension  de  Notre-Seigneur  :  circumvolvit 
eum  procella  nubis,  et  subtractum  oculis  hominum  rapuit  in  cœlum. 
(De  Morte  persecut.,  c.  n.)  Voyez  II  Petr.,  n,  17. 


—    511    —  Jud. 

bres  des  supplices.  Recte  in  tenebras  tormentorum  mit- 
tentur  œtemas,  qui  in  Eccîesia  Dei  sab  nomine  lucis  te- 
nebras inducebant  errorum.  (Beda.) 

14  et  15.  Prophetaviê  autemetde  his  septimus  ab  Adam 
Enoch,  dicens  :  Ecce  venit  Dominas  in  sanctis  millions 
sais,  — facere  jadicium  contra  omnes,  et  arguere  omnes 
impios  de  omnibus  opcribus  impietatis  eorum,  çuibus 
impie  egerunt,  et  de  omnibus  dttris  quœ  locuti  sunt  con- 
tra Deumpeccatorcs  impii.  C'est  encore  des  mêmes  hommes 
qu'Enoch,  qui  fut  le  septième  depuis  Adam,  a  prophétisé 
en  ces  termes  :  «  Voilà  que  le  Seigneur  va  venir  avec  ses 
milliers  de  saints,  pour  exercer  son  jugement  sur  tous 
les  hommes,  et  pour  convaincre  tous  les  impies  de  toutes 
les  œuvres  d'impiété  qu'ils  ont  criminellement  accomplies, 
et  de  toutes  les  paroles  injurieuses  que  les  pécheurs  im- 
pies ont  proférées  contre  lui.  » 

Saint  Jude  cite  les  paroles  d'Enoch  pour  confirmer  ce 
qu'il  avait  dit  plus  haut  des  hérétiques  :  «  Il  y  a  long- 
temps que  leur  jugement  est  consigné  dans  les  Ecri 
tures.  »  Olirn  prxscripti  sunt  in  hoc  judicium. 

Septimus  ab  Adam.  Voici,  en  effet,  l'ordre  généalo- 
gique des  sept  premiers  patriarches  :  Adam,  Seth,  Enos, 
Caïnan,  Malaléel,  Jared,  Enoch,  né  l'an  du  monde  622  et 
enlevé  au  ciel  l'an  987. 

Prophctavit  Enoch.  Plusieurs  ont  voulu  rejeter  cette 
Epître  comme  ne  pouvant  pas  être  inspirée  de  Dieu,  parce 
que  saint  Jude  citerait,  disent-ils.  le  livre  d'Enoch,  qui 
est  apocryphe.  Mais  citer  un  passage  d'un  livre,  ce  n'est 
pas  approuver  le  livre  lui-même  ni  tout  ce  qu'il  contient. 
Saint  Paul  cite  des  poètes  païens  :  Aratus,  Ménandre, 
Epiménide  ;  est-ce  qu'il  garantit  l'orthodoxie  de  leurs 
poèmes?  (Act.  A.,  xvn,  28;  I  Cor.,  xv.  33  ;  Tit.,  i,  12.) 

D'ailleurs  il  n'est  point  prouvé  que  saint  Jude  cite  le 
livre  apocryphe  d'Enoch.  La  prophétie  de  ce  patriarche 
avait  pu  se  conserver  par  la  tradition  orale,  ou  même 
être  insérée  dans  des  ouvrages  que  possédaient  les  Juifs 
et  que  nous  n'avons  plus. 

Enfin,  plusieurs  ont  pensé  qu'Enoch  avait  écrit  un  livre 


—    512    — 

prophétique  qui  aurait  été  conservé  par  Noé,  mais  inter- 
polé dans  la  suite  des  temps.  (Tertull..  de  Habitu  mul.,  3; 
S.  Aug.,  Civ.  D.,  1.  XV,  c.  xxin  ;  et  1.  XVIII,  c.  xxxvm.) 

Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  certain  qu'Enoch  a  prophétisé; 
les  paroles  que  saint  Jude  lui  attribue  sont  divines,  et 
elles  étaient  reconnues  comme  authentiques  avant  que 
saint  Jude  les  eût  rapportées  (1). 

Dicens  :  Ecce  venit  Domhius  in  sanctls  millibus  suis.  Le 
Seigneur  descendra  du  ciel  accompagné  des  milliers  de 
ses  saints  anges. 

Dominas.  Le  Seigneur  dont  il  parle,  c'est  le  Christ. 
Car  le  Père  a  donné  au  Fils  la  puissance  de  juger  toute 
créature  :  Pateromne  judicium  dédit  F ilio.  (S.  Joan.,v,  22.) 
Par  là  est  confirmée  cette  parole  de  saint  Pierre,  que  tous 
les  prophètes  rendent  témoignage  au  Christ,  puisque  le 
Christ  est  annoncé  comme  Juge  du  monde  dans  le  frag- 
ment qui  nous  reste  d'Enoch,  le  plus  ancien  des  pro- 
phètes. Huic  omnes  prophetœ  testimonium  perhibent. 
(Act.,  x,  43.) 

Il  a  donc  été  annoncé  dès  les  premiers  temps  que  le 
Seigneur  viendra  à  la  fin  des  siècles  juger  tous  les  hom- 
mes :  facere  judicium  contra  omnes.  Cela  ne  veut  pas 
dire  que  tous  seront  accusés  et  condamnés,  mais  que  tous 
comparaîtront  devant  le  tribunal  du  souverain  Juge,  qui 
récompensera  les  justes  et  punira  les  coupables. 

In  sanctis.  Ce  mot  désigne  les  anges.  Lorsque  Jésus- 
Christ  descendra  du  ciel  avec  ses  milliers  d'anges,  en  ce 
moment  les  hommes  saints  ressusciteront  et  s'élèveront 
dans  l'air  à  sa  rencontre.  (I  ïhess.,  iv,  16.)  Jésus-Christ 
nous  apprend  lui-même  que  le  Fils  de  l'homme  viendra 
dans  la  gloire  de  son  Père,  avec  une  grande  puissance  et 
une  grande  majesté,  et  que  tous  les  anges  l'accompagne- 
ront :  et  omnes  angelicum  eo.  Alors  il  s'asseyera  sur  son 
trône  et  jugera  tous  les  hommes.  (S.  Matth.,  xvi,  27  ;  et 
xxiv,  30  ;  et  xxv,  31  ;  S.  Marc,  xm,  26  ;  S.  Luc,  xxi,  25.) 

(1)  Scripsisse  nonnulla  divina  Enoch,  illum  septimum  ab  Adam, 
negare  non  possumus,  quum  hoc  in  epistola  canonica  Judas  apostolus 
dicat.  (S.  Aug.,  Civ.  D.,  1.  XV,  c.  xxm.) 


—    513    —  Jud. 

hi  sanclis  millions  suis%  èv  àyi'atç  [/.upiàaiv  aùrou,  il  viendra 
avec  ses  saintes  myriades.  Le  prophète  Daniel  voulant 
nous  faire  entendre  que  le  nombre  des  anges  est  incalcu- 
lable, dit  que  des  milliers  de  mille  servaient  le  Seigneur, 
et  dix  mille  fois  des  centaines  de  mille  se  tenaient  en  sa 
présence  :  Millia  millium  ministrabant  ei,  etdecies  millies 
cenicna  millia  assistebant  ei.  (Dan.,  vu,  10.)  (1) 

Etarrjuere  om?ies  impios  de  omnibus  operibus  impietatis 
eorum,  quibus  impie  egerunt.  Le  Seigneur  viendra  con- 
vaincre tous  les  impies  devant  les  anges  et  devant  les 
hommes,  à  la  face  de  l'univers  assemblé,  et  il  manifes- 
tera toutes  les  actions  de  ces  impies  (2).  Que  de  hontes 
seront  alors  révélées  au  grand  jour  ! 

Mais  les  actions  ne  seront  pas  seules  condamnées  :  les 
paroles  d'incrédulité  et  de  blasphème  seront  aussi  frap- 
pées de  châtiments  terribles.  Et  de  omnibus  duiis  quœ 
locuti  sunt  contra  Deum. 

Toute  violation  de  la  loi  divine  sera  punie.  Cependant 
Enoch  semble  oublier  tous  les  autres  coupables,  pour  ne 
s'occuper  que  des  pécheurs  impies,  peccatores  impii.  C'est 
par  eux  qu'il  termine  sa  terrible  prophétie,  à^.apT(oXoi 
àaeêeïç,  car  ils  sont  proprement,  comme  Satan,  les  ennemis 
de  Dieu  et  de  son  Christ.  Tel  est  le  sort  réservé  aux 
hérétiques  qui  infestent  l'Eglise. 

Saint  Jude  va  continuer  de  les  dépeindre. 

16.  Hi  sunt  murmuratores,  querulosi,  secundum  desi- 

(1)  In  sanctis  millibus  suis.  On  voit  une  allusion  à  la  prophétie  d'Enoch 
dans  saint  Paul  :  In  adventu  Domini  nostri  Jesn  Christi  cum  omnibus 
sanctis  ejvs.  (I  Thess.,  m,  13)  ;  et  dans  le  Deutéronome  :  Appariât  de 
monte  Pharan,  et  cum  eo  sanctoncm  millia.  (xxxm,  2.)  Et  dans  Za- 
charie  :  Et  reniet  Dominus  I)evs  meus,  omnesque  sancti  cum  eo. 
(xiv,  5.) 

(2)  En  grec  :  it€p\  rovtw  twv  Spyav  cfofSs ta; /kùt&v,  «  il  les  convaincra 
de  toutes  leurs  œuvres  d'impiété.  »  Cela  suffisait;  mais  le  prophète 
ajoute  par  un  pléonasme  énergique  :  Su  îfliGwxv,  impiétés  qu'ils  ont 
faites  avec  impiété.  Quibus  impie  egerunt  est  un  hellénisme,  pour  7""' 
impie  egerunt,  wv  ^i^s-x^  au  lieu  de  à  r^iQ^x-j.  (Synt.,  i.xxvi.)  — 
L'Apôtre  accumule  à  dessein  les  mots  qui  expriment  l'impiété:  car  c'est 
un  péché,  non  de  faiblesse  ou  d'iguoranee,  mais  d<>  malice  obstinée  : 
péché  qui  défie  la  justice  de  Dieu,  insulte  sa  clémence  et  conduit,  pres- 
que avec  certitude,  à  la  mort  éternelle.  (I  Joan.,  v,  1(3.) 

MITRES    CATIIOMQPKS  33 


—    514    — 

deria  sua  ambulantes,  et  os  eoritm  loquitur  sitperba,  mi- 
rantes personas  quœslus  causa.  Autant  de  traits  qui  les 
caractérisent  et  les  font  connaître. 

D'abord  ce  sont  des  murmurateurs,  fv^fwmi  :  ils  censu- 
rent tous  les  actes  de  l'autorité,  ils  rabaissent  les  vertus 
et  dénigrent  les  intentions  de  ceux  qui  président  dans 
l'Eglise. 

Querulosi,  us^iW.co-.,  ils  se  plaignent  toujours,  et  ils 
ne  trouvent  jamais  qu'on  les  traite  selon  leur  mérite.  Il 
en  est  même  qui  ont  l'audace  de  murmurer  contre  la 
divine  Providence. 

En  second  lieu,  ce  qui  dirige  leur  conduite,  ce  n'est 
point  la  crainte  de  Dieu  ou  l'amour  des  hommes  ;  ils 
suivent  les  mouvements  de  leurs  passions  :  secundum 
desideria  sua  ambulantes. 

Troisièmement,  leur  bouche  profère  des  paroles  d'or- 
gueil ;  ils  sont  pleins  d'estime  d'eux-mêmes  et  de  mépris 
pour  les  autres.  Et  os  eorum  loquitur  superba. 

Cependant  il  y  a  des  personnes  qu'ils  admirent  et  qu'ils 
vantent  :  ce  sont  les  hommes  dont  ils  attendent  des  récom- 
penses. L'intérêt  les  rend  flatteurs  :  mirantes  personas 
quœstus  causa.  L'apôtre  avait  déjà  dit  que  l'amour  du  gain 
leur  faisait  imiter  la  prévarication  de  Balaam. 

A  la  plus  ancienne  prophétie  qui  nous  soit  parvenue, 
saint  Jude  va  joindre  les  plus  récentes  :  celles  des  Apôtres. 
17  et  18.  Vos  autem,  charissimi,  memores  estote  verbo- 
rum  quse  prœ  dicta  sunt  ab  Apostolis  Domini  nos  tri  Jesu 
Christi;  —  qui  dicebant  vobis  quoniam  in  nocissimo  tem- 
pore  veyiient  illusores,  secundum  desideria  sua  ambulantes 
in  impietatibus.  «  Pour  vous,  mes  bien-aimés,  souvenez- 
vous  de  ce  qui  a  été  prédit  par  les  Apôtres  de  Notre- Sei- 
gneur Jésus-Christ.  Ils  vous  disaient  qu'aux  derniers 
temps  il  viendrait  des  imposteurs  qui  marcheraient  au 
gré  de  leurs  passions  dans  toute  sorte  d'impiétés.  » 

Ce  passage  prouve  clairement  que  cette  Epître  a  été  com- 
posée après  la  seconde  de  saint  Pierre,  puisque  saint  Jude 
en  cite,  avec  les  mêmes  termes,  le  verset  troisième  du  troi- 
sième chapitre,  en  attribuant  ces  paroles  aux  Apôtres  du 


—    515    —  Jud. 

Seigneur.  Et  s'il  indique  les  Apôtres  au  pluriel,  c'est  qu'il 
entend  joindre  le  témoignage  de  saint  Paul,  lequel  écrivait 
aussi  à  Timothée  que,  «  dans  les  derniers  temps  plusieurs 
abandonneraient  la  foi  pour  embrasser  des  doctrines  de 
démons  »  ;  in  novissimis  temporibus,  discedenl  quidam  a 
fide,  atlendentes  spiritibus  erroris  et  doctrinis  dœmonio- 
rum.  (I  Tim.,  iv,  1  ;  et  II  Tim.,  nr,  1.) 

Dicebant  vobis,  ils  vous  le  disaient.  Maintenant  ils  ne 
vous  le  disent  plus;  car  ils  ont  été  immolés  pour  le  nom 
de  Jésus-Christ.  Saint  Jude  écrivait  cette  lettre  après  le 
martyre  de  saint  Jacques  le  majeur,  de  saint  Jacques  le 
mineur  son  frère,  et  celui  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul. 
Peut-être  même  restait-il,  avec  saint  Jean  et  saint  Simon, 
le  seul  survivant  des  x\pôtres.  Car  on  ignore  l'époque 
précise  de  la  mort  de  saint  Simon  et  de  saint  Jude,  qui 
souffrirent  ensemble  le  martyre  en  Perse. 

Dicebant.  Il  ne  dit  pas  scribebant,  car  tous  les  Apôtres 
n'ont  pas  écrit,  et  ceux  mêmes  qui  ont  écrit  n'ont  pas 
écrit  tout  ce  qu'ils  ont  enseigné.  Or  l'on  doit  respecter 
comme  divin  leur  enseignement  oral,  aussi  bien  que  les 
paroles  qu'ils  nous  ont  transmises  par  l'écriture. 

In  novissimo  tempore.  Le  dernier  temps  est  la  période 
qui  court  du  premier  au  second  avènement  du  Christ. 

Venient  illusores  secundum  desideria  sua  ambulantes. 
Saint  Jude  reproduit  ici,  comme  nous  l'avons  remarqué, 
les  paroles  de  saint  Pierre,  c  Sachez  qu'il  viendra,  aux 
derniers  temps,  des  fourbes  et  des  imposteurs  qui  sédui- 
ront les  simples  et  qui  marcheront  au  gré  de  leurs  désirs 
dans  toute  sorte  d'impiétés.  »  (  II  Petr.,  ni,  3.) 

Illusores,  saimxTa'.  (d'  èaTtatÇw,  illiido).  Ce  sont  des  im- 
posteurs :  ils  se  jouent  de  la  crédulité  des  hommes;  ils 
méprisent  ceux  qu'ils  trompent. 

Ambulantes  in  impietatibus.  Céder  à  l'entraînement  de 
la  passion,  c'est  ce  qui  arrive  à  un  grand  nombre  de 
pécheurs  :  ils  tombent,  se  relèvent  et  leur  faiblesse  les 
fait  retomber  encore.  Mais  ce  qui  rend  les  inventeurs 
d'hérésies  spécialement  criminels,  c'est  qu'ils  marchent 
constamment  dans  leurs  impiétés,  c'est  qu'ils  légitiment 


—    516     - 

et  propagent  les  vices  non  seulement  par  leurs  exemples, 
mais  encore  par  leurs  doctrines  impures. 

19.  11  i  sunt  gui  segregant  semet  ipsos,  animales,  spi- 
ritum non  habentes.  D'abord  ils  se  séparent  eux-mêmes 
du  commun  des  fidèles  ;  ils  forment  des  groupes  qui  ne 
pensent  point  comme  les  autres  chrétiens;  ils  prétendent 
corriger  la  tradition  apostolique  et  réformer  l'enseigne- 
ment général  des  pasteurs.  Ils  veulent  se  distinguer  de 
la  foule. 

Secondement,  ils  sont  animales,  ^u/txot.  Ce  mot  dérivé 
Ranima,  ^oyf^  présente  deux  significations,  selon  qu'on 
l'entend  de  l'âme  sensitive,  ou  de  l'âme  intelligente.  Dans 
la  première  acception,  le  terme  animales  veut  dire  que 
les  hérétiques  se  conduisent  selon  les  désirs  des  sens  et 
qu'ils  veulent  satisfaire  leurs  appétits  charnels  par  toutes 
sortes  de  voluptés.  Ils  mènent  une  vie  animale. 

Si  l'on  rapporte  animales,  <W/yA,  à  l'âme  intelligente, 
ce  mot  répondra  à  peu  près  à  notre  terme  de  rationalistes. 
Ils  ne  raisonnent  point  selon  les  principes  de  la  foi;  ils  se 
bornent  aux  connaissances  qu'ils  peuvent  acquérir  par 
leurs  facultés  naturelles  ;  ils  rejettent  la  parole  révélée, 
et,  par  un  juste  jugement  de  Dieu,  ils  tombent  au-dessous 
de  la  raison  humaine,  perdent  le  bon  sens  vulgaire  et 
deviennent  insensés.  Dicentes  se  esse  sapientes  stulti  facti 
sunt.  (Rom.,  i,  22.) 

Rien  n'empêche  d'admettre  les  deux  interprétations. 
Car  Dieu  livre  à  leur  sens  réprouvé  les  orgueilleux  qui 
rejettent  sa  parole  ;  en  sorte  qu'on  les  voit  se  déshonorer 
par  les  actions  les  plus  honteuses.  (Rom.,  i.  —  Voyez 
S.  Jac,  ni,  15  ;  et  S.  Joan.,  i,  6.) 

Enfin,  ils  n'ont  point  l'esprit  sublime  qu'ils  se  vantent 
de  posséder,  spiritum  non  habentes  (1).  C'est  encore  ce 


(l)  Spiritum  non  habentes,  irveû/ta  ,u-ô  e^wre».  Si  l'Apôtre  avait  mis 
ib  nveû/uœ  avec  l'article,  il  eût  désigné  le  Saint-Esprit  ;  mais  ayant  écrit 
seulement  irveu/*«  sans  article,  il  fait  entendre  que  ces  hérétiques  n'ont 
point,  comme  ils  s'en  vantent,  l'esprit  éclairé  de  lumières  supérieures. 
—  Les  Gnostiques  prétendaient  qu'en  possédant  la  science  sublime  de 
l'Etre  suprême,  ils  étaient  devenus  spiritales,  TtviupxTtxot,  et  ils  mépri- 


—     517     —  Jucf. 

que  saint  Paul  disait  aux  Corinthiens  :  L'homme  animal, 
grossier,  qui  suit  les  appétits  charnels,  ou  .l'homme  qui 
veut  se  réduire  aux  seules  lumières  de  sa  raison,  ne 
conçoit  point  les  vérités  qu'enseigne  l'Esprit  de  Dieu. 
Animalis  homo  non  percepit  ea  quae  sunt  Spiritus  Dei. 
(I  Cor.,  ii,  14.) 

20.  Vos  autem ,  charissimi ,  supergedificantes  vosmet 
ipsos  sanctissimœ  vestrœ  fidei,  in  Spiritu  Sancto  orantes. 
Pour  vous,  mes  bien-aimés,  ayez  soin  d'élever  dans  vos 
âmes  un  édifice  spirituel  sur  le  fondement  de  votre  très 
sainte  foi,  en  priant  dans  le  Saint-Esprit. 

C'est  la  conclusion  de  l'Epître.  Saint  Jude  a  prémuni 
les  fidèles  contre  les  hérétiques.  Maintenant  il  leur  dit  : 
la  foi  que  vous  avez  reçue  et  que  vous  gardez,  est  véri- 
table, inébranlable  et  très  sainte.  Il  faut  bâtir  sur  ce 
ferme  fondement  l'édifice  de  votre  perfection. 

Superœdi/îcantes.  Chaque  fidèle  doit  faire  de  son  cœur 
un  temple  orné  de  vertus,  afin  que  la  majesté  de  Dieu  y 
réside.  Rien  de  plus  fréquent  dans  les  discours  aposto 
liques  que  ce  terme  d'édifice  spirituel  que  nous  élevons, 
de  maison  que  nous  bâtissons,  de  temple  saint  que  nous 
édifions  et  dont  nous  faisons  partie  nous-mêmes,  étant 
posés,  comme  des  pierres  vivantes,  sur  le  fondement  qui 
est  Jésus-Christ.  Et  ipsi  tcuujuam  lapides  vivi  superaedifï- 
camini,  domns  spiritualis.  (I  Petr.,  ir,  5.)  Nous  entrons 
dans  la  structure  de  cet  édifice  de  vertus  pour  devenir 
la  maison  de  Dieu  par  le  Saint-Esprit  qui  habite  en  nous. 
Et  vos  coœdificamini  in  habUaculum  Dei  in  Spiritu. 
(Eph.,  ii,  22.)  C'est  ce  que  saint  Augustin  explique 
avec  clarté  par  ces  paroles  :  «  La  maison  de  Dieu  est 
fondée  par  la  foi,  élevée  par  l'espérance,  achevée  et  per 
fectionnée  par  la  charité.  »  Domus  Deicredendo  fundatur, 
sperando  erigitur,  dilicjendo  perficitur.  (Sermo  xxvi,  1.) 

In  Spiritu  Sancto  orantes.  Il  faut  invoquer  l'Esprit- 
Saint  pour  bien  prier;  car  c'est  lui  qui  nous  excite  à  la 

saient  le  reste  des  ho  mains  qui  n'étaient  a  leurs  yeux  que  des  animales 
ou  psychites,  ^-/ia-â.  Saint  Jude  déclare  au  contraire  qu'ils  sont  eux- 
mêmes  animales  et  ni 'ii  tpiritaUê. 


—     518     — 

prière,  lui  qui  prie  en  nous,  lui  qui  gémit  en  nous  ;  et 
sans  sa  grâce,  nous  ne  pouvons  pas  même  invoquer  le 
nom  du  Seigneur  Jésus.  (Rom.,  vin,  26;  I  Cor.,  xn,  3.) 
Ils  se  trompent  donc  ceux  qui  croient  pouvoir  prier  par 
la  seule  force  de  leur  volonté.  Falluntur  qui putant  esse  a 
nobis,  non  dari  nobis,  ut  petamus,  quœramus,  pulsemus. 
(S.  Aug.,  De  Dono  persev.,  xxni.) 

21.  Vosmet  ipsos  in  dilectione  Dei  servate  exspectantes 
miser icordiam  Domini  nostri  Jesu  Christi  in  vitam  œter- 
nam.  Elevant  dans  vos  âmes  l'édifice  des  vertus  chré 
tiennes,  «  conservez-vous  dans  l'amour  de  Dieu,  et  atten 
dez  la  miséricorde  de  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  pour 
obtenir  la  vie  éternelle.  »  Nous  nous  conserverons  dans 
l'amour  de  Dieu,  si  nous  posons  des  œuvres  pieuses  sur 
le  fondement  de  la  foi,  et  si  nous  prions  dans  le  Saint- 
Esprit  qui  prie  avec  nous  et  pour  nous,  lorsque  nous 
l'invoquons.  (Rom.,  vin,  26.)  Alors  nous  pourrons  atten- 
dre avec  confiance  la  vie  éternelle,  qui  nous  sera  donnée 
par  la  miséricorde  de  Notre-Seigneur  et  Sauveur  Jésus- 
Christ. 

In  dilectione  Dei,  conservez-vous  dans  l'amour  de  Dieu. 
Est-ce  l'amour  dont  Dieu  nous  aime,  ou  par  lequel  nous 
aimons  Dieu  ?  C'est  l'un  et  l'autre  amour,  car  celui  qui 
aime  Dieu  est  aimé  de  Dieu. 

Misericordiam  Domini  in  vitam  œternam.  Nous  devons 
opérer  nous-mêmes  notre  salut.  Cependant  nous  attendons 
la  vie  éternelle  bien  plus  de  la  miséricorde  divine  que  de 
nos  mérites,  puisque  nos  propres  mérites  sont  dus  à  la 
miséricorde  et  à  la  grâce,  sans  laquelle  nous  ne  pouvons 
faire  aucune  bonne  œuvre  digne  du  ciel.  Quand  Dieu 
nous  donne  la  couronne  de  gloire,  ce  sont  ses  dons  qu'il 
couronne  :  coronando  mérita  coronas  dona  tua.  (Liturgie.) 

22  et  23.  Et  hos  quidem  arguite  judicatos  ;  —  illos  vero 
salvate,  de  igné  rapientes;  aliis  autem  miseremini  in 
timoré.  Saint  Jude  trace  maintenant  la  manière  de  se 
conduire  à  l'égard  des  divers  pécheurs.  Il  les  partage  en 
trois  classes. 

Pour  les  hérétiques  obstinés,  qui  continuent  de  soutenir 


—    519    —  Jud. 

des  erreurs  réprouvées  par  l'Eglise,  combattez-les,  dit-il 
aux  fidèles,  réfutez-les,  confondez-les.  Ce  sont  des  pé- 
cheurs condamnés  et  retranchés  de  l'Eglise  :  arguite 
judicatos  (1). 

Quant  aux  âmes  simples,  qui  courent  le  péril  d'être 
séduites,  ou  que  les  hérétiques  ont  déjà  trompées,  mais 
qui  ne  sont  pas  obstinées  dans  l'erreur,  sauvez-les, 
arrachez-les  du  feu  de  l'enfer,  où  elles  brûleraient,  si 
elles  ne  revenaient  pas  à  l'intégrité  de  la  foi  :  illos  vero 
salvate,  de  igné  rapientes. 

Enfin  il  y  en  a  d'autres  que  la  fragilité  humaine  a  fait 
tomber  dans  le  péché  :  au  lieu  de  les  mépriser  et  de  les 
traiter  avec  hauteur,  ayez  pitié  d'eux  en  craignant  pour 
vous-mêmes  :  aliis  autem  miseremini  in  timoré. 

C'est  le  conseil  que  saint  Paul  donnait  aussi  aux  Ga- 
lates  :  Si  quelqu'un  d'entre  vous  tombe  dans  une  faute, 
disait-il,  redressez-le  avec  douceur,  en  considérant  votre 
propre  faiblesse  et  en  craignant  d'être  tentés  vous-mêmes 
et  de  faire  une  chute  semblable.  Considerans  te  ipsum, 
ne  et  tu  tenter is.  (Gai.,  yi,  1.) 

Odientes  et  eam  quœ  carnalis  est  maculatam  tunicam. 
«  Et  haïssez  la  tunique  qui  est  souillée  par  la  corruption 
de  la  chair.  »  On  voit  dans  le  Lévitique  que  les  vête- 
ments d'un  homme  impur  sont  impurs,  et  qu'on  ne  peut 
les  toucher  sans  devenir  immonde.  (Lév.,  xv.)  Par  cette 
allusion  aux  vêtements  impurs,  saint  Jude  recommande 
aux  chrétiens  de  se  préserver  avec  soin  du  contact  de 
ceux  dont  la  vie  n'est  pas  chaste,  ou  dont  la  croyance 
n'est  pas  orthodoxe  ;  car,  en  les  fréquentant,  l'on  pour- 
rait être  infecté  du  même  mal.  Une  allégorie  de  l'Ecclé- 
siastique donne  un  semblable  précepte  :  Celui  qui  touche 
la  poix,  en  sera  souillé  :  Qui  tetigerit  picem  inquinabitnr 
ab  ea.  (Eccli.,  xm,  1.)  On  évite  les  personnes  qui  ont  la 

(1)  Judicatos.  Le  grec  <3iaxprjoy.l*ou;  présente  deux  sens  :  Qui  sese  ipsi 
discernant  et  segveyant  ;  ou  bien,  qui  judicio  Ecclesiœ  discerna ntur 
et  damnati  sëparantur.  La  Yulgate  a  pris  le  second  sens  :  Leur  cou 
damnation  est  prononcée  :  réfutez-les,  afin  qu'ils  ne  pervertissent    pas 
le<  autres. 


—    5-20     — 

peste  et  l'on  se  garde  de  toucher  leurs  vêtements  :  fuyez 
de  même  les  hommes  corrompus  ;  ou,  si  la  charité  vous 
porte  à  les  secourir  et  à  les  avertir,  faites-le  avec  pru 
dence,  afin  qu'ils  ne  vous  perdent  pas  vous-mêmes. 

Saint  Jude  termine  sa  lettre  par  une  magnifique  doxo- 
logie,  qui  est  tout  à  la  fois  une  louange  de  Dieu  et  une 
prière  pour  les  fidèles,  afin  qu'ils  soient  conservés  dans  la 
sainteté,  jusqu'au  jour  où  Notre-Seigneur  viendra  juger 
tous  les  hommes  et  couronner  les  saints  dans  la  gloire. 

24  et  25.  Et  autem  qui  potens  est  vos  conservare  sine 
peccato,  et  constituer e  ante  conspectum  cjloriae  suœ  im- 
maculatos  in  exsultatio?ie>  in  adventu  Domini  nostri  Jesu 
Christi,  —  soli  Deo  Salvatori  nostro,  per  Jesum  Christum 
Dominum  noslrum,  c/loria  et  magnificentia,  imperium  et 
potestas  ante  omne  sœculum,  et  mine,  et  in  omnia  sœcula 
sœculoruni.  Amen. 

«  A  celui  qui  est  assez  puissant  pour  vous  conserver 
sans  péché.  »  Demeurer  sans  péché  malgré  les  séductions 
du  monde,  la  corruption  de  la  concupiscence  et  les  tenta- 
tions du  démon,  est  sans  doute  une  vertu  supérieure  à 
la  nature  humaine.  Mais  rien  ne  nous  est  impossible 
avec  la  grâce  que  Jésus-Christ  nous  a  méritée  et  qui 
nous  est  offerte.  C'est  là  une  vérité  qu'il  faut  persuader 
aux  justes  et  aux  pécheurs  :  aux  justes,  afin  qu'ils  se 
confient  dans  la  puissance  de  Dieu,  tout  en  se  défiant  de 
leur  faiblesse  ;  aux  pécheurs,  afin  qu'ils  sachent  bien  que 
leur  salut  est  possible,  facile  même,  s'ils  le  veulent.  Car, 
avec  la  grâce  de  Dieu,  il  n'est  point  de  tentation  qu'on  ne 
surmonte,  point  de  chaîne  qu'on  ne  rompe,  point  de  vice 
qu'on  ne  déracine. 

Constituere  immaculatos,  «  A  celui  qui  est  assez  puis- 
sant pour  vous  faire  paraître  purs  et  sans  tache  devant 
le  trône  de  sa  gloire.  »  Comment  un  pauvre  pécheur,  qui 
a  commis  beaucoup  de  fautes  mortelles  depuis  son  bap- 
tême, pourra- t-il  se  présenter  devant  le  tribunal  du  Sou- 
verain Juge,  entièrement  purifié,  sans  tache,  sans  au- 
cune dette  envers  la  justice  divine?  Cela  est  difficile, 
même  avec  les  sacrements  de  la  Pénitence  et  de  l'Eucha- 


—    521     —  Jud. 

ristie.  Cependant  si  nous  voulions  profiter  des  grâces  et 
des  indulgences  qui  nous  sont  offertes,  ce  bonheur  serait 
moins  rare  ;  et  les  peines  terribles  du  purgatoire  seraient, 
pour  un  grand  nombre,  ou  supprimées  ou  abrégées. 

In  exsultatione ,  in  adventu  Domini  nost?%i  Jesu  Christi. 
«  Paraître  dans  un  ravissement  de  joie  à  l'avènement  de 
Notre-Seigneur  Jésus-Christ  »,  est  un  bonheur  qui,  mal- 
gré l'impiété  du  siècle,  est  souvent  accordé  à  des  religieux 
et  à  des  religieuses,  à  des  prêtres  et  à  des  laïques,  qui 
ont  passé  leur  vie  dans  l'humilité  et  la  pureté,  dans  la 
pénitence,  la  prière  et  les  bonnes  œuvres.  Ils  meurent  en 
paix  ;  ils  sortent  avec  joie  de  ce  monde  pour  aller  à  la 
rencontre  de  Jésus-Christ  qu'ils  ont  aimé  (1). 

2o.  Soli  Deo  salvatori  ?wstro,  «  à  Dieu  seul  notre  Sau- 
veur. »  Ce  titre  de  Sauveur,  qui  est  habituellement  ré- 
servé à  Jésus-Christ,  est  ici  attribué  au  Père,  car  il  nous 
a  sauvés  en  nous  donnant  son  Fils.  On  peut  aussi  le  rap- 
porter à  la  très  sainte  Trinité,  qui  nous  a  sauvés  par  le 
Christ.  C'est  ainsi  qu'on  interprète  cette  parole  de  saint 
Paul  :  «  Nous  espérons  dans  le  Dieu  vivant,  qui  est  le 
Sauveur  de  tous  les  hommes  et  principalement  des  fi- 
dèles. »  (I  Tim.,  iv,  10.  Voyez  encore  même  Epître,  n  3.) 

Gloria  et  magnificentia,  imperhim  et  potestas.  «  A  Dieu 
la  gloire  et  la  magnificence,  l'empire  et  la  puissance.  » 
Dieu  possède  par  lui-même  la  gloire  dans  son  essence. 
La  magnificence  est  dans  ses  œuvres,  puisqu'il  a  fait  les 
cieux  et  la  terre.  Il  exerce  l'empire  dans  le  gouvernement 
de  ses  créatures,  qu'il  a  tirées  du  néant  par  sa  parole  ; 
en  sorte  que  sa  volonté  s'accomplit  en  toutes  choses,  et 
que  rien  ne  résiste  à  sa  puissance  (2). 

(1)  In  adventu  Domini  nostri  Jesu  Christi.  Ces  mots  ne  sont  pas 
dans  le  grec,  et  ne  se  lisent  pas  non  plus  dans  tous  les  exemplaires 
latins.  Ils  semblent  une  glose  très  estimable  empruntée  à  saint  Paul, 
qui  écrit  aux  Thessaloniciens  la  même  pensée  :  Ad  confirmant!  i  corda 
vestra  sine  querela  in  sanctita.te,  ante  Deum  et  Patron  nostrum,  in 
adventu  Domini  nostri  Jesu  Christi  non  omnibus  sanctis  ejvs. 
(I  Thess.,  ni,  13.) 

(2)  Imperium,  xfsrro?,  est  la  force  avec  laquelle  Dieu  fait  tout  ce 
qu'il  veut.  Potestas,  iÇouvl*,  est  l'autorité  suprême  à  laquelle  toute 
rolonté  soit  des  hommes  soit  des  an^es  doit  obéir. 


Avec  gloria,  magnificentia,  impcrium  et  potestas,  on 
sous-entend  tout  à  la  fois  est  et  sit.  Dieu  possède  la  gloire, 
je  le  confesse  avec  joie.  Qu'il  possède  la  gloire  !  c'est  le 
vœu  de  mon  âme. 

Que  toutes  les  créatures  rendent  gloire  et  hommage  à 
Dieu  par  Jésus-Christ,  notre  Seigneur  et  notre  Médiateur, 
qui  est,  dans  son  humanité,  le  Chef  de  toute  la  création  : 
Per  Jesum  Christum  Dominum  nostrum. 

Et  que  Dieu  possède  la  gloire  et  la  majesté  maintenant 
et  dans  tous  les  siècles  des  siècles,  comme  il  la  possédait 
au  sein  de  son  éternité,  avant  qu'aucun  siècle  eût  com- 
mencé son  cours.  Ainsi  soit-il  !  Ante  omne  sœculum,  et 
nimc,  et  in  omnia  sœcula.  Amen. 

Ante  omne  sœculum,  «  avant  tout  siècle.  »  Cette  expres- 
sion est  une  de  celles  qui  expriment  le  plus  clairement 
l'éternité. 

Comme  on  le  voit,  cette  magnifique  doxologie  ressemble 
beaucoup  à  celle  qui  termine  l'Epître  aux  Romains  et  à 
celle  que  l'Eglise  a  consacrée  dans  sa  liturgie. 

Répétons-la  pieusement  sur  la  terre,  afin  de  la  chanter 
dans  le  ciel  avec  les  saints  et  les  anges. 


FIN 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Abraham  justifié  par  les  œuvres. 
Jac,  h,  20-24. 

Affliction,  sujet  de  joie  pour  le 
chrétien.  Jac,  i,  2. 

Agapes  ou  repas  fraternels.  Les 
hérétiques  les  déshonoraient  par 
leur  intempérance.  II  Petr.,  n, 
13;  Jud.,  12. 

Ambition,  cause  de  l'apostasie. 
Jud.,  11. 

Amour  de  Dieu  à  notre  égard.  I 
Joan.,  iv,  8-17.  —  Nous  devons 
aimer  Dieu,  parce  qu'il  nous  a 
aimés  le  premier.  I  Joan.,  iv,  10, 
19.  —  L'amour  de  Dieu  consiste 
à  garder  ses  commandements.  / 
Joan.,  u,  5  ;  v,  3.  —  On  ne  peut 
pas  aimer  Dieu  sans  aimer  le 
prochain.  I  Joan.,  iv,  20,  21. 

Antechrists.  Il  y  en  a  déjà  dans  le 
monde  un  grand  nombre,  qui 
sont  les  précurseurs  du  dernier. 
/  Joan.,  ii,  18,  19;  iv,  3;  77 
Joan.,  7. 


Apôtres.  Ce  qu'ils  ordonnent  ou 
enseignent,  c'est  Jésus-Christ 
qui  l'enseigne  et  l'ordonne.  II 
Petr.,  m,  2. 

Arbres  qui  ne  fleurissent  qu'à  la  fin 
de  l'automne,  image  des  doc- 
teurs de  mensonge.  Jud.,  12. 

Arius,  exemple  du  péché  qui  va  à 
la  mort.  I  Joan.,  v,  16. 

Aspersion  du  sang  de  Jésus-Christ: 
nous  la  recevons  dans  le  bap- 
tême, la  pénitence  et  l'eucha- 
ristie. I  Petr.,  i,  2. 

Astres  errants,  image  des  héréti- 
ques. Jud.,  13. 

Avarice  (1')  et  l'ambition  multi- 
plient les  apostats.  Jud.,  11. 

Avocat.  Jésus-Christ  est  notre  avo- 
cat :  si  nous  lui  confions  notre 
cause,  il  ne  nous  laissera  pas 
condamner.  I  Joan.,  n,  1. 


Babylone.    Saint    Pierre    désigne 
par  ce   nom  la  ville  de  Rome. 

I  Petr.,  v,  13. 

Balaam  confondu  par  une  ânesse. 

II  Petr.,  n,  16. 


Blasphèmes.  Les  impies  blasphè- 
ment ce  qu'ils  ignorent.  Jud., 
10;  II  Petr.,  u,  12. 

Borborites,  secte  infâme  de  G-nos- 
tiques.  II  Petr.,  n,  21. 


—    524 


Cala,  au  lieu  d'imiter  la  piété  de 
son  frère,  le  tua.  /  Joan.,  m,  12. 

Calomnies  contre  les  premiers  chré- 
tiens. I  Petr.,  »,  12.  —  Elles 
étaient  occasionnées  par  les  hon- 
teux désordres  des  hérétiques. 
II  Petr.,  ii,  2. 

Charité  mutuelle.  Qu'elle  soit  per- 
sévérante ;  elle  couvre  une  mul- 
titude de  péchés.  I  Petr.,  iv,  8. 
—  La  charité  fraternelle  est  le 
signe  que  nous  sommes  passés 
de  la  mort  à  la  vie  de  la  grâce. 
/  Joan.,  ni,  14.  —  C'est  elle  qui 
distingue  les  enfants  de  Dieu  des 
enfants  du  diable.  1  Joan.,  m, 
10.  —  Elle  nous  oblige  à  secourir 
nos  frères  dans  le  besoin,  et 
même  quelquefois  à  donner  no- 
tre vie  pour  eux.  I  Joan.,  ni, 
16-18.  —  La  charité  parfaite,  ou 
l'amour  de  Dieu  parfait,  chasse 
la  crainte.  I  Joan.,  iv,  18. 

Chien  retournant  à  son  vomisse- 
ment, image  du  pécheur  retom- 
bant dans  ses  premiers  désor- 
dres. II  Petr.,  n,  22. 

Chrétiens  (les)  sont  des  étrangers 
sur  la  terre.  I  Petr.,  n,  11. 

Colère    (la)    de    l'homme    n'opère 


point   l'œuvre  de  Dieu.  Jac,  i, 
20. 

Commandements.  Nous  savons  que 
nousaimons  Jésus-Christ,  si  nous 
observons  ses  commandements. 
i"  Joan.,  n,  3.  —  Le  grand  com- 
mandement du  Seigneur  Jésus 
est  d'aimer  Dieu  et  le  prochain. 
/  Joan.,  n,  7,  8,  V. 

Commencement  de  l'Eglise.  Le 
salut  consiste  à  croire  et  a  pra- 
tiquer ce  qui  a  été  enseigné  dès 
le  commencement.  /  Joan.,  n, 
24. 

Concupiscence.  Elle  est  la  cause  de 
toutes  les  guerres  entre  les  hom- 
mes. Jac,  iv,  1. 

Confession.  Jac,  v,  1G.  —  Confes- 
sion des  péchés  faite  au  prêtre  : 
on  en  voit  remonter  l'usage  aux 
premiers  siècles  de  l'Eglise.  I 
Joan.,  i,  9. 

Conversion  des  pécheurs  :  com- 
bien il  importe  de  prier  pour  la 
conversion  des  pécheurs.  Jac, 
v,  19,  20. 

Coré,  Dathan  et  Abiron  :  ceux  qui 
imitent  leur  révolte  seront  pu- 
nis comme  eux.  Jud.,  11. 


D 


Déluge.  Le  nombre  des  coupables 
n'arrêta  poini  la  justice  de  Dieu; 
au  contraire,  leur  multitude  ex- 
cita sa  colère.  II  Petr.,  n,  5.  — 
L'inondation  de  la  terre  entière 
a  pu  être  successive  et  non  si- 
multanée. II Petr.,  iii,6.  —  Huit 
personnes  seulement  furent  sau- 
vées dans  l'arche.  I Petr.,  m,  19, 
20.  —  Eaux  du  déluge,  figure  du 
baptême.  Ib.,  21. 


Demandes.  Dieu  exauce  toutes  nos 
demandes  qui  ont  pour  objet  no- 
tre salut.  I  Joan.,  v,  14.  —  Sou- 
vent nos  demandes  ne  sont  pas 
exaucées,  parce  que  nous  de- 
mandons mal.  Jac,  iv,  3.  — 
Demandons  la  vie  d'un  frère  dont 
le  péché  ne  va  pas  a  la  mort,  et 
la  vie  lui  sera  donnée.  I  Joan.> 
v,  16. 


525    — 


Diotréphès,  chef  d'une  église,  ré- 
volté contre  saint  Jean.  III 
Joan.,  9. 

Divinité  de  Jésus-Christ  prouvée 


par  le  témoignage  du  Père.  II 
Petr.,  17. 

Double.  L'homme  double  est  celui 
qui  veut  concilier  la  religion  avec 
ses  passions.  Jac,  i,  8. 


E 


Ecriture  (1')  sainte,  étant  la  parole 
de  Dieu,  ne  peut  rien  contenir 
de  faux.  II  Petr.,  i,  21.  —  Les 
divines  Ecritures  deviennent  une 
source  de  mort  pour  les  héréti- 
ques. II  Petr.,  ni,  16. 

Edifice  spirituel  de  vertus  que  nous 
devons  élever  dans  nos  âmes. 
Jud.,  20. 

Electe  est  le  nom  d'une  femme  et 
non  pas  d'une  église.  II  Joan., I. 

Elie.  Son  exemple  montre  l'elfica- 
cité  d'une  prière  fervente.  Jac, 
v,  17. 

Enfance.  Il  y  a  une  enfance  spiri- 
tuelle comme  une  enfance  corpo- 
relle. I  Petr.,  ii,  2. 

Enfants.  Nous  sommes  les  enfants 
de  Dieu,  nous  qui  croyons  en 
Jésus-Christ.  /  Joan.,  m,  1  ;  v, 
1.  —  L'enfant  de  Dieu  ne  pèche 
pas,  et  ne  peut  pas  pécher,  I 
Joan.,  m,  9;  v,  18.  —  Saint  Jean 
écrit  aux  petits  enfants  pour  leur 
rappeler  leur  Père  qui  est  dans 
les  cieux.  /  Joan.,  n,  14. 


Enfers.  Descente  de  Jésus  aux  en- 
fers. I  Petr.,  m,  19,  20. 

Enoch,  sa  prophétie  authentique. 
Jud.,  14,  15. 

Epîtres  catholiques,  leur  authenti- 
cité. Préface,  p.  vi. 

Epître  de  saint  Jude,  composée 
après  la  seconde  de  saint  Pierre. 
Jud.,  17,  18. 

Epîtres  de  saint  Paul  renfermant 
des  choses  difficiles  à  compren- 
dre. II  Petr.,  m,  1(3.  —  Elles 
sont  déclarées  Ecriture  divine 
par  saint  Pierre.  Ib. 

Epreuve.  Ceux  qui  supportent  l'é- 
preuve recevront  la  couronne  de 
vie  que  Dieu  a  promise  a  ceux 
qui  l'aiment.  I  Jac,  i,  12. 

Esclaves.  Ils  doivent  obéir  à  leurs 
maîtres.  I  Petr.,  u,  18. 

Evêque,  episcopus  :  origine  de  ce 
mot.  I  Petr.,  25. 

Exnmen  (Y)  des  doctrines  appar- 
tient à  l'Eglise.  I  Joan.,  iv,  1. 


Femmes  :  elles  doivent  être  sou- 
mises ii  leurs  maris,  <'t  vêtues 
modestement.  I  Petr.,  m,  l-<5. 

Fin  (la)  de  toutes  choses  est  pro- 
che. /  Petr.,  iv,  7. 

Flatteurs.  Les  hérétiques  admirent 
et  flattent  ceux  dont  ils  atten- 
dent des  récompenses.  Jud.,  Pi. 

Flots.  Les  hérétiques  ressemblent 


aux  flots  fangeux  d'une  mer  agi- 
tée. Jud.,  13. 

Foi  :  elle  ne  sauvera  pas  sans  les 
bonnes  œuvres.  Jac,  n,  14-26: 
II  Petr.,  i,  10. 

Frères.  Tous  les  chrétiens  sont 
frères  en  Jesus-Christ  par  leur 
naissance  spirituelle.  /  Petr., 
i,23. 


—     526    — 


G 


Grec  présentant  un  sens  préférable 
à  celui  de  la  Vulgate.  II  Petr., 
ii,  10;  Jac,  m,  7.  —  Exemplai- 


res grecs  évidemment  corrom- 
pus II  Petr.,  ii,  8.  —  Grec  mal 
lu.  Jac,  v,  12  ;  II  Petr.,  n,  8. 


Haine.  Celui  qui  hait  son  frère 
est  homicide.  I  Joan.,  m,  15. 

Hérésie  veut  dire  choix,  car  l'héré- 
tique choisit  iui-même  ce  qu'il 
veut  croire.  II  Petr.,  n,  1.  — 
Les  inventeurs  et  les  propaga- 
teurs d'hérésies  vont  rejoindre 
dans  l'enfer  ceux  qu'ils  y  préci- 
pitent. II  Petr.,  ii,  3  ;  Jud.,  12. 


Hérétiques  des  premiers  temps  : 
leurs  honteux  désordres  faisaient 
que  la  religion  était  décriée  et 
persécutée.  Il  Petr. ,  n,  2  ; 
I  Petr.,  ii,  12. 

Héritage.  Un  héritage  incorrup- 
tible nous  est  réservé  dans  les 
cieux.  I  Petr.,  i.  4. 


Idoles.  Il  faut  prendre  garde  de 
participer  à  leur  culte.  I  Joan., 
v,  21. 

Impies  :  ils  sont,  par  un  juste  ju- 
gement de  Dieu,  abandonnés  a 
l'esprit  d'erreur.  Jud.,  4. 

Imposteurs.  Les  hérétiques  se 
jouent  de  la  crédulité  de  ceux 
qu'ils  trompent.  Jud.,  18. 

Impureté  (1')  est  un  péché  qui  ne 
cesse  point.  II  Petr.,  n,  14. 

Incrédules:  plusieurs  furent  sauvés 
au  temps  de  Noé,  et  leurs  Ames 


visitées  aux  enfers  par  rame  de 
Jésus-Christ.  I  Petr.,  m,  19,  20. 

Inquiétudes.  Il  faut  jeter  toutes 
ses  inquiétudes  dans  le  sein  de 
Dieu.  /  Petr.,  v,  7. 

Intelligence.  C'est  par  l'intelli- 
gence que  commence  et  croit 
en  nous  la  vie  de  la  grâce. 
II  Petr.,  i,  2. 

Interprétation    (1')    de   la    sainte 

Ecriture    appartient   à  l'Eglise. 

II  Petr.,  i,  20. 
Interprète.    Chaque    fidèle    n'est 

point  l'interprète  des  Ecritures. 

I  Joan.,  n,  27. 


Jésus -Christ  est  le  vrai  Dieu. 
I  Joan.,  y,  20.  —  Sa  divinité  prou- 
vée par  saint  Pierre.  //  Petr., 
i,  17, 18, 19.  —  C'est  Jésus-Christ 
qui   délivra  les  Hébreux  de   la 


servitude  de  l'Egypte,  et  les 
punit  ensuite  dans  le  désert. 
Jud.,  5.  —  C'est  lui  qui  précipita 
dans  l'enfer  les  anges  rebelles. 
Jud.,  6.   —  Jésus-Christ  et  ses 


—    527     — 


mystères  sont  l'objet  de  la  con- 
templation des  anges.  /  Petr., 
i,  12.  —  Jésus-Christ  notre  mo- 
dèle dans  les  souffrances.  IPetr. . 
ii,  21-24.  —  Nous  tressaillirons 


d'une  joie   ineffable  et  glorifiée 
à  l'avènement   de   Jésus-Christ. 
I  Petr.,  i,  8. 
Jurement  :  il   faut    s'en   abstenir. 
Jac.,  v,  12. 


Lampe.  La  sainte  Kcriture  est  une 
lampe  qui  nous  éclaire  dans  les 
ténèbres  de  ce  monde.  II  Petr., 
i,  1D. 

Langue  :  les  maux  qu'elle  cause. 
Jac,  m,  i,  12.  —  On  n'est  pas 
religieux,  si  on  ne  réprime  sa 
langue.  Jac,  i,  26. 

Leçon  absurde  selon  le  grec,  ré- 
tablie sur  la  Vulgate.  II  Petr., 
n,  8. 

Lecture  vicieuse  du  grec.  Jac, 
v,  12  :  27  Petr.,  n,  8. 


Liberté  chrétienne  :  les  hérétiques 
la  changent  en  une  impure  li- 
cence. II  Petr.,  ii,  19. 

Limbes  :  L'âme  de  Jésus-Christ  y 
est  descendue.  I  Petr.,  iv,  6. 

Lumière.  Dieu  est  lumière,  sens 
de  ce  mot.  I  Joan.,  i,  5. 

Luxure.  Comment  les  hérétiques 
changent  la  grâce  de  Dieu  en 
luxure.  Jv.d.,  4.  — Il  est  difficile 
de  trouver  un  hérétique  qui 
Mme  la  chasteté.  II  Petr.,  n,  2. 


M 


Maris  :  ils  doivent  traiter  leurs 
femmes  avec  bonté,  respect  et 
chasteté.  2"  Petr.,  ni,  7. 

Mensonge.  Le  plus  funeste  de  tous 
les  mensonges  est  de  nier  que 
Jésus  soit  le  Christ  et  le  Sau- 
veur des  hommes.  I  Joan.,  22. 

M- sa agers.  Les  Apôtres,  les  évê- 
ques,  les  prêtres  sont  des  mes- 
sagers de  bonnes  nouvelles. 
/  Joan.,  i,  4. 

Michel  (saint):  sa  dispute  contre 
Satan  au  sujet  du  corps  de 
Moïse.  Jud.,  9. 

Missionnaire  :  lui  faire  l'aumône, 


c'est   coopérer  à  la   conversion 
des  âmes.  III  Joan.,  8. 

Monde.  Le  monde  d'aujourd'hui 
n'est  plus  tout  à  fait  le  même 
qu'avant  le  déluge.  II  Petr., 
m,  G,  7. —  Nous  sommes  à  la  der- 
nière heure  du  monde.  I  Joan., 
n,  18.  —  Le  monde  périra  par  le 
l'eu.  IL  Petr.,  m,  7-11.  —  Un 
inonde  nouveau  succédera  à. 
celui-ci.  Ib.,  13.  —  Il  ne  faut 
pas  aimer  le  monde,  parce  qu'il 
passe,  et  parce  que  tout  ce  qui 
est  dans  le  monde  porte  au  pé- 
ché. I  Joan.,  n,  15-17. 

Murmurateurs  et  censeurs  de 
l'autorité,  caractère  des  impies. 
Jv.d.,  15. 


—    528    — 


N 


Nature    divine  :   comment   nous  y 
participons.  II  Petr.,  i,  4. 

Nuages,    symbole   de   la    doctrine 


des  hérétiques.  II  Petr.,  n,  17. 

Nuées    sans   eau,  tels  sont  les  hé- 
rétiques. Jud.,  12. 


Œuvres.  Nécessité  des  bonnes 
œuvres.  Jac,  n,  14-26.  —  Ceux 
même  qui  souffrent  doivent  faire 
des  bonnes  œuvres.  I  Petr., 
iv,  19.  —  L'élection  à  la  gloire  a 
besoin  d'être  confirmée  par  les 


bonnes  œuvres.  II  Petr.,  i,  10. 

Onction.  Nous  participons  h  l'onc- 
tion du  Christ.  I  Joan.,  n,  20, 27. 
—  L'onction  des  malades,  ses 
effets.  Jac,  v,  14-15. 


Parole  de  Dieu  :  il  ne  suffit  pas 
de  la  croire,  il  faut  la  pratiquer. 
Jac,  i,  22-25. 

Passion.  La  méditation  habituelle 
de  la  Passion  de  Jésus-Christ  est 
un  bouclier  qui  nous  rend  invul- 
nérables aux  traits  de  Satan. 
I  Petr.,  iv,  1. 

Pasteurs  :  quels  sont  leurs  devoirs? 
I  Petr.,  v,  1-13.  —  Le  bon  pas- 
teur mérite  d'être  comparé  aux 
martyrs.  Ib.,  4.  —  Le  plus  grand 
bonheur  d'un  pasteur  des  âmes 
est  de  voir  son  troupeau  mar- 
cher dans  la  vérité  et  la  piété. 
III  Joan.,  \, 

Patience.  Dieu  use  d'une  longue  pa- 
tience envers  les  pécheurs,  parce 
qu'il  veut  leur  salut.  II  Petr., 
m,  15.  — La  condition  du  chrétien 
en  ce  monde  est  d'être  éprouvé 
par  la  patience.  I  Petr.,  îv,  12. 
—  La  patience  est  ce  qu'il  y  a 
de  plus  grand  dans  l'Eglise.  Jac, 
i,  3,  4.  — Job  est  le  modèle  de  la 
patience.  Jac,  v,  11. 

Paul  (saint).  Saint  Pierre  fait  son 


éloge.  Il  déclare  que  toutes  ses 
Epitres  sont  Ecriture  divine. 
II  Petr.,  ni,  15,  16. 

Pauvre.  Il  faut  l'honorer  autant 
que  le  riche.  Jac,  n,  1-11. 

Péché  (le)  est  la  violation  de  la 
loi  divine.  I  Joan.,  m,  4.  —  Nul 
homme  n'est  sans  péché.  Jac, 
m,  2  ;  I  Joan.,  i,  8.  —  Celui  qui 
connaît  Jésus -Christ  ne  veut 
commettre  aucun  péché.  I  Joan., 
m,  6.  —  Il  y  a  un  péché  qui  va 
presque  certainement  à  la  mort 
éternelle.  I  Joan.,  v,  16. 

Pécheurs  partagés  en  trois  classes, 
conduite  qu'on  doit  tenir  à  leur 
égard.  Jud.,  22,  23. 

Perdition.  Dieu  ne  veut  la  perdi- 
tion d'aucun  homme,  mais  que 
tous  les  pécheurs  se  repentent 
et  soient  sauvés.  II  Petr.,  ni,  9. 

Personne.  Diviser  Jésus  en  deux 
personnes  est  une  hérésie. 
I  Joan.,  iv,  3.  —  Un  ne  doit  pas 
faire  acception  de  personnes. 
Jac,  n,  1,  9. 


-    529    — 


Pierre.  Jésus-Christ  est  la  pierre 
angulaire  de  son  Eglise.  I  Petr., 
ii,  4,  6.  —  Il  est  une  pierre  de 
scandale  pour  les  incrédules . 
I Petr.,  ii,  8.  —  Les  chrétiens 
sont  les  pierres  vivantes  du 
temple  spirituel  qui  est  l'Eglise. 
/  Petr.,  ii,  5. 

Pourceau  lavé,  puis  vautré  de  nou- 
veau dans  la  fange,  c'est  le  pécheur 
retombant  dans  le  péché  après 
qu'ila  été  justifié.  II  Petr.,  ii,  21. 

Précepte.  Il  n'y  en  a  qu'un  ;  mais 
il  ordonne  deux  choses  insépa- 
rables :  la  foi  et  la  charité. 
I  Joan.,  ni,  23. 

Prêcher.  Il  est  moins  périlleux 
d'écouter  la  parole  de  vérité,  que 
de  la  prêcher.  Jac,  i,  19. 

Prédestination.  Est -elle  antécé- 
dente aux  mérites  ?  II  Petr., 
i,  10. 

Prédication  de  la  parole  divine,  son 
importance.  I  Petr.,  v,  2. 

Prescience  de  Dieu,  connaissance 
efficace,  qui  prépare  ce  qu'elle 
voit.  I  Petr.,  i,  20. 

Prêtre.  Tout  chrétien  est  prêtre  et 
roi  dans  un  sens  spirituel. 
I  Petr.,  ii,  5,  9. 

Preuves.    Saint    Pierre    demande 


que  tous  les  chrétiens  connais, 
sent  les  preuves  de  la  religion 
et  puissent  rendre  raison  de  leur 
croyance  a.  ceux  qui  les  interro- 
gent. /  Petr.,  in,  15. 

Princes.  Les  chrétiens  doivent  leur 
être  soumis.  /  Petr.,  n,  14-18. 

Prière  :  ses  qualités.  Jac,  i,  6.  — 
Sa  puissance,  v,  17,  18. 

Prophètes  menteurs  :  il  y  en  avait 
chez  le  peuple  ancien  ;  de  même 
il  y  aura  dans  l'Eglise  des  maî- 
tres de  mensonge.  iT  Petr., 
ii.l. 

Prophéties.  Leur  objet  principal 
était  le  Christ  et  le  salut  qu'il  de- 
vait apporter  au  monde.  I Petr., 
i,  10. 

Propitiation.  Jésus-Christ  est  pro- 
pitiation  pour  les  péchés  du 
monde  entier.  I  Joan.,  n,  2. 

Protestants  (les),  qui  rejettent  l'E- 
glise comme  interprète  des  Ecri- 
tures, se  confient  à  des  indi- 
vidus sans  autorité.  I  Joan., 
n,  27. 

Psychites,  animales,  sens  de  ce 
mot.  Il  convient  aux  hérétiques. 
Jud.,  19  ;  I  Joan.,  i,  6. 

Purgatoire.  L'âme  de  Jésus-Christ 
y  est  descendue.  I  Petr.,  iv,  6. 


Rahab  justifiée  par  les  œuvres. 
Jac,  n,  25. 

Raison  ;  elle  se  perd  chez  les 
hérétiques  et  les  philosophes  qui 
renoncent  à  la  foi.  II Petr.,  n,  12. 

Religion  chrétienne  :  elle  est  dé- 
montrée divine  par  les  prophé- 
ties. II  Petr.,  i,  19.  —  Les 
simples  fidèles  doivent  défendre 
la  religion  contre  les  impies. 
Jud.,  3. 

Résurrection  de  Jésus-Christ  :  elle 
est  le  fondement  de  notre  croyance 


et  de  notre  espérance.  I  Petr., 
i,3. 
Révélations  (les)  faites  aux  Pro- 
phètes leur  étaient  moins  né- 
cessaires qu'à  nous,  et  c'est  pour 
nous  qu'elles  leur  étaient  faites. 
I  Petr.,i,  13. 

Riche  :  il  doit  s'humilier  en  con- 
sidérant sa  bassesse.  Jac,  i, 
9,  10,  11.  —  On  ne  doit  pas  le 
préférer  au  pauvre.  Jac,  n,  1- 
11.  —  Les  riches  avares  amas- 
sent pour  eux-mêmes  des  trésors 
de  colère.  Jac,  v,  1  G. 


ÉPITRES  CATHOLIQUES 


:;i 


—    530 


Sagesse.  Caractères  de  la  vraie  sa- 
gesse. Jac,  m,  13-18.  —  Il  faut 
la  demander  à  Dieu.  Jac,  i,  5. 
—  Sagesse  terrestre,  animale, 
diabolique.  Jac,  m,  15. 

Saints.  C'était,  dans  l'origine,  le 
nom  de  tous  les  chrétiens.  Jud. ,  3. 

Saluer.  Il  ne  faut  pas  saluer  les 
hérétiques.   II  Joan.,  10  et  11. 

Salut.  Il  consiste  à  croire  et  à. 
pratiquer  ce  qui  a  été  enseigné 
dès  le  commencement.  I  Joan., 
ii,  24. 

Sang  (le)  de  Jésus-Christ,  voilà  le 
prix  auquel  nous  avons  été  ra- 
chetés. I  Petr,,  i,  19. 

Science.  Sans  la  science,  la  vertu 
même  devient  un  vice.  Il  Petr., 
i,5. 

Séducteurs.  Il  en  a  paru  un  grand 


nombre  qui  nient  l'Incarnation 
de  Jésus-Christ.  II  Joan.,  7. 
Seigneur.  Jésus-Christ  est  notre 
Seigneur  et  notre  Maître  absolu, 
comme  Créateur  et  comme  Ré- 
dempteur. Jac,  i,  1. 

Sens.  On  voit  un  double  sens  lit- 
téral de  l'Ecriture.  IPetr.,  iv,  8. 

Société.  Pour  avoir  société  avec 
Dieu,  il  faut  être  dans  la  lu- 
mière de  la  vérité  et  de  la 
sainteté.  I  Joan.,  i,  7. 

Sodome  et  Gomorrhe.  Le  lac  qui 
recouvre  les  ruines  de  ces  villes 
depuis  quatre  mille  ans  atteste 
la  colère  de  Dieu  contre  le  vice 
impur.  II  Petr.,  n,  6.  —  Elles 
sont  un  exemple  de  l'éternel  châ- 
timent réservé  aux  impudiques. 
Jud.,  7.  —  Le  souvenir  de  ces 
villes  foudroyées  s'est  conservé 
dans  l'antiquité  profane.  Ib. 


Tartare,  c'est  le  lieu  le  plus  profond 
de  l'enfer.  II  Petr.,  n,  4. 

Témoins.  Refuser  de  croire  des 
faits  miraculeux  attestés  par  des 
témoins  dignes  de  foi  est  une 
chose  insensée.  I  Joan.,  i,  3.  — 
Trois  témoins  dans  le  ciel  et 
trois  témoins  sur  la  terre  attes- 
tant que  Jésus  est  le  Fils  de 
Dieu.  I  Joan.,  v,  6,  7,  8.  — 
Authenticité  du  verset  des  trois 
témoins  célestes,  p.  430-438.  — 
Quoique  morts,  les  Apôtres  con- 
tinuent d'être  les  témoins  de  la 
divinité  du  Christ.  I  Joan.,  i,  2. 

Ténèbres.  Il  n'y  a  point  en  Dieu 
de  ténèbres  ;  sens  de  ce  mot. 
I  Joan.,  i,  5.  —  Celui  qui  hait 
son  frère  est  dans  les  ténèbres, 


et  celui  qui  l'aime  est  dans  la 
lumière.  I  Joan.,  n,  9-11. 
Tente.  Notre  corps,  séjour  pas- 
sager de  notre  âme,  n'est  point 
une  maison  solide,  mais  une 
tente.  II  Petr.,  i,  13. 

Tentation.  Heureux  l'homme  qui 
la  supporte  !  Jac,  i,  12.  —  Ori- 
gine et  progrès  de  la  tentation. 
Ib.,  13,  14,  15. 

Thabor  (le)  est  la  montagne  de  la 
Transfiguration.  Il  Petr.,  i,  18. 

Tradition.  Elle  supplée  aux  Ecri- 
tures et  mérite  le  même  respect. 
II  Joan.,  12.  —  Traditions  ju- 
daïques :  on  en  retrouve  plusieurs 
traces  dans  le  Nouveau  Testa- 
ment. Jud.,  9. 

Tunique  souillée,  image  des  im- 
purs que  l'on  doit  éviter.  Jud.,  23. 


—    531    — 


Verbe,  >r/°>-  ^e  mot  nous  d°nne 
une  idée  de  la  nature  du  Fils  de 
Dieu.  I  Joan.,  I,  1. 

Vérité  religieuse,  c'est  ce  qu'en- 
seigne l'Eglise  ;  erreur,  c'est  ce 
qu'elle  condamne.  IJoan.,  iv,  6. 

Vertus  chrétiennes  :  saint  Pierre 
nous  en  trace  le  tableau.  I  Petr., 
in,  8-16. 

Vie  humaine,  son  incertitude.  Jac, 
iv,  14,  15. 

Vie  spirituelle  (la)  suit  dans  son 
développement,  des  lois  con- 
formes à  celles  de  la  vie  corpo- 
relle. II  Petr.,  i,  2. 

Vigilance  :  combien  elle  est  néces- 
saire  à    cause    du    démon    qui 


tourne  autour  de  nous  comme 
un  lion  rugissant.  /  Petr.,  v,  6. 

Vision  béatifique  :  nous  serons 
semblables  à  Dieu,  parce  que 
nous  le  verrons  comme  il  est. 
I  Joan.,  m,  2. 

Voleur.  Le  jour  du  Seigneur  vien- 
dra comme  un  voleur.  II  Petr., 
m,  10. 

Vulgate  justifiée  :  intentator,Jac, 
i,  13.  —  Judicatis,  Jac,  II,  4.  — 
Exsultabitis,  I  Petr.,  i,  8.  — 
Erat,  habitans,  II  Petr.,  n,  8. 

—  Solvit  Jesum,  I  Joan.,  iv,  3. 

—  Simus,  I  Joan.,  v,  20.  — 
Maculœ,  Jud.,  12. 

Vulgate  corrigée  sur  le  grec  :  sec- 
tas,  II  Petr. ,n,  \0;cœterorum. 
Jac,  m,  7. 


Zèle.  Un  zèle  amer  n'est  point  le  vrai  zèle.  Jac,  ni,  13-18. 


I5ar-le-Duc.  —  Tvp.  de   I'Œuyrk  dk  Saint-Paul,  Schorderet  et  O  —  312 


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0042405*01-9 


C    E 


B    S  2777  •    PI    3    C  1888 

PIRUNOURYi  AUGUSTE  F    R    A 

C0P1RENTRIRE  SUR  LES         E 


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